Bonjour chers lecteurs !
Alors, j'espère que vous ne m'avez pas oublié... Voici enfin mon 8ème chapitre. J'avoue que j'aime beaucoup celui-ci (et le prochain) pour des raisons que je vous expliquerais à la fin (histoire de pas vous gâcher la surprise. J'espère qu'il va aussi vous plaire. Pour le titre, je retourne à Muse. Parce que c'est un de mes chansons préférées et que je trouve qu'elle convient bien à Kate.
Pour ce qui est de la suite, il va vous falloir de la patience, je part en vacances la semaine prochaine MAIS, si tout se passe bien, je devrais bientôt finir l'écriture de cette fic. Ce qui signifie, accélération du postage des chapitres.
Aller, Bonne Lecture !
Chapitre 8 : Sing For Absolution
Kate se réveilla en sursaut, retenant à grande peine un cri. Une fois de plus, elle tremblait et la sueur coulait dans sa nuque lui collant les cheveux. En une seconde, le Docteur fut à ses côtés et s'assit sur le canapé, posant une main réconfortante sur son épaule. La jeune femme se balançait légèrement d'avant en arrière en essayant de convaincre son rythme cardiaque de redescendre à un niveau normal. Elle passa une main sur son visage, essuyant les larmes qui s'étaient échappés de ses yeux, et respira profondément. Elle essaya, sans grand succès, de chasser les images de son cauchemar. Le Docteur, lui, essayait de comprendre ce qui venait juste de se passer. Une seconde Kate avait été tranquillement endormie et la seconde d'après elle se réveillait en sursaut terrifiée par un cauchemar. Une fois de plus, il se demanda ce qui avait put se passer dans la vie de la jeune femme pour qu'elle soit traumatisée à ce point. Il savait d'expérience que c'était toujours les pires expériences vécues que le cerveau rejouait lorsque les yeux se ferment et que l'esprit se détend, que vous soyez un Seigneur du Temps ou un Humain. Il était tenté de l'interroger sur le sujet mais quelque chose lui disait qu'elle ne lui répondrait pas et qu'il n'arriverait qu'à la faire se refermer un peu plus sur elle-même. Après quelques minutes durant lesquelles elle avait réussi à reprendre ses esprits, Kate se dégagea de l'étreinte légère du Docteur pour se lever et se diriger vers la fenêtre tout en se frottant les yeux pour les forcer à rester ouvert. Jetant un coup d'œil à sa montre elle estima qu'elle avait dut dormir environs deux heures ce qui expliquait la fatigue qu'elle sentait toujours. Avec l'aide du Docteur, ils avaient répétés toute la nuit et, malgré la douleur qui lui tenaillait les doigts et les cordes vocales à cause du manque d'entrainement des années passées, elle était relativement satisfaite du résultat obtenu. Bien sûr, il restait de nombreux détails à régler et elle avait voulut continuer à répéter mais le Docteur l'avait forcé à s'asseoir et à se reposer une minute. Elle s'était endormie d'épuisement sans même sans rendre compte et voilà qu'elle se retrouvait, une fois de plus, à lutter contre la terreur qui l'avait envahie grâce à un rêve trop réaliste. Elle appréhendait de plus en plus de monter sur scène le soir même. Pas seulement parce que ça faisait deux ans qu'elle n'était pas montée sur scène mais surtout parce qu'il lui faudrait lutter de plus belle contre ses souvenirs et elle avait peur de perdre la bataille cette fois ci. La voix du Docteur la ramena à la réalité alors qu'elle était en train de se perdre dans ses pensées.
« - Kate, hésita-t-il, est-ce que… Ca va ?
- Bien sûr, répondit-elle avec un peu trop d'enthousiasme pour que cela sonne vrai, je suis désolée si je vous ai effrayé.
- Ca vous arrive souvent, demanda le Docteur laissant son inquiétude filtrer dans sa voix.
- De temps en temps, répondit évasivement Kate. Rien dont vous ne devriez vous inquiéter, ajouta-t-elle au vu de son regard.
- Vous n'allez pas m'en dire plus, n'est-ce pas ?
- Non, effectivement. »
Le Docteur soupira, souhaitant que la jeune femme ai assez confiance en lui pour lui faire part de ses problèmes. Kate, elle, replaça l'écharpe autour de son cou qui avait glissée légèrement pendant son sommeil d'un geste nerveux puis alla reprendre sa guitare pour reprendre les répétitions. Etonnamment ses vieux réflexes étaient vite revenus et elle n'avait pas mis trop de temps à réussir à rejouer les chansons qu'Alice avait choisit pour rendre hommage à son meilleur ami. Les choses s'étaient compliquées lorsqu'elle avait dût se remettre à chanter. En effet, les différentes intubations qu'elle avait subit lors des années écoulées avaient fragilisé ses cordes vocales et cela avait pris un certain temps pour qu'elle arrive à retrouver un semblant de ce qu'avait été sa voix. Elle ne doutait pas que d'ici le lendemain elle serait sans doute aphone mais elle n'en avait cure. Pendant qu'elle s'était remise au travail le soleil c'était doucement levé éclairant au fur et à mesure la pièce de ses rayons. Kate essayait pourtant de ne pas trop y faire attention car plus le temps passait plus se rapprochait l'heure H. L'heure où elle se retrouverait face à une centaine de personnes venues rendre hommage à son meilleur ami. Elle ne se sentait toujours pas à l'aise avec l'idée de participer à ce concert en sachant que sans elle il n'aurait pas de raison d'être. Elle se forçait cependant à se concentrer seulement sur ce qu'elle était en train de faire pour empêcher les doutes et la peur de faire surface. Cependant oublier la peur devenait de plus en plus difficile à mesure que l'heure avançait et que ses entrailles se serraient. Le Docteur, lui, était étonnamment silencieux comme si il avait peur de la déranger. Il se contentait de quelques commentaires sur la qualité de son jeu ou de son chant lorsqu'elle lui demandait. Kate lui était reconnaissante de ne pas la forcer à lui expliquer ce qu'elle ressentait car elle n'aurait pas put. Pas sans s'effondrer, partir se cacher loin de cet endroit pour y oublier son passé et ne jamais revenir cette fois. Vers 11h du matin et alors que Kate avait joué chaque chansons un bon nombre de fois le Docteur se décida cependant à l'interrompre. Lui proposant une nouvelle tasse de thé, il la força à s'asseoir.
« - Kate, je crois que vous êtes prête, autant que vous pourrez l'être en répétant toute seule en tout cas, précisa-t-il. »
Kate grogna doucement en réponse au sous-entendu à peine voilé du Docteur. Pas la peine de lire dans ses pensées pour en connaitre le contenu. Elle savait qu'elle allait devoir appeler Alice et incessamment sous peu si elle voulait avoir une chance de répéter avec les autres membres de leur groupe improvisé. Elle avait tenté de repousser ce moment le plus possible mais elle devait se résoudre à reconnaitre qu'elle ne pourrait pas faire beaucoup plus. Elle consulta sa montre, vit qu'il était 11 heures et décida que c'était une heure acceptable pour appeler sa meilleure amie. Finissant son thé, elle prit son téléphone et composa le raccourcit vers le numéro d'Alice sous l'œil du Docteur qui l'observait attentivement. Une fois de plus, elle se demanda ce qu'il faisait toujours là mais elle n'eut pas le temps de se pencher plus longuement sur cette question car la voix d'Alice lui parvint. Rien qu'à la façon dont elle avait prononcé son « allo » elle pouvait dire que la jeune femme était, elle aussi, extrêmement stressée et une partie d'elle eu envie d'aller la rassurer pendant que l'autre lui criait qu'elle ferait mieux de s'occuper d'elle-même.
« - Salut Alice, dit-elle dans le combiné.
- Oh Kate ! Je suis contente de t'entendre ! Comment ça va ? Tu as décidé si tu venais ce soir ? Dis oui s'il-te-plait. Ca me ferait tellement plaisir, je suis tellement stressée, il y a encore un tas de problèmes de dernière minute à régler ! Je ne sais pas si je vais arriver à tout gérer…
- Alice… Alice, s'exclama Kate en tentant vainement de se faire entendre au milieu du flot de parole induite par l'anxiété chez sa meilleure amie.
- Oh oui, désolée, je parle trop…
- Pas grave. Ecoute, je crois que je vais venir ce soir. Il faudrait juste qu'on arrive à répéter tous ensemble.
- Génial ! Tu penses que tu pourrais venir quand ?
- Je ne sais pas trop, hésita Kate en balayant la pièce du regard. Celui-ci s'attarda sur une boite et elle eu soudain une idée. Alice, tu as toujours ton JamLink ?
- Heu… Il doit être quelque part… Pourquoi ?
- On pourrait l'utiliser pour les répétitions !
- Oh… Oui… Oui, ce serait une idée, répondit Alice qui semblait déçue que son amie ne vienne pas tout de suite. J'installe ça et je te rappelle.
- D'accord, je tâche de faire pareil de mon côté. »
Kate raccrocha, satisfaite de ne pas avoir à aller tout de suite au Parc Southchurch où se déroulerait le concert.
« - Un Jamlink, demanda le Docteur, perplexe.
- Oui, en ouvrant le carton qu'elle avait repéré quelques minutes plus tôt et en sortant un boitier bleu avec deux petites diodes et quelques connectiques. Ce petit appareil va nous permettre de répéter sans avoir à être au même endroit. Ca nous a été très utile dans le passé. Tout ce que j'espère c'est qu'il fonctionne toujours après tout ce temps et que la connexion internet est suffisamment importante ici… »
Pendant sa petite explication elle avait finit de déballer le JamLink et y avait connecté sa guitare. Elle voulut ensuite brancher le tout à la prise électrique cachée dans un coin de la pièce mais, à peine avait elle touché la prise qu'un petit claquement se fit entendre accompagné d'une légère odeur de brulé.
« - Zut, râla Kate en observant les diodes désespérément éteintes et en retournant la boite dans tous les sens, la secouant.
- Eh, intervint le Docteur alors qu'elle allait se mettre à taper sur le boitier dans le vain espoir de refaire fonctionner l'instrument. Pas la peine de passer vos nerfs sur les objets inanimés. Laissez-moi plutôt faire. »
Kate se recula donc et laissa le Docteur prendre en main le boitier. Débranchant le courant et la guitare il sortit son tournevis sonique de la poche intérieure de son costume. L'appliquant contre le rebord il ouvrit le couvercle et découvrit un enchevêtrement de petits fils électriques et de circuits imprimés.
« - Vous voyez, annonça-t-il après une minute d'observation attentive en pointant un des circuits, il y a dût y avoir une surcharge électrique qui a fait bruler la résistance. Rien de plus. Ca ne devrait pas me prendre très longtemps pour la réparer avec mon tournevis sonique.
- A l'aide de quoi, demanda Kate de peur d'avoir mal entendu.
- De mon tournevis sonique, répondit le Docteur en levant l'objet qu'il tenait pour que la jeune femme puisse l'observer. Un outil très pratique.
- Vous l'avez utilisé à l'Institut non, se rappela Kate. Mais vous aviez ouvert des portes avec…
- Un outil très pratique et multitâche, précisa-t-il en souriant avant de retourner à sa réparation. »
Quelques minutes plus tard le Docteur avait finit, rebranché le boitier et la guitare. Kate avait l'air positivement impressionnée et l'avait chaudement remercié de son aide. Son téléphone sonna un peu plus tard pour l'avertir qu'Alice avait de son côté aussi installé son boitier. Après quelques tests, Kate et le reste du groupe se mirent à répéter ensemble les chansons qu'ils joueraient un peu plus tard. Ils firent quelques ajustements et en un peu plus d'une heure ils se déclarèrent aussi près que possible. Ils décidèrent de se rejoindre au maximum une demi-heure avant de monter sur scène soit 21 heures au plus tard. Kate se retrouva donc avec l'après midi de libre et ses peurs menaçant de la submerger si elle ne trouvait pas une quelconque occupation qui lui permettrait de concentrer son esprit sur autre chose que des souvenirs.
« - Je ne sais pas vous, mais moi j'ai faim, annonça le Docteur voyant bien qu'elle avait des problèmes à trouver de quoi occuper son esprit et qu'au fil des secondes ses pensées s'obscurcissaient. Si on allait se trouver quelque chose à manger ?
- Oui… Oui, pourquoi pas. Je pense que ma mère doit avoir cuisiné pour un régiment comme d'habitude. Vous êtes le bienvenu bien sûr.
- Parfait ! Qu'est-ce qu'on attend ?
- Rien, répondit Kate en tentant un petit sourire sans grand succès. »
Elle se leva puis ramassa ces affaires qu'elle fourra dans son sac. Ils repasseraient plus tard récupérer ses instruments. Elle les laissa donc tels quels puis suivit le Docteur à l'extérieur. Eblouie par le soleil, elle sortit ses lunettes de soleil qu'elle mit rapidement. Ils avaient de la chance d'avoir un si beau temps pour le concert. L'air était chaud et le resterais certainement une bonne partie de la soirée ce qui leur permettrait de ne pas avoir trop froid. En temps normal elle aurait été terriblement impatiente d'arriver au soir mais aujourd'hui elle aimerait arrêter le temps. Une partie d'elle-même lui souffla qu'elle pourrait demander au Docteur de le faire pendant que l'autre argumentait que ça ne ferait que reculer l'inévitable confrontation avec son passé. Elle se força à quitter ses pensées et à se concentrer sur l'homme à côté d'elle. Elle n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi il était toujours là. Prenant son courage à deux mains elle se décida à lui poser la question.
« - Je ne sais pas vraiment, admis le Docteur pensivement, J'ai juste l'impression que ce que je fais ici est utile. Parfois ça fait du bien d'aider une personne et pas seulement de sauver des civilisations entières. Mais si vous voulez que je m'en aille il n'y a pas de problème…
- Non ! Non… Ce n'est pas ce que je voulais dire… Je suis plutôt contente que vous soyez là… Je n'aurais pas été capable de faire tout ça sans vous… C'est juste que je ne crois pas que je vaille le temps que vous perdez ici…
- Je suis un Seigneur du Temps Kate, répondit le Docteur en riant, par définition je ne peux pas perdre mon temps. Et puis je suis sûr et certain que sans moi vous vous seriez débrouillée tout aussi bien. Vous avez la scène dans le sang, ça se voit. »
Kate ne sut que répondre face à ce compliment qu'elle trouvait immérité et se contenta de rougir en baissant la tête.
Quelques minutes plus tard, Kate et le Docteur pénétraient dans la maison de la jeune femme.
« - Kate ? C'est toi, lança la mère de celle-ci de la cuisine. Tu arrives juste à temps pour le déjeuné, je commençais à m'inquiéter. Tu sais que je n'aime pas quand tu disparais comme ça.
- Oui, c'est moi, répondit la jeune femme en invitant le Docteur à la suivre d'un regard. J'ai amené un invité.
- Oh ? C'est vrai ? Tu as bien fait il y en a beaucoup… Trop...
- Bonjour Madame Delorro, dit le Docteur en s'avançant pour serrer la main de la femme en face de lui.
- Docteur, répondit celle-ci d'un air un peu crispé, n'ayant toujours pas tout à fait pardonné au Docteur d'avoir emmené sa fille loin d'elle durant de longs mois. Aller, asseyez vous tous les deux… Vous avez l'air épuisés. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- On a passé la nuit à répéter pour le concert de ce soir, répondit Kate d'une petite voix en espérant que l'information passerait inaperçue aux oreilles de sa mère.
- Quoi, s'étrangla celle-ci. Je croyais que tu n'allais pas y aller ?
- J'ai changé d'avis.
- C'est à cause de lui n'est-ce pas, accusa d'emblée la mère de Kate en pointant du doigt le Docteur qui tentait, sans succès, de se faire petit.
- Pas du tout, s'exclama Kate. Je suis assez grande pour prendre mes décisions seule et tu sais très bien qu'Alice n'as pas arrêté de me tanner pour que je vienne et que je monte sur scène. Maintenant si on pouvait juste manger sans en reparler ça me ferais vraiment plaisir. »
La mère de Kate hocha la tête d'un air inquiet mais se retint de tout commentaire supplémentaire même si le Docteur sentait que c'était à grande peine. Elle posa les casseroles sur table et tous les trois mangèrent dans un silence mal à l'aise. Kate jouait plus avec la nourriture qu'elle ne mangeait et sa mère l'observait ayant l'air de vouloir dire quelque chose sans en trouver le courage. Kate était contente de ne pas entendre les pensées de sa mère. Elle ne savait que trop bien ce qu'elle y trouverait. Elle savait bien que sa mère ne voulait pas qu'elle remonte sur scène même si elle ne lui avait pas dit ouvertement. Elle savait qu'elle avait aussi peur qu'elle-même parce que, ce soir là, elle aussi était dans la salle. Parce que ce soir là c'est sa fille unique qu'elle avait crut perdre pour toujours. Kate laissa échapper un soupir et se massa la nuque de la main qui ne triturait pas sa nourriture dans l'espoir de faire disparaitre les crampes qui commençaient à y apparaitre.
« - Ma chérie, ne put s'empêcher de dire sa mère au bout d'un quart d'heure de silence. Pourquoi tu t'infliges ça ? Pourquoi tu ne peux pas juste reprendre une vie normale ?
- Maman, s'il-te-plait, on en a déjà parlé. Je ne peux pas reprendre une vie normale. Ni maintenant, ni jamais sans doute. Mais là, j'essaye d'aider ma meilleure amie. Il n'est pas question de moi. Si elle a besoin de ce concert et de moi pour aller mieux alors qu'importe si moi ça ne m'aide pas. Il m'a juste fallut trop longtemps pour le comprendre. Maintenant si vous voulez bien m'excuser je vais aller me préparer. Docteur, faites comme chez vous. Vous connaissez le chemin à ma chambre si besoin est, répondit Kate assez sèchement en se levant et en quittant la pièce le dos raide. »
Quelques secondes plus tard, le Docteur et la mère de Kate entendirent une porte claquer à l'étage. Mrs Delorro sursauta à ce son et ses épaules tombèrent alors qu'elle frotta ses mains sur son visage alors que le Docteur l'observait en éprouvant de la compassion pour la femme devant lui. Il sentait que c'était dur pour elle de voir sa fille se détruire dans réussir à faire quoi que ce soit pour l'arrêter.
« - J'ai été trop dure avec elle, se lamenta-t-elle en secouant la tête.
- Mais non Madame, vous faites ce que vous croyez être bon pour elle, tenta le Docteur, vous êtes une bonne mère, j'en suis sûr.
- Vous ne savez pas ce que vous dites. Quoi que je fasse je n'arrive pas à l'aider. Elle croit que je ne le sais pas mais je sais qu'elle ne dort presque plus parce qu'elle est réveillée par ses cauchemars. J'ai beau essayer de la faire me parler mais c'est comme de parler à un mur. Et maintenant elle va remonter sur scène, juste quand les cauchemars avaient l'air de se calmer un peu… J'ai peur pour elle…
- Peut-être que ça va l'aider, proposa le Docteur. J'ai eu l'impression que d'une certaine manière elle allait mieux une fois qu'elle a put rejouer.
- Je ne sais pas, répondit Mrs Delorro sceptique. Après la mort de Damien, elle a passé plus d'un mois enfermée sans dire un mot et ensuite elle a fuit avec vous à la première occasion… Je ne veux pas que ce concert ravive ces souvenirs plus que nécessaire… Je veux juste qu'elle aille mieux… Je veux retrouver ma fille. »
Le Docteur ne sut que répondre fasse au désarroi de la mère de Kate et préféra se taire. Celle-ci s'excusa auprès de lui et repartit vers la cuisine pour tenter de se vider l'esprit et de calmer son inquiétude. Le Seigneur du Temps se retrouva donc seul dans la salle à manger de Kate, sans trop savoir quoi faire. Après quelques minutes de réflexion il se décida à monter attendre la jeune fille dans sa chambre. Mieux valait pour laisser sa mère seule pour éviter qu'elle ne s'en prenne à lui.
Après avoir quitté la table, Kate avait monté quatre à quatre les marches de l'escalier et s'était réfugier dans sa chambre, claquant la porte un peu plus fortement qu'elle ne l'avait prévu. Elle se laissa tomber sur le lit, baissa la tête et utilisa ses deux mains pour masser la nuque et le haut de son dos. Grognant légèrement elle laissa la colère qui était monté à la remarque de sa mère retomber. Elle savait que sa mère s'inquiétait pour son bien mais elle n'avait pas besoin qu'elle ajoute son inquiétude et ses peurs aux siennes sinon elle n'arriverait jamais à monter sur scène. Elle était toujours dans la même position lorsque le Docteur frappa à la porte quelques minutes plus tard. Il s'assit à côté d'elle et pendant un long moment le silence flotta dans la pièce. Au bout de longues minutes, le Docteur se décida à faire part à son amie de ce qu'il avait sur le cœur, qu'importe si elle n'allait sans doute pas apprécier le sujet de leur conversation à venir.
« - Votre mère m'as parlé de vos cauchemars, glissa-t-il donc en observant la réaction de la jeune femme qui s'était figée, les muscles tendus. Elle s'en inquiète beaucoup…
- Je pensais qu'elle n'était pas au courant. Je ne voulais pas qu'elle s'inquiète, répondit silencieusement Kate.
- C'est votre mère, elle saura toujours quand quelque chose n'ira pas. Ca s'appelle l'instinct maternel je crois. Vous en avez déjà parlé à quelqu'un ?
- Comme qui ? Un psychologue ? Non merci.
- Pas forcément… Vous auriez put en discuter avec Alice par exemple. Il parait que ça aide d'extérioriser ses démons. »
Kate releva la tête d'un mouvement brusque et le regarda comme si il avait dit la chose la plus folle qu'elle n'avait jamais entendue. Elle se mit soudainement à rire d'un rire nerveux qui sonnait faux et qui finit en sanglots quasi hystériques. Le Docteur se rapprocha un peu plus et la pris doucement dans ses bras.
« - Désolée, répondit-elle une fois qu'elle se fut à peu près calmée. C'est le stress. Vous croyez vraiment à ce que vous venez de me dire ?
- Pour être honnête ? Je ne sais pas, déclara le Docteur après une longue réflexion. Mais c'est quelque chose que j'aimerais croire.
- Moi aussi.
- Vous voulez m'en parler ?
- J'aimerais m'en sentir capable, dit Kate d'une voix faible. Mais je ne peux pas. C'est trop dur, ça rendrais les choses plus réelles qu'elles ne le sont déjà… Peut-être dans quelques temps… Mais c'est gentil d'avoir proposé.
- De rien, répondit le Docteur qui souhaita, une fois de plus, avoir été capable de convaincre la jeune femme de s'ouvrir à lui sans pour autant trop la pousser dans ses retranchements. Aller, vous n'aviez pas dit que vous deviez vous préparer ?
- Si, si… Je vais aller prendre une douche et me changer et ensuite on pourra s'en aller, décida-t-elle en se levant et en dirigeant vers son armoire pour y choisir les vêtements qu'elle porterait le soir même. Se décidant pour un simple jean noir associé à un T-shirt gris elle les ramassa et pris le chemin de sa salle de bain.
- Prenez votre temps, lui conseilla le Docteur.
- D'accord. Faites comme chez vous. »
Le Docteur lui adressa un signe de la tête et elle le laissa dans sa chambre pour aller s'enfermer dans sa salle de bain. Elle alluma le chauffage et l'eau et en attendant que l'atmosphère se réchauffe un peu, elle observa son visage dans le miroir au dessus du lavabo. Même à ses yeux elle avait l'air épuisée. De larges cernes noires s'étalaient sous ces yeux et elle avait le teint pâle et les joues légèrement creusées. Soupirant, elle se détourna de son reflet et, se dévêtissant, se glissa sous l'eau qui avait atteint une température plus qu'agréable. Elle resta un long moment debout sans bouger à laisser l'eau masser les muscles endoloris de ces épaules et de sa nuque. Elle finit par se relaxer un peu et ferma les yeux, ce qui se révéla être une mauvaise idée quand devant ses yeux apparue l'image bien trop réelle de Damien. Elle rouvrit précipitamment les yeux et retint un juron en se cognant contre le mur froid de sa douche, le cœur battant à tout rompre, les mains et les jambes tremblantes. Se forçant à respirer profondément, elle se laissa glisser à terre et attendit sous l'eau chaude de pouvoir tendre la main sans trembler comme une feuille, s'interdisant de laisser les larmes qui menaçaient couler. Lorsque l'eau se mit à refroidir, elle sut qu'elle avait passé trop de temps sous la douche et en ressortie un peu précipitamment. Elle ne se sentait pas du tout aussi calme que ce qu'elle n'avait espérer. Elle se sécha rapidement et mit les vêtements qu'elle avait choisit plus tôt et se retrouva à s'observer dans le grand miroir qui ornait la pièce. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était plus habillée pour monter sur scène. Se rapprochant un peu plus de son reflet elle démêla ses cheveux puis les attacha dans une queue de cheval haute. Posant sa brosse elle leva la main et passa doucement ses doigts sur la cicatrice qui ornait le côté de son cou. Elle luttait pour ne pas retomber dans les souvenirs de cette nuit là et de la raison pour laquelle elle avait cette marque lorsqu'elle entendit de discrets coups frappés à la porte.
« - Kate ? Ca va là dedans, lui demanda la voix du Docteur.
- Oui Docteur, ça va, vous pouvez entrer, je suis presque prête, répondit Kate qui retourna vers sa pile de vêtements sales pour y retrouver le foulard noir qu'elle portait avant sa douche. »
Le Docteur entra dans la pièce qui était encore remplie d'humidité au moment où Kate était en train de renouer autour de son cou le foulard qu'elle portait depuis la vielle. Il eut cependant le temps d'apercevoir une cicatrice courant le long de son cou qui piqua immédiatement sa curiosité. Il lui fallut cette fois un grand effort de volonté pour ne pas interroger la jeune femme sur sa provenance. Il avait l'intuition que celle-ci était liée aux cauchemars qu'ils avaient évoqué un peu plus tôt. Il remarqua qu'elle avait l'air encore plus tendue que lorsqu'il l'avait vu deux heures auparavant. Il se plaça derrière elle et parla à son reflet.
« - Vous êtes sûre que ça va ?
- Aussi bien que ça pourrait aller au vu des circonstances, répondit Kate en se maquillant légèrement.
- Prête, questionna le Docteur lorsqu'elle reposa son maquillage et s'observa dans la glace une dernière fois avant de se retourner vers lui.
- Autant que faire se peux. Qu'en pensez-vous ?
- Vous êtes très jolie, répondit le Seigneur du Temps.
- Menteur, mais je ne vous en veux pas. Allez, venez, on va finir par être en retard. »
Le Docteur préféra ne pas la contredire alors qu'elle passait à côté de lui pour retourner dans sa chambre. Elle mit quelques affaires de rechange dans un sac puis descendit prévenir sa mère de son départ pendant que le Docteur l'attendait dehors pour aller récupérer son matériel au Château d'eau. Après quelques minutes, le Docteur vit Kate réapparaitre sur le pas de la porte l'air un peu contrariée.
« - Ca était, demanda-t-il, curieux.
- A peu près, répondit la jeune femme en levant une main pour se frotter les yeux, regrettant de ne pas avoir réussi à dormir plus. J'ai eu le droit au couplet sur le fait que je n'avais pas à faire ça si je n'en avais pas envie. Qu'elle avait peur que j'y aille. Je lui ai dit de venir si elle avait si peur que ça mais je ne sais pas si elle va le faire. Déjà au début du groupe elle ne voulait rien savoir des concerts.
- Une mère comme toutes les autres qui s'inquiète pour sa fille. Vous ne pouvez pas lui en vouloir pour ça.
- Je ne lui en veux pas, je suis juste fatiguée d'avoir constamment les mêmes discussions avec elle depuis mon adolescence. Je n'ai pas besoin de ses doutes en plus des miens, soupira Kate en se mettant à marcher. »
Le Docteur la suivit et ensemble ils retournèrent rapidement au Château d'eau. Arrivés là bas, ils rangèrent les guitares que Kate avait l'intention d'utiliser ainsi que tout ce qu'elle jugea nécessaire dans leurs étuis respectifs. Se partageant les différents sacs, ils se mirent à redescendre la petite colline et se dirigèrent vers le centre ville. Le Docteur n'avait pas encore eu l'occasion de se rendre dans cette partie de la petite ville et observa les maisons de style traditionnel qui bordait la rue. Un peu après être rentrée dans le village Kate avait remonté la capuche de son gilet sur sa tête et mis ses lunettes, mal à l'aise à l'idée d'être reconnue. Le Docteur avait senti ce changement d'humeur mais avait évité là encore tout commentaire. Il essayait même de se faire le plus discret possible mais cela n'arrêtait pas les passants qu'ils croisaient de se retourner sur eux. Il était heureux d'avoir donné à Kate la bio-bague qui bloquait sa télépathie car elle n'aurait sans doute pas supporté de connaitre les pensées de ses concitoyens en ce moment. Sans compter que la bio-bague lui permettrait aussi de monter sur scène un peu plus tard. Il était content que cette idée ai fonctionné aussi bien. A vrai dire, en venant lui ramener la bague il n'avait pas été à 100% sûr de son efficacité n'ayant put la tester réellement. Il avait dût adapter son mécanisme pour qu'elle s'adapte à un humain et non à un jeune Seigneur du Temps. Il se souvenait qu'elle lui avait été personnellement très utile durant son enfance sur Gallifrey mais il n'avait pas de regrets de la laisser à la jeune femme à côté de lui qui en avait bien plus besoin que lui à présent. Il ne doutait pas qu'avec de l'entrainement elle n'aurait plus besoin de cette aide dans le futur pour contrôler son don. Tout était une question de temps, de patience et d'entrainement. Perdu dans les souvenirs de son enfance il ne s'était pas aperçu que Kate s'était arrêtée. Regardant autour de lui il la trouva à quelques pas derrière lui les yeux fixés sur la scène qu'ils apercevaient au loin. Il y avait déjà un groupe sur scène comme l'avait prévenue Alice et surtout une foule assez nombreuse pour une petite ville telle que Southend-On-See. Inquiet, le Docteur rejoint rapidement Kate et se plaça devant elle, lui bloquant ainsi la vue du Parc. Elle avait visiblement palie, tremblait et avait la respiration précipitée. Il essaya de lui parler mais n'eut aucune réponse. Il lui retira ses lunettes et remarqua que ses pupilles étaient également légèrement dilatées à cause de l'hyperventilation. Reconnaissant les premiers symptômes d'une attaque de panique il sut qu'il fallait rapidement la ramener à la réalité. Il la saisit donc par le bras et la secoua légèrement en l'appelant. Au bout de quelques minutes d'efforts il réussit à la sortir de sa transe. Elle avait l'air secouée et sur le point de s'évanouir. Il la conduit donc doucement vers un petit mur qui délimitait une propriété à proximité. S'accroupissant devant elle il lui pris le pouls sans pour autant lâcher son autre bras.
« - Essayez de vous calmer et de respirer doucement d'accord ? Il faut faire chuter votre rythme cardiaque… Voilà, c'est mieux comme ça… Ca va, demanda-t-il de ton inquiet en s'asseyant à côté d'elle une fois qu'elle se fut calmée. »
Kate ne réussit qu'à hocher doucement la tête et à rougir, honteuse de sa faiblesse. Elle essayait de lutter contre ses souvenirs depuis la veille mais à la vue de la foule et de la scène ils s'étaient superposés à la réalité. Dans son esprit elle était revenue en ce soir de Juin deux ans auparavant pendant lequel sa vie avait changée à tout jamais. Les cris de joie de la foule à quelques mètres d'elle d'aujourd'hui s'étaient transformés en ceux de peur qu'elle avait entendu ce soir là et devant ces yeux c'était le corps inerte de tous ses amis qu'elle avait vu à la place de celui de son seul meilleur ami. Elle luttait contre l'envie quasi-irrépressible de partir en courant mais la main du Docteur qui n'avait pas quitté son bras l'en empêchait. Il lui fallut quasiment une demi heure supplémentaire pour réussir à retrouver suffisamment de calme et de contrôle sur ses émotions pour réussir à répondre au Docteur qui avait continué de la rassurer en lui parlant doucement.
« - Je ne vais pas y arriver Docteur. Je voulais vraiment. J'ai vraiment tout essayé mais j'ai peur… Je ferais mieux de m'en aller.
- Vous n'aller pas abandonner maintenant Kate. Vous êtes courageuse, vous n'avez aucune raison d'avoir peur, Alice sera là pour vous aider. Et puis vous avez suffisamment répéter, tout se passeras bien.
- Ce n'est pas de ça que j'ai peur, souffla Kate. J'ai peur que l'histoire se répète. »
Le Docteur n'eut jamais le temps de demander à la jeune femme ce qu'elle voulait dire par cette mystérieuse phrase. Il fut interrompu alors qu'il ouvrait la bouche par une voie masculine avec un fort accent américain provenant d'à côté d'eux.
« - Alors, c'est ça ce que tu es devenue Kate, demanda la voix. Tu vas abandonner et laisser Tom gagner ? Avoir le contrôle qu'il avait toujours voulut avoir sur toi et ta vie ? »
Alors qu'il l'observa le Docteur vit le regard qui avait été apeuré de Kate quelques minutes auparavant se transformer en un regard de rage glacial alors qu'elle se leva instablement et se dirigea en vacillant vers le jeune homme aux cheveux noirs coupés courts et aux traits bien déssinés qui venait d'apparaître.
« - Tu ne sais absolument pas de quoi tu parles Wade, articula-t-elle lentement avant de se retourner et de s'éloigner, incapable de soutenir son regard aussi bleu que celui de Damien plus d'une seconde.
- Kate ! Attends, répliqua le dénommé Wade en l'agrippant par le bras.
- Lâches moi, s'exclama Kate d'une voix forte en se dégageant vivement ce qui lui causa un nouveau vertige. »
Kate vacilla violement et porta la main à sa tête. Wade et le Docteur se précipitèrent et la rattrapèrent avant de la faire se rasseoir. Elle se dégagea une nouvelle fois de l'étreinte de son ancien ami et le Docteur la regarda d'un air interrogateur.
« - Je t'en prie Wade, va-t-en et dit à Alice que je suis désolée mais que je ne viendrais pas, dit Kate sans regarder son ancien ami.
- Non, répondit l'intéressé d'un air buté en fixant le profil de la jeune femme. »
Kate soupira. Alice lui avait dit que Wade viendrait pour l'occasion et elle aurait dut se douter qu'ils finiraient par se croiser. Elle avait juste espérer que ce soit dans de meilleures conditions et surtout qu'elle ne ressentirait pas autant de culpabilité envers lui. De la culpabilité auquel il avait réussi à ajouter de la colère grâce à son commentaire sur Tom. Elle serra les poings et baissa la tête un moment avant de se tourner vers le Docteur.
« - Très bien… Docteur, vous voulez bien nous laisser un instant s'il-vous-plait ?… Il n'y a pas de problème, lui assura-t-elle sentant sa réticence.
- D'accord, répondit celui-ci en se levant. Je ne serais pas loin si vous avez besoin de moi. »
Kate hocha la tête et le Docteur s'éloigna en luttant contre sa curiosité naturelle. Une fois qu'il se fut suffisamment éloigné Kate resta silencieuse, les yeux fixés sur le sol. Elle cherchait un moyen de commencer la conversation et de dire au jeune homme à ses côtés ce qu'elle avait sur le cœur sans le trouver. Elle préfèrerait partir en courant mais elle savait qu'elle n'avait pas la condition physique et que Wade ne la laisserait sans doute pas faire, têtu comme il l'était. L'espace d'un instant elle songea à appeler le Docteur pour lui dire de l'aider à se sortir de cet endroit mais elle rejeta cette idée. Le Docteur ne serait pas toujours là pour l'aider et elle devait pouvoir se débrouiller seule. Elle savait qu'elle aurait de toute façon dû affronter le jeune homme tôt ou tard. Celui-ci attendait qu'elle se décide à ouvrir la bouche en l'observant. Il ne l'avait pas revu depuis la mort de Damien et il se rendait maintenant compte de l'effet que celle-ci avait eu sur elle. Il n'avait pas crut Alice quand elle avait tenté de le prévenir que la Kate qu'il avait connu avait disparue mais à présent il pouvait aisément le faire. Il n'avait jamais vu son amie aussi faible et perdue. Il l'avait toujours connue si forte et courageuse que ce changement l'inquiétait au plus haut point. Il remarqua aussi qu'elle était beaucoup plus maigre que dans ses souvenirs et que de grandes cernes ornaient son visage sous son maquillage, preuve que son sommeil devait être chaotique. Mais ce qui avait le plus choqué Wade était le regard de Kate. Il l'avait toujours connu vif et plein de vie mais à présent il était voilé de peur et terne, comme si on en avait enlevé toute vie. Il n'avait croisé son regard qu'une seconde mais à cet instant il avait compris qu'il avait fait une erreur en lui parlant de Tom et que la souffrance qu'elle éprouvait était pire que ce qu'il avait put imaginer. Il avait voulut s'excuser mais elle avait été trop rapide à le repousser et à se refermer sur elle-même. Il était sur le point de dire quelque chose quand Kate prononça d'une voix faible et tremblante :
« - Je suis désolée Wade… Tellement désolée…
- Quoi, répondit-il surpris. Mais de quoi ?
- Je n'aurais pas dû vous faire espérer à toi et à Alice que je reviendrais. Je n'en suis à l'évidence pas capable. J'ai essayé, je te jure que j'ai vraiment essayé Wade mais… Mais…
- Mais quoi, demanda le jeune homme alors qu'elle s'était interrompue les poings serrés au point qu'ils tremblaient et que les jointures blanchirent.
- J'ai peur, admit-elle dans un murmure qu'il entendit à peine.
- Kate, s'exclama-t-il s'accroupissant devant elle pour la regarder dans les yeux qu'elle avait fermés fortement. Regardes moi s'il-te-plait… »
Elle refusa de lui obéir et il lui prit les mains en caressant doucement le dos pour l'aider à se détendre. Elle soupira doucement, ses doigts se desserrant doucement. Après une deuxième supplication il réussit à lui faire enfin ouvrir les yeux et cette fois encore il fut effrayé par la peur qu'il y lisait.
« - Tu n'as pas à avoir peur Kate. Il ne peut plus rien t'arriver maintenant. Tom est en prison et il ne peut plus rien te faire de là où il est.
- Non, tu ne comprends pas, expliqua-t-elle doucement en secouant la tête. Ce n'est pas pour moi que j'ai peur…
- Alors, pour qui ?
- Pour toi, pour Alice, pour tous les gens que j'aime. C'est de ma faute si Damien est mort Wade. Je ne veux pas que ça vous arrive à vous. Je ne pourrais pas le supporter.
- Oh, Kate, fut tout ce qu'il arriva à dire avant de la prendre dans ses bras. Ce n'est pas de ta faute, voyons ! »
Elle se mit à pleurer sur son épaule, le serrant de toutes ses forces en répétant ses excuses pendant que Wade lui disait de se taire tout en caressant doucement ses cheveux. Cela lui fendait le cœur que de la voir ainsi. Il pouvait presque sentir le désespoir se dégager d'elle et il la serra encore plus fort en espérant pouvoir lui procurer tout le réconfort dont il était capable. Au bout de quelques minutes, elle finit par se calmer suffisamment pour pouvoir se détacher doucement de lui.
« - Désolée, répondit-elle une fois de plus.
- Arrête de t'excuser Kate, tu n'as rien à te reprocher.
- Bien sûr que si, j'aurais dut vous écouter quand vous me disiez de ne pas sortir avec Tom mais je me suis crut plus intelligente que tout le monde. Je ne pensais pas que des choses comme ça pouvaient m'arriver. Si j'avais fait confiance aux gens qui m'aiment on ne serait pas là ce soir. Je ne devrais même pas être en vie Wade, dit-elle en désignant son cou d'un geste de la main.
- Ne dis pas des choses pareilles Kate, s'exclama le jeune homme en lui attrapant la main. Ecoutes moi… Ce qui devait arriver est arrivé et tu ne peux pas t'en vouloir éternellement et arrêter de vivre ! »
Elle voulut le contredire mais il l'interrompit d'un geste de la main. Lui serrant la main, il la fixa dans les yeux et lui dit d'une voix douce :
« - Kate, tu crois que c'est ce que Damien aurait voulut ? »
Comme il l'avait prédit elle se crispa. Il lui massa doucement la main pour essayer de la détendre. Elle semblait réfléchir à la question.
« - Pas besoin de réfléchir, poursuivit-il en répondant à sa propre question. Je sais qu'il n'aurait pas voulut que tu te refermes comme ça sur toi. Il aurait voulut que tu continues ce que vous aviez commencé ensemble avec Alice. Et c'est ce qu'on va faire ce soir et tu vas nous accompagner... Je sais que tu as peur Kate. Je le comprends très bien. Mais je t'assure, je te promets, que tout se passeras bien. Je suis là pour te protéger. »
Devant son insistance et ses arguments Kate n'eut d'autre choix que de capituler. Elle savait qu'il avait raison et que Damien lui en aurait certainement voulut d'avoir ainsi abandonné leur passion commune. Elle hocha doucement la tête.
« - Tu as raison, dit-elle. Je vais le faire mais c'est dur, je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur.
- Je sais mais je suis là d'accord. Je vais t'accompagner et on va faire ça ensemble, avec Alice. Je suis sûr que tu vas très bien t'en sortir, comme toujours. Tu te souviens de votre premier concert pour un concours ? Tu étais morte de peur aussi et pourtant vous avez gagné. Tu vas y arriver. »
Kate sourit à l'évocation de ce souvenir. C'était vrai que ce jour là elle avait été à deux doigts d'abandonner parce que à l'époque pas grand monde ne croyait en eux ne serait-ce que parce que un groupe avec deux filles n'étaient pas un vrai groupe de rock aux yeux de tous les adolescents du coin. Et pourtant ils étaient montés sur scènes et leur avaient prouvé qu'il ne fallait pas être un garçon pour savoir jouer de la guitare et de la batterie comme un groupe de rock. Bien décidée à vaincre ses démons et à prouver aux gens qu'elle était capable de remonter sur scène elle se leva. Son équilibre n'était pas encore tout à fait redevenu normal mais elle se sentait suffisamment bien pour marcher sans avoir à s'appuyer sur quelqu'un. Elle conserva cependant la main de Wade dans la sienne parce que cela l'aidait terriblement à se rassurer et à se calmer. Elle essayait le plus possible d'ignorer les cris de la foule qui s'étendait un peu plus loin et remercia silencieusement le Docteur de lui avoir apporté la bio-bague qu'elle portait car sans elle elle aurait sans doute finit à l'hôpital voire pire.
Le Docteur vit Kate et Wade s'approcher main dans la main. La jeune femme semblait éprouvée mais déterminée. Il avait eu du mal à ne pas se précipiter vers le couple lorsqu'il l'avait vu en larmes mais il avait sentit que c'était un mal nécessaire si elle voulait réussir à monter sur scène. Qui plus est le jeune homme qui l'accompagnait semblait suffisamment bien la connaitre pour savoir comment la convaincre d'aller mieux. Il les accueillit donc avec un léger sourire auquel Kate tenta de répondre sans trop de succès.
« - Docteur, je vous présente Wade Sander, un ami et le cousin de Damien… Wade, voici le Docteur, un… ami avec lequel j'ai… voyagé l'an dernier.
- Enchanté, répondit Wade en serrant la main du Docteur. Je crois effectivement qu'Alice m'as parlé de vous.
- Enchanté également, dit le Docteur. Malheureusement je ne peux pas en dire autant de Kate.
- Bien, s'exclama Kate en fusillant le Docteur du regard pendant que Wade lui lançait un regard déconcerté, si on y allait avant que je ne change encore d'avis. »
Les deux hommes acquiescèrent et le trio se remit à marcher doucement en direction du parc. Kate n'avait pas lâché la main de Wade qu'elle serrait de plus en plus fort à mesure qu'ils approchaient et le Docteur marchait tranquillement à côté d'eux en les observant du coin de l'œil. Il sentait qu'un lien fort les unissait, certainement plus fort qu'eux même s'en rendait compte pour le moment. Il espérait qu'ils le remarqueraient avant que ce ne soit trop tard. A mesure qu'ils avançaient Kate semblait vouloir disparaitre de plus en plus. Elle baissa la tête et regarda fixement le sol, se laissant guider par les deux hommes autour d'elle. Elle entendait les murmures des gens qui les croisaient et reconnaissaient Wade en se demandant qui pouvaient être les deux personnes l'accompagnant. Elle se serra un peu plus contre lui et il serra un moment sa main pour lui donner du courage. Ils arrivèrent enfin dans les tentes qui servaient de loge improvisées et Kate y fut accueillie par Alice qui lui sauta au cou.
« - Alice… Tu m'étouffes, parvint tant bien que mal à prononcer Kate.
- Oh, pardon, s'exclama Alice en la relâchant, mais je me faisais tellement de soucis, c'est pour ça que j'ai envoyé Wade te chercher. Je suis contente que tu sois enfin arrivée ! Tu as amené ton matériel ?
- Oui, répondit Kate en désignant les sacs que le Docteur et elle avaient posés à l'entrée de la tente.
- Parfait, on va installer ça. C'est à nous dans 20 minutes à peu près. Ca ira ?
- Heu… Oui… Oui, je crois.
- D'accord, je te laisse alors, je vais me préparer. »
Alice la serra une nouvelle fois dans ses bras puis s'en alla vers une autre tente. Kate la regarda faire envieuse de l'apparent calme qu'arboraient ses deux amis. Wade se rapprocha d'elle et posa sa main sur son épaule. Elle se laissa aller contre lui et ferma les yeux une minute, respirant calmement dans l'espoir de calmer ses émotions.
« - Merci Wade, souffla-t-elle, toi aussi tu peux aller te préparer si tu veux.
- Tu es sûre que ça ira ?
- Oui, ne t'inquiète pas. Je dois parler au Docteur de toute façon. »
Wade hocha la tête, la serra doucement dans ses bras et déposa un léger baiser sur sa joue puis s'en alla laissant le Docteur et Kate seuls. Elle alla s'asseoir sur une chaise à proximité et le Docteur la rejoint. Il remarqua qu'elle s'était remise à trembler et se douta qu'elle avait dut faire en sorte de ne rien laisser paraitre aux yeux d'Alice et de Wade. Elle avait voulut leur faire croire qu'elle allait bien pour ne pas les inquiéter. Il approcha une deuxième chaise d'elle et s'assit.
« - Kate, ça va ?
- Pour être honnête ? Pas vraiment. Regardez comme j'ai les mains qui tremblent… Et sans compter ce satané mal de tête, dit-elle en se frottant les tempes.
- Pourquoi vous ne me l'avez pas dit avant, s'exclama le Docteur. Je pense que ça doit être la bio-bague. Elle vous permet de ne pas « entendre » les pensées des gens consciemment mais votre cerveau, lui, les perçoit toujours… Je suis désolé, j'aurais dût penser à ça…
- Ce n'est pas grave, c'est toujours mieux que d'avoir les pensées de tous les gens autour de moi dans ma tête, même si je commençais à m'y habituer. Je peux gérer un mal de tête. Mieux que mes émotions en tout cas, dit-elle en continuant de fixer ses doigts tremblants et en essayant de les convaincre d'arrêter leur mouvement.
- Je pourrais peut-être vous aider, proposa le Docteur alors que Kate levait un regard étonné vers lui.
- Comment ?
- Vous vous souvenez ce qui s'est passé à notre première rencontre à Barry ? Je pourrais essayer de faire un peu pareil et vous aider à vous détendre et à « oublier » la douleur en quelque sorte.
- C'est vrai, demanda Kate d'une voix remplie d'espoir.
- Je ne promets pas que ça marcheras mais on peut essayer.
- Que dois-je faire ? »
Le Docteur lui expliqua qu'elle n'avait qu'à rester tranquillement assise à essayer de se détendre pendant qu'il se servait de ses capacités télépathiques pour, en quelque sorte, manipuler son cerveau et le convaincre de se calmer. Il en profiterait également pour essayer de bloquer les signaux de douleur qui créaient son mal de tête. Elle s'était donc assise et avait fermé les yeux, ralentissant sa respiration comme elle l'avait lut dans un de ses livres de méditation. Le Docteur posa les mains sur ses tempes et ferma à son tour les yeux pour se concentrer. Doucement, il réussit à faire ce qu'il voulait et une dizaine de minutes plus tard il rouvrit les yeux pour trouver une Kate qui avait l'air plus détendue. Ses muscles étaient déjà nettement moins tendus et elle avait cessé de trembler. Elle soupira avant d'ouvrir à son tour les yeux et de lui sourire. Elle le serra dans ses bras et lui dit :
« - Merci Docteur ! Je me sens beaucoup mieux.
- Je ne sais pas combien de temps ça va durer, la prévint-il. Je n'avais jamais fait ça auparavant.
- Ce n'est pas grave si ça ne dure pas. Je ne sais pas comment vous remercier Docteur. Vous avez fait tellement pour moi alors que rien ne vous y obligeait. Je ne comprendrais jamais pourquoi.
- Vous n'avez pas besoin de me remercier. Je veux juste vous voir heureuse. »
Kate voulut lui répondre mais elle fut interrompue par Alice qui venait la chercher pour monter sur scène. Elle se retourna vers le Docteur l'air stressé et celui-ci l'encouragea d'un signe de tête.
« - J'arrive, répondit Kate. Docteur, vous restez ?
- Avec plaisir, répondit celui-ci. Il est temps d'admirer le fruit de notre travail. »
Kate lui lança un sourire un peu crispé, pris une grande inspiration puis se dirigea vers Alice et Wade qui l'attendaient patiemment. Tous les trois se dirigèrent main dans la main vers la scène et après une dernière embrassade montèrent l'escalier y menant. Kate passa la dernière, restant un moment à la frontière de la scène, respirant profondément, luttant une nouvelle fois contre l'envie du fuir. Elle se tourna vers le Docteur qui lui adressa un sourire puis s'avança vers sa guitare, la ramassa et se tourna vers ses deux amis qui l'observaient, attendant qu'elle soit prête. Leur adressant un signe de la tête puis fermant les yeux, elle commença à jouer leur première chanson.
Alors, vous avez aimé ou pas ? J'avoue être très fan de Wade et pourtant il était pas du tout prévu dans l'histoire mais il s'est un peu invité tout seul.
Voilà, j'ai hâte d'avoir vos avis !
