Note de l'auteur : Bonjour à tous, la semaine dernière, deux Serpentards de notre connaissance écourtaient en urgence leur périple et Blaise se trouvait en bien fâcheuse posture...Reprenons donc le fil de l'histoire...

Je me suis aperçu (je ne sais pas pourquoi je ne l'ai pas vue avant) qu'il existait une catégorie « Comfort/Hurt » pour les fics qui, je pense, correspond mieux à la catégorie « Drama » que j'ai indiqué (mais qui n'enlève rien à l'aspect « Romance » qui viendra avec son temps même si vous ne savez toujours pas qui/quand/où/comment/pourquoi!) Qu'en pensez-vous ? Devrais-je modifier ça ? J'hésite encore... En tout cas, ce chapitre est dans cette lignée, et donc, dans la lignée du précédent. N'hésitez pas à me laisser vos impressions, bonnes comme mauvaises !

Bonne lecture et à la semaine prochaine !

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RAR Sytta : Merci pour ton joli message qui m'a touché et qui fait toujours du bien à l'égo de la plume amateur que je suis ! J'espère que la suite te plaira tout autant ! A bientôt !

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Neuvième plume

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Je n'ai dormi que quelques heures, cette nuit-là. Quelques heures, avant de me lever, dans un brouillard intense et de partir travailler, au radar. J'ai passé ma journée à me demander ce qu'il se passait à seulement quelques kilomètres de là, chez Malfoy. L'improductivité était mon maître mot, ce qui n'a pas échappé à Steven qui, me sentant complètement ailleurs, a été aux petits soins pour moi.

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J'ai résisté, toute la journée, à contacter Ron ou à rejoindre Astoria là-bas. Je me suis forcée, le soir, à rentrer, comme d'habitude, et à attendre de leurs nouvelles. Ils m'ont rejoint tard, chez moi, ayant laissé Malfoy s'occuper de Zabini, seulement quelques heures, avant que nous ne prenions le relais.

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Nous avons établi un planning précis. Un roulement pour chacun de nous. Astoria ne travaille jamais les mêmes jours, jamais aux mêmes horaires. Elle fait des journées, des nuits, elle peut être en congé en semaine et travailler les week-ends.

Nous avons dû nous adapter à son emploi du temps. Nous chamboulions déjà tellement sa vie que c'était à nous de nous plier à elle et pas le contraire.

Nous avons tout planifié au millimètre près. Il fallait réussir à faire valider nos congés exceptionnels rapidement par l'hôpital et par le Ministère sans pour autant éveiller des soupçons. J'ai prétexté devoir participer à des colloques, préparer un cours magistral pour des sorciers de premier cycle ou encore le besoin de dénicher des ingrédients rares et mystérieux. Comme à chaque fois que je déblatère trop longtemps avec un jargon scientifique, on ne m'a écouté que d'une oreille et accédé à toutes mes demandes. Sécher les cours de l'ASAP était moins difficile. J'aurai juste du retard à rattraper et j'ai toujours su le faire. Comment Ron a eu ses congés sporadiques ? Je n'en sais rien. On les a eus, c'était tout ce qui nous intéressait.

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Nous n'avions aucun espoir pour notre blessé, il s'était déjà affaibli ce premier jour mais, dans un élan d'optimisme, nous avons anticipé les deux semaines à venir, priant silencieusement pour qu'il tienne le coup.

C'était étrange. Nous souhaitions qu'il vive et nous le redoutions. Nous voulions coûte que coûte qu'il survive. C'est humain, je suppose. Mais nous avions tellement peur des conséquences, quoi qu'il arrive. C'est bizarre d'utiliser le passé alors que nous avons peut-être encore plus peur de l'avenir aujourd'hui.

Nous avons décidé qu'Astoria passerait à nouveau la nuit et la journée du lendemain au chevet de Zabini. J'ai pris la nuit suivante et la journée. Ron la nuit d'après, Astoria la journée qui suivait. Et j'ai pris le relais pour la nuit. Et ainsi de suite. Je n'arrive plus à me souvenir de l'ordre ensuite, beaucoup de choses se mélangent.

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Ma première nuit a été la plus dure. Astoria et Malfoy m'ont accueillie dans le salon et elle m'a donné ses instructions. Les soins à apporter à heures fixes, les onguents à appliquer, toutes ces tâches qui m'étaient désormais incombées. Elle refusait que Malfoy participe aux soins en dehors de cas d'extrêmes urgences. Elle le sentait trop fébrile face à son meilleur ami et surtout, face au risque de le perdre. Elle préférait qu'il prenne soin de nous, qu'il veille à ce qu'on ait du café, de quoi à manger et qu'on reste concentrés sur notre rôle de soigneur.

Oh, que ç'aurait pu être ironique. Draco Malfoy, ayant renvoyés dans leurs pénates ses deux Elfes de Maison, désormais au service exclusif d'Hermione Granger ou de Ronald Weasley. C'était bien ironique. Mais il s'y pliait sans se plaindre. C'était étrange, perturbant. Déstabilisant.

Je pense qu'il était lui-même trop à côté de ses pompes pour se rendre compte de toute la symbolique de cette situation.

Cette première nuit, il m'a apporté un café, puis un deuxième. Plus tard, il m'a amené un coussin est resté assis quelques minutes, aux pieds de Zabini, sur le lit. Nous ne nous sommes pas adressé un mot. C'était calme et je crois que c'est notre silence qui m'a apaisé. Et Merlin sait que j'ai eu besoin d'être apaisée cette nuit-là.

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Lorsque je suis entrée dans la chambre, la toute première fois, j'ai été happé par une odeur indescriptible. Une odeur longtemps oubliée. L'odeur de la mort. Une odeur âcre, douceâtre. Un relent de sueur associé à autre chose. Je n'ai jamais trouvé de mot pour décrire cette odeur si caractéristique et si particulière, je doute d'y arriver un jour. C'est une odeur doucement dérangeante, sans être clairement désagréable. Ce n'est pas comme l'odeur d'un cadavre en putréfaction c'est… autre chose. C'est gênant, gênant pour les sens, gênant pour l'esprit.

Depuis, j'ai amené des bougies parfumées. Astoria nous a interdit d'utiliser des sorts entre les murs de cette chambre.

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Lorsque je suis entrée, Zabini était allongé, le teint cireux et, lorsque j'ai doucement soulevé ses paupières, ses yeux étaient déjà vitreux. Il n'y avait vraiment que le léger, très léger gonflement de son thorax qui permettait de se rappeler qu'il était encore en vie. En vie mais inerte. Son corps n'était plus fonctionnel.

Jamais je n'aurais imaginé me retrouver à nettoyer ses sécrétions. La première fois, je me suis obligé à arrêter de penser et j'ai agis. Je l'ai lavé, encore. J'ai ôté toute souillure. Puis je lui ai fait prendre deux potions, l'une bleue, l'autre ocre, gazeuse et fumante alors même qu'elle était glaciale.

J'ai massé les morsures de son cou, de son bras gauche et sur le haut de sa cuisse avec un baume aux extraits de lavande et de cèdre. Pour les griffures, nous utilisions une macération à base de millepertuis. Les cicatrices se refermaient un peu, avant de se boursoufler à nouveau quelques minutes après. Une plaie commune, notre magie nous permet de la faire disparaître en une seconde. Les siennes, nous les maintenions fermées, mais nous n'arrivions pas à faire mieux. Ce vampire s'est vraiment acharné lorsqu'il l'a attaqué. Encore et encore. Sur chaque parcelle de son corps. Il l'a marqué.

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Je finissais à peine à traiter sa dernière blessure lorsque son corps s'est relâché et qu'il s'est à nouveau souillé. J'ai encore du le nettoyer et là j'ai ri. C'est horrible, je le sais, je m'en rends bien compte. Et pourtant, je n'ai pas pu m'en empêcher.

Je l'ai déjà évoqué. L'ironie de la situation. Combien de fois, lui, Malfoy où d'autres ont-ils souhaité m'humilier avec des remarques impliquant leurs postérieurs et moi à peine assez digne pour les leur essuyer ? Et j'étais là, justement en train de le faire, même si je ne ressentais pas d'humiliation. J'ai ri, de nervosité. Pas longtemps. Juste assez pour oublier d'être écœurée par ce que j'étais en train de faire.

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Plus tard, après quelques jours, Astoria nous a demandé de lui parler, pour voir si cela pouvait le faire réagir. Pour ma part, je n'y arrivais pas. Je n'avais rien à lui dire. J'ai pris sur moi, j'ai demandé à Malfoy de le faire.

Il a un peu rechigné, mais plus pour la forme, je pense. Et il venait lui parler de son calvaire d'être enfermé entre ses murs, à attendre que la belle au bois dormant se réveille. Il était piquant, cinglant. J'ai fini par comprendre que c'était sa défense. De l'humour noir. Déplacé, parfois dérangeant. C'était sa manière de ne pas pleurer sa perte.

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La première fois, j'ai profité du fait qu'il lui parle, assis à ses pieds sur son lit, pour sortir respirer à l'air libre quelques minutes.

La fois suivante, je suis restée assise dans mon fauteuil à leur chevet et j'ai lu le journal que j'avais ramené. La troisième fois aussi. Celle d'après, j'ai tendu l'oreille réellement. J'ai fini par rire doucement d'une remarque déplacée. C'était la deuxième semaine où nous le veillions, après l'attaque.

Malfoy ne m'en a pas tenu rigueur. J'ai fini par interrompre son monologue à Zabini. On s'est lancé des piques et on disait à haute voix, stupidement, qu'il fallait qu'on fasse attention où notre patient ferait exprès de ne pas se réveiller, juste pour nous entendre nous disputer. On lui disait d'arrêter de faire l'innocent et de venir nous dire les choses en face.

On n'y croyait pas un seul instant, mais ça nous rassurait de faire semblant. Cela faisait déjà deux semaines ! Deux longues semaines !

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Au début de la troisième semaine, lorsque j'y suis allé pour prendre mon tour de garde, j'ai trouvé Astoria et Malefoy, assis dans le salon, dans la pénombre.

J'ai senti mon cœur s'affoler dans ma poitrine. Elle ne devait pas être là. Je prenais le relais de Ron et jamais, jamais elle ne venait quand ce n'était pas son tour. Et ils étaient là, tous les deux à se tenir les mains, le dos voûté, le visage penché l'un vers l'autre.

J'étais choquée. Je n'arrivais pas à faire un pas. Je ne voulais pas comprendre. Savoir pourquoi elle était là. Malefoy a levé les yeux et m'a vue. Il a lâché les mains d'Astoria en se levant. Il s'est retourné, s'appuyant sur la cheminée. Astoria s'est dirigé vers moi, le corps tendu, la démarche roide.

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Zabini venait de mourir. Blaise était mort.

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21 mars 2005