L'ABC d'un paradoxe

I… Comme Indiscutable

Au fond d'un bar rempli de joyeux lurons – bien imprégnés pour la plupart -, au fond de ce bar, seule source de lumière du village dans la nuit, bar chaleureux et apprécié des villageois en quête d'ivresse et de fête, mais néanmoins bar interdit aux mineurs, hé bien au fond de ce bar avec lequel je vous tiens la jambe depuis un petit moment, voilà, il y a un ninja contrarié.

A quoi peut-on voir qu'il est contrarié, ce ninja ? Voyons… Peut-être à sa manière de regarder fixement son verre, en oubliant de le vider ?

Allons, soyons sérieux. Kurogané est contrarié, cela est certain.

Et le bar étant interdit aux mineurs, comme je l'ai dit plus haut – vous voyez que ça a servi à quelque chose que je le dise -, Sakura et Syaoran sont restés dormir dans leur petite maison provisoire en ce monde, sous la surveillance de Mokona. Si, si, Kurogané avait même fait une petite pancarte, collée sur la porte de la maison, avec écrit en gros kanjis dessus « attention, peluche blanche méchante ». Il faut dire qu'il était d'humeur plus jouette que contrariée, le ninja, à ce moment. Ou plutôt, ce n'était que son éternel besoin de vengeance envers ce « satané manjuu » qui passait tout son temps libre – et ça faisait beaucoup – à l'emm… Lui chercher des noises.

Mais bref. Vous allez me dire « mais où est Fye dans tout ça ? »

Bonne question. Suivez donc le regard rouge sang dudit ninja qui quitte le verre encore pathétiquement plein. Vous le suivez ? Bien. Alors vous pouvez voir Fye profiter, lui, de la bonne ambiance de fêtards bien imbibés. Ah, vous voyez le beau blond fort entouré de quelques gars dont les regards dévient, et vous commencez à comprendre.

En effet, vous venez de voir une main baladeuse sur la jambe de notre magicien national, que celui-ci repousse encore. Pourquoi je dis « encore » ? Mh… Fye a beau tenir l'alcool, il semblerait que ce soir il ait ressenti le besoin de noyer très profondément un chagrin quelconque. Le moment où il ne sera plus conscient des mains étrangères sur lui est proche.

Retournez à Kurogané : ses prunelles de feu paraissent prêtes à désintégrer les badauds trop proches de SON Fye.

Et à quoi pense-t-il, ce ninja, enfin ? Vous voulez le savoir ? C'est bien simple en fait. Il repense à leur arrivée, à lui et Fye, dans cette taverne. Ils avaient décidé pour une fois d'un commun accord d'aller boire un coup pendant que les gamins dormaient avec la peluche. Fye était particulièrement euphorique sur le chemin d'ailleurs. En y repensant encore, Kurogané se dit aussi que le sourire du blond était un peu plus sincère à ce moment là. Que ses yeux profonds brillaient plus encore que les étoiles. A ce moment là. Ce moment où ils sortaient, juste tous les deux, sans que le blond ait eu à pousser le brun dehors.

Et puis, ils étaient arrivés. En les voyant entrer, la patronne leur avait souri et dit – assez fort quand même – « bienvenue au couple ! ». Et c'est à ce moment précis que Kurogané a semblé réaliser qu'il avait laissé Fye lui prendre le bras.

Mh ? Qu'est-ce qu'il y a ? Ah, oui, vous avez bien vu, Kurogané vient de se coller une baffe. Il peut, avec tout ce bruit, c'est passé inaperçu. Mais s'il vient de réaliser cet acte étrange, c'est justement parce qu'il vient de repenser à ce qu'il a fait. Oui, ce qu'il a fait, à la remarque de la patronne.

Vous voulez savoir ce qu'il a fait ? Vu les circonstances actuelles, on peut s'en douter : il a brusquement dégagé son bras en grognant « y a AUCUN couple », sans oublier de jeter un regard dégoûté au blond pour l'occasion, avant de se diriger sans attendre le magicien repoussé vers une table libre.

Voilà, vous savez tout. Ou presque. Vous savez ce que les gens ont pu voir. Vous ne savez pas tout à fait encore pourquoi Fye fait bande à part, en buvant sans réfléchir, un rire faux sortant de ses lèvres déchirées en un sourire plus que jamais forcé.

Kurogané non plus.

Enfin, si, il le sait très bien en fait. Et c'est ce qui le ronge. Chaque fois qu'il lève les yeux vers Fye et ses… Ses… « Assaillants », il revoit son expression après avoir essuyé un regard dégoûté de son ninja. Plus d'étoiles dans les yeux, pas même un sourire sur ses lèvres. C'était comme un arrêt sur image, et dans sa tête, Kurogané se revoyait pousser le jeune magicien sans que celui-ci le quitte des yeux.

Des yeux où quelque chose se brisait.

Quelque chose que Kurogané avait du mal à appeler par son nom.

« Confiance ».

A présent, vous savez vraiment. Vous savez aussi, comme le ninja, que Fye a décidé de boire, boire, juste seul et mal accompagné, sans plus se soucier davantage de ce qu'il pourrait lui être fait.

A quoi il pense ? En admettant que le cours de ses pensées puisse être clair et lucide du haut de la quantité d'alcool ingurgité, il pense à peu près à la même chose que Kurogané, au même instant : que de toute façon, entre eux deux, c'était parfaitement discutable. Qu'il est vrai qu'ils n'étaient pas un couple. Oh non, pas un couple. Juste deux compagnons de voyage qui se supportent. Et qui n'apprécient sûrement pas la présence de l'autre, oh non.

Mais vous soupirez ! Kurogané aussi justement. Le grand ninja est tiraillé ce soir. Très tiraillé. Et bourré de remords.

Comme il se retrouve seul avec son verre, il essaie de comprendre son geste fatal. Même pas de comprendre ce qu'il a fait de mal, non, il a compris déjà ce qu'il a fait de mal ; il a rejeté brusquement une personne brisée et mille fois trahie qui recommençait doucement à avoir confiance en quelqu'un. En lui. Alors lui, il sait ce qu'il a fait de mal. Ce qu'il ne sait pas, c'est pourquoi il l'a fait.

Après tout, se dit il, c'est effectivement très discutable entre lui et Fye. Même s'il se souvient n'avoir pas bronché quand le blond lui avait – timidement – pris le bras. S'il se souvient avoir regardé ailleurs comme pour cacher une gêne rougissante. S'il se souvient… S'être senti bien comme le blond avait posé doucement sa tête contre son épaule.

Le fait qu'il y avait quelque chose entre eux… Etait discutable.

Ne vous arrachez pas les cheveux. Mettez vous à sa place aussi, ce grand ninja fier et bourru, en train de réaliser qu'il a peut-être bien raté la chance de sa vie… De voir derrière le masque et les mensonges d'une personne à qui, en fin de compte, il… Tient ?

Oui, ce grand ninja qui comprend tout ça en sentant la colère bouillonner en lui quand il regarde ces quelques imbéciles un peu trop intéressés par les charmes du magicien, et sa vulnérabilité actuelle. Qui a envie de se fracasser le crâne contre en mur en sentant la jalousie lui serrer les dents devant ces mêmes imbéciles et leurs mains baladeuses… Sur les épaules du blond… Autour de sa taille… Descendant…

Ah ! Vous avez sursauté ! Moi aussi à vrai dire. Je m'attendais à ce que Kurogané craque et se lève brusquement, mais le mouvement a été si violent que j'ai été tout de même assez surprise.

Mais bon, la surprise laisse vite place à la jubilation n'est-ce pas ? Depuis le temps que nous attendions, vous et moi, que notre cher ninja aille balayer de quelques coups bien sentis les dragueurs de son cher Fye !

Eux, par contre, ils sont bien surpris.

- Qu'est-ce qui t'prend mon gars ? dit même l'un d'eux en se planquant derrière une chaise pour avoir une chance d'échapper à la terrible colère du ninja. T'es pas avec le blondinet que j'sache, alors laisse le terrain libre !

Vous êtes sûrement d'accord avec moi pour penser que ce n'était pas la meilleure chose à dire à Kurogané à ce moment précis. Parce que Kurogané, là, il vient de tourner d'une lenteur effrayante son regard de braises vers l'inconscient qui a osé prononcer ces mots. Nul doute que la chaise ne sauvera personne.

Car pendant que le badaud traverse en volant une fenêtre de l'auberge, Fye regarde Kurogané donner la même propulsion aux autres. Il a été très surpris lui aussi. Tellement que les brumes procurées par l'alcool se sont un peu estompées, et il voit très clairement le ninja se tourner vers lui avec les joues rouges, et un regard étonnamment mal à l'aise pour quelqu'un qui vient d'envoyer balader une vingtaine d'ivrognes.

De même qu'il l'entend très clairement lui murmurer « pardon », et qu'il se sent très clairement lui sauter au cou, quelques larmes perlant au coin de ses yeux cobalt comme Kurogané lui rend son étreinte sans la moindre hésitation.

Maintenant, toute la taverne, médusée, a compris le message, et eux aussi : entre eux deux, c'est tout à fait, absolument, parfaitement… Indiscutable.

XxX

NdlA : bon, c'est plus trop un drabble, c'est plus trop le même genre que les précédents maiiis… … … Bon, en fait je suis très anxieuse là x3 J'espère vraiment n'avoir déçu personne avec la lettre I. Qui vivra verra je suppose, hun.

En attendant, j'ai reçu et lu avec beaucoup de plaisir vos reviews pour la lettre H, et je m'excuse encore de ne pas trouver le temps de vous répondre individuellement TT Merci beaucoup les gens )