Petite précision pré-lecture : Concernant les dates, j'ai pris quelques libertés par rapport au livre. Mais vous avez déjà dû remarquer le relatif non-respect du canon de l'œuvre originale.
CHAPITRE IX - Papote et Confidences
La plume à Papote de Rita Skeeter parcourait le parchemin avec une frénésie sans précédent, toute excitée de coucher sur le papier les révélations du leader du dernier groupe à la mode.
«Alors mon cher ami, pépia la journaliste de sa voix minaudante à l'intention de son interlocuteur. Quel effet cela fait d'être l'un des groupes de musique les plus en vogue sur la scène du tout Poudlard ?»
Le jeune homme qui se tenait devant elle eut un sourire faussement modeste, puis répondit sur le ton de la confidence :
« Notre renommée a dépassé depuis longtemps les portes de l'école. Nos dernières ventes ont été plus que satisfaisantes. Et nous étendons notre visibilité de jour en jour, en apparaissant dans les trends des sites oueb tels que musicmagix ou loreillemuzicale. Considérez plutôt Poudlard comme le berceau d'expérimentation de notre musique, qui aura vu naître l'un des groupes les plus influents de la scène contemporaine.
- Eh bien eh bien, en voilà une belle confiance en soi», sourit Rita en jetant un regard complice par-dessus ses lunettes en écaille.
Elle s'interrompit un instant, pendant que la sonnerie de fin des cours retentissait. Ils s'étaient tous les deux installés dans une salle vide, et dehors, dans le couloir, le bruit confus des bavardages et des rires se fit entendre. Le silence revenu, Rita continua :
« Je dois reconnaître que vous avez bien commencé votre carrière. Vous êtes en effet les plus jeunes musiciens à avoir décroché le fameux Or-Cruche convoité par tous... Mais mon chez ami, pouvez-vous tenter d'expliquer la réaction inattendue voire choquante de Harry Potter, qui a quitté la scène sans un mot lors du show ?
- J'imagine qu'il ne tenait pas vraiment à gagner, répondit Drago Malefoy en faisant semblant de réfléchir. Vous savez, Rita, il faut un mental de ouineur pour ce genre de compétition. Et les Potterstones n'étaient tout simplement pas prêts à jouer gros. C'est sûr, ils ont sorti deux ou trois tubes qui ont bien marché. Mais c'était avant, et cette époque est révolue. Les Potterstones, c'est un groupe destiné à jouer dans un garage pour le restant de ses jours. Aucune ambition, si vous voulez mon avis.
- J'aimerais maintenant bavarder un peu de la relation des Beat Serpentbox avec les Potterstones, dit Rita Skeeter, et la Plume à Papote frétilla d'attente. Ou plus précisément... de votre histoire commune.
- Je vois ce dont vous voulez parler, répondit Drago. En effet, nous avons eu des différends dans le passé. Et je vois aussi que vous êtes déjà au courant de toute l'affaire... qui n'est plus vraiment un secret.
- Pouvez-vous éclaircir ce point pour nos lecteurs ? susurra la journaliste. Ils aimeraient savoir que la Grande Brouille de 2001 n'est pas qu'une rumeur de quartier. Et, pour être franche avec vous, j'ignore moi-même ce qu'il s'est vraiment passé.
- Il y a prescription maintenant, reconnut Drago en jouant avec l'une de ses mèches d'un blond platine (grâce auxquelles il avait accédé au titre d'Adolescent le plus Sexy de Poudlard, décerné par Dumbledore en personne à la cérémonie de la Coupe des Quatre Maisons, l'année précédente). Je veux bien vous en parler - une lueur scintilla dans le regard avide de Rita Skeeter - mais je doute que cela donne une bonne image des Potterstones.
- Ils s'en remettront, assura la sorcière d'un ton aimable.
- Tout commença en octobre 2001», dit Drago d'une soudaine voix de conférencier en donnant un petit coup de baguette vers le mur opposé.
Aussitôt, la pièce fut plongée dans le noir tandis qu'un grand drap blanc se déroulait et qu'un rétroprojecteur se mettait en marche, quelque part derrière eux.
La tête d'un Potter rayonnant apparut en gros plan sur la toile tendue. Il avait encore ses cheveux en bataille et ses lunettes rondes. La puberté n'allait décidément pas à tout le monde.
« Octobre 2001, reprit Drago. Le jeune Harry vient de rentrer à Poudlard, il est encore plein de joie de vivre et de naïveté. Son père ayant autrefois fait carrière dans la musique, c'est donc tout naturellement qu'il se tourne vers sa voie toute tracée : le chant. Il se joint alors à son meilleur ami de l'époque, Ron Weasley (Drago remua à nouveau sa baguette et une autre tête apparut, celle de Ron qui était visiblement énervé d'avoir été surpris sur le trône des toilettes et qui adressait au photographe son majeur tendu). Quant à Fred Weasley, à l'époque en troisième année, il se joint à eux en tant que guitariste et pianiste occasionnel. La partie percussions est assurée par Mimi Geignarde, qui tombe bien vite sous le charme de Harry - pour d'obscures raisons - et qui est par la suite virée du groupe à cause d'accusations de harcèlement sexuel envers le chanteur. Mais l'absence providentielle de batteur donne une toute nouvelle signature musicale aux Potterstones, qui en profitent pour développer leur style bien à eux.
- Vous êtes bien gentil avec eux, remarqua Rita Skeeter, comme à regret.
- Attendez la suite, intima Drago avec un rictus. Je vais vous dire quelque chose qui est, quand on y pense, très étonnant. Nous avons failli devenir amis, Potter et moi. Il était à la recherche d'un parolier, et j'étais justement en quête d'un groupe de musique qui aurait eu besoin de mes talents.»
Rita ouvrit des grands yeux sous cette révélation inattendue.
« Vous l'ignoriez, hein ? lui dit le Serpentard avec un sourire malicieux. Eh oui, nous étions partis pour travailler ensemble. Ce que nous avons fait. Mais Potter voulait rester la vedette du groupe. Et j'ai réalisé qu'il s'appropriait tout mon boulot, en "oubliant" de me créditer comme celui qui écrivait les paroles de ses chansons. J'étais l'homme de l'ombre des Potterstones, et au début, si je m'en fichais un peu, tout naïf que j'étais, très vite ça m'a saoulé.»
Il agita sa baguette d'un geste élégant, faisant apparaître une autre photographie. Elle représentait Drago en pleurs, qui montrait un poing rageur à Harry. Fred tentait de retenir le blondinet, qui voulait visiblement casser la figure au chanteur des Potterstones.
« Cette photo ne me représente pas exactement à mon avantage mais elle a le mérite de rendre les choses plus claires. Décembre 2001, poursuivit Drago. A peine deux mois et demi après le début de notre collaboration. Cette nuit-là, après une répétition générale, j'ai tout déballé à Harry Potter. Ma rancœur, mes frustrations... ça ne lui a pas fait vraiment plaisir.
- Je vous l'accorde», dit Rita Skeeter, excitée à nouveau par l'ampleur du scoop.
Après ces révélations alléchantes, elle empocherait carrément le bonus qui lui manquait pour construire son Jacuzzi à Bulles Descendantes.
« La suite, vous la connaissez, énonça Drago d'un ton monocorde en rallumant la pièce d'un coup bref de baguette. Les larmes, la trahison de Potter, ma séparation des Potterstones et la création trois mois après des Beat Serpentbox avec Pansy, Crabbe et Goyle.
- Ainsi, résuma Rita - et sa Plume à Papote écrivait frénétiquement sur le morceau de parchemin - vous êtes l'homme derrière Sweet Minerva et Hogwarts Blues ?»
Drago se pencha vers elle, marqua un silence mesuré et répondit dans un murmure :
« Ça vous la coupe, hein ?
- Mais... pourquoi attendre si longtemps pour annoncer cette vérité au grand jour ? Pourquoi ne pas avoir tout révélé dès votre séparation d'avec les Potterstones, au lieu de laisser votre public... sans réponse ?
- Je voulais prendre ma revanche, répondit Drago d'un ton évident. Attendre que le groupe de Potter monte, monte dans le hit parade... devienne connu dans le monde entier des sorciers... avant d'assener une vérité qui lui ferait tellement mal... Vous savez, quand on est au sommet, la chute est d'autant plus... douloureuse.»
Puis il éclata d'un rire diabolique. Rita Skeeter ne put s'empêcher d'admirer sa dentition parfaite.
« Merci pour votre contribution, lui dit-elle d'un ton reconnaissant. Nos lecteurs seront ab-so-lu-ment ravis. Mais il me reste tout de même une dernière question...
- Oui ? demanda Drago en souriant toujours.
- Cela concerne votre relation avec Cho Chang...
- Merci, mais l'interview est terminée, interrompit le Serpentard d'une voix soudain glaciale. J'ai des devoirs à faire.»
Rita resta un peu sous le choc. Elle ne s'attendait pas à une telle réaction. Drago lui lança un dernier regard, puis il se leva pour quitter la salle. À mi chemin vers la sortie, il lui lança sans se retourner :
« Au fait, n'hésitez pas à m'envoyer le prochain numéro de la Gazette du Sorcier. Je meurs d'envie de lire votre article.»
Puis il sortit comme il était entré; la démarche majestueuse et la cape virevoltante.
