-Vifazur, 25e jour, 4E 201-

On ne pouvait pas dire que Rin Tohsaka soit de la meilleure humeur possible. Sa main n'arrêtait pas de se poser sur son estomac. Ce dernier étant marbré d'une contusion douloureuse. L'attaque de Faolan, la veille, l'avait laissé inconsciente jusqu'après la fin du combat entre le roi mort-vivant et Artoria. Encore avait-elle eu de la chance... Sans la magie de renforcement qui lui avait permis de combattre les squelettes animés, le coup aurait sans doute suffis à la tuer.

La magus se releva pour faire quelque pas à l'intérieur du magasin " Friperie fantaisie", la meilleure boutique de vêtements de Solitude, du moins d'après ses deux propriétaires aldmer... la seule sen fait.

Histoire de s'occuper un peu, Rin marcha entre les présentoirs : tenues en tous genres, amulettes, anneaux, couronnes, vêtements d'enfants, chaussures, bottes, chapeaux divers. Taarie, l'une des sœurs qui s'occupaient de la boutique, ne la lâchait pas du regard depuis le comptoir. On ne faisait pas plus méfiante... S'attendait-elle à ce qu'elle vole quelque chose ? De toute façon, rien de ce qui se trouvait sur les rayonnages ne lui plaisait.

Pourtant... Rin secoua la tête... Ce monde semblait être au Moyen-âge, mais la technologie lui paraissait étrangement discontinue. Sur Terre, jusqu'au dix-neuvième siècle, et l'apparition des premiers colorants artificiels produits industriellement, seules les plantes, les animaux et les minéraux fournissaient les couleurs pour les vêtements. Rin se rappelait avoir lu qu'il fallait des milliers de murex - un petit mollusque- pour produire assez de pourpre pour un seul vêtement. Autant dire que seuls les plus riches les portaient.

Sur Nirn, les tenues affichant des couleurs vives comme le vert ou le bleu se rencontraient même chez les simples paysans.

La magus se tourna vers Taarie pour lui demander quelques précisions sur colorants utilisés.

- Ils sont fabriqués par des alchimistes. Nous nous fournissons aux "Breuvages d'Angeline".

Rin acquiesça. L'alchimie... bien sûr, ne l'appelait-on pas parfois "L'art des teintures" ? Fabriquer des potions ou transformer le plomb en or, n'ont jamais été les activités principales des alchimistes. En fait, les teintures et les produits cosmétiques ont toujours été le fond de commerce des alchimistes... depuis l'antiquité. En fait, Rin se rappelait que son professeur de magie - cet insupportable faux prêtre- lui avait raconté que le premier piment artificiel, la céruse avait été créé par les alchimistes de l'époque pharaonique.

Pour un mage, habituée à cacher ses dons aux gens ordinaires, le monde de Nirn ressemblait à un paradis. L'alchimie remplaçait la chimie, et la magie permettait de créer des plates d'acier pour les armures ou de remplacer les presses d'imprimerie. Par certains côtés, l'Empire de Cyrodiil pouvait prétendre à un niveau de civilisation comparable à l'Europe de la révolution industrielle.

Entendant des bruits venus de l'arrière-boutique, Rin tourna machinalement la tête et... cligna plusieurs fois des paupières. Toutes les théories et les réflexions qui tournaient dans sa tête se trouvant ravalés au rand de page blanche, comme la vision d'Artoria les effaçait.

- Ouch...

L'onomatopée ne voulait rien dire mais... rien de plus cohérent ne voulut franchir ses lèvres. Endarie avait conçue une robe pour le Roi des Chevaliers, basée sur un patron que la jeune femme avait dessiné, la reproduction d'une tenue qu'elle avait porté en Bretagne.

En fait, le vêtement se composait de trois parties. D'abord, une robe blanche à manche longue à décolleté en cœur, qui couvrait les bras et descendait jusqu'aux mollets, le bas étant frangé et orné de glands d'or.

Par dessus, Artoria portait une jupe largement découverte sur le devant ainsi qu'une sorte de spencer à manches gigot lacé sous les seins. Le tout était taillé dans un tissu plus lourd que la robe de dessous, et teint dans un bleu profond, avec quelques touches d'or.

Le Roi des Chevaliers eut une ombre de sourire en entendant l'exclamation de son amie.

- Je vois que ma tenue vous plaît.

- Oui, je suis jalouse.

- Dans ce cas, pourquoi vous ne feriez pas une commande à Endarie ?

- Je vous prends au mot.

L'Aldmer eut un sourire des plus commerçants en voyant la jeune japonaise s'approcher d'elle. Après tout, ses dons de couturière étaient la meilleure publicité possible pour sa boutique.

La discussion entre le vendeur et le client commença alors qu'Artoria s'escrimait sur le baudrier de suspension, cherchant à y accrocher le fourreau de Caliburn. La jeune femme l'avait découvert dans le coffre au trésor de l'Aigle Carmin. Comme celui de sa contrepartie terrestre, il s'agissait d'un étui d'arme en bois léger, recouvert de tissu bleu et bordeaux, incrusté d'or et de plusieurs grenats. Une véritable œuvre d'art conçue pour contenir une épée royale.

Pendant qu'elle réglait les diverses sangles et courroies du ceinturon d'arme, Artoria pouvait entendre certaines exclamation de son amie " Oui, j'ai dis rouge" et " comment ça, trop courte... vous avez déjà essayé de courir avec une jupe longue ? !".

Lorsque Rin revint vers son amie, elle l'entendit grommeler une vague menace envers quiconque la traiterait de fille de taverne.

- Bon, Endarie m'a dis qu'elle aurait terminé dans deux jours.

- Bien.

- Et quel est le programme, à présent ?

- Il me faut une armure. Celle que je portais n'a pas survécue au combat contre Faolan.

Rin grimaça.

- Avec le prix de votre tenue et la mienne... même une cuirasse de fer serait trop chère. Enfin, allons voir à la forge...

Artoria secoua la tête tandis que la magus ouvrait des yeux étonnés.

- Non ?

- Rin, je veux une armure sur-mesure, pour... disons que je vais en avoir besoin. Je suis bien placée pour le savoir. Pour brandir Caliburn, il faut ressembler à un chevalier pas seulement en être un. La première impression que l'on fait déterminera le traitement reçu.

La voix du Roi des Chevaliers reflétait une certitude.

- Oui, je reconnais que cela fait sens mais... je doute que nous ayons l'argent pour...

- Rin, les meilleurs forgerons de Bordeciel ne sont pas les Nordiques mais les Orques. Ils respectent la force, l'honneur et la fidélité à la parole donnée. Ce ne sont pas des commerçants. Je pense qu'ils accepteront de me faire une armure en échange d'un don contraignant.

- Un don contraignant ?

- Une quête, si vous préférez ce mot.

-Vifazur, 25e jour, 4E 201-

Si vous vous rendez à Vendeaume, capitale de la châtellerie d'Estemarch et cœur de l'insurrection des Sombrages, prenez la route sud, celle qui conduit à Faillaise. Avancez dans la neige et le vent froid, escalez les collines puis prenez la première route vers l'est.

Vous arriverez au Bosquet de Kyne, une petite exploitation minière où les ouvriers vivent sous des tentes et cultivent un potager. Le seul bâtiment en dur est une auberge où les mineurs peuvent boire de l'hydromel... leur seul loisir.

En continuant le sentier qui monte vers les hauteurs, vous arrivez au sommet d'une butte plate. L'endroit a sinistre réputation et est évité par les Nordiques. Au premier abord, les lieux ressemblent juste à une colline ordinaire avec quelques arbres et un tumulus de pierre. La légende veut qu'il s'agisse de la dernière demeure du dragon Sahloknir, tué il y a des éons de cela par les Gardes Dragons akavirois.

Le chemin reprend vers l'est, en direction des Monts Velothis. Ces colossales montagnes couvertes de neiges éternelles sont presque tout au long impassables et ont quelques peu protégées les Elfes Noirs de Morrowind des invasions nordiques.

C'est à flanc de montagne, protégée sur un côté par une pente raide, et sur deux autres par des falaises surplombant les forêts, en contrebat, que les orques ont fondés la forteresse de Narzulbur. Celle-ci est constituée de quelques cases réunies autour d'une longère abritant le chef et ses épouses. Le tout est entouré de palissades.

Un pont suspendu mène à la forge et à une mine d'ébonite.

La forteresse de Narzulbur n'était pas très ancienne. Au début de la Quatrième Ère, une nouvelle guerre - d'une très longue série- éclata entre les Orques et les Rougegardes. Les peaux-vertes furent massacrés en masse et seule l'intervention de la Légion Impériale évita un véritable génocide de cette espèce si détestée.

Les survivants fuirent leur royaume en ruine et fondèrent une nouvelle Orsinium (la quatrième ville de ce nom) à la frontière entre Bordeciel et l'Enclume. Cependant, tous les orques ne se concentrèrent pas là, une véritable diaspora se répandit en territoire nordique. En Bordeciel, les orques édifièrent des forts en des lieux reculés, où ils pourraient vivre selon les enseignements de leur dieu Malacath, à l'écart des yeux indiscrets des humains.

Vêtue d'un pagne et d'un bandeau de poitrine en fourrure, Yatul n'aurait certainement pas parut belle aux yeux des humains. Immenses, lourdement charpentées, elle avait des traits puissants et des canines protubérantes. ses oreilles pointues rappelaient que les orques étaient des Mers (des Elfes) on les appelait d'ailleurs aussi "Orsimers".

Yatul était chasseresse, nourrissant sa tribu des. Toutefois, tout le temps qu'elle ne passait pas à traquer les cerfs qui paissaient dans les bois proches, l'orque le consacrait à la défense de Narzulbur. Dans le froid et la neige, elle restait dans la tour de guet près de l'entrée à surveiller le sentier qui reliait la forteresse aux cités des Nordiques.

Le vent soufflait fort sur les contreforts des Monts Velothis. Bien que la neige ait cessé de tomber dans la matinée, les bourrasques faisaient tourbillonner les flocons et l'on ne voyait pas à trente mètres.

Soudain, deux silhouettes sombres apparurent avançant péniblement dans la poudreuse. Emmitouflées dans des manteaux de fourrure, il devenait impossible de préciser quel était leur sexe ou leur espèce.

- Halte, nous n'acceptons pas les étrangers. Si vous n'êtes par orque ou frère ou sœur de sang, passez votre chemin. Nous n'aidons que les nôtres.

L'individu le plus avancé s'arrêta et releva la tête. Yartul distingua deux yeux verts, semblables à de précieux joyaux, la contemplant dans l'ombre du capuchon.

Une voix de femme, douce mais ferme, lui répondit. Malgré elle, l'orque frissonna. " Une main de fer dans un gant de velours" Pensa-t-elle. Il n'y avait pas de meilleure comparaison.

- Comment-puis-je vous persuader de me laisser entrer ?

- Hum... Vous voulez l'aide des orques ? Nous verrons si vous en êtes digne. On nous a volé une paire de gantelets enchantés, appelé les " mains du Forgeron". Ils sont gardés par des hommes mauvais, des bêtes et pire encore. Rapporter-les à notre chef et nous vous aiderons.

- Soit... où se trouvent-ils ?

- Dans la grotte d'Ombrenoire. Allez jusqu'à l'écurie de Vendeaume, franchissez le pont à l'ouest, puis prenez la première route sur votre gauche, vers le sud. Continuez sur la route principale en direction de Blancherive. Lorsque vous serez au pied de la colline où se dresse la tour de Valtheilm, franchissez la Rivière Blanche en aval de la cascade; Au pied de celle-ci vous verrez une caverne derrière une caverne. Cependant, je vous préviens. Aucun de ceux qui sont entrés dans cette caverne n'en est ressorti.

- Merci. Venez, Rin, nous repartons...

- Quoi, déjà ? ! On vient d'escalader toute cette stupide montagne, dans la neige ! Nous avons même été attaqués par des loups !

La femme aux yeux verts répondit avec la même voix ferme que celle tout à l'heure, mais avec une pointe d'exaspération amusée.

- Rin...

- Des gantelets... qui irait forger avec des gantelets ? Je ne sais pas... s'il faut vraiment appliquer un Mystique Code à une pièce d'habillement... pourquoi des gantelets d'armure ? Une forge ce n'est pas un champ de bataille. Dans une forge on porte quoi ? Un tablier de forgeron ! " Le tablier du forgeron", tenez même " Le GRAND tablier mystique du forgeron" s'ils veulent ! Pourquoi des gantelets ?

Comme les deux femmes s'éloignaient, Yartul s'aperçut qu'elle était penchait sur le parapet, se dévissant le cou pour les regarder. "Mais qui étaient-elles ?"

Grotte d'Ombrenoire

La présence à l'entrée de deux squelettes n'était guère rassurante. Ils étaient encore couverts de sang et avaient - visiblement- été rongés par un quelconque prédateur. Pire, un crâne se trouvait planté sur une pique. Rin se frotta les lèvres de son poing, un tic qu'elle arborait inconsciemment lorsqu'elle réfléchissait.

Autour d'elle une rivière, sous une chute d'eau, une île couverte d'arbres. Avec les papillons et les libellules qui profitaient du soleil, l'environnement bucolique ressemblait à l'Eden. Du moins si on oublié les corps... les installations dévastées.

Rin Tohsaka reconstitua mentalement la scène. La grotte d'Ombrenoire servait d'habitation. Les corps encore reconnaissables n'étaient pas ceux de bandits. Des réfugiés ? La guerre laissait beaucoup de gens privés de demeure et de moyens de subsistance. Puis ils étaient venus...

Ils ? Carnivores, très fort... et assez intelligents pour recourir à l'intimidation... car évidemment une simple bête ne plantait pas un crâne sur une pique.

La magus se tourna vers le Roi des Chevaliers. Encore une fois, elle reçut un coup de cœur. Ses cheveux d'or sagement ramenés en une natte enroulée à l'arrière de son crâne, vêtue d'une superbe robe bleu et blanche, Caliburn en main, son visage pensif examinait un morceau de minerai détaché d'une paroi par un mineur. Elle se trouvait illuminé par le soleil de cette fin d'après-midi, avec derrière ce paysage faussement enchanteur, et à ses pieds le cadavre d'une des victimes des assaillants.

- Qu'y a-t-il Rin, vous semblez... troublée ?

Tohsaka croisa ses bras et soupira pour se donner une contenance, bien consciente d'être rouge comme une tomate. Bon Dieu pourquoi cette femme lui faisait cet effet là ? D'accord, il s'agissait d'une version féminine du roi Arthur... incroyablement vaillante et aussi belle que l'ange de la mort... " Ok, reprends-toi Rin, ce n'est pas le moment !" se morigéna-t-elle.

- J'ai réfléchis à ce qui vient d'arriver.

Rapidement, la magus résuma ses déductions sur la grotte et les monstres qui l'avaient attaqué. Artoria répondit d'un simple hochement de tête puis lui donna le morceau de minerais qu'elle examinait.

- Les réfugiés se sont installés ici parce qu'il y a un filon d'or.

- De l'or ?

Artoria eut une ombre de sourire amusé.

- Visiblement, ce minerai à moins de valeur sur Nirn que sur Terre. Donc, inutile de ramasser la pioche pour creuser. Rappelez-vous que nous payons tous nos achats avec des pièces d'or !

Empruntant un couloir en pente, éclairé par des torches, les deux jeunes femmes arrièrent à une première grotte. Sommairement aménagée en habitation, elle avait été ravagée. Partout, on ne voyait qu'ustensiles brisés, vêtements déchirés, tables renversés. Un échafaudage gisait renversé.

Un sourd grognement surpris Rin qui se tourna vers une tâche de lumière formée par le soleil tombant d'une ouverture dans la voûte. Un animal se tenait là, sa fourrure était d'un brun sale et elle le prit d'abord pour un gorille. L'apparence générale, mais surtout le comportement, alors qu'il sautillait en frappant le sol de ses poings faisaient irrésistiblement penser à un grand singe cherchant à intimider ceux qui entraient sur son territoire. Seulement, lorsqu'il releva la tête, Rin s'aperçut qu'un troisième œil saillait au milieu de son front.

Le Graal lui transmit obligeamment des informations : un troll, régénère, vulnérable au feu, très fort, anthropophage.

Avant même que le monstre ne bondisse en avant, Rin le frappa d'une rafale de "gandr". Néanmoins, la bête courait vite et se dressa au-dessus d'elle, un poing levé. Une ombre se matérialisa soudain entre la mage et le troll. Il y eut un éclair d'acier. La créature simiesque poussa un hurlement de douleur et de rage comme Caliburn lui transperçait la poitrine.

Artoriaa repoussa le troll agonisant d'un coup de pied, dégageant sa lame avant de lui faire sauter la tête des épaules.

- Merci...

- C'est mon devoir de chevalier, Rin...

Le reste de l'exploration ressembla à la visite de la première chambre. Partout, il n'y avait que cadavres, ossements sanglants et brisés, campements ravagés. En tout, elles tuèrent cinq trolls et aucun n'offrit une résistance plus prolongée que le premier. Comme ils ne faisaient pas montre d'une grande discrétion, la magus repéra chacun d'eux à une distance confortable et les attaqua. Déjà sévèrement blessés, ils furent achevés au contact par le roi de Bretagne.

Ils trouvèrent finalement les "Mains du Forgeron" dans la quatrième grotte dans un coffre sur une corniche de la quatrième chambre.

Rin ne put s'empêcher de ronchonner quelque chose à propos d'un enchantement trop coûteux pour des gantelets de fer. Tout le problème des perfectionnistes, 'ils ne sont jamais contents... quoi qu'il arrive...

-Vifazur, 26e jour, 4E 201-

Yartul s'empressa de descendre ouvrir les portes de Narzulbur. Impressionnée, elle salua les deux jeunes humaines qui entrèrent.

- Venez, il faut que vous rencontriez notre chef.

Elle les conduisit jusqu'à l'espace devant la longère. Mauhulakh se tenait assis à côté de la porte, occupé à boire de la bierre dans une choppe d'étain. Grand et musclé, comme tous les orques, il portait une armure d'écaille avec un casque de cuir. Lorsque Yatul courrut pour lui présenter les "Mains du Forgeron", ses yeux s'écarquillèrent un bref instant. Puis il fit signe aux deux étrangères de s'approcher :

- Vous avez trouvé les "Mains du Forgeron". Je n'arrive pas à y croire ! Personne n'y avait réussi avant vous. Par le code de Malacath, vous êtes désormais des nôtre. Je le ferais savoir à toutes les forteresses. N'hésitez pas à vous entraîner avec nos guerriers ou à acheter des poisons à la savante.

- c'est un honneur. Toutefois, j'aurais besoin des services d'un forgeron. Je veux une armure sur-mesure.

- Hum ? Vous tombez bien. Yatul, conduit... euh...

- Mon amie s'appelle Rin Tohsaka, je suis Artoria Pendragon.

- Yatul, amène Rin et Artoria à mon fils.

- Venez, Dushnamub est le meilleur forgeron de la tribu et la mine fournis du fer et de l'ébonite.

Interlude

Au nord de Bordeciel, se trouvait la cité de Fortdhiver. Elle fut à une époque la capitale du royaume. Détruite une première fois à l'époque d'Olaf le Borgne, la cité ne cessa par la suite de perdre en importance. Il faut dire qu'au fur et à mesure de la conquête de Tamriel par les humains, le besoin de rester confiné dans le long des rivages glacials de la Mer des Fantômes ne se faisait plus sentir. Les colons venus d'Atmora descendaient vers les terres plus fertiles du sud.

Toutefois, au cours de l'Ère Troisième, la ville conservait encore une certaine importance. Ses dirigeants étaient encore considérés comme assez importants pour se retrouver associé au trône des Septim. Le coup de grâce vint en 4E 122 lorsqu'une série de tempêtes sapèrent la base de la falaise où se trouvait la ville, précipitant le château séculaire et une grande partie des habitations dans la mer en contrebas.

Seul bâtiment d'importance à avoir survécu, l'académie de magie restait l'ultime témoignage de la grandeur passé d'une ville où avait longtemps vécu l'impératrice Morithatha Septim.

L'académie de Forthiver émergeait de l'océan supporté par un large pilier de pierre et à peine relié à la rive par un pont endommagé.

Sous les clairs bâtiments élevés autrefois par le mage Shalidor, des catacombes oubliées connaissaient le silence.

Cavernes naturelles glaciales, tunnels suintant abritant des araignées géantes... l'hyposcole avait sinistre réputation. Des pentacles accueillaient encore les victimes de sacrifices humains. Des geôles abandonnées rappelaient les "cobayes" qui avaient attendu un sort horrible. On l'oubliait trop souvent, si les Nordiques détestaient la magie, ce n'était pas uniquement parce les elfes honnis la pratiquaient, ils avaient aussi de bonnes raisons... et les cryptes de Fortdhiver le rappelaient.

La forge d'Atronach constituait sans doute le pire témoignage de ce qui avait été perpétré en ces lieux. Après la Crise d'Oblivion et l'invasion de Nirn par des hordes de daedra venus des royaumes extérieurs, le commerce avec les démons n'était plus toléré.

Combien de temps s'était écoulé depuis la dernière fois que quelqu'un avait marché en ces lieux ?

La pièce voûtée, constituée de petites pierres sombres, suintait d'humidité. Un soupirail brisé avait laissé entrer une coulée de neige qui s'amoncelait dans un coin. À part une armoire, une table et une chaise, il n'y avait qu'un vaste cercle surélevé, gravé dans la roche et entouré de deux anneaux de bougies que des serviteurs mort-vivant remplaçaient régulièrement. Juste devant, un support en forme de crâne cornu semblait attendre un objet absent.

Il s'agissait du lieu le plus sinistre de l'hyposcole noire, la partie du labyrinthe souterrain consacré aux études des Royaumes Daedriques.

Il y eut un phénomène prismatique devant la forge d'Atronach.

Là où il n'y avait rien, se tenait à présent un vieil homme qui paraissait avoir soixante-dix ans. Vêtu de noir, enveloppé dans une cape retenue à son cou par un galon d'or, il s'appuyait sur une canne et ses mains étaient gantées de blanc.

Une apparence soignée mise à mal par sa chevelure embroussaillée et sa barbe en bataille que l'on s'attendrait plutôt à voir chez un mendiant. Ses yeux surtouts mettaient mal à l'aise... aucun humain n'avaient les yeux rouges... des yeux qui brillaient d'une flamme étrange comme ceux d'un d'halluciné ou d'un mystique.

À peine arrivé, il se mit à parler.

- Oui, je sais... mon oncle ? Vous n'êtes pas mon oncle... ah ah ah... oui, une bonne blague... où l'ai-je mis ?

Il tendit la main et une épée courte se matérialisa entre ses doigts. La garde ressemblait à deux ailes déployées. La lame consistait en une seule gemme grossièrement taillée dans la forme d'une feuille de laurier.

- Kaléidoscope.

Ce devait être un mot de commande, car l'épée se mit à rayonner du même éclat prismatique qui avait précédé son apparition.

- Je n'oublie pas... l'ancre... oui... les barrières des Direnni... la Tour d'Adamantite... mais ce n'est qu'une invitation...

Posant sa cane contre la table, il ouvrit l'autre main. Une sphère de cristal rouge se matérialisa dans sa main, elle avait la taille d'une tête humaine. S'approchant de la Forge d'Atronach, il la plaça sur le socle vide.

- Fin des préparatifs... pas besoin de sorts compliqués... la Vraie Magie...

D'un geste négligeant du poignet il agita l'Épée de Joyaux. Elle rayonna d'une lumière dorée. Le faisceau enveloppa la Forge tout entière.

- Kaléidoscope.

Une lumière prismatique mélangeant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel rayonna à l'intérieur du pentacle avant de se condenser en deux silhouettes humaines.

Le premier ressemblait à un homme nu, ses cheveux en bataille étaient blonds, ses yeux bleus. Perturbé par la situation, il garda pourtant tout son calme, regardant autour de lui avant de se concentrer sur son voisin.

- Sire Lancelot ?

Le deuxième homme... portait une armure sombre assez hideuse. Dans la fente de vision du heaume, surmonté d'un panache de crin noir, on ne discernait qu'une lumière rouge. Penché en avant, il se tordit avant d'écarter les bras.

- RrrrrrrR...rRRRRrrrr !

Le vieil homme aux yeux rouges, applaudit.

- Excellent ! Excellent ! Quel enthousiasme !

L'homme blond se tourna vers le magicien.

- Qui êtes-vous ?

- Oh, mais quel hôte méprisable, je suis... appelez-moi... ah oui, oncle Zili !

Si le monstre en armure noir se contenta de continuer à grogner doucement, son compagnon recula instinctivement. Il avait eu son lot de lunatiques au cours de sa vie, après tout il connaissait Merlin et le Magicien des Fleurs n'avait rien d'un individu raisonnable... pourtant là, on pouvait sérieusement douter de la raison d' "oncle Zili".

L'homme choisit pourtant de s'incliner en avant, une main sur le cœur... ce qui ne manquait pas d'être un peu ridicule, vu qu'il ne portait aucun vêtement.

- Je suis Gawain, chevalier de la Table Ronde.

Le monstre noir se redressa et hurla à plein poumon...

- Oui, oui, messire Gawain, messire Lancelot, bienvenue en Tamriel...

- Tamriel ?

- Le principal continent de Nirn, vous êtes exactement, au nord, en Bordeciel, précisa aimablement "oncle Zili".

- Euh... oui...

Sire Gawain secoua la tête et se frotta les bras, il se retenait de claquer des dents.

Le magicien s'approcha de l'armoire et jeta un lot de vieux vêtements.

- Désolé, je ne pouvais pas vous invoquer avec armes et armures. De quoi vous souvenez-vous en dernier...

Gawain ouvrit la bouche et s'interrompit... Camlann... Mordred... puis le sang la douleur...

- Je suis mort ?

- Oui et non... Votre corps est toujours sur le champ de Camlann. Je n'ai invoqué que votre esprit, j'ai eu besoin de l'aide d'un... mécène local pour vous créer un corps.

- Sire Lancelot a son armure.

- Bonne remarque... disons que son corps, son esprit...

Le monstre noir grogna une nouvelle fois

- RrrrrRRRRR... rrrRRRRR !

- Oui... l'esprit... Enfin, il est marqué par les fées et donc son cas est très différent. L'amener ici a été plus facile que pour vous. Sire Gawain, vous êtes loin d'être à pleine force. Vous vous en apercevrez rapidement. Alors que le preux Lancelot du Lac bénéficie encore de l'essentiel de sa force... ainsi qu'une version corrompue d'Arondight, l'Inextinguible Lumière du Lac.

Sire Gawain, le chevalier du Soleil posa la question qui l'obsédait depuis son arrivée dans cette cave froide.

- Que voulez-vous de nous ?

- Rien.

Il fallut quelques secondes pour que Gawain assimile l'étonnante réponse.

- Monsieur...

- Oncle Zili !

- ... d'accord... Oncle zili, ce que vous dites n'a aucun sens. Personne ne ramènerait les gens à la vie puis les enverrait dans un autre monde, sans raison.

"Oncle Zili" prit l'attitude théâtrale d'un homme en train de réfléchir profondément.

- En fait... j'ai bien une raison...

- Oui ?

- RrrRRR ?

- Et bien quelqu'un que je n'aime pas à invoqué le roi Arthur pour sauver le monde. Alors je me suis dis, aidons- le...

- Mon noble suzerain ?

- RrRRroi ArrRthuRRrrR !

Le cri de Lancelot fit se boucher les oreilles à deux témoins de son explosion sonore, le monstre noir se contorsionnait en proie à de violentes pulsions.

- ... ou pas. Après tout, invoquer Gawain dont le refus d'accepter la présence de Lancelot à la bataille de Camlann a provoqué la chute du roi Arthur... et Lancelot - complètement fou- et meurtrier des deux frères du dit Gawain et leur dire : " Le monde va à sa fin, sa seule chance est le roi Arthur, retrouvez-le". Cela reviens peut-être à faire passez Skyrim du mode de jeu "facile" à "légendaire". Et là, un simple brigand peut tuer l'Enfant de dragon en un coup.

- Je... je ne comprends rien à ce que vous dites... oncle Zili.

- Ce n'est pas grave ! Les lecteurs ont compris !

- Les lecteurs ? Quels lecteurs ?

"Oncle Zili" fit un grand sourire à Gawain.

- Bon je vous laisse, oncle Shéo m'a invité à un festin dans la tête d'un empereur de Tamriel, fou, mort depuis quelques siècles. Le lieu est original n'est-ce pas ? ! Vous devriez venir à l'occasion, un bâton est à gagner. En plus, le fromage est à se damner, parait-il ! Enfin, vous avez peut-être un roi qui a régné et qui visiblement est bien parti pour régner à nouveau à allez chercher, non ? Un conseil cherchez un dragon qui casse tout près de Blancherive. Salut !

Dans un miroitement de lumière arc-en-ciel, "oncle Zili" disparut.

...

... ...

... ... ...

Complètement interdit, sire Gawain resta plusieurs minutes à fixer le vide en secouant la tête.

- Merlin me manque...

- RRRrrr rrR...