James avait serré Sirius Black dans ses bras pendant un très long moment et ses parents s'étaient ajoutés à l'étreinte, puis Lily s'était retrouvée dans ceux de Mary, d'Alice, de Rémus et de tous les autres, et c'était comme s'ils avaient été séparés pendant des mois. Elle avait l'impression d'avoir tout oublié d'eux, d'avoir tout manqué, et elle n'arrivait pas à répondre à toutes leurs questions, et elle avait la tête qui tournait.

La réunion de l'Ordre avait duré des heures et des heures ce jour là. Lily n'avait pas beaucoup parlé, James avait fait tout le travail. Leur septième année en tant que préfets-en-chef avait appris à tout le monde que c'était habituellement l'inverse, mais cette fois-ci, tout était différent.

Ils se connaissaient. Elle ne savais pas quelle était sa couleur préférée, ni quelle chanson il écoutait quand il était triste, bien qu'elle doutait que cela lui arrive, et elle ne savait pas non plus quelle était son équipe de quidditch favorite, s'il préférait les chats, les chiens, ou les hippogriffes, mais elle savait que s'il s'occupait de répondre à toutes les questions, c'était parce qu'il était bien conscient qu'elle ne le pouvait pas. Pas pour l'instant, en tout cas.

Elle pensait à Agatha. Elle n'arrivait pas à faire autrement. Elle écoutait à peine les explications de James, les recommandations du professeur Dumbledore, les exclamations de surprise des autres, et elle sursauta à peine quand, après un vote, Kinglsey Shacklebolt brisa volontairement le miroir pour l'empêcher de retomber entre de mauvaises mains en jetant un sort qu'elle ne reconnut pas.

Elle crut entendre Sirius expliquer quelque chose à James par rapport à son évasion, au fait qu'il ne puisse plus retourner dans son appartement et qu'il ait passé le plus clair de son temps dissimulé dans le quartier général en attendant qu'ils reviennent et qu'il s'y soit tellement plu qu'il se demandait s'il n'allait pas y passer sa vie, mais encore une fois, elle n'écouta que d'une oreille distraite.

Elle ferma les yeux un instant et prit une profonde inspiration. Elle tremblait un peu. Rémus, à côté d'elle, l'avait remarqué, et sa main s'était posée sur son épaule en guise de soutient. Il en avait fait, des missions, il savait bien ce que l'on ressentait quand on avait l'impression de se perdre.

Peter, lui, restait en retrait mais lui envoyait des sourires amicaux. Il n'était pas celui auquel elle préférait se confier même s'il savait très bien écouter, elle était plus à l'aise avec Rémus.

Son regard plein de compassion et d'inquiétude était resté sur elle pendant presque toute la réunion, comme s'il attendait le moindre signe de sa part pour l'emmener quelque part, dans un endroit où ils pourraient discuter sans être interrompus par qui que ce soit, et dès que les membres commencèrent à se lever de leurs chaises, elle attrapa son ami par la manche et le traîna dans une pièce adjacente où elle fondit en larmes.

Elle n'avait aucune idée de ce qu'il se passait en elle. Elle ne savait pas si ses nerfs lâchaient, si elle était contente d'être en sécurité parmi ses amis, ou si elle était effondrée d'avoir perdu Agatha et rompu une promesse par la même occasion. C'était sûrement un peu de tout, et elle se confia à Rémus pendant plusieurs minutes. Il l'écouta silencieusement, avec cette espèce de bienveillance qu'elle aimait tant chez lui, et quand elle eut enfin terminé, il lui adressa un sourire tendre qui lui réchauffa le cœur.

Elle lui expliqua tout sur Agatha, la souffrance qu'elle ressentait en sachant qu'elle n'avait pas pu la sauver, la colère qu'elle avait contre elle-même, et cette envie intense, de rester enfermée toute sa vie chez elle et de ne plus entendre parler de mission, qui la rongeait.

« On est tous passé par là, la rassura t-il en lui tapotant le dos.
- Comment tu fais pour y retourner ? Lui demanda t-elle en le regardant droit dans les yeux.
- Il y a plein de gens qui ont besoin d'être sauvés. J'essaie de me focaliser sur ceux-là plutôt que sur ceux que j'ai déjà perdu. Nous sommes le dernier rempart à la guerre, ils ont besoin de nous. Je sais que c'est compliqué pour toi de réaliser cela aujourd'hui, mais vous avez réussi, Lily. La mission a été un succès, et tu ne le vois pas, mais tu as sauvé des vies. »

Elle renifla bruyamment et demeura un long moment avec lui, essayant de croire le plus possible en ses mots, car elle savait qu'il avait raison. Rémus avait rarement tort sur quoi que ce soit.

« Merlin, je suis contente de te retrouver, souffla t-elle finalement avant de l'étreindre.
- Lily, on nous... »

James venait de débarquer dans la pièce et il s'arrêta net quand il les vit s'enlacer. Il se racla la gorge, et ce fut Rémus qui s'écarta de Lily en premier, lançant à son meilleur ami un coup d'oeil qu'elle ne sut comment interpréter.

« Ils nous attendent pour fêter la réussite de la mission, reprit James sur un ton neutre.
- Ok... Hum... J'arrive, bafouilla t-elle en se retournant pour essuyer ses joues humides. »

Elle ferma les yeux, inspira profondément, et ne se retourna que lorsqu'elle entendit la porte se refermer. Elle pensait être seule, mais Rémus était toujours là. Il était à moitié assis sur une vieille commode poussiéreuse près de l'entrée et il l'observait curieusement.

« Pourquoi est-ce que tu me parles à moi, et pas à lui ?
- Je parle toujours avec toi, répondit-elle en lui rendant son regard interrogateur.
- Tu as passé presque une semaine avec lui. Il sait mieux que moi ce que vous avez vécu, tu devrais discuter avec lui.
- Rémus, est-ce que tu réalises ce que tu dis ? C'est déjà un miracle qu'on ne se soit pas entre-tués.
- Tu n'aurais jamais fait quoi que ce soit qui puisse nuire à son... Attends, son quoi, déjà ? Ah, oui. Son « physique parfait », la cita t-il en détachant soigneusement les mots avec un sourire malin.
- Oh ferme là, Lupin, marmonna t-elle en lui lançant un regard mauvais.
- J'espère au moins que tu en as bien profité.
- Je vais utiliser ma baguette sur toi, le prévint-elle.
- C'était comment, de s'endormir à côté de lui ? De se réveiller à côté de lui ? De déjeuner et de dîner avec lui ? De prétendre être sa femme ? Comment étaient toutes ces choses que tu ne referas plus ? Poursuivit-il. »

Elle ne répondit pas. Il ne souriait plus vraiment. Ses yeux bruns étaient accrochés aux siens, et elle avait l'impression qu'il la testait et qu'il savait très bien que son estomac était en train de lui jouer un sacré tour, à se tordre dans tous les sens. Elle n'avait soudainement plus aucune envie de l'écouter, alors elle passa devant lui et quitta la pièce.

James était debout au milieu d'un cercle formé par tous les membres de l'Ordre, un verre à la main, et Lily se trouva propulsée à côté de lui sans qu'elle ne comprenne qui l'avait poussée, mais elle suspecta fortement Sirius Black qui lui servit rapidement un peu de whisky-pur-feu en souriant. Il sembla à Lily qu'il avait oublié qu'il lui en voulait pour le secret de Rémus. Ou peut-être qu'ils avaient simplement dépassé tout cela, peut-être que le simple fait qu'à un certain point, ils aient craints pour la vie l'un de l'autre avait effacé toutes les rancoeurs.

« Merci à tous d'être là, commença James. Je pense que je parle pour nous deux quand je dis que ça fait du bien d'être à la maison. »

Il baissa les yeux vers Lily, et elle hocha la tête puis lui lança un sourire bref auquel il ne répondit pas. C'était étrange de se retrouver avec lui au milieu de leurs amis. Ils n'avaient rien partagé jusqu'à quelques jours plus tôt, et maintenant, tout le monde les regardait sans imaginer une seule seconde ce qu'ils avaient vécu. Elle n'aimait pas beaucoup cela, cette impression d'être la seule, en dehors de lui, à savoir comment ils avaient évolué.

« Enfin, bref. Je suis juste impatient de retrouver mon lit, alors dépêchons-nous de faire la fête ! Conclut-il sous les rires.
- Il n'a pas hérité des talents d'orateur de sa mère... Le tacla discrètement Fleamont, faisant sourire Lily. »

Elle but un verre de whisky-pur-feu. James, moins raisonnable, deux ou trois. Elle le surveillait du coin de l'oeil tout en étant bien consciente que Rémus la fixait d'un air encourageant. Il n'avait pas besoin de prononcer les mots pour qu'elle les entende. S'il avait pu la pousser vers lui, il l'aurait fait, mais Lily était en train de discuter avec Mary MacDonald et Fleamont Potter, tous les deux ravis de la retrouver

« Ton travail sur le polynectar était impressionant. James m'a dit qu'il aurait pu encore faire effet pendant des heures si tu n'avais pas pris un antidote aussitôt arrivée ici, la félicita Fleamont.
- Je n'ai fait que mettre le cheveu et mélanger. Le reste, nous l'avions préparé ensemble avant de partir.
- Tu es beaucoup trop modeste, Lily, lui fit remarquer Mary. »

Elle haussa les épaules tout en rougissant pendant que Fleamont appuyait Mary, et elle resta là, à les écouter pendant de longues minutes sans vraiment savoir quoi dire. Elle avait perdu ses mots ce jour là, et elle ne semblait pas les retrouver.

Elle se décida à partir après s'être massée brièvement la nuque pour la quatrième fois, exténuée. Elle fut surprise de l'étreinte de Fleamont, mais pas de celle d'Alice, et elle adressa un signe de main aux autres avant de se diriger vers l'entrée du quartier général. Elle ouvrit la porte mais se retourna quand elle entendit les rires de James et Sirius mêlés, un peu plus loin.

Elle resta immobile quelques secondes, se demandant s'il était vraiment correct de partir de cette façon, sans même lui adresser un seul mot, et puis elle chassa ses doutes, referma la porte et s'en alla. Il s'amusait, et elle ne voulait pas être celle qui mettrait un terme à ses retrouvailles avec son meilleur ami. Il avait tant été inquiet à l'idée de le perdre, elle avait l'impression qu'elle lui devait cela. Ce n'était pas comme si James était du genre à s'en formaliser.

Elle transplana et balança son sac dans son appartement. L'odeur était familière, rien n'avait bougé, à part un bouquin de sa bibliothèque qui s'était retrouvé sur la table. Rémus lui avait dit qu'il viendrait un peu traîner chez elle pour s'occuper de son chat, et elle en avait été soulagée, car sa première idée avait été de recontacter Pétunia pour le lui confier, et Merlin seul savait comment elle aurait retrouvé la pauvre bête.

« Coucou toi, murmura t-elle quand la boule de poils rousse trottina jusqu'à elle en lâchant un miaulement déchirant. »

Elle lui grattouilla le haut de la tête et ensorcela le sac de croquettes pour qu'une quantité raisonnable se renverse dans la gamelle de Snap qui se hâta d'aller tout dévorer. Il avait une véritable passion pour la nourriture, si bien qu'elle ne pouvait rien laisser à découvert sans qu'il ne s'empresse d'aller l'avaler, mais elle n'avait jamais réussi à lui en vouloir. Sa grosse bouille avait raison d'elle à chaque fois.

Elle s'effondra sur son canapé, jeta un coup d'oeil à l'horloge, et soupira quand elle constata qu'il n'était que vingt heures. Elle avait l'impression que la nuit était déjà tombée depuis des lustres. Elle s'allongea, remonta son plaid gris sur ses épaules, et ferma les yeux.

Elle avait pensé que ce serait un soulagement de se retrouver enfin seule chez elle, mais plus elle essayait de s'endormir, et plus elle avait l'impression qu'elle n'y parviendrait jamais. Tout était trop silencieux, et elle passa des heures et des heures à se retourner sans trouver la position idéale, alors elle battit en retraite.

Elle soupira lourdement, se redressa, et enfonça sa tête dans ses mains. Elle ne pouvait plus voir qu'une seule chose : sa solitude. Elle avait peur. Elle était du genre courageuse, mais ces derniers temps, elle avait l'impression de ne plus savoir pourquoi le choixpeau l'avait envoyée à Gryffondor huit ans auparavant.

Le tic tac de son horloge était en train de la rendre folle. Elle avait quitté une prison, mais le fait d'être isolée chez elle lui donnait l'impression d'en avoir retrouvé une autre. Son chat sauta sur ses genoux, et elle le caressa un moment, pensive, se demandant à quel point elle était dingue d'avoir subitement envie de retourner dans cet horrible appartement dans lequel elle avait vécu presque une semaine alors qu'elle avait passé presque deux heures à expliquer à Rémus qu'elle ne referait plus jamais de mission... Sa main se stoppa entre les deux oreilles de Snap.

« Bouse d'hippogriffe... Chuchota t-elle. »

James n'était pas là. Elle ne s'était pas disputée avec lui. Ils ne s'étaient pas réconciliés. Son appartement était froid, sans vie, sans cri, sans rire, et elle était gelée à l'intérieur, comme si tout son corps était dans l'attente de quelque chose qui n'arriverait jamais si elle restait là. Elle souffla plusieurs fois, les yeux rivés sur le sol, à se demander si elle allait vraiment faire ce qu'elle avait en tête, et puis elle se leva, Snap dans les bras, et elle balança son sac sur son dos avant de quitter son appartement.

« A quel point est-ce que je suis malade ? Se répéta t-elle une bonne dizaine de fois après avoir transplané. »

Elle savait où habitait James pour avoir été cherché Rémus là bas à de nombreuses reprises. C'était un quartier huppé du Londres moldu, et Lily avait toujours été étonnée de le savoir ici. Elle ne le voyait pas vraiment se mélanger à une culture qu'il ne connaissait pas, mais son ami lycanthrope lui avait plusieurs fois fait remarquer qu'elle n'avait absolument aucune idée de qui était vraiment James Potter.

Son chat dans les bras, elle monta quatre à quatre les escaliers du grand immeuble, le maudissant d'habiter au dernier étage alors que des muscles dans ses cuisses dont elle avait partiellement oublié l'existence lui faisaient vivre un calvaire. Arrivée en haut, elle reprit son souffle et frappa quelques coups à la porte.

Elle patienta un moment, et songea qu'il ne devait pas être rentré, ou qu'il était sûrement allé terminer la soirée chez Rémus, ou Peter, mais pile au moment où elle se retourna pour entamer la descente de l'escalier en pestant contre lui de ne pas être là, elle entendit un cliquetis derrière elle, et il la dévisageait en fronçant les sourcils, se demandant probablement ce qu'elle faisait là, et elle se sentit vraiment stupide pendant une minute.

« Tu veux entrer ? Lui proposa t-il. »

Elle hocha timidement la tête. Elle n'était jamais allée chez lui. Rémus l'attendait toujours devant la porte, ou en bas du bâtiment, et quand il s'effaça pour la laisser passer elle découvrit un joli appartement, plus modeste que ce qu'elle n'aurait cru, mais avec une certaine classe qui correspondait parfaitement au jeune homme qui était devant elle.

De grandes baies vitrées s'étalaient sur toute la longueur du salon et donnaient une vue absolument époustouflante de la ville. Elle resta bouche bée devant pendant une longue minute avant de s'apercevoir que James était à côté d'elle et qu'il avait légèrement tendu la main pour caresser le chat qui ronronnait toujours dans ses bras.

« Oh, non, surtout pas ! le prévint-elle en s'écartant. Tu n'imagines même pas le nombre de fois qu'il a griffé Rémus. Il déteste les hommes, expliqua t-elle alors que son camarade lui lançait un regard interrogateur.
- Vraiment ? »

Il avait posé la question en souriant et s'était approché si vite qu'elle n'avait pas eu le temps de faire un pas en arrière quand il avait tendu les bras vers elle pour subtiliser l'animal. Leurs mains s'effleurèrent subrepticement mais elle l'ignora, trop troublée par la réaction de son chat qui se laissa attraper sans afficher le moindre signe d'agressivité envers James.

« Qu'est-ce qu'elle raconte, ta maîtresse ? murmura t-il en le caressant. Tu ne ferais pas de mal à un boursouf. »

Lily fixa Snap, perplexe, et quand l'animal se mit à ronronner, elle leva les yeux au ciel. Personne sur cette terre ne semblait pouvoir résister à James Potter, pas même son stupide chat qu'elle aimait de tout son cœur mais qui avait l'air de prendre un malin plaisir à la faire mentir.

« Qu'est-ce qui t'amène ? l'interrogea t-il sans quitter la petite bête des yeux.
- Je... »

Elle s'apprêtait à tout lui dire exactement comme le lui avait conseillé Rémus lorsque la porte d'entrée explosa à quelques mètres d'eux, laissant apparaître une quantité de mangemorts beaucoup trop impressionnante. Tout alla très vite. Un sort fusa vers eux, elle tira James par la manche pour qu'il se baisse, et la baie vitrée entière éclata, propulsant des morceaux de verres dans le vide.

« Accio balai ! »

James avait eu le réflexe de sortir sa baguette, et l'intelligence de ne pas essayer de se battre, pour une fois. Lily n'eut pas le temps de compter, mais elle eut l'impression que leurs assaillants étaient une dizaine, et elle ne sut exactement comment James et elle se débrouillèrent pour éviter les sorts qui se dirigèrent sur eux, ni comment elle se retrouva à une centaine de mètres du sol, sur le balai de son camarade qui fonçait plus vite qu'il ne l'avait jamais fait pendant un match de quidditch.

« Merde ! s'était-il exclamé rageusement après avoir volé pendant dix bonnes minutes.
- Tu crois qu'on les a semé ?
- Je n'en sais rien, répondit-il rapidement, continuant à filer comme le vent.
- Comment est-ce qu'ils nous ont trouvé ?
- De la même façon qu'ils ont trouvé Sirius. Nos protections ne sont plus assez efficaces. Il fallait s'y attendre. Ils vont vouloir notre peau maintenant qu'ils se sont rendus compte qu'on s'est fichu d'eux. »

Elle jeta un regard par dessus son épaule, mais elle ne vit rien d'autre que la pénombre au dessus des lumières de la ville. Son cœur battait à toute allure, et elle doutait réussir à le faire ralentir de si tôt.

« Où est Snap ? demanda t-elle subitement.
- Dans mon sweat, et je pense qu'on a battu le record de griffures, répondit-il en lâchant son balai d'une main pour attraper celle de Lily et la glisser légèrement sous son vêtement pour qu'elle puisse caresser l'animal effrayé.
- Je suis désolée, murmura t-elle, ses neurones se déconnectant un à un en songeant à son geste.
- Il a eu peur, c'est tout. »

Elle ne sut pas où ils allaient jusqu'à ce que James ne décide de se poser et qu'elle se sente transplaner. Ils avaient à peine quitté le quartier général qu'ils y étaient déjà revenus. Sirius était probablement en train de dormir à l'étage car ils ne le virent descendre les escaliers qu'une vingtaine de minutes plus tard, quand James pesta bruyamment au rez-de-chaussée après avoir envoyé une lettre brouillonne au professeur Dumbledore.

« Qu'est-ce que vous foutez là, tous les deux ? les interrogea t-il.
- Ils ont trouvé mon appartement, répondit James en passant une main nerveuse dans ses cheveux pendant que Snap se frottait à ses jambes, inconscient qu'ils venaient tous de frôler la mort.
- Merde.
- Exactement.
- Et toi ? demanda t-il à Lily.
- Moi ? répéta t-elle en pointant son index sur sa propre personne, puis en échangeant un regard avec James qui semblait tout aussi impatient d'entendre sa réponse que Sirius. Je n'arrivais pas à dormir, alors je...
- Alors tu es allée chez James ? compléta t-il en haussant un sourcil, un sourire narquois se dessinant sur son visage.
- J'avais besoin de parler ! réfuta t-elle en comprenant tout de suite où il voulait en venir.
- Oh, oui, bien sûr. Parce que vous n'avez passé la semaine qu'à parler, n'est-ce pas ? Continua t-il.
- A quel point es-tu jaloux, Black ? le questionna t-elle en essayant de ne pas paraître aussi embarrassée qu'elle l'était.
- Ca dépend. Combien de fois vous êtes-vous envoyés en l'air ?
- Aucune ! protesta t-elle d'un air révolté pendant que James les observait tour à tour sans intervenir, les mains dans les poches, l'air très amusé par la situation.
- Hum... Mais alors pourquoi est-c...
- Peut-on se concentrer sur le véritable problème ? Le coupa t-elle rapidement. S'ils ont trouvé son appartement, ils ont trouvé le mien aussi.
- Vous n'avez qu'à dormir ici.
- Il n'y a qu'une chambre, pointa James.
- Le lit est grand, répondit Sirius en lui adressant un clin d'oeil.
- Bonne idée. On va se serrer dans ton lit, déclara Lily. »

Les deux paires d'yeux se braquèrent simultanément sur elle pendant qu'elle jetait son sac à dos sur le canapé, fouillant à l'intérieur avant de reporter son regard sur Sirius.

« Ah, et comme James te l'a peut-être déjà expliqué, j'avais oublié de mettre mon pyjama dans mon sac, donc je dors nue. J'espère que ça ne te pose pas de problème. »

Sirius cligna plusieurs fois des yeux, et Lily vit James sourire imperceptiblement derrière son index en lui lançant un regard espiègle qui lui laissait à penser qu'il approuvait clairement ce qu'elle était en train de faire subir à son meilleur ami.

« Je me mets au milieu, c'est ça ? reprit-elle.
- Heu... Ben... Je... Cornedrue, peut-être que... Balbutia Sirius qui ne semblait pas comprendre la supercherie.
- Ah, oui, tu serais peut-être plus à l'aise si c'était James. Pas de problème, c'est normal, vous vous connaissez depuis longtemps, je comprends, trancha t-elle en entamant un mouvement vers les escaliers. »

Elle ne s'interrompit que quand le professeur Dumbledore débarqua dans le quartier général, les faisant tous se retourner en même temps. James lui expliqua rapidement ce qu'il venait de leur arriver pendant que Sirius esquivait délibérément le regard de Lily qui ne s'était jamais sentie aussi fière de sa vie d'avoir réussi à clouer le bec à quelqu'un.

« Est-ce qu'elle était sérieuse ? l'entendit-elle demander discrètement à James alors qu'il était en train de chercher une solution avec le directeur de Poudlard.
- Non, je ne l'étais pas, espèce de troll, répondit-elle en levant les yeux au ciel.
- Je le savais ! S'exclama t-il. »

Elle était positivement certaine du contraire, mais elle ne le lui fit pas remarquer. Elle était curieuse de savoir comment ils pourraient s'en sortir cette fois-ci. Ils avaient les mangemorts aux trousses, et Voldemort voulait probablement récupérer son miroir, ne sachant pas que Shackelbolt l'avait déjà brisé en mille morceaux. Il devait être furieux, et cela lui donna à la fois froid dans le dos, et lui procura un sentiment de victoire non négligeable qu'elle avait pourtant ignoré jusque là.

« Il y a Godric's Hollow, déclara le professeur Dumbledore. Je comptais en faire le prochain quartier général, mais celui-ci semble faire l'affaire pour le moment. Nous aviserons plus tard.
- Godric's Hollow ?
- Un manoir dans un petit village habité par sorciers et moldus. Il est hautement sécurisé, mais je vous conseille d'y rester cachés pendant un moment. Il paraît évident que vos têtes sont mises à prix... Ils vous traqueront sans relâche... Leur expliqua le vieil homme d'un air grave. »

James et Lily échangèrent un regard, bien conscients de ce que tout cela impliquait. Ils allaient encore devoir vivre sous le même toit. Partager le petit déjeuner, le déjeuner, et le dîner. S'endormir ensemble, se réveiller ensemble, passer la journée ensemble. Sans la moindre hésitation, ils hochèrent la tête d'un air entendu.