Haymitch gardait les oies. C'était un travail parfait pour lui; puisqu'il s'était remis à boire. Il s'était contenté de sortir les deux bouteilles de scotch de son sac.

Malheureusement, l'alcool s'épuisait. Mais c'était nécessaire. C'était la seule chose qui lui permettait d'oublier. Et depuis quelques temps il avait quelque chose d'autre à oublier; ou plutôt quelqu'un.

Elle apparaissait dans ses rêves, il sentait sa présence partout. Effie, Effie, Effie.

Il n'avait jamais été romantique. Ni sensible, ni gentil, ni humble. Mais il l'aimait. Il ne pouvait pas l'oublier, peu importe le nombre d'alcool qu'il ingurgitait.

Ils étaient seuls, Katniss et lui, seuls avec leur peine.

Et puis, un jour, il fut la.

Il sortit de sa maison pour aller voir Katniss. Mais devant la maison de la jeune femme, il y'avait un garçon, qu'il connaissait plutôt bien. Il plantait des primevères sous sa fenêtre. Alors, il rentra. Elle n'était plus seule à présent.

Il s'assit à sa table de cuisine. Merde. Plus d'alcool.

Il retourna tous les placards, et, en desespoir de cause, vida son sac de voyage.

Au milieu des vêtements froissés, quelque chose tomba sur le plancher avec un bruit sourd.

Haymitch le ramassa. Un livre. Curieux.

"Le prophète" de Khalil Gibran. Connais pas.

Par curiosité, il le feuilleta. Il repéra une page annotée. Avec un passage encadré en dessous.

Haymitch. Voulez vous? ...Effie

Quand l'amour vous fait signe, suivez-le.

Bien que ses voies soient dures et rudes.

Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.

Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.

Et quand il vous parle, croyez en lui.

Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.

Car de même que l'amour vous couronne, il doit vous crucifier.

De même qu'il vous fait croître, il vous élague.

De même qu'il s'élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,

Ainsi il descendra jusqu'à vos racines et secouera leur emprise à la terre.

Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en lui.

Il vous bat pour vous mettre à nu.

Il vous tamise pour vous libérer de votre écorce.

Il vous broie jusqu'à la blancheur.

Il vous pétrit jusqu'à vous rendre souple.

Et alors il vous expose à son feu sacré, afin que vous puissiez devenir le pain sacré du festin sacré de Dieu.

Toutes ces choses, l'amour l'accomplira sur vous afin que vous puissiez connaître les secrets de votre cœur, et par cette connaissance devenir une parcelle du cœur de la Vie.

Mais si, dans votre appréhension, vous ne cherchez que la paix de l'amour et le plaisir de l'amour.

Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ où l'amour vous moissonne,

Pour le monde sans saisons où vous rirez, mais point de tous vos rires, et vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes.

L'amour ne donne que de lui-même, et ne prend que de lui-même.

L'amour ne possède pas, ni ne veut être possédé.

Car l'amour suffit à l'amour.

Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire, « Dieu est dans mon cœur », mais plutôt, « Je suis dans le cœur de Dieu ».

Et ne pensez pas que vous pouvez infléchir le cours de l'amour car l'amour, s'il vous en trouve digne, dirige votre cours.

L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.

Mais si vous aimez et que vos besoins doivent avoir des désirs, qu'ils soient ainsi :

Fondre et couler comme le ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.

Connaître la douleur de trop de tendresse.

Être blessé par votre propre compréhension de l'amour

Et en saigner volontiers et dans la joie.

Se réveiller à l'aube avec un cœur prêt à s'envoler et rendre grâce pour une nouvelle journée d'amour.

Il tremblait en posant le livre. Elle l'avait atteint, à nouveau. Son cadeau était à lui seul une question, qu'elle avait encore précisée.

Elle avait fait le premier pas, et maintenant, elle l'attendait. Il prit une douche froide, se changea, et sortit.

Le soleil d'Octobre caressait son visage. Peeta était toujours là. Il sourit au mentor.

Haymitch s'approcha de lui, en tenant le livre à la main.

Peeta n'avait meme pas besoin qu'il exprime sa question.

-Elle est dans le quatre. Avec Plutarch. Je crois...Je crois bien qu'elle voulait venir avec moi, ici. Elle en mourait d'envie mais elle avait un peu peur de ne pas être désirée.

Haymitch déglutit

-Dans le quatre, tu dis?

Peeta sourit.

-Le prochain train part dans quinze minutes.

Il n'avait pas besoin de quinze minutes. Il venait de réaliser qu'il était prêt.