Chapitre 9
Merci à tous pour vos commentaires et vos suggestions d'amélioration, qui m'ont bien aidée!
Lothiriel sortit sur la terrasse et cligna des yeux dans la lumière du matin. Après une nuit assez peu reposante, elle avait le projet de s'asseoir avec un livre en contemplant la plaine, pour se changer les idées.
Tandis qu'elle descendait vers les portes, elle remarqua un petit bouquet d'herbe verte déposée sur chaque fenêtre des maisons.
« -Bonjour, jeune fille! héla Camiel en débouchant d'une ruelle, un panier vide à la main. Vous êtes bien matinale! Je reviens tout juste des écuries, où une jument a pouliné cette nuit.
-Bonjour Camiel, répondit-elle. J'avais juste envie de profiter de cette belle journée. Dites-moi, que sont ces gerbes, au rebord des fenêtres?
-Ici, l'herbe est un symbole de vie, même si elle dure peu, dit la vieille femme. Nous la plaçons à nos fenêtres pour manifester que nous nous réjouissons de la guérison d'un être cher -en l'occurrence, notre bien-aimé roi.
-C'est une belle coutume, dit Lothiriel. Je vous remercie de me l'avoir expliquée. Nous n'en avons pas de telles chez nous! Cela fait peu de temps que je séjourne ici, mais il me semble que vous en avez beaucoup.»
Camiel sourit.
«- Il est bon de voir nos traditions appréciées des étrangers, dit-elle. Si vous souhaitez les connaître mieux, vous devriez aller frapper à la porte de Rama, le vanneur. Durant la belle saison, il parcourt les villes et villages de la Marche, vendant ses vanneries et racontant les légendes que les anciens nous ont transmises. Cela devient d'autant plus important, hélas! que beaucoup de vieilles gens ont péri cet hiver. Je m'estime heureuse d'être encore de ce monde! »
Elle se retourna et tendit le bras vers la droite.
« -Voyez, Rama habite la deuxième maison de cette rue, après la fontaine.
-Je serais heureuse de l'entendre, dit Lothiriel avec enthousiasme. Et si le vanneur le permet, j'amènerai mon frère avec moi. Il sera certainement avide de ses histoires. »
Elles se séparèrent, Camiel remontant à Meduseld, et Lothiriel se dirigeant vers les portes. Elle avait hâte de rencontrer Rama; mais pour l'instant prédominait son désir d'être un peu seule.
Il sembla que sa conversation avec Camiel avait été entendue: sur son chemin, Lothiriel remarqua nombre de sourires et de regards amicaux dirigés vers elle. Même si les Rohirrims avaient accueilli les hôtes d'Eomer avec bienveillance, elle avait maintenant l'impression qu'ils la tenaient personnellement en estime, et cela la réjouissait. C'était facile de les aimer: comme les chevaux, il suffisait d'être en vérité avec eux, et ils donnaient alors volontiers leur amitié, quel que fût la modestie de leur origine.
Quand elle franchit les portes de la cité, elle remarqua une forme mouvante, non loin dans la plaine: un grand cheval gris qui galopait ça et là, s'arrêtant parfois net dans sa course pour effectuer une puissante cabriole. Lothiriel le reconnut soudain quand il tourna la tête vers elle et s'approcha au petit trot: Piedardent.
La fière bête la salua d'un hennissement, s'arrêta devant elle et se laissa caresser. De sa poche, Lothiriel sortit une pomme -qu'elle avait projeté de donner à sa jument en passant aux écuries- et Piedardent l'accepta avec un plaisir visible. Le cou arqué comme celui d'un cygne, les muscles saillants, il dégageait une admirable impression de puissance et de droiture, et le coeur de Lothiriel se serra quand elle réalisa à quel point il ressemblait à son cavalier.
C'est alors qu'elle le remarqua: enveloppé d'un épais manteau, la démarche un peu hésitante, Eomer s'approchait en souriant. Lothiriel inclina la tête avec une révérence.
« -Bonjour, seigneur! dit-elle timidement. C'est une joie de vous voir rétabli.
-Je vous remercie, demoiselle, répondit-il d'une voix légèrement éraillée. Le roi Aragorn a eu la bonté de m'accorder ses soins, et ma gratitude est grande envers lui. Il m'a permis de sortir une petite heure, et j'en ai profité pour emmener Piedardent: lui comme moi n'aimons guère rester enfermés! »
Il flatta la belle encolure.
« -Il semble beaucoup vous apprécier, dit-il.
-Sans doute aime-t-il davantage le contenu de mes poches, répondit Lothiriel en souriant.
-Non, dit Eomer. Il n'est pas venu vers vous pour une friandise, mais pour le simple plaisir de vous voir. Sinon, il serait à nouveau en train de galoper à travers l'herbe haute.
-Moi aussi, je l'apprécie, dit Lothiriel avec chaleur. Il est si beau, si noble, si… »
Elle s'arrêta brusquement en baissant la tête, mais Eomer ne parut pas remarquer son trouble. Ils restèrent un instant à caresser le grand cheval, puis Eomer reprit la parole:
« -Il me semble, gente demoiselle, que vous avez eu l'amabilité de me visiter hier. Mais peut-être n'était-ce qu'une illusion de mon esprit?
-Je suis en effet venue, seigneur », répondit-elle en rougissant.
Eomer fronça les sourcils.
« -Aurais-je eu envers vous une parole déplacée? Je vous prie d'en excuser votre serviteur.
-Non, seigneur, répondit-elle vivement.
-Alors, qu'y a-t-il? » insista Eomer.
Lothiriel prit une grande inspiration.
« Vous avez demandé ma main », dit-elle dans un rapide murmure.
Dans la crinière de Piedardent, les doigts d'Eomer s'immobilisèrent soudain. Il y eut quelques instants de silence gêné, puis enfin il parla:
« Il semblerait que mon coeur ait parlé sans m'avertir. Jamais je n'aurais osé formuler une requête aussi audacieuse. Cependant, j'en ai une autre à vous soumettre. »
Il se pencha pour approcher son visage de celui de Lothiriel.
« Si vous le voulez bien, dit-il doucement, accepteriez-vous de réfléchir à un éventuel mariage avec moi? »
Après un moment d'hésitation, Lothiriel leva les yeux et les planta dans ceux d'Eomer. Elle y lut, en plus de la lassitude encore présente, une vive affection pour elle, accompagnée d'un immense respect; et, derrière, la peur de se voir méprisé par celle dont il osait avouer avoir besoin.
Elle sourit.
« Ce serait avec grande joie, seigneur. »
Le visage pâle d'Eomer se détendit d'un coup, et il sourit à son tour.
« Dans ce cas, pourquoi ne pas commencer tout de suite? dit-il en désignant un banc au soleil, contre la palissade. Tout d'abord, j'aimerais vivement en savoir plus sur la fondation de votre cité. Est-il vrai que vous avez du sang d'Elfe dans les veines? »
