Lizzie et Isis revinrent la veille de la rentrée. La jeune Potter semblait préoccupée, et ses joues étaient maculées de traces de larmes séchées. Les trois autres s'entre regardèrent, mais Isis secoua la tête.

-J'ai essayé de lui demander ce qui n'allait pas durant tout le trajet mais…

La sorcière rousse affichait une moue buttée, et ses yeux trop brillants fixaient un point invisible devant elle. Arya la considéra avec tristesse, songeant au père que son amie avait perdu. Elle supposait que de mauvaises nouvelles à propos de la famille Potter auraient fait la une des journaux, mais le manque et l'incertitude devaient se faire plus pesants chaque jour. Melania décida de détourner leur attention.

-Arya a reçu un étrange parchemin pour Noël.

La jeune lycaon le sortit de sa valise, et le tendit à Lizzie, qui l'examina curieusement.

-Il est peut-être tout simplement vierge ? supposa-t-elle.

-Non, répondit Arya en secouant la tête, je suis sûre qu'elle est spéciale.

-De qui provient-il ? demanda Isis.

Melania ricana, et leur apprit qu'elle se refusait à leur dire. Isis s'empara à son tour du parchemin, et fit à son tour maintes tentatives dans l'espoir d'en retirer quelque chose.

-Pourquoi « elle » ?

La voix de Lizzie était de nouveau rauque et ailleurs, malgré ses efforts pour se concentrer sur l'étrangeté qui se trouvait devant elle.

-Je l'ignore, admit Arya. La note que j'ai reçue ne donnait pas d'indication, mais y référait comme quelque chose de féminin.

Frustrées de ne pas trouver la clef du mystère, elles se rendirent dans la Grande Salle afin de dîner. A leur grande surprise, les fantômes de Poudlard s'y trouvaient également. Ils discutaient d'un air préoccupé.

-Ne trouvez vous pas que nous devrions autoriser Peeves à revenir parmi nous ? demanda le Moine Gras de Poufsouffle.

-Je crains qu'il n'ait outrepassé les limites, cette fois, répondit Nick-Quasi-Sans-Tête.

-Il ne serait pas sage d'amoindrir son exil, observa la Dame Grise.

Les quatre filles les évitèrent sans les quitter des yeux, curieuses. Durant les quatre mois qu'elles avaient passés aux châteaux, les septièmes années avaient parfois mentionné Peeves, mais elles avaient cru qu'ils entretenaient une légende de longue date. De toute évidence, elles s'étaient trompées.

-On devrait aller leur demander, dit Melania en désignant les esprits.

-Hors de question, tranchèrent Arya et Isis.

-Lizzie ?

Leur amie était de nouveau perdue dans ses réflexions, peu intéressée par ce nouveau mystère qui promettait pourtant d'être intéressant. Elles s'assirent à table, et Arya comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Les professeurs affichaient un air sombre, et la directrice s'était levée, l'air grave.

-Bon retour à toutes et à tous annonça-t-elle, sa voix amplifiée par l'acoustique de la salle. Je vous souhaite une bonne année 2171. Malheureusement, ces réjouissances se trouvent ternies par le grave évènement qui s'est produit récemment. Un livre d'une très grande valeur magique a été volé au professeur Blue. S'étant absentée durant les vacances, elle ne peut dire à quel moment le larcin s'est produit. Sachez que le coupable s'expose à de très lourdes sanctions. Les quelques élèves qui sont demeurés au château de Poudlard sont appelés à témoigner s'ils se souviennent de quoi que ce soit d'anormal, bien que vous soyez tous concernés. Cet ouvrage contient de rares et dangereuses formules, qui pourraient aussi bien vous effacer de la mémoire de vos proches, ou vous rendre invisible et insonores pour le reste du monde, mais également vous faire rechercher ou tuer. Si vous tombez dessus par hasard, ou s'il se trouve en votre possession, je vous en conjure, ramenez le à mon bureau. Aucune sanction ne sera appliquée si nous le retrouvons dans la prochaine semaine. Sur ce, je vous souhaite un bon appétit.

Une rumeur enfla dans la salle à peine le professeur Delacour se fut-elle tue. Isis et Melania avaient commencé à discuter et émettre des suppositions. Arya jeta un coup d'œil à Kate Blue. Elle arborait un visage fermé et impassible, mais son apparence trahissait sa détresse. Ses cheveux avaient pris une teinte blanche et ses yeux semblaient fait de sang.

-Qui aurait pu faire ça ? demanda Isis.

-Melania, Arya, vous comprenez ce que cela implique ? Vous êtes considérées comme suspectes, murmura Lizzie d'une voix blanche.

L'enfant blonde se mit à trembler légèrement. Pour la première fois, la jeune Black sembla affectée.

-Mel ? s'enquit doucement Isis. Tu n'aurais jamais…n'est ce pas ?

Leur amie eut la même expression que lorsqu'elle s'était mise en colère face à Arya quelques jours plus tôt.

-Bien sûr que non ! cracha-t-elle, et Arya aurait parié que sa voix n'était basse que parce qu'elle ne souhaitait pas faire un esclandre publique, élément alarmant. Mais les Black sont connus pour une attraction à la magie noire ! Tu peux être sûre que tu ne seras pas la seule à me suspecter, d'autant qu'Arya m'a laissée seule une soirée entière !

-Non, Mel, je ne pense pas, dit Lizzie. Tu es à Gryffondor, ça te protégera.

-Tu es bien naïve de penser une telle chose !

-Et tu deviens paranoïaque !

Le ton commençait à monter, attirant sur elles le regard des curieux.

-Arrêtez ! intervint fermement Arya. La vrai question c'est : pourquoi le professeur Blue n'a-t-elle pas emmené ce livre lorsqu'elle est rentrée ? Et qui connaissait son existence ? Malheureusement, Mel a été laissée seule, en possession d'une cape d'invisibilité qui plus est. Et toi et moi savons que tu as espionné les professeurs parce que tu t'ennuyais. Tu fais la coupable idéale, c'est indéniable. Ces informations ne doivent jamais arriver à d'autres oreilles que les nôtres, c'est compris ?

Les trois autres hochèrent la tête, et Lizzie et Isis s'excusèrent, penaudes. Arya se sentit satisfaite de l'autorité dont elle venait de faire preuve, et se concentra sur la soupe de tomates dans son assiette.

Le lendemain matin, l'ambiance était morose. Le professeur Minstead n'accorda aucun points durant le cours, malgré le succès de Melania et d'un Poufsouffle, Marc Hollow, au niveau des sortilèges lumineux. Après le déjeuner, lorsqu'ils entrèrent en classe de Défense Contre les Forces du Mal, le professeur Rathbone les salua d'un léger signe de tête, sans un sourire. Les tables étaient alignées normalement. Il laissa les huit Gryffondors s'installer, puis s'appuya contre son bureau, et déclara :

-L'ouvrage se nomme L'entrelacement des destins par la puissance, la vie et la mort. Cette magie requiert un grand savoir, et une puissance optimale. Celui qui l'utilise se met en danger. L'une des trois magies qu'il enseigne, en particulier, est l'art de la nécromancie.

Il avait le regard sombre et perdu, mais il parlait doucement et sans aucune nuance de jugement ou de suspicion.

-Vous n'êtes qu'en première année, jeunes, influençables, et incroyablement précieux. Si ce livre se retrouvait en votre possession, venez me le donner. Je le ferai parvenir au professeur Delacour sans donner aucun nom, je vous le jure. Sur la couverture, on peut voir notamment un serpent qui se mort la queue, un pentagone inversé, et un troisième symbole, que je ne dessinerai pas.

Il prit une craie, et illustra ses propos.

-Voici le symbole d'Ouroboros, dit il en désignant le serpent. Sa signification est complexe et peut-être aussi bien bienfaisante que malfaisante. Il symbolise en général le cycle de la vie.

Le cours se révéla étrange, envoûtant, fascinant. Ils fixaient l'homme, absorbant les connaissances entre magie noire et protection, nécromancie et pacification. Le sorcier maîtrisait parfaitement le sujet, et il émanait de lui une aura de fascination qui tranchait avec son attitude réservée du début. Lorsqu'ils se rendirent en métamorphose, aucun d'eux ne prononça un mot. Ils se sentaient hagards, leur esprit était embrumé. La vue de leur professeur, dont les cheveux demeuraient blancs et les yeux écarlates, les ramena à la réalité. Elle avait l'esprit ailleurs, et n'accorda que peu d'attention aux aiguilles, anciennement scarabées, produites par les élèves. Arya aurait voulu lui demander des informations sur son étrange note de Noël, et la remercier, mais elle jugea le moment mal choisi. Elle se sentait peinée par la détresse qui émanait de celle qui lui avait permis d'entrer à Poudlard, mais ignorait comment l'aider.

-A votre avis, pourquoi est-ce qu'on a eu ce cours ? demanda-t-elle avant qu'elles ne sombrent dans le sommeil.

-Pour nous mettre en garde ? suggéra Lizzie.

-Qui aurait pu commettre ce vol, à part un futur mage noir ? fit remarquer Isis.

-Un Serpentard, répliqua Melania. Ou quelqu'un qui ignorait ce qu'il faisait.

-Le seul Serpentard à être resté pendant les vacances a les cheveux rouges et semble plus préoccupé par son chat et le Quidditch que par la magie noir, rétorqua Arya.

Elle se tut, hésitant à livrer ses suppositions. Elle sentait qu'elle s'engageait dans quelque chose de bien trop important pour une sorcière de onze ans.

-Ce n'est pas forcément un élève.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Isis, les sourcils froncés. Tu penses à un prof ?

Arya se redressa pour leur faire face et exposer son point de vue.

-Aucun élève n'était sensé connaître l'existence de ce livre, mais les professeurs discutent entre eux, jusqu'à confier certains de leurs pires secrets : Mel a entendu bien des choses lors de sa séance d'espionnage.

-Mais qui…

Elle secoua la tête, incertaine, et s'endormit.

.

Le cours d'astronomie du jeudi soir réunissait tous les élèves de premières années à minuit, sur l'une des plus hautes tours du château. Les télescopes et lunettes utilisées devaient être maniées avec précautions, en raisons de leur fragilité, mais le professeur Moon les laissait discuter à leur guise, tant qu'ils n'endommageaient pas le matériel. Elle ne prêtait que peu attention à ce qui se passait, et se contentait de sanctionner par les notes, s'ils n'étaient pas assez attentifs. C'était une femme sans âge qui ne semblait vivre que la nuit, au teint livide et aux boucles argentée. La légende disait qu'elle n'avait pas quitté sa tour depuis plus de vingt ans. Seul le ciel l'intéressait. Ce soir là, la tension était à son comble entre les Serdaigles et les Serpentards, en raison du match qui les opposerait le samedi suivant. Les verts et argents n'avaient pas digéré leur défaite face aux Gryffondor, et ne cessaient de lancer des piques à leurs rivaux. Malefoy, cependant, ne participait pas à la joute verbale qui se déroulait, se contentant d'observer le ciel avec une intense concentration. Il possédait un tel don en astronomie qu'il oubliait sa rage pour remporter le match, songea Arya. Sa chevelure dorée brillait à la lueur de la lune tandis qu'il inscrivait ses annotations sur le papier à toute vitesse. Melania ne semblait pas non plus concernée par l'effervescence et s'occupait à ensorceler le sac de Rowle afin qu'il la morde lorsqu'elle y plongerait la main. La sorcière blonde dissimula un sourire aussi amusé qu'agacé, et retourna à son observation de Mars avec un soupir d'ennui.

-Salut ! fit une voix enfantine.

Elle leva les yeux et se trouva face à Emilie Crivey et Erin Londubat, deux Serdaigles toujours ensembles.

-Je pensais que le match t'intéresserait, puisque tu es attrapeuse, commenta Emilie en désignant du menton l'attroupement au milieu de la tour.

Arya haussa les épaules.

-Bizarrement, quel que soit le vainqueur, nous jouerons quand même contre vous et les Poufsouffles, alors… Et je dois absolument obtenir un résultat convenable, même si je m'ennuie.

Les deux amies rirent gentiment.

-On déteste le Quidditch, affirma Emilie. En général, on ne va pas voir les matchs. Mais on ira peut-être pour le dernier, en mai.

-Quand il fera moins froid, ajouta Erin.

Elles auraient pu être jumelles et se connaissaient si bien qu'elles devaient avoir grandi ensembles.

-Est-ce que Rathbone vous a questionné au sujet du vol ? demanda Emilie.

Nul n'avait encore restitué l'ouvrage, ou donné la moindre information. Il semblait s'être volatilisé. Arya hocha la tête, troublée.

-Il l'a fait aussi avec nous, hier, et Marc Hollow a dit que sa sœur lui avait dit que sa classe avait aussi été interrogée… Il doit l'avoir fait avec tout le monde, soupira Emilie. Mais ça ne donne rien.

-J'ai de la peine pour le professeur Blue, dit Erin. Elle semble vraiment affectée.

Arya médita l'information, une nouvelle fois pensive.

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-Qui est Peeves ? demanda soudainement Lizzie à Liam Hosworth.

Ils attendaient que le match commence, emmitouflés dans leurs manteaux et écharpes rouges et or, grelottant sous les flocons de neige. L'autre poursuiveur se tourna vers elle, surpris.

-Sérieusement, vous l'ignorez ? Il doit être aussi célèbre que toi !

La jeune fille se renfrogna, mais Liam riait. Coop Jevenson, assis non loin, se pencha vers eux.

-Elle n'est qu'en première année, Hosworth. Comment veux-tu qu'elle le sache ?

-Il s'agit d'un esprit frappeur, qui hantait le château jusqu'il y a cinq ans. Et une de ses excentricités a mal tourné, donc Delacour a décidé de le bannir pendant dix ans. En gros, tu seras encore là quand il reviendra, et je te souhaite bien du courage ! Tu as de la chance d'y avoir échappé, Jevenson. Demande à ton frère.

Jevenson haussa les épaules, peu perturbé, et offrit un sourire charmeur à Lizzie.

-Ravi de voir que tu as été prise, au fait. Tu es excellente comme poursuiveuse.

Arya rit discrètement en voyant son ami devenir écarlate, et reçut un coup de coude vengeur.

-Je pensais qu'il pouvait… tu sais, avoir commis le vol, chuchota son amie.

-A priori, il n'est plus dans le château, répondit-elle en fronçant les sourcils. Enfin, ça valait le coup d'essayer.

-Je suis curieuse de savoir à quoi il ressemble, commenta Isis.

Elles n'étaient venues qu'à trois, Melania ayant préféré finir son devoir sur la goutte du mort-vivant devant la cheminée. Ce fut l'un des matchs les plus rapides auquel Lizzie avait assisté, et il ébahit les deux autres. En cinq minutes, Cole, le garçon aux cheveux rouges de Serpentard, avait envoyé les cognards sur le gardien et l'attrapeuse de Serdaigle, visant exactement au bon endroit pour les mettre hors du jeu sans les blesser trop, et Malefoy avait attrapé le vif d'or, mettant un terme au match avec un score de 170-10. Il s'éleva dans les airs en levant un poing victorieux, la tête rejetée en arrière avec arrogance.

-Quel crétin, marmonna Lizzie entre ses dents. Quand je pense qu'on s'est gelées juste pour ça…

Malgré tout, elle passa l'heure suivante à décortiquer chaque secondes du match, expliquant les différentes techniques et la durée. Isis et Melania fuirent dans les cuisines, et Arya s'efforça de retenir la moitié des informations, sans parvenir à les comprendre vraiment.

.

Des murmures se répandirent dans la Grande Salle lorsque les hiboux distribuèrent le courrier.

-Regardez ça, s'exclama Melania en aplatissant le journal sur la table afin qu'elles puissent déchiffrer la une.

CINQ SORCIERS TUES EN ECOSSE EN CINQ SEMAINES,titrait la Gazette. Aucune d'elles ne prit la peine de lire l'article.

-Personne ne réagit au ministère ! C'est dingue, on n'a aucune interview, aucune information !

Lizzie secouait la tête, l'air de ne pas y croire. Isis et Arya échangèrent un regard.

-Ca ne vous étonne pas ? s'écria-t-elle. J'ai l'impression qu'il y a un mage noir en pleine montée de puissance, cette école a un fichu couloir dont tout le monde se fiche mais qui me flanque une trouille bleue, personne n'en parle, et pourtant nombre de gens se font assassiner !

Quelques têtes s'étaient tournées vers elles, et elle fut obligée de se calmer.

-Lizzie, combien de gens restent traumatisés par Lord Voldemort ? demanda Arya.

-Je… Plein, je suppose. Mais où est le lien ?

-Ils ne veulent pas que ça recommence, expliqua Isis. Ils préfèrent nier la situation, pour être tranquilles encore un moment.

Pour elles, élevées dans le monde des moldus, à l'extérieur de cette histoire, l'explication était limpide et évidente. Elles virent Matteo hocher la tête, acquiesçant à leur analyse.

-Seuls les nés moldus ont l'esprit clair sur ces attaques, commenta-t-il.

Mais bientôt, des rumeurs enflèrent dans le château. Les phénomènes étranges se multipliaient. La disparition du livre de Kate Blue demeurait inexpliquée, il n'était pas rare de trouver deux professeurs en train de parler à voix basses, une expression grave ancrée sur le visage. Les cours de Défense Contre les Forces du Mal, qui avaient autrefois été leurs moments de détente, n'étaient plus aussi passionnants, et la théorie survenait désormais plus souvent que la pratique, mais Rathbone semblait ailleurs. Un matin, le journal du Vrai Sorcier, rival de la gazette, moins lu, édité mensuellement et pourtant informateur véridique, fit paraître un article qui ébranla la communauté magique au complet.

MORTS, DISPARITIONS ET MAGIE NOIRE.

Les morts se font de plus en plus nombreuses, mais nul ne semble y prêter attention tant qu'elles ne sont pas prouvées comme criminelles. La rubrique nécrologique des journaux a pourtant gagné une colonne complète ces derniers mois. Les disparitions des aurors s'enchaînent, des traces de magie noire sont présentes dans le monde entier, mais plus particulièrement au Royaume Uni.

Tout porte à croire qu'un mage noir est en train de s'élever, mais la peur règne dans les foyers. Pourtant, il faut agir dès maintenant,avant que nous ne connaissions son nom et sa volonté. Il faut le neutraliser sans attendre. Si vous remarquez quoi que ce soit, si un proche se comporte normalement, parlez en au ministère de la magie. Il se devra bientôt d'agir.

Ne sombrez pas dans la paranoïa, cependant. L'arrivée de force maléfique était malheureusement inévitable, et le mieux est de continuer à vivre normalement, tout en étant vigilant au moindre signe de danger.

-Enfin ! soupira Lizzie après sa lecture, les yeux brillants de larmes.

Quelques jours plus tard, un nouvel évènement affola le château. L'un des tableaux de la salle de sortilèges avait été endommagé. L'affaire fut à priori bien vite résolue –un elfe de maison aurait commis une maladresse, ou un nouvel élève aurait inondé la classe, selon les versions- mais tous étaient intrigués par la façon dont La Baguette de Sureau, qui se défendait dès que l'on approchait trop près de lui, ait pu être déchiré dans un de ses coins.

Rathbone était indéniablement de mauvaise humeur. Il serrait constamment sa mâchoire, ne souriait presque plus, et perdait patience bien trop rapidement par rapport au début de l'année. Dans l'ensemble, la tension avait gagné chaque membre du personnel, et les conflits entre élèves éclataient bien trop souvent. Anancké Rowle n'avait de cesse de provoquer Melania et Lizzie, accompagnée par Nott et Goyle. Arya tentait d'essayer d'éviter les duels en les calmant, mais la situation s'envenimait chaque jour un peu plus.

-Alors, Black, toujours du côté des perdants ? lança Rowle un après midi où ils se rendaient en cours de botanique.

-Du bon côté, rétorqua Melania, ce qui fait toute la différence. En d'autres circonstances, j'aurais supposé que tu étais ravie de ces meurtres, mais il semble qu'aucune différence n'est faite entre les sangs purs et les autres, preuve que votre stupide idéologie est infondée.

-Au moins aucun de nous n'a trahi sa famille…

-Ma famille, c'est Gryffondor, et jamais je n'aurais à rougir de mes actes. La moitié de vos ancêtres se sont amendés durant la dernière guerre « Oh, nous n'avions aucune idée de ce qui se tramait… ». « Le Seigneur des Ténèbres nous forçait, il menaçait nos enfants ! Qu'auriez vous fait à notre place ? ».

Son imitation était excellente, son ton mordant, insupportable.

-Et puis, ajouta intelligemment Lizzie, je te signale que les perdants, c'est plutôt vous, Rowle. Gryffondor a remporté le match, comme tu sembles l'avoir oublié.

-Le score contre Serdaigle nous place en tête, stupide célébrité prétentieuse.

La jeune fille dégaina sa baguette sans qu'aucun d'eux ne l'ait vu venir.

-Windgardium Leviosa ! lança-t-elle, et les sacs de leurs adversaires se renversèrent sur le sol, leur promettant un retard conséquent en botanique.

-Rictusempra !

Ce sort inconnu et sûrement pas d'un niveau de première année fut d'une efficacité remarquable, et Lizzie se tordit de rire sur le sol. Nott considéra sa baguette avec satisfaction. Humiliée, Melania rétorqua avec un sortilège de jambencoton. Isis se tenait à l'écart, l'air désabusé, et Arya, impuissante, cherchait à les arrêter sans se faire toucher par les sorts qui fusaient. Lizzie cessa enfin de rire, se releva, et lança :

-Federlum maxima !

Rowle tomba au sol avec un hurlement de douleur qui se transforma en faible râle, et Dolowhood surgit de la serre, furieux.

-Rathbone ! lança-t-il en direction de son collègue qui se dirigeait vers sa salle de classe.

L'homme s'agenouilla auprès de Rowle, comprit en un coup d'œil ce qui venait de se passer, et marmonna une formule pour faire cesser ses convulsions. Il se releva et considéra les six autres d'un air sombre.

-Lequel d'entre vous a eu la stupidité de rajouter maxima ?

-Potter, balança Goyle avec dégoût.

-Tuer votre camarade vous aurait peut-être plu, Miss Potter ? Ne. Lancez. Jamais. Un. Sort. Qui. Vous. Est. Inconnu.

Arya fut frappée par sa transformation. Il intercepta son regard et se radoucit.

-Vous ne croyez pas que cette querelle inter-maisons devrait cesser un jour ? demanda-t-il avec un sourire affable.

-Je penses qu'elles apprendront mieux avec une retenue, cingla Dolowhood. Je juge que Miss Rowle a été suffisamment punie comme ça, transportez-la à l'infirmerie, vous deux. Black et Potter, vous viendrez m'aider à rempoter les plantes demain soir. Puisque vous n'avez pas été touchées, vous n'êtes pas dispensées de cours, malheureusement pour vous, Miss Lupin.

Il lui offrit un rictus, puis leur fit signe d'entrer.

Aucune des deux filles ne semblait réellement se soucier d'être en retenue.

-Il fallait bien que ça arrive un jour, fit Lizzie en haussant les épaules.

Isis et Arya patientèrent dans la salle commune, en tentant de jouer aux échecs version sorcier. Elles se révélaient aussi peu douées l'une que l'autres, et peinaient à faire obéir leurs pièces.

-Comment va ta mère ? demanda Isis.

-Bien, je suppose, répondit Arya en se mordant la lèvre. Enfin, aussi bien que possible. Je vais bientôt retourner la voir… Je ne suis pas sûre qu'elle guérisse un jour.

-Tu sais ce qu'elle a ?

Arya opta pour la réponse la plus simple et moldue, sachant qu'Isis comprendrait parfaitement.

-Une leucémie. Un cancer du sang. Elle suit une chimio thérapie qui l'épuise constamment, par vague.

Son amie lui offrit un sourire compatissant, puis envoya son cavalier en E5, malgré les vives protestations du seul fou qui lui restait.

-Et ta mère ? Ce n'est pas trop dur pour elle, de rester toute seule ?

Isis eut une moue dépitée, puis soupira.

-Je pense que si, mais elle n'aime pas m'en parler. Au moins, tout le monde se connaît dans mon village, et les voisins l'invitent souvent.

-Tu ne vois jamais ton père ?

Elle ne reçut qu'un long silence, et craignit d'avoir manqué de tact.

-Je ne sais pas qui c'est, dit enfin l'enfant brune. Il a disparu avant ma naissance, je ne sais même pas s'il est au courant de mon existence. Ma mère m'a juste dit que c'était un voyageur, mais comme elle avait les larmes aux yeux… je n'ai pas insisté.

-Je suis désolée, souffla Arya, la gorge nouée.

Elle ne comprenait que trop bien le ressenti de son amie.

.

-Pensez-vous qu'on devrait, pardonne moi Arya, espionner les profs afin d'en savoir plus ? demanda Melania en mordant dans un cake aux carottes après une énième visite aux cuisines.

Isis eut une moue incertaine, et Lizzie se mordit la lèvre, hésitante. Arya resta songeuse. Janvier touchait à sa fin, et le dangereux ouvrage n'avait toujours pas été restitué. La directrice avait de nouveau tenu un discours, avertissant l'assemblée entière sur le danger qu'encourait le voleur, sans rien obtenir d'autre qu'un silence outré. Chacun semblait soupçonner son voisin, et le mot « voleur » était devenue l'insulte la plus en vogue parmi les premières et deuxièmes années. Les plus âgés paraissaient désireux de trouver le coupable, et bien trop conscients du danger et des soupçons, qui se portaient en premier sur eux.

-Est-ce un élève ou un prof ? Tant que nous ignorons la réponse… commença Lizzie.

-Minstead a trempé dans la magie noire, fit observer Isis.

Arya ne répondit toujours pas. Elle essayait d'assembler différentes pièces du puzzle, mais la pleine lune se tiendrait le lendemain, et les maux de tête l'empêchaient de réfléchir convenablement. La bête, plus proche que jamais, grondait à l'intérieur, et elle ne savait pas vraiment de quel côté elle se trouvait.

-Il y a quelque chose de bizarre avec Rathbone, marmonna-t-elle.

-Sans blague, fit Melania, s'attirant un regard courroucé des deux autres.

L'enfant-loup se mordilla furieusement la lèvre, et le goût du sang emplit sa bouche. Il avait une saveur étrangement jouissive et elle résista à l'envie de cracher par terre. Elle plongea son bras sous son lit, et en ressortit un parchemin et une plume.

-Voyons voir… Première chose, on croise Rathbone plusieurs fois, dans le même couloir, et ce couloir, étrangement, c'est celui ou on ressent quelque chose d'étrange.

-Deuxième chose, il interroge toutes les classes après que le vol ait été commis, et insiste pour qu'on lui remette, dit Isis.

Arya hocha la tête et nota, suivit d'une flèche explicative :

-Ca lui fournirait une bonne excuse si, après s'en être servi, il devrait le remettre à Delacour. Il n'aurait pas à donner le nom de l'élève.

-Troisième élément, dit à son tour Lizzie, il est de mauvaise humeur après le vol.

-Non.

Tous les regards se tournèrent vers Melania.

-Il est de mauvaise humeur depuis que les crimes ont commencé à faire la une des journaux, notamment celle du Vrai Sorcier.

-Mel, murmura Arya d'une voix blanche, tu réalises ce que tu es en train de sous-entendre ?

La jeune Black fronça les sourcils, désorientée, puis son expression s'éclaira d'horreur.

-Attendez, s'interposa Lizzie, Rathbone peut être le voleur, mais certainement pas le tueur ! Il n'aurait pas pu quitter Poudlard ainsi, et ils ont lieu partout.

-Réfléchis, la tança Melania, ils ont lieu en Ecosse. Et où se trouve Poudlard ?

Elles se turent durant de longues minutes, chacune réfléchissant. Arya tendit sa plume à Isis, et dit :

-Ca tombe sous le sens… Il est passionné par la magie noire, agit étrangement…

-Il arpente ce fichu couloir, frissonna la sorcière rousse.

-Sans compter qu'il est le seul à ne pas avoir hurlé sur Henry, avec cet incident en début d'année, vous vous souvenez ? rappela Isis.

Melania plissa ses yeux argentés, dans lesquels brillait l'excitation de l'aventure.

-Que fait-on ? demanda-t-elle.

-On ne peut pas l'accuser comme ça, remarqua Arya. On n'a aucune preuve, et nous n'étions pas sensées nous promener dans les couloirs à une heure pareille, encore moins avec une cape d'invisibilité.

-Tu n'en as pas marre d'être la voix de la raison ?

La jeune lycaon leva les yeux au ciel sans répondre.

-Donc on enquête, murmura Lizzie, avant de placer sa main au milieu, muée par une pulsion instinctive.

Elles apposèrent leurs mains par-dessus la sienne.

-Tenez, dit Isis, ma mère m'a offert un carnet à Noël. On pourra y noter tout ce qu'on remarque, et il est parfaitement moldu, c'est-à-dire normal.

Noir, aux pages suffisamment épaisses pour que l'encre ne coule pas et discret, il était parfait.

-Arya ? Une objection sur les méthodes plus ou moins légales que nous allons utiliser ? demanda Melania, moqueuse.

La sorcière blonde hocha la tête, désabusée. Elle avait compris depuis pas mal de temps qu'elle s'attirerait forcément des ennuis avec des amies aussi précieuses et têtes brûlées que le duo Black et Potter.

-Il y a quand même quelque chose qui me dérange, observa-t-elle. Malgré tous ces indices, Rathbone est un homme extrêmement doux, posé et j'ai du mal à l'imaginer en train de commettre un meurtre.

-Tu ne l'as pas vu dans ce couloir, rétorqua Lizzie. Il avait le regard brûlant de haine, les poings serrés, et il était encore plus effrayant que Blue en colère.

-Ce serait trop facile si les meurtriers avaient vraiment l'air de ce qu'ils sont, dit gentiment la jeune Black.

La lune filtrait à travers de la fenêtre, brûlant les bras nus d'Arya qui la regarda avec tristesse, puis hocha de nouveau la tête.