Nouveau chapitre! Et oui, inspiration du moment...

Ce chapitre fait avancer les choses, du moins, les relations entre chaque individus.

Je vous promet de l'action au prochain chapitre, ou encore à celui d'après. Vous verrez!

Bonne lecture! :)

C'est Génial, c'est que d'l'amour! (A bon entendeur ;) )


Chapitre 9

-« Pourquoi ? »

Pourquoi ? Il osait lui demander pourquoi ? Seuls ses dons d'occlumencie lui permirent de ne pas frapper le vieil homme. Sans compter que lever la main sur le Directeur de Poudlard n'aurait pas fait avancer les choses.

Pourquoi ? Comment osait-il poser cette question ? C'était Albus lui-même qui l'avait vu s'effondrer au sommet de cette falaise, c'était sur son épaule que le nouvel espion avait laissé couler ses larmes, c'était lui qui lui avait arraché cette promesse qui le maintiendrait en vie…

C'était Albus qui lui avait permis de ne pas sombrer.

Et il osait maintenant lui demander pourquoi il se souciait tant de son fils ? Il osait prendre cet insupportable air d'incompréhension tandis que Severus lui hurler dessus ?

Comment pouvait-il faire ça ? Ne voyait-il donc pas la souffrance du fils de Lily ? La cruauté de Pétunia à l'égard de son neveu ?

-« Comment osez-vous Albus ? » Son grondement résonna dans le bureau vide, emmenant avec lui un silence pesant.

L'air s'était refroidi tandis que la fureur montait en lui. Debout au milieu de la pièce, il fixait d'un regard glacial le Directeur qui était resté tranquillement assis derrière son bureau, essayant de comprendre la colère de son employé. Insupportable jugea Severus.

-« Vous avez toujours haïs James, Severus… » Fit remarquer précautionneusement le Directeur. Ses yeux brillaient d'une étrange étincelle derrière ses mains croisées.

-« Ce n'est qu'un gosse ! » Hurla finalement Severus. Cela faisait déjà quelques minutes qu'il avait renoncé à garder son calme. « Personne ne mérite un tel traitement. »

-« Pourtant, vous… »

-« Je vous le déconseille. » Coupa froidement l'homme en noir. « Je vous interdis de comparer mes agissements envers Harry avec ce que lui ont fait ces Moldus. »

-« Harry ? » Releva Dumbledore avec un sourire que Severus eut envie de lui arracher.

-« C'est son prénom aux dernières nouvelles. » Contra-t-il sans grande conviction, il savait qu'il venait de faire une erreur.

Cela faisait quelques jours déjà qu'il se référait au garçon par son prénom. Pas devant quiconque, Merlin l'en préserve ! Mais dans ces pensées… Potter l'insupportable avait peu à peu muté en Harry Potter.

Harry était le prénom que lui avait donné sa mère après tout.

-« Je le sais bien… » Continua Albus. « C'était Lily qui l'avait choisi. » L'informa-t-il, répondant inconsciemment à ses pensées. Inconsciemment ?

Son ton distrait et détaché sonnait affreusement faux mais Severus ne releva pas, bien trop occupé à foudroyer du regard son mentor.

Il ne comprenait pas le comportement du vieil homme. Comment cet homme, qui connaissait tout de lui, pouvait se montrer si indifférent ? Severus, n'y tenant plus, était venu le trouver dans son bureau pour pouvoir enfin s'expliquer avec lui. Et depuis plus d'une demi-heure, tandis qu'il s'époumonait sur le Directeur, les yeux du vieil homme brillaient d'un éclat rare et un sourire tentait de se cacher derrière sa longue barbe.

Cela n'avait pas d'autre effet que le rendre fou de rage.

Le détachement dont Albus faisait preuve pour la conversation –une conversation qui était sans conteste capitale-, sa bonne humeur qui se voulait dissimulée et surtout le peu de considération qu'il lui apportait après que Severus lui ai expliqué de long en large la vie de Harry chez ses Moldus.

-« Je me contrefous de son prénom ! » Réplique Severus avec véhémence. « Là n'est- pas le problème ! Je vous parle d'un de vos élèves, un élève que vous avez sciemment et en toute connaissance de cause envoyait dans un enfer à chaque vacances. Un élève que vous avez jeté dans la fosse aux lions à tout juste un an ! Vous le saviez Albus ! Ne le niez pas ! »

Son nouvel éclat de voix eut pour seul effet un nouveau bonbon au citron pour le Directeur.

-« Je ne nie rien du tout Severus… » Répondit calmement le Directeur, le regardant droit dans les yeux. Severus avait terriblement envie de plonger dans ces yeux bleus qui le fixaient avec compassion. Mais il s'était toujours refusé d'utiliser la Legimencie sur le vieil homme, tout d'abord parce que malgré son talent il était fort probable que Dumbledore le sente immédiatement et il n'était pas sur de vouloir découvrir ce qui se cachait derrière ses barrières mentales. Cela amènerait trop de problèmes. Beaucoup trop de problèmes.

Pourtant il mourrait d'envie de savoir. De comprendre. A quoi rimait donc le comportement du vieil homme ?

Qu'est-ce qu'il pouvait le haïr par moment…

-« A quoi jouez-vous Albus ? » Demanda-t-il dans un souffle.

-« Je n'ai pas la prétention de jouer avec la vie des gens Severus. » Rétorqua durement le Directeur. Severus regretta immédiatement son reniflement moqueur. Il ne pouvait pas le nier, Albus Dumbledore avait beau user des gens pour le plus grand bien, il s'était toujours soucier de chacun d'eux.

-« Certes. » Admit-il à contrecœur. « Néanmoins vous m'avez caché des informations importantes en toutes connaissances de cause. Cela est impardonnable. » Il accueillit la lueur blessé des yeux bleus avec une grande satisfaction.

-« Vous me pardonnerez Severus, comme vous l'avez toujours fait. » Contra-t-il doucement. « Vous savez, au fond de votre cœur, que j'ai eu raison de faire cela. Harry ne serait pas devenu ce qu'il est autrement… »

-« Vous avez eu raison ? » Il hurlait de nouveau, remerciant mentalement le Silencio qui protégeait le bureau des oreilles de l'Ordre.

-« Regardez-vous mon enfant. Voyez votre réaction. Vous ne pouvez être calme et objectif lorsqu'il est question de Lily. »

Sur ce point, il ne pouvait qu'être d'accord avec Dumbledore. Tout ce qui avait un rapport avec la jolie rousse le faisait agir comme un Gryffondor stupide et irréfléchi. Preuve en est, il était présentement en train de hurler sur son mentor, sans même avancer un argument digne de ce nom. Sans parler de sa promesse d'espionner les Ténèbres eux-mêmes. Rien que ça…

Il se pinça l'arête du nez, tentant de reprendre le contrôle de lui-même. Lily avait toujours réussi à le faire sortir de ses gonds, et le fantôme de la jeune femme le hantait encore, même quinze après sa mort. Sa respiration erratique se fit plus régulière au fur et à mesure qu'il renforçait ses barrières mentales. S'il voulait avoir des explications d'Albus, le souvenir de sa meilleure amie devait reposer au fin fond de son esprit, là où elle n'interférerait plus.

Ce ne fut qu'une fois ses pensées organisées, qu'il se décida à prendre place en face du bureau d'Albus. Il s'assit sur la chaise légèrement branlante, faisant claquer ses longues robes noires au passage, regrettant presque les larges fauteuils de chintz du Bureau Directorial. Tous les meubles de Square Grimmaud étaient croulants de toute façon…

-« Bien. » Reprit-il plus calmement, bien décidé à avoir des explications. « Pourquoi avez-vous placé Potter chez Pétunia alors qu'il était de notoriété publique qu'elle exécrait sa sœur ? »

-« J'ai longtemps espérait que la sœur de Lily se souvienne de l'amour qu'elle portait à cette dernière. » Lui exposa Albus, visiblement soulagé que son Maitre des Potions se soit calmé. « J'ai appris de Lily même que les deux petites filles étaient inséparables étant enfants. »

-«Elles l'étaient en effet. » Murmura Severus, tandis que le souvenir d'une balançoire rouillée prenait place devant ses yeux. Il se souvint de la haine qu'il avait éprouvé à l'encontre de Tunie alors qu'il réconfortait sa meilleure amie en larmes dans ses bras. Monstre. Elle avait traité de monstre sa propre sœur sur le quai poisseux de King Cross. Il aurait dû deviner… Deviner la haine bien trop ancrée en elle. Deviner qu'elle se vengerait de sa sœur. Pétunia n'était pas une bonne personne. « Mais il y avait Mrs Figg… » Continua-t-il d'un ton plus dur.

-« Mais il y avait Mrs Figg… » Approuva prudemment Dumbledore. « Elle me faisait ses rapports une fois par mois environ. »

-« Donc vous saviez… » Severus était maintenant partagé entre le dégout et la déception.

-« En effet mon enfant. » Acquiesça le vieil homme. « Mais je n'ai pas eu le choix, vous devez me croire. »

-« Seul Potter n'a jamais eu le choix. » Objecta Severus, il sentait de nouveau la colère parcourir lentement mais surement ses veines.

-« J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour préserver la vie d'Harry. Et le fait qu'il vive chez sa tante en faisant partie. »

-« Oh je vous en prie Albus ! Ne me parler pas encore de cette foutue protection du sang ! »

La protection du sang ! Fumisterie ! Certes, le garçon était protégé des Mangemorts lorsqu'il était à Privet Drive mais cela n'était pas synonyme de sécurité. Il suffisait de voir l'état actuel de Potter. Sa maigreur, son teint blafard, ses cauchemars. Combien étaient dus au Seigneur des ténèbres et combien étaient dus aux Dursley ?

-« Et pourtant c'est bien le cas. Outre le fait que je voulais qu'Harry grandisse dans sa seule famille restante, c'était également là qu'il était le plus en sécurité. Le sang de Pétunia le protège, Severus. »

-« Et qu'est-ce qui protège Potter de ce porc de Vernon Dursley ? » Explosa-t-il finalement.

Il ne se souvenait que trop bien du regard plein de morgue que lui avait jeté cet immonde Moldu pendant qu'Harry sortait misérablement du placard sous l'escalier.

-« Sa sécurité passait avant tout Severus. Il était primordial qu'il reste en vie. » Albus semblait peu à peu perdre de sa bonne humeur légendaire. Visiblement la colère de Severus était bien plus importante que l'inquiétude de ce dernier. Le fait qu'il s'inquiète pour le fils de James n'avait apparemment plus autant d'importance.

-« Et vous appelez ça une vie ? » Sa voix était pleine de venin. « Vivre comme un chien, être séquestré et affamé sans que quiconque ne s'en préoccupe ? Ce n'est pas une vie Albus, croyez-moi. »

-« Severus.. » Souffla douloureusement le Directeur, ce qui lui fit lever les yeux au ciel. « Ce que Tobias vous a fait subir… »

-« Je ne parle pas de moi vieillard sénile ! » Coupa –t-il avec colère. Il ne supportait pas qu'on lui parle de son enfance. Lily avait été sa lumière, mais aucun rayon ne pouvait briller dans les murs de Spinner's End. « Je vous parle d'un gamin à qui vous avez gâché l'enfance, un gamin que vous avez consciemment jeté en pâture à des gens qui le haïsse pour ce qu'il est au plus profond de lui. »

Seul le silence lui répondit.

-« Vous étiez responsable de lui. » Continua Severus d'un ton plus calme. Il n'accusait plus, il ne faisait que constater les faits. « Je vous avais fait confiance mais vous m'avez trahi. Vous m'aviez promis que vous prendriez soin du fils de Lily mais vous m'avez menti. »

Il regarda un instant le vieux sorcier, presque malgré lui. Le regard bleu ne le scrutait plus, le Directeur avait désormais la tête basse, fixant un point imaginaire quelque part vers le pied gauche de la vieille commode. Des larmes perlaient aux coins des paupières.

Severus n'en tira aucune satisfaction.

-« Vous ne voyez en lui qu'une arme Albus. » Il ne pouvait plus s'arrêter, comme s'il avait besoin que les non-dits sortent. Il avait attendu bien trop longtemps, cette conversation n'était que trop nécessaire. Peu importe qu'il blesse son mentor, cela n'avait plus tant d'importance à ce jour. « Il n'est pour vous que l'enfant de la prophétie capable de détruire le Seigneur des Ténèbres, de sauver le monde magique. Peu importe son bonheur du moment que son cœur continue de battre, n'est-ce pas ? Du moment que Potter est capable de lever son bras pour jeter l'Avada final… »

Albus avait relevé la tête à ces mots et Severus fut un instant choqué par la douleur pur qu'il lisait sur les traits de son mentor. Comme si un voile avait recouvert son visage… Ses yeux continuaient de brillaient, mais ce n'était plus l'étincelle joyeuse qu'il lui connaissait, c'était simplement le reflet de la bougie qui se reflétait dans les larmes contenus du vieil homme.

-« Non… » Murmura le Directeur. « J'aime Harry, il est comme mon fils. Je l'aime comme un fils. Comme vous. »

Plus touché qu'il ne l'aurait admis, Severus détourna le regard. Il refoula aussi vite que possible la culpabilité qui s'était traitreusement logé dans sa poitrine. Il n'aurait pas dû être étonné, voilà plus de vingt ans qu'il connaissait le vieil homme, et plus de dix ans qu'il s'était ouvert à lui. Un attachement était né, à son insu…

Qu'il considère Albus Dumbledore comme un mentor était une chose, mais que le vieil homme lui dise cela… C'en était une autre… Et Severus n'était pas sûr qu'il apprécie qu'il lui avoue ceci à haute voix. Les sentiments n'avaient pas leur place dans une guerre. Il ne voulait plus être le fils de qui que ce soit, pas après Tobias… Il n'était pas un bon fils.

-« Si vous aimez véritablement le gamin alors il ne mettra plus un pied à Privet Drive, si vous respectez la mémoire de Lily alors Potter ne verra plus jamais sa tante… » Déclara-t-il d'une voix bien moins tranchante que précédemment, passant sous silence les deux derniers mots du Directeur.

Celui-ci ne s'en formalisa pas. Severus lui pardonnait. Ils en étaient tous les deux conscients et n'avait pas eu besoin de le vocaliser. C'était ainsi avec Albus, tout était dans la subtilité et le timbre de voix. Le point le plus important de la conversation avait été traité sans être vocalisé. Un miracle que le vieil homme n'est pas atterri chez Serpentard…

-« Bien. Je verrais alors si Harry pourra passer ses vacances d'été à Poudlard. Je ne pense pas que Fudge acceptera mais il n'est pas obligé de le savoir, n'est-ce pas ? » Déclara le Directeur de son habituel ton enjoué tout en lançant un clin d'œil à Severus. « Un bonbon au citron ? » Demanda-t-il ensuite distraitement, tout en lui tendant une coupelle pleine de friandises.

Severus leva ouvertement les yeux au ciel. Albus dans toute sa splendeur… Dix minutes plus tôt ils se déchiraient ce qui aurait pu carrément influencer le cours de la guerre et maintenant il lui proposait un bonbon au citron.

Il ne daigna pas répondre à cette dernière question, et se leva souplement, jugeant que la conversation était finie et qu'ils avaient suffisamment frôlé le drame pour aujourd'hui.

La main sur la poignée, Severus se retourna vers le Directeur qui était en train de gober une dizaines de bonbons en même temps.

-« Je vais aller parler à Potter pour lui indiquer les nouvelles dispositions qui seront prises. »L'informa-t-il de son habituel voix neutre. «Et il faudra que quelqu'un s'occupe de prévenir les Dursley. »

-« Faites, faites mon enfant. »Répondit distraitement le Directeur, déjà plongé dans un dossier. « J'ai toute confiance en votre jugement, vous venez de me prouver une fois de plus votre clairvoyance. »

Severus arqua un sourcil, sceptique.

-« Au revoir Monsieur le Directeur. »Se contentât-t-il de répondre. Ce ne fut qu'une fois de l'autre côté du battant de la porte qu'il laissa échapper le soupir qui ne demandait qu'à sortir.

Il était soulagé, bien plus qu'il ne serait prêt à l'avouer.

Cet entretien aurait pu mal tourner, vraiment. Mais comme à son habitude Dumbledore avait su retourner la situation à son avantage. Là où Voldemort faisait appel aux Doloris, le Directeur de Poudlard usait à tort et à travers de bons sentiments et de déclarations d'amour. Un vrai Gryffondor. Las, il se passa une main sur le visage.

Il ne pourrait jamais avoir le dessus sur le vieil homme, mais aujourd'hui cela n'avait plus autant d'importance. Il avait obtenu ce qu'il voulait. Harry ne mettrait plus un pied chez les Dursley et le Directeur semblait avoir compris.

Vraiment ? demanda une petite voix dans sa tête. Après tout qui était-il pour faire admettre ses erreurs au plus grand sorcier du siècle ? Un pion sur un échiquier, voilà tout.

Le repentit du vieil homme était-il sincère ? Faute de pouvoir s'en assurer, il ne lui restait qu'à vérifier que Dumbledore tienne parole.

Il n'aimait pas ces entretiens avec le Directeur de Poudlard, ils étaient parfois plus éreintant que ceux avec Tom Jedusor.

Resté encore Potter. Le gamin n'apprécierait certainement pas le fait que son Maitre des Potions soit allé narrer à Dumbledore tout ce qu'il avait appris des Dursley…Nouveau soupir.

Pourquoi était-ce lui qui devait s'occuper de tout ça…

Le souvenir d'un éclat de rire et d'un baiser volé lui répondit.

Remerciant mentalement le couloir vide il se dirigea à grand pas vers la cuisine où il pouvait entendre des éclats de voix d'adolescents. Il était soulagé de voir que toute la maison était vide, ainsi il n'avait pas à supporter les regards curieux de Gryffondors qui se demanderaient pourquoi il avait passé plus d'une heure dans le bureau de Dumbledore.

Il entra dans la cuisine, surprenant ainsi tous les adolescents qui bavarder joyeusement autour de la table. D'un regard, il vit Potter discutant avec la cadette Weasley. Tous les différents piaillements disparurent lorsqu'ils le virent.

-« Dehors tout le monde. Potter, j'ai à vous parler. » Son autorité naturelle suffit pour que tout le monde sorte en trombe de la cuisine. Chacun d'eux jetèrent un regard compatissant à Potter, comme si Severus comptait le lyncher dans un coin sombre. Seul le dernier fils Weasley, Ronald, s'attarda, hésitant visiblement à laisser son meilleur ami aux mains de son acariâtre Maitre des Potions. Severus lui envoya un regard noir qui suffit à le faire détaler comme un lapin, la porte claqua dans son dos.

-« Professeur ? » Demanda curieusement Potter.

Le garçon semblait craintif nota distraitement Severus, rien d'étonnant étant donné sa réputation… Sans compter, bien entendu, son comportement à son égard ces dernières années.

-« Vous avez été maltraité toute votre enfance. » Attaqua immédiatement Severus, sans préambule. La conversation avec Dumbledore l'avait suffisamment éreinté, il n'avait aucune envie de prendre des gants avec Harry.

La réaction du gamin ne se fit pas attendre, ton son corps se tendit, il releva brusquement la tête, ses mains tremblantes de colère.

-« C'est quoi votre problème Snape ? »Agressa aussitôt Potter.

Professeur Snape. Faites fit de votre insolence génétique et surveillez votre ton. »Répliqua le Maitre des Potions. « Comme je disais, vous avez été maltraité toute votre enfance. Séquestré, affamé, brutalisé par votre propre famille. Pourquoi n'en avoir parlé à personne ? »

Le Survivant se leva d'un coup sec, ignorant la tasse de thé qui s'était renversé sur son devoir suite au mouvement brusque. Ses yeux lançaient des éclairs.

-« Qu'est-ce que vous voulez ? » Le garçon criait à moitié et Snape lança un discret Silencio sans baguette. Inutile que tous ses petits camarades aient ouï-dire des vocalises de leur ami.

-« De vous ? Absolument rien. » Se moqua Snape. Il était vaguement conscient que passer ses nerfs sur le gosse n'était pas une brillante idée. « Cependant, le Directeur à de nouveaux projets pour votre petite personne. »

-« Dumbledore ? »Releva-t-il. Apparemment il était bien trop habitué aux railleries de son professeur pour que la nouvelle lui passe au-dessus de la tête.

-« Vous en connaissez d'autres ? » Railla Severus.

Le garçon leva les yeux au ciel.

-« Moins de morgue Mr Potter. » Son timbre avait repris ses accents doucereux qui étaient craint par ses élèves.

-« Et quel est le rapport avec les Dursley ? »Demanda Potter, tout en se rasseyant.

Les hostilités terminaient pour le moment, Severus se tourna vers le plan de travail dans l'optique de se faire du thé. Il eut une moue dégouté en avisant le chaos qui y régnait. Des assiettes sales se noyaient dans l'évier, des couverts se battaient en duel un peu partout tandis que des restes de nourriture reposaient ici et là.

Les Gryffondors n'étaient pas connus pour leur sens du ménage.

Seul Molly Weasley donnait un semblant de propreté à cette baraque croulante. Tant qu'au vieil elfe de maison… Kreatur était aussi utile que son Maitre.

-« Selon vous, que savait le Directeur des agissements de Vernon et Pétunia Dursley ? » Demanda-t-il sans se soucier de la question du gamin.

-« Rien. Enfin, je crois que Mrs Weasley lui en a fait part mais elle-même ne savait pas grand-chose… »

-« Donc Molly Weasley savait ? »

Il était surpris. Que la mère du meilleur ami sache alors que ce même meilleur ami était dans la plus complète ignorance.

-« Non ! »Contra Potter immédiatement, comme si cela avait été une évidence. « Elle se doutait que quelque chose clochait, surtout quand le jumeaux lui ont parlé des barreaux aux fenêtres mais rien de plus. »

-« Les barreaux ? »Releva-t-il, un sourcil arqué.

Harry eut une grimace. Visiblement il ne comptait pas lui parler de ce détail et hésitait à le lui avouer.

-« C'est… Ce n'est pas grand-chose… En deuxième année Fred et George sont venus me chercher, vous savez… avec la voiture volante… » Harry rougit et baissa les yeux, Severus se souvint alors du savon qu'il avait passé aux deux Gryffondors après leur arrivée triomphale à Poudlard.

-« Et vous vous êtes enfuis par la fenêtre.» Conclut Severus, lorsqu'il vit qu'Harry avait du mal à déglutir. Il imaginait tout à fait les jumeaux de sixième année faire ce genre d'idiotie. « Et personne n'a posé de questions ? »

-« Si, bien sûr que si… Mais j'y ai pas répondu. » Finit piteusement le Gryffondor.

Bien évidemment… Le Gryffondor ne lui avait-il pas déjà raconté ça ? Outre son statut de Survivant, Harry avait honte. Quoi de plus normal ? Il était le mieux placé pour comprendre cela. Tobias, Vernon… La différence n'était pas si grande… Excepté que le corps de Potter n'était pas meurtri de cicatrices comme le sien. Du moins il l'espérait.

-« Pour en revenir à Dumbledore… »Continua Severus, sans relever l'aveu du garçon. « Je viens d'avoir une conversation pour le moins intéressante avec le Directeur. »

-« Vous ne lui avait pas dit ? » Le garçon semblait vraiment paniqué.

-« Inutile. Il était déjà au courant. » Cet aveu lui coutait cher. Il savait la haute estime qu'avait Harry du Directeur, il était véritablement attaché au vieil homme. Cette désillusion lui ferait du mal.

-« De… Quoi… Comment ça ? » Bafouilla Harry.

-« Mrs Figg. Elle… »

-« La vieille folle au chat ? Quelle est le rapport ? »Coupa Harry, sans se soucier de bonnes manières.

Severus se pinça l'arête du nez entre le pouce et l'index. Il avait renoncé à son thé. La conversation partait sur un sujet sensible et le sale gosse lui parlait comme s'il était un de ses camarades Gryffondor qui partageait son dortoir. Saleté de Potter.

-« Comme vous le savez Mr Potter, je n'aime pas me répéter. Si j'ai encore à vous dire une seule fois de surveiller votre ton vous passerez toute votre cinquième année à récurer des chaudrons. Est-ce clair ? » Sa voix avait pris ses accents doucereux qui terrifié ses élèves, toutes Maisons confondus.

Il eut au moins la satisfaction de voir le gamin déglutir et baisser les yeux. Il était bien trop conscient que Snape ne disait rien au hasard et que chacune de ses menaces s'avéraient véridiques.

-« Hum… Oui Monsieur. Donc Mrs Figg ? » Demanda tout de même Harry.

Severus plissa les yeux, fixant le Gryffondor et ce ne fut qu'une fois que ce dernier baissa les yeux qu'il se décida à répondre.

-« Mrs Figg est une Cracmole vivant à Privet Drive dans le seul but de vous surveiller. » Severus eut un rictus amusé en voyant les sourcils du gamin disparaitre derrière sa frange tant il était étonné. « Dumbledore l'a placé là il y a une bonne dizaine d'année et elle lui faisait des rapports mensuels de tout ce qu'elle voyait. »

Severus vit dans les yeux du Gryffondor ses souvenirs remonter à la surface. Son visage perdait peu à peu en couleur tandis qu'il se souvenait de tout ce dont la vieille Cracmole avait pu être témoin. Et ce ne fut qu'une fois qu'il eut enregistré l'information qu'il releva la tête. Severus accueillit son visage blafard avec un pincement au cœur. Tant de douleur brillait dans les yeux de Lily qu'il détourna le regard…

-« Non… Dumbledore n'aurait jamais… »

Le déni. Bien évidemment… Harry aurait du mal à accepter cette facette d'Albus… Lui-même avait mis longtemps avant de reconnaitre que le directeur de Poudlard était avant tout un Général de guerre.

-« Il savait. » Coupa froidement Severus. Il n'était pas un Gryffondor, il ne faisait pas dans le sentimental et encore moins dans la compassion. « Il savait et il a laissé faire. La protection du sang était primordiale, c'est certainement la seule chose qui vous a maintenu en vie. »

-« En vie… » Murmura Harry qui cherchait son regard. Severus ne pouvait plus le regarder en face. Il n'avait jamais supporté de lire la douleur dans ces yeux verts. Pas dans les yeux de Lily.

Il se résolut à se préparer sa tasse de thé, affichant son dos au gamin démuni. Lâche souffla une voix dans sa tête.

-« Il a longtemps cru que Pétunia aimait suffisamment Lily pour qu'elle puisse vous considérer comme son fils. » Continua-t-il néanmoins. « Il s'est trompé. Nous nous sommes tous trompés. »

-« Vous connaissiez Pétunia. »

La voix était tellement sûre et affirmative qu'il lâcha la tasse qu'il tenait dans sa main.

La porcelaine se brisa dans un bruit sourd.

Le silence qui battait à ses oreilles n'était que trop bruyant.

-« Vous connaissiez Pétunia. » Répéta le gamin, maintenant sûr de lui. « Elle vous a reconnu dans le hall de la maison. »

Severus se retourna vers lui, lentement. Son cerveau, quant à lui, tournait à une vitesse folle. Il devait trouver quelque chose à lui dire. Une explication toute faite. Un mensonge probant. Une version de l'histoire où il n'apparaitrait pas. Quelque chose. Et vite.

-« Je la connaissais. »Se maudit-il.

Stupidité.

Etait-il réellement atteint de crétinisme ? A quoi jouait-il ? Il ne pouvait pas lui dire ça. Il ne voulait pas lui parler de ça. Lui, il voulait juste se frapper le crâne contre le mur jusqu'à tomber dans le doux réconfort qu'était l'inconscience.

-« Depuis quand ? » Severus haït la voix de l'adolescent qui prenait maintenant des accents excités, bien trop conscient qu'il découvrait quelque chose d'important. Il n'avait pas idée à quel point…

-« Notre enfance. »

Son imbécilité était-elle chronique ?

-« Vous connaissiez ma mère alors… » La voix assourdie de l'adolescent se répercuta contre les murs avec violence.

Severus planta son regard dans celui de Potter avec brutalité. Il ne pouvait pas faire demi-tour. Il le voyait dans les yeux du gamin assis en face de lui. Il le dévisageait avec une telle intensité et un tel choc que Severus ne pouvait faire demi-tour. Fermant les yeux un instant pour échapper au regard pénétrant de son vis-à-vis, il croisa les bras sur sa poitrine, entrainant dans le même mouvement sa cape devant lui. Protection aussi bien superficielle que futile.

-« J'ai connu votre mère en effet. » Reprit-il d'un ton bien plus assuré que précédemment. « Et non cela ne vous regarde pas. » Ajouta-t-il lorsqu'il vit la bouche d'Harry amorcer un mouvement, ses émeraudes brillants de milliers de questions retenues.

-« Mais… »

-« J'ai dit non Potter, ne m'obligez pas à le répéter une troisième fois ou bien vous le regretteriez. » Revenir dans son rôle de professeur acariâtre était bien plus facile qu'il ne l'aurait cru. « Pour en revenir à Dumbledore…» Continua-t-il, détournant ainsi la conversation. «Sachez qu'il a décidé que vous passeriez désormais vos vacances scolaires à Poudlard. Apparemment le traitement des Dursley à votre égard est allé trop loin et il a donc décrété que vous n'étiez plus en sécurité là-bas. »

Le silence qui suivit l'information n'avait rien d'étonnant. Il pouvait lire la bataille intérieure qui se jouait dans les yeux de Potter. Visiblement, le garçon mourrait littéralement d'envie de le questionner d'avantage sur les sœurs Evans mais il était tout à fait conscient qu'il risquait gros s'il s'y amusait. Finalement et à la grande satisfaction de Severus, Harry lâcha un soupir frustré.

-« Et pourquoi est-ce que je ne pouvais pas rester à Poudlard les autres années ? » Demanda-t-il tout en lui envoyant un regard noir.

-« Les protections du château sont à leur minimum durant les mois de Juillet et d'Aout. » Enchaina Severus, tranquillisé par le tournant radical de la conversation. « Il suffira de faire quelques aménagements et cela ne devrait pas poser trop de problèmes. Du moins, tant que le Ministère n'a pas vent de cela. »

-« Et pourquoi n'a-t-il pas fait ça dès ma première année ? » Demanda amèrement Harry, et le Maitre des Potions ne pouvait qu'être d'accord avec lui.

-« Le Directeur, dans sa grande sagesse, espérait que vous finissiez par former une belle et grande famille avec les Dursley. » Répondit-il, non sans ironie.

Seul un grognement inarticulé lui répondit.

-« Alors c'est vrai ? Le Directeur savait et il n'a rien fait. » Demanda de nouveau Potter.

Il y avait encore de l'espoir dans sa voix. L'espoir qu'il se soit fourvoyé et que Dumbledore se souciait autant de son bien-être que de sa sécurité. Espoir que Severus brisa dans l'œuf.

-« Oui. » Acquiesça-t-il. « Mais il avait ses raisons. »

Il y a encore une heure il se serait fait une joie de balancer le Directeur dans le Lac Noir. Maintenant il défendait le vieil homme. Preuve qu'Albus Dumbledore savait retourner chaque situation à son avantage…

-« La protection du sang des Evans…» Murmura le garçon qui semblait commençait à comprendre. « Alors pourquoi êtes-vous intervenu Professeur ? »

Décidemment il n'aimait pas cette conversation. De la même manière qu'il n'avait pas aimé la discussion avec Albus un peu plus tôt. Des pentes trop glissantes, des sujets trop sensibles… Pourquoi donc les Gryffondors étaient tant friands des grandes expositions de sentiments ? Au moins, les Serpentards savaient nier et faire semblant de rien…

-« Pour les mêmes raisons que je vous ai exposé il y a quelques jours dans la bibliothèque. Vous êtes le Survivant. » Répondit automatiquement Severus tout en ignorant le regard sceptique du gamin. Il n'appréciait définitivement pas mentir à ces yeux vers. Aujourd'hui, comme il y a vingt ans…

-« Et ma mère ? » Demanda fébrilement Harry.

Il n'aurait pas dû oublier l'entêtement légendaire des Potter. Ou des Evans. A moins que ce ne soit des Lions ?

-« Cela ne vous regarde en rien. » La dureté de sa voix blessa le Gryffondor, il pouvait le voir à la tension de son dos.

-« C'est ma mère ! » S'obstina le gosse.

Severus leva les yeux au ciel devant l'argumentation soutenu du garçon.

-« Grand bien vous fasse. Vous savez tout ce dont vous avez besoin de savoir. » Répondit sèchement Severus. «Vous ne mettrez plus un pied à Privet Drive, et vous ne verrez plus votre harpie de tante. Fin de la conversation. »

Et, à l'étonnement du garçon, Severus tourna les talons, bien décidés à fuir cette cuisine au plus vite. Il voulait juste être tranquille et seul, loin de la tension pesante et des longs discours.

Etait-ce trop demander ? Il venait une fois de plus de respecter la promesse qu'il avait fait il y a quinze à Lily. Il venait une fois de plus de protéger le gamin. Ne pouvait-on pas le laisser tranquille ? Quelle idée il avait eu aussi de se mêler de cette histoire…

Lily se doutait-elle qu'un jour Severus protègerait Harry de Tunie ? Peut-être… Certainement… Etait-ce pour cela que le parrain de Potter était Black ? Après tout, il n'avait pas de marraine.

Severus se doutait bien que la jeune femme n'aurait pas apprécié que le garçon grandisse chez sa sœur. Pourtant, comme Albus, il avait espéré. Espéré que Pétunia se souvienne de sa sœur…

La main sur la poignée, la porte semi-ouverte, Severus poussa un profond soupir lorsque la voix de Potter résonna dans la pièce.

-«Attendez ! » L'appel était confus et précipité, Potter ne devant pas s'attendre à ce qu'il sorte aussi rapidement.

Merlin…

-« Qu'y a-t-il encore Potter ? Nous sommes une dizaine dans cette maison, êtes-vous donc incapable d'embêter quelqu'un d'autre ? » Et il s'obligeait d'utiliser le terme 'embêter' pour rester poli.

-« Merci Professeur. »

Il y avait quelque chose de tellement solennelle dans cette simple affirmation que Severus se tourna presque malgré lui vers son étudiant. Debout, derrière la table, le Gryffondor le fixait, un léger sourire aux lèvres.

Merci ? Merci pour quoi ? Pour être responsable de l'assassinat de ses parents ? Pour l'avoir martyrisé pendant quatre ans ? Pourquoi… Ce fut une des rares fois dans sa vie où Severus ne savait plus quoi dire… Où il ne comprenait plus…

Pourtant il y avait une telle assurance dans la posture de Potter…

Merci pour avoir réparer ses fautes ?

-« De rien Mr Potter… » Répondit-il néanmoins.

Il claqua la porte derrière lui, pour la forme.


On a toujours le temps d'aimer.

T.M.


PS: Si je ne signale pas que le chapitre est corrigé, cela veut dire qu'il ne l'est pas. Comme c'est le cas pour celui-ci. :)