Scène 9

Chambre, 24 St Georges Street, Littlehampton, Angleterre, 20 Décembre 1975

Amy déposa sa lourde valise dans sa chambre et se laissa tomber sur son lit, essoufflée. Elle ferma les yeux quelques instants, savourant la chaleur de la pièce, sans même prendre la peine de retirer son manteau. Son père lui avait à peine adressé la parole durant le trajet et tout portait à croire qu'il ne dirait pas grand-chose de plus de toutes les vacances. Il avait été surpris qu'elle lui demande de rentrer pendant les vacances alors qu'habituellement, elle restait à Poudlard pendant les festivités. Mais cette année, après tout ce qui s'était passé, Amy avait s'octroyé quelques jours loin de tous ses problèmes.

Elle songea avec plaisir qu'elle pourrait contacter Camille et passer une partie de ses vacances avec elle. Son amie d'enfance apprécierait sûrement de se retrouver sans devoir attendre une année entière.

La jeune fille défit finalement son manteau et descendit l'accrocher dans le vestibule au rez-de-chaussée. Elle croisa son père qui lui fit signe de le suivre dans la cuisine. Un chocolat chaud l'attendait et Amy prit le bol brulant avec plaisir tout en s'installant. Elle était toutefois intriguée à l'idée que son père veuille lui parler, plus habituée à ce qu'il la laissât tranquille dans son coin. Amy ne le pressa pas et attendit simplement qu'il prenne la parole en premier, ce qu'il fit quand elle eut terminé la moitié de son bol.

— Je me suis demandé pourquoi tu voulais subitement rentrer à la maison pour Noël cette année, introduit son père.

Amy se retint de répliquer que de lui demander s'il était contraint de venir la récupérer à la gare de Londres n'avait jamais été très enthousiasmant.

— J'avais envie de passer du temps ici, dit-elle. De profiter de mon piano, de voir Camille… de passer les festivités avec mon père, rajouta-t-elle avec sarcasme.

Ce n'était pas comme si, après tout, leur relation père-fille était bonne. Il ne lui envoyait de lettres que pour s'assurer de ses bonnes notes et elle se contentait de lui répondre poliment en rajoutant que sa vie à Poudlard était merveilleuse et en précisant la mention ironique « au cas où ça t'intéresserait ». Son père se racla la gorge avec embarras.

— Je pensais que tu avais peut-être des problèmes, reprit-il.

Amy détourna le regard.

— Pas du tout, mentit-elle. Pourquoi j'aurais des problèmes ? Mon école est géniale !

— C'est ce que j'ai compris dans tes lettres, dit-il d'un ton peu convaincu. Je sais pourtant que la vie d'une adolescente n'est pas facile, qu'importe à la satisfaction qu'elle tire de ses études.

— Parce que ça t'intéresse vraiment ?

Amy regretta aussitôt d'avoir été aussi rude. Son père prit une profonde inspiration et se recula, contrarié. Puis, il tourna la tête et se terra dans le silence. Dans un élan de remords, elle reprit la parole :

— J'ai été embêtée par des filles idiotes et j'ai préféré me reposer ici plutôt que de rester là-bas.

— Elles t'ont fait du mal ? demanda-t-il.

L'inquiétude dans sa voix toucha Amy. Cela faisait longtemps qu'il ne lui avait pas posé de questions aussi personnelles. Il s'intéressait encore à elle… Elle eut envie de pleurer.

— Plus maintenant, répondit-elle en luttant contre ses émotions. Je me suis bien défendue et elles me laissent tranquilles. Mais j'ai été sévèrement punie pour m'être battue.

— Tant mieux, affirma son père.

Amy se demanda s'il approuvait la punition ou le fait qu'elle se soit battue. Elle n'osa cependant pas le lui demander et le silence reprit son cours.

Elle avait à présent terminé son chocolat chaud et comme ils ne disaient toujours rien, elle se leva et rangea sa chaise.

— Merci pour le chocolat, dit-elle. Je vais aller ranger mes affaires.

— Hmm, fut la seule réponse qu'elle obtint.

Elle quitta la pièce et remonta dans sa chambre mais au lieu de défaire sa valise comme elle l'avait affirmé, elle se posa à sa fenêtre et réfléchit à la scène étrange qu'elle venait de vivre. Elle ne savait pas trop quoi en penser. Est-ce que ça voulait dire qu'il avait finalement accepté le fait qu'elle fut une sorcière ?

Le jour suivant, il la réveilla de bonne heure pour aller acheter le sapin de Noël. Il tenait à arriver le premier pour récupérer le plus beau et le plus grand. Amy se sentit nostalgique en se remémorant leurs derniers Noël en famille. Sa mère était alors encore en vie et, malgré sa maladie, le bonheur régnait parmi eux. Il l'emmena donc en voiture dans le centre commercial en-dehors de la ville. Ils visitèrent plusieurs revendeurs de sapin et Amy apprécia beaucoup ce moment passé à se disputer sur l'arbre de Noël à prendre. Son père persistait à croire que leur plafond était plus haut que dans la réalité et elle faisait tout son possible pour lui rappeler d'être raisonnable. Quand ils eurent finalement choisi le bon, qu'ils l'eurent soigneusement installé au travers de la voiture, ils rentrèrent le déposer à la maison.

Le reste de la matinée se passa dans l'inventaire des décorations qu'il leur restait. Malheureusement, le dernier Noël s'étant mal terminé, ils avaient pratiquement tout jeté à la poubelle. En le constatant, l'humeur s'assombrit et le repas de midi se déroula dans le silence. Puis, pendant le dessert, son père la surprit une fois de plus.

— Tu sais quoi ? dit-il en posant ses couverts. On va tout racheter, de A à Z, et on va faire de notre salon le plus beau de tout le voisinage.

Comme il l'affirma, il traina Amy dans toutes les boutiques de décoration de la ville et ils dépensèrent une bonne partie de sa prime de Décembre en décorations diverses. Il y en avait pour le sapin mais également pour leur canapé et leurs deux fauteuils, les cheminées, l'escalier, l'entrée et même un mini sapin en plastique pré-décoré pour la chambre d'Amy. Il acheta une bombe qui créait de la mousse blanche, comme de la neige, et des feuilles sur lesquelles il fallait appliquer la mousse. Les formes prédécoupées étaient composées d'images de Noël : Père Noël traineaux et cerfs ; cadeaux boules de noël bonhommes de neiges – et pleins d'autres encore.

Puis, ils s'attelèrent ensemble à tout préparer. Son père s'absenta durant deux heures pour aller voir un de ses collègues et régler Amy ne savait quelle affaire. Quand il revint, elle avait terminé tout le salon, l'entrée, les escaliers et même sa chambre. Il ne manquait plus alors qu'à décorer les fenêtres et le sapin. Son père s'attela aux vitres en laissant le soin à sa fille de s'occuper de l'arbre de Noël, ce qu'elle avait toujours préféré. Elle n'avait pas fini quand il revint la voir et il l'aida à accrocher les dernières boules et fausses bougies. Puis ils installèrent les guirlandes et il ne manquait plus alors que d'accrocher l'étoile en haut du sapin. Quand ils eurent enfin terminé, ils s'écroulèrent sur le canapé recouvert d'une plaide rouge sur laquelle un bonhomme de neige distribuait des multiples cadeaux. Ils contemplèrent le résultat de leur travail avec satisfaction : ils s'étaient surpassés.

Du plus loin qu'Amy s'en souvienne, son père et elle avaient toujours raffolé de décorer la maison pour Halloween, pour Noël ou même pour Pâques. Sa mère les prenait en photo pendant leur séance de décoration mais évitait de trainer dans leurs pattes : elle avait moins de créativité qu'eux dans ce domaine. Malgré son absence, Amy se surprit à toujours apprécier autant cette activité et surtout de retrouver avec son père cette connivence qui avait toujours été leur jusqu'à la mort de sa mère.

Elle jeta un timide coup d'œil vers son paternel. C'était un homme de quarante-trois ans, bien bâti mais dont les traits étaient déjà tirés, à cause probablement du malheur qui l'avait frappé trois ans plus tôt. Si Amy avait perdu une mère, il avait perdu la seule femme qu'il eût jamais aimée. Leur histoire avait été un comte de fée comme on n'en voyait plus de nos jours.

Thomas McFlyer rencontra Ellen Heavenport à l'âge de vingt-trois ans. Pendant cinq années, elle avait ignoré son amour, le considérant comme un très bon copain à qui elle confiait tout. Puis, à l'âge de vingt-huit ans, Thomas vit enfin son heure arrivée et Ellen le laissa la courtiser. Cela dura trois ans avant qu'elle n'accepte de l'épouser alors qu'elle portait déjà Amy dans son ventre. Elle avait alors trente-trois ans et Thomas, trente ans. Les dix années qu'ils passèrent ensemble furent passionnelles et l'enfance d'Amy bercée dans l'amour et la joie. Et puis, elle tomba malade à l'âge de quarante-deux ans. La médecine moldue se révéla inefficace. Les médecins durent se contenter de lui laisser le plus de temps possible à vivre avec son mari et sa fille. Et puis, trois jours après Noël, l'année 1972, elle succomba.

Amy en avait pleuré des jours entiers. Mais Thomas, tout à son chagrin, avait été incapable de s'occuper d'elle. Ce fut leur voisine, une bonne amie de la famille, qui la prit sous son aile les premiers mois. Puis, en Juillet 1973, Amy reçut sa lettre d'invitation à l'école de Poudlard et leur vie changea radicalement. La distance qui s'était déjà créée entre eux se creusa définitivement.

Aujourd'hui, elle se demanda si les choses allaient encore changer entre eux. Elle ne lui en avait jamais voulu de l'avoir laissé aux mains de leur voisine. Amy avait été bien traitée et réconfortée par leur entourage. Camille et sa famille lui avaient été d'une grande aide. Cependant, elle lui en voulait de l'avoir si durement rejetée à l'annonce de sa nature de sorcière.

Soudain, son père tourna la tête et leurs regards se croisèrent. Amy, qui ne s'y attendait pas, sursauta et rougit. Puis elle baissa les yeux et se concentra sur ses mains. Il y eut un silence embarrassant entre eux. Au bout d'un moment, son père se leva et s'étira.

— Bon, je vais aller voir nos voisins, déclara-t-il.

Et il quitta la pièce. Amy attendit qu'il quitte finalement la maison pour se lever à son tour et, après avoir contemplé une dernière fois le salon, elle remonta dans sa chambre. Le faux-sapin était posé sur le rebord de sa fenêtre sur lesquelles étaient peints en mousse blanche un sapin de Noël et plusieurs petites étoiles ainsi qu'un 'Joyeux Noël' calligraphié sur la vitre la plus à droite. Son lit avait également été recouverte d'une plaide rouge parsemées d'étoiles et de filaments lumineux. Un petit paquet se trouvait au centre de la couverture.

Amy le prit dans ses mains et défit le papier cadeau. Elle trouva trois petits livrets de partition. Tous les trois portaient sur les chansons de Noël. En ouvrant le premier d'entre eux, elle découvrit un mot laissé par son père.

« Une musique pour embaumer nos cœurs trop longtemps éloignés. Ton père qui t'aime »

Un flot d'émotions envahit le cœur d'Amy et elle eut bien du mal à ne pas pleurer. C'est pourtant avec un sourire de joie qu'elle ouvrit son piano et s'assit sur le tabouret. Elle en rajusta le positionnement et l'hauteur et ouvrit le carnet signé. Elle feuilleta le sommaire et choisit une chanson qu'elle connaissait. Puis, elle prit une profonde inspiration et pianota les premières notes. Un frisson la parcourut. C'était toujours comme ça la première fois. Un délicieux plaisir parcourut son corps la faisant vibrer d'extase alors qu'elle jouait le reste du morceau en fredonnant l'air de la cantine en même temps.

La voix de son père se mit à chanter au rez-de-chaussée.

oOo

Salon, 24 St Georges Street, Littlehampton, 23 Décembre 1975

Amy qui avait entendu du bruit au rez-de-chaussée débarqua dans le salon alors que son père s'attelait à défaire d'un carton poussiéreux ce qui s'apparentait à une crèche. Amy eut un pincement au cœur en reconnaissant l'objet qui avait jadis appartenu à sa mère. C'était Ellen qui tenait tant à la rajouter à leur décoration. Thomas n'était pas croyant et Amy n'avait pas d'avis sur la religion. Quand sa mère était en vie, son père et Amy l'accompagnaient à la messe de minuit de Noël pour lui faire plaisir mais aucun des deux ne s'intéressaient à ce qui y était raconté. Ils se contentaient seulement de chanter à tue-tête quand les sœurs initiaient les chants religieux de Noël – c'était la seule chose qu'ils aimaient dans ces messe.

Cela faisait donc près de trois ans qu'Amy n'avait pas revu la crèche de sa mère et avait cru pendant tout ce temps que son père l'avait jeté car la cabane en bois et ses santons de bois lui rappelleraient trop ce qu'il avait perdu. Visiblement, il s'était contenté de les ranger dans un coin en attendant le jour où il pourrait les ressortir sans s'écrouler de chagrin.

Amy se rendit alors compte que son père pleurait et c'était parce qu'il était secoué de tremblements qu'il avait fait tomber plusieurs des santons. La jeune fille ne sut d'abord pas quoi faire. Elle n'avait jamais vécu cette situation : c'était généralement lui qui venait la réconforter quand elle se sentait triste. Mais c'était avant. Amy se précipita vers lui et le serra dans ses bras. Il posa la crèche et la serra contre lui.

Ils restèrent enlacés de longues minutes avant que leur chagrin ne s'estompe un peu. Son père essuya son visage à l'aide d'un mouchoir et se frotta la nuque. Puis, il reprit la crèche dans ses bras et l'installa sur une grosse caisse en plastique qu'il avait recouvert de papier décoratif marron, pour rappeler la couleur du sol. Amy l'aida à fourrer l'intérieur de la crèche avec du foin et à positionner en équilibre précaire les santons. Hélas, le pauvre petit Jésus s'était coupé la tête en tombant. Amy le recolla du mieux qu'elle le put avec de la super glu et partit le ranger dans un tiroir, le réservant pour le fameux jour de sa naissance.

Une fois cette préparation terminée et le salon nettoyé, Amy remonta dans sa chambre s'occuper. Elle en profita pour téléphoner à sa meilleure amie. Cette dernière s'écria de joie en la savant chez elle et elles se prévirent toute une après-midi de retrouvaille le jour-même. Amy était donc attendue chez elle dès quatorze heures. Elle l'annonça à son père qui en fut ravi. Il décida qu'il l'amènerait en voiture et en profiterait pour discuter un peu avec les parents de Camille. Ainsi donc, quand l'heure arriva, Amy monta en voiture et tous deux descendirent la rue. Le trajet fut silencieux malgré les visibles progrès de son père, celui-ci avait encore du mal à s'ouvrir entièrement à elle. Il ne lui parla plus de Poudlard ni des ennuis qu'elle avait eu et elle sentait qu'il valait mieux ne pas lancer la conversation sur ce sujet délicat.

— Bonjour Amy ! s'exclama Madame Lechèvre en avançant dans le jardin pour les accueillir. Mais c'est Thomas McFlyer ! Quelle surprise !

— Bonjour Élisabeth, la salua-t-il d'une voix plus calme. Ca faisait longtemps.

— En effet, mon grand benêt, ça en fait du temps ! ria la mère de Camille en donnant une tape amicale sur l'épaule de Thomas. Jean-François sera ravi de te revoir. Allez, venez, rentrons à la maison, il fait trop froid dehors.

Ils pénétrèrent une petite entrée remplie de photos familiales et entrèrent dans un salon modestement décoré. Un sapin illuminait la pièce mais les deux McFlyer convinrent dans un regard tacite qu'il ne valait pas le leur. Camille descendit des escaliers et vint serrer son amie dans ses bras. Puis elle salua le père de celle-ci avant de tirer Amy jusqu'à sa chambre. Cette dernière aurait bien aimé rester un peu et voir comment les retrouvailles des adultes allaient se faire. Son père n'avait pas revu les Lefèvre depuis l'enterrement de sa femme. Ellen et Jean-François étaient des copains d'enfance et avaient toujours gardé contact jusqu'à la mort d'Ellen.

— Je crois qu'il vaut mieux les laisser entre adultes, suggéra sagement Camille en fermant la porte. Je ne suis pas sûre de la façon dont mon père va accueillir le tien.

— Ah bon ? s'inquiéta Amy qui n'imaginait pas son père tenir tête au grand et imposant Jean-François Lechèvre.

— Ne t'inquiète pas, la rassura aussitôt son amie. Ils ne se battront pas mais je crois que mon père en a toujours voulu au tien d'avoir coupé les ponts. Mais sinon, dis-moi, c'est génial que tu sois là ce Noël ! Comment ça se fait ?

Amy entreprit de tout raconter à Camille – en omettant, bien sûr, tout ce qui avait trait à la Magie – et cela dura une bonne partie de l'après-midi. A seize heures, la mère de Camille les invita à descendre prendre un goûter et elles retrouvèrent les deux pères en pleine discussion. Visiblement, tout s'était bien passé entre eux.

Une fois l'après-midi achevé, Thomas refusa poliment l'invitation à dîner d'Élisabeth et ramena sa fille à la maison. Durant le repas du soir, ils discutèrent de la famille Lechèvre et de la petite Camille. Son père s'interrompit un moment pour réfléchir avant de reprendre la parole et de demander :

— Et qu'est-ce que tu apprends vraiment dans cette école ?

Amy regarda son père et se demanda s'il s'agissait d'un piège et s'il n'allait pas exploser de colère comme les fois précédentes. Elle hésita donc à répondre.

— Il y a différentes matières, commença-t-elle d'un ton hésitant. Tout d'abord, on nous a enseigné les bases de la Magie avec les premiers sortilèges à connaître. On nous apprend également la Métamorphose…

— La Métamorphose ? répéta son père en essayant de comprendre ce dont il s'agissait.

— C'est l'art de transformer tout objet ou toute forme vivante en autre chose, expliqua Amy. Je suis d'ailleurs très douée pour cette matière, précisa-t-elle en espérant qu'il en serait fier. Je suis aujourd'hui capable de transformer des parties du corps humain en celles d'animaux alors que les autres ne savent encore que faire pousser des moustaches de souris ou bien transformer un verre en rat des champs. Ou alors…

— Quoi d'autres ? l'interrompit-il avec impatience.

— Et bien, on apprend l'art de composer des potions, énuméra-t-elle. C'est un peu comme la physique-chimie, je crois, rajouta-t-elle sans trop savoir de quoi elle parlait, n'ayant jamais mis les pieds dans un de ces cours moldus.

Sa comparaison, toutefois, sembla plaire à son père.

— J'apprends également à reconnaître les plantes et leurs propriétés un peu comme les sciences naturelles, continua-t-elle en voyant que ça avait un effet positif. On nous enseigne également les comportements et la façon dont il faut traiter avec certaines créatures magiques. C'est une matière assez large et amusante, en fait. Mais on apprend également des choses intéressantes comme l'utilisation scientifique qui s'en rapporte. On nous enseigne aussi l'histoire et comment on doit se défendre si jamais on est en situation de danger. J'ai également choisi d'étudier les Runes.

Elle préféra omettre qu'elle avait aussi choisi la Divination en option. Son père n'en serait sûrement pas ravi. Quand elle termina d'énumérer tous ses cours, elle émit une pause et observa son paternel. Celui-ci semblait tendu, comme s'il résistait très fortement à l'envie de tout rejeter, une fois de plus. Amy comprenait que ça devait être difficile à encaisser mais après trois ans, il était sans doute temps qu'il fasse le pas, ou bien il ne le fera jamais. Après un long moment de tension, il parvint à reprendre le contrôle de lui-même.

— Et tu vas faire quoi avec ça ? demanda-t-il.

— Je… Je ne sais pas encore, avoua-t-elle. C'est encore trop tôt. Je dois encore passer les BUSES et les ASPICS pour pouvoir me décider. Ce sont les deux examens principaux du diplôme de Poudlard. En passant les BUSES, je détermine les matières que je pourrais continuer à étudier, ce qui limitera déjà les possibilités de métier. Puis les ASPICS décident finalement des métiers qui seront ensuite possibles. Pour être Médicomage – c'est l'équivalent de médecin – je crois qu'il faut être excellent en Botanique et en Potion.

— Les sciences naturelles et la physique-chimie, se rappela son père.

— Oui, acquiesça Amy. Il y a d'autres matières encore, mais j'ignore encore lesquelles.

— Il faudra que tu y réfléchisses, affirma-t-il. Et la musique ? Ca ne te plairait pas d'entrer dans un conservatoire ?

Amy se désola de le voir encore espérer qu'elle abandonna sa nature de sorcière pour intégrer le monde moldu. Sans compter qu'il ignorait que parmi les sorciers, la musique avait la même place culturelle que pour les moldus.

— Quand tu étais petite, tu voulais absolument intégrer une troupe d'orchestre, se rappela son père. Dès qu'on pénétrait une salle de concert, tu voulais toujours monter sur la scène.

— Tu sais, être sorcière… Ca ne veut pas dire que je ne peux toujours pas le faire. J'ai appris que certains compositeurs connus parmi les moldus étaient sorciers.

Son père sembla dubitatif.

— Beethoven l'était, insista Amy. Sinon, comment aurait-il pu composer d'aussi belles musiques en étant presque sourd si ce n'est grâce à la magie ?

— Beethoven ? répéta-t-il.

Elle acquiesça et il prit un instant pour y réfléchir. Amy eut soudain envie de lui demander quelque chose mais elle craignait d'en entendre la réponse. Pourtant, il était temps qu'elle le sache. Bien qu'elle s'en cachait, cette interrogation la tourmentait. Il fallait qu'elle en ait le cœur net.

— Est-ce que tu me trouves repoussante ?

Son père sursauta en entendant sa question. Il la regarda, sidéré.

— Qu'est-ce qui te fait dire une chose pareille ?

Il y avait de la colère dans sa voix. De la peur aussi.

— Le fait que je sois une sorcière, comme Maman… Je me suis toujours demandée si... — Elle s'arrêta, les larmes embuant ses yeux. — …Si tu ne me voyais pas comme un monstre.

Son père la regarda alors avec tristesse.

— Amy, si je t'ai donné cette impression…

Ce fut à son tour d'hésiter.

— Je ne te vois pas comme un monstre, trancha-t-il en secouant la tête. Jamais je ne l'ai pensé.

— C'est vrai ? balbutia Amy entre deux sanglots.

Elle s'était mise à pleurer. Elle entendit à peine son père se lever de sa chaise que des bras l'entourèrent, la levèrent et la serrèrent contre le torse de son père. Cela fit redoubler ses pleurs.

— J'ai été un mauvais père, reprit-il d'une voix douce mais où perçait l'émotion. Un très mauvais père pour toi. J'avais perdu ma femme mais tu avais perdu ta mère. J'aurais du être là pour toi. Mais cette lettre… où on disait que ta mère et toi étiez des sorcières… Sur le coup ça a été de trop. Je n'ai pas réussi à l'accepter et tu en as beaucoup souffert. Pendant toute ta première année, j'ai souffert de vos absences. Terriblement. Le fait que tu refuses de rentrer pour Noël m'a fait plonger. J'ai été soudain en colère car j'avais l'impression que tu ne voulais plus faire partie de mon monde. J'avais l'impression d'avoir tout perdu. C'est pour cela que je n'ai pas réussi à te parler le premier été. Non seulement, je ne me faisais pas à l'idée que tu sois différente de moi mais j'étais aveuglé par ma souffrance. Et puis, nous nous sommes encore plus éloignés et l'été dernier, je n'ai pas su surmonter mes craintes. J'ai été faible, je le regrette.

Il parlait tout en la berçant contre lui.

— J'ai été heureux de recevoir ta lettre le mois dernier. Et je suis heureux de retrouver ma fille et de fêter Noël avec elle.