Bonjour à tous ! Merci de me rejoindre pour ce nouveau chapitre !

NOTA BENE : Je ne serai probablement pas dans la mesure de poster dimanche prochain, mais il y a tellement de fanfictions génialissimes à lire sur FFnet que je suis sûre de ne pas vous manquer. ^^ Je voulais juste vous prévenir au cas-où.

Je vous souhaite à tous une très brillante Journée de la serviette en retard (mais où avais-je la tête la semaine dernière ?!) et j'espère vous retrouver bientôt,

Poly


Les sombrals dans le placard

« Bonsoir Luke.

— Bonsoir Wendy.

— Bien joué en Sortilèges.

— Ce n'était rien. Je m'étais entrainé.

— Mais quand même. C'était pas mal.

— Merci. »

Luke Macmillan tire une chaise pour que je m'y assoie, ce que je fais le plus silencieusement possible. Après le dîner, la bibliothèque est presque toujours déserte. La bibliothécaire découpe des guirlandes pour faire des décorations d'Halloween. Les citrouilles de papier flottent autour d'elle en chantonnant à mi-voix. C'est grâce à elles que notre conversation passe inaperçue.

« Alors ? demande Luke. Pourquoi tous ces mystères ? »

C'est vrai que j'ai fait de mon mieux pour lui donner rendez-vous dans le lieu le plus discret possible. Je ne voudrais pas le mettre mal à l'aise en lui parlant de son père devant tout le monde.

« Tu as peut-être déjà entendu parler de l'AME ?

— Je ne suis pas vraiment croy…

— L'Association des Magiciens Endeuillés. C'est un club qu'a créé Diane, pour soutenir les enfants des victimes des Berserker. »

Il écarquille les yeux et a l'air encore plus triste comme ça.

« Ce que je voulais dire, c'est que cela te ferait peut-être du bien de parler avec d'autres…

— Non merci, Wendy, m'interrompt-il brusquement. Je ne préfère pas venir. »

Il ne bouge cependant pas et me regarde rougir. Je peux presque voir dans ses pupilles mon sang monter à mes joues. Quelle horreur ! Que Merlin me vienne en aide, il faut que je trouve les mots justes.

Et alors sort de ma bouche la phrase la plus stupide et la moins convaincante de tout l'univers :

« Mais ça me ferait très plaisir. »

Comment ça, ça me ferait très plaisir ? Mais moi, c'est pour lui que je fais ça ! Et pour Diane qui a eu tant de mal à organiser la première réunion, qui n'aura lieu que dans trois jours ! Tout le monde s'en fiche de mon avis !

« Pardon, je voulais dire que… J'aimerais que tu fasses cela pour Diane, et aussi pour les autres. S'ils voient que tu es là, ils seront sans doute plus sûrs d'eux. Tu les rassureras. »

Luke me regarde de travers, maintenant, alors que mes joues commencent à brûler. J'ai mal au crâne.

« C'est très gentil, Wendy, mais je préfère garder mon chagrin pour moi. Personne ne s'intéresse à ce que je vis, et c'est mieux comme ça.

— Mais si, moi cela m'intéresse ! »

… Pardon Wendy ? Est-ce que je divague, maintenant ? Mégane !

« … Cela m'intéresse autant que ça intéresse Diane, ou encore mon frère, et toutes les victimes des Berserker… »

Je le fixe quelques secondes mais il ne réagit pas. Je me lève et lisse ma jupe d'un geste nerveux.

« Il me reste un parchemin à relire, en soin aux créatures magiques. Désolée mais je dois y aller. »

Je tourne les talons et m'éloigne de lui. Je passe devant la bibliothécaire qui me fait un signe d'au revoir et sors de la pièce.

Luke est vraiment stupide de ne pas vouloir venir ! Il y aura même du gâteau à l'orange !

La salle commune est, contrairement à la bibliothèque, bien remplie. Les sortilèges auxquels s'entraînent les Cinquième années font des lumières multicolores. Sabrina et Diane sont installées dans un canapé à l'écart, sous un tableau de Salazar Serpentard qui les observe en silence.

Diane est en train de feuilleter le petit carnet bleu dans lequel elle a tout noté concernant l'AME. Sabrina a le nez plongé dans Ultime, le dernier roman de V.V. Veruca, parce que, même si elle déteste cette auteure, il lui faut « se cultiver sur les centres d'intérêts de notre génération ». Je m'installe sur un fauteuil près d'elle, repérant du coin de l'œil Naomi en pleine discussion avec le capitaine de l'équipe, Corner.

J'aime bien le soir dans ma salle commune. Il y a toujours du bruit, mais ça ne m'empêche pas de travailler. J'essaie de toujours garder pour mes soirées les devoirs les plus simples, c'est ce que Conrad m'a conseillé de faire.

Je sors mon parchemin de soin aux créatures magiques, dont j'ai prévu la troisième et dernière relecture pour ce soir, en pensant à mon cousin.

Quand je me suis rendue compte que Scorpius ne m'aiderait pas vraiment à donner un sens à ma vie, j'ai décidé d'en parler à Conrad. Je ne voulais pas inquiéter Maman avec mes histoires à emmêler des serpents. Mon cousin m'a bien aidée. Il m'a dit de rester la meilleure en tout, que c'était comme ça qu'il avait fait pour convaincre Oncle Lewis et Tante Daphné de lui acheter un laboratoire. Maintenant, Conrad fait beaucoup de potions, mais je ne sais pas bien pourquoi.

Enfin, si je travaille bien, je mériterai une récompense moi aussi.

« Diane, je peux te parler une minute ? »

Nous relevons toutes les trois la tête pour regarder le Troisième année qui est devant nous.

Diane sourit comme si elle savait exactement qui était ce garçon. Je ne l'avais jamais remarqué, moi. Il fait sans doute partie de l'AME. Diane se lève et le suit à l'écart. Sabrina me lance un regard interrogateur, puis ferme son livre pour en ouvrir un autre. La Mante noire de Georgina Burton. La couverture est entièrement noire, avec le titre écrit en jaune.

On dirait l'un de ces livres que lit Mrs Ringleton, la mère de mon amie Lucy qui est à Poufsouffle. Terrifiant.

Je me concentre de nouveau sur mon travail.

Conrad m'écrit toutes les semaines maintenant et je lui réponds presque toujours. Mais en même temps, je n'ai pas autant de temps libre que lui. Lui ne fait pas un métier très sérieux, moi je prépare mon futur !

Diane revient une minute plus tard et nous demande l'heure.

« Le couvre-feu est dans dix minutes, annonce Sabrina, qui a visiblement compris quelque chose qui m'échappe. Tu ferais mieux de rester.

— Mais je ne serai pas longue ! »

Diane pose son carnet de l'AME sur l'accoudoir du canapé qu'elle occupait et s'éloigne en trottinant.

« Mais où est-ce qu'elle va ? » je demande.

Sabrina hausse les épaules. Et c'est plutôt rare chez elle.

C'est à ce moment-là que Naomi nous rejoint. Elle s'affale à la place de Diane et se saisit du carnet pour le feuilleter.

« C'est fou ce qu'elle peut tartiner, tout ça pour un club qui n'a même pas encore de membres.

— C'est faux, dit Sabrina, une bonne vingtaine d'élèves a déjà annoncé qu'elle rejoindrait nos rangs. L'AME a de l'avenir, j'en suis certaine. »

Naomi continue de lire en silence.

« Enfin, vivement les vacances, soupire-t-elle finalement. Rien de mieux que les grasses matinées… »

Moi, je n'ai pas vraiment hâte d'être en vacances parce qu'avant, nous avons deux jours complets d'examens. Je vais devoir beaucoup travailler pour avoir un Optimal dans chaque matière, mais j'y arriverai. Même Scorpius a réussi, quand il était en deuxième année. Enfin, je me laisse encore un peu de temps. Les vacances ne sont que dans deux semaines.

oOo

« Conseil de dortoir ! » hurle Naomi au milieu du silence de la nuit.

J'ouvre aussitôt le rideau de mon lit et m'assieds en tailleur. Sabrina traverse la chambre et me rejoint.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? je demande.

— Attendez une minute. Nini vient de rentrer.

Pardon ? s'étrangle Sabrina. Il est minuit ! »

Nous tournons toutes les trois la tête vers la porte de la salle-de-bain qui s'ouvre.

Diane vient s'asseoir à côté de Naomi, en face de nous, tout naturellement. Nous la dévisageons.

« Nini ? » je l'interroge.

Elle a un air tout à fait calme, sérieux et innocent. Puis un immense sourire fend son visage.

« Comment le dire sans avoir l'air complètement cruche ?

— Si c'est bien ce que je pense, dit Naomi, c'est impossible. On doit toutes passer par là. »

Diane s'enfonce un peu dans le matelas et me regarde, moi, comme si ce n'était qu'à moi de l'entendre. Et elle a exactement le même visage que celui de Scorpius quand il m'a annoncé qu'il était à Serdaigle.

« Je suis allée retrouver un garçon. »

Naomi et Sabrina émettent un petit couinement excité mais Diane et moi les ignorons.

« Francis Londubat. »

Et là, c'est comme dans les livres. Francis Londubat. Les sons arrivent dans le désordre à mes oreilles. Du-ran-flon-bat. Ma mâchoire tombe.

« Alors je sais, il est en troisième année, mais…

— Mais c'est un Poufsouffle ! s'écrie Sabrina.

— Tu sors avec un Poufsouffle de troisième année ! » applaudit Naomi.

Diane n'a pas dit qu'elle sortait avec lui ! Pourquoi ne la corrige-t-elle pas ?

« Je sais, je fais dans le cliché.

— Francis Londubat, en plus, continue Naomi. Tu ne t'embêtes pas, toi. Autant sortir avec James Potter.

— Déjà pris » la reprend machinalement Sabrina.

James Potter est déjà pris ? Ça non plus je ne le savais pas. Lily ne m'a rien dit.

« Mais… Tu le trouves… Gentil ? » je murmure.

Diane sourit, un peu moqueuse.

« Oui, plutôt. »

Naomi éclate de rire, visiblement surexcitée. Elle se met à mitrailler Diane de questions.

D'accord, tout le monde apprécie Diane, mais je ne savais pas qu'elle parlait à Francis Londubat, le Troisième année insupportable qui adore se moquer de tout le monde et qui ne sait même pas réparer correctement les fenêtres à travers lesquelles il balance des souafles. C'est le fils du professeur de botanique.

« Mais vous n'en parlez pas, hein ? Je voulais juste savoir ce que ça faisait d'être la petite amie de quelqu'un…

— Et alors, ça fait quoi ?

— C'est drôle… C'est comme si on était reliés en permanence. Je sais que je suis pour lui ce qu'aucune autre fille ne peut être, et pareil pour lui. Vous voyez ? »

Je pense qu'il n'y a que Naomi qui peut voir, parce que Sabrina et moi n'avons jamais été des petites amies. Ma voisine soupire, puis se lève.

« Je suis très contente pour toi, Nini. Mais je garde mes questions pour demain, j'ai besoin de dormir maintenant. »

Naomi lui lance un oreiller. C'est une méthode qu'elle utilise souvent pour montrer qu'elle n'est pas contente.

« Dis, tu pourras l'inviter à manger avec nous ? demande-t-elle à Diane.

— Je crois que je n'ai pas le choix. Il y a toujours tellement de monde à la table des Poufsouffle… »

Elle me jette un petit regard, remarquant que je suis silencieuse depuis longtemps. En même temps, je n'ai rien à dire, moi. Je ne crois pas avoir d'avis à donner.

Diane me fait un petit signe. Je n'ai aucune idée de ce qu'il signifie.

« Bon, c'est vrai qu'il faut que je dorme, dit-elle. Bonne nuit les filles. »

Elle se lève du lit de Naomi, qui après avoir dit bonne nuit, ferme son rideau et éteint la lumière. Diane se précipite dans mon lit.

Ah, c'était donc ça.

Elle ferme elle-même les rideaux et se glisse avec moi sous les draps alors que j'allume ma baguette.

« Francis, donc ? » je murmure.

Elle grimace.

« Je sais, j'exagère. Mais Aaron m'a dit que Francis voulait me parler et j'ai décidé de tenter ma chance.

— Aaron ?

— Tu sais, il est venu me chercher dans la salle commune tout à l'heure. Francis et lui sont amis.

— Et pourquoi est-ce que Francis Londubat aurait voulu te parler ? Je suis sûre qu'il t'aime bien, mais pour qu'il te convoque après le couvre-feu…

— A vrai dire, ce n'était pas exactement pour parler. »

Je rapproche un peu plus mon visage du sien.

« Il t'a embrassée ? »

Elle sourit et je fais pareil, imaginant la scène. L'insupportable Francis. Avec ma meilleure amie.

« Tu ne crois pas qu'on est un peu jeunes ?

— Je te l'ai dit, Wendy… Je m'en fiche. Je ne veux rien manquer. »

Je me pince les lèvres, pour faire comme le professeur Perks quand le chaudron de Lucy Ringleton explose.

« Nini, sans vouloir être trop brusque, il y a quand même des tas de choses que tu vas manquer ! Pourquoi voudrais-tu tout faire à l'avance ? Tu m'as même dit qu'il y avait des chances que tu guérisses très bien. »

Elle hoche la tête, ce qui fait bizarre vu qu'elle est allongée.

« C'est vrai. Mais je ne peux pas faire autrement. Je ne veux pas attendre de me réveiller un jour, tellement affaiblie par la magie que je pourrai à peine cligner des yeux.

— Tu ne dois pas avoir peur » je chuchote.

C'est ce que Maman nous disait toujours à Scorpius et à moi, les premières nuits après la mort de Papa. Même si je ne vois pas bien pourquoi j'aurais eu peur de quelque chose qui est déjà arrivé. Si les Berserker avaient voulu tous nous tuer, ils l'auraient fait, voilà.

« Je sais. »

Je sens sa main attraper la mienne et nos doigts se nouent.

« Francis est vraiment parfait… » soupire-t-elle.

Je n'ai pas vraiment envie d'entrer dans une conversation à la Lily Potter-Corner.

« Tu dors avec moi ? » je lui demande.

Elle acquiesce en silence.

« Bonne nuit, Wendy. »

Je ne réponds pas et me tourne pour attraper ma baguette.

« Nox. »

oOo

Je me demande si Diane a bien fait d'inviter Francis à cette réunion.

Alors que je m'y rends, traversant les couloirs vides de Poudlard, je me mets à imaginer le scenario. Je sais que c'est stupide de donner son opinion sur la vie des autres, mais Diane et moi sommes vraiment amies, alors cela ne compte pas.

J'ai mangé avec Francis les deux derniers jours et, même s'il est très serviable et qu'il essaie de moins se moquer des filles de deuxième année, je le trouve toujours un peu crâneur. C'est un défaut propre aux Poufsouffle, qui adorent se faire des amis et être appréciés par tous. Et en plus il m'appelle Princesse Malefoy, ce qui est ridicule, mais je ne peux rien lui dire puisqu'il est mon aîné.

En parlant d'aînés… Scorpius a promis de venir à la première réunion de l'AME, pour voir comment c'est. Il a dit qu'il ne ferait pas de discours, mais en même temps personne ne lui a demandé d'en faire. Peut-être qu'Albus sera là aussi. Après tout Lily vient, elle.

Je vérifie encore une fois que mes gâteaux ne sont pas écrasés. Je les ai commandés exprès chez les Frères Burglar. Il y a le visage de Diane dessiné dessus avec de la crème fouettée. Elle va adorer.

Quand j'arrive à la réunion, il n'y a encore personne. Le professeur McGonagall nous a autorisées à tout organiser dans une salle de classe au premier étage. Diane et moi (son bras-droit) avons passé l'après-midi à dresser des tables et accrocher des banderoles. Et puis nous avons aussi eu l'idée de quelques activités pour que tout le monde soit à l'aise. Je pose mes gâteaux sur une table et trente secondes après moi, Diane entre dans la salle.

« C'est encore plus beau le soir ! » s'exclame-t-elle.

Elle donne un coup de baguette et les bougies sur les murs se mettent à briller plus fort.

« Tiens, voilà un badge. »

C'est Diane qui les a faits elle-même, un par un, à partir de bouchons de jus de citrouille. Il y a écrit le nom du club en grand, avec en-dessous les couleurs de Poudlard. C'est vraiment joli, il faudra que j'en envoie un à Conrad.

Quelqu'un frappe à la porte et Diane change aussitôt d'attitude. Elle devient une hôte compatissante.

« Oh, Wendy, c'est ton frère.

— Elle s'appelle Waldie, sourit Scorpius en tendant à Diane une bouteille remplie d'un liquide rougeâtre.

— Ravie de te voir, Albus. »

Oh, il est venu ! Je vais saluer mon frère et son ami alors que Diane découvre mes gâteaux, qu'elle trouve évidemment magnifiques, en allant déposer la bouteille de Scorp.

« Alors, Waldie, commence Albus, on m'a dit que tu avais encore brillé en cours d'enchantements ? »

Je lui souris en lui répondant que ce n'était rien. D'après Lily, Albus est extrêmement exigeant quand il s'agit des notes. Il a rarement moins qu'un Effort Exceptionnel. J'aime bien discuter des cours avec lui, il est presque aussi impressionnant que Conrad.

Diane accueille toujours de nouveaux venus et bientôt la salle est remplie. Je ne savais pas qu'autant de monde aurait besoin de se confier à propos des Berserker. Francis est venu se joindre à Albus et moi, puisqu'ils sont amis tous les deux.

« C'est sûr que Perks est un peu jeune pour enseigner, dit Albus en jouant avec une ficelle qu'il a au poignet, mais je pense qu'elle va finir par trouver sa méthode. C'est plutôt bien d'avoir des professeurs d'âges différents, à des stades variés de leur carrière… Ton père, par exemple…

— Ah non ! Assez avec lui. »

Francis change aussitôt de sujet et ils se lancent dans une conversation sur cette réunion et, immanquablement, sur Diane. Je préfère m'éloigner.

Déjà que je n'aime pas entendre Lily et Diane raconter la vie des élus de leurs cœurs, j'ai encore moins envie d'écouter Francis sur le sujet.

En tournant les talons, je suis bousculée par une Quatrième année maladroite et je me retrouve face à face avec Luke.

« Bonsoir.

— Bonsoir. »

Nous nous regardons un moment. Il a les cheveux mouillés, comme la dernière fois. Je n'arrive même pas à me souvenir de leur couleur normale. Il faut que j'arrête de le dévisager. Je m'apprête à dire quelque chose au moment où il commence à parler. Il me fait signe de débuter.

« J'espère que tu t'amuses bien.

— Est-on vraiment censé s'amuser à une réunion des Magiciens Endeuillés ? »

Ah oui. Je n'ai pas réfléchi à ce que je disais.

« Désolée…

— Non, c'est moi, je dis n'importe quoi. Excuse-moi. Je m'amuse bien.

— Modérément, j'espère ! s'écrie Lily qui s'arrête à côté de nous. Parce que ça serait bizarre de trouver qu'on est à la meilleure fête de la Terre.

— Oui, c'est vrai, je réponds. Même si je ne porte plus le deuil depuis deux ans. »

A peine ma phrase est-elle terminée que je réalise ce que je viens de dire… Bouse de dragon et fientes de hibou ! Luke pote toujours le deuil, lui ! Son père est mort cet été ! Je suis STUPIDE.

« Oh, ce n'est pas à ça que je faisais référence, mais plutôt à l'absence totale de bonne musique. »

Luke sourit pour la première fois. Il lance :

« Enfin quelqu'un qui n'aime pas les mélodies écossaises.

— On dirait des cris de chats à l'agonie ! » ajoute Lily.

La voilà lancée sur l'un de ses sujets de conversation préférés.

Alors qu'avant

« Alors qu'avant, les gens savaient vraiment faire de la musique ! »

Je me tourne vers Luke, étonnée de voir qu'il vient de paraphraser Lily sans le savoir.

« Je suis contente qu'on soit d'accord. Le XXe siècle, ça c'était grandiose.

— Nos grands-parents ne mesuraient pas leur chance ! »

Je les observe discuter. J'ai au moins un prétexte pour regarder Luke en train de rire.

« Est-ce que tu connais Eux-rite-mix ? »

Luke hausse les épaules.

« Seulement les morceaux les plus célèbres.

— Tu savais que même les moldus les écoutaient ?

— Ca m'étonne à peine.

— Et les Doors ? continue Lily. Il paraît que l'un d'entre eux seulement était sorcier. C'est lui qui les a fait connaître dans le monde de la magie.

— C'est vrai qu'à l'époque, les sorciers écoutaient surtout de la musique celte. Ma mère est fan de ça. »

Lily échange encore quelques mots avec Luke avant de lui promettre d'aller parler à Diane à propos de la musique. Le garçon se tourne vers moi, l'air de bonne humeur, et s'excuse de l'interruption.

« Si j'avais su que les enfants de Potter écoutaient ce genre de musique…

— A moi aussi, ça m'a fait bizarre, la première fois. »

Diane nous invite soudain à tous nous rendre à table. Nous dînerons bientôt avec tout le monde dans la Grande Salle, donc ici nous ne ferons que boire du thé. Je m'assieds à côté d'elle, tirant ma chaise avec un vacarme pas possible. Scorpius, de l'autre côté de la table et sur ma droite, me jette un regard un peu sévère, comme faisait Papa quand je me tenais mal. Je ne peux pas m'empêcher de me sentir gênée, même si mon frère est le seul à m'avoir remarquée.

Albus lui donne un coup de coude, attirant son attention sur autre chose et il détourne les yeux.

Diane se lève et, comme par magie, le silence se fait.

« Je ne vais pas être très longue, parce que ce n'est pas à moi d'attirer toute l'attention ce soir. Je tiens juste à vous confier une petite histoire. Quand j'étais enfant, mon père travaillait beaucoup et je ne le voyais pas très souvent. J'imagine que je ne suis pas la seule dans ce cas-là. Quand il était là pour tout le week-end, il me consacrait des après-midis entiers. On ne faisait pas le genre d'activités typiques qu'un père et sa fille font ensemble. Nous préférions boire du thé et lire de vieux bouquins d'Histoire. Dans ces moments-là, mon père et moi étions seuls sur Terre. Maintenant qu'il est parti, je me retrouve seule de nouveau. Et je sais qu'il n'y a pas que moi dans ce cas-là. C'est bien la raison pour laquelle vous êtes tous présents, non ? Je suis heureuse que vous soyez ici, pour boire du thé et parler de vos histoires à tous. En me faisant revivre l'un de ces moments de complicité que j'avais avec mon père, c'est comme si vous rameniez une petite partie de lui sur Terre, auprès de moi. Et pour cela, merci. J'espère que vous ressentirez la même chose. (Elle affiche un grand sourire.) Et j'espère avoir été assez brève ! Je te vois mourir de faim, Derek. »

Nous rions tous, un peu gauchement. J'ai une boule dans la gorge, maintenant. Je regarde la vapeur monter de ma tasse qui se remplit doucement.

« Servez-vous, je vous en prie. »

Je déplie ma serviette sur mes genoux et tends la main pour prendre une part de tarte à la mélasse.

Je rencontre le regard de Derek, en face de moi. Il me montre la pelle à tarte.

J'allais me servir avec les doigts. Et ça ne m'a pas choquée plus d'une demi-seconde. Merlin, où ai-je la tête ? On dirait Conrad !

Je le remercie et me sers, avant de réaliser que j'aurais mieux fait de le laisser se servir en premier, puisqu'il est plus âgé. Enfin, de toute façon, il prend l'un des gâteaux que j'ai apporté.

Diane se lance dans une conversation avec lui, alors je me tourne vers ma voisine de droite, la cousine de Sabrina. Elle est très gentille et m'explique ce qu'elle pense de la Septième année. Elle n'arrête pas de faire des blagues, comme si elle croyait que je devais être réconfortée parce que mon père est mort. Enfin, Albus dirait sans doute qu'elle veut plutôt se réconforter elle-même. La cousine de Sabrina se met ensuite à me parler de la réunion, et donc de Diane.

« Elle est vraiment douée. Elle m'a dit que tu l'avais bien aidée, aussi ?

— Très peu » j'affirme.

Je croise de nouveau le regard de Scorpius et comprends aussitôt son message. Redresse-toi !

Pour mieux écouter la cousine de Sabrina, je me suis appuyée d'un coude sur la table. Ma position n'est pas très distinguée, en effet. Je décroise les jambes et me remets bien droite, quand je remarque que ma serviette est sur la table. Sans y faire attention, j'ai dû la reposer après l'avoir utilisée.

La boule que Diane avait fait monter dans ma gorge et qui était partie grâce à la tarte à mélasse et, peut-être, à la cousine de Sabrina, se forme à nouveau. Je glisse ma serviette sur mes genoux et pose les mains à plat sur la nappe, paumes en l'air pour que l'on ne voie pas mes ongles trop longs. Décidément.

Je me mets à parcourir les invités des yeux tout en faisant mine de bien écouter ma voisine de table.

Luke boit son thé très doucement, mais sans s'arrêter. Il doit probablement se brûler. Il observe la personne en face de lui discuter avec ses voisins.

Il se rend compte que je le regarde, alors je me saisis de ma tasse pour me cacher. Mégane, ce thé est bouillant ! Je toussote dans ma serviette, que je remets ensuite sur mes genoux. Je me rends compte que j'ai laissé ma cuiller à thé sur la nappe et qu'une petite tache marron est en train de se former.

Je n'ai vraiment pas de chance aujourd'hui !

On dirait simplement que j'ai… Je sens un frisson glacial monter dans mon dos. J'ai perdu toute mon éducation. C'est comme si ma part de Malefoy était morte maintenant que je n'ai plus l'occasion de briller en société.

Maintenant que Papa est mort.

Il n'y a pas que lui qui est parti.

Soudain, j'ai mal au ventre, très mal, à cause du vide que je ressens.

C'est Papa qui m'a tout appris. Comment est-ce que je peux apprendre quoique ce soit d'intéressant maintenant qu'il est mort ? A quoi bon avoir de bonnes notes s'il n'est plus là pour être fier de moi ?

Je crispe ma main sur mon ventre et ça me fait encore plus mal. Je comprends pourquoi les gens tristes sont toujours si pâles. Et je comprends pourquoi on porte du noir aux enterrements. Scorpius m'a dit que le noir tenait chaud, et là j'ai très, très froid. Je pourrais presque trembler et j'ai envie d'aller m'allonger.

C'est venu tout d'un coup mais ça ne part pas. Peut-être que ça ne partira jamais.

Je me lève discrètement en m'excusant auprès de la cousine de Sabrina et de Diane. Je fais un signe d'au revoir, désorientée. Je marche jusqu'à la porte. Je crois que je marche droit et que je me tiens bien. Sinon Scorpius aurait dit quelque chose.

Je regagne tout doucement les cachots. Le fait de marcher un peu me calme et me rassure, et je pénètre dans mon dortoir beaucoup plus détendue. C'est peut-être la réunion qui me rendait malade. J'ouvre la fenêtre et regarde le Soleil qui se couche.

Et je manque de crier quand la douleur revient. Je crois que je vais vomir. Je cours à la salle-de-bain, mais rien. J'ai soif. Je bois au robinet, au moins trois fois la quantité d'eau du lac dans le parc. La douleur est toujours là et j'ai envie d'essayer ce que disait le psychomage.

Papa, tu me manques. J'espère que je ne te manque pas autant, parce si c'est le cas, tu dois vraiment souffrir, puisque Scorpius et Mère doivent te manquer aussi, et trois personnes ça fait beaucoup.

J'ai encore soif, mais si je bois plus, je risque de passer la nuit aux toilettes. Je gémis en me tenant le ventre. C'est peut-être à cause de ma vessie qui va exploser.

Papa… Tu me manques… J'espère…

Je m'assieds sur les toilettes la tête entre les mains. Derrière mes doigts, mes yeux s'écarquillent.

Ma culotte est écarlate, trempée de sang.

Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ?! C'est un cauchemar ?

Quand je me réveillerai, pitié, que tout cela soit fini.