Chapitre 9 :
Le monde des humains :
La nuit était à présent totale et l'obscurité était maître de toutes les terres du vieux temple. Toya avait allumé les bougies du salon principal, celui qui donnait sur ce cerisier vieux de plusieurs siècles. Il avait également ouvert toutes les portes de ce sanctuaire afin que tous puissent se joindre à leur quête. Au plus profond de lui, il mourait d'envie de s'en aller, mais il ne pouvait pas fuir car Mikaru avait besoin de lui mais surtout parce qu'il était le futur grand prêtre de ce temple. Ce sabre maudit était sous sa responsabilité, même si c'était Jun qui le gardait pour le moment. D'ailleurs, l'adolescent aux cheveux roses sortit l'arme de l'étui à guitare qu'il avait emmené avec lui afin de transporter l'objet maudit en toute quiétude et sans attirer l'attention sur lui.
« Tu crois que l'Enfer existe vraiment ? Demanda nerveusement Toya. »
Jun qui était encore accroupi devant l'étui ouvert, releva la tête et lui adressa un regard surpris.
« C'est fou quand même, continua Toya avec un léger sourire. On va aller en Enfer. On y va et on sait même pas si Mikaru est vraiment là bas. Et puis, on a pas vérifié chez lui.
- Eh bien, vois ça comme une grande aventure, déclara Jun en se relevant. »
Toya lui adressa un regard étonné auquelle Jun répondit fièrement :
« C'est excitant quand même ? On se retrouve dans une histoire de dingue ! C'est quand même vachement mieux qu'aller en cours ? De toute façon, c'est trop tard. On ne peut quand même pas laisser ces types s'emparer de ton sabre. Et sois sûr qu'avec moi, il est entre de bonnes mains. »
Un sourire se dessina sur les lèvres de Toya. Jun avait toujours su trouver les mots. Il venait de faire ce que Toya lui avait fait quelques heures plus tôt. Il venait d'effacer le doute et la crainte qui s'étaient installés au plus profond de son âme.
« Tu vois ! Je t'avais dis qu'ils seraient là ! S'exclama Hyde en entrant dans le salon principal. »
Kaz ne répondit pas à sa remarque et entra à son tour. Il fixa un moment les deux adolescents avant de lâcher un court soupir et de leur dire :
« Vous auriez mieux fait de rester chez vous.
- Si on avait fait ça, vous n'auriez pas eu ce sabre, rétorqua Jun en le brandissant.
- Et puis le démon a dit qu'on devait être là tous les cinq, ajouta Toya.
- C'est vrai ça, soupira Hyde. Tiens, d'ailleurs, il est où le prof ?
- Il ne devrait pas tarder, répondit Jun. Du moins, je l'espère, ajouta-t-il à voix basse.
- De toute façon, on ne peut rien faire d'autre que l'attendre, rétorqua Hyde en s'asseyant sur le sol après avoir posé son sac. »
*
« Oh ! C'est vous ! S'exclama Reita. Je vous en pris. »
Le jeune homme s'effaça de la porte d'entrée et fit signe à leur invité de le suivre jusqu'au salon où il lui servit une bière fraiche tout en continuant ainsi :
« Il n'y pas grand monde à la maison ce soir. Jun est chez Toya. Quant à Yuzu, elle est sortie boire un verre avec ses copines. Papa doit être dans le coin. Vous connaissez la maison, je vous laisse faire. En fait, je dois aller arroser les plantes pour la boutique. Elles profitent mieux de l'eau à la tombée de la nuit. C'est le moment idéal pour leur donner à boire. C'est en tout cas ce que maman disait toujours.
- C'est vrai, murmura l'autre avec un léger sourire.
- Bon moi je parle je parle, mais il faut que je vous laisse, déclara Reita. Passez une bonne soirée, Sensei ! »
Le plus vieux acquiesça tout en suivant des yeux Reita qui quitta le salon pour le hall d'entrée où il mit ses baskets avant de s'en aller pour rejoindre leur serre. Une fois seul dans le salon, le brun poussa un profond soupir puis se leva et marcha vers la chambre de Jun dont la porte était restée ouverte. Il connaissait parfaitement les lieux pour être un vieil ami de la famille. Il connaissait également parfaitement cet ami à qui il rendait visite cette nuit. Il savait donc où il le trouverait.
La chambre de Jun ressemblait à toutes celles des adolescents de son âge. Il y avait un lit tout près de la fenêtre qui donnait sur un bout de jardin d'où on pouvait apercevoir la rue. Les rideaux étaient de couleur claire tout comme les murs sur lesquels deux posters se battaient en duel. L'armoire murale était entrouverte et des couvertures en dépassaient légèrement. Sur le bureau, il n'y avait pas grand chose à part un ordinateur portable et un bouquin posé là par négligeance. Au pied de la table de chevet étaient entassés les derniers CD à la mode. En somme, rien d'extraordinaire et rien qui ne méritait d'attirer son attention si ce n'était cette ombre assise sur le lit soigneusement fait.
« Bonsoir, murmura le visiteur en s'appuyant contre le chambranle de la porte.
- Bonsoir, soupira Taiji en portant sa bière à ses lèvres. »
L'autre l'imita et but une autre gorgée de bière tout en gardant les yeux posés sur son ami.
« Je suis venu te dire au revoir.
- C'est faux, rétorqua Taiji avec un léger sourire. Tu es venu me dire de ne pas m'inquiéter.
- Et toi tu vas me répondre que tu n'es pas inquiet. Mais si ce n'était pas le cas, tu ne serais pas dans cette chambre.
- C'est vrai, fit Taiji en retenant un petit rire nerveux.
- Je te le ramènerai vivant, déclara l'autre d'une voix calme, posée mais ferme.
- Attention, c'est une promesse.
- Je tiens toujours mes promesses Taiji.
- Alors je comptes sur toi Toshi. Veilles sur Jun et rammènes-le moi en un seul morceau. »
OoOoO
Les Enfers :
Il posa sa main contre le verre et s'en rapprocha un peu plus, comme s'il aurait voulu le traverser. Sa respiration tâcha la surface transparente et il observa un moment la buée qu'il avait fait apparaître avant que son regard ne soit à nouveau attiré par cet éphèbe assis au milieu de ses plantes et de ses petits animaux. Ces créatures n'étaient en aucun cas originaires des Enfers. Elles étaient trop belles, trop pures pour être natives d'un tel lieu. Ce tableau le fit sourire. Il avait l'impression qu'au delà de ce mur de verre, se trouvait le légendaire jardin d'Eden. Si ce n'était pas lui, cela y ressemblait beaucoup. Peut-être parce qu'un ange était assis au milieu de ces merveilles. Il s'agissait d'une magnifique créature aux ailes blanches et aux cheveux de couleur cuivre. Son regard était doux, tout comme son sourire avait quelque chose d'apaisant. Tout ceci était trop beau pour être réel. Il le savait et c'était pour cela qu'il aimait regarder cette image vivante sans jamais la toucher vraiment de peur de la souiller.
Une respiration lui chatouilla l'oreille. Hakuei frémit de dégoût tout en fermant lentement les yeux. Une seule créature au monde était capable de lui inspirer un tel sentiment et cet homme portait le nom de la mort bien que cette dernière ait toujours refusé de l'embrasser.
« On croirait un ange, murmura Die alors qu'un large sourire se dessinait sur ses lèvres.
- Ç'en est un, répondit simplement le démon.
- Théoriquement non.
- Peut-être, mais à mes yeux si, rétorqua Hakuei.
- Oui, je comprends. En tout cas je me demande bien ce qui a pu lui arriver il y a quatre siècles.
- Nous nous posons tous la question mais seul Raphael en connait la réponse.
- Vas-tu tenter de lui arracher son secret ?
- Non.
- Je vois. Tant qu'il reste dans cet état, il a besoin de toi.
- Si tu n'as rien d'autre à faire, vas donc lécher les bottes de Satan ! S'énerva Hakuei.
- Oh ! Mais je ne faisais que tenter d'être aimable. Enfin, je te laisse. Je me trouverai sûrement un autre camarade de jeu plus social.
- C'est cela. Vas donc t'acheter des amis, Die ! »
L'autre se contenta de rire à la remarque tout en s'en allant. Hakuei le regarda faire du coin de l'oeil avant de reposer les yeux sur l'ange assis au milieu de son parterre de fleur. Lorsque leurs regards se croisèrent, le démon se troubla légèrement avant de répondre à son sourire qui était bien évidement une invitation. Sans hésiter, Hakuei entra dans la serre pour rejoindre son bel ange.
Il y faisait bon. L'air y était doux. Une lumière artificielle brillait dans une immitation de ciel. C'était un cadre divin pour le plus beau des anges. Ce dernier était assis sur l'herbe au milieu de fleurs sauvages et autres plantes. Il serrait dans ses bras un chiot alors que d'autres petits animaux jouaient à ses côtés. Lorsque Hakuei s'approcha d'eux, ils ne prirent pas la fuite car ils savaient que le démon ne leur ferait pas de mal. Hakuei posa un genou à terre tout en tendant une main vers son ange. Du bout des doigts, il lui caressa la joue et l'autre ferma les yeux tout en savourant cette chaste marque d'affection.
« Tu te sens mieux ? Demanda le démon d'une voix très douce.
- Oui, la crise est finie depuis un petit moment. Merci Hakuei.
- Ne me remercie pas.
- Si. Tu fais tellement pour moi. Tu... tu as fait construire cette serre pour moi. Tu fais en sorte que les autres ne s'en approchent pas.
- Cette serre existait bien avant et tu le sais très bien. Je l'ai juste un peu bricolée pour la rendre plus agréable à tes nouveaux goûts.
- C'est vrai, celle que je possédais avant n'était composée que de plantes carnivores ou vénéneuses. Elle reflétait la noirceur de mon âme. Alors laisses-moi encore te remercier Hakuei, déclara-t-il en lui prenant la main pour la serrer tendrement. Laisses-moi te remercier de prendre autant soin de moi et de ne pas les laisser me traiter comme un rat de laboratoire.
- Je te jure que tu ne finiras pas dans un laboratoire de recherche. Sur ce point, Satan est d'accord avec moi. Alors ne t'en fais pas. Tout ira pour le mieux. Et tu sais à quel point Satan ne tient pas à ce qu'on découvre l'origine de ton mal.
- Oui. Le seul détenteur de ce secret c'est Raphael, murmura l'ange avec un léger sourire. Empêches-moi de le tuer s'il te plait. J'ai peur de finir par le faire lors d'une crise de folie.
- Ne t'en fais pas, je veillerai sur toi.
- Il me reste encore quelques heures avant de redevenir comme avant. Sauf si encore une fois je reste plus longtemps que prévu sous cette forme. Plus le temps passe et plus mon côté angélique prend le dessus sur le mal qui ronge mon cœur. Malheureusement, l'effet secondaire est celui que tu connais. À chaque retour à l'état démoniaque, je perds un peu plus la raison... Et j'ai si peur de commettre l'irréparable... Il faut que tu m'en empêches. Hakuei, je compte sur ton amitié. Si jamais je vais trop loin, n'hésite pas à m'achever car je serai bien capable de dépasser certaines limites que même un démon ne doit pas franchir.
- Ne t'en fais pas, je resterai toujours à tes côtés, déclara Hakuei en le serrant dans ses bras. Alors profites des ces quelques heures de répis avant de redevenir un démon.
- Merci, répondit l'autre en se blottissant dans ses bras. Tu es le seul démon vers qui je peux me tourner puisque hide n'est plus de ce monde. Tu es le seul ami qu'il me reste. Alors ne m'abandonne jamais Hakuei.
- Tu peux te reposer maintenant. Je te réveillerai lorsque tes ailes et tes cheveux commenceront à noircir. Alors dors sans crainte Sugizo. Je veille sur toi car je serais toujours là pour toi mon ange, murmura Hakuei en déposant un baiser à la commissure de ses lèvres. »
*
« Cerbère ! Cerbère ! Il est où le chien-chien ? J'ai un bon gros nonos pour toi ! Allez viens le chien ! Viens voir tonton ! »
Au loin, un hurlement retentit. Il tenait bien plus du loup que du chien. Il était d'ailleurs tellement effrayant que toute créature se trouvant dans les environs ne pensa qu'à fuir en entendant arriver le seigneur gardien des portes de l'Enfer. Il s'agissait d'une créature surpuissante pourvue de trois têtes si on croyait la légende. Quoiqu'il en soit, ce monstre sanguinaire n'était autre qu'un fidèle serviteur de Satan dont l'unique but était de protéger l'entrée du Royaume de son maître.
« Je suis pas un chien ! Hurla Cerbère en arrivant comme une furie sur lui avec sans doute comme idée de lui mettre son poing dans la figure. »
Die fit un pas en arrière et évita le coup de poing qui, prit en pleine figure, lui aurait très certainement fait mordre la poussière. Cela dit, celui qui se retrouva étalé de tout son long sur le sol fut Cerbère. En effet, il n'avait absolument pas prévu que Die éviterait son légendaire coup de poing assassin, de ce fait il s'en trouva déséquilibré et tomba tout naturellement grace aux lois de la gravité.
« Mon pauvre Cerbère, la vie au grand air ne te réussit pas, soupira Die en s'accroupissant à côté de lui avant de lui caressait amicalement les cheveux.
- Je vais te buter Die si tu continues de me traiter comme un chien, grogna Cerbère.
- Pourtant, c'est toi le chien fou des Enfers, non ?
- C'est un surnom, pauvre con ! Tu crois que je ressemble à un cabot ?
- Oui bon, on va pas chipoter sur les détails. Je vais en venir aux faits, déclara-t-il en s'instalant sur le dos de Cerbère.
- Ah ! Dégage de mon dos ! J'arrive plus à me relever !
- C'est le but, répondit Die en poussant un léger soupir. Si tu te relèves, tu vas vouloir me tuer. Alors écoute-moi jusqu'au bout s'il te plait. J'ai des amis qui ne vont pas tarder à arriver ici alors s'il te plait, soit un bon toutou et laisse-les entrer en Enfer sans les mordres, d'accord ?
- Tu plaisantes ! Si ce sont tes potes, raison de plus pour les étriper ! Tu vas voir ce que je vais en faire de ces petits cons !
- Merci de ta compréhension. Je savais que je pouvais compter sur toi mon brave Cerbère. Bon, c'est pas tout ça mais Satan m'a donné un boulot monstre aujourd'hui ! Alors je reviendrai te donner ta patée plus tard. Sois un bon chien avec mes amis, Cerbère ! »
Sur ces mots, Die se releva d'un bond. Cerbère en profita pour faire de même et alors qu'il s'apprêtait à lui sauter à la gorge, il se rendit compte que l'autre avait déjà disparu, le laissant ainsi seul devant l'imposante porte menant aux Enfers.
« Sale connard de Die ! Un jour j'aurai ta peau ! »
OoOoO
Le monde des humains :
Shou avait achevé sa patrouille dans le monde des humains. Il n'y avait relevé rien d'étrange. Tout semblait normal et il n'avait trouvé aucune trace ni de ce démon infiltré sur terre, ni de l'origine des troubles qu'avaient perçus les ordinateurs de la salle de surveillance. Peut-être était-ce une défaillance du système, mais dans le doute il préférait faire un dernier tour du côté du temple où se trouvait le sabre de feu le générale hide. Une arme maudite que tous craignaient pour une raison bien mystérieuse.
Lorsqu'il arriva non loin du lieu sacré, il y remarqua une certaine agitation. En effet, il y avait de la lumière et un certain nombre d'individus rassemblés dans la pièce principale, celle où reposait le fameux sabre. Intrigué, Shou se rapprocha discrètement du salon principal afin de découvrir ce qui était en train de s'y tramer.
« Il est toujours pas là ! S'écria Hyde.
- J'espère qu'il ne s'est pas perdu, soupira Jun. Le connaissant, il en serait bien capable.
- Ne parle pas de malheur s'il te plait, répliqua Toya. »
Tous étaient nerveux. La perspective de se rendre en Enfer n'était rassurante pour personne surtout avec un démon tel qu'hide comme guide. Malheureusement ils n'avaient pas le choix. Au final, il n'y avait que Kaz qui restait silencieux et calme, du moins en apparence. Il s'était assis dans un coin de la pièce, les pieds en tailleur et les bras croisés sur son torse. Il avait également fermé les yeux mais il les ouvrit lorsqu'il déclara :
« Il arrive. »
Tous les regards convergèrent vers lui avant d'être attiré par un bruit provenant de la porte coulissante ouverte. C'était Deyama sensei qui venait de se prendre la marche et qui s'était étalé de tout son long dans le salon.
« Mince ! Fit le professeur en se relevant. Je me suis pris la marche.
- Merci, on avait pas remarqué, rétorqua Hyde.
- En plus je suis en retard, mille excuses ! Mais c'est parce que je me suis dit que si nous devions faire un petit voyage scolaire, autant être équipé, déclara Toshi en désignant son sac à dos mais aussi les autres bagages qu'il avait ammené avec lui.
- Hé ! On va en Enfer, on va pas faire du tourisme ! S'écria Hyde.
- Peu importe, commençons, intervint Kaz en se levant. »
Jun acquiesça et sortit le sabre de son foureau sous le regard attentif de tous. L'adolescent ne savait pas vraiment quoi faire, mais sortir l'arme lui semblait déjà un bon début.
« Que fais-tu malheureux ! S'écria Shou en faisant irruption dans le salon. Mais tu es fou de dégainer ce sabre ! »
Jun lui adressa un regard surpris mais il fut bien le seul car les autres étaient tous captivés par le spectacle des murs qui étaient en train de fondre pour laisser place au noir absolu, moment précédent l'apparition d'hide-sama.
« Et bien, déclara le démon hantant le sabre légendaire. Je vois que vous m'avez apporté un nouveau jouet. Et il sent l'ange en plus ! Que vous êtes des créatures surprenantes...
- C'est... c'est hide-sama ? Balbutia Shou d'une voix tremblante.
- Qui que tu sois, tu es arrivé au mauvais moment, déclara Kaz. Il est trop tard pour faire demi-tour maintenant.
- Bien, je vais vous ouvrir les portes de l'Enfer, déclara hide. Du moins, je vais vous conduire jusqu'à elles. Alors tâchez de rester en vie le plus longtemps possible afin de m'offrir le plus beau des spectacles. »
Avant même qu'ils ne puissent répondre quoi que ce soit, une intense lumière les aveugla alors que le démon ricanait doucement du nouveau tour qu'il venait de leur jouer...
À suivre...
