CHAPITRE 9 :
Oh que oui il aimait son métier ! Même si ce n'était pas ce à quoi il s'était attendu au départ. Il voulait simplement être CRS de plage, et s'était retrouvé à Paris sans trop savoir comment. Même si les débuts avaient été quelques peu chaotiques, pour avoir été pris en otage dès son premier jour, il s'était finalement fait une raison, et au fur à mesure des semaines, il s'était accroché à son job, et avait fini par l'adorer. Il ne se voyait rien faire d'autre, il ne pouvait rien faire d'autre !
Il fallait que cette situation tombe au moment où il se sentait enfin épanoui professionnellement, commençant à connaître la plupart des ficelles du métier ; à l'aise avec les affaires qui lui étaient confiées…
Il ne pouvait pas s'imaginer enfermé toute une journée derrière un bureau. Le terrain, c'était sacré ! Être et aller au contact des personnes... Et les montées d'adrénalines, la fougue et la joie qu'il ressentait une fois les moments difficiles passés, c'est pour cela qu'il aimait tant ce boulot.
C'est donc pour cela qu'il prit une décision qui allait lui coûter : il n'allait en parler à personne, pas même à Yann, et il allait continuer comme si de rien était. Vivre dans le mensonge…
Il pensa ironiquement qu'il n'était même pas foutu de mentir pour un truc aussi stupide que le nombre de sucres dans un café, après que lui et Alex en aient tendu un à Christophe avec une dizaine de morceaux dedans. Devant sa tête, Christophe s'était interrogé, l'avait interrogé et il n'avait pas pu lui cacher la vérité. Alors mentir sur sa santé ? Ca promettait d'être une épreuve, mais il allait la gérer, il le devait, il n'avait pas le choix.
Il vit le Docteur Anjak passer la tête par la porte et lui sourire.
Dr Anjak : Ça va ?
Kévin : Oui… Non… Je ne sais pas trop quoi en penser. Je m'étais attendu à tout sauf à ça…
Dr Anjak : Encore une fois, je suis vraiment désolé…
Kévin souffla un grand coup pour prendre contenance. Ca y'est, il y était… Son premier test ! S'il y arrivait, il savait que le reste suivrait.
Kévin : Je comprends ! Et si je dois changer de fonction, je le ferais.
Dr Anjak : Vous le prenez relativement bien je trouve.
Kévin : Je… C'est juste que… J'essaye de relativiser, et plutôt je me ferais une raison plutôt j'arriverai à me faire à l'idée.
Il vit le médecin le fixer quelques instants, comme pour essayer de vérifier ses propos. Il ne montra pas son trouble. S'il commençait déjà à paniquer, alors il n'arriverait jamais à cacher la vérité à ses amis. Mais le visage du Dr Anjak se détendit dans un sourire qui lui redonna confiance.
Dr Anjak : J'aime voir mes patients se comporter comme ça. Vous avez raison jeune homme, je suis fier de vous. Beaucoup de personnes se sentent abattues après ce genre de nouvelles, et ce n'est pas ce qu'il vous faut.
Kévin : N'en parlez pas à Yann.
Dr Anjak : Pourquoi ? Votre mari devrait être mis au courant.
Kévin : Je sais, je sais, c'est juste… Je préférerais lui annoncer moi-même, vous comprenez ? Et surtout dans un autre endroit qu'ici.
Le diabétologue marqua une pose, plongé dans ses réflexions, avant de continuer.
Dr Anjak : Vous êtes vraiment surprenant ! D'habitude, c'est le genre de chose à laquelle les gens ne préfèrent pas se confronter.
Kévin : Si je dois vivre jusqu'à ma mort avec cette… maladie, autant lui faire face dès maintenant… non ?
Ses derniers mots furent timides, prononcés dans un murmure. Il baissa la tête mais sentit la main de son médecin se poser sur son épaule. Il releva les yeux pour voir un sourire chaleureux sur le visage de celui qui était devenu un de ses plus proches soutiens durant les cinq derniers jours.
Dr Anjak : Vous êtes courageux mon garçon, et j'admire ça. Je n'y vois pas d'inconvénient, bien au contraire. Les proches aussi ne savent pas forcément comment réagir, ils se trouvent souvent déstabilisés, et il est bien évident que de partager un maximum de chose avec eux n'en est que meilleur. Et puis, je suis tenu au secret, alors toutes vos demandes ne sortiront pas d'ici.
Kévin : Merci Docteur. Vraiment, merci !
Le médecin hocha la tête avant de s'éloigner.
Kévin : Docteur ?
Dr Anjak : Oui ?
Kévin : Pour l'arrêt maladie… Je veux dire, je dois reprendre lundi, mais je doute d'être sorti.
Dr Anjak : Je suppose que vous voulez prévenir vos collègues de vive voix ?
Ce fut au tour de Kévin de hocher la tête.
Dr Anjak : Ne vous inquiétez pas, comme je vous l'ai dit, rien ne franchira cette porte.
Il lui adressa un petit clin d'œil avant de s'en aller. Kévin souffla bruyamment avant de laisser sa tête s'affaisser lourdement sur l'oreiller. Premier test réussi ! Il ne lui restait plus qu'à être aussi convainquant pour la suite, et tout irai pour le mieux.
Après moultes recommandations et quelques charabias en jargon médical qui n'avaient aucun sens pour lui, Kévin put enfin sortir de l'hôpital le mardi.
Il devait reprendre le lundi suivant, et d'un commun accord avec son médecin son arrêt maladie avait été mis sur le compte de complications dues à l'explosion de la voiture. Il n'avait pas voulu prévenir Yann de sa sortie. Son comportement inquiétait Kévin, et celui-ci voulait lui faire la surprise de sa sortie. Et peut-être qu'il arriverait enfin à le faire parler.
Il se rendit en taxi jusqu'à leur appartement où il déposa ses affaires avant de s'étendre sur le canapé. Il était de retour chez lui ! Son corps se détendit enfin, ces deux dernières semaines n'avaient pas été de tout repos. Son regard se posa alors sur un détail qui le fit sourire. Yann n'avait pas touché aux préparatifs mis en place pour le repas qu'il avait prévu le soir de son malaise. Les bougies étaient toujours à leurs places respectives, et la table, bien que débarrassée de ses assiettes, était toujours dressée. Il allait pouvoir se rattraper !
Il se leva vivement, prit sa veste, son ordonnance, puis se dirigea vers la porte. Il fallait qu'il passe à la pharmacie récupérer ses insulines, puis il irait faire les courses et allait octroyer à son mari une soirée digne de ce nom. Sur ses pensées, il franchit la porte, un sourire aux lèvres.
Yann sorti du commissariat. 21h ! Il soupira bruyamment. Il était fatigué. La journée avait été dure, des arrestations à n'en plus finir, des rapports à terminer, des engueulades avec ses hommes.
Il savait qu'il était invivable ses derniers temps, Antoine le lui avait fait remarquer plus d'une fois, et cela avait toujours fini par des cris et des paroles amères. Bien sûr, ses gars s'inquiétaient de le voir dans cet état, mais il ne pouvait rien y faire. Il avait promis à Kévin de ne rien dire avant son retour.
Kévin ! Il n'avait même pas eu le temps d'aller le voir ces deux derniers jours, croulant sous le travail. Il faudrait qu'il s'excuse. Encore.
Mais pas ce soir. Ce soir, il était trop fatigué pour passer à l'hôpital. Il se rattraperait plus tard. Il se passa une main dans les cheveux avant de prendre la direction de son appartement. Les excuses attendraient.
Lorsqu'il entra, son cœur fit un bon dans sa poitrine à la vue des bougies allumées. Puis une odeur appétissante vint lui chatouiller les narines. Il se tourna brusquement lorsqu'il entendit un bruit provenant du salon, avant de voir, comme une apparition, Kévin, le sourire aux lèvres, se diriger vers lui.
Devant la tête de Yann, Kévin ne put que sourire. Dieu que son mari lui avait manqué. Et malgré son air fatigué, ses cernes et son corps tendu, diable qu'il était sexy !
Leurs regards se croisèrent avant que leurs corps ne se collent l'un à l'autre. Kévin effleura les lèvres de Yann de sa langue, avant d'apposer les siennes timidement. Timidité qui ne tarda pas à se transformer en une demande pressante lorsqu'il sentit la langue de Yann rejoindre la sienne pour engager un balai rempli de désir et de passion, si passionné qu'ils durent se séparer à regrets afin de reprendre leur souffle, leurs fronts collés l'un à l'autres, leurs yeux rivés à ne pouvoir se détacher.
Kévin : Je devrais t'arrêter tu sais ?
Yann se détacha un peu de son mari afin d'approfondir son regard.
Yann : Pourquoi ?
Kévin : Pour délit de belle gueule ! Ça devrait être interdit par la loi d'être aussi désirable. T'as pas idée de l'effet que tu me fais !
Le visage de Yann s'éclaira d'un sourire, ce sourire si particulier qui rendait son mari totalement dingue.
Kévin : et ça te rend encore plus sexy !
Tout en le disant, Kévin passa ses doigts sur la petite cicatrice qui ornait le front de son mari suite à son malaise à l'hôpital.
Kévin : Tu m'as manqué.
Yann s'avança si vite que Kévin n'eut le temps de rien faire avant que ses lèvres ne soient reprises dans un baiser ardent qui le fit défaillir instantanément. Il sentit les mains de son amant s'insinuer sous son pull, contre son dos, remontant le long de sa colonne vertébrale qui fut parcourue de frissons de désir à ce contact qui lui avait tellement manqué. Il sentit Yann le faire reculer jusqu'au canapé sur lequel il se laissa tomber. Mais il n'eut pas le temps de reprendre ses esprits que Yann s'était assis sur lui, une jambe de chaque côté de ses cuisses, les fesses sur ses genoux, enlevant sa veste et reprenant son assaut sur ses lèvres. Il le repoussa.
Kévin : Yann, le dîner…
Yann : C'est toi mon dîner
Sans plus de paroles, Yann saisit la nuque de son compagnon et l'allongea brusquement sur le sofa puis reprit les lèvres de son mari entre les siennes, le dévorant de sa langue, faisant passer toutes ses émotions, ses peurs, ses doutes, sa passion à travers ce baiser. Il rompit le contact pour lui enlever son pull et son Tee-shirt avant de les balancer énergiquement. Il enleva alors son pull, puis, toujours accroupi sur Kévin, s'empara à nouveau de sa bouche, de ses lèvres qui lui avaient tellement manquées, de cette peau de bébé si douce, qu'il pourrait passer des heures à la choyer…
Mais pas ce soir. Ce soir, il avait besoin de faire partir cette frustration, ce stress accumulé, de faire ressortir sa passion. Tout en continuant de redécouvrir avec sa langue la bouche de son aimé, ses mains défirent la ceinture puis le bouton du pantalon de son amant, avant de s'insinuer sous le boxer de ce dernier, qui leva les fesses afin qu'il puisse se débarrasser de ses vêtements, ce que Yann fit d'un geste, le pantalon et le boxer glissant d'un seul et même mouvements pour se retrouver jeter sur le sol. Il laissa alors ses mains aller au contact de ce corps qu'il connaissait par cœur mais qu'il prenait plaisir à redécouvrir à chaque instant, pour aller se poser sur le sexe tendu de Kévin, qui émit un râlement de plaisir.
Ses intentions étaient claires, ce soir la tendresse n'était pas au rendez-vous, il avait besoin de plus, de beaucoup plus ; ce qu'apparemment Kévin compris. Leurs bouches se séparèrent enfin et au signe de tête de son mari, Yann compris que ce dernier avait saisi ses intentions, et que cela ne le gênait pas le moins du monde. Ses mains n'abandonnèrent son corps que quelques instants, le temps que les dernières barrières vestimentaires ne soient enlevées, avant de reprendre un mouvement rapide sur le sexe dressé de son mari, qui rejeta sa tête en arrière, savourant ce moment, continuant à caresser énergiquement le dos de Yann.
Yann sentit son désir devenir plus brûlant, plus ardent, si intense qu'il en avait mal. Il tendit sa main à Kévin qui ouvrit la bouche pour se saisir d'un de ses doigts qu'il commença à lécher intensément, avant de s'attaquer à un second.
S'il devait y avoir une référence en matière d'érotisme, Yann savait que rien ne pouvait surpasser l'effet que lui faisait son mari à ce moment même.
Son désir s'intensifiant au plus haut point, Yann retira ses doigts de la bouche de son mari d'un geste plus que brusque, avant que ceux-ci ne viennent se poser sur la partie la plus intime de Kévin qu'il chérissait tant. Il ne prit pas la peine de la caresser, il n'en n'avait pas la patience. Il introduisit un doigt énergique dans l'intimité profonde de Kévin qui se cambra sous le coup de la douleur et de la surprise, mais se mit à gémir lorsque Yann commença des vas et viens rapides, avant d'introduire tout aussi précipitamment un deuxième puis un troisième doigt, courbant son majeur à la recherche de la prostate de son mari, qui s'arqua de plaisir lorsqu'il sentit cette incroyable sensation envahir tout son être. N'y tenant plus et plaçant les jambes de son amant sur ses épaules, Yann retira ses doigts aussi brusquement qu'il les avait introduit, avant d'introduire son sexe plus que douloureux dans un mouvement de rein presque violent, qui arracha un petit cri à Kévin.
Mais ne pouvant se contrôler plus longtemps, Yann s'enfonça jusqu'à la garde, fermant les yeux pour savourer la sensation de ne faire plus qu'un avec celui qu'il aimait, avant de se retirer entièrement et de répéter la même manœuvre. Puis ses mouvements s'enchainèrent à un rythme effréné, laissant évacuer cette douleur qu'il ressentait depuis quelques temps ; et cette passion, aussi, qui le dévorait jusqu'à la moelle. Comme en transe, profitant des sensations que ressentait son corps, il ouvrit subitement les yeux pour voir le visage de Kévin tendu, les yeux brillants de larmes retenues.
Son amour fit place à sa passion, et ses mouvements de reins s'adoucirent, pour ne devenir que des caresses profondes à l'encontre de son mari. Une de ses mains vint se poser sur le sexe à moitié dressé de Kévin, qu'il entreprit de chérir comme s'il était la 8ème merveille du monde. En accord avec le rythme de son bassin, il passa son doigt sur toute la longueur de la veine interne du pénis de son amant, avant de remonter jusqu'à son gland qu'il commença à toucher délicatement, faisant de petits mouvements circulaires sur celui-ci, avant de prendre à pleine main le sexe qui s'offrait à lui et de le caresser énergiquement mais avec douceur sur toute sa longueur. Il sentit Kévin se tendre avant que la semence de son bien aimé ne se perde en même temps que le cri de son prénom, qui lui fit perdre son contrôle et il se déversa dans cri rauque au plus profond de son mari, avant de s'écrouler sur lui, enfouissant sa tête dans le cou de celui qu'il aimait par-dessus tout.
Ayant repris une respiration presque normale après une jouissance si intense que son cerveau avait du mal à fonctionner normalement, il se décida à relever les yeux vers le visage enfantin qui l'avait fait craquer dès leur première rencontre, et contrairement à ses peurs, il n'y vit aucun reproche, aucun doute. Il avança doucement sa main qu'il posa délicatement sur la joue de Kévin. Sa gorge serrée, il ne put prononcer que trois mots.
Yann : Je suis désolé
Kévin : De quoi ?
Il baissa les yeux mais Kévin lui prit le menton et le força à le regarder.
Kévin : Je ne regrette rien. Jamais je ne pourrais regretter quoique ce soit avec toi.
Yann : Je t'ai fait mal !
Il essaya de dégager son visage mais Kévin le retint fermement
Kévin : Yann… Yann regarde-moi !
Devant le ton de son mari, Yann ne put qu'abdiquer.
Kévin : Je sais que ce n'est pas ton habitude d'être aussi… brusque. Mais…
Yann essaya une nouvelle fois d'échapper à son regard mais Kévin, ne l'entendant pas ainsi, le força à le regarder.
Kévin : MAIS je sais aussi pourquoi tu l'as fait. Je sais aussi que je n'avais pas eu d'orgasme aussi intense depuis longtemps. J'en tremble encore, regarde !
Il vit qu'effectivement, le corps de Kévin continuait à avoir des soubresauts.
Kévin : Merci Yann ! Je ne ferais pas ça tous les jours, mais merci. J'en avais autant besoin que toi. Et je t'aime ! S'il te plaît Yann, s'il te plaît, parle-moi. Je vois que quelque chose ne va pas.
Et devant la douceur de son mari, toute la peur qu'il avait ressenti le soir où il avait cru le perdre, toute sa détresse, tous ses doutes, le frappèrent de plein fouet. Il se blottit contre son compagnon, et pour la première fois depuis bien longtemps, trop longtemps, il se mit à pleurer, déversant toutes les larmes que son corps avait été, jusqu'alors, capable de retenir.
