NdA : Je remercie la merveilleuse et UNIQUE Lilybelle qui a pris la peine de commenter… Pour la peine, j'ai réalisé un de ses souhaits voir Blaise à l'œuvre en tant que Plaideur ! Enjoy, c'est que pour toi ! J'espère que ce chapitre ne vous décevra pas, même si à dire vrai, le manque de reviews me désespère. Je sais qu'un tas de « lecteurs fantômes » lisent cette fic… Alors faites un petit effort et laissez-moi une review ! Un MOT me suffirait ! REVIEWS S'IL VOUS PLAIT !

Chapitre VIII : I Don't Want A Lover (I Just Need A Friend)

Le son strident et insupportable de ma montre magique - rythmé par les pulsations douloureuses de mon sang à mes tempes - m'arracha cruellement de ma bienheureuse léthargie. J'avais la gueule de bois, et manifestement, à en juger par les grognements plaintifs et peu féminins de Mara, celle-ci n'était pas en reste.

« Blaise ! Eteins cet engin de torture avant que je te bute !

Charmant.

Elle se frottait le visage avec insistance, comme si cela pouvait effacer les conséquences de la veille. Ses cheveux bruns partaient dans tous les sens, et ses joues étaient aussi rouges que ses yeux.

_ Quoi ? Je ne suis pas à mon avantage, mais laisse-moi te dire que toi non plus ! Dormir à deux sur un canapé, encore fringués et imbibés d'alcool… Ça donne ça. C'est trash.

Sa franchise désarmante me fit rire. Elle avait l'air si vindicative…

_ Pitié ! Arrête de rire ! J'ai l'impression d'entendre Woody Woodpecker. J'irais mieux quand j'aurais pris un cachet et mon café. En attendant, fais-moi plaisir et ferme-la.

Aussi rafraîchi que possible - douché et changé – je rejoignis Mara pour petit déjeuner. Elle avait l'air de meilleure humeur, et regardait tranquillement une pastille blanche se diluer dans un verre d'eau. Etrange.

_ Vous n'avez pas d'autre remède anti gueule de bois ?

_ Si, Monsieur-je-me-la-pète-parce-que-je-fais-des-trucs-magiques, il y a toujours la bonne vielle méthode de mémé, la mixture infâme à base de tomate et de jaune d'œuf cru, mais c'est proprement infect, et y'a pas moyen que j'ingurgite ça de si bon matin.

Ainsi elle n'avait pas oublié… J'aurais dû m'y attendre. De quoi d'autre se souvenait-elle ?

_ Je te comprends, ça ne donne pas très envie d'essayer. Rien que la description des ingrédients me retourne l'estomac.

_ Sans compter que pour l'avoir fait un certain nombre de fois, je peux te dire que c'est pas aussi efficace que ce qu'on dit, ajouta-t-elle avec une légère grimace.

_ Nous nous avons une potion particulière à disposition.

_ Et cette potion miracle, elle marcherait sur bibi ?

_ Non, désolé. La plupart de nos potions ne sont efficaces que pour les sorciers.

_ Bande d'égoïstes ! maugréa-t-elle en souriant. C'était trop beau…

Nous mangeâmes en silence, sans que Mara paraisse gênée outre mesure par la situation ou ce qui s'était passé la veille. Malheureusement, j'étais loin d'éprouver la sérénité qu'elle affichait. Ces badineries commençaient à m'agacer.

_ Je ne vais pas tarder à retourner travailler, je dois encore préparer ma plaidoirie finale. Avec un peu de chance, le procès se terminera cet après-midi.

_ Tu défends ou tu accuses ?

_ Je défends.

_ Avec une gouaille comme la tienne, l'accusé a toutes les chances de s'en sortir, m'assura Mara avec un clin d'œil.

_ Merci, mais j'aimerai pouvoir afficher une telle assurance… La 'gouaille' comme tu dis ne me suffira peut-être pas.

_ C'est tout l'intérêt de la chose, non ? Le challenge… Pour un type aussi confiant que toi, ça m'étonne de te voir douter. Tu es plutôt fonceur d'habitude…

_ Tu me parais bien sûre de toi… Qu'est-ce qui te dit que je ne suis pas différent de l'idée que tu as de moi ? Je ne suis pas vraiment fonceur, j'ai juste foi en moi et j'avance en fonction.

_ Tu chipotes mon gars ! On est amis et j'ai appris à mieux te connaitre hier.

_ Pour ça oui.

Sa langue s'était même retrouvée dans ma bouche…

_ Ah c'est ça qui te dérange ? Tu penses m'en avoir trop dit ? Si c'est ça qui t'inquiète, il n'y a pas de quoi. Je ne dirai pas un mot de tes talents à âme qui vive. Je n'ai pas envie de me faire interner !

_ Heureux de l'entendre, mais ce n'est pas ça qui m'embarrasse. C'est une habitude chez toi d'embrasser tes amis quand tu es ivre ?

_ Non, c'est la première fois. J'étais bourrée, contente, et tu es agréable à regarder. Je présume que je ne t'apprends rien ? On s'est juste roulé un patin. Ce n'est pas la peine de mouiller ton pantalon pour si peu Blaise… On a même pas couché ensemble !

_ Encore heureux…

_ Pourquoi ? Parce que je suis une moldue indigne de ton rang ? Parce que je t'aurais souillé ? Quel beau salaud tu fais…

Bizarrement, elle n'était pas aussi blessée que ses paroles le laissaient présager, surtout sarcastique. Néanmoins, pour une raison qui m'était inconnue, je me sentis obligé de démentir :

_ Non. Tu es une amie, une amie avec qui j'ai trop bu. Et on ne couche pas avec ses amis. Tout simplement.

_ Belles paroles… C'est vrai qu'on a coutume de dire que seul un lit sépare l'amour de l'amitié. Mais si mes souvenirs sont bons, tu ne t'es pas beaucoup défendu hier soir… T'es un mec comme les autres, sorcier ou pas !

_ Je croyais que ça ne voulait rien dire ? lui rétorquai-je froidement.

_ Oh je t'en prie, ne fais pas l'effarouché ! Depuis tout à l'heure, c'est toi qui cherche la dispute tu es incapable de laisser mon petit bisou là où il est mais tu refuses que j'y fasse allusion…

Son air satisfait de Miss-je-sais-tout me rappelait Drago. Un Drago avec de très jolies jambes…

_ Je dois vraiment aller travailler à présent. On en reparle plus tard ?

_ C'est si important ? Tout ne tourne pas autour de toi tu sais… J'ai moi aussi autre chose à penser…

_ Je veux en avoir le cœur net, c'est à prendre ou à laisser.

_ Alors retrouve-moi ici ce soir. C'est absurde de payer une chambre d'hôtel alors qu'il y a une chambre d'amis toute prête à t'accueillir… A moins que tu aies peur du grand méchant loup ?

_ Tant que tu ne profites pas de mon sommeil pour me sauter dessus, ça me va, lançai-je en sortant.

Son rire un peu rocailleux me suivit jusqu'à ce que je transplane.

(…)

« Très honorables membres du Magenmagot, sommes-nous ici pour juger les erreurs commises par Madame Keylina Parenvaque ici présente ?

Non !

Je vous le dis en mon âme et conscience… Ce qui se joue ici cet après-midi, n'est en réalité pas le procès d'une femme trahie et bafouée, qui n'eut pas d'autre choix que de détourner de l'argent pour assurer le train de vie onéreux de son époux… Ce qui se joue ici est en fait le procès de la société de consommation toute entière !

Madame Parenvaque n'est que la victime impuissante des exigences impérieuses de son époux, inféodé aux miroirs et aux alouettes des trafics de jeu qui font rage dans notre bonne société sorcière… Et ne vous récriez pas tant messieurs-dames, cette gangrène importée du monde moldu sévit aussi bien en France qu'en Angleterre.

Il est certain qu'elle a fauté, et il faudrait être fou pour réfuter les preuves qui ont défilés devant vos yeux et les miens tout au long de ce procès.

Pour autant, ma cliente n'a jamais fait usage de sortilèges proscrits par les lois internationales magiques, ni enlevé le pain de la bouche d'aucun de vos enfants.

Elle faisait gagner de gros bénéfices à la société franco-anglaise de Medimagic et se contentait de prendre une marge de 10%, non – permettez-moi de vous le rappeler - pour satisfaire une quelconque cupidité personnelle, mais pour apaiser l'appétit du gain de l'homme despote et violent qu'est son mari, Monsieur Archibald Parenvaque.

En définitive, à la lumière de ces faits, je crois pouvoir dire en toute intégrité qu'elle n'a commis d'autre crime que de se marier avec la mauvaise personne.

Est-ce un motif suffisant pour la condamner à deux ans de prison et une amende exorbitante, ainsi que requiert mon confrère représentant les intérêts de Medimagic ? Vous sentirez-vous capables de donner le coup de grâce à cette femme déjà éprouvée et repentante ? Ne vous êtes vous jamais fourvoyé, pour vous monter aussi intransigeants ?

En ce qui me concerne, j'en serai incapable. Et c'est pourquoi je préconise qu'aucune peine de prison ne soit retenue à son encontre - simplement le remboursement intégral des sommes qu'elle a détourné, et une alternative pour que Madame Parenvaque puisse enfin se défaire du joug de son époux, qui rappelons-le, fut la cause de ses exactions.

Sur ce, très honorables membres du Magenmagot, nous nous en remettons humblement à votre faculté de jugement en espérant que la justice triomphera… »

Je revins m'assoir très calmement auprès de ma cliente admirative, avec une grâce qui ferait même envie à Mrs. Malfoy. C'était aussi simple qu'une partie de bavboule disputée avec des trolls.

Keylina Parenvaque née Ambirth avait épousé un français à sa sortie de Poudlard. Mais ce qui avait débuté par une amourette de vacances avait tourné au cauchemar lorsque le couple franco-britannique eut fêté ses dix ans de mariage : L'époux, un sorcier pourtant doué et sans histoires, tomba stupidement dans le piège des jeux d'argent. Il devint insatiable, désespéré et violent envers sa femme. Cette dernière, comptable pour Medimagic détourna de l'argent jusqu'au moment où elle se fit démasquée par la brigade de répression des fraudes françaises. Et c'est à partir de là que je suis entré en scène, tout jeune Plaideur trilingue, encore en quête de renommée.

Cette affaire était d'une banalité déplorable. Mais elle me permettait cependant de faire mon trou, petit à petit, au département de la justice magique du Ministère. Encore une dizaine de ces petites affaires sordides, et mon nom finirait par arriver aux oreilles des bonnes personnes… Je refusais de céder à la facilité du népotisme, même si je disposais déjà de quelques connexions très utiles… Je voulais devoir ma réussite à rien d'autre qu'à mon talent. Le temps ferait le reste.

Comme de juste, ma cliente échappa à la prison et pourrait regagner son Angleterre natale sans être inquiétée par son mari, dès qu'elle serait en mesure de réunir la somme importante de dommages et intérêts réclamée par Medimagic. J'avais vaincu les embuches de la justice internationale avec brio.

Ce fut le prétexte que j'utilisais le soir venu pour inviter Mara au restaurant si elle m'offrait le gite, je pouvais lui offrir le couvert, lui rétorquai-je lorsqu'elle protesta au nom de la parité homme-femme - elle s'entendrait effectivement bien avec Astoria, au grand dam de Drago. Aussi orgueilleuses et absurdes l'une que l'autre… Toujours est-il qu'à peine rentré chez elle, je pris de nouveau le dragon par les ailes :

« Faisons un marché Mara : Je veux bien laisser « ton petit bisou là où il est », et ne plus l'évoquer si tu réponds honnêtement à une de mes questions.

_ Tu ne me laisseras pas en paix avec ça, hein ? Je te l'ai dit ce matin, ce n'était rien ! Tu es un homme, moi une femme, on a partagé mon canapé et deux bouteilles de vin le ventre vide… C'était inévitable. Maintenant ce n'est pas la peine de faire une fixation dessus…

_ J'aimerai en être le seul juge si tu veux bien. Si je ne t'avais pas freiné dans ton élan hier soir, que crois-tu qu'il se serait passé entre nous ?

_ Tu veux que je sois honnête, mais c'est toi qui élude, comme d'habitude. Tu sais bien ce qui se serait passé Blaise. Ne tourne pas autour et marche dedans pour une fois.

Ce n'était plus réellement l'amie qui parlait, mais la femme d'affaires sûre d'elle. Elle se sentait en position de force, et je n'aimais pas ça je ne laissais rien ni personne avoir de l'ascendance sur moi. Je voulais bien faire quelques petites concessions, mais c'était moi le maitre du jeu, et elle devait s'en rendre compte.

_ Je t'attire.

_ Oui, et après ? Tu es canon Blaise, et comme si ça ne suffisait pas, tu es intelligent et charmeur. Ça fait beaucoup pour un seul mec, et tu le sais. Résultat ? Tu es aussi un beau salaud, excuses-moi d'avoir la franchise de te le dire. Alors tu comprendras que malgré le fait que je te trouve à mon goût – pas la peine de le nier, on le sait tous les deux – je ne me jette pas à tes pieds comme toutes les cruches qui doivent certainement faire la queue pour rentrer dans ton lit. Je vaux mieux que ça – à jeun en tout cas, ajouta Mara avec un sourire pour détendre l'atmosphère. C'est assez honnête pour toi ?

_ C'est même plus que j'en demandais, souris-je en rentrant dans son jeu. Mais Comment puis-je vous faire modifier un jugement aussi impitoyable ma chère ? J'estime être en droit de le savoir… Vous n'êtes pas tendre envers moi…

_ Je n'ai fait qu'énoncer les faits monsieur l'avocat… D'ailleurs tu ne cherches même pas à me contredire, ça prouve bien que je suis dans le vrai, et que tu le sais. Et tu n'es pas un ami assez… solide pour que je songe à améliorer mon jugement.

_ Qu'est-ce que s'est sensé vouloir dire ?

_ Même si nous sommes amis, tu ne te livres pas. Tu ne donnes pas, ou seulement au compte-goutte. Le problème, c'est que je veux plus.

_ Je crois que j'ai pu m'en rendre compte hier…

_ Je ne parlais pas de ça. Notre amitié compte pour moi, et pour toi aussi je pense, sinon tu ne m'aurais pas révélé ton grand secret, mais elle est bancale. Je ne sais rien de ce que j'ai vraiment envie de savoir.

_ Très bien, je vais me montrer magnanime pour une fois, en espérant que cela efface l'étiquette de « beau salaud » que tu m'as collé. Dis moi ce que tu meurs d'envie de savoir, et je ferai un petit effort.

_ Parle-moi de ta mère Blaise.

_ Encore ? J'aurais cru qu'après hier soir nous avions épuisé ce sujet… Pourquoi t'intéresse-t-elle autant ?

_ Tu n'as qu'elle, et à t'entendre, c'est quelqu'un d'exceptionnel. Ce que je veux bien croire, parce que pour t'élever jusqu'à obtenir l'homme que tu es aujourd'hui…

_ Flatteuse.

_ C'est ta technique non ? Passer de la pommade aux gens pour obtenir ce que tu convoites. J'ai été à bonne école moi aussi... Tu charmes des jurés, moi je charme des actionnaires. L'un dans l'autre, c'est presque le même taf. Alors, tu me parles un peu plus de ta maman ?

_ Non, ça ne te regarde pas, et je ne parle jamais d'elle en son absence, tiens-le toi pour dit.

Sous prétexte que nous sommes amis – ambigus, rajoute ma conscience – et que mademoiselle veut « plus » que ce que je suis disposé à lui donner, je devrais lui donner accès à mon jardin secret ? Et surtout, violer la loi du secret tacite qui nous lie ma mère et moi ? Mais qui Mara pense-t-elle être, pour réclamer une chose pareille ? Je veux bien faire un effort, mais il n'y a pas écrit Pouffsouffle sur mon front, je suis un serpentard…

_ Ok, capitula mon hôtesse avec un sourire entendu, chasse gardée. J'aurais au moins essayé… Bon, je vais me coucher. Tu pars toujours demain matin ?

_ Oui.

_ Dommage. J'espère que je n'ai pas foutu notre amitié en l'air, parce que tu me manquerais, tout mystérieux que tu es. Bonne nuit Blaise.

J'étais à deux doigts de la laisser mariner dans son chaudron, mais ça voulait dire que je lui laissais le dernier mot. Et je ne pouvais pas me le permettre.

_ Toi aussi Mara. Et j'ai beau être un beau salaud, je suis plutôt fidèle en amitié.

Et c'était justement ça le cœur du problème…