Chapitre 9
-Enfoiré…
Il fut surpris –du moins s'il pouvait l'être- quand la main d'Eren s'abattit violemment sur lui, le plaquant sur le matelas. Les doigts serrés autour de sa gorge lui faisaient déjà mal, même s'il ne tentait visiblement pas de l'étrangler pour autant.
Le garçon passa un bout de langue sur ses lèvres, grimaçant à la sensation endolorie et désagréable qui le dérangeait à présent là où Jean l'avait mordu. Il se pencha, peu souriant et visiblement de mauvaise humeur maintenant.
-Je ne pensais pas que tu ferais ta pucelle, Jean, souffla-t-il. Mais apparemment tu ne mords pas fort…C'est comme le reste, tu ne sais qu'aboyer ?
Jean serra les dents en sentant les lèvres frôler la ligne de sa mâchoire et glisser jusqu'à son oreille pour en mordre le lobe. La surprise lui passa aussitôt et il tenta brusquement de le repousser à deux mains, peu sûr d'avoir retrouvé toute sa vigueur. Eren réagit immédiatement, lâchant sa gorge pour maintenir sans douceur ses bras en croix.
-Lâche-moi !
-Donne-moi une bonne raison.
D'un petit coup de dent, les mains occupées, Eren fit sauter un, puis deux boutons encore accrochés trop haut à son goût, de la chemise de Jean qui se tortillait sous lui.
-Merde, Eren ! On est pote ! Qu'est-ce que tu fous !?
-Mes petites affaires. Arrête de couiner.
Le brun glissa sa bouche dans l'ouverture plus praticable, caressant la forme d'une clavicule du bout de la langue, pestant brièvement contre les dents tout de même efficaces de Jean avant de donner un coup de dents un peu violent, puis un deuxième en bas de son cou, sans le ménager.
-Arrête, dégage !
-Bon sang, tu lui fais le même cinéma, à Marco ? ricana Eren en redressant la tête, l'arête du nez froncée par l'agacement.
Jean pinça les lèvres, lançant un regard noir au garçon à cheval sur lui. A ce moment-là, il remarqua que ce dernier n'avait plus son équipement depuis longtemps. Et ses jambes semblaient à nouveau fonctionner, ou du moins il ne ressentait plus la douleur de sa tétanie. Sans crier gare, il remonta un genou autant que possible pour essayer de le frapper par l'arrière.
Un peu trop court pour lui faire réellement mal, il ne réussit qu'à le surprendre et le faire tomber en avant sur son torse. Sans l'équipement tridimensionnel qu'il portait encore lui-même, ç'eut été plus facile de le dégager !
Un violent coup au visage le stoppa net dans son train de pensées et le sonna un peu pendant qu'une main lui enfonçait le crâne dans l'oreiller, les doigts s'étalant sur son visage en lui cachant à moitié la vue.
-Bien essayé…, grogna Eren.
Le goût du sang dans sa bouche le déstabilisait, sa joue meurtrie le lançait. Et il ne comprenait pas comment ils en étaient arrivés là. Il sentit des doigts glisser sur sa gorge, profitant lentement de leur passage sur sa pomme d'Adam. Eren avança un genou pour lui bloquer de nouveau un bras, immobilisant l'autre comme il l'avait fait plus tôt. Le visage libéré, Jean le vit incliner légère son épaule vers l'arrière. Derrière lui, sa main s'avançait en prenant appui sur son ventre. Puis son bas-ventre. Il entendit le cliquetis des boucles métalliques lorsque les doigts les défirent, le froissement du tissu quand le pantalon s'ouvrit sur son chemin, quand bien même il s'agitait autant que possible. Merde, pas ça ! Pas avec ce sourire satisfait, Eren !
Il frissonna en l'entendant rire doucement alors que les doigts caressaient la peau cachée par le tissu. « Eh bien, tu as la larme facile ? murmura-t-il.
-Bah ! Si quelqu'un était arrivé ici, on nous aurait sûrement averti…Qu'est-ce qu'il a eu, votre copain ?
-En fait, il…
Le bruit de la porte. Les voix –surtout une. Un blanc. Et si Eren tardait à réagir, le sang de Jean eut à peine le temps de faire un tour qu'il s'entendait déjà hurler, se surprenant lui-même par la portée de sa propre voix. Et son ton suppliant.
-Reiner ! Merde, dépêche !
Il n'avait pas eu besoin d'en dire beaucoup plus, ils peignaient déjà à eux deux un formidable tableau, avec Eren qui immobilisait Jean avec souplesse et force, la main perdue quelque part dans son entrejambe.
Reiner était à peine là en deux enjambées rapides, qu'Eren se repliait déjà. Il avait juste omis un détail : le grand blond n'était pas seul, et l'homme trapu et musclé qui l'accompagnait l'attrapa sans crier gare, passant un bras autour de son cou par derrière.
-Je l'ai, lança Gunther en l'immobilisant de son autre bras. Merde, c'est de lui que tu me parlais ? ajouta-t-il. Décidément, tout le monde a la manie de le faire pleurer, celui-là… !
Reiner lui adressa un signe de tête en remerciement et s'agenouilla près du lit pour être à la hauteur de Jean qui les regardait, le buste légèrement redressé. Il avait encore la respiration rapide, et s'arrêtait un peu trop sur Eren qui s'agitait sous la poigne de Gunther. La force de l'homme était assez impressionnante, se dit-il en frottant ses poignets endoloris et s'asseyant. Il entendit un petit bruit mat et baissa les yeux, tombant sur le visage inquiet de Reiner qui ramassa les deux petits boutons qui venaient de s'échouer sur le sol de bois.
-On réparera ça plus tard, murmura-t-il en les glissant dans sa poche.
De ses grandes mains, il rapprocha les deux pans de sa chemise, essayant de l'arranger un peu, sans grand succès. Le tissu avait été étiré pendant qu'il se débattait et plusieurs boutons menaçaient de lâcher. Suivant la ligne du boutonnage mis à mal, Jean rougit furieusement en constatant l'ouverture à la fois de son harnais et de son pantalon. La gêne, la honte, apparurent chacun leur tour sur son visage et Reiner posa sa main sur son épaule.
-N'essaie même pas de te dire que tu y es pour quelque chose, je te vois venir, le menaça-t-il gentiment.
Jean détourna le regard, essayant de tout refermer de ses mains plus tremblantes qu'il ne l'avait cru. Gunther les laissa à leurs affaires, prévenant simplement qu'il emmenait le garçon à ses supérieurs, pour disparaître dans les couloirs, bâillonnant Eren d'une main pour éviter tout scandale et se déplacer en silence.
Dans un élan de pitié pour son camarade, Reiner rhabilla Jean en une fraction de seconde et referma vite fait son harnais pour brouiller les pistes. Il fit glisser Jean sur le rebord du lit, lui faisant poser les pieds au sol, et défit rapidement ce qu'il restait de son équipement qui n'avait pas été enlevé pour le transporter en position couchée.
-Décidément, ils ne sont pas malins…, marmonna-t-il en posant l'attirail sur le sol. Et essuie-toi, je ne pense pas que tu aimerais que quelqu'un te voit comme ça.
Jean hocha lentement la tête et passa le poignet d'une manche sur son visage, effaçant les traces de larmes qui avaient marqué son visage. Il se sentait pitoyable. Simplement.
Reiner enchaînait sans s'arrêter, prenant les devants sur tout. Il inspecta chaque partie visible de son corps, lâchant un juron en voyant la joue qui se colorait avec une charmante auréole bleuâtre, qu'il agrémenta d'une remarque sur le fait que Marco n'allait probablement pas aimer le voir ainsi abîmé. Jean ne répliqua pas, ne voyant visiblement pas l'intérêt et se laissant juste faire.
-Tu peux te lever ?
Après un essai un peu hésitant, il s'avéra que le garçon avait retrouvé ses jambes. Encore tremblant, Reiner dut adapter sa vitesse à celle de Jean, l'obligeant cependant à se tenir à son épaule. Hors de question, d'après lui, qu'il arrive de nouveau quoi que ce soit. C'était suffisant pour le moment. Le bâtiment de la 104ème unité se remplissait de nouveau progressivement, le deuxième groupe revenant de l'entraînement. Jean fronça les sourcils et leva les yeux sur Reiner. « Dis donc, t'as séché ?
-Y'avait un truc bizarre, marmonna le géant.
Jean passa sa main sur le coin de sa bouche, y crachant un surplus de sang qui le dérangeait. La petite plaie à l'intérieur le dérangerait probablement quelques temps.
-Normalement, Eren devait être dans le second groupe, continua-t-il. A la rigueur, qu'il en change…Pourquoi pas. Enfin, les instructeurs n'acceptent pas, mais il y en a toujours qui échangent leurs places, moi le premier…
Reiner poussa la porte du dortoir, jetant un œil rapidement. L'endroit était encore vide, il était trop tôt pour que quelqu'un s'y soit isolé. Il poussa donc gentiment Jean devant, avant de refermer, et l'encouragea à avancer jusqu'au lit qu'il avait lui-même recommencé à fréquenter quelques temps auparavant.
Jean s'assit au bord du lit, rassuré de retrouver un environnement agréable et bien connu. Reiner s'accroupit à nouveau devant lui, et commença à défaire le harnais de son camarade, évitant autant que possible les gestes brusques. Même si Jean avait l'air d'aller à peu près bien, n'importe qui pouvait être instable après ce qui venait de se passer. Et pas besoin d'être très performant sur le plan intellectuel pour savoir ce qui aurait pu arriver s'ils n'étaient pas arrivés à ce moment-là. Déjà que…
-Quand on est arrivé pour la session, on a vu qu'ils étaient tous revenus, sauf Eren, reprit-il. On a trouvé ca bizarre qu'il reste avec toi, vu votre rivalité habituelle…Ca, et d'après Wagner il avait été très insistant pour échanger avec Franck, ils ont presque eu peur de lui, en fait. Mais j'avoue que je m'attendais plus à ce qu'il essaie de te mettre une raclée que…enfin, tu vois, quoi…
Jean hocha lentement la tête. Il avait du mal à comprendre pourquoi Eren s'était comporté ainsi envers lui. Ils n'avaient jamais été très proches, du moins pas au point qu'un tel lien puisse être possible. A la limite, il aurait plutôt vu cette situation avec…
Ah.
-Merde…Reiner, où est Marco ? demanda-t-il, soudain inquiet.
-Mmh…Il doit jouer avec les autres dans la grande salle, Connie a dit qu'il sortirait les cartes quand on aurait fini…
Le grand blond lui fit soulever le bassin pour faire passer le harnais, et eut un petit sourire en comprenant visiblement ce qui perturbait Jean.
-Ne t'inquiète pas. Avec ce qu'il a fait, ils vont probablement enfermer Eren pendant quelques bons jours. Ah, bon sang, tu as une de ces têtes ! Tu saignes encore ?
Il avait ajouté sa dernière question en voyant Jean avancer de nouveau sa main près de son menton avec une expression de dégoût. Le blond haussa une épaule, et cracha de nouveau.
-Je préfère ça qu'autre chose.
-Tu verrais ta tronche…
-Ca devient un peu dégueulasse, à force.
-C'est toi qui es dégueulasse, oh ! râla Reiner en le voyant faire. Tu vas en foutre sur…Ah ! Mais fais gaffe, ca coule partout !
-Qu'est-ce qui coule partout ?
Ils sursautèrent de concert en entendant la voix qui venait de la porte et ils tournèrent la tête dans un même mouvement, Reiner cherchant une réponse à peu près correct et Jean préférant se concentrer autant que possible sur sa propre bouche. Et surtout pas sur le manche de la cuillère qui dépassait entre les lèvres de Marco.
