Chapitre 9 : Adieu Altesse.
Alors que Raiponce attendait patiemment, le prince Neal ne put que constater la mauvaise nouvelle. Il en gardait le cœur lourd mais tachait de conserver toute la dignité exigée pour un prince. Il fit transmettre ses consignes au notable qui l'avait accueilli demandant une audience avec la reine Emma et surtout interdisant l'accès à son navire, par crainte que sa cousine ne soit découverte. Aussitôt après il s'empressa de gagner le château royal des Iles afin de préparer l'entrée de sa clandestine de cousine. Une fois s'être assuré d'une entrée discrète, le soir tombant il retourna sur son navire chercher sa passagère.
-Si sa Majesté veut bien me suivre et masquer son visage si elle ne souhaite pas être reconnue.
-Neal ! Je commençais à trouver le temps long ! J'ai cru que vous comptiez m'abandonner ici !
-Et ne plus jamais retourner sur mon vaisseau ? Vous plaisantez ma reine ! Ce navire, c'est l'amour de ma vie ! Je le connais de la proue à la poupe, chaque rivet, chaque planche !...Même l'écaille de la peinture sur les premières lettres de son nom !
-Un nom bien curieux d'ailleurs ! « Jolly Roger ». Vous étiez bien mal inspiré au moment de nommer votre rafiot !
-Mon raf… ?! Vous êtes ici chez moi ma cousine ! Et je devrais vous enfermer à fond de cale au pain sec et à l'eau avant de vous faire retourner chez vous pour ainsi insulter ce vaisseau ! Répliqua Neal qui furieux.
-Pardonnez-moi mon prince, je ne voulais pas vous blesser, je ne nommerais plus votre « Jolly Roger » rafiot. S'excusa Raiponce intimidée de voir son cousin lever la voix sur elle.
-Qui plus est ce nom j'y tiens !
-Ah oui ?
-C'était le navire du plus grand marin que j'aie jamais connu ! Le plus grand marin de tous les temps !
-Ce n'est pas vous mon cousin ?
-Ne vous moquez pas ! C'était le navire de mon maître, c'est lui qui m'a appris alors que je n'étais qu'un jeune mousse qui mettait le pied pour la première fois sur un navire. Il ne m'a pas accordé de traitement de faveur dû à mon rang, c'était un grand capitaine ! Honnête et juste ! Sévère quant il fallait ! Il m'a tout appris ! Même à être l'homme que je suis aujourd'hui. Quand je suis devenu le plus jeune chef de la marine de l'Histoire des Iles, mon premier souhait a été de prendre ce navire qui m'est si cher !
-Vous parlez de cet homme au passé !
-Il…N'est plus de ce monde.
-C'est pour lui les drapeaux ?
-Non ma reine, il…Il a disparu dans le naufrage qui a emporté la reine d'Arendelle. Il…Il était le capitaine du Jolly Roger, c'est lui qui est venu le premier sur les lieux du naufrage, mon père m'a raconté qu'il a plongé pour sauver la reine…Il n'a pas pu et a donné la sienne.
-Mais c'est votre père qui était responsable de ce naufrage ?...
-Quand on m'a raconté l'histoire je ne le savais pas. J'ose croire que lui non plus ne savait pas pour cet odieux forfait.
-Qui vous dit qu'il n'était pas complice de votre père ce si grand marin ? Ou que ça n'est pas votre père qui l'a tué ?
-Je vous interdis de salir sa mémoire !
-Fort bien, oubliez l'idée du complice…Mais, votre père a fait énormément de mal…Je suis veuve à cause de lui ! Il était un meurtrier, que pouvait bien valoir la vie d'un marin à ses yeux.
-Assez Raiponce ! Je préfère croire qu'il est mort en héros que victime d'un fou !
-Bon, et, puis-je du coup savoir mon prince quelle est la raison de ces drapeaux en berne si ça n'est pas pour votre marin ?
-Non Raiponce !
-Pourquoi donc ?
-Vous n'en n'avez que faire ! Vous ne comptez pas partager la douleur des proches, des amis, de la famille alors non je ne vous le dirais pas…De toute façon un jour ou l'autre vous le saurez !
-Oh pardonnez-moi cousin de vous avoir vexé…Et, puis-je au moins connaître le nom de ce grand marin pour qui vous vouez un culte ?
-Capitaine Jones…Killian Jones ! Soupira le prince.
-Ca devait sans doute être un homme bien si vous dites qu'il vous a tout appris.
-Il l'était !...Mettez votre cape…Il me semble que vous souhaitez entrer au château !
-Vous devinez bien ! Je veux accéder aux archives du roi !
-Je vous préviens ma cousine, je veillerais à vous y laisser un peu de temps…Mais si j'apprends de quelque manière que ce soit que vous allez en profiter pour faire du tord à une de mes sœurs vous me le paierez… Lança le prince alors qu'ils traversaient les rues désertes.
-Je pensais que nous étions amis !
-Si nous ne l'étions pas, serais-je en train de vous aider à violer les lois de mon royaume ?
-…Vous auriez confiance en moi !
-J'ai confiance en vous…Mais ce n'est pas possible ! Elle va s'ouvrir cette grille ? Grogna le prince s'acharnant sur une grille rouillée donnant dans les sous sols du château.
-Un peu d'aide ?
-Ca va aller, elle fonctionnait tout à l'heure j'ai vérifié…AIE ! Cria le prince en glissant sa main au moment d'ouvrir la grille, se faisant une vilaine entaille à la main.
-Asseyez-vous Neal ! Laissez-moi regarder !
-Ca ira ce n'est pas grand-chose ! Vous vouliez entrer, c'est chose faite !
- Donnez-moi votre main…Et ne paniquez pas.
-Que je panique ?...
-Chut…
Raiponce posa alors les doigts sur la vilaine entaille du prince Neal qui ne comprenait pas ce que comptait faire sa cousine mis à part se tacher de sang. Cependant la voix douce de la jeune reine le persuada de rester calme la regardant faire puis à son grand étonnement, l'entendre chanter une petite comptine en caressant du bout des doigts la plaie. Le jeune prince resta bouche bée mais une fois que Raiponce eut terminé sa comptine et qu'il observa sa main entièrement guérie sans aucune cicatrice son visage se figea.
-Ne paniquez pas !
-Oh non je ne panique pas je m'étonne sur vos propriétés magiques vous avez ça depuis quand ?
-Euh…Depuis toujours. Cela venait de mes cheveux mais finalement…J'ai pu conserver le pouvoir en moi….Mais vous…Vous ne saviez pas ça ?
-Comment aurais-je pu le savoir ? Je ne vous ai jamais vu faire ça ! Et personne n'en parle ici !
-Il est vrai que j'essaie de rester quelque peu discrète sur ce don…C'est ce qui fut la raison de ma captivité vous savez.
-Je comprends…Et avec ce pouvoir vous osez continuer à mettre en doute certaines prophéties et légendes ?
-Mais…ça n'a rien à voir !
-Au contraire. L'Yggdrasil, la légende fait partie de l'arbre des mondes ?
-Oui et alors ?
-Eh bien ces mondes, vous n'avez pas parmi eux le monde de la lumière ?
-Et alors ?
-Oh je m'interroge, vous dites avoir vu un éclair de lumière sur votre livre, et la, le plus naturellement du monde vous avez fait illuminer vos doigts pour soigner ma main !...Quand on tient pour acquis l'idée d'une fille du feu et de la glace…Pourquoi pas une cousine veillant sur l'équilibre en fille de lumière ?
-Quoi ?! Vous pensez que je suis la gardienne ?! Mais c'est parfaitement absurde ! Et pourquoi alors lui donne-t-on le nom de Yuki Onna ? Et…Non c'est tout simplement ridicule mon bon cousin ce que vous imaginez !
-N'oubliez pas, les marins sont les gens les plus superstitieux du monde…Et ça nous arrive parfois de viser juste ! Et j'y crois en l'idée que vous soyez la fille de la lumière !
-Au lieu de divaguer, pourriez-vous me conduire ?
-S'il plait à sa majesté reine de lumière ! Railla Neal, avant de jeter un dernier regard sur le navire abritant la dépouille puis soupirer en emboitant le pas de la jeune reine de Coronna au travers des couloirs étroits et humides des sous sols du château…
Le jeune prince connaissait parfaitement le véritable labyrinthe que représentait ces sous sols. Raiponce se demandait si une telle connaissance était due à une enfance passée à explorer où à l'incroyable sens de l'orientation qu'avait développé le grand marin. La reine se forçait à se poser cette question pour ne pas être trop incommodée par l'odeur pestilentielle qui régnait dans ses couloirs, ni au loin les quelques cris, sans doute des détenus enfermés dans les cachots royaux. Neal de son côté avançait rapidement, torche à la main, ne faisant pas attention aux quelques plaintes de sa cousine ni aux remarques désobligeantes sur la qualité de l'hygiène dans les couloirs. Finalement, au bout de longues minutes de marche, Les deux cousins arrivèrent devant une porte en acier. Neal sortit un crochet de sa poche et déverrouilla avec une facilité extrême la serrure « Eugène n'aurait pas fait mieux » pensa malgré elle Raiponce.
-Voila Raiponce, derrière cette porte, le cabinet des archives. J'ai veillé à ce que les journaux de mon père soient en évidence. J'ai tenu parole au nom de notre amitié et pour vous montrer que les Iles du Sud ne sont pas vos ennemis ! Ne me décevez pas en faisant quelque chose de stupide.
-Vous ne venez pas ?
-C'est votre affaire cela ne me regarde pas, j'espère seulement ne pas commettre une erreur en vous faisant confiance ma cousine. Je reste derrière cette porte. Je vous laisse une demi heure, pas une minute de plus, si vous n'êtes pas venue me retrouver ici même passé ce délais je fais monter la garde.
-Vous oseriez me faire arrêter comme une vulgaire…
-Comme ce que fut l'ancienne profession de votre regretté mari exact! J'ai respect même pour les voleurs tant qu'ils ont de l'honneur ! La preuve, je vous aide à voler des documents appartenant aux Iles. Ce sont donc les règles de l'honneur ma cousine. Passé le délai accordé, c'est que vous n'en avez pas et je serais intraitable. A prendre ou à laisser…Avons-nous un accord ?
-A dans trente minutes mon cousin !
Raiponce sans un mot de plus s'engouffra dans l'embrasure, une fois dans le cabinet, elle repéra immédiatement les journaux de Quentin et se mit en quête des informations susceptibles de l'éclairer sur Eugène comme lui avait juré Ludwig. A chaque feuillet qu'elle prenait et qui s'avérait inutile dans sa recherche elle espérait au plus profond de son être que son père ne lui avait pas raconté un énorme mensonge pour se sauver de la potence et se jurait si elle s'était fait duper de réserver à Ludwig un supplice bien plus long et douloureux quitte à revenir sur des lois de Coronna et choquer le peuple. Raiponce sentait sa respiration s'accélérer au fur et à mesure que les minutes passaient, regardant sans cesse la petite pendule sur le bureau pour tenir sa promesse envers Neal et restant pétrifiée quant elle entendait au loin des pas. Et soudain, elle arracha un des feuillets, se levant précipitamment, pour retourner dans le passage souterrain retrouvant Neal surpris de la voir réapparaître si vite.
-Mais…Raiponce où nous n'avons pas la même notion du temps où la demi-heure accordée n'est pas terminée. Lança le prince en lui courant après.
-Je n'ai pas besoin de temps supplémentaire, j'ai trouvé ce que je voulais, inutile de m'attarder plus longtemps à lire vos archives ! Je ne suis ni curieuse, ni voleuse !
-…Enfin sauf pour cette feuille que vous tenez à la main.
-C'est un emprunt ! Je vous la ferais parvenir quant j'en aurai terminé. Merci Neal d'avoir tenu parole. J'en fais de même, je ne vole pas les Iles du Sud et je refuse de vous mettre dans l'embarras en vous dévoilant ce que je suis venu chercher. En partant j'ai laissé le journal ouvert, si vous voulez aller le fermer…Ou si vous le laissez au moins vous n'aurez pas à mentir quant se posera la question de la feuille manquante ! Ah enfin l'air frais ! Merci de m'avoir accompagnée dans ces couloirs répugnants. Fit Raiponce en s'éloignant.
-Mais où allez-vous ?
-Prendre un bateau !
-Vous rentrez chez vous ?...Mais attendez demain je vous y emmène si vous voulez !
-Je ne rentre pas chez moi !
-Peu importe laissez moi vous accompagner !
-Non, vous avez tenu parole, je ne souhaite pas vous entraîner davantage, merci de votre service Neal, je suis heureuse de vous compter comme ami cher cousin !
- Dites-moi où allez-vous au moins !
-Elredor ! Lança Raiponce au loin avant de disparaître dans la nuit.
Anna restait la, prostrée dans cette petite cabine sombre éclairée simplement par les cierges, contemplant silencieusement, retenant des sanglots silencieux Elsa qui restait inerte sur cette humble couchette. La grande Reine des Neiges, si puissante, si belle, si gracieuse, si noble, simplement laissée la dans cette cabine spartiate, anonyme, d'un navire de petit noble étranger d'Arendelle. La plus jeune des deux reines était restée ainsi pendant de longues heures, refusant avec colère toutes les visites ou sollicitations. La joie de pouvoir revoir sa fille n'avait pour la rousse pas même existé un instant. Avait-elle vraiment enregistré dans son esprit le fait que la petite Emma était bien présente et en bonne santé, ça n'était même pas certain. Non, pour Anna plus rien ne comptait, c'était à peine si elle avait constaté que le navire ne bougeait plus, non, la jeune rousse, d'ordinaire si joyeuse s'était murée dans le silence, le regard vide, hagard sur sa chaise, les mains le long du corps elle fixait son ainée, alors que quelques coups discrets se faisaient entendre à la porte. La jeune souveraine ne répondit pas, il n'était même pas certain qu'elle avait entendu frapper. Finalement la poignée de la porte tourna sur elle-même et le duc de Laffortat, accompagnée de la duchesse de Funningur se présentèrent.
-Votre altesse, venez, vous devez manger…et les soins…
-Partez duc ! Je ne veux voir personne !
-Voyons votre Altesse, écoutez le duc, je puis rester dans cette cabine si vous souhaitez pour… Ajouta d'une voix mielleuse la duchesse.
-Vous ! Hors de ma vue ! Tout ça c'est de votre faute ! Rien ne serait arrivé si vous étiez resté sur votre navire et nous aviez laissé en paix !
-Mais Altesse…
-Sortez de la duchesse ! N'approchez surtout pas ! Cela pourrait être la dernière erreur de votre vie ! Fulmina Anna.
-Venez duchesse, nous devrions…la laisser encore. Reine Anna, souhaitez vous que je fasse venir Viktor, ou le prince Kristoff avec la princesse ?
-J'ai dit personne !
-A votre aise, je repasserai plus tard, soyez informée néanmoins que nous sommes arrivés à bon port.
-Je me doute ne me prenez pas pour une idiote ! Dehors !
-Bien Madame. Fit le duc poliment en poussant la duchesse de Funningur dehors et refermant la porte replongeant Anna dans l'obscurité.
La jeune reine resta figée, rouge de colère envers ce duc, plus encore envers la duchesse, mais aussi Kristoff et Yohann et Viktor qui lui avaient mentis ! Elle était même furieuse contre Emma ! Si sa fille n'avait pas été sur le navire, si elle avait pleurée avant, tous l'auraient remarqué et l'auraient emmené au lieu de l'oublier obligeant Elsa à retourner sur le navire en perdition. Anna serra les poings et se retourna, contemplant à nouveau la reine des neiges sur sa couchette entourée de cierges. La jeune rousse s'approcha et se laissa tomber sur la chaise. Pour la première fois depuis qu'elle avait appris, une larme se mit à couler le long de sa joue. Elle d'ordinaire si expressive et communicative avait tout gardé en elle mais la carapace se brisait et elle se mit à pleurer à chaudes larmes, s'effondrant au pied de la couchette, puis, d'un geste incontrôlée, pour la première fois depuis cette découverte elle toucha la main froide de la reine des neiges. Elle la serra fortement, puis, essuyant ses larmes, réprimant des sanglots silencieux, puis d'un geste inconscient elle voulu étreindre une dernière fois cette sœur ainée qu'elle chérissait tant. La jeune rousse posa sa tête délicatement sur la poitrine de la reine des neiges. A peine posée, elle se releva immédiatement et sortie en trombe de la cabine.
-Duc de Laffortat ! Duc ! Venez ! Hurla la rouquine.
-Ah ma reine ! Enfin vous devenez raisonnable, venez manger ! Il vous faut retrouver vos forces ! Souhaitez-vous que j'examine votre coup à la tête ?
-Venez vous dis-je ! La cabine ! Hurla Anna en l'entraînant sans attendre de réponse : La ! J'ai ! J'ai posé ma tête et…J'ai entendu un battement ! Je ne suis pas folle ! J'ai entendu un battement !
-Oui c'est normal ma reine. Fit le duc d'une voix calme.
-Mais si j'entends son cœur alors c'est qu'elle…Elsa est vivante !
-Evidemment ! Que croyiez vous voyons ? Répliqua le duc presque surpris.
-Comment ? Mais vous me cachez la nouvelle, je la vois ainsi étendue dans une pièce éclairée par des cierges ! Explosa Anna
-Altesse je vous en prie, ne troublez pas votre sœur, baissez le ton. Mais voyons, vous êtes dans cette pièce depuis plus d'un jour entier, comment ne pas vous en être rendue compte avant ? Vous n'avez pas senti au dessus de sa bouche la très légère respiration ? Ni entendu auparavant son cœur battre faiblement ?
-Je…Commença Anna, se rendant soudainement compte qu'à aucun moment on lui avait annoncé officiellement le trépas de sa sœur, et n'avait jusqu'alors pas touché Elsa.
-Et enfin votre Majesté, n'avez-vous pas vu ce bonhomme de neige gelé ? Olaf il me semble ? Si votre sœur nous avait quitté, sa magie aurait suivie et sa prison de glace n'existerait plus ! D'ailleurs je suppose que lui non plus d'ailleurs.
-Olaf ?! Je…Je ne l'avais pas remarqué mais…Pourquoi est il gelé ? Il…Il semble…Endormi dans la glace !
-Si j'en crois votre époux, votre sœur l'aurait gelé pour vous l'envoyer alors que votre bateau sombrait. Quant à sa prison de glace, je pense que seul un sortilège de votre sœur pourra l'aider à en sortir…Oh regardez, nous avons parlé trop fort, elle semble se réveiller !
-En quoi cela est il une mauvaise nouvelle ? Elsa ! Elsa ! Reviens avec nous !
-Chut votre Altesse ! Il vaudrait mieux qu'elle reste endormie !
-Qu'en savez-vous ? Si vous la saviez vivante, vous ne vous êtes pas occupé d'elle pendant plus d'une journée !
-Vous croyez ? J'ai fait ce que je pouvais dès votre arrivée chez moi, ensuite j'ai surveillé l'état de votre sœur en veillant à ce qu'elle reste endormie, tout comme la duchesse je dois l'avouer qui est beaucoup restée à son chevet. J'admets que son sommeil fut bien plus long qu'il n'aurait dû, mais je préférerai qu'il soit progressif. Ces bougies sont la pour ça ! Ne sentez-vous pas le léger parfum qu'elles dégagent ? Elles ont une propriété médicinale.
-Je…
-Allons votre altesse, votre sœur semble partie pour se réveiller, quittez la pièce je m'en occupe, il vaut mieux un œil médical que familial. Allez sur le pont vous verrez le port des Iles du Sud est magnifique de nuit.
Anna réagit telle un automate, obéissant sans poser de question à ce duc savant qui était déjà au chevet d'Elsa à lui administrer une potion. Par automatisme elle quitta la pièce, ayant du mal à réaliser ce qu'il venait de se passer, n'arrivant pas à s'enlever l'image d'Elsa gisant de l'esprit ni admettre qu'elle allait se réveiller. La jeune souveraine s'installa à la poupe du navire, observant les rues désertes au hasard jusqu'à ce qu'un mouvement attire son attention. Elle plissa les yeux et se pencha en avant retenue alors de justesse par Yohann qui passait par là, accompagné de la duchesse.
-Eh la votre Altesse, ne vous jetez pas à l'eau, à cette période de l'année elle est assez fraiche !
-Vous avez vu ?
-Quoi donc ?
-La à l'instant, quelqu'un habillé en noir assez mince…Une femme peut être !
-Une femme ? Où ça ?!
-La ! Elle se déplaçait rapidement et elle est montée sur le navire qui semble prêt à partir !
-Ah…Sans doute un vagabond qui espère rejoindre une autre terre ! Vous en voulez ? Demanda Yohann en tendant sa flasque à Anna.
-Volontiers ! Et…Et les drapeaux en berne, pourquoi ? Demanda la souveraine tout en buvant de grandes gorgées.
-Eh la doucement ! Ca se boit pas comme du lait de chèvre ça, encore moins pour une femme enceinte ! C'est du douze ans d'âge ! Beugla Yohann en reprenant sa flasque presque vide et bougonnant avant de se reprendre : Les drapeaux, eh bien c'était un des motifs de votre voyage !
-La reine Emma a annoncé un deuil pour l'adieu à mon époux, Son Altesse sérénissime le duc de Funningur.
-Je vous ai connue moins attachée aux dénominations duchesse ! Au moins vous avez ce que vous voulez ! Un enterrement première classe pour votre époux que vous n'avez eu de cesse de tromper sans que cela ne coute une seule pièce à votre précieux duché que vous allez recevoir en héritage ! Répliqua Anna cassante.
-Je…Vous semblez toujours faible votre altesse vous vous égarez je crois que je vais vous laisser. Je vais aller seconder le duc et prendre des nouvelles de la reine Elsa. Fit la duchesse mal à l'aise alors qu'Anna la fusillait du regard.
-Non ! Vous, surtout, vous ne l'approchez pas ! Allez plutôt pleurer votre cocu de mari ! Lança Anna à la duchesse qui ne pipa mot et s'en retourna dans sa cabine.
-Eh ben…On peut dire que vous y allez fort quand vous vous énervez altesse ! Fit Yohann en finissant sa flasque.
-J'ai fait pire ! Et si vous saviez comme cette femme m'est antipathique !
-Pourtant elle s'est occupée de votre sœur pendant votre longue sieste…Et même après !
-Peu importe ! Plus vite son idiot d'époux sera en terre, plus vite je n'aurais plus à supporter de la côtoyer !
-Vous êtes injuste ma reine !
-Plait-il ?
-La duchesse je ne dis pas, sa réputation est mondialement connue, mais vous insultez la mémoire de son époux.
-Il fallait être un bel idiot pour épouser une femme pareille !
-Il n'a pas eu la femme qu'il méritait mais il n'était pas un idiot.
-Ah oui, qu'en savez-vous Yohann ? Vous allez me dire que vous connaissiez une tête couronnée en tant que petit musicien vivant du mécénat d'un philanthrope ?
-Touché ! Vous avez l'art de rappeler aux gens qu'ils sont tellement inferieurs à vous votre grandiose Majesté. Répondit Yohann d'un ton grandiloquent, sortant une deuxième flasque avant de la tendre à la souveraine.
-Excusez-moi Yohann. D'autant plus qu'aujourd'hui vous êtes Lord d'Arendelle !
-Et détrompez-vous, j'ai effectivement connu le duc, et sa disparition m'attriste. C'était vraiment un homme bien ! Vous pourrez demander autours de vous, tous ceux qui l'ont connu vous le diront. Fit le musicien en reprenant sa flasque rendue par Anna qui cette fois ne fit que tremper ses lèvres.
-Ah oui ? Racontez-moi alors ? En auriez vous fait une chanson ? Demanda la souveraine taquine.
-Non et honnêtement votre altesse, j'aurai dû ! Et je jure d'en écrire une en son honneur !
-Eh bien, mais qui peut être ce saint homme pour que vous l'admiriez tant ?
-C'était il y a quelques années, avant que je ne rencontre le duc de Laffortat. J'errais de tavernes en tavernes, miteux, crasseux, mendiant quelques pièces de cuivre pour les transformer quand la journée était fructueuse en chope de bière pour oublier ma faim et mon état misérable…
-Un décor alléchant. Fit Anna s'en voulant aussitôt de cette remarque alors que le musicien en profitait pour se rafraichir la gorge de quelques grandes gorgées de whisky.
-Un jour alors que j'étais tiraillé par la faim, personne ne m'accordait la pitié de l'aumône, c'est alors que j'ai vu une vieille mandoline, je me suis permis de la prendre et jouer pour tous les soiffards ! Au lieu de ça, l'un d'eux m'a traité de voleur, brisant la mandoline. C'est la que le duc est intervenu. Accompagné de quelques gardes à lui, il a empêché que la brute ne me passe à tabac. Il m'a invité à sa table, demandé à l'aubergiste qu'on m'apporte à boire et à manger. Au moment de payer il a tendu une bourse à l'aubergiste lui demandant une chambre pour moi pendant un mois, avec les repas et des vêtements propres. Je ne savais pas quoi dire. Il m'a regardé, et conseillé de faire quelque chose de ma vie ! Que j'avais un don pour la musique, qu'il me fallait arrêter de m'enivrer et devenir quelqu'un de bien. De devenir un musicien. Au moment de partir, il m'a offert une mandoline…Celle la même ! J'ai suivi ses conseils et je suis devenu un autre homme !...Enfin presque, je continue à bien aimer boire ! Mais vous voyez altesse, cet homme riche et puissant qui avait tout, eh bien il m'a sauvé la vie, moi qui n'était rien ! Je lui dois ce que je suis devenu ! Alors oui c'était un homme bien, oui je pleure sa disparition et suis heureux que votre sœur lui accorde le dernier hommage qu'il mérite. Termina Yohann en finissant sa deuxième flasque, une larme au coin de l'œil.
-Je…Je l'ignorais Yohann, je suis désolée pour vous sincèrement. Fit Anna touchée avant d'ajouter : Quant aura lieu l'enterrement ?
-Dès que nous sommes arrivés, votre époux et Viktor se sont chargés de rencontrer votre sœur pour tout organiser. Viktor est revenu nous prévenir que cela aura lieu demain. Kristoff lui, est resté au château avec votre fille pour…pour expliquer la situation de votre sœur et la votre à la reine. De toute évidence il s'est dit que vous deviez être en colère contre lui et que vous souhaiteriez rester cette nuit au chevet d'Elsa.
-Je reconnais bien la mon Kristoff ! Toujours à penser à moi ! Yohann, si vous le souhaitez, pour vous je ferais un discours d'hommage à l'enterrement. Je veillerai à ce que tous nous puissions dire adieu à son altesse sérénissime avec honneur !
-Hum…Votre altesse ? Fit la voix du duc de Laffortat derrière elle : Je viens vous dire que votre sœur est réveillée.
-Elsa !
-Hop ! Une minute votre altesse. Je me doute que vous voulez la voir et même que vous allez vouloir la veiller cette nuit et je suis certain que si je vous disais que ça n'est pas une bonne idée vous n'en n'auriez rien à faire.
-Exact ! Laissez-moi passer !
-Non, quelques consignes médicales d'abord ! Je veux que vous preniez soin de vous. Vous avez toujours votre hématome, je veux voir son évolution. Ensuite, que vous mangiez, n'oubliez pas que vous êtes deux en ce moment ! Et surtout du repos. N'essayez pas de veiller la reine Elsa à tout prix, dormez vous aussi. Me suis-je fait comprendre.
-Très bien duc. J'obéis. Maintenant laissez moi la voir !
-Une dernière chose. Votre sœur ! Je dois avouer qu'elle me surprend ! Après une telle épreuve elle devrait être très alitée et faible, mais elle récupère étonnamment vite. Bien sur elle reste encore couchée mais vous verrez elle est très alerte. Mais de grâce Anna, ne vous laissez pas tromper par cet état. Evitez les longues conversations, ne sollicitez pas trop sa mémoire, évitez les trop grandes démonstrations d'affection et tout comme pour vous, veillez à ce qu'elle se repose.
-Très bien duc. Capitula Anna.
La jeune rousse avec l'autorisation de l'homme de sciences s'empressa de rejoindre la cabine où était Elsa, heureuse de voir sa sœur assise sur la couchette qui avait tant ressemblé à son lit de mort. Malgré son envie, Anna réussit à se pincer la lèvre suffisamment fort pour ne pas sauter au cou de son ainée et la bombarder de paroles. Non, Anna resta obéissante envers les consignes du duc, le laissant apporter quelques vivres, se faire examiner ainsi qu'Elsa. La jeune sœur ne rompit sa promesse qu'au moment où était entrée la duchesse annonçant vouloir soulager la reine Elsa, Anna se décida de la congédier sans ménagement sous le regard incrédule du duc et d'Elsa. Ni l'un ni l'autre ne décidèrent de relever cette attitude et Anna resta un temps aux côtés de sa sœur, la bordant avant de la laisser retourner au pays des songes…Et même suivre cet exemple !
Le lendemain fut une journée où Anna eut l'impression d'agir par automatisme, se levant aux aurores et quittant la cabine laissant sa sœur endormie pour se rendre au château. Elle qui pensait avant de partir être toute excitée au moment de revoir sa sœur Emma c'est à peine si elle avait l'impression d'avoir vécu ce moment. Il en allait de même lorsqu'elle retrouva enfin sa petite princesse tenue par Kristoff visiblement heureux de passer le relais, la petite n'ayant eu de cesse de le réveiller pendant la nuit. Anna avait présenté Yohann à Emma, elle avait donné des nouvelles rassurantes d'Elsa mais sans aucune émotion contrairement à son habitude, comme si elle-même avait du mal à assimiler le flot d'émotions fortes et contradictoires reçues en peu de temps pour être capable de les éprouver. Elle déjeuna sans trop d'appétit avant de se draper de noir et suivre le cortège funèbre du duc de Funningur au bras de Kristoff, deux pas derrière la duchesse de Funningur soutenue par la reine Emma. Chacun prit place devant la stèle sous laquelle le duc allait désormais profiter de son repos éternel, quelques pas plus loin, Anna avait remarqué la tombe du prince Hans et plusieurs sentiments la submergeaient alors, aussi elle préféra balayer du regard l'assistance. Elle ne connaissait finalement pas grand monde, quelques dignitaires étrangers croisés au cours de réceptions, mais aussi pas loin d'Emma l'un des décuplés, le prince Neal avec à ses côtés Viktor ainsi que la reine mère Victoria. Anna restait à sa place, ayant insisté pour que Yohann se trouve au premier rang avec elle. Au moment où les prises de paroles se succédaient devant le cercueil en chêne dont Emma avait, grâce à son pouvoir gravé le nom du disparu, Anna se dirigea aux côtés de l'évêque pour à son tour prendre la parole sous les yeux étonnés. Jamais la jeune souveraine n'avait véritablement parlé en public, pas même le jour de son couronnement, mais elle l'avait promis à Yohann. Prenant une grande inspiration, elle repensa à l'histoire racontée par le musicien et les mots lui vinrent tout seuls, elle n'avait pas à réfléchir, même si elle ne le connaissait pas, le cœur de la jeune rousse parlait pour elle. Ce fut la, le premier discours de la reine Anna d'Arendelle, mais quel discours ! Toute l'assistance était estomaquée par la force et la justesse des mots trouvés par la jeune femme qui s'entendait à peine, parlant les yeux fermés, n'entendant au final que les derniers mots de son discours « Adieu votre Altesse ! ».
Anna une fois le discours terminé rouvrit les yeux, surprise de voir l'audience la dévisager ainsi puis entendre de manière unanimes des applaudissements ainsi que quelques « Elle a raison ! Adieu Altesse ! Et vive la reine Anna ! Vive la reine Emma ! ». Pour la première fois de la journée Anna ressentait enfin les émotions, fière d'avoir tenu son rôle et sa parole envers Yohann qui l'applaudissait les larmes aux yeux, mais une chose encore ravit davantage la jeune femme : Au dernier rang de l'assistance, auprès du duc de Laffortat, Elsa d'Arendelle debout ! Visiblement suffisamment remise pour se déplacer et elle aussi émue, applaudissant sa cadette.
