La salle commune des Serpentards était bondée mais pas un bruit ne se laissait entendre hormis la voix sèche du professeur Rogue, qui avait réuni tous ses élèves et se tenait droit devant la cheminée.

Il avait commencé un laïus moralisateur interminable tandis que tout le monde le suivait des yeux dans ses aller-retours autour du groupe d'élèves. Rogue avait fait disparaître les canapés, les fauteuils, les chaises et les tables d'un coup de baguette à son arrivée. Aussi, chacun se tenait-il debout, s'efforçant de ne pas l'air trop détendu. Quelques petits première année, devant, devaient lutter contre la fatigue malgré leurs paupières qui se fermaient.

Debout à l'avant-dernier rang, Jeanne n'écoutait que d'une oreille, les mains dans les poches de sa robe, elle tripotait distraitement le badge arraché et l'insigne qu'elle n'avait pas eu le temps de recoudre.

Les Serdaigles et les Poufsouffles devaient être morts de peur et en train de se faire passer un beau savon par leurs directeurs de maison. Les Gryffondors, eux, devaient être en train de conspirer contre les Serpentards, persuadés de connaître l'identité de l'auteur de la gravure sur le mur. McGonagall devait en avoir déjà fini avec eux. Elle était si laxiste avec ses chers petits Gryffondors...

Si vous savez quoi que ce soit à propos de l'auteur de ce message, venez m'en parler, dit Rogue. N'ayez pas peur des représailles parce que je vous garantis que qui que ce soit, cette personne va passer un sale quart d'heure.

Tout en disant cela, Rogue avait promené son regard sur les soixante-dix élèves qui se tenaient devant lui. Lorsqu'il avait regardé Jeanne, elle s'était efforcée de ne pas avoir l'air trop satisfaite, ou trop coupable. Mais quelque chose dans l'imperceptible expression qui changea dans le regard du professeur lui fournit la certitude qu'il la soupçonnait malgré son discours feignant l'incertitude.

Après le départ de Rogue, plusieurs personnes avaient ricané bêtement et d'autres s'étaient réunies en petits groupes autour des tables et canapés de retour à leurs places.

Mindy affirma à ses amis :

En tout cas, je vous garantis que qui que ce soit, cette personne a toutes mes félicitations !

Et tous partirent d'un grand rire. Ils ne remarquèrent même pas Jeanne qui passait à côté d'eux pour aller dans le dortoir.

Là, elle s'assit sur son lit avant de remarquer un morceau de parchemin posé sur son oreiller. Elle s'en saisit et l'examina à la lumière blafarde des torches qui encadraient son lit. Quelques mots y étaient inscrits, d'une écriture fine et serrée.

« Jeudi soir à dix-huit heures, dans mon bureau. Pr Rogue »

Jeanne tira la langue au morceau de parchemin avant de le froisser et d'y mettre le feu.

Il avait vraiment un problème. Pourquoi s'acharner sur elle comme ça ?

Avec un soupir, Jeanne posa sa baguette sur sa table de nuit et se changea, pressée de se coucher.

Tu sais quoi ? Je parie que ce n'est même pas un Serpentard ! Fit la voix chantonnante de Lil, qui venait de rentrer dans le dortoir avec Victoria.

Lorsqu'elle vit Jeanne émerger du baldaquin, elle rit un instant avant de lui demander :

Et toi, qu'est-ce que tu en penses ?

Euh... Qu'est-ce que je pense de quoi ? Demanda Jeanne, un peu perdue.

De l'inscription ! Au-dessus de la salle commune de Gryffondors !

Lil, de concert avec Victoria, pouffa à nouveau. Elle semblait ne pas en croire ses oreilles et, tout comme bon nombre de ses condisciples, disposée à vouer un culte à l'auteur de ce gribouillage.

Contrairement à ce qu'elle aurait cru, Jeanne n'avait même pas envie de leur chuchoter à l'oreille qu'en vérité, elle était à l'origine de tout ce remue-ménage. Non, c'était bien plus intéressant ainsi, à les regarder tous se pâmer d'admiration et se demander qui avait bien pu faire ça.

Mais finalement peu importait ! Elle avait fait cela pour blesser les Gryffondors, c'était chose faite.

Eh bien... Je ne sais pas trop. C'est bizarre, vous ne trouvez pas ? Il ne s'est rien passé de spécial, dernièrement entre nous et eux. Et paf ! Ca apparaît comme ça !

Elle prit un air pensif avant de conclure :

Tu as peut-être raison... C'est sûrement quelqu'un d'autre.

Satisfaite de voir son idée approuvée par quelqu'un d'autre, Lil sourit avant poursuivre ses commérages.