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Chapitre 9

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Hermione avait très mal dormi cette nuit-là. Elle avait pleuré une bonne partie de la soirée, choquée et anéantie par la façon dont s'était terminé le Tournoi des Trois Sorciers.

La Troisième tâche, cet immense labyrinthe qui avait remplacé la moitié du domaine, le fait que les quatre Champions devaient y entrer et en trouver le centre tout en affrontant des sortilèges et des créatures en chemin afin d'arriver au milieu et de brandir le Trophée du Tournoi des Trois Sorciers...

Ça avait été une bonne idée et tout aurait pu se passer parfaitement bien si Poudlard n'avait pas eu un traître dans ses rangs, officiant depuis des mois sous le visage d'un professeur nouvellement arrivé...

La mort de Cédric Diggory, le retour de Voldemort... La nuit avait été rude pour tout le monde et ce matin, la Grande Salle était terriblement silencieuse.

Après avoir avalé un bol de café dans ce silence pesant, Hermione eut une brusque envie de réconfort et elle quitta la salle à la recherche de Malefoy, ne pouvant compter sur Harry ou Ron, aussi anéantis qu'elle, comme la moitié du collège...

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Il était un peu plus de neuf heures et la majorité des élèves et des professeurs avaient déjà pris leur petit-déjeuner depuis longtemps mais beaucoup, sous le choc, ressemblaient à des zombies. Ils erraient dans les couloirs et dans le hall, à la recherche d'un peu de réconfort de la part de leurs amis. Les Pouffsouffles étaient les grands absents, retranchés dans leur maison ou à l'Infirmerie, à pleurer le corps de Cédric, pour les plus courageux.

Alors qu'elle longeait un couloir, la brunette entendit des voix et son cœur se gonfla. Au loin, elle vit alors Malefoy, avec Zabini et Parkinson, assis par terre, seuls, en train de discuter à mi-voix.

- Regarde qui est là, dit soudain Zabini en montrant Hermione du menton.

Malefoy tourna la tête et se leva aussitôt. Hermione plongea dans ses bras et il la serra vigoureusement contre lui comme elle fondait en larmes. Le Serpentard l'embrassa sur le crâne puis la conduisit près des deux autres Serpentards et la fit asseoir près de lui.

- Quelle horreur... soupira alors Pansy.

Hermione la regarda et passa sa langue sur ses lèvres. La Serpentarde n'était pas maquillée, ou alors elle avait tellement pleuré que tout avait disparu. Cela lui donnait un air terriblement fatigué et quand elle sortit un petit mouchoir de sa manche en reniflant, la Gryffondor s'appuya contre Malefoy.

- Quelle tragédie, dit Zabini. Vous-Savez-Qui... De retour... Alors qu'on le croyait mort...

Hermione frissonna. Même si elle n'avait pas eu à subir les souffrances que les Mangemorts avaient fait endurer au monde sorcier vingt ans en arrière, le fait de lire toutes les histoires et les coupures de presse sur le sujet, lui donnait suffisamment matière à craindre tout ça.

- Qu'est-ce qui va se passer, maintenant ? demanda-t-elle en regardant Malefoy. Est-ce que...

Elle baissa le nez puis haussa les épaules.

- Malefoy, est-ce que ton père...

Le blond soupira.

- Il est déjà partit, dit-il alors. Ma mère m'a envoyé un message, il a transplané à la seconde où sa Marque s'est réveillée...

Le Serpentard regarda ensuite ses amis qui secouèrent la tête.

- Ma mère a résisté, dit Blaise.

- Et ton père, Pans' ? demanda Malefoy.

- Il a résisté aussi mais...

Elle haussa les épaules et Hermione soupira soudain et se leva.

- Allons ailleurs, dit-elle. À moins que tu ne veuilles rester avec tes amis...

- Je ne sais pas...

- Vas-y, répondit Zabini.

- Ça ne vous gêne pas ?

- C'est ta copine, dit Pansy en se levant.

Malefoy ne répondit rien et finit par se lever. Il passa son bras sur les épaules d'Hermione et tous deux s'éloignèrent en silence.

- Par copine, tu entends quoi ? demanda alors Blaise.

- Son amie, c'est tout, répondit Pansy. Je ne pense pas qu'il aille jusqu'à sortir avec elle.

- Il est amoureux d'elle, tu sais ?

- Oui, je sais, ça se voit depuis longtemps mais... ils ont trop peur du père Malefoy pour oser faire ça, crois-moi.

- Tu le sais d'où ?

- Daphné...

Blaise opina lentement puis il prit le bras de Pansy et ils s'éloignèrent tous les deux dans une autre direction.

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Aujourd'hui, personne n'avait vraiment envie d'être entouré, le chagrin était palpable, le choc aussi. Toute la journée, il ne fut pas rare de croiser quelqu'un en train de sangloter contre un mur, ou d'entendre renifler ou se moucher discrètement.

- Je n'arrive pas à y croire...

- Moi non plus. Un mort... Ici, à Poudlard...

Malefoy tira une chaise et Hermione s'y assit avec un merci presque inaudible. Les murmures dans la salle avaient tous les même sujet... Le blond prit place près d'elle et ils observèrent un moment de silence. Soudain, Harry et Ron apparurent dans la Bibliothèque et vinrent s'asseoir en face d'eux.

- Comment ça va ? demanda Hermione à Harry. Tu tiens le coup ?

- Ouais... Je viens juste de sortir de l'Infirmerie, je n'ai rien de grave... physiquement, du moins. Psychologiquement, c'est autre chose.

- J'ai vu les Aurors du Ministre, dit alors Ron. Il est avec Dumbledore...

- Et ils se disent quoi ? demanda Malefoy.

- Je n'en sais rien mais apparemment, ça fume... J'ai cru comprendre que le Ministre traitait Harry de menteur, que Vous-Savez-Qui ne pouvait pas être revenu, que c'était faux et qu'il n'y avait rien à craindre...

Harry serra les poings sous la table.

- Je sais ce que j'ai vu ! dit-il, les mâchoires crispées. J'y étais, j'ai vu Cédric mourir !

- Du calme, Harry, dit Hermione doucement. Fudge est un idiot, tu le sais aussi bien que nous... Il doit voir les choses pour y croire...

- Il ne tardera pas le à voir, le Lord, dit alors Malefoy.

- Pourquoi tu dis ça ? demanda Hermione.

- Parce que je me doute bien qu'il ne va pas rester inactif maintenant qu'il a retrouvé un corps « humain ».

- Non, c'est évident, mais tu veux qu'il fasse quoi ? Les Mangemorts n'ont jamais vraiment arrêté de terroriser les gens, si ? demanda Hermione.

Malefoy haussa les épaules.

- Pour les plus téméraires, sans doute, mais les premiers Mangemorts, comme mon père, ils se sont vite rangés pour ne pas être envoyés à Azkaban, mais comme tu le vois, ils sont tous retombés dans leurs travers... Potter, combien étaient-ils, tu le sais ?

Harry fronça les sourcils et sembla réfléchir.

- Une vingtaine, peut-être moins, répondit-il. Ils formaient un cercle autour de lui et il y avait des trous dedans, comme s'ils avaient chacun leur place attitrée...

Il haussa ensuite les épaules et soupira.

- Dans quelques semaines, ils seront des centaines, et à la fin de l'année, des milliers, dit-il. Il va falloir s'attendre à ce qu'il attaque Poudlard dans très peu de temps.

- Tu crois ? demanda Hermione, réprimant un frisson. Mais pourquoi ferait-il ça ? Pour... toi ?

Harry grimaça.

- Pour moi et sans doute pour tous les autres, je ne pense pas qu'à son niveau de démence, il fasse la différence entre les « bons » et les « mauvais » sorciers...

Hermione se mordit les lèvres et serra le genou de Malefoy sous la table. Le blond serra les mâchoires.

- On est en sécurité ici, dit-il alors. Tant que Dumbledore sera le Directeur, on sera en sécurité.

Personne ne répondit, tentant sans doute de se convaincre que c'était le cas...

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Les derniers jours de l'année furent troublés, non pas par Voldemort ou ses sbires, mais par les élèves qui n'avaient plus cœur à rien. Le deuil était omniprésent, partout, chez les professeurs, les fantômes, les Elfes de Maison, et les élèves eux-mêmes qui, quand ils ne portaient pas leur uniforme noir ou gris, arboraient des habits noirs ou sombres.

Ce matin-là, l'un des derniers avant que le Poudlard Express ne ramène tout le monde à Londres, Hermione et Malefoy décidèrent d'aller se promener à Pré-au-Lard. Il était à peine neuf heures et il faisait exceptionnellement chaud pour une heure si matinale mais le jeune couple n'avait aucune envie de rester au château à se morfondre.

- On va chez Rosmerta ?

- Non, je n'ai pas envie de voir du monde faire la tête. Restons dehors à nous promener...

Malefoy opina et ils s'éloignèrent tous les deux de la grand-rue pour s'enfoncer dans les bois qui entouraient le village. Après quelques minutes, ils s'installèrent au pied d'un gros chêne sûrement centenaire et Hermione soupira en se calant entre les jambes du Serpentard, dos à lui.

- Tu fais quelque chose pendant les grandes vacances ? demanda-t-il en l'entourant de ses bras.

- Je ne sais pas encore, peut-être partir avec mes parents une ou deux semaines, répondit la brunette. Et toi ?

- Avec mon père qui est redevenu un Mangemort, je n'ai pas spécialement envie de rentrer, si tu vois ce que je veux dire... Et puis, ça va m'obliger à être loin de toi aussi...

Hermione sourit et se redressa. Elle pivota et alla embrasser le blond.

- Restons tous les deux, alors, dit-elle.

- On a quinze ans, Granger...

- Et alors ? Je vais sans doute passer quelques jours chez les Weasley aussi, tu pourrais venir, tu serais loin de tes parents, et avec moi...

- Et avec Potter et Weasley, entouré de rouquins qui haïssent mon père ? Non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

Malefoy soupira alors et appuya sa tête contre le tronc de l'arbre.

- Il y a une chose positive à tout ça, dit-il.

- À la mort de Cédric et au retour du Lord ? Tu trouves ?

- Ouais...

Le blond releva la tête et prit la main de la jeune femme assise en tailleur devant lui.

- La bonne chose, c'est que mon père m'a complètement oublié...

Hermione plissa les yeux puis esquissa un mince sourire.

- Ce n'est pas pour autant que je vais me détourner de toi, dit-elle. Au contraire. J'ai appris à te regarder autrement, Malefoy, ces derniers mois, et je dois avouer que tu es bien plus plaisant à mes yeux que tu ne l'as été depuis notre première rencontre.

Malefoy baissa le nez.

- J'aimerais revenir en arrière, dit-il. Mais ce n'est pas possible. Quand je me souviens de ce que je t'ai fait endurer, j'ai honte. J'ai honte parce que maintenant que j'ai pris sur moi, sur mon éducation, pour apprendre à te connaître, je réalise que tu n'es pas le monstre que mon père m'a toujours décrit. Tu es une gentille fille, Hermione, tu es jolie et agréable à vivre et je ne sais pas pourquoi je suis ton premier petit-ami.

Hermione sourit.

- C'est la première fois que tu m'appelles par mon prénom, dit-elle, amusée. Ça me fait bizarre...

- Je pourrais continuer à t'appeler Granger, mais...

Hermione secoua la tête. Elle lui prit la main et pinça la bouche.

- Viens passer les vacances chez moi, dit-elle alors. Dans le monde Moldu.

Malefoy pencha la tête sur le côté.

- Pas de magie, dit la Gryffondor. Des sortilèges antitransplanage sur la maison pour empêcher toute intrusion, et des vacances que tout adolescent de quinze ans devrait passer.

- C'est-à-dire ?

- Shopping, plage, cinéma, parc d'attraction, dit Hermione en souriant.

- Le tout entouré de Moldus ?

- C'est ça ce qui est bien !

Malefoy grimaça.

- Je ne sais pas... C'est tentant, j'avoue, mais mon père...

- Ton père ne sait même plus que tu existes, Drago, il s'en fiche, il n'a plus d'yeux que pour son Maître retrouvé !

Hermione se mordit la lèvre.

- Parles-en à ta mère, dit-elle alors. Explique-lui qu'avec tout ce qui s'est passé à Poudlard, tu as besoin de tranquillité. Je suis certaine qu'elle comprendra.

- Tu ne connais pas Narcissa Malefoy, toi...

- Je ne la connais pas, c'est vrai, mais je connais son fils, répondit la brunette.

Le Serpentard passa sa langue sur ses lèvres puis détourna la tête et regarda autour de lui. Entre les branches des arbres, on pouvait apercevoir les tours de Poudlard avec les hiboux qui tournaient autour comme des corbeaux.

- Très bien, dit alors Malefoy. Je parle de tout ça à ma mère, quitte à inventer un mensonge, et je te tiens au courant.

- Quel genre de mensonge ?

- J'ai une cousine à Londres, répondit le blond avec un sourire en coin. C'est une Black, eh oui, et même si je ne l'ai vue que trois ou quatre fois dans ma vie, j'ai de bons souvenirs d'elle.

- C'est une sorcière ?

- Oui. Elle est un peu perchée mais elle est très gentille et mon père la déteste. Ma mère ne l'apprécie pas trop, elle la trouve trop simple, trop cool, pour une sorcière issue de la Grande Maison des Black, mais moi j'ai de bons souvenirs d'elle, quand elle venait à l'improviste au Manoir, les bras chargés de cadeaux...

Hermione sourit, amusée, s'imaginant cette cousine un peu fofolle comme une sorte de Tonks sans la partie Métamorphomage.

- Alors fais ça, dit-elle. Parle à ta mère de cette cousine et de ton envie de prendre le large quelques temps. Est-ce que tu crois que je peux aller voir cette cousine de mon côté et lui expliquer la situation ? Elle pense quoi des Nés-Moldus ?

- Rien, répondit Malefoy. C'est une Black et même si ce sont des sangs purs, elle n'a aucun préjugé, pour elle, tout le monde est dans le même panier.

- Je vois... Elle vit où ? Je l'aime déjà...

Malefoy ronfla puis dit à la jeune femme qu'il lui fournirait l'adresse de sa cousine dès qu'il pourra remettre la main dessus, après quoi ils décidèrent de remonter à Poudlard et allèrent s'isoler dans les serres.

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