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Chapitre 8 : 'La peur de te perdre'
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Dean n'avait pas voulu partir sur cette chasse, mais celle-ci se passait à côté de chez eux et avait déjà fait trop de victimes pour qu'il puisse l'ignorer. Il n'avait pas non plus pu faire comme si de rien n'était lorsque Bobby lui avait dit combien elle était dangereuse. Aussi, lorsqu'ils pensèrent avoir localisé la créature, et que le vieux chasseur ne pouvait pas se rendre sur les lieux pour accompagner Sam, il n'avait pas été capable de dire non. Certes, personne ne le forçait à y aller, mais comment était-il supposé laisser partir son frère sans même tenter de le protéger.
Les deux Winchester arrivèrent dans une grange abandonnée, à environs un kilomètre et demi de chez Bobby. Les planches de bois qui constituaient les murs étaient d'un brun sale et délavé par la pluie, le verni qui les recouvraient était plus qu'écaillé par endroits. Ils étaient entrés et avaient trouvé leur proie, ou plutôt proies au pluriel puisqu'ils se retrouvèrent confrontés à deux créatures au lieu d'une seule. Dean ne serait pas capable de décrire précisément ce à quoi ressemblaient les choses qu'il avait devant les yeux. Elles avaient une forme humanoïde mais pas de visage, leurs corps étaient fins et longilignes. Au bout de ce qui devait leur servir de bras, il n'y avait pas de main, juste trois longues griffes d'une dizaine de centimètre.
Ils se battirent contre elles, mais elles bougeaient rapidement et avec beaucoup d'agilité, aussi lorsqu'ils tuèrent la première, ils avaient perdu de vue la seconde. Ils tournèrent sur eux-mêmes, fouillant la grange, se dirigeant vers les craquements qu'ils entendaient, arme à la main.
- Derrière toi ! hurla Sam.
Dean eut juste le temps de se retourner avant que trois griffes ne lui rentrent dans le ventre. Il les sentit trancher sa peau en trois points précis, puis s'enfoncer dans sa chaire. La sensation lui coupa le souffle, ses yeux s'écarquillèrent malgré lui. Il ouvrit la bouche pour hurler, mais aucun son n'en sortit et il eut l'impression que ses poumons s'étaient brutalement vidés. Le monde entier se tut, laissant seulement les battements de son cœur faire échos dans ses tympans. Son corps fut secoué d'un soubresaut général lorsque les griffes cessèrent de creuser plus profondément en lui.
Les secondes suivantes lui paressèrent bien plus longues qu'elles ne l'avaient réellement été. Ses yeux émeraude se relevèrent vers le monstre, le voyant vraiment pour la première fois, et sur ce qui devait être son visage vide, Dean y vit une ligne bordeaux former un large sourire tordu et décomposé.
Il saisit plus fermement sa dague, resserrant ses doigts sur le manche avant de lever le bras et de l'abattre sur la chose face à lui, enfonçant son arme en un coup fatal dans son crâne. La lame pénétra le crâne aussi facilement que les griffes l'avaient fait en lui. Il la retira et poussa le monstre loin de lui, retirant les griffes de son corps. Mais le chemin inverse effectué par celles-ci ne fut pas exactement le même, et, en tombant, elles écartèrent encore plus les plaies, faisant des entailles plus larges en lui. Dès qu'elles furent totalement hors de son corps, il tomba en arrière. Ses jambes l'abandonnant et n'essayant même pas de le rattraper alors que son frère criait son nom en courant vers lui.
Sam enleva sa veste et la pressa immédiatement sur la blessure de Dean. Puis, il regarda rapidement à droite et à gauche, pour s'assurer qu'il n'y avait plus aucun danger. Il savait qu'il devait le ramener chez Bobby, prendre une voiture et l'amener à l'hôpital. Alors il passa le bras de son ainé par-dessus son épaule et le souleva, tout en lui répétant que ça allait aller, essayant autant de se convaincre lui-même que de convaincre son frère.
Chaque mouvement faisait gémir Dean de douleur, et celui-ci se retenait pour ne pas hurler, se mordant la lèvre. Il essayait aussi de respirer normalement, et de se concentrer sur le fait de serrer le plus fort possible la veste de son frère contre ses blessures, mais ses muscles semblaient ne plus réponde correctement aux messages de son cerveau. Il baissa les yeux sur son ventre, et vit que le tissu du vêtement de Sam avait changé de couleur, le rouge de son sang assombrissant fortement le bleu de celle-ci.
Pendant une seconde, alors que le monde devenait plus sourd et plus aveugle, il lui vient à l'esprit que la mort était en train de gagner sa bataille sur la vie.
Deux ans plus tôt.
Un bruissement d'ailes dans son dos, et Dean sourit largement avant de se retourner pour voir son ange. Mais dès qu'il le vit, son sang se glaça dans ses veines, et il fut soudainement incapable de respirer.
A terre, affalé contre une vieille commode en bois terni et aux tiroirs bancals, Castiel était couvert de sang. Une partie de ses vêtements était en lambeaux, son trench-coat n'était plus que sur l'une de ses épaules, sa cravate était encore plus défaite que d'habitude et un des bouts avait été arraché, sa veste de costume noir était déchirée en plusieurs points, mais le pire était sa chemise. Autrefois blanche, elle était trempée de rouge écarlate, déchirée aux endroits où les tâches de sang étaient les plus sombres, et elles étaient nombreuses. Les différentes couches de tissus n'étaient que trop légèrement secouées par la respiration presque inexistante de Castiel.
Ses cheveux en batailles étaient sales de poussières et de sangs, formant des paquets poisseux et épais dans ses mèches brunes. Son visage était recouvert à la fois d'ecchymoses et de plaies, traits vifs et fins sur son visage qui laissaient des traces rougeoyantes perler sur ses joues. Son nez devait être cassé, et ses yeux étaient à peine ouverts, l'un était au beurre noir et sur l'autre coulait du sang depuis son arcade sourcilière. Une de ses lèvres était éclatée en un mélange de chair et d'hémoglobine. L'odeur métallique de cette dernière se répandit instantanément dans la pièce, causant un haut de cœur à Dean.
Celui-ci se précipita vers son ange, hurlant son prénom. Castiel tourna à peine la tête dans sa direction, le mouvement semblant lui causer une immense douleur au vu du gémissement tremblant qui s'échappa de ses lèvres gonflées.
Dean jeta rapidement un œil aux nombreuses blessures sur le torse de son amant, remarquant tout de suite à quel point elles étaient profondes et trop sérieuses pour qu'il puisse les traiter. Son cerveau sembla cesser de fonctionner pendant quelques secondes. Quelques secondes au cours desquelles il croisa le regard bleu céruléen. Celui-ci semblait être surpris de le voir, surpris d'être en face de lui, comme s'il pensait ne plus jamais le revoir. Mais une lueur se mit à y briller, celle qui était toujours présente dans les yeux de Castiel lorsqu'il le voyait. Ses lèvres tentèrent d'afficher un sourire. Dean sentit son cœur se tordre en une horrible douleur dans sa poitrine.
- Me fait pas ça, supplia-t-il.
Puis, tout son corps sembla fonctionner de nouveau et il bondit sur ses pieds, traversant la pièce pour fouiller dans son sac. Il prit son téléphone et appela rapidement la seule personne qui risquait d'avoir une idée de quoi faire : Bobby.
Les sonneries furent insoutenables, Dean hurlant pratiquement à chacune d'elles alors que ses yeux ne décrochaient pas de Castiel. Mais lorsque la voix de son père de substitution résonna à l'autre bout de la ligne, cela n'aida en rien. Le chasseur parlait à toute vitesse, racontant ce qui se passait devant lui, expliquant l'état de son ange, et le suppliant de lui donner une quelconque solution. Mais Bobby, perdu dans ce qu'il disait, et commençant lui aussi à être affolé, n'en trouva aucune.
Alors que Dean hurlait à son téléphone, Castiel à terre commençait lentement à émerger de son brouillard de douleur, juste suffisamment pour tenter de parler, mais ses mots se perdaient dans sa gorge et sortaient aléatoirement sans aucun sens. Même lorsqu'il finit par ne dire plus qu'un nom, le répétant plusieurs fois, espérant que Dean comprenne et l'appelle, ce dernier ne se calmait pas suffisamment pour l'entendre.
Sa vision commença à se brouiller, et il sentit lentement sa grâce s'enfuir de son corps, se séparant, s'agitant, prête à se briser. Mais il était incapable de faire quoique ce soit alors qu'il sentait la mort arriver pour le prendre.
Dean, lui, regardait son ange devenir lentement plus pâle, et cette pâleur être recouverte de sang. Il avait la certitude qu'il mourrait, et contemplait son agonie sans ne rien pouvoir y faire. Il se passa une main dans les cheveux, la voix de Bobby au téléphone se mêla aux hurlements dans sa tête et il fut rapidement incapable de discerner quoique ce soit dans cet ouragan de pensées.
- Je t'en supplie, non, murmura-t-il en regardant son ange à quelques pas de lui, des larmes se mettant à couler sur son visage et brouillant sa vision.
Puis un bruissement d'ailes, et un autre homme fut dans la pièce. Il était blond, les yeux bleus clairs, un t-shirt gris col-en-V et une veste noir. Il écarquilla des yeux lorsqu'il vit Castiel et se dirigea immédiatement vers lui, une main tendue en avant. Mais Dean se mit sur son chemin, faisant barrière dans une tentative désespérée de ne pas laisser son précieux ange mourir sous ses yeux.
L'autre le regarda à peine avant de le repousser contre le mur opposé à celui où était Castiel. Dean le heurta avant de s'écraser lourdement contre le sol, relevant juste la tête au moment où la main de l'intrus se posa sur le front de son ange. Il hurla en se relevant, se précipitant pour lui sauter au cou, se fichant de n'avoir aucune arme face à ce qu'il savait être un ange. Il refusait de laisser celui-ci tuer l'être qui comptait le plus pour lui.
Mais lorsqu'il vit la lumière blanche sortir de sa main pour toucher le front de Castiel, il s'arrêta dans son mouvement. Il fut incapable de regarder la lueur aveuglante, mais refusa de détourner le regard. Puis, une fois celle-ci disparue, il vit le visage de son ange, moins blessé, mais semblant encore incapable de réagir. Il comprit que celui qui venait d'arriver l'avait soigné, et il releva les yeux sur lui alors qu'il se tournait pour lui faire face.
- Alors, c'est toi Dean, fit-il d'un ton condescendant en fronçant les sourcils et le jaugeant du regard.
Le blond se présenta sous le nom de Balthazar, un des frères de Castiel et apparemment un de ceux qui était du même côté que lui dans la guerre civile qui grondait au paradis. Sans démordre de son ton hautain et de son horrible accent, il expliqua à Dean comment son frère s'était retrouvé dans cette situation, lui parlant sans cacher aucun détail de la bataille qu'ils avaient subis, des morts autour d'eux, des autres blessés, ponctuant son intervention de remarques sarcastiques et déplaisantes. Il détailla chacune des plaies restantes sur le corps de Castiel, spéculant sur la façon dont elles s'étaient produites. Il termina son intervention par le fait qu'à quelques minutes seulement, rien n'aurait pu sauver le veilleur de Dean.
Ce dernier avait eu durant toute la tirade de Balthazar un goût amer dans la bouche, il serrait la mâchoire pour ne pas lui hurler de se taire. Pas seulement à cause de la manière dont celui-ci lui parlait, mais surtout parce qu'il ne supportait pas d'entendre ça. Il ne supportait pas d'entendre que Castiel avait faillis mourir, qu'il n'aurait rien pu faire à part le regarder agoniser avant de se retrouver devant le cadavre de cette personne si cher à son cœur. Il fut incapable de le quitter du regard, et, même s'il rêvait certainement, il avait l'impression que l'autre le regardait en retour.
Castiel, lui, avait était obligé d'assister à la scène sans pouvoir intervenir, sans pouvoir demander, supplier son frère d'arrêter. Et pourtant chaque parcelle de son être ne cessait de hurler, de s'agiter, de le prier de se taire, de ne pas raconter autant de détails. Mais il était incapable de bouger ou de parler, et regardait seulement Dean devenir plus pâle, son regard étincelant d'une inquiétude tourmentée qui n'avait jamais été présente jusque-là.
Lorsque Balthazar eut terminé, il soigna de nouveau les plaies de Castiel, mais ce n'était plus d'elles dont celui-ci souffrait. Puis, en une dernière remarque désagréable à l'homme, il disparue de la même façon dont il était arrivé.
Castiel tenta de se relever, prenant appui sur la commode avant que Dean ne se précipite vers lui pour le maintenir sur ses jambes. Ce dernier le traina jusqu'au lit, et l'y allongea. L'ange se mordit l'intérieur de la lèvre pour ne pas gémir de douleur, mais cela ne fonctionna pas, et lorsque son dos reposa contre le matelas, les nerfs à vif malgré ses plaies refermées ne le laissèrent pas en paix. Dean lui enleva ses chaussures, puis en le relevant légèrement, lui retira aussi son trench-coat et sa veste de costume.
Il ne s'était pas sentit épuisé depuis bien longtemps, mais en cet instant il avait l'impression qu'il pourrait s'endormir comme un humain. Il ferma les yeux en laissant les muscles de son corps se détendre, il baissa sa garde, ayant assez confiance en l'homme à ses côtés pour laisser celui-ci le défendre si jamais le besoin s'en faisait ressentir.
Dean ne dormit pas cette nuit, observant Castiel, la réalisation l'enveloppait comme une ombre et s'insinuait en lui. Elle le brula lentement sur son chemin, et plus les minutes avançaient, moins il était capable de retenir ses larmes de couler, moins il pouvait retenir ses mains de trembler et plus il savait qu'il ne permettrait plus jamais à une chose pareille d'arriver.
Lorsque plusieurs heures plus tard, l'ange sembla sortir d'une sorte de sommeil, son regard céruléen croisa celui émeraude de Dean, résolu. Ils partagèrent quelques longues secondes de silence, sachant tous deux qu'ils ne pourraient pas effacer l'évènement de la veille aussi facilement.
- Je veux plus jamais te voir comme ça, murmura Dean d'un ton assuré et ferme.
- Ça n'arrivera plus, lui promit Castiel, tout en se relevant
- Tu peux me le promettre ?
- Je –
- Non, tu ne peux pas, trancha Dean en secouant lentement la tête de gauche à droite.
Et c'est ainsi qu'un nouveau chapitre de leur relation avait commencé.
Maintenant.
Sam trottina du mieux qu'il put jusqu'à la maison de Bobby, le corps qu'il soutenait semblait devenir plus lourd de secondes en secondes, et s'il ne l'entendait pas respirer difficilement, il aurait pu croire que son frère était mort.
Mais le cœur de celui-ci battait encore, assez pour faire sans cesse saigner ses blessures, imbibant le tissu déjà incapable de retenir plus de sang. Dean forçait ses yeux à rester ouverts, luttant pour ne pas sombrer dans le sommeil qui lui ouvrait grand les bras, résistant à la tentation qu'il avait de simplement se laisser aller. Peu importe à quel point cela lui était difficile, il ne devait pas se laisser sombrer.
Sam soupira de soulagement lorsqu'enfin il aperçut la vieille maison aux murs bleus gris de Bobby. Toutes les lumières du rez-de-chaussée étaient allumées, et il entraperçut la silhouette de son père de substitution s'agiter derrière les fenêtres, se dirigeant rapidement vers la porte, l'ouvrant à la volée.
Celui-ci se figea sur le perron, les yeux écarquillés et la bouche s'entrouvrant pour dire quelque chose, des mots qu'il fut incapable de formuler alors que sa tête se balançait mollement de gauche à droite. Il y avait dans ses yeux bien plus que de l'inquiétude, une peur muette et froide, et toute sa posture semblait prier pour que ce qu'il voit ne soit qu'un rêve, un horrible cauchemar.
- Trouve-moi les clés de voiture ! lui hurla Sam avant que l'homme ne puisse arriver vers lui.
Bobby acquiesça, retournant à l'intérieur du plus vite qu'il le pouvait, disparaissant derrière les murs. Sam alla adosser son frère contre la portière passager de l'Impala, prenant son visage dans ses mains.
- Reste avec moi, j't'en prie, reste avec moi.
Dean acquiesça lentement, presque imperceptiblement. Il essaya de maintenir le regard de son frère, mais sa vue se brouillait. Il se rendit soudainement compte qu'il sentait à peine son corps, comme si celui-ci disparaissait lentement dans la brume, laissant son âme et son esprit flottant dans l'air nocturne.
- Oh, merde, dit Sam.
Lorsque Dean releva les yeux vers lui, celui-ci regardait quelque chose derrière lui, quelque chose qui se rapprochait d'eux, contournant la voiture. Il tourna la tête pour le voir, son ange, un sourire tendre sur le visage, les yeux brillants, expectatifs.
- Cas, parvient-il à murmurer, le son rauque, déchirant sa gorge.
Celui-ci se tient juste là, attendant, le regardant comme s'il était l'unique chose au monde qui comptait. Merde, le mot de Sam se répercuta dans son esprit. Rien que par son regard, Dean vit que Castiel ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait, il n'avait aucune idée de la douleur qu'il ressentait en ce moment, aucun indice de la façon par laquelle sa vie était suspendue au bord d'un précipice par un bout de ficelle qui ne demandait qu'à se rompre.
- Bobby !
L'interpelé arriva, toujours en courant, vers les deux frères, jetant les clés à Sam que celui-ci attrapa en vol. Leur père de substitution fut au côté du blessé en quelques secondes, le soutenant alors que le cadet ouvrait la portière pour le faire assoir à l'intérieur de la voiture. Cependant, du peu de force qu'il lui restait, Dean se retient au bord du toit de sa voiture, au moment où il vit le regard de son ange changer.
Les yeux céruléens étaient soudainement agités et sombres, inquiets et montrant toute l'incompréhension de leur propriétaire, et plus que tout, sa peur.
- Dean ! Bordel mais qu'est-ce que tu fous ?! hurla Bobby en tentant de le repousser dans l'habitable.
Sam avait atteint la porte côté conducteur et s'arrêta après l'avoir ouverte, les yeux écarquillés vers son frère. Castiel s'avança jusque vers Dean, et se pencha pour le prendre dans ses bras. Bobby s'écarta, plus par surprise et incrédulité que par choix. Il se figea devant l'anormalité de la situation et l'inconscience de son fils d'adoption.
Dean sentit le corps de son ange contre lui, le prenant dans ses bras pour le serrer fortement. Et malgré l'état dans lequel il était, malgré son frère qui hurlait derrière lui, il ne pouvait s'empêcher de noter que c'était la première fois que Castiel faisait un geste par lui-même. Celui-ci ne répondait pas simplement à son étreinte, il l'avait initiée. Pour la première fois, les bras de son ange le tenaient et il n'en était pas responsable.
Il posa comme il le put une main sur la nuque de Castiel, et une dans le bas de son dos. Il tenta de ne pas gémir de douleur lors de l'étreinte, ne voulant pas avertir son ange, ni même risquer de briser quoique ce soit à ce moment.
- Putain, mais, Dean, tu vas crever ! cria Sam derrière lui.
Mais, en cet instant, rien n'importait plus pour lui que d'être sûr que Castiel comprendrait qu'il serait absent pendant un moment. Il sentit un liquide chaud couler sur son ventre, la douleur plus forte que jamais alors qu'il avait cessé de maintenir son bandage de fortune. Il lâcha son ange, sans avoir la force de l'embrasser, et posa immédiatement sa main sur la veste de son frère qui, par miracle, n'était pas tombée, tâchant de la serrer contre lui, mais étant trop faible pour le faire correctement.
Bobby bouscula l'ange en retournant auprès de Dean, soulevant les jambes de celui-ci pour les faire rentrer dans la voiture.
- N'ose même pas mourir, lui dit-il en claquant la porte de l'Impala dans un grincement familier.
Sam mit aussitôt le contact et démarra en trombe, la voiture était secouée par les trous dans le chemin de terre, et il aurait en temps normal dû rouler moins vite mais ce n'était pas un temps normal. Il jetait sans arrêt des coups d'œil à son frère, lui hurlant qu'il était inconscient. Une fois sur la route, le cadet accéléra encore plus, Dean lui-même n'était pas sûr qu'il ait déjà roulé aussi vite sur une route comme celle-ci.
Heureusement pour lui, Sam connaissait déjà le chemin de l'hôpital le plus proche.
Deux ans plus tôt.
Tomber amoureux avait été étourdissant, affolant, terrifiant, submergeant. Et malgré tout, cette chute avait été incroyablement agréable. Ils n'avaient jamais su où ils atterriraient, ni dans quel état ils seraient une fois arrivé. Mais ils avaient eu la certitude que cela allait être doux et tendre. Tomber amoureux avait été un mélange de sensations contradictoires se soldant encore et encore par l'émotion la plus pure qu'ils n'avaient jamais ressentie. Et leurs peurs, bien que toujours présentes, n'étaient que trop maigres face au bonheur constant qu'ils ressentaient grâce à l'autre.
Etre amoureux s'était montré plus compliqué, capricieux et douloureux. Il y avait cette inquiétude endormie, sans cesse présente, pesant au-dessus d'eux. S'ils avaient enfin atterri, alors ils voulaient tomber de nouveau, ils voulaient s'envoler, flotter dans les airs, une main dans celle de l'autre, et ne plus jamais retoucher terre. Mais en cet instant, leurs deux pieds étaient encrés sur le sol, et ils étaient confrontés à tout ce qu'ils souhaitaient fuir. Ils savaient pourtant qu'ils étaient ceux ayant attachés les chaines qui les retenaient et les empêchaient de flotter à nouveau, qu'ils étaient ceux qui créaient cette confrontation. Mais cette inquiétude et cette peur, ils étaient incapables de les enfouir à nouveau.
Etre amoureux était une bataille constante entre la peur et la confiance. Une guerre qui dévastait tout sur son passage, les entrainant avec elle, les faisant se meurtrir l'un l'autre alors qu'ils ne faisaient que tenter de protéger l'objet de leur affection. Elle les détruisait lentement et les faisait aussitôt guérir. Leur amour leur faisant se tenir fermement par la main, prêts à l'assaut suivant qui serait irrémédiablement lancé par l'un d'eux. La souffrance émergeait d'eux la tendresse les prenait comme source. Ils se perdaient dans ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre, et se retrouvaient pour la même raison.
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- Je ne vois pas en quoi c'est trop demandé ! cria Dean en écartant les bras face à son ange.
- Non, bien sûr, mais dès que je te demande la même chose, là c'est trop, fit remarquer celui-ci.
- Tu ne me demandes pas la même chose.
- Si !
- Non, la chasse et une putain de guerre civile entre ange, c'est pas la même chose !
- Cela reviens exactement au même.
- Moi je fais ça pour sauver des gens !
- Parce que tu penses que je me bats contre mes frères pour le plaisir, peut-être ?!
- Mais, putain, j'ai jamais dis ça !
- Cette guerre est meurtrière, mais ce serait pire sans. Tu n'as aucune idée de ce que ce serait, de ce que Raphaël serait capable de faire. Tu …
- Je suis un ignorant et un imbécile, on a compris !
- Et tu dis que je déforme tes propos ?!
- Raaah, bordel ! hurla Dean avant de prendre sa tête entre ses mains en s'asseyant sur son lit.
Il avait besoin de se calmer, besoin d'arrêter de hurler sur son ange, besoin d'arrêter de lui dire ce genre de chose parce qu'il se savait incapable de contrôler ce qu'il disait dans cette situation. Mais il était incapable de céder, incapable de laisser Castiel continuer cette guerre, de le laisser partir sans savoir s'il allait ou non revenir.
- Dean, je ne peux pas les abandonner, dit fermement Castiel sur un ton plus calme, tout en détachant les mots, faisant comprendre ainsi qu'il n'en démordrait pas.
- Et moi tu m'abandonnes pour aller te faire tuer ?
Son ton était bien trop meurtri, bien trop triste et ainsi beaucoup trop culpabilisant. Il savait que c'était un coup bas, et, dans une sens, il s'en voulait de lui faire ça, parce qu'il savait qu'il le ferait se sentir immensément mal, mais il était désespéré.
Castiel fit un pas hésitant dans sa direction, puis un autre jusqu'à ce qu'il soit en face de lui et il s'agenouilla pour être à sa hauteur. Dean garda les yeux fermés durant de longues secondes, jusqu'à ce qu'il comprenne que son ange attendait seulement qu'il les ouvre. Il se détesta aussitôt lorsqu'il vit la peine dans le regard de celui-ci.
- Je ne t'abandonne pas, Dean, murmura la voix grave de Castiel. Ça n'a jamais rien eu avoir avec le fait de t'abandonner. Je préfère être ici, avec toi …
- Alors ne pars plus, le coupa-t-il.
- Non, mes frères, ils …
- Ils ont besoin de toi, l'interrompit-il à nouveau. Je sais. Mais je …
- Tais-toi, dit Castiel en fermant les yeux. Tu triches, l'accusa-t-il en secouant la tête, comme si tout était soudainement trop dur.
Il se releva, s'écartant de lui et lui tournant le dos. Dean se releva, ouvrant la bouche pour dire autre chose, mais l'ange l'interrompit.
- J'ai besoin de toi, moi aussi.
Ses yeux émeraude s'écarquillèrent, pas vraiment pour les mots qu'il venait de dire, mais la façon dont il les avait prononcés. Comme s'ils faisaient mal, comme s'ils l'accusaient de quelque chose. Son ton était presque froid, et ses mots étaient bien plus lourds que du plomb. Castiel se retourna, et ses yeux semblaient bruler d'un mélange de peine, de douleur et de rage.
- Toi aussi tu m'abandonnes quand tu cours risquer ta vie sur une chasse.
- Relance pas cet argument, rétorqua Dean en détournant le regard, incapable de supporter celui de l'autre.
- Arrête de dire que je me fiche de ce que tu peux ressentir, de la peur qui te prend dès que je pars, parce que je sais très bien ce que tu vis, Dean. Crois-moi, je le sais.
- Et pourtant ça ne t'empêche pas de continuer, l'accusa-t-il faiblement.
- Ça t'en empêche toi ?
- Tu étais presque mort, Cas ! Mort ! hurla-t-il de nouveau. Je te regardais mourir !
- Tu étais presque mort la première fois que je t'ai revu. Et ce n'est pas la seule fois depuis où tu as été dans cet état.
- Ça n'avait pas l'air de te gêner jusqu'ici, dit-il amèrement, sans même le penser.
- N'ose même pas dire quelque chose comme ça, répondit l'ange en serrant les mâchoires, une tempête dans son regard.
- D'accord, laisse tomber, lâcha Dean en se passant de nouveau une main sur le visage.
- … Dean, appela doucement Castiel après un silence.
- J'veux plus parler, dit-il en allant de nouveau s'assoir sur le lit, tournant le dos à son ange.
- … Dean, je –
- J'veux plus te parler.
Le silence régna aussitôt dans la pièce. Un silence lourd et douloureux, qui n'avait rien en commun avec ceux qu'ils avaient pu partager jusqu'ici. Dean sentit sa gorge se nouer, et ses yeux picoter, il joignit ses mains pour ne plus les sentir trembler. Puis, il entendit un battement d'ailes, et son cœur se brisa. Il prit son visage entre ses mains, cachant ses larmes au vide de sa chambre de motel, étouffant un sanglot entre ses paumes.
Il se détesta lorsqu'il remarqua qu'ils n'avaient même pas échangé une étreinte. Pas parce qu'elle n'était pas arrivée, mais parce qu'il ne comprenait pas comment il avait pu ne serait-ce qu'une seconde penser qu'il en méritait une.
Maintenant.
La route jusqu'à l'hôpital n'était pas longue, mais prenait une part bien assez grande des précieuses minutes que possédait Dean. Sam lui jetait souvent des regards, se forçant à fixer la route. Il lui parlait pour le garder éveillé, pour qu'il ne se perde pas dans le confort douillet de l'inconscience.
Mais alors qu'ils n'étaient plus qu'à cinq minutes de l'hôpital et qu'il jeta un nouveau coup d'œil à son ainé, il vit que celui-ci avait les yeux clos.
- Dean ?! hurla-t-il.
Il tendit le bras vers lui pour le secouer, empoignant son épaule et la bougeant sans ménagement, mais son frère ne réagit pas. La paniqua s'empara lentement de lui alors que les paupières de Dean restaient abaissées.
- Dean ! hurla-t-il de nouveau dans le vain espoir de le voir réagir.
Son pied enfonça la pédale d'accélérateur, les roues de l'Impala crissant sur le bitume alors qu'il tournait. Il empoigna fortement le volant pour ne pas être emporté sur le côté par l'élan de la voiture, et il retient son frère d'une main lorsque le corps de celui-ci se pencha en avant. Il l'enfonça dans le cuire du siège, regrettant amèrement de ne pas lui avoir attaché sa ceinture.
- Pitié, Dean, me fais pas ça, murmura-t-il.
Deux ans plus tôt.
- Tu peux pas toujours répondre par cet argument, putain ! hurla Dean, les mains crispées sur le volant, les phalanges de ses doigts blanchissant.
- Tu te mets en danger lorsque tu chasses, si je ne dois pas me mettre en danger, alors toi non plus tu ne le devrais pas, dit Castiel, la tête tournée en direction de la fenêtre, regardant la campagne du Nebraska défiler à toute vitesse, conscient que le paysage ne devrait pas passer aussi vite, sans pour autant oser regarder le compteur de vitesse.
- C'est totalement différent.
- C'est une guerre aussi dans un sens, fit remarquer l'ange.
- Arrêtes de jouer au plus malin, Cas, ok ?! La chasse c'est mon job !
- Et essayer de protéger les miens est mon devoir.
- Et s'ils ne veulent pas être protégés, hein ? Parce que vu l'état que t'avais, ils avaient plutôt l'air d'essayer de te tuer.
- Les gens que tu sauves avec ton travail ne t'empêche pas d'être blessé par ceux qui les attaquent.
- C'est pas pareil.
- C'est exactement pareil, Dean. Tu aides ces gens, comme je protège les miens. Tu prends des coups contre ces monstres, comme j'en prends par ceux à qui je m'oppose. On fait tous les deux ce qu'on considère bien en se mettant en danger. Pourquoi est-ce que ça t'est insupportable ? Tu fais la même chose que moi.
Dean resta silencieux, gardant les yeux sur la route. Il détestait se disputer avec Castiel, surtout puisque cela ne changeait jamais rien à leur situation au final. Ils stagnaient totalement, et ce depuis près de deux mois maintenant. Leur souci était éternellement le même, si Dean voulait que Castiel renonce à cette guerre, il devait arrêter de chasser, ce qui lui était évidemment impossible.
- Si je me blesse, tu peux me sauver. Si tu te blesses, je te regarde crever.
- Je ne peux pas les laisser tomber, Dean. Je dois les …
- Les protéger, je sais, le coupa Dean. Mais dis-moi, Cas, qui te protège toi ?
- Et toi, Dean qui te protège toi ?
- Toi.
- Alors ton problème, au fond, c'est me savoir en danger ou de savoir que tu n'y peux rien ?
- La ferme.
- Parce que tu dis que je te protège, mais je pourrais arriver trop tard. Tu peux mourir en une seconde, je ne suis pas toujours là. Tu …
Castiel fut coupé par le crissement des freins de l'Impala. Il se retient au tableau de bord lorsqu'il fut projeté vers l'avant. Peut-être devrait-il songer à attacher cette fameuse ceinture quand Dean conduisait. Il tourna la tête vers Dean et ouvrit la bouche pour parler, mais celui-ci n'était déjà plus qu'à quelques centimètres de son visage.
- La ferme, répéta-t-il sur un ton beaucoup plus bas.
Puis il plongea sur le visage de Castiel, ne demandant pas la permission avant de pénétrer sa bouche, conquérant immédiatement un territoire qui lui appartenait déjà. L'autre lui répondit immédiatement, alors qu'il s'allongeait sur la banquette de l'Impala, empoignant le t-shirt de Dean pour que celui-ci l'accompagne.
Depuis qu'ils ne cessaient de se disputer sur ce sujet, Castiel avait découvert qu'il était possible de passer à une autre activité bien plus plaisante qu'une dispute sans aucune transition et au beau milieu de cette dernière. Si cela l'avait surpris au début, il avait rapidement beaucoup aimé ce concept. C'était l'un des deux seuls moyens qu'ils avaient pour arrêter de se hurler dessus, l'autre étant de changer de sujet. Mais même alors, leur conversation était désagréablement tendue, l'un comme l'autre faisant bien trop attention à ce qu'ils disaient, conscients que n'importe quoi pouvait être un détonateur les faisant de nouveau crier.
Il n'aimait pas lorsqu'ils se disputaient en voiture, pas seulement parce que Dean conduisait bien trop vite, mais parce qu'il ne pouvait pas tenter de le distraire autrement. Il avait essayé une fois, mais l'homme aux yeux émeraude avait donné un coup de volant si brusque qu'ils avaient faillis quitter la route.
Castiel n'avait pas envisagé, jusqu'ici, la possibilité d'arrêter la voiture, mais il se promit d'y penser si cela devait se reproduire, alors qu'il sentit la main de Dean défaire la fermeture de son pantalon pour se glisser à l'intérieur.
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- Dean ? murmura Castiel.
L'homme se mut jusqu'à atteindre les lèvres de son amant, le réduisant au silence. Il l'embrassa, rapidement, passionnément, si bien que Castiel s'en voulu de le repousser.
- Dean …
Il posa une main sur chacune des joues de Dean, ses doigts remontant jusqu'à ses tempes, l'obligeant à rester face à lui, puisqu'il savait que Dean irait se cacher dans son cou en prétextant l'embrasser. Or il ne voulait pas le laisser se défiler. Il posa son front contre le sien et ferma les yeux, ne le regardant pas, et le laissant fuir son regard lui accordant exactement ce qu'il voulait sans que ce soit lui qui le prenne de force.
Castiel cherchait quoi dire. Parler était un domaine où aucun d'eux n'excellaient et leurs faibles progrès avaient été anéantis par les dernières semaines à faire attention à chacun de leurs mots. Il ne voulait pas que sa relation avec Dean, peu importe comment elle était censée s'appeler, se résume à des disputes et du sexe qui serait aussitôt oublié. Il ne pouvait pas vraiment dire qu'il ne trouvait pas agréable les fois où leurs disputes menaient à cette conclusion, mais cela lui manquait que ça ne soit pas des paroles ou des gestes d'affection qui les y conduisaient, même si ces derniers étaient gênés et maladroits.
Il voulait simplement retourner à la normale, leur normal. Faire disparaître la soirée où il était apparu devant lui blessé de l'esprit de Dean. Il n'avait même pas voulu faire cela. Il avait juste été persuadé durant un court instant qu'il n'allait pas s'en sortir, avait pensé à l'homme aux yeux de sa couleur préférée et s'était retrouvé devant lui.
Castiel voulait lui dire cela, lui demander d'oublier et de ne plus jamais avoir cette conversation. L'ange ouvrit la bouche pour parler quand il sentit quelque chose d'humide tomber sur sa pommette et glisser le long de celle-ci, laissant une trace fraiche jusqu'à sa tempe.
- Tu … pleures ? demanda Castiel d'une voix hésitante.
- Cas, s'il te plait …, supplia Dean dans un souffle.
- Je ne veux pas me disputer. Je veux juste être avec toi.
Dean ne répondit rien. Et son ange savait qu'il n'avait pas pour habitude de pleurer. Parfois Castiel avait l'impression qu'il était le seul devant qui il ne s'était jamais laissé aller. Il avait toujours dû paraître fort pour son frère, sembler solide pour rendre son père fier, il en avait juste pris l'habitude. Aussi, l'ange était conscient d'être le seul à réduire ses barrières à néant, conscient de ce que cela signifiait.
Il fit pencher la tête de son amant, embrassant ses paupières fermées, goûtant ses larmes salées du bout des lèvres.
- On arrête. On en parle plus.
Il sentit Dean soupirer contre sa peau, un souffle chaud saccadé se brisant sur ses lèvres. Puis il le sentit secouer doucement la tête de gauche à droite.
- Je pourrais pas, Cas. J'aimerais, crois-moi.
Castiel ouvrit les yeux. A cette distance, même si l'habitable était peu éclairé, il pouvait distinguer, contempler, admirer les orbes émeraude de Dean. S'il les observait assez longtemps, il savait qu'il pourrait oublier à quel point sa gorge était nouée, combien son cœur était serré. Il savait qu'il pourrait faire semblant que ça ne lui brisait pas le cœur de savoir qu'ils n'auraient probablement plus de normal.
Castiel savait qu'il devait partir. Il entendait l'appel de son frère, seulement de loin parce qu'il avait réduit leurs appels pratiquement au silence. Mais il resta immobile, allongé sur la banquette avant de l'Impala arrêtée sur le bord d'une route au milieu de nulle part, avec l'homme qui représentait trop pour lui allongé au-dessus de son corps, y reposant son poids, le serrant dans ses bras, assez prêt pour qu'il distingue chaque strie de ses iris verts et sente son souffle sur sa peau. Il n'avait aucune envie de partir. Il serait resté éternellement ainsi.
Il se demanda un instant ce que pouvait penser Dean. Il aima se dire que celui-ci pensait la même chose que lui à ce moment, qu'il ne voulait rien changer.
Dean rapprocha ses lèvres des siennes, y déposant un léger baiser, auquel Castiel répondit. Ils semblaient avoir l'éternité devant eux alors qu'ils laissaient leurs lèvres se rencontrer, s'écarter, se retrouver. Il passa doucement sa langue sur l'une des lèvres de Castiel, qui les entrouvrit. Le chasseur prit la lèvre du bas de Castiel entre les siennes, la suçant doucement, tendrement, l'autre répondant avec la même attention sur sa lèvre supérieure. Puis il alla taquiner la langue de l'ange.
Le chasseur glissa doucement la main à l'intérieur du pantalon déjà ouvert de Castiel.
-Dean …, l'arrêta l'ange à contre cœur.
- Il faut que t'y ailles, c'est ça ? dit Dean après quelques secondes.
- Dean …, dit de nouveau Castiel, la gorge nouée ce qui se refléta dans sa voix.
Son amant n'insista pas. Il posa une main sur la nuque de son ange, l'embrassant tendrement avant de se redresser.
- Reviens moi, demanda simplement Dean dans un murmure.
Castiel acquiesça avant de se redresser pour remettre ses vêtements correctement. Lorsqu'il voulut passer sa main dans ses cheveux, l'autre le retient, souriant en coin. Il lui rendit son sourire en rabaissant sa main, lui accordant ce plaisir. Dean le lâcha, et il s'envola.
L'homme aux yeux émeraude prit une profonde inspiration lorsqu'il se retrouva seul dans l'Impala. Il ralluma la radio qui hurla du Metallica. Puis, il ferma la braguette et le bouton de son pantalon et se remit en route, sans nulle part où aller.
Maintenant.
- Aidez-moi ! hurla Sam en pénétrant aux urgences de l'hôpital, le bras de son frère passé par-dessus son épaule, son corps penché et appuyé sur le sien.
Il avait trainé son frère depuis la voiture, hurlant à l'aide depuis l'extérieur, priant pour que quelqu'un l'entende. Dean ne s'était pas miraculeusement réveillé, et son corps semblait plus lourd que jamais alors que ses pieds ne le portaient plus.
Deux infirmières tournèrent la tête dans sa direction avant qu'une d'entre elles ne se précipite vers lui, chargeant la seconde d'aller chercher un brancard et de l'aide. Elle prit le deuxième bras de l'ainé et le passa par-dessus ses épaules, aidant Sam à supporter son poids.
- Qu'est-ce qu'il a ? demanda-t-elle d'une voix ferme et rapide mais calme.
- Il – il s'est pris trois coups de couteaux dans le ventre, il saigne beaucoup et s'est évanouis en chemin, répondit-il.
La seconde infirmière arriva avec un lit à roulette, et ils y installèrent immédiatement Dean. Un autre urgentiste arriva, prenant immédiatement le pouls et la respiration du blessé. L'infirmière qui avait supporté Dean souleva le t-shirt que celui-ci portait, avant d'appliquer plusieurs compresses que la seconde lui tendit.
- Les blessures ne sont que d'un côté, ou bien le couteau a-t-il transpercé son corps ?
- Que– que d'un côté, répondit Sam.
- Suivez-nous, demanda l'homme en blouse blanche, alors qu'il commençait à tirer le lit. J'ai besoin d'une salle d'opération, tout de suite ! dit-il à une femme se tenant derrière un comptoir.
Celle-ci regarda l'ordinateur devant elle et tapa rapidement quelque chose, avant de relever la tête vers lui et de lui donner un numéro.
Les trois urgentistes tirèrent le lit le long d'un couloir, Sam dans leurs pas. Ce dernier dû leur expliquer ce qu'il s'était passé depuis que son frère s'était fait poignardé, et surtout le temps qu'ils avaient mis pour parvenir à l'hôpital et approximativement le sang qu'il avait perdu. L'une des femmes lui demanda s'il serait prêt à donner son sang si nécessaire, et il répondit oui immédiatement, juste avant de se faire congédier. Deux autres médecins entrèrent dans la pièce alors que Sam était gentiment repoussé vers l'arrière. Une troisième personne arriva et lui demanda d'aller en salle d'attente, lui donnant une fiche d'information qu'il devait remplir.
Le cadet eut soudainement la tête qui tourne, suivant la direction qu'on venait de lui indiquer en ayant l'impression qu'on venait de lui donner un sédatif. Il s'assit sur l'une des chaises en plastique au moment où ses jambes ne le retenaient plus, puis prit sa tête dans ses mains tout en résistant à une forte envie de vomir.
Deux ans plus tôt.
- Je ne vois même pas pourquoi nous discutons, lâcha Castiel en tournant le dos à l'autre homme, se passant une main sur le visage, une mimique qu'il lui avait volée.
- Ah, parce qu'on discute, maintenant ? demanda Dean surpris.
L'ange soupira fortement avant de se retourner vers lui, un regard exaspéré sur le visage. Dean serra les mâchoires, sa boule dans la gorge refaisant immédiatement surface en même temps que le monstre dans son estomac, jouant avec ses tripes, les emmêlant, les tordant, faisant des nœuds avec juste pour en rire, et rire de lui. Il détourna le regard, incapable de soutenir celui de son ange.
- Nous ne trouverons jamais d'accord, soupira Castiel.
- Pas avec cette motivation, fit remarquer l'autre homme.
- Je ne vois aucune raison d'être motivé dans le fait de se hurler dessus.
Dean retomba dans le silence, le ton que Castiel avait employé montrait plus de tristesse et de lassitude que quoique ce soit d'autre, et son cœur se serra.
- J'arriverai pas à te laisser partir. J'arriverai pas à me dire que tout ira bien. J'en suis pas capable.
- Je sais.
- Arrête la guerre.
- Arrête la chasse.
- Putain, souffla-t-il lasse en se prenant la tête entre les mains. Mais pourquoi est-ce qu'on en revient toujours à ça ?! ragea-t-il.
- Tu n'as pas le droit de me demander d'arrêter de prendre des risques si toi tu continues à en prendre. Je ne vois pas en quoi cela est compliqué à comprendre.
- Arrête de me traiter comme un gamin ! explosa Dean.
- Je ne te prends pas pour un gamin, se défendit Castiel.
- Ah, non ?
- Non ! dit-il en haussant la voix.
- Mais bien sûr, j'adore être parano ! ironisa-t-il.
- Arrête de hurler !
- Arrête de me faire hurler !
- Pourquoi est-ce que tout est toujours de ma faute ?! s'emporta Castiel.
- Bordel ! hurla l'autre homme en se prenant encore la tête dans les mains.
Il s'assit sur le bord du lit et plaqua ses mains sur ses oreilles. Castiel ne disait plus rien, et entendre le silence était presque pire. Ce silence était assourdissant, c'était une torture. Il fallait qu'il arrête de crier, il fallait qu'il s'excuse, il fallait qu'il prenne son ange dans ses bras et qu'il lui fasse comprendre combien il comptait pour lui. Mais il resta juste assis sur le bord de son lit.
- On change de sujet ? proposa-t-il d'une voix éreintée d'avoir parlé trop fort.
Castiel le regarda de nouveau, ses yeux céruléens tristes rencontrant l'émeraude désespérée des siens.
- Pourquoi faire ? demanda-t-il, un sourire triste sur le visage. On recommencera à hurler dans un quart d'heure.
- C'est toujours un quart d'heure, dit-il en haussant une épaule.
L'ange s'approcha, s'asseyant à côté de lui et posant sa main dans la sienne. Ils nouèrent leurs doigts ensemble, les serrant comme pour se rassurer de la réelle présence de l'autre. Castiel posa sa tête sur l'épaule de Dean, et ce dernier pencha sa tête sur la sienne.
- Je tiens à toi, tu le sais ça, n'est-ce pas ? demanda Dean.
- Oui, je le sais, murmura son ange en caressa son pouce avec le sien.
- J'ai juste peur de te perde, je le supporterais pas si tu …
- Arrête, demanda Castiel en le coupant.
- Arrêter quoi ?
- Tu n'as pas le droit de me faire culpabiliser pour arriver à tes fins, c'est injuste, dit-il avec une pointe d'exaspération dans la voix.
- J'essayais d'être mignon là, je te signal, dit-il en relevant la tête et en se redressant, chassant sans le vouloir Castiel de son épaule.
- Avant ou en même temps que me faire comprendre que je ne tenais pas à toi si je partais ?
- Et merde ! lâcha-t-il en se relevant.
Maintenant.
- Il est en salle d'opération. Je ne sais pas vraiment dans quel état il est, mais ils sont venus me demander un peu de mon sang, pour une perfusion.
Sam entendit Bobby soupirer à l'autre bout de la ligne. Le vieil homme de pinça l'arête du nez, avant de refermer le poing, refusant d'accepter sa main en train de trembler.
- Ça va aller, c'est un dur ton frère, dit-il pour rassurer le cadet.
- Je sais, mais … je veux juste qu'il se réveille.
- Il va se réveiller. Il n'aura jamais le cran de nous laisser derrière lui. Ni toi, ni son Cas.
- Oublie pas de te compter dans la liste. Il aurait trop peur que tu ailles le retrouver dans l'au-delà pour lui botter les fesses, rit Sam sans vraiment arriver à se rendre joyeux.
- Tu veux que je vienne ? demanda Bobby après un silence, d'une voix douce et rassurante.
- Non, lui répondit son fils d'adoption. Ça ne changera rien, et puis il faut que tu restes avec Cas.
- D'accord … tiens le coup, mon grand.
- Je te rappelle dès que j'ai du nouveau. A plus, Bobby.
Sam raccrocha, tournant plusieurs fois le téléphone dans sa main. Il n'était pas censé sortir, l'infirmière lui avait prélevé légèrement plus de sang que la normale, et voulait veiller à ce que rien ne lui arrive. Mais il se sentait incapable de rester en place, et ce malgré la fatigue, ses jambes qui le maintenaient à peine debout et les tremblements liés au stress. Il se passa une main sur le visage. Il détestait attendre.
Il se décolla légèrement du mur contre lequel il était appuyé, mais garda une main contre celui-ci, la glissant contre la surface granulée alors qu'il le longeait pour retourner en salle d'attente. Dès qu'il entra dans le bâtiment, le bruit lui fut insupportable et il eut envie de fuir très loin de cet endroit. Mais il resta. Il resta parce que son frère avait besoin de lui.
Deux ans plus tôt.
Dean était en train de tenter de s'endormir, se retenant d'appeler son ange pour que celui-ci soit à ses côtés. Castiel était reparti, devant mener bataille, encore. L'homme ne voulait pas tant l'appeler pour l'avoir avec lui que pour être sûr que son ange aille bien. Il se retourna encore une fois dans le lit, bougeant son oreiller pour tenter de prendre une position plus confortable, même s'il savait que cela ne l'aiderait pas à trouver le sommeil.
Il inspira profondément encore une fois, fermant les yeux et essayant de vider son esprit. Mais lorsque tout semblait devenir paisible, l'image de son ange couvert de sang et de plaies, à moitié-mort, reposant sur la vieille commode en bois d'un motel quelconque resurgissait. Il se mordit la lèvre, se retenant de prier, ne se souvenant pas depuis quand cela lui était devenu une habitude, lui qui ne croyait en rien.
Puis un bruit qu'il pourrait reconnaitre parmi des milliers résonna dans la pièce. Dean ouvrit les yeux pour apercevoir aussitôt la silhouette de son ange, droit comme toujours, mais dont les larges épaules étaient voutées. Il n'arrivait à discerner aucun de ses traits, il n'était qu'une ombre noire à quelques mètres de lui.
- Tu dormais ? demanda la voix rauque de Castiel.
- Pas encore, répondit Dean la voix fatiguée par le manque de sommeil accumulé depuis les quelques jours d'absences de son amant.
Dean se déplaça dans le lit, écartant la couverture et laissant assez de place pour inviter Castiel à le rejoindre. Il ne pouvait s'empêcher de sourire à la perspective de sentir le corps de celui-ci contre le sien. Ce dernier avança jusque vers une des chaises dans le coin de la chambre, tout en enlevant sa veste et son trench-coat d'un même geste pour l'y déposer. Deux yeux émeraudes observèrent son mouvement, remarquant avec un mélange d'inquiétude et d'amertume que celui-ci marchait lentement, que ses mouvements semblaient lui être pénibles, douloureux. Castiel prit appuie sur la chaise pour retirer ses chaussures, les enlevant du bout du pied et les laissant tomber sur le sol. Il finit par enlever précautionneusement sa cravate, la déposant sur sa veste et son trench-coat. Son pantalon glissa le long de ses jambes et il fit un pas en arrière alors qu'il déboutonnait sa chemise, sa posant avec le reste.
La vision de Dean s'était un peu habitué à l'obscurité, ce qui lui permit de voir plus clairement comme son ange semblait faire chaque pas avec précaution, comme s'il allait s'effondrer. Il se laissa presque tomber sur le lit, Dean écartant la couverture pour qu'il se glisse en dessous, ayant l'impression que Castiel avait perdu toutes ses forces. Puis, d'un geste fragmenté, Castiel se pencha vers Dean pour s'allonger à moitié sur lui, enrouler ses bras autour de lui et poser sa tête à plat sur son buste. L'homme resta surpris pendant quelques secondes, avant de prendre l'ange dans ses bras, laissant une de ses mains caresser doucement son dos, alors que l'autre se posait dans sa nuque et remonta dans ses cheveux, s'y perdant.
Dean s'était attendu à ce que leur position soit inversée, étant généralement celui qui s'endormait sur Castiel, protégé par son étreinte avec la sensation, et certitude, que son ange le garderait éloigné de tout danger. Pourtant, il ne fit rien pour changer cela, ou même lui faire remarquer, sentant dans les gestes de son amant que celui-ci en avait besoin.
Son ange ne le serrait que rarement aussi fort. Certes, l'étreinte de Castiel était loin de pouvoir faire mal à Dean, mais il y avait dans celle-ci un besoin de se rattacher à quelque chose que l'homme ne connaissait que trop bien.
Il pencha la tête pour déposer un baiser dans les cheveux en bataille qu'il caressait, tentant de réconforter et rassurer en même temps. Dean prit une grande inspiration de son odeur, n'arrivant jamais à en être rassasié. Cependant, ce n'est pas que l'odeur de Castiel qu'il sentit, mais aussi celle métallique et répugnante du sang. S'il avait voulu paraitre calme, l'accélération des battements de son cœur le trahirent instantanément.
- Cas, est-ce que tu vas bien ? demanda-t-il en essayant de ne pas paraitre inquiet.
- Ce n'est pas mon sang, répondit celui-ci après un court silence.
Dean ne demanda rien d'autre, ne dit rien d'autre malgré l'envie qu'il en avait. Parce que Castiel ne lui avait pas répondu, pas vraiment. Cela aurait pu passer pour une réponse, et il aurait probablement été capable de s'en contenter si l'autre ne semblait pas aussi mal, aussi perdu.
Mais il comprit. Il comprit que l'épuisement de ses gestes n'étaient pas physique, pas vraiment, parce qu'il n'était pas blessé, et que même s'il l'avait été il aurait pu se soigner. Dean comprit, alors il resserra son étreinte autour de lui, l'embrassant de nouveau dans les cheveux, passant outre l'odeur qui nouait son estomac et lui retournait le cœur. Il laissa sa main caresser son dos, et l'autre s'entortiller dans les mèches trop courtes. Cherchant à travers ses gestes à montrer à Castiel qu'il était là, que tout allait bien, voulant le rassurer, le faire aller mieux. Lui faire comprendre qu'il l'aimait.
Maintenant.
Une infirmière arriva en salle d'attente, et dans un premier temps, Sam ne fit pas attention à elle. Cela faisait plusieurs heures maintenant qu'il patientait, assis sur une chaine inconfortable, regardant l'horloge plus qu'il ne le devrait. Alors, lorsque celle-ci l'interpela, il mit quelques secondes à réagir. Puis il bondit sur ses pieds, ses jambes fonctionnant de nouveau, son estomac soudainement accroché. Il se tient face à elle, le souffle court et le cœur battant à un rythme effréné.
Celle-ci lui sourit tendrement, voyant son angoisse.
- Votre frère va bien, l'informa-t-elle. Son état est grave, mais stable. Il va s'en sortir. Nous avons dû opéré en …
Sam ne l'écoutait plus, résistant contre chaque parcelle de son corps qui lui hurlait de prendre cette femme dans ses bras. Il était tellement soulagé qu'il était prêt à remercier chaque personne travaillant dans cet hôpital. Et elle dû remarquer qu'il ne suivait plus les informations qu'elle lui donnait lorsqu'il soupira et pris son visage dans ses mains, un immense sourire illuminant son visage.
Elle le lui rendit, attendant qu'il encaisse l'information avant de reprendre sur les difficultés qu'ils avaient rencontrées. Elle lui dit ensuite qu'il ne pourrait pas voir son frère avant son réveil, et que cela n'arriverait que le lendemain matin, aussi elle l'incita à rentrer chez lui se reposer. Sam hésita quelques secondes, n'ayant aucune envie de laisser son frère seul ici, préférant appeler Bobby, lui annoncer que tout irait bien, et aviser ensuite.
Il remercia chaleureusement l'infirmière, celle-ci lui souriant à nouveau avant de repartir. Il sortit, appelant Bobby avant même d'être totalement dehors. Sa voix sonnait comme libérée au téléphone, un poids immense s'était soulevé de ses épaules, il fut incapable de retenir le rire nerveux lorsqu'il expliqua à son père de substitution que Dean irait bien.
Deux ans plus tôt.
Castiel n'était pas revenu depuis presque une semaine. Dean savait qu'il était très certainement occupé là-haut, à organiser un plan avec son frère ou peu importe quoi d'autre. Cela faisait longtemps qu'il cherchait une solution à leur problème, une qui ne les ferait plus hurler, une qui les réconcilierait. Depuis une semaine, il était incapable de penser à autre chose, de faire autre chose, rien n'était capable de le distraire, si bien que Bobby lui avait dit de régler son problème avec Castiel rapidement tellement il était devenu mauvais à la chasse. Dean ne lui en avait pas parlé, mais c'était son père, il n'avait pas besoin que celui-ci lui explique quoique ce soit.
Donc il se retrouva dans la chambre qu'il occupait chez le vieux chasseur, adossé contre la porte close. Il ferma les yeux et appela mentalement son ange.
Quand il les rouvrit, rien n'avait changé, il était toujours seul dans sa chambre, sans Castiel en vue. Il prit une grande inspiration et ferma de nouveau les yeux.
- Cas, si possible faudrait qu'on parle.
Rien, pas un bruissement d'aile, pas de légère brise indiquant son arrivé. Il attendit plusieurs minutes, sentant déjà l'angoisse le prendre, faisant trembler sa voix alors qu'il reprenait la parole.
- Cas, tu m'entends ?
Silence. Quelques minutes.
- Cas ?
Silence. Quelques instants.
- Cas ?
Silence. Quelques secondes.
- Castiel ?!
Dean se décolla de la porte, faisant quelques pas dans la chambre, tournant sur lui-même en espérant voir soudainement l'ange apparaître.
- Cas, c'est urgent, dépêche !
Ce n'était pas urgent. Il savait bien que ce qu'il devait lui dire pouvait attendre, parce qu'il n'avait rien prévu, aucune solution concrète à lui proposer, et que cela faisait plusieurs mois que cette situation durait alors une soirée de plus ne ferait pas de différence. Mais là tout de suite, il lui fallait voir l'ange, il en ressentait le besoin viscérale, besoin qu'il n'avait pas quelques moments plus tôt. Il refusait de laisser son angoisse parler, laisser l'idée germer dans son esprit. Non, non tout sauf ça.
- Cas ! … Cas ! Réponds, putain !
Ses pensées allaient trop vite pour qu'il soit capable de les suivre, partant dans trop de directions opposées, chacune de celles qu'il aurait préféré éviter. Mais son esprit le torturait, lui fournissant des images qu'il n'avait aucune envie de voir, bien trop claires et bien trop précises. De Castiel, de son Castiel, de son ange une lame angélique enfoncée dans le corps, tranchant son cœur en deux parties et brisant celui de Dean au passage, ses yeux céruléens s'écarquillant une dernière fois avant que deux grandes ailes noires n'apparaissent sur le sol à côté de son corps après qu'une lumière aveuglante l'ait emporté. Pitié, non, non, pas ça.
Il répéta son nom, encore et encore. Le priant d'arriver. Le priant de l'entendre. Le priant de lui prouver qu'il n'était qu'un idiot paranoïaque. Priant, encore et encore, lui qui n'avait jamais prié de sa vie avant de le rencontrer.
Il respirait trop vite en faisant des allers-retours dans la pièce, ses pas n'étant qu'un bruit de fond au son torturé qui s'échappait de ses lèvres, bien moins bruyant que les voix hurlantes dans sa tête. Son ange allait juste apparaître et le voir dans cet état et il lui sauterait dessus en l'embrassant, et après une légère surprise Castiel l'embrasserait en retour, et il l'entrainerait jusque dans son lit, le serrant fortement dans ses bras en promettant de ne plus jamais le lâcher. Ils auraient tout le temps de parler après, et il trouverait une solution, et il n'aurait plus jamais peur.
Sauf que son ange n'apparaissait pas.
Les jambes de Dean le lâchèrent tout simplement. Il tenta de se retenir d'une main sur la commode, mais il glissa le long de celle-ci, tombant sur le sol, dos contre le meuble.
- Cas, je t'en prie, souffla-t-il.
Il joignit ses mains, pas pour prier mais pour les empêcher de trembler. Il posa son front contre elles, et les sentit gelées. Il se sentait gelé, un frisson parcourant son corps déjà tremblant.
Il ne pouvait pas le perdre.
Agissant plus par instinct que par réflexion, Dean ouvrit l'un des placards de la commode contre laquelle il se trouvait. Il retira les draps qui s'y trouvaient, les balançant sur le sol, libérant ce qu'il cherchait, prenant entre ses mains la seule chose désormais capable de le sauver. Une bouteille de whisky.
Il dévissa le bouchon d'un geste machinal, sans s'arrêter de murmurer le nom de son … amant ? amoureux ? compagnon ? Putain, il n'aura jamais eu la chance de se décider. Il porta la bouteille à ses lèvres et en pris une grande gorgée, se délectant de la brulure que l'alcool laissait sur son passage, enflammant sa bouche, sa gorge et le reste de son œsophage. Il reprit une autre gorgée lorsque les effets de la première se dissipèrent, laissant peu à peu la boisson embrouiller son esprit, faire disparaître ce qu'il ressentait, le lavant de tout ce qu'il était. Il se concentra sur cette brulure qui lui avait tant manquée, ne réfléchissant même plus à ce que ces lèvres disaient, à celui qu'elles appelaient inlassablement.
- Bonjour, D-Dean … ? Dean !
L'interpelé ouvrit les yeux. Il était là, son ange, dans son éternel trench-coat beige, avec sa cravate bleu défaite, avec ces cheveux légèrement en bataille. Il était là, à le regarder fixement de ces yeux du plus beau des bleus. Il était là, devant lui, pour lui.
- Hey, Cas, s'entendit-il dire avec un soulagement profond dans la voix.
- Dean !
Castiel avait les sourcils froncés, et cela n'était pas dû à de l'incompréhension. Il arborait cette expression que Dean lui connaissait à peine : de la colère. Cependant ce dernier avait l'esprit trop embrouillé et le cœur trop soulagé pour y prêter attention. Alors il se leva en titubant, se rattrapant au meuble puis marcha en tanguant jusqu'à la personne qu'il avait tant appelée.
Il se retient à Castiel pour ne pas tomber, s'approchant de son visage, voulant trouver ses lèvres et les sentir contre les siennes. Il trébucha en avant lorsque l'autre homme s'écarta, puis ce dernier le repoussa sur le lit, et Dean se retient à sa nuque l'emportant avec lui.
Il se retrouva assis, son ange à quelques centimètres de son visage, celui-ci n'eut pas le temps de le repousser avant que Dean ne pose ses lèvres sur les siennes, s'emparant d'elles, goutant leur douceur dont il ne se rappelait que trop bien. Quand Castiel s'écarta, se fut sans ménagement, brusquement, il planta son regard dans celui émeraude de l'autre homme et ce dernier comprit enfin qu'il était furieux.
-N'ose même pas, le prévient l'ange. Comment tu as pu …
Il s'écarta, lui tournant le dos. Il serra les poings, se redressant totalement et pris une profonde inspiration. Dean le vit se passer une main sur le visage et ne réfléchit pas en se mettant à parler.
- Je suis content que tu sois là.
- Ah, oui ?! répondit Castiel d'une voix tranchante en se retournant, le regardant avec un regard glacial.
- Pourquoi tu en doutes ? demanda Dean avec un léger sourire, tentant de calmer l'ange, ce qui ne marcha absolument pas.
- Ce dont je doute, dit l'ange en se rapprochant de lui, c'est de ça, finit-il en arrachant la bouteille d'alcool des mains de Dean.
Ce fut à cet instant que l'homme remarqua qu'il ne l'avait pas lâchée en venant vers l'ange, et qu'il réalisa pleinement ce qu'il avait fait. Il ouvrit la bouche pour parler, mais il n'avait aucune idée de quoi dire. Alors il se contenta de son nom, un simple son qui semblait porter le poids du monde lorsqu'il franchi ses lèvres prononcé par une voix torturée.
Castiel soupira en tourna la tête, et vit la commode. Il regarda le linge par terre, sorti en hâte d'un placard ouvert où dans le fond se trouvait plusieurs bouteilles d'alcools forts, jusqu'ici cachées par les draps. Il marcha lentement vers celui-ci, clignant des yeux plusieurs fois. Il s'arrêta à quelques pas de la commode, sans se retourner vers l'homme assis sur le lit qui le regardait à la fois terrifié et coupable.
- Tu te fiches de moi, murmura-t-il, Dean pouvait jurer avoir entendu de la tristesse dans sa voix.
- Cas …
- Tais-toi, trancha l'ange sans pour autant crier, la voix simplement lasse, celle de quelqu'un ressentant la trahison d'une personne de valeur.
Castiel était raide. Ses doigts se serrant autour de la bouteille alors qu'il fixait les autres, alors qu'il se rendait compte de ce que Dean avait caché, alors qu'il se repassait les derniers mois en boucle, essayant de savoir à quel moment l'homme lui avait menti. Celui-ci voulait lui expliquer qu'il n'avait pas menti, que c'était la première fois depuis des mois qu'il buvait, mais Castiel ne l'aurait pas écouté.
Dean sursauta lorsque la bouteille explosa dans la main de l'ange. Les morceaux de verre tombèrent sur le sol, explosant à ses pieds, envoyant des bouts de glace plus fins partout sur le sol de la chambre, des gouttes d'alcool s'égouttant de la main de Castiel se mélangèrent avec le sang de la coupure, formant une flaque de liquide foncé sur le sol.
- Tu te fiches de moi …, répéta l'ange, plus fort cette fois.
- Cas, je –
- Combien de fois tu t'es servi de cette astuce ?! hurla-t-il.
Dean regarda avec des yeux écarquillés une vision de Castiel qu'il n'avait jamais eu jusqu'à maintenant. L'ange retourné vers lui, légèrement vouté, ses yeux bleus assombris par la colère et la rage. Il venait de hurler, de hurler sur Dean alors qu'il n'avait jusqu'ici qu'hausser la voix lors de toutes leurs disputes.
- J'imagine qu'au moins les autres fois tu avais l'intelligence de ne pas m'appeler, cracha-t-il.
- Tu ne venais pas – , commença pathétiquement Dean qui ne put finir.
- Alors c'est ma faute ?! Parce que je ne vois pas ce que j'ai bien pu faire, Dean ! Si tu es prêt à me mentir pour boire, alors qu'est-ce que je suis censé faire ? Qu'est-ce que tu veux de moi, parce que je croyais que c'était mon aide, non ? Ce n'est pas pour ça que tu m'as appelé depuis le départ ? La seule raison pour laquelle je suis encore à tes côtés ?!
- Cas, souffla l'accusé suppliant.
- Comment tu as pu faire ça ? Je … tu …
La colère laissa place à une profonde tristesse dans son regard. Il se détourna de nouveau de Dean, incapable de le regarder plus longtemps.
- Ça ne peut pas continuer, finit-il par dire d'une voix lasse.
Dean ressentit ses mots comme un énorme coup au visage.
- Je ne veux pas que ça se passe comme ça, j'en ai assez, continua Castiel.
Dean ressentit ceux-là comme une série de balles tirées à bout portant.
Castiel se retourna vers lui, semblant souffrir autant que lui. Il ne disait plus rien, il semblait en avoir fini fini avec lui, Dean en était persuadé. Il avait poussé l'ange à bout. Il venait de le perdre deux fois en une seule soirée, et il était incapable de dire quelle fois lui avait fait le plus de mal.
Dean secoua la tête tout en regardant l'ange. Le priant intérieurement de ne pas faire ça, de ne pas le laisser. Il savait qu'il ne survivrait pas de perdre Castiel. Pas lui. Pas aussi bêtement. Pas maintenant qu'il était prêt à tout faire pour ce qu'il y avait de mieux, de mieux pour eux.
- Cas …, supplia-t-il la gorge nouée.
- Je – je ne parle pas de nous, Dean … je parle du reste. De ça, ajouta-t-il en désignant les bouteilles, et de – de ces cris.
- Reste, supplia-t-il, son éternelle prière.
- Je ne vais nulle part, récita Castiel en le regardant dans les yeux, mettant dans ses mots toute son affection et sa sincérité.
Debout dans deux coins opposés de la chambre, aucun d'eux n'osait faire un pas vers l'autre. Ils savaient tout deux que s'approcher entrainerait un contact, et ils savaient trop bien où cela les mènerait. Dans un sens, il serait tellement plus simple d'agir comme ça, de se perdre dans le sexe et d'oublier leur dispute, de ressentir comme l'autre l'aimait, encore et toujours, de laisser le plaisir triompher sur le reste. Mais ils savaient qu'ils ne pouvaient pas – qu'ils ne pouvaient plus. Pas s'ils voulaient enfin que cela s'arrête, pas s'ils ne voulaient plus avoir à hurler chaque fois qu'ils se voyaient, pas s'ils ne voulaient plus avoir à faire attention à chaque mot. Pas s'ils voulaient être ensemble comme avant.
Leurs deux cœurs battaient encore trop vite, tous deux se rendant compte à quel point ils s'étaient penchés par-dessus la ligne, à la limite de la franchir, à la limite de tout perdre. Ils lisaient dans le regard de l'autre autant de détermination que de peur, voyant qu'ils partageaient la même pensée en cet instant, comprenant qu'ils auraient pu se perdre, et qu'ils ne pouvaient pas continuer ainsi, ou bien cette peur allait finir par devenir réalité.
Les cris avaient eu un effet dessaoulant sur Dean, qui observa Castiel avancer jusqu'au fauteuil qui était contre le mur faisant face au lit, s'asseyant volontairement à l'écart de l'homme aux yeux émeraude. Celui-ci s'adossa à la tête de lit, pour être assit face à lui. Ils se regardèrent encore de longues minutes avant que l'un d'entre eux ne prenne la parole. Ce fut Dean, avec la dernière chose que son ange voulait entendre, et qui montrait combien la conversation allait être longue.
- Je n'arrête pas la chasse.
xxx
Dean vit les étoiles apparaître une à une dans le ciel, puis disparaître, il vit le ciel changer de couleur, prenant des centaines de nuances différentes alors que le soleil lançait ses premiers rayons de lumière dans une étendue bleue.
Leur conversation avait duré la nuit entière. Ils étaient tous deux restés assis, bien qu'ils aient envie de se lever de temps à autre, soit pour fuir, soit parce que se disputer en restant calmement assis n'était pas quelque chose de naturel. Ils étaient passés des négociations calmes, aux cris et aux remarques sarcastiques, avant de se confondre en excuses, de se dire combien ils tenaient l'un à l'autre, et d'en revenir au point de départ. Avançant très lentement, tous deux sur la défensive. Ponctuant les remarques de l'autre par des soupirs, des « t'es impossible », des « tu répètes ça depuis des heures », des « évidemment que je te fais confiance, ce n'est pas la question ».
Mais ils l'avaient trouvé, leur accord. Il ne convenait pleinement à aucun d'eux, mais au moins ils avaient l'impression d'avoir réglé quelque chose. Une simple sensation troublée par l'appréhension de la pratique, l'appréhension que ça ne fonctionnerait pas et qu'ils seraient de retour à la case départ, alors qu'ils ne voulaient plus jamais revivre ça.
Castiel ne retournerait plus se battre pour ce qu'il se passait là-haut, ne ferait plus parti de la guerre civile qui se déroulait entre ses frères. Dean pouvait continuer à chasser, mais uniquement si son ange venait avec lui.
Le chasseur avait beau eu tenté de faire renoncer l'ange au dernier point, celui-ci n'en avait pas démordu. Il avait fini par accepter, avec quelques conditions. A savoir pas de magie angélique, ce que Castiel l'informa qu'il devrait de toute façon éviter s'il voulait que ses frères le laissent tranquille, ceux-ci pouvant le trouver facilement s'il l'utilisait il devrait écouter ce que Dean lui dirait de faire, étant donné qu'il ne connaissait rien au métier, d'après le chasseur, et ainsi que s'il lui disait de partir immédiatement, il devait partir immédiatement. Ce dernier point l'ange l'avait refusé et Dean s'était contenté de faire comme s'il n'avait rien entendu.
Maintenant que leur accord était trouvé, aucun d'eux ne savait vraiment quoi faire ensuite. Castiel ne pouvait pas partir en prétextant avoir quelque chose à faire, même s'il devrait aller voir Balthazar pour le prévenir. Et Dean n'avait aucune envie de quitter la pièce, sachant qu'il devrait se confronter à Bobby, qu'ils avaient à coups sûr empêché de dormir.
Alors ils restaient assis chacun à un bout de la pièce, à se fixer les yeux dans les yeux.
- Si on doit sceller notre accord, je suis pour qu'on prenne exemple sur les démons pour une fois, dit Dean en essayant de faire sourire Castiel.
Ce qui fonctionna, son ange se leva et avança jusqu'au lit. Il ne bougea pas, le regardant s'agenouiller sur le lit et se pencher dans sa direction pour poser ses lèvres sur les siennes. Lorsqu'il s'écarta, Dean fit bruyamment part de son mécontentement.
- Tu sens l'alcool, fit remarquer Castiel, sans rancœur dans la voix.
- Je vais régler ça, répondit-il alors.
Castiel se laissa tomber sur le lit, fixant le plafond. Il lui annonça qu'il devait aller voir son frère, le prévenir. Dean avait acquiescé, se demandant comment l'autre ange allait prendre cette décision, se doutant que celui-ci ne pouvait pas le détester plus de toute façon.
Il alla dans la salle de bain, et fit en sorte que Castiel ne puisse plus sentir la moindre odeur d'alcool sur lui. Puis il entreprit d'appliquer la résolution à sa chambre. Sortant les bouteilles une à une de la commode, décidant de laisser la porte ouverte et le linge sorti pour que Castiel puisse voir le changement lorsqu'il reviendrait.
Il descendit dans la cuisine les bras chargés de six bouteilles différentes. Lorsque Bobby le vit avec ça, ses sourcils se haussèrent.
- Il a vu tout ça ? demanda-t-il incrédule.
- Ouais.
- Et tu es encore vivant ?
Dean ne répondit pas, levant les yeux au ciel pour lui signaler qu'il ne voulait pas en parler. Le vieil homme avait entendu les hurlements de Castiel la veille lorsqu'il était arrivé, puis il n'avait pas loupé grand-chose de leur conversation. Il savait tout, pas besoin que Dean lui explique quoique ce soit.
- Aide-moi à m'en débarrasser, demanda Dean.
- Tu vas tout jeter ?
- Je pense qu'il vaudrait mieux. J'en aurais pas besoin de toute façon.
- Tu n'aurais jamais dû en avoir besoin si tu veux mon avis, marmonna Bobby.
Dean lui lança un regard explicite, celui-ci se contenta de hausser les épaules et de soupirer en le déchargeant de quelques bouteilles. Puis ils vidèrent le tout dans l'évier, et Dean lui demanda agacé d'arrêter de faire une tête d'enterrement. Il se figea quand le vieux chasseur posa une main paternelle sur son épaule.
- Tout va bien ? lui demanda-t-il sincèrement, le regard remplit d'intérêt et d'inquiétude.
- Ouais, on a trouvé un arrangement.
- Et ça te convient comme arrangement ?
- Je peux pas le perdre, affirma-t-il sans aucun doute. Et je peux pas continuer de le penser mort dès qu'il répond vingt secondes en retard. Alors, ouais, ça me convient.
- Tu tiens vraiment à lui, ma parole.
- Je t'avais pas menti, soupira Dean. J'ai besoin de lui, ajouta-t-il après un silence hésitant. Tout le temps. Alors peut-être qu'au final c'est pas plus mal qu'on chasse ensemble.
- Tant que ça ne vous déconcentre pas trop, fit remarquer Bobby en levant les yeux au ciel.
Dean rit à sa remarque. C'était étrangement libérateur, malgré son rire tremblant.
- Ça va vraiment, fiston ?
- Ouais. Ouais, ça va, souffla-t-il.
Il avait effectivement l'impression d'avoir un poids en moins sur l'estomac, de savoir que les choses s'arrangeaient entre lui et Castiel, même si leur accord était fragile, savoir qu'il n'aurait plus peur de voir son ange partir car bientôt il n'aurait plus de raison de le faire.
Il baissa la tête sur les bouteilles vides empilées dans l'évier. Au final, il n'aurait pas cette vie heureuse faite d'apple pie qu'il avait promis à Sam d'avoir. Il aurait la chasse, et il aurait Castiel. Mais au fond il doutait que son frère lui en veuille d'avoir choisi son ange. Même si ce n'était pas le choix qu'il avait fait en rompant sa promesse, c'était le choix qu'il faisait maintenant. C'était ce qui comptait le plus, non ?
- Je m'occupe de ça, va nettoyer là-haut, dit Bobby.
- Comment tu sais qu'il faut que je nettoie là-haut ?
- Parce que j'ai entendu quelque chose exploser sur le sol avant que ton petit-ami ne se mette à hurler. Et vu ce qu'il y a dans mon évier, j'ai une idée de ce que ça peut être.
Dean ne fit pas de remarque sur l'emploi du terme petit-ami, et ce même s'il le gênait, légèrement énormément. Un jour, il devrait mettre un mot sur sa relation avec Castiel, et peut-être que celui-ci était celui qui convenait le mieux, mais il ne voulait pas y réfléchir aujourd'hui.
Maintenant.
Dean était resté une semaine à l'hôpital, se plaignant chaque jour qu'il allait assez bien pour sortir, mais les médecins refusaient qu'il parte. Sam et Bobby étaient tour à tour passés le voir, et lorsqu'ils avaient proposé de lui amener son ange celui-ci avait strictement refusé. Une part des deux chasseurs leur disait que ce n'était pas uniquement le fait que le personnel de l'hôpital se demanderait pourquoi son petit-ami agissait aussi bizarrement.
L'homme aux yeux émeraude avait été principalement cloué au lit, recevant une autre perfusion le premier jour, ainsi que de nombreuses analyses pour vérifier qu'il guérissait correctement. Sam ne pouvait s'empêcher de sourire à chaque fois que l'une des infirmières flirtait avec lui, se faisant constamment ignorer par un Dean qui ne voyait même pas son manège. Il se retient de lui faire remarquer, lançant un sourire désolé à celle-ci, avant de lui dire qu'il était déjà pris, un soir en partant. Celle-ci eu un regard déçu et un petit soupire avant de retourner travailler.
Dean avait plusieurs points de sutures au niveau du ventre, et les médecins lui avaient dit de faire très attention à cette zone, puisque même si sa vie n'était plus en danger, les blessures de couteaux avaient été profondes et touchés certains organes. Lorsqu'ils l'avaient enfin libéré, ils lui avaient proscrit une liste d'activité à ne pas faire, et globalement, selon lui, il avait uniquement le droit de rester assis et debout sans trop bouger. Enfin, ils lui demandèrent de repasser la semaine prochaine.
Celui-ci s'était retenu de soupirer encore et encore, et pris une immense bouffé d'air aussitôt sortit de l'hôpital. Il laissa Sam conduire sur le trajet du retour, écoutant le moteur tout en regardant le paysage filer par la fenêtre, reconnaissant au fur et à mesure le chemin qui les ramenait chez eux.
- Fais gaffe. Avec Cas, je veux dire. Il ne faut pas que vous … tu vois.
- Non, mais tu crois sérieusement qu'il est en état de faire quoique ce soit ? s'étonna Dean en fronçant les sourcils et regardant son frère rougir à sa remarque.
- Rien que le prendre dans tes bras. S'il serre trop fort, ça pourrait …
- Il va pas me casser, arrête de t'inquiéter, soupira-t-il.
Ils retombèrent de nouveau dans le silence pendant plusieurs minutes. Puis, Dean posa les yeux sur son frère, remarquant que celui-ci semblait plus reposer que lorsqu'il l'avait vu en se réveillant. A ce moment, Sam avait eu les yeux cernés et était très pâle, il comprit que ce n'était pas tant la fatigue que l'inquiétude.
- Désolé, lui dit-il sans réfléchir.
- De quoi ?
- De t'avoir fait flipper.
Le cadet jeta un coup d'œil dans sa direction, surpris de la sincérité de son frère. Puis, il acquiesça lentement, en disant que ce n'était rien.
Quelques minutes plus tard, l'Impala se gara devant la maison de Bobby, le soleil se réfléchissait dans les vitres, éblouissant légèrement les deux frères. Une fois de plus, l'homme qui était pour eux comme un père ouvrit la porte avant qu'ils ne frappent, posant une main sur leurs épaules alors qu'ils passaient l'entrée, avant d'attirer Dean vers lui, le prenant dans une étreinte rapide et légère.
Puis, l'attention de l'ainé fut attirée par Castiel qui s'approchait un large sourire aux lèvres, les yeux brillant plus fort à chaque pas qui le rapprochait de Dean. Celui-ci écarta ses bras, le laissant se glisser entre eux et poser sa tête sur son épaule, faisant de même. Il ne bougea pas pendant un long moment, écoutant les pas de Sam et Bobby se diriger dans le salon. Il enfouie la tête dans le cou de son ange, respirant son odeur, écoutant son cœur battre l'oreille pressée contre ses artères. Une semaine avait été bien trop longue.
Lorsqu'il s'écarta, il prit le visage de son ange en coupe dans ses mains, le regardant droit dans les yeux, captant, comme d'habitude, toute son attention.
- Je suis blessé là, dit-il, baissant la tête de l'ange et relevant son t-shirt pour lui montrer ses points de sutures. Alors il faudra faire attention, continua-t-il.
Castiel leva une de ses mains, l'approchant de son ventre et effleura les trois cicatrices du bout des doigts. Puis il releva les yeux dans les siens, avec une légère inquiétude. Mais lorsque Dean lui sourit, il se calma. Il avait compris.
Deux ans plus tôt.
- Cas !
Le loup-garou avait sauté sur Castiel, le faisant basculer en arrière. L'ange était bien trop occupé à éviter de se faire mordre pour tenter de s'en dégager. Il entendit un coup de feu et du sang gicla sur son visage. Le corps du loup se fit plus lourd et arrêta de se débattre. Il le repoussa sur le côté et se releva.
Dean tira sur les deux autres loups qui venaient d'entrer dans la grange, tirs parfaits qui les firent s'écrouler raides morts dans un nuage de poussière. Le visage concentré du chasseur se retourna vers Castiel. Il perdit immédiatement cette expression dure qui ne le quittait pas lorsqu'il chassait, celle de soldat que Castiel se surprenait à admirer autant qu'à détester. L'homme était tellement différent lorsqu'elle était sur son visage, ce n'était alors plus son Dean, c'était un chasseur.
Lorsque leurs regards se croisaient, ses yeux prenaient un éclat différent, plus brillant, perdant ce sérieux. Des traits plus inquiets apparurent sur son visage et il avança rapidement vers Castiel.
- Est-ce que ça va ? demanda-t-il précipitamment.
Quand il arriva vers son ange, il posa fermement ses mains sur ses épaules et l'observa sous toutes les coutures, relevant les pans de son trench-coat pour vérifier qu'il n'était pas blessé.
- T'es pas blessé, si ? Bordel, je vais tuer ses fils de putes.
Castiel voulu lui faire remarquer qu'il venait déjà de tuer les trois loups garous qu'ils chassaient, mais il fut stoppé dans son élan alors que Dean prenait son visage en coupe, le regardant droit dans les yeux. Ce n'était pas un de leurs regards chargé de toute l'affection qu'ils se portaient, l'homme le regardait à la recherche d'une quelconque trace que Castiel aurait pu être blessé, cherchant de la douleur dans ses orbes bleus.
- Dean je vais bien, calme toi, lui dit-il.
- Je te jure que s'ils t'ont blessé …
- Je. Vais. Bien, articula Castiel en prenant à son tour le visage de Dean entre ses mains, l'immobilisant.
A ce moment, Dean lui sauta dessus, et il dû faire un pas en arrière à cause de la surprise, mais aussi parce qu'il se serait retrouvé allongé par terre sinon. L'homme aux yeux émeraude l'entoura de ses bras en le serrant fortement autour de lui. Son cœur battait à tout rompre contre sa poitrine, autant attisé par la peur qu'il avait ressentie quand le loup s'était jeté sur Castiel, que par l'adrénaline qui pulsait encore dans ses veines. Il attira son ange plus près de lui, le corps de son ange répondant au sien. Il découvrait un effet que la chasse avait sur lui qu'il ne connaissait pas encore, et il était ravi que son amant soit là pour le découvrir avec lui.
Puis, il songea aux trois cadavres qui les entouraient et il rompit leur baiser et leur étreinte. Il ne manqua pas la lueur déçue dans le regard de Castiel lorsqu'il s'écarta.
- Faut qu'on y aille, dit-il.
- Au motel ? demanda précipitamment son ange.
Et, oh non, il ne regretterait jamais d'avoir dévergondé l'ange. Il sourit en se retournant, prenant la main de Castiel dans la sienne. Ils sortirent de la grange et marchèrent d'un pas rapide en direction de l'Impala. Sauf que Dean n'avait aucune envie de retourner jusqu'au motel, bien trop impatient pour attendre les vingt kilomètres qui les en séparaient.
Il se retourna et regarda Castiel, passant son regard le long de son corps. Bien qu'il ne puisse pas en être totalement sûr vu les couches de vêtements qu'il portait, il jurerait que l'autre n'avait aucune envie d'attendre non plus.
Ils étaient encore à quelques mètres de la voiture quand Dean lui fit face, collant leurs corps l'un contre l'autre et emprisonna les lèvres de son amant par les siennes.
Il retira le manteau de l'ange, l'éternel trench-coat beige tombant sur le sol. Dean le poussa en arrière jusqu'à ce que celui-ci soit contre le capot de l'Impala. Il se pencha sur lui pour l'obliger à s'allonger sur la voiture, se plaçant entre ses jambes. Leur baiser était pure passion, et il grogna quand Castiel s'en écarta.
- Ça ne va pas aller, annonça-t-il.
Alors là je ne suis clairement pas d'accord, songea Dean. Mais il fit un pas en arrière, laissant Castiel se redresser et se remettre sur ses pieds. Ce fut à lui de pousser doucement l'homme jusqu'à la portière de la voiture.
- Tu veux être au-dessus ? demanda Dean avec un sourire en ouvrant la portière, dos à celle-ci, retirant son arme et la lançant sur le siège arrière.
Castiel lui répondit en l'embrassant, s'appuyant sur lui pour le faire basculer en arrière et s'assoir sur la banquette. Dean recula, le laissant entrer à son tour, à genoux au-dessus de lui. Ne rompant leur baiser que pour refermer la porte.
Il défit la chemise de Dean en même temps que celui-ci déboutonnait la sienne, laissant bientôt leurs mains courir sur leurs torses nus. L'homme aux yeux émeraude fit descendre la chemise blanche et la veste noire le long de des bras de Castiel, les lançant à l'arrière avant de l'attirer plus près de son propre corps. Puis, il descendit sa main plus bas, touchant son amant à travers son pantalon, le faisant doucement gémir contre sa bouche. Castiel lui répondit rapidement par la même attention.
L'adrénaline du combat battant encore dans ses veines additionnée au désir qu'il avait pour son ange embrouillait totalement les pensées de Dean. Il n'avait rien qui le retenait lorsqu'il défit la ceinture de Castiel, ouvrant son pantalon et libérant le sexe de son amant, alors qu'il sentait l'autre faire de même avec lui.
Dans un mouvement maladroit dû à la position dans laquelle lui et Castiel se tenait, il encadra le bassin de son amant de ses jambes. Rapprochant leurs chaires, créant la friction que l'un comme l'autre attendait.
Castiel roula des hanches, Dean fit de même. Bientôt ils bougèrent ensemble, concentrés sur leur plaisir autant que sur celui de l'autre. Ils laissèrent leurs mains caresser leurs dos, leurs torses, leurs cuisses, leurs flancs, les remontant jusqu'à leurs cous, leurs mâchoires, leurs joues, leurs tempes, se perdant dans leurs cheveux en agrippant des mèches et tirant sans faire mal, ne délaissant pas un centimètre de peau du corps de leur amant.
Dean sentit le tissu de la cravate bleu sombre frotter son torse. Il ne put se retenir d'attraper le nœud de celle-ci et de tirer vers lui. Castiel fut forcé de se pencher encore plus en avant, frôlant le haut de son torse contre celui de son amant, et ce dernier adora ça. Il ne lâcha pas la cravate, la serrant plus fort entre ses doigts alors que l'autre accélérait encore la cadence.
Dean sentit qu'il fut le premier à jouir, quittant les lèvres de son ange et inspirant fortement, mâchoires serrées et la tête basculant en arrière. Son corps trembla mais il ne desserra ni son emprise autour des hanches de Castiel, ni la cravate qu'il tenait férocement. L'autre homme posa son front sur son épaule et tira un peu plus sur ses mèches de cheveux. Dean appuya son rythme, le dissociant du sien pour que celui-ci le rejoigne, ce qui ne prit pas longtemps.
Ils bougèrent encore l'un contre l'autre, se regardant dans les yeux, Castiel inspirant et expirant pour partager le souffle de son amant, bien qu'il n'ait pas besoin d'air. Ils ne s'arrêtèrent que lorsque les dernières vagues de plaisir pur s'évanouirent.
Il laissa son corps reposer entièrement sur celui de Dean, déposant doucement un baiser sur le coin de ses lèvres.
- C'était génial, souffla-t-il en caressant le dos de Castiel du bout de quatre doigts.
Castiel se contenta d'un acquiescement mêlé d'un gémissement d'affirmation alors qu'il explorait le visage du chasseur du bout des lèvres.
-On reprend ça au motel ? proposa Dean en souriant, ses doigts courant toujours dans le dos de son amant.
Celui-ci acquiesça et consentit à s'écarter, se rasseyant sur la banquette pendant Dean lui indiquait qu'il devait y avoir des mouchoirs dans la boite à gant. Après s'être essuyés et avoir remis leurs pantalons, Dean reboutonna sa chemise alors que Castiel se penchait à l'arrière pour récupérer la sienne, sous le regard amusé du premier. Son regard émeraude passa ensuite à la cravate bleue pendant lâchement sur le torse nu et musclé de son ange, et il songea à la bonne idée qu'était le fait de la garder plus souvent.
Puis il démarra l'Impala alors que l'autre se rasseyait. Il sentait le regard brulant de son amant sur lui alors que celui-ci finissait de se rhabiller.
- Dean ? l'interpela Castiel au bout de plusieurs minutes.
- Je conduis là, Cas.
- Non, pas ça. Mon trench-coat, je crois qu'il est resté là-bas.
- Merde, lâcha Dean.
Il freina, un peu trop brusquement pour le sort d'un simple manteau et fit demi-tour rapidement, les pneus de la voiture crissant sur le bitume. Puis, il repensa au moment où il le lui avait enlevé, le laissant tomber sur le sol avant de plaquer Castiel sur le capot de l'Impala, ne pouvant s'empêcher de sourire. Son regard dévia sur l'ange. Celui-ci le regardait avec un regard faussement réprobateur et un sourire en coin.
- Pervers, se contenta de dire celui-ci.
Dean ne se retient pas d'exploser de rire, bientôt rejoint par Castiel.
Le fait qu'ils chassent ensemble était vraiment une bonne idée en fin de compte.
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