CHAPITRE NEUF: UN ETRANGE EPERVIER DORE

Harry était confortablement allongé, dans une autre chambre que celle dans laquelle il s'était levé quelques heures auparavant. Il y a quelques minutes, il s'était sentit très affaiblit et épuisé en parlant de tout ce qu'il savait au directeur, et sur comment s'était déroulé sa soirée avant son arrivée dans cette nouvelle réalité et pourtant, maintenant qu'il était en pyjama – un pyjama trop grand que lui avait prêté Ron – allongé dans son lit, il n'avait plus du tout sommeil.

Il était en train d'agiter une baguette magique au dessus de lui, en faisant léviter doucement ses lunettes au dessus de sa tête. Il avait bien évidemment toujours l'intention d'aller récupérer la baguette qui lui revenait chez Ollivander, une fois la cape d'invisibilité de son père récupérée, mais il avait consentit à prendre celle là en attendant. Elle avait appartenu à un sorcier que Sirius avait réussi à désarmer une semaine auparavant, et d'après ce que Harry pouvait voir, elle lui convenait assez bien. Elle ferait en tout cas l'affaire le temps de récupérer l'autre.

Après un bon quart d'heure, il finit par arrêter son sortilège et posa ses lunettes ainsi que la baguette sur une petite commode qui se trouvait près de son lit. Il faisait assez sombre dans la chambre qu'il partageait avec Ron, malgré la grande fenêtre qui laissait entrer la lumière de la lune, là où se trouvait Harry. Il avait sommeil mais en même temps, à chaque fois qu'il fermait les yeux, une sensation angoissante s'emparait de lui, comme s'il espérait qu'après une bonne nuit de sommeil, il allait se réveiller de se cauchemar et se retrouver de nouveau dans la réalité à laquelle il appartenait. Il savait que c'était impossible bien sûr, et c'est ce qui l'empêchait de fermer l'œil. Il n'avait pas envie de s'endormir pour se réveiller dans cette même pièce quelques heures plus tard, déçu et désemparé en voyant que rien n'avait changé.

Il se tourna vers le lit où était allongé Ron, quelques mètres plus loin. Les nombreuses discussions que les deux amis avaient toujours eu à chaque fois que Harry était venu au Terrier lui manquaient. Même l'été dernier, après avoir passé plusieurs semaines presque sans nouvelles, sans savoir ce qui se passait, et après en avoir voulu à Ron et à Hermione, il leur avait finalement pardonné ce silence prolongé et ils avaient retrouvé cette complicité qu'ils avaient depuis près de 5 ans maintenant.

Mais tout était différent à présent. Hermione n'était pas là, il ne savait même pas si elle et Ron se fréquentaient à Poudlard. Et ce dernier semblait profondément endormi, du moins c'est ce qu'il pensait, jusqu'à ce qu'il se tourne vers lui, les yeux grands ouverts.

-Tu as fini de t'amuser avec ta baguette ? lança-t-il amusé.

-Oui. Pardon, je t'ai dérangé ?

-Non pas du tout, dit-il en se relevant un petit peu.

Harry n'arrivait pas bien à le voir, il était plongé dans la pénombre de l'autre côté de la pièce, mais lui se trouvait près de la fenêtre, dans la partie de la chambre éclairée par la lune. Ron n'avait donc aucun mal à le voir, et surtout à voir sa cicatrice sur son front. Harry le sentit hésiter un instant, jusqu'à qu'il consente enfin à lui poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis le début de la soirée.

-Ta…ta cicatrice…commença-t-il.

-Oui ?

-Est ce qu'elle te fait mal?

-Oui. Elle me donne souvent des migraines à vrai dire.

Harry n'ajouta rien de plus, il était hors de question de lui parler des visions qu'il partageait avec Voldemort, ni du fait qu'il avait acquis certains pouvoirs grâce à elle, notamment la capacité à pouvoir parler Fourchelang. C'était quelque chose qu'il devrait garder pour lui ici, il en avait l'intime conviction.

-Oh. Je vois. Et sinon…

-Vas y tu peux me demander tout ce que tu veux.

-Comment est ce que je suis, dans la réalité d'où tu viens ?

Harry ne put s'empêchait de sourire à la question de Ron, car s'était probablement ce que le vrai, celui provenant de sa réalité allait lui demander à propos du Ron qui se tenait devant lui si un jour il arrivait à retourner d'où il venait.

-Et bien. Je suppose que tu es plus ou moins le même. Tu es très bon aux échecs version sorciers, tu te débrouilles bien comme gardien au Quidditch, tu as joué à ce poste cette année.

-C'est vrai ? Trop bien !

-Tu as une peur bleue des araignées…

-Oui tu l'avais déjà dis tout à l'heure. Ça c'est pareil qu'ici en effet.

-…tu n'es pas très doué avec les filles, ajouta Harry en rigolant.

Il regretta presque aussitôt, ne sachant pas vraiment comment Ron allait réagir, s'il allait mal le prendre ou non – après tout il était souvent susceptible – mais à son grand étonnement, il rigola à son tour.

-Oui ça aussi ça n'a pas changé dans cette réalité. Et toi, tu as une copine ?

-Je suis sortie avec une fille cette année. Mais ça a été horrible. Je pense que les relations amoureuses, c'est vraiment pas fait pour moi.

Le silence retomba dans la chambre, maintenant c'était Harry qui avait envie de lui poser une question, la question qui lui trottait dans la tête depuis un moment. Ron parut le ressentir car il l'incita à le questionner à son tour sur ce qu'il voulait, l'un comme l'autre était visiblement très intéressé par l'univers du deuxième.

-Est ce que tu connais Hermione ?

-Hermione Granger ?

-Oui ! s'exclama Harry avec beaucoup d'enthousiasme. Alors vous êtes amis tous les deux ?

-Je la connais parce qu'elle est de la même année que moi et qu'elle est à Gryffondor. Mais on n'est pas vraiment amis. D'ailleurs, on ne peut pas dire qu'elle soit très entourée, je ne pense pas qu'elle ait énormément d'amis.

-Mais…

Harry repensa alors à leur première année, et à la façon dont Ron et lui s'étaient comportés avec Hermione au début de l'année scolaire. Il l'avait prise pour une Miss je-sais-tout un peu prétentieuse et très ennuyante, et c'était finalement l'incident avec le Troll qui les avaient rapprochés. Mais puisque Harry avait été tué le même soir que ses parents, Quirell n'était jamais allé à Poudlard, il n'y avait jamais eu de Troll, ni de Pierre Philosophale et Ron ne s'était jamais rapproché de Hermione. L'image de son amie, perpétuellement plongée dans ses livres et sans personne autour d'elle lui fendit le cœur et Harry ressentit tout de suite énormément de tristesse pour elle.

-Alors vous ne vous parlez jamais ?

-Non presque jamais. Enfin on parle un petit peu de temps en temps, quand on se retrouve dans la Salle Commune avec Neville, Dean ou Seamus mais elle passe le plus clair de son temps à la bibliothèque de toute façon. Je crois que les autres filles ne l'aiment pas trop, et les garçons la trouvent très ennuyeuse.

-Et si vous n'êtes pas amis, je ne suppose que vous ne vous donnez pas de nouvelles pendant les vacances ?

-Non en effet. Mais de toute façon les hiboux internationaux sont automatiquement contrôlés à l'entrée dans le pays, et il ne vaut mieux pas que les autorités apprennent où elle se trouve.

-Quoi ?

À son tour Harry s'était relevé un peu plus dans son lit, en restant malgré tout sous son drap.

-Ben oui ! lança Ron comme si la réaction de Harry était incompréhensible. Hermione est née de parents moldus. Elle a fuit le pays il y a longtemps pour ne pas que ses parents et elle ne subissent de représailles de la part des Mangemorts. Les gens comme elles sont traqués dans tout le pays.

-Mais…elle va à Poudlard pourtant.

-Parce que c'est un endroit sûr, vu que Dumbledore y est. Mais durant les vacances scolaires, il n'y a personne là-bas alors elle quitte le pays comme les autres élèves qui ont des parents moldus. Ils sont ensuite rapatriés le 1er Septembre, pour commencer l'année scolaire.

-C'est horrible…

-Oui mais c'est indispensable. L'Ordre a beaucoup de choses à faire, et ils ne peuvent pas s'occuper de la sécurité de tout le monde comme cela.

-Et tu sais où elle se trouve ?

-Non elle n'a pas voulu me le dire. Je suppose qu'on n'est pas assez proche. Et puis elle sait que toute ma famille est dans l'Ordre, et qu'à tout moment quelqu'un risque de se faire capturer par les Mangemorts. Elle ne voulait pas prendre le risque que ça se sache je pense.

-Je vois.

Décidément, ce monde était bien différent de celui qu'il connaissait. Il redoutait un peu ce qu'il allait découvrir la prochaine fois qu'il pourrait quitter le Quartier Général, mais en même temps, il ressentait le besoin de sortir, d'aller voir justement comment les gens vivaient, à quel point la situation était chaotique, et ce que le pays était devenu alors qu'il était sous le joug de Voldemort depuis 20 ans.

Harry ne s'était jamais posé la question jusqu'à maintenant, car pour lui, la nuit du 31 Octobre 1981 avait surtout eu un impact sur lui et sa famille. Jamais il n'aurait pu penser que les choses avaient pu changer à ce point si la Prophétie ne s'était pas réalisée, s'il avait été tué. Bien sûr, il savait que les sorciers avaient vécu des heures sombres autrefois, Dumbledore lui en avait parlé, Hagrid et Sirius aussi. Il avait appris ce que les parents de Neville avaient subi, comment les gens avaient été torturés, enlevés, ou tués. Mais concrètement, il ne savait pas ce que tous ses gens avaient vécu. Et le fait de se retrouver dans cette réalité avait au moins le mérite de lui montrer ce que les gens allaient risquer dans sa propre réalité, maintenant que Voldemort était revenu et qu'il était apparu aux yeux de tous. Le Ministère allait enfin arrêter de prendre les choses à la légère et la guerre allait se préparer.

Le visage de Dumbledore apparut alors soudain devant lui, et quelque part, il sentit au fond de lui qu'il était rassuré et soulagé. Bien sûr ils allaient vivre des heures sombres, bien sûr il y allait avoir des blessés et des morts. Mais tant que Dumbledore serait là, Voldemort serait en difficultés. En pensant à cela, pour la première fois depuis qu'il avait entendu parlé de la Prophétie, toute cette histoire lui parut d'un coup impensable. Lui, l'Élu ? Le seul capable de débarrasser le monde de Voldemort ? C'était ridicule !

C'est Dumbledore qui se chargera de cela. Oui, c'est Dumbledore. Ça a toujours été lui. Depuis le début, c'est le seul sorcier que Voldemort craint. Il est bien plus important que n'importe qui, il est plus important que moi.

Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas la question que venait de lui poser Ron.

-Qu'est ce que tu as dis ?

-Je te demandais, comment Sirius était mort. Tout à l'heure, quand tu l'as vu, tu l'as pris dans tes bras en disant que tu pensais qu'il était mort.

-Oui, souffla Harry. Dans ma réalité, il est mort sous mes yeux, i peine quelques heures. Au Département des Mystères, il y a une Arche étrange d'ou s'élèvent des voix. Je pense que ce sont les voix de personnes qui sont mortes. Et si tu la traverses, si tu passes sous l'Arche, tu meurs toi aussi. C'est ce qui est arrivé à Sirius après que Bellatrix lui ai jeté un sortilège.

Ron resta silencieux un instant, voyant que Harry était accablé mais il reprit finalement la parole.

-Toi et Sirius, vous étiez très proches ?

-Oui assez. On ne se voyait pas souvent, mais c'est mon parrain. Il voulait devenir mon tuteur officiel, qu'on puisse vivre tous les deux dans la même maison. Mais Pettigrow s'est échappé, on n'a pas pu prouver que Sirius était innocent alors il a dû fuir et se cacher. Et ensuite il est mort, à cause de moi…

-À cause de toi ?

-C'est à cause de moi si on s'est rendu au Ministère de la Magie. Mais c'était un piège que m'avait tendu les Mangemorts. Sirius et les autres sont venus nous secourir, et il s'est fait tuer.

-Comment ça nous ?

-Oh. On a formé un petit groupe de résistants à Poudlard cette année, face à la pression qu'exerçait le Ministère de la Magie sur nous et sur les professeurs.

-Tu rigoles ? Et moi j'en faisais parti ?

-Oui bien sûr. Toi, Hermione, Neville, Dean et Seamus que tu connais visiblement. Y avait aussi d'autres élèves des autres maisons, à part les Serpentards forcément.

-C'est dingue !

Harry vit Ron se rallonger dans son lit, sur le dos, les deux bras croisés derrière la tête en regardant fixement le plafond. Il était persuadé qu'à cet instant, il s'imaginait à Poudlard, membre de la rébellion contre le Ministère avec ses amis autour de lui.

-Et Fred et George, ils en faisaient parti aussi ?

-Oui. Ils ont quitté Poudlard juste un peu avant leur ASPIC après avoir fait diversion avec leurs farces et attrapes. C'était grandiose !

-Ça leur ressemble bien ! Ils font toujours des tas d'expériences dans leur chambre pour tester leurs nouvelles inventions ! Ils aimeraient ouvrir leur propre boutique, mais ce n'est pas vraiment la meilleure période pour le faire.

Harry allait rétorquer qu'ils avaient bien décidé de l'ouvrir dans sa réalité, malgré le fait que Voldemort soit revenu mais il se ravisa. Il savait très bien que ce n'était pas la même chose, ici, Voldemort n'avait jamais disparu, et il voyait mal les jumeaux ouvrir une petite boutique sur le Chemin de Traverse, alors que l'endroit devait grouiller de Mangemorts. Et puis, ici Harry n'existait pas, il n'avait pas gagné le Tournoi des Trois Sorciers, et n'avait donc pas pu leur donner l'argent nécessaire pour concrétiser ce projet.

-Ça serait sympa je trouve, lança-t-il finalement.

-Je trouve aussi, dit Ron. Et je pense que Maman approuverait. Même si elle n'aime pas vraiment leurs inventions, ça ferait au moins deux personnes de la famille en moins dans l'Ordre. Elle serait un peu plus rassurée, surtout après ce qui est arrivé à Bill.

Harry ne voyait toujours pas Ron, mais sa voix avait tremblé quand il avait terminé sa phrase. Il était encore très affecté par ce qui était arrivé à son frère, et c'était tout à fait compréhensible. Il avait été atrocement mutilé par Greyback, et en plus de cela, Ron devait se sentir affreusement mit à l'écart, du fait qu'il soit toujours un sorcier de premier cycle, le seul de sa famille à ne pas faire partie de l'Ordre. Cette impression se confirma d'ailleurs quand Ron reprit la parole.

-Je jure que si un jour je me retrouve devant lui, je lui ferai payer ce qu'il a fait ! À notre famille et à celle de toutes les personnes qu'il a massacré ou transformé !

-Je suis d'accord, il mériterait une bonne correction.

-Quoi ? Tu ne me dis pas que je suis totalement fou à vouloir me frotter à lui ? Que je n'ai aucune chance en combat contre lui ?

-Non pourquoi ?

-Je pensais…je…c'est juste que, personne ne me prend au sérieux dans l'Ordre. J'aimerais tellement les rejoindre leur montrer que moi aussi je pourrais être utile.

Il est vrai qu'il y avait de fortes chances que Ron perde en combat singulier contre Greyback. Déjà parce qu'il avait beaucoup moins d'expérience que lui en matière de duel, et aussi parce que le loup garou était une grosse brute sanguinaire. Mais il savait très bien ce que Ron ressentait, et il n'avait pas le droit de le critiquer ou de se moquer de lui. Lui même avait foncé de nombreuses fois tête baissée, se mettant en danger parfois inutilement. Cela avait conduit à la mort de Sirius cette nuit, mais il savait très bien que si c'était à refaire, il aurait agit exactement de la même façon. Il n'aurait pas pu rester à Poudlard les bras croisés en pensant que Sirius courait un grave danger quelque part. Si tout s'était mal passé cette fois, c'était parce que Voldemort lui avait tendu un piège.

Il regarda toujours Ron qui restait silencieux. Il pouvait comprendre la frustration qu'il ressentait à ne pas pouvoir aider sa famille en entrant dans l'Ordre. Lui même avait été déçu en voyant Dumbledore refuser sa demande de les rejoindre, alors qu'il avait déjà affronté bien des épreuves, et qu'il s'en était plutôt bien sorti jusqu'à maintenant. Il avait toujours eu beaucoup de chance c'est vrai, mais il n'y avait pas que cela, il n'y avait pas que de la chance.

-Au fait, comment ça se fait que tu sois déjà ici ? demanda Harry. Normalement la fin des examens à Poudlard c'était aujourd'hui, il devait y avoir le banquet de fin d'année et le voyage en Poudlard Express à la fin du mois seulement.

-Les examens ont été avancés, on les a passé la semaine dernière et on est tous rentrés chez nous aujourd'hui. Je crois que c'est parce que Dumbledore et les membres de l'Ordre avaient des missions importantes.

-Ah d'accord.

Ils restèrent un moment comme cela, allongés dans le noir, puis des pas se firent entendre dans le couloir. Ils entendirent ensuite quelqu'un sangloter, et ils surent que c'était Mrs Weasley quand Mr. Weasley arriva à son tour dans le couloir et qu'ils l'entendirent la réconforter.

-Allez viens Molly. Il faut que tu viennes te reposer. La cérémonie de demain sera déjà assez difficile sans que tu te fasses subir cela ce soir.

-Je ne sais pas si j'y arriverai Arthur. Je ne sais pas si j'arriverai à surmonter ça.

-Mais si tu vas y arriver chérie. On va tous y arriver.

Mrs. Weasley sanglota encore un instant, puis les bruits de pas s'éloignèrent jusqu'à disparaître complètement. Ron et Harry restèrent là, sans rien dire. Harry voulu lui demander en quoi consisterait exactement la cérémonie du lendemain, mais il se ravisa. Il n'avait jamais vu un enterrement chez les sorciers, l'année dernière Mr. Diggory avait récupéré le corps de Cédric le soir même de la Troisième Tâche et il y avait simplement eut une cérémonie pour lui rendre hommage à Poudlard. Mais concrètement, il ne savait pas ce qui allait se passer le lendemain et il aurait bien aimé en savoir plus mais Ron ne semblait pas trop disposé à vouloir lui en parler, et il comprenait. Le jeune homme se tourna d'ailleurs dans son lit, en tournant le dos à Harry.

-Je pense que je vais dormir maintenant.

-Oui bien sûr, dit Harry.

Il n'ajouta rien d'autre, Ron non plus. De toute façon il était clair qu'aucun des deux n'allait passer une très bonne nuit.

Le lendemain matin quand Harry se réveilla, comme il l'avait pensé la veille au soir, il avait espéré se retrouver dans n'importe quel autre endroit que celui où il s'était endormi. Mais comme il s'y attendait, il était bien dans la même chambre, celle qu'il avait partagé avec Ron, dans le Quartier Général de l'Ordre. Il se frotta les yeux et mit ses lunettes sur son nez avant de se tourner vers le deuxième lit; il était vide, Ron était déjà descendu.

Il repensa alors à Bill et aux funérailles qui devaient avoir lieu. Est ce qu'ils étaient déjà tous partis pour la cérémonie ? Rapidement, il enfila les vêtements qu'il portait déjà les veilles, sales et déchirés, n'ayant pas d'autre choix et il alla dans le couloir. Il n'y avait aucun bruit dans cette partie de la maison, ni dans les chambres alentours. La seule chose qu'il entendait c'était de nombreux murmures qui semblaient provenir de la cuisine et de la salle à manger à l'étage inférieur.

Il était sur le point de descendre les escaliers quand Remus arriva à sa hauteur. Il lui lança un faible sourire que Harry lui rendit, il avait l'air toujours aussi fatigué.

-Bonjour Harry.

-Bonjour Remus. Je ne pensais pas vous voir, je pensais que vous étiez déjà partis. Vous tous.

-Oui nous n'allons pas tarder. Je venais te voir pour te prévenir au cas où tu aurais été réveillé.

-Ah bon ?

-Je ne sais pas à quel point tu connaissais les Weasley…je veux dire à quel point tu connais les Weasley dans…enfin là d'où tu viens mais Molly préférerait que tu restes ici pendant la cérémonie. Tu comprends, il n'y aura que la famille et les amis proches et…

Il était visiblement gêné de lui demander de rester au Quartier Général pendant les funérailles, mais Harry comprenait parfaitement que celui puisse être étrange pour Mrs. Weasley de le voir assister à l'enterrement.

-Il n'y a pas de souci je comprends. Je suis assez proche des Weasley, je les considère comme…j'allais dire comme ma deuxième famille mais je n'en ai pas d'autre alors, je les considère comme ma famille. Mais tout est différent maintenant. Il faut que je m'adapte.

Harry lui lança un autre faible sourire, visiblement Remus était attristé de savoir que Harry les considérait comme les membres de sa famille, que les Weasley étaient très importants pour lui mais qu'il ne pourrait pas être près d'eux dans ce moment difficile.

-Ça va aller ne vous en faites pas, lança Harry pour le rassurer.

-Très bien. Je…je venais aussi pour te donner ça.

Il lui tendit une pile de vêtement, comportant pantalon et chemise noire ainsi que des sous vêtements et des chaussettes propres.

-J'ai pensé que tu en aurais besoin, compte tenu de l'état de tes vêtements.

-Merci beaucoup !

-Tu peux utiliser la salle de bain qu'il y a au fond du couloir à droite si tu veux. Il y a tout ce qu'il faut à l'intérieur.

-D'accord.

Harry fit demi tour et commença à se diriger vers l'endroit que Remus lui avait indiqué mais ce dernier l'interpella au moment où il ouvrit la porte de la salle de bain.

-Au fait. Quand tu m'as vu la première fois, tu m'as appelé Professeur Lupin.

-Oui.

-J'avoue avoir été surpris.

-C'est parce que je vous ai eu comme Professeur de Défense Contre les Forces du Mal il y a deux ans.

-Vraiment ?

-Oui.

-Et…heu…comment j'étais comme professeur ?

Harry se tourna vers lui et lui sourit, cette fois d'un sourire franc.

-J'aimerais vous dire que vous avez été le meilleur que j'ai jamais eu mais ce ne serait pas vous faire honneur, compte tenu du niveau médiocre des autres professeurs ayant enseigné cette matière depuis que je suis à Poudlard. Vous étiez vraiment excellent !

Remus lui rendit son sourire avant de se tourner pour redescendre au rez-de-chaussée, alors qu'Harry entrait dans la salle de bain.

Après une bonne douche bien chaude, et après avoir enfilé des vêtements propres et repassés, Harry se sentait beaucoup plus à son aise. En descendant les escaliers et en arrivant dans la grande pièce à vivre principale – qu'il n'avait pas encore visité – il remercia de nouveau intérieurement Remus de lui avoir apporté ces vêtements, car il aurait été très embrassé s'il avait dû se présenter dans ses vêtements sales, déchirés et couverts de sangs devant toute cette assemblée.

Il y avait des dizaines de personnes dans cette partie de la maison, tous avec des cheveux roux et des tâches de rousseurs c'était une bonne partie de la famille Weasley. Ils avaient été nombreux à faire le déplacement pour les funérailles de Bill, et Harry fut surpris de voir avec quelle rapidité tout cela avait été organisé, le jeune homme était mort i peine quelques heures. Il se glissa parmi les convives sans grandes difficultés – personne ne faisait attention à lui pour une fois – et il se dirigea vers la cuisine mais il s'arrêta dans un coin du couloir, endroit depuis lequel il pouvait voir ce qui se passait dans la pièce sans être vu. Elizabeth Davenport était debout, près de la fenêtre, les mains posées sur le plan de travail, elle tremblait. Elle entendit des bruits derrière elle et se tourna mais ça ne venait pas de l'endroit où était Harry, c'était Rogue qui venait d'entrer, par la deuxième porte située à l'autre extrémité de la pièce.

-Tenez Elizabeth, dit-il en lui tendant un verre contenant un liquide à la légère couleur ambrée auquel avait été ajouté des glaçons. Du whisky sans aucun doute possible.

Elle prit le verre, de sa main toujours tremblante, et lui fit un faible sourire alors qu'elle s'asseyait sur le rebord du plan de travail.

-Merci Severus. C'est exactement ce dont j'avais besoin.

Elle porta le verre à ses lèvres, et bu d'une traite tout son contenu, sous le regard incrédule de Rogue, totalement abasourdi face à la décente de la jeune femme.

-Je vois ça, dit-il en lui servant un autre verre.

L'alcool semblait avoir un effet positif sur elle, au moins ses mains ne tremblaient plus.

-Je suis surpris de vous voir aussi affectée Elizabeth.

-Pourquoi ? demanda-t-elle en lui lançant un regard noir. Parce que vous trouvez cela toujours idiot de ressentir de la tristesse et de la compassion pour des gens qui viennent de perdre quelqu'un de proche ?

Il fronça les sourcils à son tour, légèrement déstabilisé par son regard et par ce qu'elle venait d'insinuer. Elle s'attendait à le voir rétorquer de façon cynique et froide, comme à son habitude mais au lieu de cela il soupira et bu une gorgée de son propre verre de whisky avant de s'asseoir au bord du plan de travail, juste à côté d'elle.

-Non ce n'est pas pour cela. Je suis surpris de vous voir accablée à ce point, parce qu'hier encore vous ne connaissiez pas les Weasley.

Vu le regard qu'elle lui lançait, elle ne voyait pas où il voulait en venir alors il soupira, avant de prendre une autre gorgée de whisky et il se leva pour se poster devant elle et lui faire face.

-Elizabeth. Vous allez encore dire que je suis sans cœur, vous allez me prendre pour un monstre mais vous devez vous ressaisir. Regardez-vous, vous êtes toute pâle, vous tremblez et vous tenez à peine debout. Je sais que ce sont des moments difficiles, mais nous avons des pertes dans nos rangs, régulièrement. Vous ne pouvez pas vous permettre d'être dans un tel état à chaque fois que quelqu'un meurt. C'est cruel mais c'est comme cela. En vous voyant aussi faible et aussi perturbée après la mort de quelqu'un que vous ne connaissiez même pas, j'ose à peine imaginer comment vous vous sentirez quand…quand vous perdrez un être cher, acheva-t-il en baissant les yeux.

À sa grande surprise elle s'approcha de lui et passa ses bras autour de sa taille. Il releva les yeux mais avant de pouvoir dire quoi que ce soit, elle avait posé délicatement sa tête au creux de son épaule. Après une seconde d'hésitation, Rogue passa ses bras autour d'elle et déposa délicatement ses mains dans son dos pour la serrer contre lui.

Comment elle peut se coller à lui comme ça ? C'est vraiment…

Harry ne trouva aucun mot pour qualifier ce qu'il venait de voir, une étreinte entre les deux qui lui soulevait le cœur. Mais il ne bougea cependant pas de sa place, de peur d'être repéré par Rogue.

-Non je ne vous prends pas pour un monstre, lança Elizabeth doucement alors qu'elle faisait un pas en arrière pour pouvoir le regarder.

-Voilà une bonne nouvelle.

-C'est vous qui avez raison, je ne devrais pas être aussi sensible. D'ailleurs, je n'aurais certainement pas été autant affectée si je n'avais pas moi même perdue un membre de ma famille récemment. De voir toutes ces personnes attristées, toute cette peine et cette douleur, Molly et Arthur qui doivent commencer à faire leur deuil... Tout ça me rappelle les propres funérailles que j'ai dû organiser, c'est tout.

-Je comprends.

-Mais je dois me ressaisir c'est vrai.

-Ce que vous devriez surtout faire c'est manger quelque chose et vous reposer Elizabeth. Vous semblez sur le point de vous effondrer.

-Non ! J'aurais tout le temps de me reposer plus tard. J'ai promis que je viendrai pour aider à la sécurité lors de la cérémonie.

-Vous ne serez pas d'une grande utilité si vous vous évanouissiez alors que nous sommes attaqués.

Elle lui lança à nouveau un regard noir et croisa ses bras pour montrer son mécontentement.

-Je suis en pleine possession de mes moyens je vous remercie Severus. Je n'ai nullement l'intention de perdre connaissance tant que tout ne sera pas terminé !

-Je vois. Acceptez au moins de manger quelque chose avant que nous ne partions pour le cimetière.

-Entendu.

Elle sortit en première de la cuisine, suivit de près par Rogue, et ils se rendirent dans le grand salon. Harry resta encore un petit instant dans sa cachette puis il longea le couloir qui menait à la grande pièce à vivre. L'atmosphère était pesante, presque suffocante, et à vrai dire il se sentait un peu mal à l'aise au milieu de tous ces gens qu'il ne connaissait pas. Juste à côté il y avait Sirius et Fol Œil mais Harry ne voulait pas les rejoindre de peur de les déranger, ils semblaient en pleine conversation et de plus, il n'avait pas particulièrement apprécié l'accueil que lui avait réservé l'Auror la veille. Juste à côté, Tonks discutait avec Remus, avant qu'elle ne fasse signe à Elizabeth et Rogue pour qu'ils les rejoignent et il n'avait pas vraiment envie de se retrouver à côté de ces deux là non plus. Alors qu'il était perdu dans ses pensées, un vieil homme au cheveux roux s'approcha de lui et réajustant ses lunettes tout en le dévisageant.

-Tiens, voilà un visage qui m'est inconnu. Qui es tu donc toi ?

-Je…heu…Je m'appelle Harry. Je suis un camarade de classe à Ron.

-Harry ? Harry comment ?

Les membres de l'Ordre qui avaient entendu le vieil homme s'adressait à lui écarquillèrent les yeux, visiblement personne n'avait pensé à se mettre d'accord sur le nom de famille que Harry adopterait, puisqu'il était clair pour tout le monde qu'il ne pouvait décemment pas se présenter sous le nom de Potter. On n'était jamais trop prudent. Harry réagit en une fraction de seconde et donna le premier nom auquel il pensa et il fut surpris par le choix de son subconscient.

-Harry Evans.

-Evans ? Tiens, j'aurais plutôt dis que tu étais un Black, avec ces cheveux sombres ébouriffés.

Harry Black. Ça sonnait plutôt bien, mais Sirius était apparenté à Bellatrix Lestrange et à Narcissa Malefoy. S'il ne fallait pas attirer l'attention sur lui ce n'était pas le meilleur nom à choisir alors il fut content d'avoir pris celui de sa mère, totalement inconnu du monde des sorciers. Harry remarqua que le vieil homme ouvrait la bouche pour lui poser une autre question mais il prétexta une soudaine envie pressante pour pouvoir se défiler et sortir du grand salon. Il hésita un instant à retourner dans sa chambre, mais il n'avait pas envie de rester enfermé, ce dont il avait besoin là, maintenant, c'était un grand bol d'air frais.

Il prit la direction de l'entrée et ne fut soulagé qu'une fois dehors. Le temps était merveilleux, le ciel était complètement dégagé et les rayons du soleil caressaient son visage. Il ferma les yeux, alors qu'une petite brise venait de se lever. Pour la première fois depuis des mois il se sentait bien, apaisé. Il entendit des bruits de pas derrière lui alors il se tourna et sourit à la personne qui s'avançait vers lui.

-Salut Harry !

-Salut Ron.

-Je vois que tu as fait la connaissance de mon oncle Bernie, dit Ron en arrivant à sa hauteur. Désolé il est un peu trop collant parfois, et il est très curieux.

-C'est moi qui suis désolé, j'espère ne pas avoir été trop rude. Ce n'est pas une journée facile pour ta famille. Mais j'avais peur qu'il commence à me poser trop de questions.

-Non tu as bien fait.

-Et puis j'avais envie de prendre l'air.

-Ça je peux comprendre. Tu as vu c'est sympa ici non ?

-Oui. On est où exactement ?

-Au sud du pays, dans la campagne je ne sais pas exactement où. C'est une des maisons que l'Ordre du Phénix utilisent le plus régulièrement, avec une autre qui est dans le centre de Londres mais on change assez souvent en fait.

-Je suppose que toi tu accompagnes toujours tes parents dans les différentes endroits, même si tu ne fais pas partis de l'Ordre ? demanda Harry.

-Oui, répondit Ron en rougissant.

-Alors vous ne vivez plus du tout au Terrier ?

-Tu connais le Terrier ?

-Oui. J'y suis venu souvent depuis qu'on se connaît. Tes parents étaient toujours…sont toujours très heureux de m'accueillir, rectifia Harry, se refusant à parler de sa réalité au passé.

-Et bien non on ne vit plus du tout au Terrier. Ce n'est pas un endroit sûr, les Mangemorts pouvaient venir comme bons leur semblaient. Là-bas c'est Anderson Hill, ajouta Ron en montrant une grande colline qui surplombait les lieux, à droite de la maison, derrière une grande forêt qui avait l'air de s'étendre sur de nombreux hectares.

-C'est très calme comme endroit.

-Oui ça change du Quartier Général de Londres. À quelques kilomètres, derrière la colline, il y a une autre maison que l'Ordre utilise. Elle est près de la falaise par contre. Ils gardent ces deux endroits qui sont assez proches l'un de l'autre au cas où on aurait besoin de fuir, si certains ne sont pas en état de transplaner sur une trop longue distance ou bien même totalement incapable de transplaner.

-Plutôt pratique.

-Oui.

Harry se tourna vers la maison en entendant du bruit, pendant qu'ils étaient en train de discuter, la famille Weasley et les membres de l'Ordre avaient commencé à sortir de la maison. Les premiers sortis se dirigèrent vers le bout du jardin, à quelques mètres de l'endroit où se trouvait Harry et Ron, en sortant du périmètre délimité par la barrière en bois qui faisait le tour de la maison. C'était certainement au niveau de cette barrière que des protections avaient été installées pour empêcher quiconque de s'aventurer ici. Il fallait sortir du jardin sécurisé pour pouvoir transplaner. Mr. Weasley arriva à son tour, maniant sa baguette magique avec précaution et Harry compris aussitôt pourquoi quand il vit le cercueil où reposait Bill apparaître en suivant, lévitant à quelques centimètres au dessus du sol.

Mrs. Weasley fut la dernière à sortir, entourée par quelques membres de sa famille alors que Remus et Sirius fermaient la marche. Ron se tourna vers Harry et lui fit un faible sourire.

-Je suis désolé, maman et papa veulent que la cérémonie se passe le plus calmement possible. Il n'y a que la famille et les amis proches qui ont le droit de venir. Enfin on ne compte pas les membres de l'Ordre qui sont là pour la sécurité.

-Je suis déjà au courant, ne t'inquiète pas. Tu devrais y aller ils t'attendent.

-Oui. Et peut-être que…quand je rentrerai peut-être qu'on pourrait se faire un petit entraînement de Quidditch ? Est ce que tu voles bien sur un balai ?

Harry ne put s'empêcher de sourire à la question de Ron.

-On m'a dit que je me débrouillais pas trop mal, lança-t-il en rigolant.

-Super !

-Ron. Dépêche toi tout le monde t'attend ! s'écria Mr. Weasley

Ron courut pour rejoindre le petit groupe qui restait, les premiers à êtres sortis de la maison avaient déjà transplané escortés par des Aurors.

-Harry. Restes bien à l'intérieur du périmètre de la maison surtout, lança Sirius.

-On sera de retour à la fin de la journée, ajouta Remus. Et si tu as besoin de quoi que ce soit, Nicolas est toujours à la maison. Et il y a aussi des Aurors qui sont présents sur place, et d'autres qui vont faire des allées et venues.

-Entendu.

-À tout à l'heure Harry ! s'exclama Ron.

Harry lui sourit, puis il les dévisagea un à un. La barrière entre le groupe et lui représentait parfaitement son ressenti face à la situation, encore une fois il avait l'impression d'être un étranger, un intrus. L'impression qu'il ne faisait pas partie du groupe, et qu'il n'en ferait jamais vraiment partie. Son regard se posa en dernier sur Sirius qui lui fit un grand geste pour le saluer. L'instant d'après, ils avaient tous disparu.

Il resta encore un moment dans le jardin, à contempler le paysage qui s'offrait à lui avant de fermer les yeux pour mieux apprécier les rayons du soleil sur son visage. Un léger bruit sur sa gauche attira son attention, il ouvrit un œil puis le deuxième et se tourna vers un arbre qui se trouvait là. Sur une des branches, un magnifique épervier à l'étrange plumage doré le fixait de ses yeux d'une couleur anormalement verte. Harry le regarda un moment, mais l'oiseau ne semblait pas vouloir détourner son regard du sien, ni même bouger la moindre plume. Il fronça les sourcils mais l'instant d'après, l'oiseau s'envola majestueusement. Il fit quelques pirouettes dans les airs avant de finalement disparaître au loin. Il était vraiment bizarre cet oiseau.