Crédits : l'univers de Bleach et ses personnages appartiennent à Tite Kubo.

Bonjour à tous ! Nous nous retrouvons pour le chapitre 8, mais je ne vous apprends rien. Alors, il ne s'y passe pas énormément de choses au sens propre, mais j'espère que vous l'apprécierez quand même. J'ai estimé que nos deux amis auraient besoin d'un peu de repos après leurs déboires dans la forêt et avec ce qui les attend en suivant.

Merci à Pauline pour sa review ! Oui j'ai osé l'acte sacrilège en séparant Ukitake et Kyôraku xD (et aussi avec le pauvre Hitsugaya). Pour l'instant, nous savons encore peu de choses sur ce qui les oppose. Enfin si, moi je sais, mais bon... J'avoue que pour le rapport entre Rukia et Hisagi, j'avais un peu peur qu'on me jette des patates, alors je suis soulagée en lisant ta review.


Chapitre 8 : Hisagi Shuuhei

Ils avaient fini par quitter le royaume du brouillard et son dédale de bambous. La vallée offrait un cadre davantage sécurisant, malgré son côté exposé aux regards. Par chance, les Shinigami avaient pu dénicher un coin plus reculé, légèrement arboré avec une petite source à disposition. Le paradis pour des voyageurs tout juste évadés d'un fortin en piteux état ! Comme ils croyaient rêver en découvrant ce lieu, il s'était décidé d'un commun accord que s'octroyer un temps de répit, avant de reprendre leur route, ne ferait de mal à personne.

Assise sur l'herbe, Rukia songea qu'il s'agissait de la première fois où elle pouvait réellement se détendre. La tension qu'elle ressentait jusqu'ici s'était allégée et les muscles de son corps se relâchaient peu à peu. Après les terres arides, l'ascension et la descente de la montagne, la traversée anxiogène de la forêt, elle ressentait le besoin de souffler.

De plus, quelque chose la dérangeait depuis quelques temps. Elle y pensait à chaque nouveau silence lorsqu'Hisagi et elle progressaient. C'était comme un poids pesant sur son cœur, une impression qui s'aggravait toujours un peu plus. Elle en était convaincue : ce monde ne lui apportait rien de bien, au contraire. Elle se sentait frustrée par sa propre faiblesse. La Shinigami ignorait beaucoup de choses et elle avançait à l'aveuglette, obligée de se reposer en partie sur une personne qu'elle ne connaissait pas. Elle ne savait toujours pas pourquoi personne ne se souvenait d'elle dans cet endroit. Cela voudrait-il dire qu'elle… n'existait pas dans ce monde ?

La jeune femme ignorait même si elle pourrait s'enfuir un jour. Chaque heure qui passait, elle sentait sa naïveté et la pureté de son cœur se racornir, comme si elle pourrissait sur place, sans rien pouvoir faire pour arrêter le processus. Peut-être n'était-ce que de fausses impressions. Les paroles d'Hisagi avaient très bien pu la heurter davantage qu'elle ne l'aurait imaginé et maintenant, elle s'imaginait gagnée elle aussi par une gangrène « spirituelle ». Mais au fond d'elle-même, Rukia savait que cet endroit cherchait à la déstabiliser, à la balayer tel un simple fétu de paille. Pour l'instant, faute de réponses, elle ne pouvait que lutter pour survivre. Comme Hisagi.

La petite brune tourna son regard vers le Shinigami aux cicatrices. Ce dernier se tenait accroupi, près de la source pour se rafraichir le visage, l'air préoccupé. Il resta un long moment à fixer l'eau. Il ressemblait tant au Lieutenant de la neuvième division. Rukia ne parvenait pas à imaginer que ces deux êtres n'étaient pas les mêmes. Et ce serait ainsi avec tous les autres Shinigami. Même Renji n'avait pas échappé à la règle.

« Renji… »

Elle avait senti que son cœur n'était pas tout à fait noir. Après tout, il lui avait laissé une chance de combattre pour sortir vainqueur de ce monde. Il y avait donc encore de l'espoir et cette idée suffisait à motiver la Shinigami. C'est aussi pour cela qu'elle avait accepté de faire confiance à Hisagi.

« Si Renji s'était montré incroyablement intelligent, je crois que j'aurais commencé à me faire du soucis... », songea t-elle avec une triste ironie.

Quant à Hisagi, il était plus difficile de juger les différences, vu qu'elle ne le connaissait quasiment pas dans son monde. Enfin, il lui avait toujours semblé un brin sévère et laconique… un peu comme là.

« Plus renfermé que cela, c'est Nii-sama. Ou bien… une huître. »

Le brun se tourna vers elle, comme s'il avait surpris ses pensées. Leurs regards se croisèrent et, dedans, on pouvait y lire des choses semblables, comme si les yeux de l'un n'étaient que le miroir des autres : tous deux portaient les marques de leur captivité et de leur fuite. C'était un reflet peu agréable à observer, mais il tissait un lien étrange entre ceux qui l'arboraient. Un triste lien, certes. Rien que l'on puisse souhaiter.

_ Qu'y a-t-il ? Demanda Hisagi brusquement.

_ Oh rien. Votre visage me perturbe, c'est tout.

Hisagi afficha une mine perplexe, ce qui s'apparentait, bien souvent chez lui, à de la surprise.

_ Hum… ce n'est pas vraiment ce que je voulais dire, rectifia Rukia. Vous l'avez compris : dans mon monde, il existe quelqu'un qui vous ressemble comme deux gouttes d'eau et qui porte le même nom. Vous n'êtes pas le seul. Kyôraku-san, Ise-san, Abarai… c'est la même chose.

Hisagi ouvrit la bouche, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Il semblait hésiter, aussi garda t-il le silence un court instant, les sourcils froncés.

_ Je ne comprends pas non plus. Toutefois, je pense que ce serait moins dangereux pour toi de ne pas faire le rapprochement entre nous et ceux que tu connais.

Rukia le savait déjà, mais c'était plus fort qu'elle. Après tout, n'importe qui n'aurait-il pas eu la même réaction ? Comment pourrait-il en être autrement ? La ressemblance était si frappante !

_ Cela nous a aidé pour Kyôraku-san, non ? Je connaissais le penchant de sa division pour le saké.

_ Je te l'accorde sur ce point, mais c'est assez troublant pour moi de savoir qu'il y a un… autre moi, dans un autre monde.

La jeune femme hocha la tête. C'est vrai qu'elle n'y avait pas songé. Cela devait faire une drôle de sensation, en effet.

_ Dans mon monde, Kyôraku-san et Ukitake-san sont amis, dit-elle soudainement sur un ton attristé. Je n'arrive pas à croire qu'ici, ils se livrent une guerre…

La remarque sembla retenir l'attention d'Hisagi. Il observa un moment la Shinigami et elle se rendit compte que le ton sur lequel elle avait prononcé le nom d'Ukitake laissait percevoir tout le respect qu'elle éprouvait pour lui. Et la déception n'en était que plus grande.

_ Ne t'en fais pas. Tous les deux sont plus intelligents que tu ne le croies.

Ces paroles sibyllines éveillèrent l'attention de Rukia. Que savait-il qu'elle ignorait ?

_ Et puis, poursuivit Hisagi, pour l'instant, Ukitake sort assez peu de ses souterrains.

Rukia manqua de s'étrangler à ces mots.

_ Quoi ?! S'exclama t-elle, sortant subitement de ses gonds, à la plus grande surprise d'Hisagi qui ne l'avait jamais vu ainsi. Le Capitaine Ukitake vit dans des souterrains ?! Comme un ver ?! Avec sa santé instable ?! C'est impossible ! Non non non, ce monde veut me tuer ma vision des Shinigami, ce n'est plus possible ! C'est un cauchemar et je vais bien finir par me réveiller !

Un sourire fendit les lèvres du brun face à elle, donnant à ses traits un aspect moins sévère. Il sembla même amusé par cette réaction spontanée. La retenue de Rukia commençait à se fissurer sans même qu'elle ne s'en rende compte.

Finalement, Hisagi reprit son sérieux, mais sans dureté, arborant plutôt une expression curieuse. Il s'accroupit devant Rukia, pour se mettre à sa hauteur, cette dernière profitant toujours de sa pause, quoique celle-ci fusse gâchée par ces soudaines révélations.

_ Tu sembles connaître beaucoup de Shinigami, dit-il.

Rukia approuva d'un simple hochement de tête.

_ Tu as dit « Capitaine » en parlant d'Ukitake. Il y a beaucoup de grades comme ça, dans ton monde ?

La jeune femme se maudit pour avoir parlé sans réfléchir. Après une vague hésitation, elle s'autorisa à lui parler un peu de sa Soul Society.

_ Oui. Vous êtes même Lieutenant. C'est pour cette raison que je vous appelle toujours Fukutaicho et que vous me rembarrez sèchement.

Après les derniers mots assenés amèrement, elle s'interrompit brièvement pour observer la réaction de son interlocuteur. Il eut seulement un rapide mouvement de recul, mais il se reprit. De toute façon, il le savait déjà puisque, lors de leur première rencontre, elle l'avait appelé ainsi, ce qui n'avait pas manqué de le faire réagir. Le Hisagi Shuuhei de ce monde semblait avoir une sacro-sainte horreur des grades.

Rukia, qui avait la fâcheuse manie de tout expliquer avec des dessins, se saisit d'une branche pour tracer des formes sur le sol, sous l'œil attentif d'Hisagi, qui ne semblait plus s'étonner de rien :

_ Les Shinigami sont, chez moi, réparti dans treize divisions, chacune étant régie par un capitaine. Il est en charge de toute une unité. Moi-même je fais partie de la treizième division. Celle du Capitaine Ukitake.

Un excès de fierté vint illuminer ces derniers propos. Néanmoins, Hisagi parut perplexe vis-à-vis des divisions, comme si on venait de lui réciter un cours de physique quantique.

C'était sûrement bien trop éloigné des lois de son monde. L'ordre d'un côté, le chaos de l'autre.

_ Les Shinigami les plus forts de ce pays sont des capitaines dans ton monde, n'est-ce pas ?

_ Oui, ils veillent au maintien de l'ordre. C'est pour ça, je suis surprise qu'ils aient versé dans la violence.

Hisagi eut un rire jaune :

_ Ce sont les pires ici.

Rukia ne releva pas, trop peinée pour dire quoi que ce soit. Hisagi ne paraissait pas se rendre compte du désarroi que ressentait la petite brune en songeant que l'ordre et la discipline étaient ici inexistants et que tous ceux en lesquels elle avait cru se conduisaient de la façon la plus détestable qui soit.

Par instinct, la Shinigami décida de ne pas trop en révéler à Hisagi, notamment sur la neuvième division. Elle ne souhaitait pas lui avouer qu'il était le Lieutenant de Tousen, surtout pas sans savoir comment se comportait le Capitaine de ce monde.

La question qui suivit la prit cependant au dépourvu :

_ Est-ce que tu connais bien mon… mon autre moi ?

Elle hésita.

_ Oh. Pas vraiment.

Un léger blanc fit suite à ces paroles. Rukia ne savait pas bien quoi dire d'autre. Lui expliquer qu'elle n'avait jamais vraiment eu l'occasion de côtoyer les autres divisions reviendrait à ramener au centre de la conversation le sujet des grades et des appartenances à telle ou telle faction. Elle préférait donc en dire le moins possible. Mieux encore, elle changea de sujet :

_ Et vous ? Vous arpentez les routes tout seul depuis longtemps ? Vous l'avez toujours été ?

Vu la tête qu'arborait le brun, parler de lui ne l'enthousiasmait pas vraiment. Pourtant, il répondit sans rechigner, tout en veillant encore une fois à rester évasif :

_ Je ne l'ai pas toujours été. Seulement depuis un certain temps. J'ai voulu tourner une page, pour ainsi dire.

Sans qu'elle ne sache expliquer pourquoi, la révélation attrista Rukia.

_ Kyôraku-san a dit que vous fuyiez quelque chose.

De façon surprenante, Hisagi lui sourit tristement, avant de se relever. Bien qu'il ne soit pas le Lieutenant de son monde, Rukia continuait à témoigner à son égard de la déférence. Elle ne savait pas ce qui était le plus stupide dans l'histoire.

_ Il avait raison. Mais, crois-moi, moins tu en sais sur moi, mieux ce sera pour toi.

_ Ça ressemble à une menace, bougonna la Shinigami, nullement impressionnée par pur esprit de contradiction.

_ Prends-le ainsi, si cela peut te dissuader de poser les mauvaises questions.

« Les mauvaises questions… Parce qu'il y en a des bonnes, ici ? »

Elle préféra garder ses pensées pour elle.

Hisagi s'éloigna, amusé et exaspéré à la fois par la réaction de la jeune femme qui perdait tous ses moyens dès lors que disparaissait le cadre rassurant de son monde et de ses conventions. Cette dernière observa consciencieusement –un peu trop pour être honnête- les brins d'herbe sous ses yeux, de plus en plus perdue entre sa Soul Society et celle-ci. La frontière lui semblait parfois aussi mince que large.

oOo

Hisagi ne revint que plus tard, après avoir effectué une rapide inspection des alentours. A la plus grande satisfaction de Rukia, qui appréciait ce moment de calme, personne ne semblait vouloir leur mettre des bâtons dans les roues. Cela ne tarderait peut-être pas, mais pour l'heure, ils étaient tranquilles.

La Shinigami avait même réussi à méditer une petite heure, après le départ d'Hisagi, un exploit pour elle qui restait constamment sur ses gardes. Sa peur de tomber dans un nouveau traquenard s'était évanouie le temps de laisser un peu vagabonder son esprit. Ses pensées lui apparurent moins nébuleuses.

Hisagi dut remarquer cette énergie nouvelle car il vint se planter devant elle. Rukia constata, éberluée, qu'il avait dégainé son zanpakuto et pointait la lame vers elle comme pour la mettre au défi.

« Ne me dites pas que je me suis encore faite avoir… », pensa t-elle, scandalisée.

Hisagi s'empressa de lever tout doute :

_ Ne fais pas cette tête. Tu ne me fais toujours pas suffisamment confiance à ce que je vois. Je veux juste que l'on s'entraîne.

_ Un entraînement ? Maintenant ? S'étonna la petite brune, interloquée.

Hisagi se contenta d'hausser les épaules.

_ Quel meilleur moment que celui-ci ? Le monde dans lequel tu vis semble régi par la discipline, alors qu'ici, c'est l'instinct qui prime. Je pense que c'est une bonne opportunité de mesurer ton niveau. Et aussi d'apprendre.

La dernière remarque piqua Rukia au vif. Une rougeur de colère s'étala sur ses joues, alors qu'elle se levait, indignée.

_ Vous sous-entendez que j'ai plus à apprendre de vous que l'inverse ?

_ Tu as bien dit que j'étais Lieutenant dans ton monde, non ?

Rukia fut mouchée. Elle ne trouva rien à répliquer et se contenta de soupirer, maudissant le sourire un peu trop satisfait d'Hisagi.

Pour seule réponse, la Shinigami dégaina Sode no Shirayuki, le regard luisant de détermination. Elle se plaça face à son interlocuteur, remarquant au passage que le terrain sur lequel ils se trouvaient était parfait pour un entraînement. Il y avait là assez d'espace pour enchaîner les coups sans être gêné dans les déplacements.

En l'espace de quelques secondes, Rukia se vida la tête, ne laissant plus parler que ses sens de guerrière. Elle se devait de faire honneur à l'enseignement qu'elle avait retiré de sa division. Sûre d'elle, la Shinigami passa à l'attaque.

Hisagi ne cilla pas. Il demeura immobile jusqu'au dernier instant où le sabre s'abattait sur lui. Il ignora le sifflement strident de Sode no Shirayuki, semblable à un violent blizzard. Puis, de la façon la plus imperceptible qui soit, il disparût du champ de vision de Rukia en un shunpo, se matérialisant sans effort derrière la jeune femme. Cette dernière se retourna juste à temps pour le voir lever son zanpakuto, à une telle allure que ses yeux papillotèrent un instant. La Shinigami leva Sode no Shirayuki à hauteur de son visage pour se protéger, aussi s'en fallut-il de peu pour que la lame d'Hisagi ne l'atteigne de plein fouet. Au lieu de cela, les armes crissèrent dans un grincement métallique.

La force du Shinigami percuta Rukia, déstabilisée par le fossé entre leurs niveaux. Elle ne s'était jamais réellement confrontée à un Lieutenant, mais elle était loin de s'imaginer qu'ils possédaient une telle puissance. Hisagi n'avait pas seulement de la force dans les bras, à l'instar de Renji qui possédait également une puissante frappe non, il bénéficiait également de la vitesse. Il enchaînait les coups avec un calme extraordinaire. Rukia dut se ressaisir pour ne pas subir un peu plus encore les attaques.

« Il va falloir ruser pour l'avoir », songea t-elle, consciente que leur différence flagrante de force ne lui assurerait que la défaite.

La jeune femme savait d'expérience que celui capable d'économiser son énergie et de l'user à bon escient pouvait se montrer plus redoutable qu'un adversaire qui dominait par sa puissance. Ainsi, la brune usa d'un shunpo à son tour pour se dégager, au moment où Hisagi s'apprêtait à asséner un nouveau coup. Elle sentit la lame crier sa fureur dans le vent et celle-ci la frôla de si près qu'elle s'imagina sans peine son contact glacé sur sa peau.

Rukia se retourna pour garder son adversaire dans son champ de vision, puis elle utilisa ce qu'elle maîtrisait bien : le kido.

_ Hadō no yon : Bya…

Elle n'eut cependant pas le temps de finir sa formule que la silhouette d'Hisagi se découpa juste devant elle, sans que la jeune femme ne l'ait vu venir. Son sabre décrivit une courbe meurtrière, atteignant le sommet dans l'art de porter les coups. Il traça dans l'air une ligne parfaite, destinée à ne jamais s'arrêter avant d'avoir atteint sa cible. Hébétée, Rukia vit s'envoler Sode no Shirayuki de sa main sans qu'elle n'ait pu esquisser le moindre geste. Le zanpakuto de glace retomba lourdement sur le sol dans un tintement de métal.

La lame d'Hisagi se pointa instantanément sur Rukia, la tenant ainsi en respect. Elle finit par lever les bras de mauvaise grâce.

_ Tu réfléchis trop, laissa t-il tomber avec la sévérité et le brin d'orgueil qui caractérisent les professeurs exigeants.

Il semblait satisfait de son petit effet et Rukia se rembrunit aussitôt.

« En même temps, la différence de niveau entre nous est trop évidente. Il est peut-être même encore plus fort que celui de ma Soul Society ».

Rukia repoussa sèchement la lame. Hisagi ne s'en offusqua pas, sans doute parce qu'il se savait bien plus fort, sans que cela ne soit une source de fierté pour lui. Au contraire, il paraissait blasé.

Il alla ramasser l'arme de son adversaire pour la lui tendre.

_ Faisons un autre essai, proposa t-il. Tu es douée, je le reconnais, mais tu utilises trop ta tête là où ton corps devrait réagir.

Rukia fronça les sourcils, tout en se saisissant de son zanpakuto.

_ J'ai appris à me battre ainsi, objecta t-elle. Je suis convaincue qu'un bon guerrier doit savoir prendre du recul. Foncer tête baissée, c'est se jeter dans les bras de la mort.

Hisagi la jaugea un moment de ses yeux gris

_ Tu n'as pas tort. Mais ici, beaucoup de Shinigami sont guidé par leur instinct. Un instinct qui est nettement plus développé que le tiens. Rappelle-toi de ceci : on ne vit pas dans ce monde. On survit. C'est ça que tu dois apprendre. Reprenons.

Et ils reprirent. Rukia tint tête au Shinigami pendant des moments assez courts. Elle finissait toujours par perdre face à l'aisance naturelle de son opposant. C'était comme si son corps lui-même était modelé pour le combat.

Rukia se fit la remarque, effrayée malgré elle, qu'il ressemblait à une machine à tuer.

« Je ne suis pas certaine de vouloir devenir ainsi ».

Ses mouvements se faisaient rapides et déliés, chaque geste précédant un autre dans une précision mortelle. Les pas du Shinigami mordaient la terre avec une férocité guerrière. On pouvait croire qu'il bougeait de façon totalement aléatoire, mais des yeux exercés à la rudesse des combats remarqueraient sans peine que le brun aux cicatrices savait exactement ce qu'il faisait et où il allait.

Finalement, après s'être affrontés un moment, Hisagi sembla remarquer le malaise de Rukia il proposa alors de faire une pause, ce que la Shinigami accueillit avec soulagement. La frustration de ne pas emporter la victoire aveuglait sa conscience.

Elle alla au bord du point d'eau pour se rafraîchir. C'est alors que la jeune femme croisa son reflet dans l'eau. Elle sursauta légèrement, se rendant compte que depuis la dernière fois où elle avait vu son visage, une éternité semblait s'être écoulée. Elle fut frappée par la pâleur de ses traits, par sa coiffure habilement décoiffée, mais c'est surtout son regard qui attira son attention. Elle se reconnut à peine dans cette expression indéfinissable où transparaissaient aisément le doute et la peur.

La brune vit alors apparaître dans la surface de l'eau le visage d'Hisagi, dont les deux yeux gris se faisaient toujours aussi incisifs. Elle se tourna à demi, alors qu'il s'asseyait nonchalamment à côté d'elle.

_ Je sais que ce n'est pas facile, lui dit-il d'une manière un peu gauche.

Rukia eut un rire jaune.

_ Vraiment ?

Comme elle craignait que ce simple mot ne sonne un peu trop durement, la Shinigami posa une nouvelle question, sur un ton plus adouci :

_ Vous dites que certains se reposent uniquement sur leur instinct. Vous avez des noms à me donner ?

_ Il y en a un qu'il vaut mieux éviter. Il sillonne lui aussi les routes et crois-moi que peu nombreux sont ceux qui voudraient le croiser sur leur chemin.

Sans qu'elle n'ait réfléchi, un nom s'imposa aussitôt à l'esprit de Rukia et elle se surprit elle-même à laisser tomber sur un ton convaincu :

_ Zaraki Kenpachi.

Hisagi redirigea son attention sur elle, un peu étonné. Il la jaugea un moment avant d'hocher la tête, le regard toujours braqué sur elle.

_ Oui, Kenpachi. On ne peut jamais prédire où il se trouve, alors j'espère qu'il ne nous tombera pas dessus. A moins que tu n'aies une nouvelle brillante idée pour nous permettre de nous en tirer.

Zaraki Kenpachi, un Shinigami que la jeune Kuchiki connaissait très peu. Sa réputation de fou furieux avide de combats n'était plus à faire, mais c'est tout ce qu'elle pouvait dire sur l'animal en question.

_ Je pense vous décevoir sur ce point, lança Rukia.

Hisagi lui répondit par un bref sourire.

Il finit cependant par retrouver son attitude lasse et sombre qui ne semblait jamais vouloir le quitter trop longtemps. Rukia se demanda quelles épreuves avait traversé le Shinigami pour lui laisser une telle empreinte sur le visage.

Son regard se coula de nouveau vers son sabre. Une vive curiosité la saisit, exactement la même qu'elle avait ressenti lorsqu'ils s'étaient échappé du fortin de Kyôraku. Elle se permit donc de poser la question qui la démangeait : quel était le nom de l'arme destinée à Hisagi ?

Celui-ci releva la tête vers elle, avant de jeter un œil au sabre à sa ceinture.

_ Kazeshini, répondit-il simplement comme si le nom même le dégoûtait.

« Il n'aime vraiment pas son zanpakuto », songea la petite brune, surprise car c'était la première fois qu'elle rencontrait ce cas de figure. Dans sa tête, elle se répéta le nom de l'arme en boucle.

_ Tu sais quoi ? Dit-il au bout d'un moment.

Rukia haussa un sourcil.

_ Du moment que tu ne te seras pas détachée de ton monde, tu ne seras pas en mesure de survivre dans celui-ci. Tant que tu t'accroches à ta vie là-bas, tu perds tes chances de la préserver ici.

Elle sentait qu'il avait raison, mais ce qu'il lui demandait était bien trop difficile.

_ Je ne peux pas, répliqua t-elle. Le souvenir de ma Soul Society, c'est ma seule force ici. Je ne peux pas oublier qui je suis et d'où je viens.

Mais Hisagi n'en avait visiblement pas fini. Ses mots franchissaient le seuil de ses lèvres un par un, chaque parole énoncée sur un ton un peu plus dur encore au point que Rukia n'en fut qu'un peu plus oppressée. L'idée qu'il cherchait à la briser lui traversa l'esprit, créant un sentiment de malaise qu'il serait difficile de dissiper par la suite.

_ La réalité finira par tuer une à une tes illusions jusqu'à te tuer toi.

Surprise, Rukia se redressa.

_ Pourquoi ce en quoi je crois, le monde d'où je viens serait une illusion ?! Explosa la jeune femme. Peut-être est-ce cet endroit l'illusion ! Peut-être que vous-même, vous êtes une illusion !

Elle avait pointé son index vers Hisagi, sans savoir encore si elle allait regretter ses paroles ou non. A sa grande surprise, il ne se mit pas en colère, mais quelque chose de furtif et d'indéfinissable passa sur ses traits.

_ Je peux te prouver le contraire.

Un nouveau combat s'engagea entre les deux Shinigami. Rukia souhaitait ardemment prouver qu'elle pouvait vaincre même en s'accrochant à son monde. Quant à Hisagi, il cherchait tout simplement à la faire abdiquer. La puissance de ce dernier dépassait de loin Rukia, mais celle-ci tint bon. Ils échangèrent plusieurs coups, d'adroites passes d'armes et des enchaînements rapides dont seuls les Dieux de la mort étaient capable. A les voir ainsi, on aurait pu croire qu'ils s'engageaient dans une danse mortelle.

Comme aucun d'eux ne voulait céder, ils continuèrent à se battre jusqu'à ce que les nuages noirâtres à l'horizon ne passent au-dessus d'eux, déversant sur leur refuge naturel une pluie battante. A travers ce rideau liquide, ils se jaugeaient, ils cherchaient à s'atteindre mutuellement. Chaque coup assené faisait gicler l'eau du ciel en une myriade de gouttes.

Néanmoins, saisissant l'opportunité que lui offrait un instant fatidique, Rukia parvint à percer les défenses jusque là inébranlables du Shinigami, son sabre fusant vers lui. La lame traça une ligne horizontale sous la pluie, jusqu'à Hisagi. Toutefois, elle se vit vainqueur un peu trop vite. Son adversaire esquiva au dernier moment, recevant tout de même un coup sur l'épaule. Le retour du bâton fut terrible.

Ils ne cessèrent le combat que lorsque Rukia fut certaine de pouvoir postuler comme dictionnaire des hématomes. Quant à Hisagi, s'il paraissait essoufflé, il n'en demeurait pas moins debout, le regard rivé à son zanpakuto. A travers les gouttes de pluie qui tombaient sur le visage crispé du Shinigami, Rukia vit se dessiner sur ses traits du mépris et aussi de la peur.

« Pourquoi déteste t-il autant son zanpakuto ? »

_ Vous ne me comprenez pas, lui dit-elle au bout d'un moment. Imaginez-vous si vous arriviez dans un monde où tout le monde a oublié qui vous êtes.

_ J'en rêve.

Il avait répondu du tac au tac, sans réfléchir, comme s'il s'agissait d'une évidence. Cela fit surgir un nouveau flot de questions dans l'esprit de Rukia et elle préféra ne rien répondre.

Finalement, Hisagi se détacha de sa contemplation, rangeant sèchement l'arme dans son fourreau. Ce simple geste signala leur départ imminent. Il leur fallait comprendre le tracé sur la carte de Renji, celui qui démarquait la vallée du territoire contrôlé par Kurotsuchi. D'ailleurs, Rukia ne pouvait s'empêcher d'admirer le travail qu'il avait fallu à Renji pour dessiner cette précieuse source d'information. Combien de mois, combien d'années de recherches pour parvenir à un tel résultat ?

Durant le trajet, Rukia observait le dos d'Hisagi d'un œil suspicieux et à la fois interrogateur. Il était comme l'eau qui tombait du ciel : insaisissable. Leurs idéologies respectives s'entrechoquaient aussi bien que leurs armes durant l'entraînement.

Ils finirent par s'arrêter car la fameuse ligne tracée par Renji dévoilait enfin son identité. Et les deux Shinigami en restèrent muets. L'expression résolue et passablement détendue qu'ils pouvaient arborer auparavant se figea, pour laisser peu à peu place à un profond dépit.

_ Ce… ce n'est pas un cours d'eau, ni la marque d'une frontière, bredouilla Rukia, presque découragée.

Hisagi ramassa un caillou et le jeta vers l'avant. Un long silence s'écoula avant que retentisse un bruit de chute.

_ Non, murmura le Shinigami d'une voix grave. C'est un gouffre.

Leurs regards se posèrent le trou béant qui les séparaient de l'autre côté et s'entendait sur des kilomètres. Encore un nouvel obstacle. Et rien de moins que l'abîme lui-même.


Très honnêtement, je ne sais pas du tout quand viendra le prochain chapitre. Il est pratiquement fini, mais encore une fois je préfère ne pas promettre de date en sachant que je ne la tiendrais peut-être pas. En attendant, je vous dis à bientôt et portez vous bien !