Un petit édit pour 2015, écrit en une heure.
Mon esprit vogue avec plaisir. J'espère que vous allez bien.
Fragments de vie quotidienne: entre cigarettes et sabres
Neuvième fragment
Sanji ne se définit pas comme absolument observateur, il laisse tout entier la méthode à la douce Robin, mais il est attentif.
Il sait, par exemple, que Nami n'aime pas vraiment le café et qu'elle en boit, le matin, seulement avec du lait à la cannelle; que Chopper tourne en rond, en marmonnant, quand il est fatigué et qu'il est prêt à s'endormir (n'importe où); que Luffy est sage, depuis quelque temps, parce qu'il est persuadé d'avoir eu son cuistot sur le jeu des clés du cellier; ou encore que Franky à assez de slip pour tenir un siège de mille millénaires avant de devoir faire la moindre lessive; ou qu'il n'aime pas passer aux wc après Usopp parce qu'il laisse le rouleau de papier toilette toujours sur le sol.
Il sait aussi que Zoro ne prend pas vraiment soin de lui : le bain, les séances de musculation et le rasage n'étant que des besoins nécessaires à son hygiène de vie. Mais, un jour, Sanji se réveille seul dans le lit de l'escrimeur et, alors, encore attendri par le sommeil, son esprit dodeline.
Il y a le bruit de l'eau qui coule, dans la salle de bain attenante, et le bruit des gestes de toilette du second de l'équipage. Le cuistot écoute. Son corps nu déplié dans les draps, ses pupilles étreintes de bleu ouvertes sur les défauts du plafond. Il remarque que la réverbération de la lumière sur l'eau parvient depuis le hublot.
Quand le moindre son cesse à côté, il passe une main sur ses joues et se redresse sur le matelas. Il sent que ses mâchoires sont rêches et, là, une drôle de chose vient dans son esprit.
- Je t'ai jamais vu avec de la barbe, même un prémisse, fait-il, en se plantant dans l'entrée de la salle d'eau.
Zoro tourne son visage vers lui et hausse un sourcil, mais tout ce qu'il peut remarquer : c'est que Sanji est nu et qu'une trace rouge s'emmêle sur son flanc. Les draps.
- Hein ? finit-t-il par grogner.
Il voit que ça énerve le blondinet et, qu'alors qu'il s'apprête à le lui faire savoir, ses lèvres se figent sur du vide et qu'une drôle de lueur brillent dans ses yeux.
- Oh, babille Sanji soudainement. Ta barbe est-elle aussi verte ?
Zoro se pince l'arrête du nez et inspire bruyamment.
- Et ton cul est rouge quand je t'le botte ?
Il soupire quand il se rend compte de ce qu'il vient de dire et que ce n'est pas ce qui devait sortir.
Ils se battent.
Ils ne s'adressent pas la parole pendant plusieurs jours. Sanji lui laisse ses repas sur la table mais ne lui parle pas, même pour des banalités. Il ne le rejoint, d'ailleurs, pas non plus dans son lit pendant les trois premiers jours. Puis, Zoro continue à laisser la porte (de sa chambre) ouverte et à l'attendre dans la cuisine – quand le cuistot finit ses tâches tard, le soir – alors Sanji finit par revenir. Pourtant, ils ne font rien. Le blondinet s'allonge près de lui, dans le noir, et dort. Ils ne s'adressent toujours pas la parole mais Zoro a remarqué que le regard bleu ne l'a pas quitté du début à la fin, même dans le silence.
Au bout d'une semaine et quatre jours, Sanji se presse contre son flanc, dans l'ombre, avant de tendre ses lèvres et ses mains vers sa peau.
Ils font l'amour.
Pourtant, Zoro n'a pas le temps de se remettre de son orgasme qu'il est dégagé avec des coups de pieds du lit. Il croise des yeux froncés, s'apprête à s'énerver lui-même quand le cuistot le rejoint sur le sol.
Ses iris morpho-bleu l'abrutissent un peu. Il ne réagit pas et Sanji grimpe presque sur ses cuisses.
- Je sais, bougonne-il, en continuant de l'épingler de son regard nuancé, putain. Ta barbe doit être noire, comme tes sourcils.
Peut être que l'escrimeur hallucine. Parce que Sanji passe un doigt sur un des dits-sourcils avant de regagner le lit pour lui tourner le dos et se terrer dans les draps.
- T'es carrément atteint, murmure Zoro, en se levant à son tour.
- Je suis attentif.
Zoro ravale les mots qui se pressent sur sa langue: moi aussi.
Je vous embrasse,
Charlie.
