Bonjour !

Après une longue attente... Je n'écris pas la suite d'une histoire que j'ai déjà publiée xD

A la place, voici la première partie d'un two-shots que j'ai écrit il y a un petit moment. Parce que voilà.

La partie deux arrive bientôt ! Bonne lecture !


Entre deux cours, je retrouvais toujours ma meilleure amie Claire au niveau des casiers, là où on s'échangeait des informations diverses et variées. En général, elle me racontait les conversations passionnantes qu'elle et son ami d'enfance Leon s'échangeaient pendant le cours. Là, pendant le cours de géographie, la discussion privée portait sur la topographie montagnarde de la province de Bordeciel, vue par une Rougegarde et un Orc. Dans ma vie monotone, Claire était un irrévocable rayon de soleil au quotidien.

Mais aujourd'hui, un fait inhabituel a implacablement changé ma pauvre routine de presque solitaire. Après mon dernier cours, pendant mon énième discussion avec Claire, Jake Muller, le grand méchant loup de l'école, semble se diriger dangereusement dans notre direction, en repoussant les groupies avec son aura de pures ténèbres. Claire a envoyé quelques éclairs dans sa direction, et est partie en me faisant un petit bisou sur la joue et en lâchant quelque chose du genre 'ce mec me dégoûte'. Je lui demanderai des détails au prochain interclasse. Je me retournai vers mon casier pour ranger, persuadé que monsieur Muller passerait son chemin.

-Hé. Salut.

Je me retournai négligemment, et je vis que le visage naturellement dur de Jake Muller plus détendu et plus proche que je ne le pensais. Il avait même sa main sur le casier voisin du mien pour me couper toute perspective de fuite. Du moins, il semblait le croire. Mais mes cours de self défense que Claire m'a donné depuis l'année dernière me forcèrent à penser à exploiter la position décontractée de mon interlocuteur dans l'optique d'une attaque chirurgicale. Mais bon, comme je ne savais pas encore ce que ce type me voulait, pour l'instant, je rentrerai dans son jeu.

-Oui ? dis-je sans me démonter.

-J'ai besoin de te parler, dit Jake d'un ton neutre. Ça te dirait de venir boire un verre avec moi ?

J'étais dans une situation assez inattendue, ma foi. Jake Muller, le cauchemar des premiers et des derniers de la classe et moissonneur de pucelles, venait de m'inviter à sortir avec lui, avec, maintenant que j'y pense, une mimique plus que suggestive. Enfin, ça l'aurait été encore plus s'il était plus proche et si ses deux bras étaient près de mes épaules. Je dis la première chose qui me vint à l'esprit, du coup.

-Je te demande pardon ? dis-je d'un ton incrédule.

-Toi venir avec moi, Piers. S'il te plaît, ajouta-t-il d'un ton un chouïa plus poli.

-Comment me connais-tu, Muller ? m'enquis-je.

-Je t'expliquerai tout, promis. Veux-tu m'accompagner ?

-Est-ce un rendez vous ? demandai-je, curieux.

Jake se racla la gorge, et rapprocha encore son visage du mien. Je n'osai même pas bouger, pour une raison que je ne saisis pas. En fait, il rapprocha sa bouche de mon oreille. Non mais qu'est-ce que je m'étais imaginé ?

-Viens juste avec moi, dit-il un ton plus bas. Je t'expliquerai tout, promis.

-Ta parole ne vaut rien pour moi, Muller, dis-je au même volume. Mais je n'ai rien de mieux à faire, pour l'instant.

Jake éloigna son visage du mien, et il tourna les talons en me faisant signe de le suivre. Je ne remarquai qu'à ce moment-là le nombre de personnes qui nous regardaient, et ce n'était pas difficile de deviner à quoi ils pensaient. Je les ignorai royalement, comme pendant le reste de ma scolarité, et je suivis Jake. Une fois dehors, je me rapprochai de lui négligemment, et il m'offrit un sourire. Oh putain. Jake Muller le gros dur m'a souri. Je me sentis m'embourber, mais j'espérais que ça ne se voyait pas.

-Où voudrais-tu aller ? me demanda-t-il.

-Comme tu veux, dis-je. Ce n'est pas moi qui invite.

-Très bien.

Sans autre commentaire, Jake entra dans un bar aléatoire et nous nous assîmes à une table. Je passerai le fait qu'il trouvait hilarant que je me commande une limonade, alors que lui ne se gênait pas pour se taper une bonne bière, sans oublier le fait qu'il disait être plus jeune que moi. C'était le genre de détails que je n'aurais jamais pensé avoir, à vrai dire. Du coup, j'en vins au fait.

-Donc, que me veux-tu ? demandai-je sans excès de politesse.

-En fait, j'avais fait un pari avec un pote. Il ne me croyait pas quand je lui dirais que j'étais capable d'inviter n'importe qui à sortir, dit Jake d'un ton amusé

"Je me disais, aussi", ne pus-je m'empêcher de penser.

-Pourquoi moi ? dis-je plutôt.

-Un de mes potes t'a recommandé. Il paraît que tu es difficilement accessible, ricana Muller.

-Quelqu'un que je connais, donc ? conclus-je.

-Je ne sais pas. Mais tu as l'air de bien connaître sa sœur, en tous cas.

Je fis une grimace. C'était cet emmerdeur de Chris qui avait branché Jake sur moi. Je dirai deux mots à Claire demain matin, c'était inévitable. Je surveillerai les infos dès demain soir, et je ne serais sans doute jamais aussi content de voir un cadavre dans une poubelle.

-Je vois de qui tu parles, dis-je avec un soupçon d'acidité. Et donc ? De quoi voulais-tu me parler ?

-De rien en particulier, admit-il en haussant les épaules. Maintenant que nous sommes en dehors du lycée, j'ai gagné mon pari.

-Je vois. Alors qu'est-ce qui m'empêche de me barrer maintenant ?

-Le fait que j'ai payé ta limonade ? déclara Jake, au bord de l'hilarité maladive.

-Pas faux.

Alors nous nous sommes tus, en nous regardant dans le blanc de l'œil. Pourquoi était-ce aussi important qu'il ait de beaux yeux bleu clair, d'un seul coup ?

Nos boissons arrivèrent, ce qui fit que le silence entre Jake et moi était encore plus maladroit. Je ne m'étonnais pas vraiment de voir que Jake buvait sa boisson plus vite que moi. Une fois que nous eûmes fini, j'eus une révélation. Mais Jake parla avant moi.

-Bon, eh bien c'était super, dit-il d'un ton presque sincère. On remet ça, hein ?

-Es-tu sérieux ? répliquai-je.

-Tu es mignon, c'est déjà ça. Pour la causette, on reverra ça.

-Quoi ? bégayai-je.

Jake m'ignora, et balança un 'à plus !' en partant à toute vitesse du bar. Moi, je restai assis quelques minutes, le temps que mon cerveau redémarre. Est-ce que Jake le gros dur venait de me dire, en souriant, que j'étais mignon ? Je me mis une claque, faisant une bonne moitié des clients du bar avoir un bug système, eux aussi. Non, je ne rêvais pas. C'était ma propre réalité qui était devenue surréaliste. Je me levai, un peu comme un robot qui nécessitait un huilage, et je réussis à rentrer chez moi.

Après une soirée habituelle, une nuit monotone et un début de matinée classique, je fus de nouveau au lycée. Au détour d'un couloir, quelqu'un m'attrapa par les épaules et me colla contre les casiers, et je réagis au quart de tour en lui envoyant un coup de genou dans le bide.

-Eh Piers ! C'est moi ! déclara une voix en souffrance que je reconnus tout de suite.

Devant moi, Chris Redfield se tordait de douleur, les mains sur son estomac, se forçant à rester plus ou moins droit pour me regarder dans les yeux. Je ne pus m'empêcher de sourire.

-Oh, excuse-moi, Redfield, dis-je d'un en cachant ma satisfaction. Si j'avais su que c'était toi, j'aurais visé plus bas.

-Ne sois pas méchant, je te prie, dit Chris avec un petit rire gêné. J'aimerais juste mettre quelque chose au clair avec toi.

-Viens en au fait, alors, dis-je en croisant les bras sur mon torse.

-Je crois que tu as tapé dans l'œil de Jake.

Je plissai les yeux, pour voir si l'expression du frère de ma meilleure amie le trahirait. Puis j'eus une sorte de rire jaune. Mais rien. Il était d'un sérieux implacable, comme dans trois quarts des cas.

-Tu es sérieux, compris-je. Mais pourquoi tu me dis ça ?

-Parce que Jake est mon ami, et que je ne lui veux que du bien. Et toi ? Es-tu intéressé ?

Cette question me fit réfléchir, honnêtement. Je n'étais pas sûr de ce que j'avais ressenti hier quand il m'avait adressé la parole, quand il m'a invité à sortir avec lui, qu'il avait vraiment voulu parler avec moi, qu'il avait dit que j'étais mignon. Je regardai à droite et à gauche avant de répondre, assez bêtement, il faut le dire.

-Intéressé est un bien grand mot, dis-je finalement. Je ne refuse pas de voir Jake, mais je ne sais pas encore pour me lancer dans une relation.

-Super ! dit Chris d'un ton qui me paraissait sincère. Tu me files ton numéro, alors ?

-Non, je ne te ferai pas ce plaisir, dis-je en ricanant involontairement. Tu diras à poil de carotte qu'il faut qu'il apporte ses couilles au lycée pour revenir me parler à l'interclasse de midi.

-Ce que tu es vulgaire, dit Claire que je n'avais pas vue venir.

-Salut Claire, dis-je, soudain de meilleure humeur. Je ne suis pas du matin, tu devrais le savoir.

-Et j'aimerais que tu ne violentes plus mon frère. Je n'en ai qu'un, ajouta-t-elle d'un ton plus sérieux

Ce dernier me fit un clin d'œil avant de glisser vers son casier, l'air de rien, quelques mètres plus loin. Connard, va. Je poussai un soupir, face à l'expression inébranlable de Claire.

-S'il ne me cherche pas, on verra, cédai-je.

-Mais il t'aime bien, lui, le défendit Claire. En revanche, je ne comprends pas ce que vous trouvez à ce goujat de Jake Muller.

-Et en parlant de ça, que lui reproches-tu, toi ? demandai-je, curieux.

-Je te raconterai ça à l'interclasse, je file !

Avant même que je ne puisse répondre, Claire s'enfuit en me soufflant un baiser, et je soupirai en allant aussi vers mon cours, en évitant soigneusement de passer près de grand frère Redfield, qui était encore en train de fouiller dans son casier. Pendant mon premier cours, je ne pus m'empêcher de penser en boucle à la future révélation de Claire et à ma future conversation avec Jake. Soudain, je me surpris à penser quelque chose. Et si la raison pour laquelle Claire détestait Jake était d'ordre sentimental ? Que ça ne se soit pas bien passé entre eux, et qu'elle lui en veuille à mort ? Non, ça ne devait pas être ça. Sinon je pense qu'elle, ou peut-être même Chris, m'en aurait parlé. Ou alors, même sans aller jusqu'à la mésaventure sentimentale, quelque chose s'était mal goupillé entre eux.

Et avant que je ne m'en rende compte, l'heure de la révélation était arrivée.

Je retrouvai Claire près de mon casier, mais elle n'était pas seule. Il y avait une charmante blondinette avec elle, ce fut d'ailleurs celle-ci qui me vit arriver en premier, avec un petit sourire. Claire se tourna vers moi en même temps, et me fit signe d'approcher.

-Resalut Piers, me dit-elle. Je t'ai déjà parlé de Sherry, non ?

-Ah ouais, me souvins-je. Salut, dis-je à Sherry.

-Salut Piers, me dit-elle. Claire m'a aussi parlé de toi.

-Ah oui ? dis-je en regardant cette dernière.

-En bien, évidemment, dit Claire d'un ton innocent qui me paraissait suspect. Mais je l'ai amenée pour une raison précise, figure-toi, ajouta Claire d'un ton plus sérieux.

-Ah oui ? Développe.

-Eh bien en fait, Jake est sorti avec Sherry ici présente il y a un peu plus de deux ans. Ou plutôt, il l'a utilisée pour atteindre un…

-C'est bon, Claire, la coupa Sherry. Je t'ai dit que ce n'est rien. Ne déteste pas Jake à cause de moi.

-Il a joué avec tes sentiments ! Et il m'a même pris mon frère ! s'exclama Claire un ton plus haut.

-Pardon ? laissai-je échapper.

-Tu m'as bien compris, Piersounet. Jake a pris mon frère. Ou plutôt le contraire, apparemment, ajouta-t-elle d'un ton faussement amusé. C'est pour ça que je trouve sa jalousie à ton égard déplacée.

-Effectivement, concédai-je.

La petite histoire, c'était que quand j'ai connu Claire il y a presque deux ans, maintenant, Chris m'a harcelé, disons, pour avoir des infos. Il était persuadé que Claire et moi étions ensemble. Et même s'il s'est rendu compte de son erreur, j'avais du mal à lui pardonner. Je le voulais, mais j'étais du genre rancune tenace, je n'y pouvais rien. C'est pourquoi je comprenais tout à fait Claire dans sa haine pour Jake. Mais je n'avais aucune raison de la partager.

-Tu vois où je veux en venir ? reprit Claire.

-Oui, bien sûr. Mais je suis un grand garçon, Claire, et Sherry est une grande fille. Ce n'est pas à toi de décider qui nous fréquentons. Je comprends que tu veuilles notre bien, ajoutai-je alors qu'elle allait dire quelque chose, mais ça ira, je t'assure.

-Bon d'accord, concéda Claire en soupirant. Tu gagnes pour cette fois. Mais je te préviens, s'il te fait du mal à toi aussi, et que je l'apprends, je ne réponds plus de rien.

-Oui, oui, dis-je.

Claire tourna les talons à une vitesse ahurissante, et je vis que Sherry me regarda avec insistance, mais je ne compris pas l'émotion qu'il y avait dans son regard avant qu'elle ne reprenne la parole.

-C'est la première fois que je vois Claire céder, dit-elle. C'était incroyable.

-Ça fait longtemps que vous vous connaissez ?

-Je crois bien que ça fait six ans. Leon est pour ainsi dire mon frère adoptif, alors Claire m'a adoptée aussi. C'est une fille géniale.

-Je suis bien d'accord. Je dois y aller, on se voit plus tard ?

-Oui. Probablement. A plus.

Sherry et moi partîmes chacun de notre côté, elle sans doute vers un cours et moi vers le réfectoire. J'avais un cours d'infos à cette heure-là, mais je compris, grâce à ma performance en allemand dans le cours précédent, que j'arriverai de moins en moins à me concentrer à cause de Jake. Du coup, je m'installai sur une table libre, et j'attendis. Pourquoi je ne pouvais m'empêcher de penser à lui, d'ailleurs ? Je me dis que c'était tout simplement parce qu'on venait de parler de lui, mais… Non. J'étais un minimum honnête avec moi-même, je savais qu'il y avait autre chose. Quelque part entre Claire, Sherry et Chris. Il était comme un point Godwin dans le petit cercle d'amis qui était le mien.

Et, à douze heures pile, le point Godwin entra en fanfare, pour ainsi dire, dans le réfectoire, toujours avec cette espèce d'aura de pure… je ne sais trop quoi d'ailleurs, qui faisait que tout le monde s'écartait pour le laisser passer. Seulement, je voyais sur la tête de certaines filles que ce n'était pas parce qu'elles le trouvaient effrayant qu'elles s'écartaient, les coquines. Non, leurs pensées à l'égard de Jake Muller me paraissaient évidentes. Et elles ne seraient sans doute pas de cette nature si elles savaient ce que je savais. Les pauvres.

Je ne pus m'empêcher de lui faire signe, bêtement, et il tourna les yeux vers moi, en me faisant signe aussi. Mauvais décision, tout le réfectoire s'est mis à me dévorer du regard, alors que Jake s'approchait de moi. Putain, moi qui détestais l'attention, je choisissais vraiment mal mes fréquentations, entre Claire la commère, Leon le mannequin, Chris le taureau et Jake le délinquant notoire. Je me rendis compte, en pensant ça, que je ne l'avais pas lâché des yeux une seule seconde depuis qu'il m'avait vu, mon regard comme absorbé par le sien.

-Yo, me dit-il en s'asseyant en face de moi.

A ce niveau-là, je m'attendais presque à ce qu'il s'assoie à côté de moi. Mais il devait penser, comme moi, que le face à face était plus pratique, et surtout plus raccord, pour une conversation.

-Yo, répondis-je d'un ton plat.

-Alors comme ça je dois apporter mes couilles au lycée ? ricana-t-il. Rassure-moi, tu te doutes bien que je ne peux pas venir sans, n'est-ce pas ?

-Arrête de faire le malin deux secondes, Muller, dis-je d'un ton un peu plus sérieux.

-C'est dommage. C'est ma spécialité. Enfin bref, de quoi voulais-tu me parler ?

Je mis de l'ordre dans mes pensées, histoire que ma requête, ou plutôt mon implacable interrogation, ne paraisse pas trop sotte. Sans trop de succès, alors je décidai de jouer franc jeu.

-Tout à l'heure, Redfield m'a dit quelque chose qui m'a troublé, commençai-je.

-Tu veux dire Chris ? dit Jake en levant un sourcil. Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

Je compris, par le ton méfiant de Jake, qu'il craignait que son ami ait craché le morceau. À juste titre, pour le coup. Et comme je n'avais aucune envie de ménager Chris, je continuai sur ma lancée. J'étais désolé pour lui, mais pas trop quand même. Faut pas déconner.

-Que tu étais 'intéressé', dis-je en faisant en sorte que mes guillemets soient audibles. Il m'a demandé mon numéro, alors j'en ai tiré des conclusions, et j'aimerais que tu m'éclaires.

-Et pour ça, j'ai besoin de mes couilles ?

-Arrête d'éluder, Muller. Ça me donne encore plus envie de tirer mes conclusions.

-Quelles sont-elles ?

-Tu as utilisé ce pari stupide pour m'approcher, laissai-je finalement partir. Et tu as dit que j'étais mignon. À ton avis, quelle conclusion j'en ai tiré ?

J'étais bêtement parti dans les aigus, et je sentais mes joues s'enflammer au moment où j'ai dit le mot 'mignon', tout en me remémorant le moment où ce mot m'était adressé, venant de Jake. Sa figure à lui, d'ailleurs, était devenue plus sérieuse. Je ne savais pas trop quoi en penser, jusqu'à ce qu'il parle de nouveau.

-Et ? Qu'en penses-tu ? me demanda-t-il finalement.

-Je vais te dire la même chose que j'ai dite à Redfield. Je ne suis pas vraiment intéressé, mais ça ne me gênerait pas de passer plus de temps avec toi. Dans une certaine mesure.

-Advienne que pourra, donc, comprit Jake. Ok, c'est mieux que rien.

-Je n'irai pas jusque là, mais…

-Ça te dirait qu'on sorte ce soir ? me coupa-t-il. Je connais un endroit sympa.

Waouh. Rapide.

-Si j'ai le temps de me préparer après les cours, oui, dis-je.

-Oh, ça va. On va juste dans un petit bar chicos, on ne va pas dîner chez François Hollande, s'esclaffa Jake. Reste naturel, ce sera super. Pas la peine de te changer.

-Respire dans ta porcherie si tu veux, Muller. Moi je ne sors nulle part si je n'ai pas pris de douche.

-Ok, ok, dit Jake en levant les mains au ciel. Tu changeras d'avis quand tu la visiteras, ma porcherie, je dis ça je dis rien.

-Quoi ?

-Non rien. Alors ? Amis ?

Jake me tendit la main. Cette poignée de main était de mauvaise foi, je le sentais bien. Il venait de dire qu'il envisageait déjà de m'inviter chez lui, après m'avoir traîné dans un bar louche. Autant dire que ses intentions étaient claires. Mais je ne me laisserai pas avoir. S'il tentait quoi que ce soit, je lui ferai regretter de parler de ses couilles en permanence. J'étais incapable de déterminer pourquoi je tenais tant à rester avec lui malgré tout. Ou plutôt si, je le savais en fait, mais j'étais encore dans un état trop précaire et trop buté pour me l'avouer.

-Amis, répétai-je en lui serrant la main.

Jake me fit un sourire ravageur qui fit faire une syncope générale à la table de groupies qui étaient derrière moi – je les ai entendues tomber de leurs chaises – et il remit son sac sur son épaule en lâchant qu'il devait aller en cours et qu'il viendrait me chercher à dix-neuf heures. Sachant que je finissais à dix-sept heures trente, ça me laissait le temps de rentrer, de manger quelque chose et de me changer. Trop aimable. Je me levai à mon tour une vingtaine de minutes plus tard, pour retourner en cours également.

Étonnamment, je réussis à penser à autre chose qu'à Jake pendant mes cours de l'après-midi, mais dès que je franchis le pas de chez moi, mon téléphone vibra pour me rappeler à l'ordre. Littéralement. Un numéro inconnu qui me demandait si c'était toujours bon pour dix-neuf heures, suivi d'un message de Claire, qui s'excusait. Je recollai les morceaux assez vite, et je la remerciai, évidemment. J'avais été assez con pour ne pas donner mon numéro à Jake, alors Claire avait dû le donner à Chris, qui l'avait donné à Jake. C'était sympa de sa part, sans doute une preuve de sa bonne foi par rapport à la discussion que nous avions eue ce matin. J'ai répondu à Jake que j'étais en processus de préparation, et il me dit qu'il serait devant chez moi à dix-huit heures cinquante-cinq. Magnifique.

Je sortis de la salle de bains à dix-sept heures trente, et j'hésitai sur la manière de m'habiller. 'Sois naturel' qu'il me disait l'autre. Le problème, c'est que je suis assez maniaque pour ne pas l'être. Chiotte. Au final, après presque vingt minutes de dilemme, je réussis à y aller au feeling – alléluia – et je pris au pif une chemise noire à manches longues et un jean bleu délavé. Deux fringues que je n'aurais jamais cru mettre ensemble, mais bon. Jake était assez sympa, ou assez intéressé je ne saurais le dire, pour m'inviter encore une fois, alors je pouvais bien faire cet effort pour lui. Je m'enfilai rapidement un petit sandwich au jambon, étant à peu près sûr que nous ne mangerions pas vraiment, avant d'enfiler une paire de baskets, et je sortis à dix-huit heures cinquante-cinq en enfilant une veste en jean pour effectivement trouver Jake devant chez moi, sur une moto qui faisait relativement peu de bruit, contrairement à ce qu'on pourrait penser en la voyant. Cependant, je relevai qu'on était habillés pareil, à part que son jean était noir et que sa chemise avait des manches courtes. Son sourire en me voyant arriver me faisait croire qu'il avait relevé aussi.

-Le carrosse de sa Majesté est arrivé, me dit-il en me faisant signe de monter derrière lui.

Je ne dis rien, me contentant de monter derrière Jake, en mettant mes mains sur sa taille. Il partit à fond la caisse, ce qui me força à me coller contre lui, mes bras autour de son ventre, et je crus l'entendre ricaner. Comme il n'avait rien d'autre que sa chemise, j'avais une prise presque directe sur ses abdominaux, et… Je n'arrive pas à croire que je pense ça. Il fallait que je calme mes pensées si j'étais destiné à passer la soirée avec Jake.

-On y est, dit-il, me réveillant d'un seul coup.

Je me rendis compte que, effectivement, nous étions arrivés dans un parking, et que je m'accrochais encore comme une sangsue à mon chauffeur. Là encore, je rougis bêtement, et ça amusait Jake. Ça se voyait sur son visage.

-Allons-y, déclara-t-il.

-Je te suis, répliquai-je.

Jake se dirigea vers l'entrée du bar, en saluant les types qui faisaient office de videurs. Ils me jetèrent un regard oblique, et Jake leur glissa un mot dans l'oreille, sans doute pour me laisser passer. Je rejoignis donc Jake, qui venait de franchir le cadre de la porte.

-Je croyais que c'était dans un bar qu'on allait, dis-je.

-C'est un bar. Mais comme je te l'ai dit, c'est un bar chicos. Il se passe souvent des trucs par ici, alors ils jouent la sécurité.

-Tu as l'air d'être un habitué en tous cas, notai-je.

-Je ne vois pas ce qui te fait dire ça, dit Jake en croisant les bras sur son torse.

Pour une fois, le timing, joua en ma faveur, car deux types au bar, une serveuse et un barman saluèrent Jake comme s'ils étaient de la même famille. Jake m'adressa un rire jaune, et m'invita à le rejoindre à une table. Là encore vint le moment de passer des commandes, mais cette fois, par contre, il m'ordonna de prendre de l'alcool.

-Sinon quoi ? le défiai-je en plantant mon regard dans le sien.

S'il croyait qu'il m'effrayait, il se fourrait le doigt dans l'œil jusqu'au coude.

-Sinon tu payes, se marra Jake.

Je grimaçai, en commandant une bière aussi. Là, il m'avait bien eu.

-Comment tu fais pour être pété de thune comme ça ? demandai-je.

-J'ai un boulot étudiant dans le fast-food de l'école. En gros, je bosse toujours au même endroit.

-Tu as bien de la chance, concédai-je entre deux gorgées de bière.

-Tu veux venir bosser avec moi ? Je pourrai toucher un mot au directeur, on pourrait se voir plus.

Je levai les deux sourcils en même temps. Jake tourna le regard pour finir sa bière en deux gorgées et en commanda une autre. Si ça continuait comme ça, il allait rouler sous la table largement avant moi. Un type, qui m'a dit s'appeler Ben, nous a invités, Jake et moi, à jouer aux petits chevaux. Je commençai à douter sur leur état d'ébriété, et mes doutes se confirmèrent lorsque lui et son pote Marco ont commencé la course de chevaux, en essayant de monter dessus. Jake et moi on s'est bien marrés en les regardant, surtout quand, voyant que les petits chevaux n'étaient pas très bien apprivoisés, c'est Ben qui a utilisé Marco comme cheval. C'était assez surréaliste, j'avais l'impression de regarder deux élèves de maternelle jouer dans la cour de récré.

Jake, lui, continuait de boire, beaucoup plus vite que moi. Je m'étais arrêté à trois bières, alors que Jake attaquait la septième. Je lui dis de ralentir, mais il m'ignora. Je ne savais pas trop ce que ça voulait dire. J'avais envie de dire que s'il voulait se bourrer la gueule, il aurait très bien pu le faire sans moi. Et, après deux ou trois tours complets, Ben et Marco revinrent vers moi, et ils paraissaient plus en forme que Jake, qui était affalé sur la table. Finalement, c'est avec les deux poivrots que j'ai discuté, en me rendant compte qu'ils étaient bien plus lucides que je ne le pensais. Peut-être qu'en réalité, ils étaient toujours comme ça…

Contrairement aux apparences, Ben avait seulement vingt-et-un ans, soit deux ans de plus que moi, et, en plus, on était dans la même école parce qu'il avait doublé sa deuxième année. D'ailleurs, il était aussi surpris que moi en l'apprenant, il s'étonnait de ne m'avoir jamais vu. Marco, lui, avait vingt-deux ans et travaillait en tant que manutentionnaire dans l'entrepôt du bar, où il avait connu Ben. Ils étaient inséparables depuis, et avaient connu Jake peu après, comme les deux tiers du bar. D'ailleurs, c'est à ce moment là que j'ai appris que Jake avait seulement dix-sept ans. Il faisait vraiment plus vieux, et il comatait définitivement sur la table. Je dis aux deux compères que j'allais un peu aux toilettes, en leur demandant de garder un œil sur mon compagnon.

Je m'arrêtai devant un lavabo, en face d'un miroir, pour voir ma tronche. J'avais les yeux légèrement rouges, sans doute à cause des effluves que je n'ai remarqués qu'à cause du différentiel atmosphérique entre la salle et l'air pur des toilettes, mais j'avais encore l'esprit clair. Une mine effroyable, mais l'esprit clair. Je me jetai une grosse gerbe d'eau dans la figure, histoire de me réveiller un peu. Seulement, il a dû y avoir une petite goutte qui s'est glissée dans ma bouche, car je me mis à tousser comme un porc. Après une grosse quinte de toux, j'entendis quelqu'un entrer. Je me retournai, c'était Jake qui était dans le cadre de la porte, sans chemise.

-Te voilà Piers, me dit-il d'une voix étrangement calme.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

Il s'approcha de moi en boitant franchement, et, plus rapidement que je ne l'aurais cru, il fut juste en face de moi.

-Je suis… commença-t-il.

-Tu es ? répétai-je.

-Je suis… Je crois… Je suis vraiment vraiment dingue de toi, Piers. Tu me rends complètement flagada.

-Quoi ? bégayai-je.

Il tomba sur moi, et je le rattrapai par réflexe. Dès qu'il réussit à se redresser, il colla son front sur le mien avant de m'embrasser fougueusement sur les lèvres.

Autour de moi, tout se figea. Mon cerveau, que je croyais engourdi, fonctionnait à mille à l'heure. Seulement, comme je le craignais, je n'avais ni la force ni l'envie de me débattre. Mes semblants de doutes concernant mes sentiments pour Jake Muller s'étiolèrent en même temps que la volonté de me battre contre lui. A la place, je me pendais à son cou. Alors que je croyais qu'il perdrait ses moyens avec l'alcool, comme me l'avait annoncé sa déclaration boiteuse, en réalité, j'avais plutôt l'impression contraire lorsqu'il attrapa mes genoux pour me soulever, se coller un peu plus à moi, m'asseyant sur le lavabo.

J'avais chaud, d'un seul coup.

Il arrêta de m'embrasser sur les lèvres pour m'embrasser dans le cou, en effectuant des mouvements explicites avec son bassin. Je sentais sa respiration hachurée sur ma gorge, et ça avait le mérite de m'exciter bien comme il fallait.

-Tellement appétissant, articula Jake en déboutonnant ma chemise avec ses dents.

Je crus entendre la porte s'ouvrir puis se refermer, quelqu'un lâchant un truc du genre 'désolé de déranger', mais je m'en foutais. Mon esprit était occupé par autre chose. Une fois au dernier bouton, Jake remonta sa tête vers mon cou, non sans coller la langue sur ma peau, allant de mon nombril à mes clavicules. Je frissonnai un bon coup, en écartant encore plus les jambes en attendant que Jake se recouche sur moi pour m'embrasser dans le cou. Mon cœur battait à fond les manettes, et je sentais que le sien aussi. Je me mis à gémir, sans pouvoir m'en empêcher. Je m'agrippai à son dos comme si ma vie en dépendait, haletant de plus en plus, sentant le plaisir monter

Sauf qu'à un moment, Jake s'est arrêté, la tête plantée dans mon cou.

-Jake ? dis-je à mi-voix.

Je le lâchai pour essayer de le regarder, et il glissa d'un seul coup, s'étalant par terre.

-Jake ! répétai-je, un ton plus haut en tombant sur mes pieds.

En entendant quelqu'un arriver, sans doute après mon exclamation, je reboutonnai vite ma chemise, en essayant de reprendre mon souffle. C'était Ben et Marco, qui semblaient inquiets eux aussi. Et ils se précipitèrent vers Jake, dès qu'ils le virent par terre.

-Il s'est endormi ce con, largua Marco d'un ton soulagé. Je vais le ramener chez lui, ça vaut mieux.

-Tu pourrais l'amener chez moi plutôt ? demandai-je d'un ton que j'entendais comme inquiet. J'aimerais être là quand il se réveillera.

-Ouais ok, opina-t-il. Il y a assez de place pour tout le monde dans ma bagnole. Tu viens avec moi pour me montrer le chemin.

-D'accord, acquiesçai-je

-Je vais prendre la moto, moi, déclara Ben. Tu diras à Jake que c'est moi qui l'ai.

Nous nous mîmes donc tous d'accord sur notre itinéraire, et, une fois le plan en place, nous sortîmes tous les quatre du bar. Je ne lâchai pas Marco d'une semelle, alors qu'il portait Jake sur son dos. Je remarquai à ce moment-là qu'il était encore plus taillé que Jake, qui avait déjà une musculature conséquente. Sans doute le boulot de manutention qui fait les muscles, remarque. Du coup, je n'arrivais pas à m'ôter ce qui venait de se passer de la tête. J'avais pour ainsi dire pété les plombs, et je ne savais pas du tout comment, ou plutôt si j'allais expliquer ça à Jake. Enfin, étant donné qu'il va se réveiller chez moi, les explications s'imposeront d'elles-mêmes. J'avais fait une erreur tactique en proposant ça, mais c'était trop tard. Il me faudrait assumer jusqu'au bout mes impairs de la soirée. Marco a été assez gentil pour poser délicatement Jake sur mon lit, et il fut parti dès que j'eus couvert le gros bébé, et après que je lui ai promis qu'on se reverrait.

Une fois seul avec moi-même, j'eus un gros black-out. Qu'est-ce qui avait pris à Jake ? Qu'est-ce qui m'avait pris à moi ? Je pensais ne pas être un garçon facile, mais j'étais tombé dans les bras de Jake avec une facilité déconcertante. J'avais compris relativement vite ses intentions à mon égard, et je pensais pouvoir y résister, persuadé que ce ne serait qu'une passe. Que Jake se remettrait de l'espèce de coup de foudre spontané qu'il semblait avoir eu pour moi après avoir plus ou moins tiré ses conclusions me concernant, mais c'était impossible de penser ça maintenant. Je faisais de la psycho, et je savais bien que l'état d'ivresse était un état de vérité presque absolue. Les gens bourrés disaient toujours ce qu'ils pensaient, et faisaient toujours ce qu'ils voulaient vraiment. Et Jake m'avait dit qu'il était dingue de moi, commençant clairement à m'entreprendre. Dans tous les sens du terme. Rien que le fait d'y repenser faisait accélérer mon pouls. Jusqu'où cela aurait été si Jake n'avait pas bu la bière de trop qui l'a plongé dans un sommeil nécessaire ? Est-ce que je l'aurais empêché de faire plus ? La réponse était évidente, maintenant : non. Non, je ne l'aurais pas empêché. Je me souviens clairement de la petite mais violente once de déception qui a transpercé ma matière grise de part en part quand Jake est tombé raide. Sans doute étais-je juste assez pété pour me rendre compte que je le désirais vraiment, en réalité ? Oui, c'était sans doute ça.

Avec l'esprit clair, je me permis de prendre une douche revigorante. Il était presque minuit, mine de rien. La partie de petits chevaux de Ben et Marco avait pris plus de temps que je ne le pensais. Je laissais tomber la flotte sur mon visage, pour me rafraîchir un peu plus, et je me mis en tenue de nuit pour aller dormir sur le canapé, après avoir été chercher une couverture dans ma chambre. Je ne pus m'empêcher de regarder Jake, qui ronflait tranquillement dans mon lit, en souriant sottement, finissant par m'avouer ce que je refusais catégoriquement depuis hier après-midi. Oui, j'ai un béguin de lycéen pour ce sale gosse, qui a une tendance à la picole et qui ne mâche ni ses mots ni ses intentions, cachées derrière une carapace de timidité. C'est vrai que la timidité est bien un des derniers traits que je m'attendais à trouver chez un type qui en impose comme Jake Muller. J'allai donc me coucher, et, évidemment, je rêvais de lui. Une science-fiction où je suis un rescapé de guerre, fou amoureux de mon supérieur, le capitaine Chris Redfield, et où Jake Muller est mon colocataire d'hôpital, avec qui j'entretiens un amour vache plein de tendresse. Étrange.

Le lendemain, je n'étais toujours pas très frais, mais déjà dans un meilleur état que le jour précédent. Il était neuf heures quand je me suis réveillé, mes cours commençaient dans trois heures. Ce qui était une des raisons évidentes pour lesquelles j'avais dit oui à Jake le jour précédent. Les autres étant bien plus implicites, évidemment. En parlant de lui, je me demandais comment il allait. Je me levai lentement et douloureusement, comme un retraité plein de rhumatismes, et je grimpai l'escalier qui menait à ma chambre. Il était encore dans le lit, couché sur le côté, dos à la porte d'entrée. Cependant, d'où j'étais, j'étais incapable de déterminer s'il dormait ou non. En tous cas, il ne ronflait plus. Je m'approchai de lui à pas de velours, de peur de le réveiller, mais au final, je me dis qu'il faudrait peut-être que je le réveille.

-Jake ? tentai-je, à mi-voix.

Il réagit au quart de tour, pour ainsi dire, en se retournant vers moi. Je ne rêvais pas, il avait bien remis sa chemise, hier soir ? Il avait dû l'enlever pendant la nuit.

-Salut, murmura-t-il d'une voix endormie.

-Comment tu te sens ?

Jake ouvrit la bouche pour me répondre, mais rien ne sortit. Il ouvrit les yeux en grand, en me regardant droit dans les pupilles, comme en train d'essayer de recoller les morceaux.

-Qu'est-ce que tu fous là ? me demanda-t-il, du coup.

-Tu es chez moi. Tu es tombé raide hier soir, et Marco m'a aidé à te ramener ici.

-Je me disais bien que ça ne ressemblait pas à ma chambre, marmonna-t-il en se frottant les yeux et en regardant autour de lui. Donc vous avez fait ami-ami tous les deux ?

-En quelque sorte, dis-je en comprenant de qui il parlait. Il avait une voiture pour te remorquer, et c'est Ben qui a ta moto.

-Ok. C'est sympa de leur part, mais ça m'étonne de toi.

-Tu pensais sincèrement que j'allais te laisser moisir dans le bar ? dis-je d'un ton remonté

-Tu ne me portes pas dans ton cœur, pourtant.

« Je suis dingue de toi, Piers ». Ces mots retentissaient dans ma tête à chaque fois que j'entendais Jake parler. Je devais rester ultra concentré pour comprendre ce qu'il me disait réellement, et surtout pour ne pas sortir de connerie.

-Admettons, dis-je finalement. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas le sens pratique.

-'Admettons' ? répéta Jake. Serait-ce une déclaration ? ricana-t-il.

Déclaration. Pourquoi a-t-il fallu qu'il emploie précisément ce terme. Là, en plus d'entendre ses mots, encore et encore, je l'imaginais de nouveau sur moi, à en vouloir toujours plus. Je me sentis clairement rougir, mais j'espérais que Jake avait encore assez la tête dans le cul pour ne pas s'en apercevoir.

-Je n'ai jamais dit que je te détestais, Jake, admis-je. J'ai juste du mal à exprimer…

-Jake ? Avant c'était Muller par ci, Muller par là, maintenant c'est Jake ? Y a du progrès, dis-moi.

Décidément, il était très attentif, pour quelqu'un d'à peine réveillé.

-Si nous sommes amenés à nous voir plus, je me suis dit que c'était plus logique, improvisai-je

-Quelle montée en grade, s'esclaffa Jake. Tu me flattes, mon grand. Alors comme ça je suis chez toi ?

-Ouais. Le petit déjeuner est servi dans trente minutes, tu peux aller te débarbouiller. La salle de bains est au fond du couloir, prépare-toi psychologiquement, il faut qu'on parle.

-Oui monsieur ! Bien monsieur !

Sur ces bonnes paroles, je sortis de la chambre avant que Jake Muller n'ait la bonne idée de se désaper devant moi, ce qui serait le coup de grâce pour mon pauvre cœur, avouons-le. Pour mon pauvre cœur, et pour mon esprit pervers, accessoirement.