Auteur : Plume d'Eau

Pairing : JohnKat (je vous assure je vais la virer, cette ligne !)

Bêta : Moïra-Chan

Rating : T (Non mais là c'est encore pire, on est dans la tête de Karkat !)

Disclamer : l'univers d'Homestuck ainsi que ses personnages ne m'appartient en aucun cas, tout n'est que propriété d'Andrew Hussie (qui a intérêt à ne pas trop blesser mes chéris...). Seules les idées sont à moi. (Au bout d'un moment on fini par le savoir...)

Résumé : Coupure. Tu clignes des yeux. Ton nom est Karkat, et autour de toi, tout vient soudain d'être plongé dans le noir. Foutu Brésil et ses installations qui tiennent pas la route.

Note de l'auteur : Coucou mes pioupiouuuus ! Ca fait plaisir de vous voir ! :3 J'espère que vous avez passé une bonne semaine, pour ma part elle a été consacrée à prendre de l'avance dans les thèmes pour être sûre de ne pas vous laisser comme deux ronds de flanc quand mon boulot à l'uni deviendra trop lourd. Je vous gâte, hein ? Rien d'autre à ajouter, à part une dédicace à ma bêta d'amour, qui s'est mise à renommer les virgules en cours de correction et m'a donc fait mourir de rire à trois heures du matin. Voilà. C'est la meilleure.

Auto-évaluation : *****


9 - Coupure

[11:43] CG: JE SUPPOSE QUE C'EST LE MOMENT OU JE DOIS COMMENCER A FAIRE UNE LONGUE DECLARATION DIGNE DU MEILLEUR D'UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES

Tu clignes des yeux.
Ton nom est Karkat, et autour de toi, tout vient soudain d'être plongé dans le noir. Ta chambre, le couloir qui y mène et que tu pouvais apercevoir par la porte ouverte, toute la ville aux alentours. Le tonnerre résonne sombrement à tes oreilles tandis que la réalisation frappe ton cerveau : coupure de courant, à cause de l'orage au dehors.
Foutu Brésil et ses installations qui tiennent pas la route.

Un regard vers ton ordinateur portable, encore allumé grâce au seul miracle de sa batterie, te fait grincer des dents. Il ne te servira à rien sans la borne internet, dont l'icône clignote d'une croix rouge pour bien te faire comprendre que non, rien ne te sera épargné dans ce monde de merde. Parce que quitte à avoir un ordi et à être en train de faire un essai de déclaration à la personne pour qui tu te tapes le crush du siècle depuis presque cinq mois, autant en profiter pour reprouver encore une fois à quel point tu as un mauvais karma.
Avec un grognement sourd histoire de ne pas céder à la pulsion de tout envoyer bazarder dans ta chambre, tu refermes ton ordinateur d'un claquement sec. Aucune raison de le laisser allumé, et tu pourrais en avoir besoin si la coupure se prolonge et que tu dois finir tes devoirs – ce qui risque fort d'arriver, soyons honnêtes.

Tu te laisses partir en arrière jusqu'à sentir un des oreillers sous ta nuque, ton ordinateur maintenant relégué au pied de ton lit. Un coude en travers des yeux, tu exhales un soupir d'agonie – ou presque – de ta cage thoracique. Le monde ne hait vraiment que toi. C'est pas possible autrement. Karkat est en train de faire une déclaration d'amour à quelqu'un en mourant presque de stress parce qu'il sait très bien qu'il va se prendre le râteau du siècle ? Mais voyons, dans ce cas, empirons les choses et faisons sauter le courant, ce sera bien plus drôle !
Allez, venez tous vous moquer de ce pauvre Karkat, il n'a que ce qu'il mérite de toute façon. Ha. Ha. Ha !

Un autre grognement-soupir et tu te relèves, promenant ton regard dans la pièce, puis sur l'étendue sombre qu'est ta ville, au dehors. Tout est éteint, à tel point que tu peux voir les étoiles moucheter le ciel en un véritable ballet bien plus peuplé que ce qui est d'habitude observable. Nul doute que deux ou trois crétins vont s'inquiéter de voir cette étrange tache blanche qu'est la Voie Lactée et tenter d'appeler—
Une vibration fait résonner le bois de ta table de nuit branlante, te faisant presque sauter au plafond – ou pas. Tu nieras que ce soit jamais arrivé, jusqu'à ton dernier souffle. Manquant de te casser la figure en te retournant sur le bord de ton matelas, tu tends le bras jusqu'à attraper le responsable de toute cette frayeur – ton téléphone portable.

Qui vibre d'un appel, affichant un numéro inconnu.
Tu fronces les sourcils. Qui… ?
D'un glissement de doigt, tu décroches et portes l'appareil à ton oreille, lançant d'une voix sèche :

« Allô ? »

Au bout du fil, tu entends une respiration, mais personne ne parle. Tes sourcils ne pourraient pas être plus froncés, et tu t'apprêtes à incendier l'inconnu quand, tout à coup, une voix résonne.

« Karkat ? »

Une voix que tu ne connais pas.
Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

« Qui est à l'appareil ? »

Tu entends une sorte de halètement, comme si la personne tentait de rire et d'être soulagée en même temps – ce qui serait vraiment une idée idiote. Et tu commences gentiment à soupçonner qui pourrait bien être cette personne idiote aux idées idiotes qui tente des choses idiotes, comme de t'appeler stupidement au milieu de la nuit – quand il est presque trois heures du matin chez lui.

« C'est moi, John ! »

… Tu en étais sûr.
Tu pousses un soupir en te frottant les yeux, incertain de ce que tu dois faire, là, tout de suite, maintenant. Après tout, la dernière fois que tu lui as parlé – c'est-à-dire, y a environ dix ou quinze minutes ? – tu n'étais pas très loin de lui faire la pire déclaration d'amour du siècle.
De son côté, ton interlocuteur semble prendre ton silence avec inquiétude.

« Tu es encore en vie, Karkat ? »

Tu renifles.

« Non, je viens de mourir d'une foudroyante attaque cardiaque. Ton appel a provoqué chez moi tant de surprise et d'émoi que mon cerveau a été profondément troublé. Et ta voix stupidement débile a poussé mes neurones à faire une tentative de suicide collectif qui s'est soldée par un anévrisme qui a conduit mon propre cœur à se suicider de son propre chef. Félicitations. »

Tu l'entends souffler d'un air presque surpris à la fin de ta tirade, puis…
… partir dans un grand éclat de rire.
Quoi ?

« Pfffhahahaha Karkat, t'es vraiment encore mieux en vrai, c'est incroyable ! Je pensais pas que tu étais capable de faire aussi des monologues comme sur pesterchum ! Et tu arrives à dire tout ça sans respirer ? Comment tu fais ? »


Mais quel crétin.

« De toute évidence, j'ai tout simplement plus de capacité pulmonaire que toi, vulgaire mollusque.
- Héhé, je n'y peux rien si je suis asthmatique ! Ou alors, c'est simplement toi qui es plus doué en sport que moi. Tu fais du sport non ? De la musculation, peut-être ? Ou bien un sport d'équipe comme le basket ou le foot ! Non, attends, ça n'irait pas avec ton carac—
- Egbert, tu le coupes dans un soupir. Qu'est-ce que tu voulais, à la base ? »

Ça a au moins le mérite de le faire taire.
De le faire taire… un peu trop longtemps à ton goût. Il n'a pas grillé ses derniers neurones au bout du fil en tentant de réfléchir, au moins ?! Il en serait bien capable…

« John ? Toujours en vie ?
- Oui, oui ! répond-il après quelques secondes. C'est juste…
- Juste quoi ?
- Eh bien, j'étais curieux ?
- Curieux de quoi ? lances-tu, méfiant.
- Eh bien… Tu avais l'air d'être sur le point de me dire quelque chose, sur pesterchum, non ? »

Oh.
Oh-oh. Mauvais. Pas bon. Niet. Annulez la mission, annulez la mission ! Houston, on a un super méga hyper gros problème de la taille d'une putain de baleine qui fait de l'aérophagie, revenez à la base tout de suite où il sera impossible de vous sauver du pire râteau doublé d'une atroce sensation de rejet de l'histoire de toute l'humanité, des râteaux et du rejet. Et ça fait un paquet.

« Ahahah, ça ? Non mais, c'était rien. Oublie. »

Voilà, bien ! Bravo !
Avec ça, sa méfiance devrait retourner faire un putain de gros dodo au pays des songes et des méfiances qui se prennent pour la belle au bois dormant et qui ne…

« Mais bien sûr, et tu penses que je vais te croire ? Allez, dis-moi ! »

… se réveillent pas inopinément sans qu'on leur demande leur avis.
Sauf que lui ne doit jamais rien faire comme les autres, évidemment, hein ?
Tu soupires lentement, agacé par son insistance et ta propre stupidité qui commence à, décidément, atteindre des proportions astronomiques. VY Canis Majoris ? Pff, un grain de poussière à côté de ton abominable débilité !

« C'était rien j'te dis, ok ? Alors oublie, de toute façon c'était stupide.
- Si c'était stupide, c'était pas rien ! Tu sais très bien que tu peux tout me dire, Karkat.
- Non, ça n'en vaut pas la peine, j'te dis. Laisse tomber.
- Certainement pas. Tu vas me le dire ou…
- Ou quoi ? Tu comptes faire quoi, à plus 6900 kilomètres de moi ? Hmm ?
- Je... »

Il parait réfléchir quelques secondes – un miracle pour sa tronche de mollusque sous-alimenté – avant de pousser une exclamation triomphante.

« Je te récite tout le script de Con Air par cœur ! Et ne tente même pas de penser que je n'en suis pas capable, tu sais comme moi le nombre de fois où j'ai vu ce film ! »

Ok, là, tu en restes bouche bée.
Félicitations John, tu as réussi à tuer la capacité locutoire de notre brave Karkat, désormais décédé au front, la tête dans un mélange entre le surpris et l'énervé qui fera certainement fuir tous ceux venus commémorer son décès et même, les vers de terre qui se seront déplacés pour bouffer son cadavre. Il en résultera ainsi un cadavre non dévoré par le monde souterrain une fois mis en terre, qui sera découvert comme la première momie à tirer parfaitement la gueule, dans des milliers d'années, quand notre civilisation aura disparu, terrassée par sa propre stupidité et ses ravages. Grâce à toi, on pensera que notre civilisation ne pouvait que tirer la tronche, et on vénèrera alors le dieu de la colère et de la rage dans tous les peuples restant sur cette misérable…

« Karkat ? Je vais commencer, attention…
- Oh putain, ta gueule ou je me charge de passer la main dans le combiné pour t'étrangler avec tes propres intestins ! »

Tu l'entends rire à l'autre bout du fil.
C'est quand même le premier humain à se marrer à chacune de tes promesses de mort atroce et douloureuse. Il doit vraiment lui manquer une case quelque part…

« Alors dis-moi !
- Mais putain, pourquoi t'es aussi têtu à ce sujet ? Si je te dis que c'était rien, pourquoi ça te suffit pas ?!
- Parce que je sais pertinemment que ce n'est jamais rien avec toi – surtout si tu ne veux pas me le dire. Ça doit être très important. Et puis, je suis curieux. C'est pas toi qui m'avais dit qu'à force je finirais comme le chien ? Ou… ou le cheval, je sais plus ?
- Le chat, Egbert. Le chat. Apprends tes proverbes, merde ! (1)
- Oui, le chat. Alors ? Qu'est-ce que tu voulais me dire ? »

Tu pousses un énième soupir.

« Rien, bordel de merde ! C'est pas grave, donc ne fais pas attention !
- Karkaaaaat, je vais me mettre à citer Con Air !
- T'as pas intérêt d'essayer !
- Alors dis-moi !
- Mais je te dis que c'est pas important !
- Si ça l'est !
- Non !
- Si !
- Non !
- Si !
- Non !
- Si !
- RRAAAAAAHHHH, tu finis par hurler. CA VA, J'AI COMPRIS OK. JE T'AIME ! VOILA, T'ES CONTENT, JE L'AI DIT, JE T'AIME ! TU PEUX ME METTRE UN RÂTEAU ET ME LACHER LES BASQUES, MAINTENANT ? »

Tu t'interromps, à bout de souffle et complètement choqué par ce que tu viens de faire. Ok, tu ne t'imaginais pas vraiment lui faire une réelle déclaration d'amour romantique ou quoi que ce soit, mais… la faire en lui hurlant dessus et en l'insultant à moitié ? Sérieusement ? Bravo toi-même, là tu mérites certainement un oscar pour la pire déclaration d'amour du monde.
Plus rien ne résonne à tes oreilles, à part ton souffle erratique et ton cœur qui bat la chamade. De l'autre côté du combiné règne un silence de mort – tu as l'impression qu'il ne respire même plus. Et ce son te tord les tripes.
Tu es encore en train d'hésiter entre faire machine arrière, te confondre en excuses ou tout simplement raccrocher quand un soupir gèle ton sang dans tes veines.

« Et tu fais toute une histoire de ça ? Mais tu sais bien que moi aussi je t'aime, Karkat ! »

Incrédule, tu secoues la tête.
Il n'y a vraiment que lui pour réussir à ne pas comprendre quand quelqu'un lui fait une véritable déclaration d'amour – et non, ça n'a rien à voir avec le fait que tu viens de la faire avec un supplément hurlements et insultes. Certes, depuis cinq mois que vous vous connaissez, vous avez beaucoup discuté et à plusieurs reprises, vous avez admis que l'autre était un ami très précieux pour vous, mais là…

« T'as pas compris, espèce de crétin fini. Je ne t'aime pas « bien » ou « beaucoup ».
- Mais…
- Je t'aime. Tout court. Comme dans, salut, je suis amoureux de toi, et je suis un cas désespéré pour m'être entiché d'un foutu hétérosexuel fini qui ne posera jamais les yeux sur moi et—
- Karkat. »

Tu te stoppes, incertain.
Est-ce que tu continues encore de respirer, à vrai dire ?

« Quoi ?
- J'ai compris. Ce que tu as dit. J'ai compris, tu m'aimes. Et c'est ce que je t'ai répondu. Moi aussi, je t'aime.
- Qu—
- Et maintenant c'est qui, de nous deux, qui est un crétin ? »

Sa voix contient un sourire. Un de ces sourires qu'il traduit par des « :D » sur pesterchum, qui doivent lui défigurer ce visage que tu n'as vu qu'en photo. Un de ces sourires qui doit certainement faire briller ces deux immenses billes bleues qui lui servent d'yeux et te font parfois penser que la génétique est vraiment une salope injuste.
Tu relâches ta respiration, tes poumons s'emplissant avec gratitude d'un air qui semble avoir un goût différent, tout à coup. De l'autre côté de la ligne, ton interlocuteur semble s'inquiéter.

« Karkat ? Tu es toujours vivant ?
- Je… tu avales ta respiration. Je ne suis pas sûr de… de savoir comment réagir.
- Tu veux dire que j'ai réussi à te couper le sifflet ? Ce serait bien une première, non ?
- Ta gueule, idiot. Et puis, qu'est-ce qui est arrivé à toute cette histoire de « je ne suis pas un homosexuel », hein ?
- Oh, j'imagine que…
- Que quoi ?
- Qu'au final, je dois être… Karkat-sexuel ? »

Pendant un instant, tu te demandes si ton cerveau ne va pas sauter devant tant de connerie.

« Je… n'arrive pas à croire que tu aies pu lâcher une telle débilité.
- Héhéhé ! C'est pourtant vrai ! »

Tu pousses un soupir. Il rigole.
Et après ça, vous continuez à parler. Tu ne sais pas exactement combien de temps – certainement une ou deux heures. À tel point qu'à un moment, tu commences à avoir peur que ton portable ne te lâche, à court de batterie. Tu tentes bien de le lui dire, mais il s'en fiche, préférant te répondre que tant que ça ne coupe pas, il n'y a aucune raison de raccrocher – surtout qu'il appelle avec le téléphone de sa maison, ce qui réduit les frais. C'était donc pour ça que tu n'avais pas reconnu le numéro, tu songes à ce moment-là.
Et puis, à presque trois heures du matin – bon sang, il ne doit pas être loin de l'aube, chez lui ! – l'électricité revient. La lumière de ta chambre se rallume sans prévenir, t'explosant la cornée au passage. Quand tu le lui dis, il rit légèrement, puis baille. Tu hésites une seconde.

« Je vais peut-être raccrocher du coup, non ?
- Hmm ? Mais pourquoi ? il semble inquiet. Alarmé ?
- Ben si l'électricité est revenue, je peux retourner te parler sur pesterchum. Ce sera quand même plus pratique et moins coûteux en frais d'appel, non ? »

Une seconde – une hésitation. Un souffle.

« Je préfère écouter ta voix, moi… »

Tu pousses un soupir.
Avec sur la figure, un sourire.

« Tu sais, crétin…
- Quoi ?
- Skype, ça existe. »

J&K


(1) En anglais, on ne dit pas « la curiosité est un vilain défaut », mais « curiosity killed the cat », autrement dit « la curiosité tua le chat. » (Et oui, c'est également de là que vient le titre de la fanfiction que j'ai écrite avec Akuraichuu ) )

Et une dédicace spéciale à Aohebi, qui m'a fait sautiller de joie en me laissant une review dimanche dernier - ça valait au moins un remerciement public, hé. Des motivés pour cette semaine ? (L)
Sinon, rendez-vous la semaine prochaine avec le thème 10 : Tempête ! N'hésitez pas si vous avez des suggestions ;)