Salut, désolée pour ce retard. Ce chapitre est le dernier que j'ai écrit avant le début des vacances. Maintenant je n'en ai plus en réserve. Raison de plus pour m'y mettre franchement et aller jusqu'au bout ! J'ai vraiment envie de conclure cette histoire. Mine de rien je m'y suis drôlement attachée. :)
Bonne lecture.


9.

L'odeur des aliments grillés s'élevait dans les rues, suave et tentatrice. Les passants défilaient entre Neji et Tenten, nombreux et dynamiques. Un petit garçon heurta brièvement Tenten et une deuxième fois elle dut s'écarter pour laisser passer une femme en bicyclette. La rue, éclairée par des guirlandes de loupiotes, avait un goût de fin de soirée irréelle. Comme s'ils entraient dans une autre dimension. Peut-être était-ce aussi ce qu'ils ressentaient après tant d'épreuves aujourd'hui. Leur équilibre s'était fracturé.

- Tu ne veux pas manger quelque chose ? demanda Tenten.

Neji s'arrêta de marcher mais ne répondit rien.

- Je ne sais pas si je peux, lâcha-t-il finalement en la regardant.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Rien, s'agaça-t-il, comme s'il regrettait ce qu'il avait dit -ou qu'elle ne devine pas par elle-même.
- Mais... Neji ! s'écria-t-elle derrière lui en élevant ses bras de consternation.

Il se retourna à nouveau vers Tenten tandis que les passants défilaient entre eux, et garda son regard fixé sur elle tout du long de l'échange silencieux.

- Pas longtemps alors, céda-t-il finalement en ouvrant à peine la bouche.

À ce moment, des enfants se poursuivirent à côté d'eux et leurs cris dépassa la réponse de Neji. Tenten essaya de se frayer un chemin tout en lui demandant de répéter. Son coéquipier lui fit un signe de la tête vers le petit restaurant à côté d'eux et ils s'y dirigèrent.
Parvenus côte à côte, ils s'installèrent sur les tabourets.

- Bonsoir, fit l'homme en tablier. Qu'est-ce que je vous sers ?
- Alors... réfléchit à peine Tenten, les boulettes quatre saisons, accompagnées de riz, et puis de votre sauce au curry. Et hm... Vous avez du sablé au caramel et au gingembre ?
- Bien sûr. Hmm... et un sablé. Ok, c'est noté. Rumku ! cria-t-il en passant sa tête par-dessus son épaule. Des boulettes quatre saisons, du curry et un sablé ! Et vous ? demanda-t-il aussitôt à Neji.

Celui-ci garda un silence interminable. L'homme réitéra sa question et Neji regarda avec une légère contrariété les menus, puis Tenten, puis déclara d'une voix qui se voulait assurée -donc froide :

- La même chose.

La réponse miracle.
Tenten n'aurait jamais imaginé que Neji n'avait jamais mangé ici, dans le quartier populaire de Konoha. N'était-il servi qu'aux quatre étoiles ? Ou bien chez lui ? En famille depuis quatorze ans, midi et soir -sauf en cas de missions ?

- Tu verras, c'est bon, lui assura Tenten avec un petit sourire.

Il ne répondit pas mais plaça son menton dans sa paume, l'air dépité.

- Et en boisson, les enfants ? leur cria le patron derrière les rideaux.
- Du saké, répondit autoritairement Neji.

Ils entendirent deux rires tonitruants derrière les rideaux. Neji fit une tête agacée et Tenten s'autorisa un sourire. On leur apporta deux ridicules verres, accompagnés d'un clin d'oeil.

- Vous êtes jeunes mais vous pouvez bien goûter un peu... fit-il d'un ton conspirateur. Je vous fait ça gratuit, c'est votre jour de chance.

Ils ne répondirent rien.

- Jour de chance, hein... commenta évasivement Neji, un sourire au coin.
- Un combat de perdu et un ami à l'hôpital, il sait tout de nous, renchérit Tenten en prenant son verre.

Neji sourit à nouveau et il but la boisson. Ses narines s'arquèrent tout d'abord lorsqu'il approcha le saké de sa bouche, puis, quand le liquide glissa dans sa gorge, une grimace défigura ses traits. Il reposa le verre, le dos droit, la main bien à plat contre le bar, l'air à nouveau impassible.

- Le goût est moins dégueulasse que celui de la défaite, commenta-t-il simplement.
- Oh, j'en attends beaucoup de ce verre alors, répondit Tenten en fixant la boisson.

Les plats arrivèrent à ce moment. Tenten prit une bouchée de sa viande et but une gorgée d'alcool.

- Arr, fit-elle, les larmes aux yeux. Tu m'étonnes que Lee détruise tout après...

Elle ignora les rires des deux restaurateurs qui les avaient regardés avec des yeux curieux. Et voilà qu'elle avait évoqué Lee. Insouciamment. Avec un naturel inconscient. Bon sang. Elle grimaça et se toucha le front.
Neji ne dit rien. Il mangeait son riz en mâchant silencieusement, le regard dans le vague.

- Il nous cause plus de soucis que je n'aurais pensé, marmonna-t-il entre deux bouchées.

Tenten le regarda derrière sa main.

- Ouais. C'est quelqu'un avec qui on s'attache facilement, accorda-t-elle non sans surprise.

Neji finit ses boulettes en moins de deux. Tenten calqua son allura à la sienne, pensant qu'il désirait partir d'ici. Ou peut-être ne trouvait-il pas la nourriture à son goût. Ils finirent leur dessert et payèrent la note.

- Je rentre, signala Neji en partant.
- Attend, Neji !

Il se retourna vers elle, sans ennui, sans agacement, juste... sans expression.

- Heu... Est-ce que ça va ? Malgré le combat d'aujourd'hui...

Il regarda par terre, puis vers elle. L'échange dura, à nouveau, une éternité, jusqu'à ce qu'il ouvre la bouche.

- Je me sens libre.

Et il sourit.

Tenten se fit heurter par un homme en costume cravate. Il lui pria de s'excuser. Elle ne remarqua rien.


Une semaine plus tard, Lee conseillait à Shikamaru, Shôji, Kiba et Naruto de prendre Neji dans leur équipe pour retrouver et récupérer Sasuke.

Neji avait passé la semaine à s'entraîner avec Tenten mais, surtout, avec son oncle et Hinata. Le changement brutal qui s'était opéré entre les trois protagonistes, après les révélations de l'oncle, était des plus prodigieux. Neji souriait dorénavant ouvertement à Hinata, discutant avec elle comme si rien ne les avait jamais séparés, ni destin, ni Sokke, ni Bunke, ni privilèges. Ils se retrouvaient en tant que cousins, frères, et la paix semblait un terrain fertile sur lequel s'appuyer pour s'élever à nouveau.
Et Neji, dans tout ça, s'entraînait sans fin. Il voulait devenir toujours plus fort. Ne plus connaître aucune défaite. Son ardeur ressemblait pour une fois à celle qu'avait démontrée Lee. Elle était inépuisable, source de douleur, mais aussi de satisfaction. Et, surtout, Neji continuait de se perfectionner de jours en jours, comme si son talent avait une lointaine résonance, une limite malléable et repoussable.
Les voir partir en mission décida Lee à passer son opération. Tsunade-sama laissa son bureau aux mains de Shizune et s'enferma en salle d'opération intensive 5 avec plusieurs shuunins spécialisés dans les soins médicaux.
Gai fut envoyé dans le même temps en mission -en bonne partie pour l'éloigner de Lee. Cette décision était un risque à prendre, car Gai pouvait ne pas être assez vigilant durant la mission. Mais c'était un juunin, et il avait des années d'expériences derrière lui. Il saurait se prendre en main, du moins l'espérait-on.

Et Tenten demeura à Konoha, étant de trop pour la mission de Shikamaru, inutile pour l'opération de Lee et trop faible pour la mission de Gai-sensei.
Mais elle n'en tira aucun déshonneur, ou quoi que ce soit d'autre. Pour la première fois, elle passait du temps avec les filles ninjas du village. À vrai dire, la paix instaurée dans la famille Hyûga avait permis le rapprochement entre Tenten et Hinata, et il existait entre elles un lien tangible qui les firent s'accepter l'une et l'autre sans même s'en apercevoir -et quand ce fut fait, leur amitié avait déjà pris une dimension qui les dépassait.
Ce fut plus difficile pour Tenten, Sakura et Ino. Rétrospectivement, Tenten peinait encore à dire si les deux amies et rivales d'enfance accordaient vraiment de l'importance à la konoichi aux macarons. Hinata était pure, franche et sans tromperie, à l'image de son amitié et de sa confiance. Tenten préférait cette personnalité plutôt que la force de caractère des deux autres, mise au service des mensonges et des histoires complexes tissées entre Sasuke, Naruto et elles-deux. À vrai dire, elle avait l'impression d'être de trop dans cette enfilade de relations, voire de trop dans Konoha-même à force de voir le village tourné vers Sasuke et Naruto.
Ce fut l'une des raisons pour laquelle Tenten se détourna quelques temps de sa vie de ninja. Elle limita ses séances d'entrainement, sauf lorsqu'Hinata se joignait à elle, et se consacra à d'autres aspects, tels que la disparition de son père et de Jimrû. De façon similaire, Machiwa devint plus présent ces temps-ci et ils se promenaient et évoluaient dans la ville dans une franche amitié. Ce devint une véritable bulle d'air frais que Tenten accueillit non sans soulagement.

Ils passaient notamment beaucoup de temps à la bibliothèque. Machiwa s'imprégnait des mémoires de toutes sortes, ignorant complètement la dimension fictive que d'autres romans pouvaient lui apporter. Il cherchait le vrai. Ce qui venait du coeur, du sang et de l'effort. Machiwa transpirait sous tous ces témoignages et sa tête était pleine de mots, de sentiments et de délires qui le changeaient sans qu'il s'en rende compte.
Tenten, accroupie, triait les archives de journaux. Elle cherchait un quelconque indice sur ce jour où son père et le maître d'armes s'étaient disputés. Peine perdue, sa famille n'était pas assez connue pour être évoquée. Le seul petit article qu'elle trouvait parlait seulement d'une étrange disparition et sommait la vigilance chez les villageois du coin, articulant une description évasive, ce qui n'était pas pour aider la recherche.
Et puis après, lorsqu'ils en avaient assez, Tenten et Machiwa sortaient dans les rues.

Ils se retrouvaient souvent ensemble dans le parc de Konoha qui comprenait une multitude d'escaliers en bois, enfouis sous les arbres et insérés entre les immeubles. Ils s'assirent sur un pont où pas une seule maison n'était visible. Tenten se sentit à nouveau chez elle, ce qui libéra la tension de ses muscles et de son esprit.

- Elle a l'air gentille la fille avait qui tu passes du temps, disait Machiwa en regardant le cours d'eau.
- Hinata ? Ouais, lorsqu'elle est mise en confiance, cette fille devient l'une des personnes les plus attachantes qu'il soit, sourit Tenten.
- J'aimerais bien la rencontrer, soutint Mahciwa en hochant la tête. Je suis sûr qu'elle a beaucoup à m'apporter si je veux écrire sur les ninjas.
- Pourquoi ? demanda avec surprise Tenten en le regardant dans les yeux.
- Je sais pas. Elle m'a l'air tellement... banale, timide. Elle n'est pas de la même trempe que vous -enfin, on dirait.
- C'est assez horrible ce que tu dis là.
- Non c'est pas... C'est pas ce que j'ai voulu...

Un court silence s'installa.

- Elle a beaucoup de force de caractère. C'est juste son manque de confiance qui la vampirise. Mais je crois que Naruto est un véritable modèle pour elle. Je crois qu'elle apprend beaucoup de lui, déclara Tenten d'une voix posée.

Il la regarda avec intensité et hocha la tête.

- Ca confirme mon envie d'écrire sur les ninjas. Et aussi sur toi. Surtout sur toi.

Le pied de Tenten se figea en plein mouvement, se balançant mollement l'instant d'avant au-dessus du cours d'eau. Son regard se tourna lentement vers son ami.

- Il y a des ninjas plus intéressants à Konoha. Tu ne te feras pas connaître si tu commences par un ninja sans importance, trancha Tenten.
- Mais c'est toi qui m'intéresse, insista Machiwa en posant sa main sur le bras de son amie.
- Jusqu'à ce que tu découvres que tu n'as plus rien à écrire au bout de deux chapitres, conclut froidement Tenten en se levant.

Machiwa se leva aussitôt.

- Dis pas ça. Arrête de te dénigrer.
- Me dénigrer ? répéta Tenten avec un rire mauvais.
- Arrête ! Arrête ! s'écria Machiwa. Tu n'as jamais été une fille comme ça avant, à te comparer aux autres, à t'évaluer aux autres. Tu n'étais pas là, mauvaise, tranchante... je sais pas. T'es devenue tellement bizarre...

Elle se détourna de lui.

- Et tu ne fuyais pas quand la vérité te claquait au visage, conclut Machiwa d'une voix basse.

Le dos de Tenten se raidit. Elle croisa ses bras sur sa poitrine. Sa voix était comme décomposée lorsqu'elle parla.

- ...Qu'est-ce que t'en sais ?

Machiwa s'avança contre elle mais ne la toucha pas.

- Ce serait stupide non ? ...de ne plus se reconnaître. Comme ça, du jour au lendemain. Ce serait stupide.

Il pouvait sentir l'odeur de ses cheveux. Il pouvait pencher sa tête et baiser sa nuque blanche. Il pouvait ouvrir ses bras et la serrer contre elle. Mais il n'en fit rien.

- Affirme-toi alors, avant de disparaître complètement.

Elle l'entendit s'éloigner, puis le silence remplaça sa présence.


x chap.9