Rating: K+
Genre: Friendship, Family, Drama, toujours.
Pairing: Sadi/Domino
N/A: Ennnfiiiiiin une update! Les chapitres avec deux femmes protagonistes sont les plus difficiles à écrire pour moi, et pas forcément les plus appréciés. C'est con, hein? Bref. Merci à Ringo, GruviaCrazy, Elena et Emo.16 pour leurs reviews! Mais je remercie aussi, pendant que j'y suis, tout ceux qui lisent cette fic, la followent et la mettent en favori!
Pour répondre à la question d'Elena quand à la signification du titre de ce recueil, c'est de l'allemand (personne ne s'en doutait avec une sonorité pareille) et signifie littéralement "feu libre" mais c'est surtout l'ordre qu'on donne pour indiquer aux soldats de tirer sans somation, comme "feu à volonté". C'est le titre d'une chanson de Rammstein que j'aime beaucoup, et je trouvais qu'elle collait à l'ambiance.
Feuer frei! touche d'ailleurs à sa fin. J'avais promis Sanji et Law, mais je ne suis pas sûre de pouvoir les y inclure finalement...Et encore moins Ace ou Luffy (surtout Ace). Je pense fermer ce recueil d'ici trois chapitres, voir quatre, si je fais une conclusion (peu probable).
Démons
Sadi se lécha les lèvres, indifférente face aux hommes défigurés à ces pieds. D'un coup de talon, elle en piétina un, qui poussa un cri rauque. En réponse, elle eut un léger gémissement, lui donnant envie de lui faire encore plus de mal. Pourtant, elle quitta la pièce, une main crispée sur son ventre.
Elle était l'heureuse propriétaire du « Screaming Pussy », qui était des plus réputés dans les bas-fonds. L'enseigne, indiquée par des néons roses, ne laissait lire que la moitié des mots, mais elle n'avait pas trouvé de quoi remplacer ceux qui avaient grillés. De toutes façons, la pluie les aurait abîmés avant que ça devienne rentable. Elle ne savait pas si c'était le temps ou l'époque, mais elle était devenue profondément cynique, et c'était inhérent à sa personnalité.
Rejoignant les toilettes, elle ne prêta plus attention à la musique qui hantait les lieux. Elle n'avait pu sauver qu'un CD, ce qui expliquait pourquoi, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, la voix d'Alice Cooper s'élevait, avertissant sans cesse qu'elle était un véritable poison. Les clients n'osaient pas s'en plaindre, le malheureux qui l'avait fait s'étant retrouvé à la porte un jour de pluie, sans que la plantureuse blonde ait un remord. Les hommes échoués ici venaient chercher de la chaleur dans la douleur, pas juste un gouffre de mort. Ils s'abstenaient alors de commentaires, et se contentaient d'implorer Maîtresse Sadi. Elle ne comprenait pas très bien comment ils pouvaient à ce point apprécier ce qu'elle leur faisait subir, mais au fond, elle s'en fichait, ce n'était pas comme si c'était important. Elle mettait une ardeur toute professionnelle à satisfaire cette demande : tant qu'on la réclamait, elle aurait de quoi vivre.
S'appuyant contre le lavabo fendu, elle reprit son souffle. Un regard vers le miroir peint de traces de doigts lui assura qu'elle était bien présente. Lentement, elle rassembla ses cheveux en une queue de cheval maladroite, gênée par leur masse. Elle hésita un instant à dégager ses yeux, mais n'en fit rien. La sueur faisait briller sa peau d'une lueur glauque sous la lumière des néons. Elle saisit un torchon sale sur le rebord de l'émail, essuya sa figure qui, de hâlée parut diaphane. Un maigre sourire vacilla sur son visage en voyant les reliefs de son fond de teint imprimés sur le tissu, cachant ses taches noirâtres.
Aujourd'hui serait un jour sans. Elle ne savait pas l'expliquer, c'était comme ça, elle le sentait. Il y avait dans l'air un peu trop de souvenirs pour qu'elle puisse respirer sans craindre de s'étouffer. Un halo de mouche tourbillonnait au-dessus d'elle, le vrombissement de leurs ailes lui donnait mal à la tête, le contact de leur frôlement une vague envie de vomir. Sans y faire attention, elle se gratta le bras d'une main griffue. Ses ongles, du même rose que sa combinaison, se plantaient dans sa chair, la labouraient, jusqu'à ce qu'un sillon écarlate y coule sans bruit. Elle claqua la langue, à la fois ravie et désespérée.
Des toiles arachnides se tissaient dans un coin de son crâne, brouillant son reflet dans la glace. Elle ne savait plus pourquoi elle y avait repensé, elle n'aurait pas du, d'ailleurs, elle croyait avoir oublié. Elle préférait, c'était moins douloureux. Elle enfonça un peu plus fort ses serres.
Parce que parfois, l'amour est un pistolet chargé.
Domino entendit le gémissement. Elle pénétra dans les toilettes, les sourcils froncés sous ses lunettes. Elle vit le sang sur le sol, sa collègue qui lui souriait d'un air joyeux. D'abord, elle crut qu'elle avait joué avec un type, un peu trop violemment, si bien qu'elle ouvrit la bouche pour lui faire des remontrances, de son habituel ton neutre, un énième rappel quand à l'écho de morts dans le club qui ferait disparaître la clientèle. Elle s'arrêta quand elle s'aperçut que Sadi pleurait, saisissant l'ampleur du problème.
Car Sadi ne pleure pas, elle ne sait pas, n'y arrive pas, alors ce sont les autres qui le font pour elle. Elle s'acharnait contre sa chair, sans plus s'intéresser à l'autre femme, son nez coulait aussi, et son visage prenait une teinte rougeâtre, tout fripé qu'il était par les pleurs. Domino posa sa main dans ses cheveux emmêlés, les caressa en murmurant des paroles apaisantes. Elle ignorait quoi faire de plus, dépassée par l'événement.
Sadi hoquetait, s'étouffait, reprenait une goulée d'air pour mieux s'étrangler. Elle se souvenait, de cette soirée d'été, chaude, lourde. Cette soirée, où elle avait tiré, les yeux mis-clos, tentant de se cacher ses propres gestes. Elle n'avait pas eu le choix, c'est ce qu'elle se disait, se répétait sans cesse, jusqu'à réussir à s'endormir. Elle l'aimait, c'était le mieux à faire, c'était injuste mais il le fallait. Oublier le lien qui les reliait, profond et indélébile comme une trace de sang, qui de vermillon était devenu carmin, puis de cette immonde teinte marronnasse.
Ce n'était qu'un bout de chair aux poumons mal dépliés. Il était malade, elle ne pouvait pas le soigner, il était affamé, elle ne pouvait le nourrir. Qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Elle était dans l'impasse, avait simplement raccourci son agonie. Parfois, elle se disait qu'elle avait bien fait de lui dissimuler ainsi ce monde sombre autour de lui.
Parce que parfois, l'amour est un pistolet chargé. Et il choisit de tuer.
Sauf que voilà, ce n'était pas qu'un tas d'os et de sang. C'était le sien aussi.
Lentement, Sadi reprit son souffle, leva les yeux au plafond, laissa retomber sa main contre sa cuisse. Elle fit signe à Domino de s'écarter, entreprit patiemment de se remaquiller. Elle n'avait pas le temps pour ses états d'âme, il fallait qu'elle vive.
Sa compagne sourit, discrètement, et la laissa redevenir Maîtresse Sadi, celle qui prend plaisir à faire souffrir, quand Sadi tout court se noie dans son flot de regrets, et laisse ses démons l'envahir.
