Chapitre 8

Scène 42 – Harry et Lysander

Harry ne pouvait laisser Astoria et Scorpius seuls, il n'était pas certain de pouvoir lui faire confiance. Il resta alors assis au bout du long bureau de Lysander, la baguette sur la jambe, prêt à s'en servir au moindre signe de menace. Le détective était assis en face de lui, faisant dos à Astoria et Scorpius qui discutaient sur une chaise transfigurée en canapé, et il le dévisageait d'un air agacé.

« Tu peux les lâcher deux minutes ? » Demanda-t-il, s'appuyant sur le dossier de sa chaise.

« Je t'écoute Lysander. Ce n'est pas parce que je ne te regarde pas que je ne t'écoute pas. Tu veux que je t'explique le principe des oreilles ? » Railla Harry, ne sachant où il trouvait la force de faire de l'humour alors qu'il était épuisé.

« Non, ça ira, j'ai déjà entendu parler du concept. » Souffla Maxwell, et Harry pouvait l'entendre sourire.

Scorpius et Astoria étaient en pleine messe basse, et il était persuadé que la sorcière lui jetait des coups d'œil amusés.

« Ils devaient réinterroger Smith aujourd'hui, au Véritasérum cette fois. » Informa Harry en faisant tourner sa baguette autour de son pouce.

« Ils ont eu l'autorisation ? »

« Franchement, je n'ai jamais compris pourquoi on ne se servait pas de cette potion plus souvent. J'aurais eu plus de vacances quand je travaillais au Ministère si ça avait été le cas. » Soupira Harry. Ses années en tant qu'Auror avaient été difficiles, mais cela était aussi dû à sa double vie de l'époque qui l'empêchait d'avoir un seul instant de répit.

« Sans doute parce qu'on se mettrait à en donner à tout le monde tout le temps. » Nota Lysander avec un moulinet de la main qui pouvait signifier quelque chose comme « La philosophie ne me dérange pas mais quitte à choisir, je préférerais parler d'autre chose. »

Le détective enchaîna.

« Tu as parlé de Gringotts à Weasley ? »

« Oui, ce matin. Il a dit qu'il se penchait déjà dessus. »

« Mince alors, si le Ministère fait son boulot, qu'est-ce qui nous reste à faire ? » Railla Lysander avant de se mettre à tapoter son bureau de ses ongles.

« Voyons Lysander, il y a des choses que tu fais mieux que n'importe qui au Ministère. » Sourit Harry en reposant sa baguette sur sa jambe.

« Quoi ? Fouiller les poubelles ? » Grogna le détective, ayant senti la blague d'Harry arriver. Celui-ci quitta son fils des yeux pour lui jeter un regard amusé.

Scène 43 – Harry et Ron

Un hibou l'attendait à la fenêtre de la cuisine de Grimmauld. Harry lui ouvrit et détacha le morceau de parchemin accroché à sa patte pendant que Scorpius s'intéressait à ce qu'Albus avait confié à leur père à son intention.

Harry déroula le parchemin, jeta un coup d'œil à Scorpius qui s'installait à table pour ouvrir les livres, et lut rapidement le mot de Ron. Malgré son hostilité lorsqu'ils s'étaient vus ce matin, son meilleur ami tenait tout de même à le tenir au courant de l'avancée de l'enquête. Harry en aurait été touché si les nouvelles n'étaient pas trop importantes pour accaparer son attention.

Il brûla le parchemin d'un coup de baguette et fit partir le hibou avant de refermer la fenêtre.

« Scorpius, je dois utiliser la cheminée, je reviens. » Le prévint Harry, obtenant un simple hochement de tête de sa part. Ils avaient beaucoup de choses à se dire, mais cela devrait attendre quelques minutes.

Harry s'enferma dans le salon et déverrouilla les protections sur sa cheminée. Il y alluma un feu avec sa baguette et y jeta une petite poignée de poudre de cheminette. Accroupi devant les flammes, il plongea sa tête dedans.

« La Croisée. » Dit-il en essayant de ne pas soulever trop de cendres en parlant. Les flammes tournoyèrent et emportèrent son visage et son esprit jusqu'à la cheminée de la maison de Ron et d'Hermione.

Cette dernière était assise à la lourde table en bois de la salle à manger et était en train d'écrire sur un parchemin. La bruyante alarme magique qui les prévenait d'une intrusion retentit dans la maison et la fit sursauter violemment.

« C'est moi Hermione. » La rassura Harry depuis les flammes dans la cheminée. Son amie porta la main à son cœur avec un soupir et agita sa baguette qu'elle avait déjà échangée contre sa plume. L'alarme cessa.

« Harry … Merlin, tu m'as fait peur. » Dit-elle en se levant de sa chaise.

« Désolé. Est-ce que Ron est là ? » Hermione hocha la tête et se dirigea vers la porte menant au couloir. Elle appela son mari d'une voix forte, mais celui-ci semblait déjà en train de descendre précipitamment les escaliers.

De son côté, Harry luttait contre les flux magiques qui encerclaient sa tête. La maison d'Hermione et de Ron était lourdement protégée, et même s'il avait l'autorisation d'entrer et de sortir de chez eux comme il le voulait, l'épais bouclier qui imbibait les murs et calfeutrait leur cheminée était tout de même une expérience désagréable pour quiconque les traversait.

« Harry, qu'est-ce qui se passe ? » Demanda son meilleur ami en entrant dans le salon.

« J'ai vu ta lettre. » Lui répondit simplement Harry.

« Ah, oui. » Ron s'approcha de l'âtre et s'installa en tailleur devant pendant que sa femme quittait le salon et fermait la porte derrière elle. Il était rare pour son meilleur ami de le voir sans son uniforme d'Auror, et il semblait presque trop décontracté dans son pantalon de velours noir et son t-shirt informe.

« Le Véritasérum n'a fonctionné qu'à moitié. On pense qu'il a fait un serment inviolable qui l'empêche de donner le nom de ses complices, comme s'ils avaient prévu qu'il se fasse attraper. »

« Mais vous confirmez qu'il a des complices ? » Demanda Harry avec urgence.

« Il a répondu oui quand on lui a posé la question, mais il n'a pas put en dire plus. J'ai augmenté la sécurité autour de Malfoy. » Répondit Ron.

Harry hocha la tête, à moitié rassuré.

« Alors quelle est la suite ? Vous avez quand même une idée ? »

« On va tenter Gringotts demain, mais je doute que ça donne quoi que ce soit. Les gobelins ne nous laisserons jamais lire leurs registres même avec un mandat. On peut juste espérer qu'ils nous en disent assez pour qu'on puisse continuer. »

Harry se mordit les lèvres, le cœur battant à tout rompre. Il y avait encore dans la nature des personnes voulant la mort de Draco et aucun indice pour les attraper.

« J'aimerais aller chez Smith. » Demanda-t-il d'un ton pressé.

« Pourquoi ? On a déjà tout fouillé. »

« Pour un enchantement de réminiscence magique. Je pourrais peut-être trouver quelque chose. » Expliqua Harry.

« On l'a déjà fait Harry … » Soupira Ron en posant les bras sur ses cuisses, les doigts entrelacés devant lui.

« Je m'en doute, mais j'aimerais essayer. » Il était le spécialiste indétrônable de cet enchantement, même depuis qu'il avait quitté le ministère. Il savait qu'il pourrait détecter quelque chose que les Aurors n'avaient pas vu.

« Même si tu trouves une trace, tu ne seras pas capable d'identifier la personne à qui elle appartient. » Dit patiemment Ron, tentant de dissuader son meilleur ami qui ne l'entendait pas de cette oreille.

« Je ne peux pas rester là à ne rien faire, Ron. »

Celui-ci soupira et se frotta le visage d'une main.

« D'accord … Mais demain, pas ce soir. Et si tu y vas avec Maxwell, je te tue. » Dit très sérieusement Ron, un doigt accusateur pointé vers les flammes.

Harry avait prévu d'y aller avec le détective, mais il hocha tout de même la tête d'un air grave.

« Bien … Tu as pu parler à tes enfants ? » Demanda ensuite son meilleur ami.

« Oui … » Soupira Harry en baissant les yeux. « Ils ne l'ont pas très bien pris. »

« Le contraire aurait été inquiétant. Ça leur passera. Qu'est-ce que tu leur as dit pour Ginny ? »

« Qu'elle avait besoin de prendre du recul et qu'elle les contacterait de son côté. Je ne suis pas sûr que ce soit vrai, par contre … » Avoua Harry d'une voix fatiguée.

« C'est leur mère, elle reviendra. Laisse-lui le temps. » Ron haussa les épaules puis se pencha en arrière, ses mains posées à plat sur le parquet lui servant d'appui. Son dos craqua et il soupira de soulagement.

« Et pour Scorpius ? » Demanda-t-il encore d'un air vaguement agacé.

Harry pinça les lèvres. Il souffla par le nez, ce qui souleva une petite volute de cendres.

« C'est bien mon fils. » Avoua-t-il, regardant Ron se pencher de nouveau en avant pour se frotter le bas du visage d'une main.

« Tu as vraiment fait n'importe quoi, Harry. » Sa voix était plus fatiguée qu'énervée, mais son meilleur ami savait qu'il faudrait du temps à tout le monde pour se remettre de cette révélation que tous ressentaient sans doute comme une certaine forme de trahison envers leur propre grande famille.

« Je sais. Mais il n'y peut rien et je ne veux pas qu'il paye à ma place. »

Ron hocha la tête d'un air entendu. Le père en lui pouvait tout à fait comprendre ce qu'Harry voulait dire.

« C'est normal. Et Malfoy ? »

« Quoi 'Malfoy' ? » Demanda Harry, soudainement sur la défensive.

« Je sais pas, vous vous remettez ensemble ? » Supposa Ron avec les sourcils haussés.

Harry serra les dents et haussa les épaules, même si son meilleur ami ne pouvait pas les voir.

« Peut-être … Je crois que oui … Pourquoi ? »

« Pour savoir. » Répondit simplement Ron en haussant à son tour les épaules. Ils détournèrent tous les deux le regard. Ni l'un ni l'autre n'était prêt à dire ou à entendre ce que l'autre avait sur le cœur.

Scène 44 – Harry et Scorpius

Harry recula à quatre pattes et s'extirpa de la cheminée. Il s'en aida pour se relever et éteignit les flammes avant d'à nouveau bloquer l'accès magique. Il quitta le salon et retourna dans la cuisine où Scorpius lisait des annotations magiques dans un livre de potions. C'était un des sorts favoris d'Albus, qui détestait mettre des mots à l'encre sur ses livres et préférait écrire de la pointe de sa baguette pour pouvoir un jour faire disparaître ses notes. Ce qu'il ne faisait jamais.

« Ce sont tes devoirs ? » Demanda Harry en s'installant à table lui aussi.

« Oui … On dirait que j'en ai accumulé beaucoup. » Grimaça Scorpius en refermant le livre.

Harry sourit doucement, reconnaissant en lui un pur Serdaigle désespéré à l'idée de ne pas avoir fait ses devoirs à temps alors qu'il avait lui-même demandé à quitter Poudlard.

« Vous vous ressemblez beaucoup Albus et toi. » Nota-t-il en appuyant son coude sur la table pour poser la tête dans sa main.

Scorpius haussa les sourcils dans un mélange de surprise et d'amusement.

« Je ne trouve pas. Il est beaucoup plus débrouillard que moi par exemple. Et moins émotif… »

« Il est très émotif, je pense qu'il doit juste mieux le cacher. » Dit Harry avec un petit sourire.

« Peut-être … » Accepta Scorpius. Il se mit à tripoter ses livres du bout des doigts.

« Ca a dû être difficile de ne rien lui dire. »

Scorpius releva les yeux vers son père et lui sourit tristement.

« Oui … »

« Je leur en parlerai, ne t'inquiète pas. J'aimerais juste pouvoir leur dire de vive voix, pas par le miroir ou par écrit, mais je ne sais pas quand je vais pouvoir retourner les voir. » Tenta de le rassurer Harry en se redressant légèrement, croisant les bras sur la table.

« Je peux bien attendre encore un peu … » Murmura presque Scorpius.

« Depuis combien de temps tu le sais, Scorpius ? » Demanda doucement Harry.

Celui-ci sembla réfléchir, ses yeux gris-vert dans le vague avec une moue pensive.

« Depuis toujours, je pense. »

Harry écarquilla les yeux et décroisa les bras.

« Quand j'étais vraiment petit c'était comme une espèce de jeu, un secret entre Papa et moi, mais plus je grandissais, plus j'approchais du moment où j'allais devoir aller à Poudlard, plus ça devenait sérieux. » Expliqua son fils avec un petit haussement d'épaules désabusé qui lui fit de la peine.

« Le plus dur … C'était sans doute de ne pas courir vers toi la première fois que je t'ai vu, sur le quai 9 ¾ … » Continua Scorpius avec un rire étranglé. Le voyant se souvenir de toute la souffrance qu'il avait ressenti, Harry ne se rendit pas compte tout de suite qu'il avait tendu la main pour la poser sur l'avant-bras de Scorpius.

« Je suis désolé … » Murmura-t-il, même s'il savait que de simples mots ne pouvaient pas réparer des années à se cacher, à voir ses frères et sœurs, sa famille évoluer loin de lui sans connaître son existence.

Il se souvenait très bien de ce jour là. Albus partait pour la première fois à Poudlard, et Harry avait revu Draco pour la première fois depuis quatorze ans. Il avait été tellement difficile pour lui aussi de ne pas aller vers lui, de lui parler, de l'enlacer, de l'embrasser, tellement dur de se souvenir de toute la douleur qu'il avait ressenti lorsqu'il était parti.

« C'est pas de ta faute… » Soupira Scorpius en levant une main pour essuyer une larme qui s'était échappée de ses yeux. « Et puis … Maintenant tu es là. » Sourit-il courageusement.

Harry lui renvoya son sourire et lui caressa doucement les cheveux.

« Oui, je suis là. »

Lundi

Scène 45 – Lysander

Le réveil strident de Lysander le réveilla soudainement. Il faisait un rêve très agréable. Des mains lui massaient le dos et la nuque alors qu'il marchait le long d'une rive ensoleillée, une bière à la main. Il se dirigeait vers un petit chalet dans lequel, il le savait, l'attendait un festin et des personnes nues.

Il avait très hâte d'y arriver. Mais son réveil avait sonné, le ramenant brutalement à une triste réalité. Il était étalé sur le ventre dans son lit et son chat lui marchait sur le dos en ronronnant bruyamment.

« Hmpf non Flash, pas les griffes … » Marmonna-t-il à moitié dans l'oreiller alors que son chat s'étirait en plantant quand même ses griffes dans ses omoplates. Il tendit la main au hasard pour trouver sa baguette et la secoua pour arrêter son réveil.

Il se rendormit aussitôt.

Il fut réveillé à nouveau par l'appel insistant de son nom et les hululements d'Ivy dans son bureau. Il laissa la personne râler dans sa cheminée, priant pour qu'elle disparaisse, jusqu'à ce qu'il reconnaisse sa voix. Harry.

Il se redressa vivement, effrayant Flash qui s'était endormi sur son dos, et tomba presque de son lit. Il se précipita dans son bureau et tomba à genoux devant la cheminée près du visage désabusé d'Harry Potter.

« Désolé, je dormais. » Expliqua simplement Lysander avec une expression ahurie et des épis plein la tête.

« Ça se voit. » Répondit Harry en roulant des yeux. « Rendez-vous chez moi dans cinq minutes, on a quelque chose à faire. »

« Quoi ? » Demanda Lysander, mais la tête de Potter avait déjà disparu des flammes. Il resta un instant interdit, réussissant presque à se convaincre qu'il venait d'halluciner et qu'il pouvait se recoucher, puis il se leva rapidement pour aller prendre une douche.

Dix minutes plus tard, il était chez Harry qui lui tendait une cape d'invisibilité.

« C'est un prêt, pas un don, bien sûr. » Crut utile de préciser Harry. « On m'a donné l'autorisation d'entrer chez Smith et je veux que tu viennes avec moi. »

Lysander prit la cape soyeuse dans ses mains et s'émerveilla de son contact presque liquide.

« On m'a expressément demandé de ne pas y aller avec toi, donc … Reste discret. Elle va être un peu petite pour toi, donc il faudra rester penché pour qu'on ne voie pas tes pieds.

« Qu'est-ce qu'on va chercher ? » Demanda Lysander en passant la cape autour de ses épaules, ne laissant plus que sa tête flotter dans le vide.

« Des réminiscences magiques. » Répondit Harry en guidant le détective hors du salon et jusque devant la porte d'entrée. « Cache ta tête, accroche-toi à mon bras. » Ordonna-t-il. Lysander s'exécuta en se donnant l'impression d'être une petite vieille femme invisible accrochée au bras de son fils.

Harry ouvrit la porte, les fit avancer d'un pas sur le perron et la referma derrière eux.

« Heu, c'est moi qui nous fait transplaner ? » Demanda soudainement Lysander, pas très sûr d'avoir compris le plan.

« Si ça ne te dérange pas trop. » Répondit Harry entre ses dents. « Pas trop loin de l'immeuble mais pas dedans non plus. »

« Compris. »

Il rassembla son corps dans son esprit, imagina que celui d'Harry était une valise qu'il ne devait pas laisser tomber, visualisa la petite rue sombre dans laquelle il avait patienté quelques jours plus tôt et les téléporta dans un craquement qui déchira la rue.

L'appartement de Smith donnait une impression étrange à Harry. Il était rangé, sobrement décoré, pratique et lumineux. Il n'y avait pas de mur dédié à une haine quelconque envers Draco comme il l'avait imaginé, pas d'objet dangereux ou d'autre preuve indirecte qui aurait pu confondre Joe Smith.

L'appartement était mi-moldu mi-sorcier. Un petit chaudron était posé au dessus du micro-onde, ce qui résumait bien l'étrange mélange. Il n'y avait pas de cheminée ce qui signifiait que quiconque voulant rendre visite à Smith devait transplaner à l'extérieur de l'immeuble. Celui-ci était peuplé d'autres sorciers, le propriétaire en étant un lui-même. Ce dernier avait assuré ne rien connaître des activités de Smith mais n'avait pas tardé à demander s'il pouvait rapidement se débarrasser de ses affaires et louer l'appartement à quelqu'un d'autre. Le monde des affaires ne perdait jamais le nord.

Lysander était parfaitement silencieux, mais Harry pouvait sentir sa présence dans son dos. Il soupira presque de soulagement lorsque les Aurors qui gardaient la porte la refermèrent derrière eux, les laissant seuls dans l'appartement.

Harry en fit une nouvelle fois le tour, gardant l'œil ouvert, concentré sur la moindre trace de magie qu'il pouvait ressentir. Il n'y avait pas d'enchantement ménager et Harry avait du mal à imaginer Joe Smith faire le ménage. Un elfe devait passer régulièrement. C'était peut-être une piste à suivre, bien qu'il se douta que Ron y aie déjà pensé.

De retour dans le petit salon bleu et beige, il prononça le même enchantement que celui qu'il avait utilisé chez Draco. Des filaments de sa magie sortirent de sa baguette pour se diriger dans toutes les directions, le renseignant sur toutes les traces de sortilèges qui étaient restées suspendues dans l'air. Il n'ignora aucun élément, aucun Evanesco, aucun lumos, aucun déclanchement de l'eau dans la salle de bain, aucun sort d'allumage de feu sous le chaudron, rien. Joe Smith était un homme étrange qui semblait alterner entre périodes de calme et pure rage. Le canapé avait explosé plusieurs fois, le micro-onde avait vu sa porte arrachée d'un sort, les murs avaient été couverts d'un sort de silence. Harry pu détecter la magie de l'elfe comme une légère brise sur les meubles, la disparition d'une tache sur un tapis, le subtil lissage des draps sur le lit.

Il avait mal à la tête, les informations commençaient à devenir trop nombreuses pour son esprit étroit, mais il s'entêta. Il remonta le temps, remua la poussière et les fines traces qui disparaissaient dans les années. D'autres personnes que Smith avaient utilisé la magie ici, mais rien n'était assez fort, assez puissant pour laisser une empreinte durable dans l'atmosphère. Sauf …

Harry se tourna presque brutalement vers l'entrée. Sur une commode trônait un téléphone d'aspect ancien, mécanique. Il concentra l'enchantement et confirma ce qu'il venait de voir. L'objet n'avait plus rien de moldu. Un vieux sortilège, enfoui au plus profond des entrailles du téléphone, faisait pulser les filaments de magie. Harry n'arrivait pas à déterminer ce dont il s'agissait.

« Tu saignes du nez. » Chuchota Lysander en lui poussant le coude. Harry l'ignora un instant, cherchant à en apprendre le plus possible sur cet intelligent petit sortilège, quasi-invisible, et sur la personne qui l'avait jeté. Il rompit finalement le contact et porta la main à son nez d'où coulait un liquide poisseux.

« Tu connais des gens dans la police moldue ? » Demanda-t-il finalement, se tournant dans la direction générale de Lysander. Celui-ci repoussa assez la capuche pour qu'Harry puisse voir son visage.

« Oui. Mais si c'est après ce téléphone que tu en as, les contacts de Draco seront plus utiles. »

Scène 46 – Harry et Draco

Harry s'en voulait. Il avait laissé Scorpius seul presque toute la journée et, pour s'excuser, il l'emmena avec lui à Ste-Mangouste. Trois Aurors se tenaient devant la porte, gênant le passage des Medicomages qui soufflaient avec agacement. Ils vérifièrent à l'aide d'une espèce de longue-vue enchantée, de laquelle sortait un œil ressemblant à celui de Fol'œil, qu'ils n'étaient pas des individus ayant usé d'un sortilège ou d'une potion pour ressembler à Harry Potter et Scorpius Malfoy. Puisque ce n'était pas le cas, ils les laissèrent passer, et le père et le fils entrèrent dans la pièce bleue.

Pour la première fois depuis qu'ils visitaient Draco, celui-ci ne dormait pas. Il était toujours allongé mais ses jambes étaient repliées et un livre lévitait au dessus de sa tête. Scorpius s'avança d'un pas rapide vers le lit et grimpa dessus alors que le livre allait tranquillement se poser sur la table de chevet. Un marque-page se glissa dedans juste avant qu'il ne se referme. La finesse de la magie de Draco fit sourire Harry malgré son étrange embarras. Il était soudainement conscient de se trouver dans la même pièce que Draco et leur enfant, et cette réalisation lui donna un pincement au cœur, plus douloureux qu'il ne l'aurait imaginé. Il avait la sensation d'avoir perdu tellement de temps, d'avoir fait tellement de mal sur son passage. Il n'était plus très sûr d'être le bienvenu.

Mais alors que Scorpius enlaçait son père, celui-ci sourit doucement à Harry, l'invitant du regard à se rapprocher. Il obéit sans réfléchir et dissipa d'un sourire le regard interrogateur de Draco qui n'avait pas dû comprendre son hésitation.

« Ça a l'air d'aller mieux. » Constata-t-il en s'installant sur la chaise à côté du lit pendant que Scorpius s'asseyait sur celui-ci à côté de la tête de son père. Il avait terriblement envie de tenir la main de Draco posée sur les draps, mais il ne savait pas s'il pouvait le faire devant Scorpius.

« J'ai enfin eu le droit à des anti-douleurs. » Expliqua Draco d'une voix moins rauque que ces derniers jours. « Mais je ne peux toujours pas me lever. J'ai tellement envie d'aller me doucher… » Grimaça-t-il. Harry pouvait comprendre son sentiment. Les sortilèges de lavage ne débarrassaient pas de façon durable de la sensation de saleté qu'on pouvait ressentir à rester allongé pendant des jours sans bouger.

« Ils ont pu estimer quand tu pourrais sortir ? » Demanda Harry, une pointe d'espoir dans la voix. Il avait cru devoir attendre des semaines encore avant de voir Draco dans son état actuel.

« Pas vraiment … Ils ne se mouillent pas. » Soupira celui-ci avec un semblant d'haussement des épaules.

« Peut-être qu'on pourrait t'amener à Grimmauld bientôt ? » Proposa Scorpius, jetant un regard suppliant à Harry qui fronçait les sourcils malgré lui.

« Ça me paraîtrait dangereux que tu ne sois pas sous la surveillance des Médicomages jusqu'à ce que tu sois complètement rétabli … » Commenta-t-il en regardant Draco avant d'offrir un air désolé à leur fils.

« Désolé mon chéri mais ça ne sera pas pour tout de suite. » Souffla Draco avant d'envoyer un regard assassin à Harry qui avait pouffé après le surnom qu'il donnait à Scorpius. « Un problème, Harry ? »

Son fils le regardait avec amusement, et Harry ne put s'empêcher de se moquer.

« Aucun mon amour, aucun. » Fit-il doucement, avant de pincer les lèvres pour ne pas rire de l'expression presque choquée de Draco. Mais le visage de celui-ci se fendit soudainement d'un large sourire avant qu'il ne soit secoué d'un rire qui le fit grimacer.

« Ne me fais pas rire, crétin. » Gémit-il en portant une main à son cœur.

« Pardon mon lapin. »

Scorpius libéra le rire qu'il contenait et Harry attrapa finalement la main de Draco pour la serrer dans la sienne pendant que celui-ci tentait de maîtriser ses propres éclats de rire.

« Excuse-moi. » Dit-il en se retenant de dire tous les surnoms ridicules qui lui passaient par la tête. « J'arrête. »

Draco souffla pour calmer son rire et inspira profondément.

« Comme si tu ne donnais pas de surnom à tes autres enfants. » Railla-t-il avec les sourcils haussés.

« Seulement à Lily. Les autres sont trop fiers pour accepter de les entendre. » Expliqua calmement Harry, ne pouvant s'empêcher de jeter un coup d'œil inquiet à Scorpius.

Celui-ci sourit simplement.

« C'est parce qu'ils ne savent pas leur chance. »

Harry fut obligé de laisser Scorpius avec les Aurors pour pouvoir parler de l'affaire avec Draco. Une fois leur fils sortit, il porta sa main à ses lèvres et ferma un instant les yeux. Sa culpabilité d'avoir sans le vouloir écarté Scorpius de sa vie pendant 13 ans lui tenaillait l'estomac, et même si le garçon lui avait soutenu que l'important était sa présence à partir de ce jour, il savait que les occasions seraient nombreuses pour que cette douleur remonte. Ils n'avaient aucun souvenir en commun, pas de complicité développée avec le temps, et Harry savait que même s'ils le souhaitaient tous les deux, il ne serait jamais aussi proche de Scorpius que Draco l'était.

« Je t'aime. » Dit calmement Draco, coupant brutalement Harry dans sa douloureuse introspection. Il rouvrit les yeux pour voir son expression sérieuse. « Arrête de te faire du mal. Il a obtenu plus ces derniers jours que ce qu'il n'avait jamais osé espérer. »

Harry soupira et posa ses coudes sur le lit, cachant ses yeux et son front avec la main de Draco entre les siennes.

« Je ne sais pas comment me racheter auprès de lui. » Dit-il à voix basse.

« Tu n'as pas besoin de te racheter. C'est moi qui suis parti. » Nota Draco.

« A cause de moi … » Rappela Harry avec un nouveau soupir.

Le silence de Draco fut compensé par sa main qui se détacha des siennes pour lui caresser le visage.

« C'est vrai. C'est donc auprès de moi que tu dois te racheter. » Le sourire dans la voix de Draco le força à redresser le visage et à le regarder.

« Qu'est-ce que je peux faire ? » Demanda-t-il, imperméable à l'humour qui se cachait dans ses yeux.

Draco sembla réfléchir en fixant le plafond avant de baisser à nouveau le regard vers lui.

« Tu pourrais commencer par enfin m'embrasser, et pas juste la main. » Précisa-t-il en agitant celle-ci sous le nez d'Harry qui réussit à sourire un peu.

Il se leva et s'approcha du visage de Draco qui l'observait avec un mélange d'amusement et d'anticipation. Il se baissa vers lui, les mains sur l'oreiller de chaque côté de sa tête et posa doucement les lèvres sur les siennes. Il sentit les mains de Draco s'accrocher à lui et il l'embrassa plus intimement, prenant appui sur un bras pour caresser son visage de l'autre main. Le contact était presque électrique, faisant remonter en lui une multitude de souvenirs que la douleur l'avait forcé à enfouir avec le temps. Sa gorge se serra et il résista à l'envie d'encercler Draco de ses bras pour pouvoir le serrer contre lui. Il avait la sensation de retrouver une partie de lui-même dans ce baiser, et il ne put rien faire pour empêcher les larmes de lui monter aux yeux.

« Et il a fallu que tu manques de mourir pour revenir… » Chuchota-t-il contre les lèvres de Draco avant de s'éloigner un peu pour le voir. Celui-ci rouvrit les yeux et le fixa, son regard comme des nuages calmes.

« L'envie ne m'a jamais manquée. » tenta-t-il de le rassurer. « J'attendais que tu te sépares de Weasley, sans vraiment oser l'espérer. »

« C'est fait. » Répondit simplement Harry avant d'embrasser les lèvres entrouvertes de Draco qui affichait une expression surprise.

Il passa les quelques minutes suivantes à lui raconter les derniers événements et en particulier la dernière discussion qu'il avait eue avec Ginny. Draco paraissait horrifié par ses révélations et ne comprenait pas non plus comment elle avait pu découvrir leur aventure. Mais Harry fut obligé d'écourter leur discussion pour parler de l'affaire, ne souhaitant par faire patienter Scorpius trop longtemps.

Draco ne parut pas surpris par sa demande mais ne fut pas en mesure de véritablement l'aider.

« Sans affaire déjà en cours chez les Moldus et en plus sans moi, je doute que mes contacts te répondent. »

« Tu connais des gens dans les compagnies de téléphone ? » Demanda Harry, surpris.

« Oui. Ils ne m'ont jamais rien donné de substantiels, ils m'ont plus aidé à confirmer des soupçons. C'est ensuite la police et les juges qui peuvent récolter les vraies preuves. » Expliqua Draco en laissant retomber ses jambes à plat sur le lit.

« Je n'ai pas vraiment besoin de preuves, je veux juste savoir dans quelle direction me diriger. »

« Je pourrais toujours appeler quelques personnes pour essayer, mais … »

Harry secoua la tête. Il ne voulait pas impliquer Draco dans l'enquête sur son propre assassinat manqué.

« Peut-être que Ron peut demander à déclencher une enquête chez les Moldus… »

« C'est déjà arrivé. C'est possible. » Acquiesça doucement Draco avant d'étouffer un bâillement. Harry se sentit instantanément coupable de le maintenir éveillé. « Alors tu travailles avec Maxwell ? »

Harry haussa les épaules.

« Un peu. On n'a pas tellement pu s'aider l'un l'autre pour le moment. »

Draco sourit discrètement. Il commençait à avoir l'air somnolent et Harry décida de laisser tomber pour le moment.

« Je vais te laisser dormir. Il faut que je ramène Scorpius à la maison de toute façon. »

Draco hocha doucement la tête et tendit la main vers Harry qui la prit dans la sienne.

« Je suis jaloux. Moi aussi j'aimerais aller à Grimmauld. »

Harry lui embrassa les doigts en souriant.

« Bientôt. » Promit-il.