Hem... Non, vous ne rêvez pas ! C'est bien un nouvel OS ! J'ai été très inspirée par celui-là et me suis beaucoup amusée à l'écrire. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire. ^^

Sinon, j'ai une annonce importante à faire pour cette fic : il s'agit du dernier OS sur l'enfance de Grell et William.
Rassurez-vous (ou pas... XD ), ce n'est certainement pas la fin ! En vérité, dès le prochain chapitre, nos Shinigami auront grandi et seront désormais adolescents. Je traiterais les années à l'Académie.
Je sais, Undertaker se fera plus rare, mais il reviendra en force (avec Ronald) quand Grell et Will intègreront les Faucheurs, une fois adultes.

Pour le dernier OS : les références concernaient bien sûr l'OAV The Tale of Will the Shinigami avec, dans l'ordre, Lawrence Anderson "Père", la Lanterne cinématique qui attaque Undertaker (bien que se soit William dans l'anime et que cette référence n'était pas forcément très clair) et, surtout, la dernière phrase que dit Undertaker à Grell et que Grell dira à Will dans l'OAV. ^^

D'autre part, si vous vous posez la question, Keith Humphries est le père d'Alan (c'est lui qu'Undertaker a rencontré dans Mayfair, dans le dernier chapitre). ^^

Voilà, vous savez tout ! ^^
Bonne lecture !


LA RENTREE DES FAUCHEURS

Les grands jardins anglais des Shinigami étaient comme un havre de paix au milieu de Londres. Un lieu comme à part dans la ville. La plupart des Humains croyaient à la demeure d'un très riche noble, voire peut-être celle de la royauté. Extrêmement rares étaient ceux qui connaissaient la vérité. Ils se comptaient sûrement sur les doigts des mains. L'immense bâtiment des bureaux et de la bibliothèque se situaient au sud, à l'entrée. Tout au nord, on pouvait trouver l'hôpital, qui avait une porte spéciale à l'arrière pour le personnel exclusivement. A l'ouest, un autre bâtiment, le plus petit de tous, qui possédait cependant sa propre cours. Il s'agissait en quelque sorte d'un enclos dans les jardins.

Ce jour-là, une grande agitation y régnait. On était au début du mois de septembre 1702 et de très nombreux enfants étaient réunis là avec leurs parents, dans un joyeux chaos. Les hommes portaient généralement la tenue stricte des Dieux de la Mort, les femmes avaient revêtues d'élégantes robes pour l'occasion. Quant aux plus jeunes, ils portaient tous le même uniforme noir. La seule différence entre eux était le pantalon pour les garçons et la longue jupe pour les filles agrémentée de jupons. Tous avaient de simples lunettes.

Au milieu de tout cela, une exception cependant. Il s'agissait d'une fillette dans un uniforme flambant neuf. Sa folle chevelure rousse était lâchée sur ses omoplates. Elle abordait fièrement des lunettes rouge vif sur lesquelles pendaient une chainette avec des têtes de mort. Toute excitée, elle était tenue fermement par son père adoptif, un homme à la longue chevelure d'argent. Le seul de toute l'assemblée à ne pas avoir de lunettes.

« Papa, papa ! Regarde ! s'enthousiasma-t-elle. Y a Willou ! On peut aller le voir, hein ?

-Oui, attends deux secondes ma puce, je vais saluer mon patron. »

Il entraîna l'enfant avec lui, faisant abstraction des grognements intempestifs.

« Bonjour monsieur.

-Ah ! Undertaker ! Vous accompagnez votre fils pour la rentrée des classes ?

-Je suis une fille ! protesta ledit fils. Une fille !

-Grell a raison, approuva le Faucheur argenté.

-Oui, enfin bon... soupira le chef de secteur. Je ne sais pas si...

-Et vous ? Vous êtes là pour votre fille ? coupa Undertaker en s'attirant un regard meurtrier de son supérieur.

-Ma fille ? s'étonna alors le supérieur. Quelle fille ? Je n'ai qu'un fils !

-Vous voyez comme c'est énervant de se tromper de sexe, se moqua Undertaker en faisant rire Grell.

-Humph... En effet, je suis là pour mon fils, répondit le patron en faisant comme s'il n'avait rien entendu. Il entre en dernière année avant l'Académie. Et pendant que je vous tiens... J'aimerais que vous veniez me voir dans mon bureau, j'ai besoin de vous parler de quelque chose d'important.

-Alors à tout à l'heure monsieur. »

Ils prirent congés l'un de l'autre et l'argenté accompagna Grell retrouver les Spears. Elle sauta aussitôt au cou de William, comme si elle ne l'avait pas vu depuis plusieurs années, alors que leur dernière rencontre remontait à deux jours :

« Wiiiiiiill ! Oh mon Willou ! On se met à côté, hein ?

-Bonjour Grell. Et arrête de m'appeler comme ça ! protesta le petit brun.

-On se met à côté, pas vrai ? répéta la rouquine d'un ton plein d'espoir. Comme l'année dernière !

-Et comme l'année d'avant, soupira William, celle encore d'avant et...

-Oh owiiii ! Hu hu hu ! T'as vu mon nouvel uniforme ?

-C'est un truc de fille...

-Bah oui, j'en suis une ! C'est papa qui me l'a pris pour la rentrée. Et regarde ! J'ai un sac tout rouge ! Et des chaussures rouges ! Et... Et des bracelets rouges ! »

Pendant que Grell détaillait sa tenue à son ami, les parents discutaient ensemble.

« Comment allez-vous ?

-Bien ! Et vous ?

-Très bien...

-Et le petit Thomas ? demanda Undertaker en regardant le bébé qui l'observait depuis les bras de sa mère.

-En pleine forme ! Il fait enfin ses nuits complètes, c'est reposant pour nous.

-J'imagine, oui. »

Alors qu'ils échangeaient des banalités, le directeur de l'école réclama du silence qui se fit aussitôt, malgré les gloussements de Grell.

« Mesdames et messieurs, chers élèves... Nous sommes ici pour commencer une nouvelle année scolaire qui sera, je l'espère, fructueuse pour nous tous et nos chères petites têtes blondes.

-Je suis pas blonde, grommela Grell. Et Will non plus.

-Chut ! ordonna ce dernier.

-Hu hu hu ! T'es mignoooooon en brun ! pouffa la rousse en ébouriffant la chevelure de son ami.

-AAAH ! s'énerva-t-il. Arrête ! Je déteste c'truc ! Vraiment... »

Il essaya de remettre en place ses cheveux, mais Grell en avait décidé autrement et s'accrocha à son cou pour se hisser sur la pointe des pieds et l'embrasser sur la joue. Il tenta de la repousser, mais elle resserra sa prise en gloussant.

« Wiiiiiiill... minauda-t-elle. On ira jouer après ?

-Lâche-moi...

-Dites, vous avez fini vous deux ? » gronda Edward W. Spears.

Les enfants se calmèrent aussitôt devant son ton impérieux, même si la rousse resta agrippée au bras de son ami.

« ...rtance de l'instruction. De ce fait, nos élèves bénéficieront cette année de l'expérience de Faucheurs, continua son discours le directeur, avant d'entrer à l'Académie. Cela sera fait bien entendu dans les classes les plus élevées et les plus jeunes, comme ceux de l'école primaire, se contenteront du minimum à savoir en matière de fauchage. Nous privilégions bien sûr pour eux l'apprentissage des bases telles que la lecture, l'écriture ou les mathématiques. Ils devront tout de même se plier à certains exercices sportifs et magiques pour développer les pouvoirs qui sont en eux et... »

Le monologue traditionnel de la rentrée était interminable. Undertaker avait depuis longtemps oublié à quel point les directeurs de l'école pouvaient être ennuyeux. C'était la première fois depuis qu'il avait quitté l'établissement scolaire qu'il y revenait pour accompagner sa fille. Il finit par bailler d'ennui et baissa les yeux vers la rousse. Elle avait posé sa tête sur l'épaule de William mais paraissait être tout aussi attentive que son père. Elle arborait le regard un peu vague qu'elle avait quand elle partait dans ses rêveries. En revanche, le petit brun était concentré sur chacun des mots du directeur, comme pour les graver dans sa mémoire.

Puis tout à coup, un soudain silence ramena Undertaker et Grell à la réalité. Il y eut des applaudissements polis. Le responsable de l'école avait enfin fini son discours de rentrée et déclara que, comme toujours, les classes étaient inchangées et portaient le nom de l'âge qu'était sensé avoir les élèves, puis annonça les noms des enseignants.

« La Quarante-neuf aura pour Maître Keith Humphries. La Cinquante...

-Quarante-neuf ! C'est nous ! s'excita Grell. Will, c'est nous !

-Je sais, soupira-t-il.

-Papa, c'est nous !

-J'ai entendu ma puce. Il faudrait que vous y alliez d'ailleurs.

-Bisou ! » réclama-t-elle en tendant les mains vers lui.

Il l'embrassa sur le front, eut tout juste le temps de lui lancer A ce soir ! et la vit disparaître en entraînant William avec elle.

.oOo.

Cette fois, William avait imposé sa volonté à Grell : ils seraient au premier rang. L'année précédente, il s'était fait avoir et avait dû passer la Quarante-huit assis au dernier. Il détestait cela. Il avait donc dit à la rousse que si elle voulait être à côté de lui, ils se mettraient là où lui le voulait et pas ailleurs.

La rouquine boudait donc un peu, pour la forme. Elle ne ferait pas longtemps la tête à William ! Ça n'avait aucun sens, voyons ! Juste pour lui faire comprendre qu'elle n'était pas contente.

Keith sourit en observant sa classe d'une dizaine d'élèves. Les Shinigami n'ayant guère d'enfants, les classes étaient assez restreintes et étaient surtout mixtes jusqu'à l'Académie étant donné que les filles n'y avaient pas accès. Cette classe était d'ailleurs considérée comme surchargée. Il n'était pas rare d'avoir des classes de deux ou trois, voire pas de classe du tout. Tant et si bien que les Maîtres d'école étaient également Faucheurs, leurs cours s'apparentant plus à des leçons particulières.

L'instituteur monta sur l'estrade et regarda chacun de ses élèves en commençant par le premier rang et une petite rousse à l'air renfrogné. Il n'avait d'ailleurs toujours pas compris si c'était un garçon ou une fille, ayant eu divers échos. Il décida qu'elle était de sexe féminin : après tout, elle en portait l'uniforme et son père adoptif l'avait inscrit en classe Quarante-neuf en tant que Miss Grell Sutcliff. On l'avait aussi mis en garde contre elle. Elle ne faisait que bouger et était incapable de rester immobile trop longtemps, ce qui l'amenait à faire des bêtises, d'autant qu'elle aimait se faire remarquer. On lui avait bien précisé que seule la présence d'un certain petit brun sérieux pouvait la calmer un peu.

Un tout petit peu seulement.

Keith finit son tour de classe mental puis commença par se présenter :

« Bienvenue à tous dans la Quarante-neuf. Je suis le Maître Keith Humphries et serais votre instituteur cette année. Je vais vous expliquer un peu ce que nous allons faire, comment je fonctionne, puis nous commencerons les cours. Surtout, si vous avez des questions, n'hésitez pas à m'en faire part. »

Grell décrocha encore très rapidement et orienta son regard vers la fenêtre d'un air rêveur. Elle observa les nuages qui traversaient le ciel en imaginant qu'elle était une princesse prisonnière du méchant instituteur et que le preux chevalier William venait la sauver...

« Miss Sutcliff, pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ? »

Grell sursauta et tourna ses yeux vers le Maître. Il avait une voix douce mais ferme. Il semblait être d'une grande gentillesse mais du genre à qui il ne fallait pas marcher sur les pieds.

« Euh... C'est... euh... bafouilla la petite rousse.

-Vraiment... marmonna William à côté d'elle en remontant ses lunettes.

-Alors ?

-Je sais pas, grogna Grell.

-Vous n'écoutiez pas. J'aimerais un peu plus d'attention de votre part. Mr Spears, vous qui étiez attentif, pouvez-vous répéter à votre camarade ce que je viens de dire ?

-On doit dire nos rêves d'avenir pour mieux faire connaissance, s'exécuta sagement William.

-Très bien. Alors Miss Sutcliff, commençons par vous.

-Hu hu hu ! Je veux épouser Will ! » s'écria-t-elle en s'accrochant au cou de celui-ci qui soupira.

Keith pouffa légèrement, se retenant d'éclater de rire devant le caractère surexcitée de la fillette et l'impassibilité de son ami qui paraissait rôdé à toutes ses extravagances. D'ailleurs, aucun élève ne parut surpris de son comportement. Depuis que la classe était ensemble, ils étaient habitués...

« Vous savez, Miss Sutcliff, fit d'un ton amusé Keith, vous avez bien le temps encore pour penser à ça. Et il faut que Mr Spears soit d'accord au moment opportun.

-Mais il le sera ! Parce qu'on est a-mou-reux, répliqua la rousse en manquant tomber de sa chaise pour se coller un peu plus à William.

-Vraiment... J'ai jamais dit que je l'étais, protesta le brun en la repoussant de son côté de bureau.

-T'étais jaloux de Sebas-chan ! claironna Grell.

-Même pas vrai. Et l'appelle pas comme ça...

-Mais euh ! On se mariera, dis ? T'es d'accord, hein ? Hein, dis... D'accord ?

-Non, et laisse-moi tranquille.

-Hu hu ! Mon Willou ! gloussa-t-elle dans un grand sourire aux dents acérées. Moi je t'aime ! Et toi ? Tu m'aimes ? Hein ?

-Un peu de calme, ordonna l'instituteur en venant en aide à William. Ce n'est pas le moment de régler ça. Et vous alors, Mr Spears ? Votre rêve ?

-Être chef pour prendre des décisions. »

Il rajouta à voix basse, à l'intention de Grell avec un regard meurtrier :

« Et t'envoyer trèèèès loin...

-OH MON WILLOU ! s'écria-t-elle. Moi je veux pas te quitter !

-Bon Sutcliff, ça suffit ! s'énerva Keith. Si vous continuez ainsi, je vous sors le temps de vous calmer. Est-ce clair ? »

Grell grommela un peu, puis croisa les bras et mit le menton dessus. Elle resta ainsi avachie pendant que le Maître finissait son tour de classe, ignorant superbement ses camarades parlant de voyages autour du monde, de frères ou de sœurs qui arrêteraient de les embêter, de fauchage de personnes célèbres...

.oOo.

Undertaker toqua à la porte du bureau de son patron. Bientôt, il entra sur invitation de celui-ci, croisant au passage le responsable de l'Administration générale avec qui il échangea un rapide salut. Lorsqu'ils furent seuls, le chef de secteur invita son employé à s'asseoir.

« Je ne vais pas y aller par quatre chemin, déclara le supérieur. Vous ne mettez plus autant de cœur à l'ouvrage qu'avant et le fauchage des âmes semble vous ennuyez au plus haut point.

-Quoi ? s'étonna le Faucheur argenté. Mais... Comment... C'est... idiot. Et puis, même si c'était le cas, en quoi est-ce si important pour vous ? Je fais mon travail, il me semble...

-Laissez-moi donc finir. Ce qui est important, pour moi, c'est que ça dure depuis la victoire sur le marquis Andras Owl. Ou devrais-je dire, depuis que vous avez repris la fauche au lieu de courir après ce Démon renégat. Je suppose donc que ce profond désintérêt, que je suis seulement le seul à avoir remarqué, date de la mort de Priest et Elder. »

Undertaker perdit son sourire habituel pour une expression neutre qui ne lui était pas naturelle. Il eut le réflexe de porter la main aux médailles funéraires de ses amis, portées ce jour-là en collier. Le geste ne passa pas inaperçu aux yeux de son patron qui déclara :

« N'ai-je pas raison ?

-J'ignorais que vous préoccupiez autant de vos employés.

-Oh, Undertaker ! soupira le chef de secteur. Vous savez parfaitement que vous n'êtes pas n'importe quel employé mais le Shinigami le plus puissant du secteur, sûrement d'Angleterre et peut-être d'Europe. Vous êtes une légende et votre nom est redouté même parmi les Démons.

-Vous savez que je n'aime pas les flatteries : elles sont inutiles et...

-N'ont rien de drôle, je sais, coupa le patron. Je veux juste vous dire que vous n'êtes pas n'importe qui. Vous nous êtes précieux mais...

-Mais je ne mets plus autant de cœur à l'ouvrage. Vous voulez la vérité ? soupira le Faucheur. Oui, Alex et Claudia me manquent. Je les ai rencontrés à l'Académie, en première année, et nous ne nous sommes plus jamais quittés. Et oui, je suis bien content d'avoir Grell qui m'oblige à penser à autre chose alors que je côtoie tous les jours les lieux où je passais ma vie avec eux. Voilà, vous êtes content ? Maintenant, je vais retourner à mon travail et y mettre un peu plus d'intérêt, puisque vous semblez me le reprocher, acheva-t-il en se levant pour partir.

-Premièrement, ne me coupez pas la parole : je déteste ça et vous le savez parfaitement. Deuxièmement, non, je ne suis pas content de cette vérité qui vous accable. Troisièmement, je ne vous reproche rien : c'est normal de réagir ainsi après avoir perdu ses deux meilleurs amis. Et enfin, pour finir avec un quatrièmement, vous allez vous rasseoir et m'écouter jusqu'au bout. Vous pensez vraiment que je vous ai fait venir simplement pour discuter mondanités avec vous ? »

Le ton brusque et autoritaire du supérieur ébahit Undertaker qui se rassit aussitôt. Pour qu'il lui parle sur ce ton, alors qu'il le faisait d'égal à égal d'ordinaire, c'était que la raison en était importante.

« Je suis désolé, monsieur, s'excusa le Faucheur.

-C'est bon, n'en parlons plus. Ce que je veux dire, c'est que vu votre désintérêt pour la fauche, peut-être auriez-vous envie de changer d'air. C'est ce que j'aimerais vous proposer.

-Vous... Vous voulez me muter ?

-Absolument pas. Vous resterez à Londres. Connaissez-vous les nobles du mal ?

-Ça a un rapport avec les Démons, avec un nom pareil ?

-Même pas ! avoua le chef de secteur. Le nom des comte de Phantomhive vous évoque-t-il quelque chose ?

-Vaguement... Il me semble en avoir fauché plusieurs. Mais ça s'arrête là.

-Alors je vais tout vous expliquer. Sachez simplement que vous n'êtes pas obligé d'accepter la proposition. A vrai dire, je ne vous la destinais pas, à l'origine, mais j'ai pensé que vous sortir de la routine vous serait bénéfique. En vérité, les comtes de Phantomhive sont, depuis quelques générations déjà, ce que l'on appelle ''les chiens de garde du roi''. Ou de la reine, c'est selon.

-Alors ce sont les chiens de garde de la reine, en ce moment, nota Undertaker. Anne Stuart est montée sur le trône depuis la mort de Guillaume III. »

Il se souvint tout à coup du fauchage du roi précédent, du rapport fiché en l'air par Grell, de la destruction de son bureau... Il eut un sourire involontaire avant de regarder à nouveau son patron.

« Exact, confirma ce dernier. Les chiens de garde sont là pour enquêter sur toutes les affaires les plus obscures de manière officieuses. En gros, ils font le sale boulot à la place des officiels et doivent tout prendre sur eux si jamais ça tourne mal. La royauté ne doit en aucun cas être souillée et c'est de leur devoir que ça reste ainsi.

-Je n'aime pas vraiment ça, grogna Undertaker. C'est un peu facile de laisser les autres se salir les mains à sa place.

-Je suis d'accord, mais c'est ainsi que fonctionne les Humains. Toujours est-il que les Phantomhive ont besoin de tout un réseau gravitant autour d'eux. Étant donné que les comtes sont aussi surnommés les nobles du mal, de part le fait qu'ils se servent du monde de l'ombre pour arriver à leurs fins, on a donné ce nom aussi au groupe restreint qui les entours directement. Les indicateurs les plus proches, en général.

-Je vois. Mais où voulez-vous en venir ?

-Il y a une place à prendre parmi les nobles du mal. Si vous acceptez cette ''mission'' officieuse, vous en ferez parti.

-Qu'est-ce qui vous fait croire que je me mettrai sous les ordres d'un Humain ? Je n'ai pas l'intention de me salir les mains pour l'un de ces comtes qui se les salit lui-même pour son souverain.

-Je ne vous demande pas de vous mettre sous ses ordres, sourit le chef de secteur. A vrai dire, les ordres viennent de plus haut que moi : ils viennent directement du régent d'Angleterre.

-Vo... Votre supérieur à vous ? Celui qui régit tous les secteurs d'Angleterre ?! s'écria Undertaker. Mais pourquoi ?

-Parce que l'affaire concerne l'Angleterre entière : les Phantomhive peuvent être envoyés n'importe où dans l'empire. Le régent et son équipe pensent qu'il faudrait un homme à nous chez les nobles du mal. Le monde de l'ombre est le monde de prédilection pour des Démons. Ils y sont déjà bien implantés. Il faut que nous soyons également informés. Les nobles du mal sont la voie royale, si j'ose m'exprimer ainsi, pour y entrer.

-Je vois...

-Je vous demanderais de réfléchir à tout cela. Ne me répondez pas de suite, cette décision ne doit pas être prise à la légère. »

.oOo.

Keith Humphries avait décidé de prendre connaissance du niveau de ses élèves avec un petit contrôle de rentrée. Il ne serait pas pris compte dans la moyenne, mais lui permettrait de voir les lacunes des enfants sous sa responsabilité. Et il ne fut pas déçu.

Vers le milieu du test, William jeta un coup d'œil à Grell pour voir où elle en était. Il avait pris l'habitude de vérifier à chaque contrôle où en était à peu près ses camarades de classe qu'il pouvait observer et commençait toujours par la rousse car elle était à côté de lui. Pour la première fois, il eut la surprise de voir qu'elle en était à peu près au même point que lui. D'ordinaire, Grell n'était pas très forte, hormis en ce qui concernait l'expression écrite ou la littérature, grâce à une imagination débordante et beaucoup de lecture. Ça étonnait d'ailleurs toujours William de voir tout ce que Grell pouvait lire... tant que ça n'avait pas de rapport avec les cours.

Grell était ainsi concentrée sur ce qu'elle faisait. Il y avait un peu de tout, dans ce contrôle. Elle avait déjà rempli toute la partie sur les Lettres. Elle avait notamment détaillé en long, en large, et en travers la question Raconte ton livre préféré. Si elle avait pu, elle aurait réécrit entièrement Roméo et Juliette sur sa copie.

A la suivante, demandant pourquoi elle aimait ce livre, elle avait expliqué que c'était parce que Roméo et Juliette étaient amoureux, qu'ils mouraient ensemble et qu'ils ne finissaient pas dans une boîte pour l'éternité. Elle avait même rajouté que c'était trop génial de se tuer par amour !

En ce qui concernait l'Histoire, elle n'avait pas hésité à la question Qui est considéré comme le Shinigami le plus puissant de ces cinq derniers siècles ?. Elle savait très bien que c'était Papa, la réponse. En revanche, elle n'avait aucune idée de qui avait fondé la régence Shinigami d'Angleterre. Quant à dire le nom du premier Humain à ne pas être fauché parce qu'il pouvait changer le monde, elle savait vaguement qu'il avait un rapport avec les Romains.

Elle regarderait l'Histoire en dernier. Elle passa aux Mathématiques. Bon, ce n'était même pas la peine, elle n'y comprenait strictement rien. Mais elle ne voulait pas avoir une mauvaise note. Quand elle en avait, William refusait de jouer avec elle. Parfois, il l'obligeait même à réviser !

Elle glissa donc discrètement la main dans le casier collé sous le petit bureau. Elle savait très bien que le livre qui était tout au fond était celui des maths. Du coin de l'œil, elle surveillait l'instituteur qui déambulait entre les élèves. Elle mit le livre sur ses genoux et feuilleta jusqu'à trouver les leçons qui l'intéressaient. Pas besoin de s'embêter, elle allait recopier les réponses et William serait content qu'elle ait eu une bonne note. Et ils joueraient ensemble. Et ils se marieraient, et ils auraient beaucoup d'enfants, et ils vivraient heureux pour toujours, et... Elle gloussa légèrement en pensant à son avenir digne des contes de fée.

Elle remarqua que ça allait bien plus vite comme ça ! Pas besoin de réviser ! Elle devrait faire ça plus souvent, pour les mathématiques. Grâce à cette méthode, elle avait rattrapé son retard et quasiment fini ce qu'elle détestait tant. En plus, comme elle écrivait rapidement, le Maître d'école n'avait pas fini son tour et n'était donc pas encore revenu vers elle.

« Qu'est-ce que tu fais ?! » murmura quelqu'un.

Elle sursauta et se tourna vers William qui la regardait d'un air offusqué.

« Chut ! fit-elle. Tu vas me faire repérer...

-Mais tu triches ! répondit-il à mi-voix.

-Non ! chuchota-t-elle. C'est que pour les maths ! J'y comprends rien.

-Vraiment...

-Wiiiiiiill... S'il te plait... »

Elle lui lança son regard de cocker battu pour le supplier de ne pas la vendre.

« C'est pas bien, rétorqua William.

-M. Spears, Miss Sutcliff... intervint le professeur. Un peu de silence s'il vous plait. C'est un contrôle.

-Désolé monsieur... » s'excusa William en retournant à sa copie.

Qu'importait Grell, c'était son problème après tout. La fillette se replongea dans les additions. Elle trempa sa plume d'oie dans l'encre pour se rendre tout à coup compte qu'elle n'en avait plu. Oups... Elle aurait dû écouter son père qui lui avait dit de vérifier avant d'aller à l'école... Elle n'avait pas touché à son cartable de toutes les vacances et ne s'était même pas aperçu qu'elle y avait laissé son encrier presque vide.

« Will ? »

Il ne répondit pas, concentré sur un problème particulièrement difficile où un Shinigami se voyait devoir venir en aide à un autre pour faucher les âmes, mais des Démons en dévoraient. Il fallait alors trouver le nombre total de morts fauchés par le Dieu de la Mort. Si ça ne tenait qu'à lui, William aurait dit que ce n'était pas très sérieux de ne pas protéger des âmes, mais il se souvenait que lorsqu'il avait répondu quelque chose de similaire, Undertaker lui avait expliqué que ce n'était pas le but de l'exercice.

« Mon Willooooouuuu ? » insista la rousse d'un ton roucoulant.

Le petit brun grogna de mécontentement et se tourna à nouveau vers Grell qui lui sourit de toutes ses dents.

« Quoi ? fit-il sèchement en espérant lui faire comprendre qu'il voulait finir son test.

-Hu hu hu ! J'ai plus d'eeeeeennnnnncre ! Wiiiiiiill ! Sauve-moi !

-Vraiment... Mais vraiment...

-Miss Sutcliff, laissez donc travailler M. Spears et retournez à votre contrôle s'il vous plait, ordonna Keith avec autorité.

-Mais monsieur ! J'ai plus d'encre ! »

William fouilla rapidement dans son sac, un peu énervé, et prêta une bouteille neuve à son amie.

« Merciiiiii ! Oh Will ! Tu es mon héros !

-Miss Sutcliff ! Encore un mot et je vous mets seule à une table ! »

Mais Grell n'avait que faire des menaces et, pour remercier William qui était déjà en train de soustraire le nombre d'âmes englouties par les Démons, lui sauta dessus en l'attrapant par le cou, puis claqua un gros bisou sur sa joue.

« AAAAH ! GRELL ! hurla William. La rature que tu m'as fait faire ! Et puis arrête de faire ça ! »

Sa copie parfaitement soignée comportait désormais une énorme rayure. Il repoussa la fillette et s'emparant de son buvard pour essayer de minimiser les dégâts.

« Miss Sutcliff ! s'irrita franchement l'instituteur. Vous avez gagné, prenez vos affaires et venez à cette table, seule !

-NOOOOOON ! s'écria-t-elle en s'accrochant au bras du petit brun en lui faisant étaler un peu plus son encre sur sa copie. Non, je veux pas !

-Grell ! s'horrifia William. On... On lit plus rien sur ma copie ! Lâche-moi !

-Sutcliff, je ne le répèterais pas ! Venez ici !

-Pitié ! Je veux rester avec mon Willou ! »

Il n'y avait bien entendu plus personne qui travaillait dans la petite classe. Ils observaient tous avec curiosité la suite des évènements. Voyant que la rousse ne lui obéirait jamais, Keith s'approcha pour l'obliger à se lever. Elle se mit tout à coup à hurler, serrant un peu plus le bras de William qui avait renoncé à nettoyer sa copie :

« BRISEUR DE COUPLE ! Vous êtes un briseur de couple ! »

Keith s'arrêta net, trop surpris. Les enfants lui en avaient fait voir de toutes les couleurs. Mais celle-là, personne ne lui avait encore sorti ! Il se retint difficilement d'éclater de rire. William avait tout à coup pâli et s'était trouvé une soudaine passion pour les tâches qui ornaient sa feuille.

« On est pas ensemble... Vraiment... marmonna-t-il. Quelle idée...

-Si ! Si, on est ensemble ! Il veut nous séparer ! C'est un briseur de couple ! » insista Grell.

Les autres élèves commencèrent à rire. Keith devait se retenir pour ne pas faire de même. Mais il savait que s'il ne voulait pas perdre son autorité sur sa classe, il devait impérativement réagir et, surtout, ne pas se laisser démonter. Il franchit donc les quelques pas qui le séparaient de Grell et déclara :

« Miss Sutcliff ! En voilà assez ! Vous allez immédiatement laisser tranquille M. Spears et vous asseoir là bas ! »

Il la força à se mettre debout pour changer de place. Le livre de maths tomba aux pieds de l'enseignant.

« Oups... »

Grell leva un regard empli de pureté et d'innocence vers l'instituteur. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

« En voilà assez. Dehors ! ordonna Keith. Sortez de suite ! Vous ne rentrerez que quand vous serez calmée et n'espérez pas vous mettre à nouveau à côté de M. Spears ! Et vous direz à votre père que je souhaite le voir ! »

.oOo.

Undertaker était à son bureau et regardait les jardins par la fenêtre. Il réfléchissait à ce que lui avait dit son patron. D'un côté, ça le tentait bien, mais d'un autre, il ne savait pas si l'environnement serait favorable à Grell. Puis tout à coup, une phrase du chef de secteur lui revint en mémoire. Il fut alors pris d'un doute affreux. Il se leva et se dirigea vers le bureau de son supérieur, pas très loin du sien.

« Undertaker ?

-Je peux vous parler franchement ?

-Oui, à votre ton, vous ne me laissez pas le choix.

-C'est vous qui ne me laissez pas le choix ! répliqua le Faucheur argenté en prenant place en face de lui.

-Que voulez-vous dire ?

-Vous avez précisé que vous ne me destiniez pas la mission. Pourquoi moi ?

-Je vous l'ai dit, c'est parce que j'ai senti que vous aviez besoin de changer d'air et...

-Arrêtez de me raconter n'importe quoi, coupa Undertaker. Vous avez aussi dit que la décision venait du régent. Je crois comprendre que la décision de me choisir vient de lui. On ne donne pas une telle mission à une personne qui se débarrasse facilement des Démons et qui protège bien les âmes sur le terrain. Vous m'auriez proposé de devenir Chasseur, en plus de Faucheur, ça ne m'aurait pas étonné. Mais ce genre d'opération, dans l'ombre la plus totale... Vous vous passez inutilement d'un Faucheur alors que vous êtes toujours en train de vous plaindre que vous n'avez pas assez de personnel. »

Le supérieur soupira. Il baissa la tête, retira ses lunettes pour les essuyer, se donnant le temps de répondre. Il finit par déclarer :

« Je leur ai dit que ce n'était pas une bonne idée. A vrai dire, j'espérais que vous acceptiez sans en venir là, mais c'était sans compte sur votre intelligence... Undertaker... Laisser une Faux de la Mort a un Démon n'a pas été apprécié en haut lieu. Vos états de service ont beau être irréprochables, je n'ai pas pu vous couvrir. Alors oui, cette mission, même si elle est primordiale, est quelque part une punition et vous ne pouvez pas la refuser ou ce sera considéré comme de l'insubordination.

-S'il n'y avait pas Grell, grogna le Faucheur, je serais déjà loin et vous ne me retrouveriez jamais.

-Je n'en doute pas. »

Il y eut un long silence. Undertaker finit par le rompre :

« Alors ? Que devrais-je faire ?

-Vous... Vous acceptez ?

-Je n'ai pas le choix, non ?

-Je vois. Je vous l'ai dit : introduisez-vous parmi les noble du mal. Surveillez le monde de l'ombre pour nous.

-Il y a des conditions ?

-Juste une : si on fait appel à vous en tant que Faucheur, vous devrez répondre. Ça ne devrait se faire qu'en cas de nombreuses morts d'un coup où nous n'aurions plus assez de personnel.

-Alors j'imposerais mes propres conditions : je veux avoir carte blanche. Je veux mener cette immersion dans le monde de l'ombre comme je l'entends. Je garde ma Death Scythe et les sotobari. Je me moque éperdument de continuer à percevoir mon salaire de Faucheur : je sais déjà comment je vais gagner ma vie chez les Humains. Tout ce que je vous demanderais, c'est que la société paye ses études à Grell jusqu'à sa sortie de l'Académie. C'est à prendre ou à laisser.

-Il n'a jamais été question que vous rendiez votre Faux de la Mort ! Quant aux sotobari et à Grell, je verrais ce que je peux faire. Mais je pense l'obtenir sans problème. Si ce n'est pas indiscret, à quelle activité allez-vous vous livrer ? »

Undertaker eut un de ses étranges sourires, doux et mystérieux.

« He he... Après une vie de Shinigami à s'occuper des âmes... Je crois que j'apprécierais tout autant de me livrer à une activité concernant l'autre côté de la mort...

-Vous... Vous voulez devenir croque-mort ?! s'exclama son patron. C'est complètement fou ! Un Shinigami croque-mort... J'aurais tout vu avec vous !

-Comme disait ce cher Aristote, pouffa Undertaker, Pas de génie sans grain de folie !

-Je vous reconnais bien là, avec votre sens de la plaisanterie. Un Shinigami croque-mort... Une véritable plaisanterie... »

Le Faucheur se leva pour prendre congé. En définitive, il se sentait le cœur beaucoup plus léger qu'en entrant. Il n'avait pas pensé que ses demandes seraient acceptées si facilement. Alors qu'il posait la main sur la poignée de la porte, le chef de secteur le retint en l'interpellant :

« Avouez que cette punition vous arrange. Vous aviez envie de changements. C'est pour ça que vous le prenez si bien.

-C'est vrai. Je le vois... comme un nouveau départ. J'en ai besoin après la mort d'Alex et Claudia. Je n'en pouvais plus de venir tous les jours dans ces locaux où j'ai vécu tant de choses avec eux.

-Sachez que vous serez toujours le bienvenu ici, que se soit pour venir nous voir ou pour emprunter -et rendre !- des Lanternes cinématiques. »

Undertaker se mit à rire puis quitta le bureau.

.oOo.

Grell était assise par terre, dans le couloir. Ses bras entouraient ses jambes et elle avait mis son menton sur ses genoux. Elle était en colère contre Keith Humphries qui s'opposait à son amour avec William. Sans parler qu'elle était extrêmement vexée d'avoir été mise ainsi à la porte. Elle n'avait jamais triché de sa vie, c'était la première fois, et elle se faisait attraper. Tout ça, c'était la faute de ce maudit instituteur : quelle idée de faire un contrôle surprise le jour-même de la rentrée ! Et puis... elle commençait sérieusement à s'ennuyer. Elle entendit des pas dans le couloir et tourna la tête vers le nouvel arrivant. Il s'agissait du directeur de l'école qu'elle ne connaissait que de vue.

« Eh bien jeune fille ! C'est la rentrée et vous êtes déjà dehors ?

-Oui monsieur, répondit-elle poliment. Mais c'est pas ma faute !

-Ce n'est jamais la faute de personne, remarqua l'adulte d'un ton amusé.

-Si ! C'est Maître Humprhies, il veut pas que je sois avec mon Willou.

-Qui est Willou ?

-Non, c'est William, mais y a que moi qui ai le droit de l'appeler Willou, précisa Grell. C'est... Hu hu hu ! C'est mon amoureux...

-Je vois. En tout cas, essayez de ne plus faire de bêtises, pria avec autorité le directeur. Votre Maître est quelqu'un de très calme et vous avez dû en faire beaucoup pour qu'il vous mette à la porte.

-Oui monsieur. »

L'adulte s'en alla en remonta ses lunettes, geste qui rappela William à Grell. Tsss... Elle en avait assez d'attendre ! Ça faisait des heures qu'elle était là. Peut-être avait-elle été oubliée ? Cette pensée la rendit un peu triste. Elle n'aimait pas la solitude. Elle ne voulait pas que William l'oublie. Mais non ! Son ami ne l'oublierait jamais ! Jamais, jamais ! C'était sûrement le méchant instituteur qui le retenait prisonnier, l'empêchant de la rejoindre. William était sûrement en train de lutter de toutes ses forces contre leur ennemi afin de sauver sa bien-aimée, peut-être blessé mais toujours debout, tel un fier et valeureux chevalier combattant pour sa princesse.

Elle gloussa, imaginant William arrivant sur un cheval d'un blanc immaculé, dans des habits somptueux, une cape recouvrant ses épaules. Il trainait derrière lui le professeur, enchaîné et vêtu de haillons, pour prouver à sa belle qu'il l'avait vaincu. L'ennemi serait réduit en esclavage, tandis que les deux enfants partiraient sur l'étalon, dans un soleil couchant écarlate, au beau milieu d'un champ de coquelicots.

Les yeux emplis de rêves et d'étoiles, elle fut brutalement ramenée à la réalité en sentant un courant d'air sur sa joue. Intriguée, elle se tourna vers la gauche et vit au bout du couloir le hall d'entrée de l'école. Dans le même axe, la porte. Ouverte. Elle avait complètement oubliée qu'elle restait ouverte aux beaux jours...

Une idée commença à germer dans sa tête. Et si elle quittait l'école ? Après tout, elle s'ennuyait fermement, personne ne faisait attention à elle... Ça devait bien faire une journée qu'elle était assise ici à attendre que son Maître daigne la faire rentrer...

En vérité, cela faisait à peine plus de cinq minutes qu'elle était là, mais pour une fillette comme elle, c'était déjà beaucoup trop. Elle avait l'impression d'avoir patientée des semaines.

Elle avait envie d'un peu de compagnie. En plus, le soleil brillait encore sur Londres et c'était dommage de ne pas en profiter. Rester ici ne servait à rien. Elle se leva, épousseta un peu ses jupons et se dirigea vers la sortie en prenant bien garde de ne pas se faire voir. De toute façon, il n'y avait personne.

Une fois dans la cours de récréation, elle se retrouva face à un nouveau problème. Une haute grille la séparait des jardins des Shinigami et le portail d'entrée était, lui, fermé. Elle chercha du regard une solution puis avisa un arbre un peu tortueux dont une branche allait au-dehors de la cour. Elle était fine, mais l'enfant se dit qu'elle pouvait bien supporter son poids. Toute contente d'elle, elle entreprit de grimper dedans pour atteindre le point qui l'intéressait. Avec ses talons hauts, elle faillit se tordre la cheville. Ils n'avaient certainement pas été conçus pour de l'escalade... A cause d'eux, elle glissa et se rattrapa d'extrême justesse. Elle prit la décision de se caler sur une branche, les retira et les envoya par-dessus la grille. Pieds nus, ce fut beaucoup plus facile de se hisser où elle voulait, prenant appui sur les rameaux et les anfractuosités du tronc. Bien sûr, elle déchira la longue robe de son uniforme à divers endroits ainsi que plusieurs jupons.

Une fois à califourchon sur la branche qui pendait du côté des jardins, elle se fit glisser prudemment dessus. Tout à coup, son perchoir se mit à craquer dangereusement. Elle avait intérêt à descendre le plus vite possible... Ses pieds se posèrent sur la barre transversale qui tenait la grille en haut, puis, se tenant fermement à l'arbre, elle s'assit sur le montant. Le vide au-dessous d'elle, elle regarda la hauteur. C'était un peu haut, se dit-elle en se souvenant de sa chute en voulant sortir de l'hôpital...

Elle entoura donc un des solides barreaux de ses jambes, bien qu'un peu entravée par la robe, s'y accrocha de ses bras et se laissa glisser jusqu'à la terre ferme. Ses pieds rencontrèrent l'herbe douce. Elle se recula, observa la grille, l'arbre, la cours, l'école... Elle avait réussi ! Elle était dehors, libre ! Un grand sourire éclaira son visage. Elle récupéra ses chaussures, les remit puis partit en courant à travers les jardins à l'anglaise.

.oOo.

Keith Humphries avait jeté un coup d'œil à la copie de Grell par curiosité. Il avait très étonné de voir qu'elle avait lu à son âge Roméo et Juliette. Pour cette œuvre, il savait très bien qu'elle n'avait pas triché. Il n'y avait aucune mention de cette pièce dans les livres de cours pour enfant. Il se demanda un instant de quoi elle parlait avec ces boîtes sur des étagères, mais ne chercha pas à comprendre plus. Il savait très bien que, parfois, les enfants pouvaient avoir de drôles d'idées. Et celle-là sûrement plus que les autres.

Il sourit à la mention où elle expliquait qu'elle trouvait super leur mort par amour. Il n'avait jamais imaginé qu'une enfant de cet âge puisse être autant romantique. Bien sûr, toutes les petites filles rêvaient au prince charmant et d'être elles-même des princesses... Mais de là à adorer cette tragédie pour le suicide amoureux des deux héros...

Il reposa la feuille et reprit son tour dans la classe, hyper-attentif à tout ce que faisait ses élèves. Hors de question qu'un autre se mettre à tricher dès le premier jour. Il finit par regarder l'horloge de la classe et vit que Grell était à la porte depuis un petit quart d'heure. Bon, elle avait sûrement compris, inutile de la faire patienter plus. Il alla donc ouvrir la porte :

« Miss Sutcliff, c'est bon, vous... Miss Sutcliff ? »

Etonné, il regarda de part et d'autre du couloir, sans la voir. Inquiet, il l'appela un peu plus fort. Personne ne lui répondit. Pris d'un doute affreux, il jeta un regard à la classe concentrée. Il pouvait bien la laisser seule cinq minutes, le temps d'aller dans le hall. Ce n'était pas la peine de paniquer, tenta-t-il de se persuader. Elle devait être dans le hall. Seulement, une fois qu'il fut dans le hall, pas plus de Grell Sutcliff que dans le couloir. Commençant sincèrement à paniquer, il sortit dans la cours et embrassa du regard tout l'espace. Personne non plus. Mais où avait-elle pu aller ?!

Il souffla pour se calmer. Inutile de penser au pire, n'est-ce pas ? Elle ne devait pas être bien loin... Et ce n'était certainement pas ici ou dans les jardins qu'elle se ferait enlever ou attaquer par un Démon. Tout à coup, alors qu'il rentrait dans le bâtiment, il repensa à la copie de la fillette et à la passion que portait l'enfant pour Roméo et Juliette. Non. Non, elle ne pouvait pas avoir pensé à se suicider. Pas à son âge... Pas en temps que Shinigami...

Il tenta de repousser la petite voix qui lui disait qu'elle aurait très bien pu le faire pour jouer à Juliette, sans se rendre compte de la portée de son geste. Il avait déjà dû fauché un jour un enfant pour une histoire similaire. Non, Grell était une Déesse de la Mort, il lui faudrait une Faux pour réussir. Mais des Faux, il y en avait partout dans les locaux des Shinigami. Même dans l'école, vu que les classes supérieures avaient quelques heures d'initiation dans l'année avant d'aller à l'Académie.

Keith toqua à la porte de la classe voisine de la sienne.

« Entrez !

-Je peux vous parler un instant, M. Swanson ? »

Étonné en voyant la pâleur de son collègue, Swanson le rejoignit dans le couloir, loin des oreilles des enfants.

« Que vous arrive-t-il, M. Humphries ?

-J'ai perdu une élève, murmura-t-il. Pourriez-vous surveiller ma classe pendant que je préviens le directeur et qu'on la cherche ?

-Comment avez-vous fait ?! Qui avez-vous perdu ?

-Grell Sutcliff. Et je... J'ai peur qu'elle ait fait une grosse bêtise avec sa passion pour Roméo et Juliette...

-Sutcliff ? C'est un garçon, hein. Mais il se prend pour une fille, ne vous laissez pas avoir, j'ai eu leur classe il y a deux ans. Comment ça se fait que...

-Qu'elle... Qu'il soit parti ? Je l'ai mis à la porte le temps qu'il se calme parce qu'il avait triché à un test.

-Je n'ai jamais osé le mettre dehors de peur qu'il prenne la fuite justement... Pas de problème, je vais surveiller nos deux classes. Je ne dirais rien aux enfants pour ne pas les effrayer.

-Merci. »

Keith se dépêcha de se rendre au bureau du directeur pour lui expliquer la solution. Il se fit traiter d'inconscient, mais le temps pressait. Il fallait retrouver Grell.

Bientôt, l'école fut sans dessus-dessous. Tout le personnel autre que les enseignants cherchaient l'enfant de partout. Ils durent se rendre à l'évidence : il n'était plus là. C'est alors que le directeur remarqua un bout de tissu dans la ramure d'un arbre dont une branche pendait de l'autre côté de la grille.

« Je crois que M. Sutcliff a fait l'école buissonnière...

-Il est peut-être quelque part en train de mourir avec ses idées ! » angoissa son instituteur.

L'inquiétude de Keith était communicable et tous voyaient déjà le pire. Le Maître retourna dans sa classe pour chercher celui qui, certainement, était le plus susceptible de les aider.

C'est ainsi que William vit arriver le professeur. Quand il lui demanda de le suivre, il soupira, rangea proprement sa plume, ferma son encrier et quitta à regret sa copie dont il ne lui restait plus qu'un exercice à faire.

Le petit brun se retrouva bientôt dans le bureau du directeur :

« Auriez-vous une idée de l'endroit où se trouve M. Sutcliff ?

-Non monsieur. Il est pas dans le couloir ?

-Non, sinon on ne le chercherait pas ! Vous n'avez vraiment pas d'idée ? Il n'y a pas un endroit où il aime aller ? Un endroit où vous allez ensemble ? Qui ne soit pas dans l'école. C'est très important. »

L'enfant réfléchit un instant. Il ne voyait vraiment pas. Il y avait bien le petit lac artificiel, au centre des jardins. Ils s'y amusaient souvent parce que c'était joli et que Grell adorait les tapis de tulipes rouges qui s'y trouvaient à la belle saison. Mais bon, comme il le fit remarquer, c'était de Grell dont on parlait ! Il pouvait lui passer par l'esprit beaucoup de chose.

Les adultes présents furent surpris d'entendre parler William d'un ton aussi détaché et calme. Il semblait être capable de garder la tête sur les épaules facilement. En vérité, il était inquiet pour son ami, mais il ne voulait tout simplement pas le montrer. Après tout, la dernière fois que Grell avait fugué, il s'était fait attaquer par un Démon...

.oOo.

Undertaker rentra dans le grand hall de marbre des locaux des Shinigami en faisant disparaître sa Faux. Après avoir discuté avec le chef de secteur, il était allé fauché la douzaine d'âmes qui se trouvaient sur son Death note.

Désormais, tout était clair entre son supérieur et lui, pensa-t-il. C'était bien mieux ainsi. Et puis, le patron avait raison : cette punition l'arrangeait vraiment. Ici, il avait toujours l'impression qu'Alexander ou Claudia allaient surgir dans son bureau avec une nouvelle histoire à lui raconter, une anecdote. Qu'il allait les croiser au détour d'un couloir et rire avec eux. Il porta la main à leurs médailles funéraires et sourit doucement.

Il s'était attendu à tout moment à recevoir des remontrances. La Death Scythe laissée à Malphas n'avait pas été digéré en haut lieu ! Mais il n'avait aucun regret : si c'était à refaire, il le referait de la même manière. En revanche, ce qu'il ne s'attendait pas, c'était que la sanction l'arrange autant. C'était très bien, ça lui ferait en quelques sortes des vacances. Depuis le temps qu'il était Faucheur...

Perdu dans ses pensées, il arriva à son bureau et entra. Il fut alors violemment percuté.

« Papa ! »

Surpris, il baissa les yeux et croisa le regard de Grell, accrochée à sa taille, qui lui souriait de toutes ses dents pointues.

« Grell ?

-On fait un câlin ? »

Il se baissa vers elle en riant et se stoppa tout à coup. Il se releva et jeta un coup d'œil à la pendule qui ornait son bureau.

« Attends ma puce... Tu... Tu ne devrais pas être en cours à cette heure-ci ?! »

La fillette le lâcha et recula de quelques pas, se mordillant les lèvres. Il remarqua alors sa tenue : son uniforme neuf était en lambeau, des feuilles et des brindilles l'ornaient et parsemaient sa chevelure rousse, la boucle des chaussures avaient été faites à la va-vite...

« Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda sévèrement Undertaker.

-Ben... Je lisais ton livre... répondit-elle en montrant La Divine comédie. Mais c'est pas drôle et j'ai rien compris du tout du tout !

-Je ne te demande pas ce que tu faisais avant que j'entre. Pourquoi tu n'es pas en cours ?! »

Elle se fit toute petite en entendant la colère dans la voix de son père adoptif. Il ne l'avait jamais grondé jusqu'à présent.

« Le Maître m'a mise dehors... expliqua-t-elle à voix basse.

-Dehors ? Je suppose qu'il ne t'a pas mise hors de l'école ?

-Dans le couloir...

-Et donc toi, tu t'en vas, tu déchires tes habits et tu viens tranquillement ici ?!

-C'est parce que j'ai grimpé dans l'arbre... marmonna-t-elle.

-Ça s'appelle l'école buissonnière, Grell ! Je ne veux pas que tu t'enfuies comme ça ! Tu te souviens ce qui s'est passé, la dernière fois ? Tu as failli te faire tuer par un Démon !

-Mais je voulais te voir ! répondit-elle d'une voix triste.

-Je te l'ai dit, je ne veux pas que tu partes comme ça de l'école. Ça ne se fait pas. Même pour venir me voir ! »

Il ne laissa cependant rien paraître, mais il se souvenait parfaitement du jour où il avait fait pareil. Son professeur l'avait mis dehors parce qu'il avait pris un fou rire et il avait décidé de partir s'amuser.

« Tu m'en veux ? demanda Grell avec inquiétude.

-La question n'est pas là ! Ce que tu as fait est dangereux ! insista-t-il. D'ailleurs... Pourquoi as-tu été virée de la classe ?

-C'est pas ma faute ! se défendit-elle avec véhémence. C'est Maître Humphries ! Il veut m'empêcher d'aimer Will ! Il a voulu briser notre couple ! »

Undertaker la regarda une seconde dans les yeux. Le regard jaune-vert de l'enfant était fulminant. Si son professeur passait à ce moment, il était mort. L'adulte se retint in extremis d'éclater de rire.

« Maintenant, tu vas y retourner, déclara-t-il durement en cachant sa terrible envie de rigoler. C'est hors de question que tu sèches l'école ou tu ne deviendras jamais Faucheuse. Et puis... Que dirait Will s'il te voyait ainsi ?

-Hu hu hu..

-Grell... C'est important ce que je te dis, alors arrête de glousser. Il aurait pu t'arriver n'importe quoi !

-Désolée.

-Il ne suffit pas d'être désolée. Allez viens, je te ramène. Mais ne crois pas t'en tirer à si bon compte. Jusqu'à nouvel ordre, interdiction de voir William en dehors des cours, et pas de lecture ! Je te confisquerais tous tes livres. Et ne compte pas sur moi pour te racheter un nouvel uniforme. »

Grell s'horrifia en entendant son père. Alors lui aussi était un briseur de couple ?! Undertaker attrapa fermement sa main et l'entraîna avec lui d'un pas vigoureux. Grell tenta de lui dire quelque chose, mais il l'ignora superbement. Elle sentit son cœur se serrer. C'était bien la première fois qu'elle ne lui inspirait que de l'indifférence. Alors, c'était vraiment grave de quitter l'école ?

Bientôt, ils arrivèrent en vue du bâtiment en effervescence. Diverses personnes sortaient et entraient, tout le monde s'agitait. Soudain, un cri retentit. Il s'agissait de l'instituteur qui venait d'apercevoir Grell tenue par son père. Keith Humphries accourut, accompagné du directeur.

« Vous l'avez retrouvé ! fit le Maître avec soulagement.

-Elle est simplement venue me retrouver dans mon bureau, expliqua Undertaker.

-Humphries a réussi à nous convaincre qu'il s'était suicidé, expliqua le directeur d'un ton aussi rassuré que l'instituteur.

-Suicidée ? Pourquoi vous voulez que ma fille se suicide ?! s'étonna le Faucheur argenté. A son âge en plus ?!

-Avec sa passion pour Shakespeare, j'ai eu peur qu'il veuille jouer à Juliette, expliqua Keith, après que je l'ai séparé du petit Spears.

-Bah non ! Faudrait que Will meurt d'abord ! s'écria Grell. Et aussi que nos familles se détestent et que je sois mariée de force et que... »

Un regard de son père la convainquit de ne pas rajouter un mot de plus. Undertaker se tourna à nouveau vers le professeur :

« Qu'a-t-elle fait pour qu'elle soit mise dehors ?

-Outre le fait d'empêcher M. Spears de faire son contrôle, M. Sutcliff a triché.

-Miss ! grogna l'enfant.

-Eh bien ! Grell, la question est réglée : puisque tu es déjà privée de lecture, tu feras des maths à la place pour ne pas t'ennuyer, décida Undertaker.

-Quoi ? Mais... Mais papa...

-Ne commence pas à râler. Et maintenant, présente tes excuses à ton Maître. »

Il la poussa vers Keith et elle grommela quelques excuses. L'instituteur la ramena en cours, tandis que le directeur se tournait vers Undertaker. Celui-ci venait enfin de s'autoriser à éclater de rire et en pleurait. A la question qui lui fut posé, il rétorqua que la situation avait de quoi rire. Grell s'enfuyait de l'école pour venir tranquillement le rejoindre et tout le monde était persuadé qu'elle était en train de mourir pour faire comme dans son livre préféré.

Il expliqua ensuite qu'il ne pouvait décemment pas rire devant sa fille au risque de lui faire croire qu'elle avait le droit de sécher les cours.

« Vous... Vous savez que c'est un garçon ? demanda tout à coup prudemment le directeur de l'école.

-Physiquement ? se calma Undertaker. Oui, et elle le sait aussi. Mais croyez-moi. Hormis cela, elle a tout d'une fillette de son âge un peu turbulente.

-Un peu ?! »

.oOo.

La pause de midi était arrivée. Tous les enfants étaient à la cantine à part Grell qui s'était isolée dans un coin pour ruminer sa punition et qui avait décidé de bouder. C'est alors qu'une ombre obscurcit le soleil devant elle.

« Je te l'avais bien dit. »

Grell releva les yeux et croisa le regard sérieux de William. Il précisa sa pensée :

« Que c'était pas bien de tricher. »

La rousse grogna quelque chose d'incompréhensible.

« Pourquoi tu t'es enfuie ? »

Grell ne répondit rien. William allait répéter sa question, quand elle se mit tout à coup à parler :

« Je m'ennuyais toute seule. »

Nouveau silence. Le petit brun sentit du chagrin dans les yeux de son amie, d'autant que, contrairement à son habitude, elle ne parlait pas, et lui demanda si ça allait.

« Papa est en colère contre moi, expliqua-t-elle tristement.

-Vraiment...

-Et... Et toi ? Tu m'en veux ?

-Pourquoi ? La copie toute sale ? J'ai réussi à rattraper le coup et Maître Humphries m'a dit que c'était pas grave. »

Grell nota tout de même qu'il n'avait pas réellement répondu à sa question. Ils restèrent silencieux encore un instant puis William le rompit à nouveau :

« Tu vas rester ici ?

-Oui.

-Tu veux pas manger ? »

Elle secoua la tête de droite à gauche. Le brun soupira puis déclara d'un ton étrangement malicieux pour lui :

« Vraiment... C'est dommage, parce qu'il y avait du summer's pudding aux framboises et aux fraises. Je croyais que t'aimais ça. »

Il éveilla aussitôt l'intérêt dans les yeux la rouquine.

« Allez, Grell, je t'en veux pas, soupira-t-il. Mais reste pas là, déjà qu'on va plus passer beaucoup de temps ensemble ! »

Son amie gloussa légèrement. William lui tendit la main pour l'aider à se relever. Il la soupçonna de faire exprès de tomber dans ses bras. En effet, elle atterrit contre lui avec un grand sourire innocent et se pendit à son cou :

« C'est vraaaaiii ? Tu m'en veux pas, Will ?

-Non, ça va pour cette fois. »

Elle l'embrassa soudainement sur la joue puis courut en riant vers la cantine.

« Vraiment... » grogna le petit brun en la suivant calmement.

Si elle commençait comme ça, l'année scolaire promettait d'être longue.