Disclaimer (version abrégée): pas à moi

Note: Pardon pour ce temps assez long mais l'été a été chargé! :)

Je remercie ma béta sans qui je serai perduuue!!

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« Vivre sans amis c'est mourir sans témoins »

(proverbe espagnol)

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REMUS:

Cette nuit là, allongé sur son lit que les rideaux dissimulaient, Remus tremblait . Il entendit les autres entrer et se préparer pour dormir. Ils se chamaillaient et Black et Potter s'étaient engagés dans une bataille d'oreillers, pourtant ils s'efforçaient de garder leur voix aussi basse que possible pour des garçons de onze ans. Il se demanda si c'était parce qu'ils croyaient qu'il dormait. Était-ce là leur tentative 'd'être poli'?

Les pensées de Remus retournèrent à la conversation qu'il avait surpris plus tôt dans la soirée. Bien qu'il y ait eu beaucoup de bruits dans la salle commune, l'ouïe développée du loup-garou lui avait permis d'entendre chaque mot.

Il n'était pas certain de ce qu'il ressentait. Il s'était d'abord senti mortifié et amer d'entendre ses camarades discuter de son incapacité à se faire des amis. Il aurait voulu s'enfuir ou les forcer à se taire et en même temps il était avide d'en entendre davantage sur ce qui n'allait pas chez lui lorsqu'il s'agissait de se faire aimer des gens.

Frank avait dit de lui qu'il était un « bon gars » mais qu'il ne voudrait pas être son meilleur ami. Pourquoi cela? Qu'aurait-il bien pu faire pour donner à Frank l'envie d'être son ami et pas seulement quelqu'un avec qui s'amuser pendant les cours de Sortilèges?

Puis Sirius leur avait appris qu'il avait des cicatrices et ses sentiments étaient passés de l'humiliation (note: il y avait 2 autres adjectifs mais je n'arrivais pas à tourner la phrase donc je garde le principale) à la pure terreur. Il s'était figé sur sa chaise en sentant leurs regards curieux errer de son côté.

Remus regrettait de ne pas savoir ce qu'ils pensaient de ses cicatrices. Avaient-ils quelques soupçons sur la façon dont il les avait obtenues ? Pensaient-ils que c'était parce qu'il était un loup-garou? Non, pas ça. Même effrayé comme il l'était, il savait qu'il n'y avait aucune raison de le suspecter. Il n'y avait même pas encore eu de pleine lune. A cette pensée, les battements de son coeur semblèrent quelque peu ralentir et ses tremblements cessèrent progressivement.

Alors que croyaient-ils? Soupçonnaient-ils son père? Ils ne tomberaient pas si loin. Beaucoup des cicatrices provenaient des traitements

administrés par son père et non du loup. Ou pensaient-ils qu'il se les infligeait lui-même? Etait-ce cela que Sirius voulait dire quand il s'était exclamé qu'à son avis Remus était « complètement timbré »? Etait-ce pour cela qu'ils le laissaient tranquille ? Parce qu'ils craignaient qu'en y allant trop fort ils le poussent à mettre fin à sa vie ?

Malgré le nombre de fois où Remus avait été malheureux dans sa vie, il n'avait jamais envisagé le suicide. Il ne savait pas s'il s'agissait de l'instinct naturel de survie du loup, ou bien si c'était quelque chose qu'il ressentait en tant qu'humain. Etait-ce son côté maraudeur qui par-delà toutes ses blessures et ses souffrances demeurait dans un coin de son esprit à s'amuser des petites anecdotes de la vie et à bâtir de nouveaux plans espiègles ?

Les lumières vacillèrent et les autres chuchotèrent entre eux pendant un moment avant de s'endormir. Ses sens aiguisés lui permirent d'entendre clairement leur respiration régulière. Il ne se sentait pas du tout fatigué. Il se retourna et s'allongea sur le ventre, en espérant que ce serait plus confortable.

"...Il y avait des cicatrices. Un cercle brillant comme une brûlure et d'autres comme des zébrures."

Les paroles de leur précédente conversation ne finissaient pas de revenir le hanter tandis que son esprit tentait de se plonger dans le sommeil. Il roula sur le côté et fixa les ténèbres.

« ...Vous pourriez au moins admettre qu'il y a quelque chose qui cloche chez lui. »

Il repoussa ses couvertures, ayant trop chaud, puis les remonta sur lui au cas où un des autres lui jetterait un coup d'oeil pour quelque raison inconnue. Si son pyjama remontait pendant son sommeil, qui savait ce qu'ils pourraient encore voir ?

«On ne sera plus méchant avec lui. On se montrera poli. Mais je ne suis pas ami avec lui. »

Ce ne fut qu'aux premières heures du jour que Remus réussit enfin à glisser dans un sommeil agité.

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La semaine qui suivit, Remus plongea dans une espèce de routine. La bande de Potter s'en tint à ses paroles. Ils l'ignoraient la plupart du temps, mais lorsqu'ils devaient vraiment lui parler, ils se montraient polis et distants. Parfois, les sens de Remus bouillonnaient en lui et il se raidissait sachant que l'un d'entre eux l'observait, et le priait alors silencieusement de regarder ailleurs. Comme il partageait leur chambre, il commença aussi à reconnaître leurs odeurs et il savait que, bien que Potter et Petitgrow passaient un temps non négligeable à l'observer, il s'agissait surtout de Black. Il sentait le regard de ces yeux gris clairs brûler sa nuque et regrettait ardemment que la télékinésie ne fasse pas partie des attributs des loup-garous.

Remus gardait ses distances autant qu'il le pouvait. Il s'asseyait à côté de Frank dans la plupart des cours ; cela ne semblait pas le déranger bien qu'il ne fasse jamais preuve de rapprochement amical. Michael Douglas et lui étaient devenus de grands amis et semblaient préférer passer leur temps ensemble.

Parfois, Remus se demandait si c'était seulement pour prouver ses dires à la bande de Potter que Frank lui permettait souvent de s'asseoir à ses côtés pour les cours.

Potter, Black et Petitgrow continuaient à l'appeler 'Zinzin' mais ce n'était plus dit sur le même ton méprisant qu'auparavant. C'était presque comme appeler 'rouquin' quelqu'un ayant les cheveux roux. Un surnom pour une caractéristique évidente. Remus essayait de ne pas y faire attention. Il savait qu'il avait l'air bizarre, surtout lorsqu'il marmonnait à l'intention du loup qui s'agitait en lui, mais c'était la seule façon de l'apaiser.

Entre les leçons, Remus se retirait à la bibliothèque pour faire ses devoirs. Il avait découvert qu'il se sentait plus heureux là, parmi les livres, à apprendre toutes les merveilleuses choses dont son père lui avait dit qu'elles ne lui seraient jamais autorisées. Il voyait parfois une vague image de sa mère, étendue sur le sol du salon de leur maison, complètement absorbée dans un livre de potions, ses sourcils fauves froncés par la concentration et ses longs cheveux étalés sur le sol.

Il ne savait pas d'où lui venait cette image, ni même si elle était réelle, mais il s'aperçut que s'il s'asseyait sur le sol et se mettait à lire un livre qui l'intriguait, il se sentait plus proche de sa mère qu'il ne l'avait été depuis des années. C'était un sentiment merveilleux, ce lien, mêlé de méfiance à l'égard de son père.

Les autres élèves le regardaient bizarrement lorsqu'il s'asseyait sur le sol. Il y avait des tables et des chaises dans toute la bibliothèque et ils trouvaient bien sûr très étrange qu'il choisisse de s'installer par terre. Quelquefois, Madame Pince, la bibliothécaire, une jeune femme dont le visage se tordait comme si elle sucer du citron à chaque fois qu'un élève osait entrer dans son domaine, essayait de l'entraîner à une table, mais après quelques jours, elle y renonça et sembla accepter sa présence tant qu'il restait à distance raisonnable des allées.

La pleine lune se rapprochait rapidement, et Remus se sentait malade d'un mélange d'inquiétude et des symptômes de sa malédiction. La nuit de la pleine lune, il s'assit au bout de la table des Gryffondors, ses sens aiguisés ayant perçu à distance la présence des plats en argent et son estomac se soulevant à la simple pensée de nourriture.

Après un moment, il se leva et se retira dans la tour des Gryffondors où il se drapa dans son manteau. Il se retournait juste pour se diriger vers l'infirmerie lorsqu'il vit Black le fixer, debout à l'entrée du dortoir

« Où vas-tu? C'est bientôt le couvre-feu. »

Rémus baissa la tête et serra nerveusement ses mains. « Je vais aller voir ma mère quelques jours. »

« Tu as l'air malade »

« Je suis inquiet. » C'est vrai.

Black semblait hésitant. Il fronçait les sourcils et se mordait la lèvre inférieure comme s'il voulait dire quelque chose mais qu'il ne savait pas comment s'y prendre. Finalement, il s'éclaircit la gorge et dit: « Je... euh, j'espère qu'elle ira mieux. »

« Ce ne sera pas le cas. »

« Oh »

Le silence devint insupportable et Remus s'éclipsa par la porte juste derrière Black. Il se précipita dans les escaliers et franchit le portrait de la grosse dame. Madame Pomefresh lui adressa un regard inquiet lorsqu'il arriva à l'infirmerie.

« Tu n'as pas l'air très bien, mon petit» dit-elle.

« Je suis toujours comme ça avant la transformation » lui dit Remus. Il avait compris qu'elle était anxieuse à l'idée de s'occuper de lui parce qu'elle n'avait jamais été confrontée à cette situation auparavant. « Ça va aller vous savez. J'ai l'habitude de m'occuper de moi-même à moins que ça se passe vraiment mal et que je ne puisse rien faire. »

« Tu n'auras pas besoin de le faire, bien sûr, » le reprit-elle gentiment. « Je vais prendre soin de toi. Je viendrai te chercher au matin. »

Ils sortirent du château et se dirigèrent vers le saule cogneur et Madame Pomfresh attrapa une longue branche sur le chemin.

« Il faut juste appuyer sur ce noeud là et le saule s'immobilise. » dit-elle en lui montrant.

Remus la suivit à travers le long tunnel noir, la lueur tremblotante de sa baguette pour toute lumière.

Un moment plus tard, ils atteignirent une porte qui ouvrait sur une maison miteuse faite de planches de bois qui grinçaient et craquaient sous le vent.

« La cabane hurlante » l'informa Madame Pomfresh. « Elle existe depuis des années et on l'a croit hantée. Cela signifie que personne ne viendrait faire des recherches au cas où on t'entendrait... euh... faire du bruit. »

« Hurler à la lune » (Note: howling, c'est spécifique pour les loups) clarifia Remus.

« Hum... oui »

« Mon père jette simplement un sortilège de silence sur ma chambre. »

« Il te laisse dans ta chambre? Et si tu t'échappais? » Elle semblait plutôt choquée.

« Ma chambre est dans la cave. Les murs sont épais et il n'y a pas de fenêtres. Impossible de s'évader. » Pour une raison qu'il ne pouvait comprendre, l'infirmière ne semblait pas rassurée par ces nouvelles. En fait, elle semblait encore plus perturbée que jamais.

Le vieil escalier en bois menait à une chambre poussiéreuse composée d'accessoires endommagés et d'un lit rongé aux mites. Il y avait de nouvelles couvertures sur le lit cependant et Madame Pomfresh lui dit qu'il pouvait s'allonger dessus. Remus sentit ses os craquer à l'approche de la pleine lune. Il recula, mal à l'aise.

« Je pense que vous devriez y aller, maintenant, » dit-il, gêné.

« Oh oui, bien sûr! »

Madame Pomfresh quitta la pièce d'un pas anxieux.

Je me demande si c'est vraiment hanté ici, pensa Remus tout en enlevant ses vêtements afin de leur épargner d'être déchirés. Il grimpa difficilement sur une chaise chancelante et les fourra au-dessus d'une armoire. La maison était obscure et pleine de creux et de grincements provoqués par le vent qui soufflait au-dehors. Bon, même si elle l'était vraiment, j'imagine que rien ne pourrait être plus effrayant que ce que je vais être dans quelques minutes.

Il redescendit et grimpa dans le lit, content de constater que les nouvelles couvertures et les coussins étaient aux couleurs Gryffondor. Cela lui redonnait du courage. Il y avait une toute petite fenêtre sur le mur et il regarda la lune se lever au travers.

Remus savait qu'il aurait dû être accoutumé à la douleur mais il ne pouvait jamais s'empêcher de crier lorsque ses os se brisaient de toutes parts pour se recomposer quelques instants plus tard, obligeant son corps à s'adapter à une ossature différente. Sa peau semblait exploser, se fondre et se reformer, élargissant ses muscles jusqu'à l'éclatement sous la pression. Sa mâchoire le brûlait et craquait sinistrement tandis qu'elle s'allongeait et il pouvait goûter son sang sous les morsures de ses dents aiguisées.

Il cria tout ce temps, jusqu'à ce que ses cris tournent progressivement en hurlement de loup, puis en murmures. Après cela, le loup l'emporta et l'humain fut repoussé dans un coin de son esprit, dissimulé sous la rage du monstre, confiné dans sa nouvelle cage.

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Lorsqu'il se réveilla, il était allongé sur le parquet de bois, le dos contre l'armoire. Il ouvrit les yeux et tenta de remuer. Tous ses muscles protestèrent violemment et ses bras lui parurent chaud et poisseux contre lui, recouverts de sang et de sueur.

Il se redressa dans une position à demi assise et baissa le regard, le coeur serré. Cela avait été une très mauvaise nuit. Sa poitrine, ses bras et ses jambes étaient écorchés et ensanglantés. Le loup n'avait pas aimé sa nouvelle cage.

Parcourant la pièce du regard, Remus sentit son coeur bondir dans sa poitrine lorsqu'il remarqua le désordre. La couverture rouge Gryffondor était en pièce sur le sol. Chaque accessoire avait été mordu et déchiré et la chaise bancale dont il s'était servi la nuit dernière n'était plus que débris qui jonchaient le sol. Tout était imprégné de sang et quelques murs étaient arrosés d'urine aux endroits où le loup, aussi mécontent qu'il l'était de son repaire, avait marqué son territoire.

C'était affreux et embarrassant. Il ne voulait pas que Madame Pomfresh arrive et voit ce qu'il avait fait de la maison qu'on lui avait donné. Luttant pour tenir sur ses jambes, Remus essaya de remettre un peu le mobilier en ordre. Il se saisit des morceaux de draps déchirés et essaya d'essuyer le plus possible de sang , mais ne réussit qu'à l'étaler davantage.

Il s'aperçut qu'il n'avait aucun moyen d'atteindre ses vêtements et sentit des larmes de haine et d'humiliation envers lui-même lui monter aux yeux et rouler le long de ses joues en entendant des bruits de pas monter les escaliers.

« Oh Merlin ! »

Lorsqu'elle eut ouvert la porte, Madame Pomfresh sembla figée d'horreur. Remus vit ses yeux passer des rideaux souillés aux affaires déchirées jusqu'à ce qu'ils se posent sur lui, nu et en pleurs au beau milieu des morceaux de draps en lambaux.

« Pardon, pardon! » sanglota-t-il. « Je ne voulais pas faire ça! »

« Oh, Remus! »

Soudain, elle était agenouillée près de lui, ses mains passant gentiment sur les contours de ses blessures. « Bien sûr que non, trésor. Personne ne se soucie de cette maison. Je suis juste inquiète pour toi. Je n'avais jamais rien vu d'aussi terrible sur un tel petit gars. »

Puis sa baguette se posa sur ses égratignures et le sang se tarit quelque peu tandis que les blessures commençaient à se refermer légèrement.

«Je pourrais demander si ça se passe toujours comme ça, mais d'après les cicatrices, ce serait inutile. »

« Pas toujours », dit Remus dans un reniflement. Il se sentait empli de douleur et d'émerveillement qu'elle ose le toucher et ne se rétracte pas à la vue de son corps maltraité et de ses blessures sanglantes. « Le l-loup n' a pas aimé la maison. Mais je vais m'y habituer. Parfois, c'est pire. » Il se sentit embarrassé et exposé lorsque sa baguette se dirigea plus bas vers les morsures sanguinolentes sur son abdomen. « Je ne p-pouvais pas attraper mes v-vêtements » . Il désigna la petite pile en haut de l'armoire.

Madame Pomfresh lui sourit. « Quel garçon sensible pour se soucier de cela. Accio vêtements. »

Elle les attrapa et l'aida gentiment à se lever avant de l'envelopper de son manteau pour protéger son corps.

« Je pense que ça ira pour le moment. Personne ne sera debout à cette heure. Il est trop tôt. »

Ensemble, ils longèrent le tunnel, Remus appuyant une bonne partie de son poids sur l'infirmière. Ils parcoururent aussi vite qu'ils le purent l'étendue d'herbe menant à l'école, avant d'emprunter le chemin jusqu'à l'infirmerie. Puis dans une vague de mots réconfortants, d'eau chaude et de sortilèges appropriés, Remus se retrouva pelotonné dans un lit, loin de la salle principale, bien plus au chaud et en sécurité qu'il ne l'avait jamais été. Il se demanda si cela aurait été un peu comme cela si sa mère avait été en vie lors de ses transformations.

Une des potions devait être une potion de sommeil car Remus sentait ses paupières peser lourdement et il sombra dans l'inconscience.

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