Hello les enfants! J'espère que vous allez bien et que la reprise n'a pas été trop dure et que vous vous en sortez avec vos partiels si, comme moi, vous êtes dans cet enfer sur terre que j'ai nommé: LA FAC et que vous ne savez pas quel chemin prend votre vie.

Pardon, je m'égare.

Bref, voici aujourd'hui le chapitre 9 de Success, et j'crois que je l'ai déjà dit mais c'est un plaisir (encore plus qu'au début parce que ça a toujours été un plaisir) d'écrire cette fic maintenant que nos deux casse-cous nationaux sont en sécurité.

P'tite réponses aux reviews et je vous laisse lire:

Yure: Ahaha tu vois, ça s'arrange finalement! xD En vrai j'avais trop envie de lâcher un: "tkt ça va pas finir si maaaal" mais j'voulais pas spoiler x) Pour le Doc' ouais, au début c'était juste une cold bitch, mais en vrai j'crois qu'elle commence à s'attacher aux deux à force de les avoir dans le collimateur h24. Ah, ça, ça me fait plaisir! :D Contente d'avoir réussi à faire passer le soulagement :D J'te souhaite une bonne lecture et merci pour tes reviews! :)


Chapitre 9 - Up Next

Le lendemain, après son réveil, Katsuki avait revu le Docteur Sawamura. Elle s'était assurée que son organisme récupérait bien, lui avait fait un bilan rapide, et avait passé un bon quart d'heure à le sermonner sur son hygiène de vie plus que néfaste de ces derniers jours.

Toujours dans la chambre d'hôpital, après une bonne douche et alors qu'il finissait de remettre ses vêtements civils à la place de la blouse qu'ils lui avaient enfilé hier -s'il avait été conscient à ce moment là, ils ne les aurait clairement pas laissé faire- le Docteur, qui s'était absentée le temps de quelques minutes, revint le chercher.

Ils le libéraient aujourd'hui. Il n'avait pas besoin de rester ici mais devait prendre du repos. Elle lui conseilla d'attendre au moins deux jours avant de reprendre le travail. Alors qu'il quittait la chambre dans laquelle il avait passé la nuit, elle l'amenait voir Eijiro avant qu'il ne retourne à leur appartement.

Ils longèrent le couloir et entrèrent ensemble dans l'ascenseur. Alors que Sawamura appuyait sur le bouton du deuxième étage, elle parla :

« Votre compagnon reprend peu à peu conscience. La nuit a été longue pour lui, la phase de réveil est assez pénible, sachant qu'il est resté dans le coma pendant un long moment. Il commence à peine à reparler, il répond aux questions, et sa mémoire à l'air d'être intacte… »

Katsuki l'écoutait attentivement, restant silencieux. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, et ils se dirigèrent vers la chambre 216.

« Je ne vais pas vous mentir : il va devoir rester ici plusieurs jours, contrairement à vous. Nous allons le garder car il a besoin de beaucoup de soins, et la rééducation sera sûrement longue. Enfin, nous reparlerons de ça un peu plus tard. »

Au détour du couloir, ils arrivèrent devant la chambre d'Eijiro. Le Docteur posa la main sur la poignée.

« Je vais vous laisser un peu avec lui. Il est très fatigué, alors je reviendrai vous chercher dans dix minutes, c'est compris ?

-Oui. »

Elle ouvrit et se décala pour le laisser entrer, refermant derrière lui une fois qu'il fut à l'intérieur.

Au son de la porte, Eijiro tourna faiblement le visage dans sa direction. Leurs regards se croisèrent, et Katsuki se précipita au bord de son lit.

« Eijiro ! Tu… Tu m'entends ? »

Ses mains agrippées aux barreaux de fer qui se dressaient au bord du lit, Katsuki regardait son compagnon, un peu perdu, tiraillé entre l'envie de le serrer contre lui et la peur de lui faire mal s'il y allait trop fort. Il s'assit sur la chaise, faisant glisser sa main sur la sienne, entrelaçant leurs doigts. Ceux d'Eijiro se resserrèrent faiblement sur les siens.

« Katsuki… »

Sa voix était éraillée, et parler lui semblait difficile. Un mince sourire naquit sur ses lèvres.

Katsuki resserra son emprise sur sa main. Il sentit ses yeux le piquer, et avant qu'il ne puisse réagir, une larme avait déjà glissé sur sa joue pour venir mourir sur les draps immaculés du lit d'hôpital. Entendre de nouveau sa voix prononcer son prénom… Il l'essuya d'un revers de manche à l'aide de sa main libre avant de la poser sur sa joue.

« Comment tu te sens ?

-Je suis fatigué… »

La voix d'Eijiro n'était qu'un murmure.

« Oui, c'est normal, tu… Tu dois te reposer et… »

Il ne termina pas sa phrase et essuya de nouveau ses yeux.

« Putain Eijiro tu… J'ai eu tellement peur que tu ne te réveilles pas… »

Eijiro eut un rire très léger, un souffle.

« J'suis désolé…

-Non, pourquoi tu t'excuses, c'est moi qui… Il soupira, baissant le regard avant de reprendre, c'est moi qui suis désolé, j'ai tellement merdé… T'as faillit mourir à cause de moi, tout ça parce que j'ai… Parce que je suis…

-Katsuki, ça va… On parlera de ça plus tard. »

Les doigts d'Eijiro se pressèrent entre les siens, un nouveau sourire, fatigué, terminant ses propos. Il ferma les yeux, sa tête roula sur le côté. Katsuki se pencha pour embrasser sa tempe.

« T'ai raison, pardon. Je t'aime…

-Moi aussi, Katsuki. »

Faiblement, il leva son autre main à la hauteur du visage du cendré, essuyant du bout des doigts une nouvelle larme qui perlait au coin de son œil. Eijiro reprit :

« Tu sais… Je t'ai entendu me parler, je crois que c'est ça qui m'a permit de me réveiller…

-Moi aussi je t'ai vu. Tu m'a rendu visite plein de fois, à l'appartement. »

Katsuki resta au chevet d'Eijiro pendant encore quelques minutes, lui parlant un peu, n'osant pas l'envahir d'un flot de paroles de peur de trop le fatiguer. Il n'avait pas lâché sa main depuis qu'il l'avait prise dans la sienne, s'y accrochant comme si sa vie en dépendait. Au bout de dix minutes, trois coups légers retentirent contre la porte et le Docteur refit son apparition. Katsuki se pencha sur Eijiro pour embrasser son front.

« Je dois y aller, ils ne m'autorisent pas à rester trop longtemps avec toi, et puis tu dois te reposer… Je reviens demain, c'est promis. »

Les lèvres du carmin bougèrent à peine mais aucun son n'en sortit. Encore une fois, un sourire se dessina sur ses lèvres. Katsuki se leva de la chaise et lâcha sa main à contre cœur, et comme la veille, se retourna vers lui une dernière fois avant de quitter la chambre. Le Docteur Sawamura posa une main sur son épaule.

« Faites attention à vous.

-Oui. »

Et il longea le couloir pour prendre l'ascenseur et descendre au rez-de-chaussée. Il traversa le hall du couloir et passa la porte tambour de l'entrée de l'hôpital.

C'était le deuxième jour de janvier, et dehors, le ciel était clair, sans nuages, encore bas en cette heure matinale. Sa lumière glissait sur le sol, se reflétant sur les parois en verre de l'hôpital.

Katsuki s'avança et appela un taxi qui fit un crochet pour s'arrêter devant lui. Il monta à l'arrière.

« Au 007-048 Tokyo-to.

-Bien, Monsieur. »

La voiture redémarra avant de s'engouffrer dans les routes abondantes de Tokyo. Le coude appuyé contre le rebord de la fenêtre et le visage posé sur sa main, Katsuki laissait son regard glisser sur le paysage urbain qui se déroulait sous ses yeux. Ce matin-là, Tokyo lui semblait différente. Elle avait l'air plus vivante. Seulement, une partie de lui sentait quand même son cœur se pincer lorsqu'il repensait à son compagnon, seul dans sa petite chambre d'hôpital. Eijiro était réveillé, certes, mais il avait l'air terriblement affaibli. Katsuki l'avait remarqué dès qu'il l'avait vu, dès qu'il avait entendu sa voix… Eijiro n'était plus le même. Il allait falloir du temps avant qu'il ne retrouve une vie normale et sa carrière de héros en serait sûrement très lésée…

La voiture prit un virage, et le paysage changea. Ils passaient au dessus d'un pont. En dessous d'eux, le soleil matinal se reflétait dans l'eau, projetant des milliers d'éclats argentés à la surface à la manière des lumières nocturnes qui habillaient la ville une fois la nuit tombée. Katsuki soupira. Ces derniers jours, il avait mis sa vie entière entre parenthèses, trop occupé à se détruire et à se laisser hanter par l'image d'Eijiro, apeuré par l'idée qu'il ne lui revienne jamais.

Son petit tour à l'hôpital et le réveil de son compagnon le faisaient redescendre sur Terre. Il se rendait compte de l'ampleur de chacun de ses actes. Il réalisait qu'il allait devoir s'expliquer sur son absence le soir de l'attentat, sur le fait qu'il ait complètement disparu de la circulation ces dernières semaines, sur son comportement récent… Les médias lui crachaient toujours dessus, et si, par malheur, ils apprenaient qu'il avait tenté de se donner la mort… Il pourrait faire un trait sur sa carrière.

La simple pensée de la charge de travail qui l'attendait une fois rentré lui donnait déjà mal à la tête. Puis, il y avait l'appartement aussi. Il ne savait pas encore quand est ce qu'Eijiro serait en mesure de rentrer chez eux, mais le taudis qu'était devenu le trois-pièces n'allait clairement pas être le lieu idéal pour un malade en convalescence.

Le taxi arriva au pied de l'immeuble. Katsuki se dit que de toute façon, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Tout ce qui était arrivé était de sa faute. Il était le principal responsable de ce drame, et il pouvait se considérer chanceux que son compagnon s'en soit au moins sorti en vie. Alors qu'il réglait la course, il se fit la réflexion qu'il était plus que temps pour lui de se remettre en question.

§§§

Il fut dans son appartement cinq minutes plus tard. Il avait grimacé en voyant l'état de la porte, le bois renfoncé sur lui-même, créant un trou béant en son centre. Et quand il était entré à l'intérieur, il avait presque sursauté devant l'insalubrité des lieux. Pendant une seconde, il s'était demandé si il n'avait pas été cambriolé, mais il s'était souvenu que son hygiène de vie des dix sept derniers jours était la cause de ce désordre.

Il avait balancé sa veste sur le porte-manteau mais avait gardé ses bottes, préférant éviter de marcher sur un des éclats de verre qui tapissaient le sol du salon. Il les évita laborieusement, en écrasant quelques uns sous ses semelles et jurant au passage, se rendant jusqu'au canapé pour récupérer son téléphone qu'il avait laissé traîné par là avant de… Il secoua la tête. Il ne voulait plus y penser, il sentait déjà le souvenir le hanter à la manière d'une réminiscence floue et malsaine, un rêve mêlé de réalité qui n'avait rien d'agréable.

La vue de l'écran le sortit de ses pensées. Il avait au moins trente appels manqués et une dizaine de textos, tous du même contact. C'était Slayer qui avait essayé de le joindre, et vu son acharnement, il allait sûrement lui passer un savon. Bon, il n'avait pas le choix, de toute façon. Il déverrouilla son portable et composa le numéro de son coéquipier. Seulement une sonnerie plus tard, l'homme décrocha et sa voix retentit dans le combiné :

« Katsuki ! C'est toi ? Tu vas bien ? Tu es où, là ? »

Le cendré éloigna l'appareil de son oreille, la voix grésillante de son ami lui brisant littéralement les tympans. Il soupira et répondit :

« Je suis chez moi.

-L'hôpital m'a appelé ! Qu'est ce que t'as foutu, putain ? Attends que j'arrive et tu vas entendre parler de moi ! »

Ah, alors c'était pour ça qu'il l'avait harcelé de la sorte… Katsuki grimaça. Il aurait préféré que personne ne soit au courant.

« Ah… Il se frotta l'arrière du crâne, il ne savait pas trop quoi lui dire. Mais Slayer ne lui laissa pas le temps de réfléchir.

-J'arrive. Je pense qu'on doit avoir une sérieuse discussion, toi et moi. »

Trois bips lui indiquèrent que l'autre héros avait raccroché. Il resta à fixer son écran pendant quelques secondes avant qu'il ne redevienne noir. Il n'avait pas vraiment envie de discuter, il n'avait même pas envie de s'expliquer auprès de qui que se soit, il n'avait pas envie de répondre de ses actes. Mais il était allé trop loin, il devait assumer… En revoyant les évènements de ces derniers jours se rejouer dans sa tête, il se rendit compte d'à quel point il avait agit en tout, sauf en héros. Il se rendit compte d'à quel point il était encore d'une immaturité déconcertante.

Il se laissa retomber sur son canapé, regardant autour de lui, désabusé. Il avait tellement de travail à faire pour arranger les choses qu'il ne savait pas par où il devait commencer. C'est lorsqu'un relent d'odeur semblable aux effluves d'un cadavre en décomposition lui fit plisser le nez qu'il se décida d'aller ouvrir toutes les fenêtres pour aérer.

On toqua à sa porte quelques minutes plus tard. Il avait commencé à ranger un peu, et il alla ouvrir avec un sac poubelle à la main. Slayer se tenait appuyé contre l'encadrement, un air presque furieux aux traits, mais lorsqu'il le vit, debout, en vie, il ne put s'empêcher de soupirer et de le prendre dans ses bras. Katsuki fut si surpris qu'il en lâcha le sac qui retomba mollement sur le sol dans un bruissement. Il recula et le repoussa doucement, le regardant sans trop comprendre.

« Qu'est ce que tu fais ?

-Je suis juste… Tellement soulagé, Katsuki. Quand l'hôpital m'a appelé, ils ne savaient pas s'ils allaient pouvoir te sauver. J'ai pensé que tu… J'ai cru que je ne te reverrais plus. »

Il entra et le blond referma derrière lui, le regardant avancer dans l'appartement. Il ramassa la poche, un sentiment étrange de culpabilité le prenant. Il ne savait pas quoi lui répondre, une fois encore. Slayer continua :

« Je suis désolé. J'aurais dû me rendre compte que tu allais mal, et au lieu de ça, je t'ai juste sermonné sans creuser plus loin. Je m'en veux vraiment, j'aurais dû…

-Arrête. »

Katsuki s'approcha de lui, sourcils froncés.

« Arrête… C'est pas à toi de t'excuser. J'ai déconné, sur toute la ligne. Tout ce qui est arrivé est de ma faute. Personne d'autre que moi ne doit se blâmer pour quoi que se soit. Je suis le seul coupable. »

Il finit par lâcher son regard, et marqua une pause.

« C'est moi qui suis désolé. »

Slayer eut un rire et vint lui taper dans le dos. Il lui sourit gentiment :

« Ça va, c'est oublié. N'empêche que tu ne me fera pas changer d'avis, j'aurais dû être plus attentif à ta détresse.

-Ferme-la, c'est bon, grogna Katsuki qui retrouvait peu à peu son sale caractère, j'étais pas en détresse !

-Comme tu veux, ricana Slayer qui se retourna pour balayer la pièce des yeux. Il changea de sujet: tu vas avoir du boulot avec tout ça. Je vais te filer un coup de main.

-Comme tu veux. » Soupira Katsuki.

Il ne l'avouerait jamais, mais il était soulagé de voir que Slayer ne lui en voulait pas. Sa compréhension et son amitié lui étaient d'un grand soutien, mine de rien.

§§§

La nuit était tombée lorsqu'ils descendirent le dernier sac poubelle au local qui se trouvait dans le parking de l'immeuble. Ils sortirent tous les deux à l'extérieur pour fumer une cigarette bien méritée, Katsuki tendant son paquet à Slayer qui en attrapa une lui aussi.

Le crissement de la pierre fut le seul bruit qui résonna dans la rue étrangement calme, seul le ronronnement lointain du périphérique se laissait entendre. Une première bouffée qui fut recrachée presque immédiatement, et Katsuki leva les yeux pour regarder le ciel. Quelques étoiles brillaient faiblement, et la lune, presque pleine, se levait sur la ville, éclairant la ruelle de ses rayons laiteux. Sa lumière se reflétait sur les deux hommes, projetant leurs ombres sur le bitume froid.

Katsuki brisa le silence après une seconde bouffée.

« Merci.

-C'est normal. Si tu as encore besoin de moi, n'hésite pas.

-Ça va. »

Slayer n'insista pas. Ils finirent leurs cigarettes en silence, et le cendré jeta son mégot sur le sol avant de l'écraser sous sa semelle.

« Je reviendrai à l'agence après demain. J'ai encore deux trois trucs à régler.

-Ok, c'est comme tu le sens. Une nouvelle tape affectueuse dans le dos et Slayer réajusta sa veste sur ses épaules. Repose-toi, t'en a besoin.

-Ne me dis pas ce que je dois faire. »

Décidément, Katsuki commençait à retrouver sa verve. Le ton agressif de son coéquipier fit rire Slayer qui s'éloigna en direction de sa voiture, garée quelques pas plus loin dans la rue.

« À dans deux jours ! »

Le cendré le regarda s'éloigner, les poings enfoncés dans les poches. Il se décida à remonter lorsqu'un coup de vent le fit frissonner.

Ils avaient nettoyé la totalité de son appartement, et ça leur avait pris la journée. Au moins, les lieux étaient désormais plus vivables. L'odeur nauséabonde avait disparu et le trois pièces avait retrouvé sa propreté. Il avait quand même fallut se débarrasser du tapis du salon qui était irrécupérable, imbibé d'alcool, de sang et de cendre, et il lui restait encore à faire réparer cette foutue glace de la salle de bain, et aussi la porte d'entrée. Il allait aussi falloir qu'il rachète un peu de mobilier… Mais il y avait d'abord plus important à régler.

Demain, il téléphonerait au directeur de la NHK pour une interview. Il devait aussi contacter la presse. Il ne savait pas encore comment est ce qu'il allait bien pouvoir formuler ses propos, et il avait intérêt d'y réfléchir, car il jouait clairement sa carrière avec ses aveux public. Mais rester dans le silence et reprendre le cours de sa vie comme si de rien n'était aurait été pire. Il devait limiter la casse.

Il referma les dernières fenêtres de l'appartement et éteignit les lumières avant de se rendre dans la salle de bain. Il referma la porte derrière lui, fit glisser ses vêtements qu'il laissa gisant au sol et s'engouffra dans la cabine de douche, allumant l'eau et tournant le robinet de la température à l'extrême. Le petit habitacle fut rapidement envahit d'un épais nuage de buée, et l'eau brûlante se mit à ruisseler sur sa peau, détendait ses muscles et lui arrachant un discret soupir d'aise.

Il passa de longues minutes sous le jet, profitant de l'intimité de l'espace et de la chaleur qui le réchauffait. Il se perdait dans ses pensées, fixant les parois carrelées qui l'entouraient. En plus de régler les histoires publiques liées à son activité de héros, il allait aussi devoir faire un gros travail sur lui-même, à commencer par l'alcool. Lors de sa dernière discussion avec Eijiro, il avait refusé de l'entendre. Ce n'était pas la première fois, mais l'issue regrettable de celle-ci lui faisait prendre conscience de la gravité de la situation. Son compagnon avait raison… Il était alcoolique, drogué à la boisson, incapable de s'en passer, et elle était nécessaire à son bien-être. Comment arriver à se séparer d'une chose dont il était totalement dépendant ? Il se sentait désabusé d'avance, persuadé que la désintoxication serait longue et pénible.

Il poussa la porte de verre de la douche une bonne demie heure plus tard, saisissant une serviette épaisse qu'il passa d'abord dans ses cheveux, les ébouriffant, avant de sécher les grosses gouttes qui coulaient sur son corps. Il croisa son reflet dans la glace brisée, déformé par les fissures qui courraient sur le verre. Sa silhouette avait drastiquement changé. Combien avait-il perdu ? Peut être dix kilos ? Il pouvait voir les os de sa cage thoracique à travers la peau fine de son torse et ses hanches saillantes qui pointaient sous la serviette, enroulée autour de sa taille. Ses joues étaient creusées et il avait de larges cernes violettes sous les yeux. Il faisait clairement peine à voir. Il se fit la réflexion qu'il était également plus que temps pour lui de retourner à la salle de sport et surtout de s'alimenter de nouveau de manière convenable.

Il froissa la serviette qu'il jeta en boule dans la corbeille du linge, ramassant les vêtements jonchant le sol qui la rejoignirent aussitôt. Il quitta la salle d'eau pour se rendre dans la chambre, ouvrant le dressing pour trouver de quoi s'habiller. Il enfila un jogging et un de ses éternels hauts noirs, attrapa en haut d'une pile un sweater qu'il ferma jusqu'au cou. La température qui régnait entre les murs était glaciale, l'air froid de janvier avait eu tout le temps de pénétrer dans l'appartement, les fenêtres étant restées grandes ouvertes toute la journée. Il retourna dans le salon et alluma le radiateur au passage avant de se laisser lourdement tomber sur le canapé comme il avait l'habitude de le faire.

Il alluma la télévision, plus pour avoir un bruit de fond que par envie de la regarder. Il était plus de neufs heures. Il ramena ses jambes contre son buste et croisa les bras autour. Sur l'écran en face de lui, les chaînes d'information diffusaient leurs meilleurs vœux pour la nouvelle année à venir.

Il repensa à Eijiro. Il lui manquait, il n'en pouvait plus d'attendre de pouvoir enfin le retrouver auprès de lui… Le Docteur l'avait prévenu, il allait sûrement passer du temps à l'hôpital, et la rééducation serait laborieuse. Peu importe le temps que ça prendrait, il irait lui rendre visite tous les jours. Il ne voulait plus passer à côté de lui, il ne voulais plus être loin de lui, il ne voulait plus jamais ressentir cette horreur qui l'avait pris aux tripes lorsqu'il avait cru que leur dispute et les coups qui s'en étaient suivis avaient été leur dernier contact. Il l'aimait, et il voulait le lui montrer. Eijiro ne méritait pas les coups qu'il lui avait portés, ni les menaces et les injures qu'il lui avait crié. Il méritait tout l'amour qu'il avait à lui donner, et toute l'attention qu'il était en mesure de lui apporter.

Il posa son menton sur ses genoux, laissant échapper un soupir. Il tourna le visage, posant les yeux sur le paysage urbain qui s'offrait à lui derrière la baie vitrée du salon. Ce soir, la ville semblait calme. L'agitation des fêtes passée, Tokyo retrouvait ses habitudes. À la nuit tombée, elle revêtait son manteau sombre parsemé des éclats jaunes et blancs qui illuminaient les centaines de milliers de buildings qui se dressaient dans la capitale, les clignotements rouges et verts des hauteurs des tours, le tout sur fond d'une atmosphère rougie à l'horizon par les éclairages de la ville.

Il laissa ses yeux s'égarer sur l'immensité tokyoïte qui s'étendait à perte de vue en face de lui, parcourant du regard les gratte-ciels, le paysage se déroulant sous lui comme s'il le survolait.

Ce soir, il avait l'impression de planer au dessus de la capitale.

§§§

Le lendemain, son réveil sonna à sept heures trente. Il se retourna entre les draps avant de l'écraser lourdement, et se redressa, restant à fixer le vide, émergeant le temps de quelques minutes.

Il posa un pied au sol un bon quart d'heure plus tard, faisant un détour par la case salle de bain pour s'asperger le visage d'eau froide. Il fut de retour dans la chambre en deux enjambées où il enfila un costard sobre, une chemise en satin gris perle et une veste noire, sans cravate.

Il passa par la cuisine pour se faire un café, et, à huit heures, lorsque le soleil commençait à peine à passer la ligne de l'horizon, ses rayons se frayant un chemin entre les hautes tours de la ville, il était prêt à partir pour affronter l'une des journées les plus chargées de sa carrière.

Il attrapa les clés de sa Ferrari et enfila un manteau épais avant de sortir de son appartement. À peine cinq minutes plus tard, il était dans sa voiture, une main sur le volant et l'autre tenant son téléphone près de son oreille, attendant que le portail de l'immeuble s'ouvre. Il appelait sa secrétaire.

« Allô, Taeko ? J'ai pas mal de boulot, j'ai plusieurs choses à vous demander. Oui… Oui, oui, ça va. »

Le portail s'ouvrit. La Ferrari sortit du parking et tourna à droite dans un crissement de pneus.

« Appelez-moi le président de la NHK, dites-lui que je veux un rendez-vous. Ah, et joignez aussi toutes les autres chaînes de télé et journaux que vous pourrez… Quoi, qui ça ? Le président du siège des Héros ? Encore ? Bon, réservez-moi une table à Ise Sueyoshi pour ce midi, j'irai déjeuner avec lui pour en parler… »

Il s'engouffra sur le périphérique, il prenait la direction de l'hôpital.

« Oui, oui je sais… Je sais, j'ai dit ! Ah oui, trouvez-moi aussi un artisan qui répare les portes… Oui, c'est ça. Et préparez-moi une liste des dossiers les plus urgents à traiter pour demain, je la veux sur mon bureau à la première heure. »

Il raccrocha et fit disparaître son téléphone au fond de la poche de son manteau. Il appuya sur l'accélérateur et dans un vrombissement, la voiture prit de la vitesse et fila tout droit vers Hosu.

Il était neuf heures lorsqu'il se gara sur le parking de l'hôpital. Il descendit de sa Ferrari, les bras encombrés par un énorme bouquet de fleurs qu'il avait acheté en chemin. Il passa les portes automatiques, traversa le hall d'accueil et marcha jusqu'à l'ascenseur. Il connaissait les lieux par cœur, maintenant. Arrivé au deuxième étage, il tourna automatiquement au bout du couloir.

La chambre d'Eijiro était juste au détour. La porte était ouverte, une infirmière était à l'intérieur lorsqu'il entra, occupée à lui changer sa perfusion. Elle sortit lorsqu'elle eut terminé pour les laisser seuls.

« Salut, commença le cendré, encore un peu intimidé par l'atmosphère de la chambre d'hôpital et par les nombreuses machines qui entouraient le lit de son compagnon.

-Bonjour, Katsuki. »

Il posa les fleurs sur la table de chevet adjacente au lit et vint s'asseoir près de lui. Il se pencha au dessus d'Eijiro pour poser ses lèvres sur les siennes.

« Comment tu te sens ?

-Ça va, je récupère petit à petit mais j'ai du mal à bouger… Je crois qu'ils vont essayer de me faire marcher, aujourd'hui. »

Katsuki déglutit et ignora la douleur qui lui retourna le ventre. Il poursuivit, tentant de cacher son inquiétude :

« D'accord, il posa doucement sa main sur la sienne, et… Est ce que tu arrives à manger ?

-Non, pour l'instant je suis encore sous perfusion… »

Il fit glisser ses doigts entre les siens et serra les dents. Ses sourcils froncés et son air sombre trahissaient son angoisse. Eijiro le remarqua et lui sourit gentiment :

« Je sais que tu te fais du soucis, mais t'inquiète pas, je vais récupérer. On ne se débarrasse pas de moi aussi facilement. »

Katsuki releva les yeux avec un sourire presque invisible :

« Je sais, mais je peux pas m'en empêcher. »

Ils passèrent quelques minutes à discuter, Katsuki gardant la main d'Eijiro serrée dans la sienne. Ils furent coupés par trois coups légers contre la porte. Le Docteur Sawamura venait d'arriver.

« Bonjour… Ah, Monsieur Bakugo, vous êtes déjà là ?

-Bonjour. »

Elle entra dans la pièce pour examiner Eijiro et relever son état de santé. Il était suivi de près depuis qu'il était sortit de son coma. En passant, elle se pencha sur Katsuki :

« Vous voulez bien m'attendre dans mon bureau ? J'aimerais avoir une petite discussion avec vous.

-Bien. »

Il se leva, gardant les doigts du carmin entrelacés entre les siens encore quelques secondes.

« J'ai une journée chargée aujourd'hui, je dois y aller. Je reviendrai te voir demain avant d'aller à l'agence.

-Tu retournes travailler ?

-Oui, j'ai assez attendu.

-D'accord… Bon courage, alors. »

Il le quitta d'un baiser sur le front et sortit de la chambre, se retournant encore une fois pour lui accorder un dernier sourire, et sa silhouette passa l'encadrement de la porte.

Il retrouva Sawamura dans son bureau à peine deux minutes plus tard. Elle l'invita à s'asseoir.

« Vous avez l'air d'avoir meilleure mine. Ça va aller, pour le travail ?

-De toute façon, j'ai pas le choix.

-Oui, c'est évident… Elle parcourut l'écran de son ordinateur des yeux quelques secondes, puis se replaça en face de lui. Bien. Écoutez, le cas de Monsieur Kirishima relève clairement du miracle, vous savez ? D'après les premiers examens que nous sommes en mesure de faire, il n'a pas l'air d'avoir de séquelles mentales ou physiques. En revanche, la rééducation va prendre un certain temps.

-Quand est ce qu'il pourra sortir ?

-Je dirais dans deux semaines, mais pas avant, en tous cas. Il a besoin d'être encadré, son corps souffre tout de même de ces dix sept jours de coma et la récupération sera longue. Il va falloir prendre votre mal en patience. »

Elle n'eut qu'un soupir ennuyé comme réponse. Elle continua :

« Nous allons prendre bien soin de lui, ne vous en faites pas.

-Vous avez intérêt.

-Vous pouvez nous faire confiance. Et… Elle se pencha vers lui, dardant son regard dans le sien, baissant d'un ton comme si le sujet était épineux, et il l'était, si jamais vous avez besoin d'un quelconque soutient, que se soit d'ordre psychologique ou par rapport à des problèmes d'addiction, appelez ce numéro. N'hésitez pas. »

Elle fit glisser une petite carte en face de lui qu'il prit en grimaçant. Il la parcouru rapidement du regard par politesse avant de la ranger dans la poche intérieure de sa veste et se leva, prêt à partir. Le Docteur le raccompagna jusqu'à la porte.

« Je suppose que nous nous reverrons demain ?

-Je viendrai tous les jours pour être sûr que vous vous occupez bien de lui. »

Ils s'échangèrent mutuellement un sourire et Katsuki quitta l'hôpital. Lorsqu'il remonta au volant de sa Ferrari, il était presque dix heures et le soleil glissait sur le sol, projetant sa lumière orangée aux alentours, ses rayons se reflétant sur la carrosserie rouge de la voiture de luxe. Un tour de clé et le véhicule redémarra, faisant marche arrière avant de s'engouffrer de nouveau sur le périphérique.

Katsuki avait encore la sensation des doigts d'Eijiro noués aux siens lorsqu'il se fit la réflexion qu'il avait hâte de son retour.


Mais ouiiiii bb tkt pas il va bientôt rentrer à la maison ton mec! Mais avant ça, tu vas en baver un peu avec les médias haha ben oui, attention au retour de flamme hein.

Bref, on arrive à la fin de la fic, il me reste deux chapitres à vous poster AAAAAAAAAAAAH je suis tristesse.

Sinon, j'ai commencé à écrire le prochain mais il me va pas du tout donc je pense que je vais le reprendre de zéro, surtout après avoir relu celui-là je me rend compte qu'il est bourré d'incohérences. ET comme un malheur n'arrive jamais seul j'ai encore des révisions, des dossiers et la reprise qui me guettent et qui attendent patiemment de se jeter sur moi pour me maraver la face, donc je vais -et à mon plus grand désespoir- sûrement avoir beaucoup moins de temps pour écrire. La publication de Success reprend donc son rythme d'un chapitre toutes les deux semaines... Jusqu'à nouvel ordre. T'façon, hein, comme d'hab, date de publi' in my bio si jamais y'a du changement.

Edit: EN FAIT J'L'AI FINI! Youhouuu! Donc on se revoit le 19 janvier :D

Voili vouilou, n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de la tournure que prennent ces derniers chapitres, j'adore avoir vos retours, ça me motive un max :)

Sur ce, j'vous dit à bientôt ('fin à dans genre trente minutes pour Puceaux!) et portez-vous bien!