*** Voici un nouveau chapitre qui marque un peu plus les retrouvailles entre nos deux tourtereaux. Calme également, ce chapitre ***

*** Merci à tous mes reviewers. Vous êtes des anges 3. Merci à tous mes lecteurs. C'est génial d'être lu :D ***

*** Disclaimer : Nothing belongs to me in this story ***


Klaus pénétra dans la cafétéria au bord de l'autoroute et balaya les lieux de son regard placide. Il avait été guidé jusque-là sans trop de difficulté par la piste odorante laissée par Stefan.

C'était là qu'il le vit, attablé avec deux inconnus.

Il avait oublié à quel point il était beau ! Tant de grâce et de pureté se dégageaient de son être que son cœur se serra à le regarder. Qu'est-ce qu'il lui avait manqué !

Mais Stefan ne le vit pas et Klaus s'installa discrètement pour les observer. Il vit le baiser que lui donna l'un des deux chasseurs, et sa poitrine se mit à l'oppresser soudainement.

Puis, Stefan se leva à la suite de l'homme qui lui saisit la main cavalièrement pour le guider vers la sortie, marchant sans lever les yeux de la glace qui occupait toute son attention. Il était encore plus adorable que dans ses souvenirs.

Klaus se rendit vaguement compte qu'il s'était levé aussi pour aller à la rencontre du petit groupe, et, comme dans un état second, regarda passer son ancien petit ami.

Il frissonna légèrement lorsque leurs corps se frôlèrent, terriblement ému par ce fugitif contact, prenant sur lui pour ne pas étendre la main pour toucher encore plus le garçon.

Puis, Stefan se retourna pour le regarder. De ses grands yeux verts profonds dans lesquels il se noya instantanément. Mais ce regard, qui était autrefois rempli de chaleur et de lumière lorsqu'il se tournait vers lui, était maintenant simplement interrogateur et curieux.

Il vit Stefan froncer légèrement les sourcils et ses longs cils voleter innocemment sous sa perplexité sans une once de reconnaissance. Klaus eut incroyablement mal devant ces yeux indifférents.

Comment avait-il pu renoncer à cet amour ?

Maintenant, il dût admettre que Stefan n'était plus à lui et que le jeune homme était libre d'avancer comme bon lui semblait. Et, visiblement, il avait l'air d'apprécier d'être avec cet homme et de le suivre volontairement et non pas contraint et forcé comme il l'avait cru.

Alors, pour une fois, Klaus hésitait. Qu'allait-il faire avec Stefan ?

Il repensait à cette information très intrigante que Damon avait finie par lui donner avec beaucoup de réticence, en retournant sur ses pas après s'être éloigné. Que Stefan était atteint d'une affection grave et qu'il fallait le ramener coûte que coûte se faire soigner par Jenna. Damon n'avait pas voulu lui donner plus de détail et Klaus n'était pas certain s'il disait la vérité ou s'il lui mentait simplement pour s'assurer qu'il allait bien ramener son frère.

Car, de toute son expérience millénaire, Klaus ne voyait pas de quelle maladie un vampire pouvait souffrir. Et, si c'était vraiment le cas, Stefan aurait cherché la moindre opportunité pour quitter la compagnie des chasseurs et revenir chez lui.

Or, au contraire, il découvrait que le jeune vampire semblait bien se porter, avait de toute évidence une relation privilégiée avec un des chasseurs, et qu'en plus, il avait l'air de vouloir partir délibérément avec ces humains.

Et Klaus s'interrogeait aussi sur ses propres actions et motivations. D'après Damon, Stefan avait apparemment sombré dans la dépression lorsqu'il lui avait enlevé sa mémoire, et avait été très malheureux à cause de ça. Si maintenant il avait finalement trouvé du réconfort auprès de cet humain, de quel droit allait-il s'immiscer encore dans sa vie à nouveau ?

Surtout qu'il ne pouvait rien lui offrir en échange, à part le destin funeste de servir de monnaie d'échange auprès d'une vieille sorcière.

Alors, pour toutes ces raisons, Klaus se contenta pour l'instant de suivre le petit groupe pour veiller sur Stefan en restant dans l'ombre, comptant le faire ainsi jusqu'à ce qu'il pût s'assurer que son ex-compagnon ne courrait aucun danger.

...

Mais, cette nuit-là, lorsque Stefan était sur le point de se donner au chasseur dans le petit motel, Klaus n'avait pas pu réprimer ses émotions.

Il était là, posté abords de la chambre de motel, lorsqu'il capta leur conversation. Klaus enrageait d'une colère impuissante. Il enrageait à l'idée que d'autres mains que les siennes puissent caresser Stefan, et que d'autres hommes que lui pouvaient le prendre.

Il aurait tué le chasseur sans une seconde d'hésitation à ce moment-là, lorsque, n'y tenant plus, il avait fracassé la porte et pénétré dans la chambre, et l'avait arraché du jeune vampire. Il haïssait ce simple humain qui pouvait profiter de cette place auprès de Stefan qu'il avait été obligée de laisser.

Il l'aurait tué à coup sûr si le regard de son ex-petit ami, le suppliant d'épargner son « amant », n'avait pas brisé net son cœur sur le coup.

Alors, la rage lui fit perdre la tête. Il voulait punir Stefan. Le punir de la trahison dont il le savait innocent. Il voulait reprendre ce qu'il considérait, contre toute logique, comme toujours à lui. Faire sien son corps encore une fois, le faire convulser de plaisir et crier son nom à nouveau.

Il le désirait comme un fou.

Alors, Klaus fit ce qu'il faisait toujours avec Stefan. Le ravir et le soumettre par les sensations extrêmes que lui seul pouvait lui prodiguer. Parce que c'était Klaus, et qu'il connaissait si bien le corps du jeune homme, et que cette connexion si spéciale entre eux deux était toujours là, que l'hypnose n'avait changé en rien.

Mais, alors qu'il avait réduit Stefan à l'état où il le voulait, une chose tremblante, gémissante et haletante, de la chair offerte et soumise, incapable de volonté propre, lorsqu'il avait fait de lui, comme à son habitude, un pur objet de luxure pour son propre plaisir, les sens à vif, les lèvres enflées, cuisses écartées, un accès de conscience arrêta Klaus.

Allait-il, encore une fois, prendre avantage de Stefan sans son réel consentement ? Allait-il encore profiter de lui sans lui laisser une petite chance de dire non ? Le prendre comme bon lui semblait pour satisfaire ses propres envies, puis, l'abandonner à nouveau ?

Klaus s'enfuit de cette chambre comme s'il avait peur que s'il ne le faisait pas assez vite, il risquait de revenir sur sa décision. Il ne pouvait plus faire ça à Stefan. Ce nouveau Stefan-là, celui qui le regardait comme un étranger et qui avait tant souffert à cause de lui sans même en avoir conscience, méritait qu'il le laissât vivre sa vie. Il méritait son respect.

...

Stefan se releva du lit en tremblant et enfila rapidement son jean avant de se précipiter vers le corps gisant parterre de Dean. Il ne voyait que le sang. Du sang suintait de ses oreilles et de son nez, et s'écoulait de derrière sa tête, formant une flaque qui s'élargissait sur le sol. Au-dessus de lui, une trace rouge se dessinait sur le mur à l'endroit où sa tête avait dû heurter la surface.

« Oh non, non, non ... je suis désolé … », murmura-t-il en essayant de capter les signes vitaux de l'homme. Il en connaissait assez pour reconnaître que l'état du chasseur était alarmant et qu'il allait mourir s'il ne faisait rien.

Stefan hésita une seconde, puis s'accroupit pour lécher le sang qui s'étalait sur le sol en lino. Je vais arranger ça Dean. Il faut que j'arrange ça. Il le faut … Se récita-t-il dans sa tête comme une petite litanie, complètement inconscient du spectacle bestial qu'il devait offrir à ce moment-là. Il devait faire cela. Il le devait à l'homme qui l'avait secouru quand lui-même était dans le besoin.

Cela faisait plusieurs jours qu'il n'avait pas pris de verveine, faute d'en disposer. Dans ces conditions, selon toute logique, raisonna-t-il, un apport de sang humain avait des chances de rebooster son côté vampire, réactivant momentanément son pouvoir de guérison. Jusqu'à ce que son métabolisme humain développât ses anticorps pour combattre ce pouvoir, son sang devait retrouver pour un temps ses vertus réparatrices.

Stefan se força à absorber le maximum de sang possible, ne s'arrêtant que lorsqu'il ne pouvait plus ignorer les hauts le cœur annonciateurs de la nausée qui commençait à pointer aux dernières lampées.

Il se força à allonger ses canines et en fut presque étonné de réussir à le faire. Sans attendre, il mordit dans son poignet et l'inséra entre les lèvres du chasseur, tout en essayant de masser son cou pour le faire déglutir.

Au bout un moment, bien plus long qu'habituellement, il sentit avec soulagement le familier fourmillement à la plaie laissée par sa morsure indiquant qu'elle était en train de guérir. Sa tête tournait un peu. Stefan savait qu'il manquait lui-même de sang mais, constatant que sa blessure s'était refermée, il allongea à nouveau ses canines et mordit encore une fois dans la veine à son poignet, estimant qu'il en fallait plus à Dean pour être tiré d'affaire.

En reportant son regard sur le chasseur, il sursauta. Les yeux verts clairs de l'homme s'étaient ouverts et le fixaient avec une expression entre l'horreur et la consternation. Son regard lui brûla le visage et Stefan détourna la tête de honte. Il aurait préféré que Dean ne le vît pas sous son aspect de vampire.

Il se reprit rapidement et présenta son poignet devant la bouche de l'homme. « Il faut que tu prennes mon sang, Dean … », lui murmura-t-il, presque suppliant.

Dean le regardait toujours de ses yeux écarquillés, mais n'en buvait pas moins le sang qui s'écoulait dans sa bouche plutôt calmement. Stefan fut un peu surpris de sa coopération avant de se souvenir que Dean avait une longue expérience des êtres surnaturels et devait sans doute connaître le pouvoir guérisseur du sang des vampires.

Quand sa blessure se referma à nouveau, Stefan s'écarta légèrement et se mit debout. Il vacilla sous l'accès de vertige qui le prit et dut fermer les yeux un instant en s'appuyant sur le mur à côté.

« Alors comme ça, tu es … un … vampire ? », la voix de Dean s'éleva, incrédule, plus rauque que d'habitude.

Stefan souleva ses paupières et croisa le regard ahuri de l'homme. Il eut un sourire sans joie qui n'atteignit pas ses yeux et hocha simplement la tête. Il n'y avait plus de retour arrière possible et Stefan savait qu'il était temps pour lui de dire adieu aux Winchester.

Il repensa à ces innombrables fois où, n'en pouvant plus de solitude et désespéré d'avoir un peu d'affection dans sa vie, il s'était lié pour un temps à des humains qu'il se plaisait à considérer comme ses familles d'emprunt. Il arrivait alors toujours un moment où ces relations, qui ne pouvaient qu'être temporaires, devaient prendre fin inéluctablement. A chaque fois, même s'il avait beau s'y attendre, ces adieux lui laissaient immanquablement une blessure plus ou moins profonde.

Dean remua sur le sol en essayant de se relever. « Je ne comprends pas … pourtant, tu ne ressembles en rien à un vampire. Et puis, pourquoi nous as-tu suivis ? »

Stefan n'eut pas le temps de répondre car son ouïe affûtée avait détecté l'approche de Sam. Il ne pouvait pas se permettre une confrontation avec le géant car il n'était absolument pas certain d'être encore assez fort pour se défendre. Il n'avait pas le temps non plus de fouiller dans les affaires des Winchester pour chercher la verveine dont il avait besoin, et qu'ils avaient surement en réserve comme tout bon chasseur de vampires qui se respecte.

Alors, il se contenta de remettre ses chaussures rapidement avant de se précipiter vers la sortie. Il fit halte en atteignant la porte et se retourna une dernière fois vers Dean. « Merci ... Pour tout. Et … porte toi bien ».

L'habituelle tristesse de la séparation étreignit le cœur de Stefan au moment où il s'enfuit de la chambre de motel pour s'élancer dans l'obscurité.


Encore une fois dans sa vie, Stefan se retrouva seul dans la nuit noire sans savoir où aller. Comme pour en ajouter à sa désolation, il pleuvait à verse des gouttes glaciales bien trop froides en ce début d'automne. Il frissonna en serrant ses bras autour de son corps émacié. Les effets de la fièvre commençaient déjà à se faire sentir, beaucoup plus tôt qu'il ne les attendait.

Il fonça à travers la forêt pour s'éloigner le maximum du motel au cas où les chasseurs viendraient à le poursuivre, se dirigeant en direction de Denver qu'il savait proche. Il doutait cependant de pouvoir y arriver avant que la fièvre ne le terrasse et cherchait en même temps un abri pour la nuit. Mais il n'y avait pas grand-chose dans ce sous-bois et il finit par s'arrêter, épuisé, trempé et transi de froid, sous un arbre assez touffu pour bloquer partiellement les gouttes de pluie.

Il se laissa glisser parterre et se blottit contre le tronc rude en enserrant ses genoux entre ses bras, essayant de stabiliser son corps qui commençait à être secoué de tremblements. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus de crise, et celle-là s'annonçait particulièrement violente. Stefan serra les dents pour les empêcher de claquer. Il se disait qu'il lui fallait tenir la nuit, attendre que l'accès de fièvre soit passé et tout irait mieux demain.

Du fond de sa détresse, il se mit à prier – lui, une créature damnée – sans même s'en rendre compte, jusqu'à ce qu'il finît par sombrer dans l'inconscience et que son corps s'affaissât sur le sol boueux tapissé de feuilles mortes.

...

Il ne sut combien de temps il resta ainsi recroquevillé parterre, tremblant de fièvre et de froid, lorsqu'il sentit une main passer sur ses cheveux, sur sa joue, et une voix d'homme lui parvenir comme de très loin.

« Stefan … Stefan … Dieu merci je t'ai retrouvé … »

On le retourna sur le dos et il eut envie d'ouvrir les yeux, mais fut incapable de le faire malgré tous ses efforts. La voix se fit plus anxieuse. « Qu'est-ce que tu as ? … Parle-moi, mon amour. Qu'est-ce que je peux faire ? ».

La main continuait à lui caresser le visage, passant sur son front fiévreux, sur sa joue d'une manière étonnamment douce.

« Ver … verveine … J'ai … besoin de … verveine », fut tout ce qu'il réussit à extirper de sa gorge.

Des bras vigoureux le soulevèrent facilement et il sentit le contact contre son corps des muscles fermes de l'homme qui le portait. Puis, l'obscurité l'envahit …

...

Klaus serra Stefan dans ses bras comme s'il s'agissait de la chose la plus précieuse au monde.

Il avait ressenti la pire angoisse de sa vie lorsqu'en revenant au motel après s'être calmé, il avait entendu les chasseurs discuter du vampire alors que ce dernier n'était plus avec eux. Pendant un moment, il avait cru qu'ils l'avaient tué après avoir découvert sa véritable nature.

Maintenant qu'il l'avait retrouvé, son soulagement fut immense, à tel point que Klaus en vint à remercier le Ciel. Lui, qui, depuis longtemps, ne jurait plus que par lui-même.

Mais l'inquiétude le reprit lorsqu'il se rendit compte de la température anormalement élevée du corps du vampire ainsi que des frissons de fièvres qui le parcourraient par à coup. Il décida que Stefan avait besoin d'un endroit confortable pour la nuit et gagna l'agglomération la plus proche, Denver, et y prit une suite dans un hôtel luxueux de la ville.

Lorsqu'enfin Klaus se retrouva seul avec Stefan, il l'étendit sur le grand lit et entreprit de l'examiner plus à fond. Le vampire était resté inconscient depuis qu'il l'avait trouvé et cela ne le rassurait pas. Ses extrémités étaient glacées mais le reste du corps brûlant. Et il tremblait de plus en plus, s'approchant dangereusement de la convulsion. Klaus avait beaux chercher, il ne s'expliquait pas son état.

De la verveine ? Stefan avait demandé de la verveine pour le soigner. Même si cela le laissait perplexe, Klaus usa de son statut d'Originel le plus redoutable de tous et contacta les quelques vampires qu'il connaissait dans la région et les ordonna de lui en trouver au plus vite.

En attendant, il fit couler un bain chaud et retira les vêtements trempés de Stefan avant de le porter dans la baignoire. Il prit soin du vampire malade comme d'un petit enfant qu'il nettoya tendrement de toutes les saletés qui se sont accrochées à lui lorsqu'il était couché dans la forêt. Il constata avec peine comme le corps sculptural qu'il avait connu avait maigri et semblait à présent frêle et affaibli, et que sa peau était devenue si pâle qu'elle en devenait presque translucide.

Il fut tenté de contacter Damon, dont il avait systématiquement ignoré tous les appels jusqu'à présent, mais décida d'attendre encore un peu de peur d'alerter ses frères et sœur et d'empirer encore plus la situation.

...

Lorsque Stefan revint à lui, il se sentit horriblement mal et nauséeux, les muscles douloureux et courbaturés. Il ouvrit précautionneusement les yeux, ne reconnaissant pas l'endroit où il se trouvait et ne se souvenant pas comment y être arrivé, et tourna la tête de tout côté pour appréhender son environnement.

Il sursauta lorsque son regard tomba sur la silhouette appuyée nonchalamment près de la fenêtre en train de l'observer et qu'il reconnut comme étant le redoutable étranger qu'il avait croisé par deux fois avant.

« Bonjour. Comment te sens-tu ? », demanda l'homme en quittant sa position pour avancer vers le lit.

Stefan voulut instinctivement se reculer devant son approche et ne put s'empêcher de pousser une faible plainte lorsque son corps douloureux protesta contre son action. Il retomba impuissant sur l'oreiller, en continuant à surveiller l'étranger d'un œil craintif. Ses deux mains agrippèrent la couverture et il prit conscience avec malaise qu'il n'avait que ses sous-vêtements sur lui.

L'homme s'arrêta en voyant sa réaction, le visage indéchiffrable, et, silencieusement, bifurqua pour sortir de la chambre. Il l'entendit parler au téléphone dans la pièce à côté et crut comprendre qu'il commandait un petit-déjeuner au service d'étage.

Parlant de manger, Stefan eut tout d'un coup un renvoi aigre. Il sentit le goût du sang dans la bouche et en fût dégoûté au plus haut point. Son estomac se contracta violemment, et il reconnut le signal précurseur du vomissement imminent. Il se redressa tant bien que mal et mit pied à terre dans une tentative de gagner la salle de bain, mais s'écroula lamentablement sur le sol lorsqu'il essaya de descendre du lit.

Presqu'instantanément, l'homme fut auprès de lui et le saisit par le haut des bras pour le redresser.

« Là, doucement … Appelle, si tu veux quelque chose », dit-il.

En voyant qu'il allait le remettre au lit, Stefan le regarda en secouant la tête et en comprimant sa bouche d'une main pour retenir l'horrible vomi qui l'avait envahie. De l'autre main, il montra frénétiquement du doigt la salle de bain qu'il devinait à travers la porte entrebâillée.

Par chance l'étranger comprit sa gestuelle, et, en un instant, il fut transporté dans la pièce d'eau. Stefan se jeta sur les toilettes, juste à temps comme son estomac se tordit à nouveau et il régurgita un petit jet de liquide foncé mélangé avec de la bile. Il eut plusieurs renvois de plus, lui amenant des larmes aux yeux, mais presqu'à vide comme il n'y avait pas grand-chose dans son ventre.

Tout ce temps, l'homme attendait patiemment qu'il eut fini, le soutenant d'une main sous son bras, l'autre main massant son dos comme pour le réconforter. Dès qu'il esquissa un mouvement pour se relever, il passa aussitôt un bras autour de sa taille pour l'aider à se mettre debout.

L'homme l'amena au-dessus du lavabo, fit couler de l'eau et le laissa se nettoyer sommairement avant de le ramener au lit.

Autant lorsqu'il était sous le coup de la nausée, Stefan n'avait pas trop fait attention au contact physique avec l'étranger, à présent, il ne ressentait que trop bien la chaleur et l'odeur qui émanaient de son corps contre son flanc et sa hanche, ainsi que la douceur alliée à la fermeté de son étreinte autour de sa taille.

La scène du motel se rejoua dans sa tête et Stefan, troublé et gêné, tenta de se dégager de l'homme en l'écartant de son bras coincé entre leurs deux corps. Dès qu'il détecta son geste, l'étranger le relâcha sans insister, mais il restait quand même très proche à le surveiller d'un œil vigilant.

Au grand dam de Stefan, il ne tint pas longtemps par ses propres moyens. Ses jambes flageolantes le lâchèrent presque aussitôt et l'étranger le rattrapa aisément sans un mot et continua à le ramener vers le lit. Cette fois-ci, le vampire n'eut pas d'autre choix que de se laisser porter dans ses bras.

Stefan glissa un regard sur son visage. L'homme gardait les yeux fixés sur leurs pas, mais le jeune homme put deviner nettement un petit sourire sur ses lèvres.

« Est-ce qu'on se connaît ? », demanda-t-il abruptement, alors que l'homme l'aidait se réinstaller sur le lit.

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Klaus prit son temps pour rabattre la couverture sur Stefan en gardant le silence. Le jeune vampire insista, les yeux plein d'expectation.

« C'est le cas ? Dites … Si c'est le cas, il faut que vous me le disiez, vous savez ? Parce que j'ai un problème de mémoire. Des … absences, qui me sont arrivées dernièrement, et qui fait que j'oublie la moitié des choses … »

Klaus le coupa sèchement tout en continuant à arranger la couverture autour de lui. « Non. Tu ne me connais pas ».

« Oh … », fit Stefan en baissant le regard, ses longs cils projetant une ombre frémissante sur ses joues.

« Tu es déçu ? » Demanda Klaus plus doucement en s'asseyant sur le bord du lit, interpelé par l'expression de déception qu'il put lire sur le visage ouvert du jeune vampire.

Stefan se retourna de l'autre côté du lit pour cacher son visage à l'homme. Sa main jouait nerveusement à faire pivoter autour de son poignet son petit bracelet lorsqu'il répondit d'une voix hésitante.

« L'autre nuit, quand vous … quand on était dans le motel, je vous ai pris, pendant un moment, pour quelqu'un d'autre. J'ai cru que vous étiez … un ami du passé. Mais, je me trompe visiblement ».

Klaus regarda, fasciné, les doigts de Stefan cajoler la petite chaîne. De quoi se souvenait-il exactement ? Qu'est-ce que l'hypnose avait laissé dans sa mémoire, dans son subconscience?

Puis, il se dit qu'il devait répondre quelque chose, alors, Klaus se força. « Oui, tu te trompes. Il n'y a rien eu entre nous dans le passé ».

Les mots sonnèrent amers dans sa bouche. Il contempla la silhouette de dos de Stefan avec une folle envie de démentir ce qu'il venait de dire et de lui faire se retourner pour le serrer dans ses bras. Mais, au lieu de ça, il se leva et mit à la conversation. « Je pense que je vais te laisser te reposer maintenant … ».

« Pourquoi ? … – la voix de Stefan l'interrompit dans son mouvement, alors que le jeune homme lui tournait toujours obstinément le dos – … pourquoi vous êtes-vous arrêté, cette nuit-là ? »

Klaus se redressa et respira profondément en fixant le vide devant lui avant de répondre, la voix trahissant son irritation. « Justement, Stefan, je ne pouvais pas aller jusqu'au bout avec toi parce que tu ne me connaissais pas ! ».

Stefan se retourna maintenant pour le regarder. Ses yeux reflétaient sa plus totale confusion. « Je ne comprends pas. Pourquoi m'avoir suivi alors ? Puis, me sauver maintenant, et prendre soin de moi ? … Qu'est-ce que vous voulez ? … Qui êtes-vous ? ».

Klaus resta silencieux un moment, puis, décida d'utiliser le prétexte le plus facile et le plus plausible qui lui venait à l'esprit. « C'est Damon qui m'envoie. Il m'a demandé de te retrouver et te ramener ».

Loin s'en doutait-il de la réaction de Stefan. Le jeune vampire s'agita sur sa couche pour essayer de se redresser. Il avait l'air terrifié.

« Non, non, non, … je ne veux pas rentrer. Laissez-moi partir … ».

Klaus fronça les sourcils et le força à rester allongé d'une main sur sa poitrine. « Du calme, Stefan. Tu n'es en état d'aller nulle part. Tu es très malade. Et, si j'ai bien compris, c'est bien pour ça que ton frère veut que tu reviennes. Pour te faire soigner ».

Stefan secoua la tête. « Vous ne comprenez pas. Damon a dit ça pour que vous me rameniez mais ce n'est pas vrai. Je vais bien. Je n'ai rien ».

« Ce n'est pas ce que j'ai vu la nuit dernière. Tu étais vraiment, vraiment, très mal. Jusqu'à ce que je t'ai fait prendre de la verveine. Encore heureux que tu aies pu me dire comment te soigner. Stefan, si tu ne me dis pas la vérité, je vais devoir te ramener de force à Mystic Falls ».

Stefan se mordit la lèvre inférieure. « Si je vous le disais, est-ce que vous me laisseriez partir ? »

« J'ai promis à Damon de prendre soin de toi. Je veux juste savoir exactement ce dont tu souffres pour pouvoir t'aider et honorer ma parole ».

Le jeune vampire le scruta de ses grands yeux verts comme pour le jauger en se passant un bout de langue rose sur ses lèvres – Klaus fondit intérieurement en reconnaissant son adorable tic nerveux.

Puis, Stefan sembla se décider. Il repoussa la couverture sur le côté pour se découvrir le torse, remonta son maillot de corps, et tapota des doigts son abdomen exposé, à l'endroit juste en dessous du nombril.

« Est-ce que vous entendez quelque chose, ici ? ».

Klaus le regarda d'un air intrigué, mais se pencha néanmoins sur l'endroit indiqué, s'efforçant d'ignorer le spectacle devant lui de la peau veloutée et laiteuse, parcourue à cet endroit d'une mince ligne de duvet brun doré se perdant sous le boxer. A mi-chemin, le son lui parvenait déjà. Un régulier bruit de tapotement rapide et ténu.

Il fronça légèrement les sourcils, ne voyant pas à quoi cela pouvait correspondre. « Qu'est-ce … », commença-t-il lorsque Stefan l'interrompit. « Donnez-moi votre main ».

Stefan saisit la main tendue de Klaus et l'appliqua fermement sur son bas-ventre, de manière à ce que la paume chaude de l'hybride recouvrît à plat la petite surface. Ses propres doigts appuyaient sur le dessus de la main de Klaus pour la presser contre sa chair.

« Vous le sentez ? Juste en dessous, là ? »

Sous son toucher sensible, Klaus détecta dans un premier temps une protubérance solide sous la paroi abdominale souple. Soudain, il sentit quelque chose remuer sous sa main. C'était furtif, certes, mais le petit mouvement, léger comme le chatouillement d'une plume, était bien réel.

Interloqué, il leva les yeux vers le vampire et entendit en même temps Stefan murmurer dans un souffle, les yeux émerveillés, étrangement bouleversé. « Il a bougé ! C'est la première fois qu'il a bougé. Pile là sous votre main. Vous l'avez senti aussi, non ? »

« Qu'est-ce qui a bougé, Stefan ? Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? ». Klaus retira sa main nerveusement, un peu alarmé devant l'inconnu de la situation.

Le jeune vampire le regarda bizarrement, comme s'il scrutait sa réaction, pendant qu'il lui répondait avec circonspection. « C'est un … bébé … Je suis … euh … enceint. C'est ça, ma 'maladie' ».

Stefan redoutait les effets de son annonce, incertain de la réaction de son interlocuteur. Devant le regard incrédule de ce dernier, il se sentait soudain très exposé et vulnérable, se demandant s'il avait bien fait de révéler son secret à cet étranger dont il ne voyait pas clairement les motivations.

Klaus demeura sans voix devant ce que lui révéla le jeune vampire. De sa longue existence, il s'était fait une idée que tout ou presque était possible dans un monde où la magie côtoyait le surnaturel. Qu'un vampire mâle puisse enfanter, quoique exceptionnel certes et piquait sa curiosité par ailleurs, ne l'étonnait pas plus que ça.

Mais que cela arrivât à son Stefan précisément parmi tant d'autres, le secoua sérieusement. D'abord, parce qu'il se sentait toujours concerné par tout ce qui touchait au jeune vampire. Et aussi parce que son premier réflexe était de se demander si cela pouvait avoir un lien quelconque avec lui-même. Et si ce que son ancien compagnon avait subi du traitement d'Esther était responsable de son état d'aujourd'hui ou non.

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Alors qu'il ne savait trop par quelle question commencer, un coup discret fut frappé à la porte et Klaus s'éclipsa pour aller ouvrir. Il revint peu de temps après avec un plateau à la main, hésitant à le poser sur le lit.

« J'avais pensé qu'un petit-déjeuner te ferait du bien. Maintenant, je n'en suis plus si sûr … peut-être qu'il vaut mieux laisser ça de côté si tu as encore de la nausée … ».

« En fait, je veux bien manger … si vous voulez bien », dit Stefan en se remuant pour se redresser, obéissant complètement à son estomac capricieux qui lui réclamait assurément son dû à ce moment-là, à l'appétissante odeur qui se dégageait du plateau.

Klaus l'aida à caler quelques coussins derrière son dos avant de poser le plateau sur ses genoux. Puis, il s'installa au pied du lit pour regarder Stefan s'attaquer de bon appétit à son petit-déjeuner gourmand et copieux composé d'œufs brouillés, de bacons, de pancakes et autres gâteries, jus d'orange et café.

Une lueur d'amusement mélangée à de la perplexité dansait dans les yeux de Klaus à regarder le vampire prendre autant de plaisir à manger de la nourriture humaine.

« Alors, comment cela s'est-il produit ? » Finit-il par demander, commençant son enquête.

Stefan haussa les épaules. « De la magie. Un sort d'inversion qui m'aurait rendu humain et femelle à un moment donné. C'est tout ce que je sais. »

De la magie. C'était aussi ce qu'il pensait. Klaus passa en revue les effets du sort qu'Esther leur avait jeté juste avant sa séparation d'avec Stefan, ce qui le fit enchaîner sur la prochaine question.

« Et cela fait combien de temps que tu es … dans cet état ? »

« Depuis environ deux mois », répondit Stefan entre deux bouchées, sans remarquer que son interlocuteur s'est figé imperceptiblement à sa réponse.

Donc, le début correspondait bien aux derniers jours qu'ils avaient passés ensemble. Klaus avait la gorge sèche lorsqu'il posa sa prochaine question d'un ton qu'il voulait léger. « Est-ce que tu sais qui est le père ? »

Un voile passa dans le regard de Stefan. « Honnêtement, je n'en ai aucune idée ! Il y a deux mois, j'étais avec quelqu'un. Peut-être que c'est de lui ».

Puis, haussant les épaules, il ajouta avec un sourire mélancolique et désenchanté. « En même temps, ça pourrait aussi être n'importe qui d'autre. Je n'ai gardé aucun souvenir de cette période, et mon compagnon de l'époque avait de toute évidence choisi de me quitter. Alors … ».

L'amertume et la tristesse indéniables qui transparaissaient de ces paroles prirent Klaus de court. Il réalisa soudain le mal qu'il avait fait à son ancien petit ami. Et encore cette envie irrésistible de prendre le jeune homme dans ses bras, lui enlever cette maudite hypnose, le consoler et l'assurer de son amour, pour reprendre avec lui là où ils avaient interrompu.

« De toute manière, ça n'a aucune importance pour moi, de qui est l'enfant – continua Stefan, inconscient de ses émotions – Damon, quand à lui, n'en veut absolument pas. Selon lui, cette grossesse pourrait me mettre en danger et il voulait me forcer à l'enlever. C'est pour ça que je me suis enfui de Mystic Falls ».

Klaus recoupa rapidement les informations. Il était presque certain que l'état Stefan était la conséquence directe d'un effet non attendu du sort d'Esther. Quelque phénomène imprédictible dû au fait qu'il était un vampire au cœur pur.

En revanche, sur la question du père, il avait un doute. Il avait été rendu humain ce soir de pleine lune-là, mais il n'était pas le seul homme à avoir eu des rapports avec Stefan ce jour-là. Le sorcier chasseur de vampires qui l'avait capturé ne s'était pas privé d'utiliser son prisonnier à des fins sexuelles.

Maintenant, si la vie du vampire était en jeu, pouvait-il le laisser continuer cette grossesse, dont il ne savait même pas qui était le père ? Klaus comprenait très bien pourquoi Damon avait agi de cette façon. Il voulait à juste titre protéger Stefan malgré lui. Et il comprenait aussi pourquoi Damon lui avait caché la vérité. Car, si Klaus était bien le père, il y avait des chances que l'Hybride n'allait pas lui permettre de tuer l'enfant si facilement.

« Alors ? Est-ce que vous allez toujours m'obliger à rentrer ? ».

La question timide de Stefan tira Klaus de ses réflexions. Les yeux du jeune homme le fixaient d'un air suppliant. Il le trouvait si fragilisé et affaibli que Klaus n'avait qu'une envie, c'était de l'entourer de sa protection et s'occuper de lui.

De plus, qu'il fût le père ou non de cet enfant, Klaus se sentait responsable de ce qui était arrivé à Stefan. Il n'avait pas totalement arrêté la marche à suivre, mais il n'allait certainement pas laisser le petit vampire à son sort, livré à lui-même, comme lorsqu'il avait dû se débrouiller seul dernièrement.

Il devait prendre les choses en mains mais il ne savait pas encore quoi faire. Klaus se surprit à penser qu'il aurait tellement aimé qu'Elijah fût là pour le conseiller. Elijah savait toujours ce qu'il convenait de faire dans des situations aussi complexes.

Pour l'heure, Klaus se leva et, constatant que Stefan avait fini, le débarrassa du plateau. Il aida le vampire à s'étendre à nouveau sur le lit et lui donna une réponse vague : « Je ferai ce qui sera nécessaire pour ton bien. Pour le moment, je veux que tu te reposes un peu. »

Au moment où il allait sortir de la chambre, Stefan le rappela. « Vous ne m'avez pas dit comment vous vous appelez ».

« Tu peux m'appeler Nik. Nik Mikaelson ».