Aucun personnage ne m'appartient.

Le plus beau des sports

Teyla n'aimait pas particulièrement le football, qu'il soit américain ou canadien. Elle n'en comprenait pas l'enjeu, l'intérêt, l'essence. Qui avait-il de si passionnant à regarder des hommes se défoncer la gueule pour récupérer un ballon à la forme bizarre? Qu'est-ce que ce jeu avait de si spécial pour captiver les masses?

Car, elle le voyait bien, John et son fils n'étaient pas les seuls à s'enthousiasmer pour ce sport. Il n'y avait qu'à contempler les foules dans les gradins; se lever comme un seul homme, s'indigner en chœur, chanter, huer, applaudir. Ou tout simplement, elle ne pouvait que constater l'engouement – la folie – qui s'emparait de certains soldats à l'approche des grands matchs, de la véhémence qu'ils manifestaient pour telle ou telle équipe rivale.

« Le football est une religion et la religion pousse à la guerre. »

C'était ce que lui avait dit Rodney une fois, alors qu'ils assistaient à une violente altercation entre deux hommes qui prenaient pour des équipes différentes. Cet état de fait avait rendu l'athosienne encore un peu plus perplexe.

C'était à ce moment que la guerrière s'était tournée vers Sheppard, le mieux placer selon elle pour éclaircir ce mystère. Forcément, il devait posséder la clé de l'énigme. Elle voulait – non, devait – comprendre. C'était devenu vital à partir du jour où Torren avait été contaminé par cette fièvre, transmise par le Colonel.

John s'était prêté au jeu de bonne grâce, se livrant en explications maladroites. Il avait essayé de lui raconter. Il lui avait parlé des vagues émotions, des pics d'adrénaline. Mais surtout, il avait insisté sur une chose : supporter une équipe, c'est supporter les vôtres, prendre part à quelque chose de plus grand que vous, faire partie d'une famille gigantesque.

Teyla avait écouté, mais n'avait pas encore tout à fait compris. Supporter les vôtres alors que vous ne les connaissez pas? Quelque chose de plus grand comment? Faire partie d'une famille d'étrangers?

Non, elle ne percevait pas la logique dans tout ça. Ce à quoi le militaire avait répliqué que c'était justement la logique, le problème dans son raisonnement, qu'il ne fallait pas la chercher.

La jolie extraterrestre n'avait jamais discerné le sens de ces paroles avant aujourd'hui. Parce que, oui, aujourd'hui, enfin, elle comprenait. Elle cernait finalement tous les enjeux du football, alors que, comme tous les samedis, elle était assisse devant un vieux match avec John, son enfant confortablement installé entre eux deux.

Le sourire aux lèvres, elle observait. Elle observait John et Torren; crier de joie, bondir à en faire trembler le divan, lancer des popcorns à la télévision, rire avec complicité, déblatérer dans le jargon du foot, danser au moindre touchdown de leur équipe, se plaindre des arbitres, s'amuser gentiment de son ignorance du sport, lui expliquer avec enthousiasme ce qu'elle ne saisissait pas.

C'était ça le football, profité d'un bonheur simple, d'un moment privilégié – de connivence – avec la personne de votre choix. C'était ce qu'avait voulu dire le Colonel par « famille » : le sport rassemblait les gens.

Et ici, en l'occurrence, c'était eux qu'il rassemblait. Torren, John et elle.

Teyla croisa le regard du militaire un bref instant, puis tous deux baissèrent les yeux simultanément vers la petite silhouette réfugiée entre eux. Ils sourirent ensemble.

Vraiment, l'athosienne n'aurait échangé sa place pour rien au monde. Le football était incontestablement le plus beau sport des deux galaxies réunies.

FIN