Hello :)
Tout d'abord, merci infiniment pour vos reviews, c'est hyper important d'avoir des retours et de savoir qu'une histoire et/ou une écriture touche le lecteur.
Ensuite, dans ce chapitre, il va y avoir énormément d'introspections, des évocations douloureuses, mais aussi des scènes d'action. J'espère que chacun y trouvera son compte...
Enfin, le titre je pense parle de lui-même (vous l'aurez compris, chaque titre a été judicieusement choisi.). Alors à la frustration que peut-être la fin du chapitre précédent a engendrée, je n'ai qu'une seule réponse :
"Not everyone. Not you."
Bonne lecture :)
Sa lame transperce furieusement le corps d'un homme qui arrive vers nous en hurlant, d'un coup net, précis et en plein thorax. En la retirant, Luna pousse un cri de rage, pendant que le corps sans vie de notre assaillant s'effondre au sol. Tout autour de nous, des hommes nous menacent maintenant de leurs lances et de leurs épées, mais leurs archers ne sont pas présents. Ils ne s'attendaient pas à cela. Je sais qu'Indra encercle l'armée d'Azgeda par le flan ouest, alors que nous arrivons à l'est. Au nord, il y a Arkadia qui les empêche de pouvoir battre en retraite. Fuir vers le sud est alors impossible pour eux, ils sont pris en étau, et ils n'ont désormais nul autre choix que celui de capituler s'ils espèrent pouvoir survivre. Indra et Octavia se sont directement rendues ici, ordres reçus par l'intermédiaire de nos cavaliers envoyés juste après le départ de Clarke. Maintenant, seule une bonne centaine de mètres séparent nos deux armées, qui en fait n'en forment qu'une seule. Sans Octavia pour l'en convaincre, Indra n'aurait surement jamais prêté main forte à Luna pour défendre Arkadia, surtout pas en sachant qu'elle a déjà auparavant refusé de les aider à vaincre Alie. Mais Indra ne sait toujours pas que je suis en vie. Cela ne va plus tarder, le voile va bientôt se lever parce que j'ai besoin de l'avoir à mes côtés dans ce qui se prépare.
Mes hommes menacent désormais ouvertement cette armée qui attend ses ordres pour attaquer, mais Echo ne se montre pas. Où est-elle ? Encerclée et protégée par mes guerriers, Luna en tête, je reste dans l'immédiat toujours dans l'ombre, et tout porte donc à croire que c'est elle qui les mènent. La tension est palpable, et les hommes en face de nous auraient déjà attaqué si cela avait été leurs ordres. Seulement voilà, leurs deux flans sont menacés, ils n'ont pas d'issue, alors raisonnablement, Echo va finir par se montrer. Je durcis mon regard et sens mon corps se tendre… Comme alertée par mon instinct développé de guerrière, je sens que quelque chose ne va pas. Je connais leur tactique de combat, je connais leur manière de diriger leur armée. Quelque chose se passe, leur chef n'est pas présente, et face à moi, il n'y a que des guerriers assoiffés, mais qui n'outrepasseront pas les ordres en commençant un combat qui, même s'ils doivent y survivre, leur coutera par la suite leur vie pour insubordination. Visage toujours couvert, je finis par m'avancer, d'un pas déterminé et fier, au milieu de mes hommes qui s'écartent alors, pour enfin arriver à hauteur de Luna qui mène l'assaut. Les regards surpris face à nous nous observent attentivement, malgré tout prêts à bondir au moindre signal. Là, je dénoue assurément ma toge, et dévoile ainsi ma figure et les deux épées qui ornent mon dos. Derrière mon maquillage, aucun homme ici présent ne doute de mon identité. Je serre les dents en les regardant, en arc de cercle devant nous, et tous dans un premier temps sont complètement mortifiés de me voir revenir d'entre les morts, tel un esprit que rien ne peut abattre. Des cris s'élèvent au sein de leurs rangs, qui se désorganisent sous la panique que mon retour provoque chez certains, ne sachant pas quoi faire, ni même quoi penser. Des « Heda… » confus s'élèvent parmi eux. Certains abaissent leurs armes, ayant peur des représailles, et en l'absence de leur chef, se refusent de ne serait-ce que me menacer d'une arme levée à mon encontre. La détermination dans mon regard est telle qu'aucun ne cherche à le provoquer. Ils sont encore hantés par la vision qu'ils ont de moi, tuant devant tous leur Reine vénérée, et faisant ainsi de leur Roi actuel , à l'époque banni et hors la loi, leur chef légitime. Aucun regard ne me défie, et je sors l'une de mes épées, pour la faire tourner de manière dextre autour de ma main, en rehaussant mon port de tête. Si jamais l'un d'eux ose ne serait-ce que m'adresser la parole alors qu'il n'y est pas autorisé, il sera tué sur le champ et ils le savent. Ils savent de quoi je suis capable, et ma présence ici, en soutient à Arkadia ne fait que remettre en cause toute leurs certitudes quand à la légitimité de cette guerre. Mais si Azgeda était si simple à soumettre… Celui que je dois à nouveau mettre à genoux devant moi, c'est Roan, et même avant lui Echo… Que je cherche donc du regard.
Soudain, l'un d'eux se rue furieusement vers moi, dans un cri de rage, et alors que Luna se met en garde, prête à s'élancer pour le combattre, je saisis mon poignard rapidement à ma cuisse, le fais tourner dans ma main pour en saisir la lame, et le lance avec force et précision sur mon assaillant. Il atterrit entre ses deux yeux, alors que cet homme qui n'a pas eu le temps d'arriver à moins de deux mètres de moi, s'écroule sans vie à mes pieds. Je relève le regard en serrant la mâchoire, et défie n'importe lequel d'entre eux d'essayer encore une fois d'attenter à ma vie. D'un geste déterminé, je contourne le corps qui vient de tomber mort sur le sol, et le pousse du pied pour le retourner. De son crâne coule du sang, et je me penche pour récupérer mon poignard qui y est toujours logé. Sous les regards désabusés, mêlant admiration et ressentiment, respect et soumission, je l'essuie sur ma cuisse d'un geste assuré, et attends patiemment qu'un autre s'y risque. Je tuerai n'importe lequel qui retentera ce genre de chose. Lorsque je remets mon arme à ma cuisse, toujours épée à la main, je jette un regard à Luna. Son maquillage de guerre bleu fait ressortir le marron de ses yeux, et avec lui, toute son âme de guerrière fougueuse que rien ni personne ne peut arrêter. Je lui adresse un signe de tête, et alors qu'elle ne s'y attend pas, je commence à m'avancer au milieu de ces hommes, qui reculent au fur et à mesure. Malgré leur maquillage blanc, je n'insuffle qu'une seule chose dans leurs rangs : la peur.
« Où est Echo ? » leur demandé-je d'une voix puissante, hargneuse, et déterminée qui procure une nouvelle vague d'agitation parmi eux.
Tous se poussent, me faisant ainsi place, pendant que Luna et mes hommes marchent à mes côtés et derrière moi, couvrant ainsi mes arrières. Le reste de l'armée n'attend qu'un ordre de notre part pour les attaquer, et avec celle d'Indra de l'autre côté, ils sont tous morts si je prends la décision de lancer l'offensive. Je durcis encore davantage mon regard en voyant que le chemin dessiné par les guerriers d'Azgeda me mènent jusqu'à la tente d'Echo, à quelques dizaines de mètres devant moi dans les sous-bois. Là, des hommes se mettent subitement en position de combat en me voyant approcher, et se regardent mutuellement, comme effrayés. Ils ne m'avaient encore surement pas vue. Je lève la main gauche, en signifiant à mes hommes de s'arrêter, et saisis fermement mes deux épées. Eux, ne se pousseront pas, j'en suis convaincue, défendant jusqu'à la mort leur chef. Avec haine, et violence, ils engagent rapidement le combat, tandis que je les attends de pied ferme, Luna à mes côtés. Le premier arrive à ma hauteur et me menace d'un coup d'épée que j'esquive allègrement, tout en lui tranchant l'abdomen dans un cri de rage. Du sang me gicle sur la figure, pendant que je tourne sur moi-même pour répondre à l'attaque du deuxième, et bloquer sa lame en croisant les deux miennes devant moi. Je serre les dents et dans mon regard, il peut ainsi voir que ce matin était le dernier qu'il aura vu. Dans un puissant cri, je le repousse en prenant appui sur mes deux pieds, et profite de la confusion que je lui ai causée pour l'attaquer violemment, en enchainant les coups à droite puis à gauche. Je finis par me baisser pour éviter l'une de ses attaques et lui entaille la jambe gauche, lui faisant poser un genou à terre, juste avant de lui trancher la gorge de mon épée droite. Restant en garde quelques secondes, je regarde les environs, le visage baigné du sang de mon ennemi. Devant moi, Luna retire sa lame du corps sans vie qui gît maintenant à ses pieds. Je lui accorde un petit regard satisfait, fière de l'avoir à mes côtés en ce moment, et lui fais signe de la tête de faire contourner la tente pour la prendre à revers. J'ordonne d'un geste déterminé de la main à trois de mes hommes d'assiéger cette tente, tandis que des éclats de voix s'élèvent un peu plus loin à l'ouest. Indra est en train de livrer bataille avec la deuxième partie de l'armée, je fais alors signe de la tête à un autre de mes guerriers de partir à sa rencontre avec des renforts, maintenant que cette partie-là de l'armée est sous contrôle. Je suis sûre qu'Echo se trouve à l'intérieur de cette tente, et je refuse de la laisser s'échapper. Luna demande à ce qu'on lui passe un arc, et range ses épées en silence. Je connais son habileté au tir, elle est encore meilleure que moi. Il n'y a aucune chance que sa cible lui échappe, et alors que nos hommes contiennent désormais ceux d'Echo, je m'apprête à lever ce rideau. Si elle ne sort pas, c'est qu'elle a une raison de ne pas le faire. Je la connais, elle ne fuit pas. J'inspire profondément, ne sachant pas ce que je vais trouver à l'intérieur de cette tente. Mais peu importe ce qu'il y a derrière ce rideau, rien ne viendra entacher ma détermination à capturer Echo, qui préfèrera sans nul doute se battre que de se rendre. J'appuie mon regard dans celui de Luna, qui me fait comprendre qu'elle est prête. Elle bande alors son arc, puis je relève le rideau, et nous entrons toutes les deux simultanément dans la tente.
Je m'attends à tout, sauf à ce que ce que j'y vois… qui me mortifie, et me coupe subitement le souffle.
Luna décoche rapidement deux flèches, tuant directement les deux hommes qui se tiennent entre elles et nous, et dont les corps sont immédiatement projetés en arrière sous la force et la proximité des tirs. Je sens mon cœur faire un bon dans ma poitrine, et me tirailler si douloureusement que je peux croire qu'on me l'arrache à main nue. Je serre les dents, sentant toute ma rage prendre possession de l'intégralité de mon corps, seule ma colère habite désormais mon regard, et je jure que je tuerai moi-même Echo si elle fait le moindre geste. La vision que j'ai me ramène des années en arrière, quand j'ai retrouvé la tête de Costia sur mon oreiller, et cette douleur qui m'oppresse, portée par la peur que tout ne s'écroule en un instant, me fait lever la main à l'attention de Luna, lui ordonnant de retenir dans l'immédiat son tir. J'empoigne mon épée, et la serre encore plus fort, en déversant toute ma haine à Echo. Elle ne s'attendait pas non plus à me voir passer ce rideau, mais moi je ne m'attendais pas à ce que sa lame soit à ce point-là menaçante. Je peux presque la sentir sous ma propre gorge. Je déglutis difficilement… Et désire juste la tuer, ici et maintenant. Ne pouvant pourtant pas céder à ma rage, j'essaie tant bien que mal de retrouver toute ma concentration. L'horreur qu'elle m'offre me glace le sang, mais je peux aussi lire dans son regard qu'elle sait que sa vie désormais ne tient plus qu'à un fil.
« Tu ne sortiras pas d'ici vivante, Echo. » la menacé-je, en sifflant entre mes dents.
« Heda… » murmure t'elle, ne pouvant dissimuler la surprise visible dans son regard.
« Je te tuerai toi, ton Roi et tout ton clan jusqu'au dernier si tu ne la relâches pas. Rien ne m'arrêtera. Tu connaissais l'avidité de ta Reine, qui a pourtant finie empalée sur un siège à Polis, et crois-moi, ce n'était rien face à la mienne. »
Si Clarke ne se trouvait pas entre elle et moi, ma lame serait déjà dans son torse. Je sens les pulsations de mon cœur résonner dans mes tempes, et mon ventre se nouer. Si elle fait le moindre geste, tout peut être terminé. Je ne peux pas perdre Clarke comme j'ai perdue Costia. Je ne sais même pas si elle est encore en vie, sa tête a l'air simplement maintenue par la main d'Echo qui lui agrippe les cheveux, afin d'offrir sa gorge en offrande à son poignard. Son visage, d'habitude si parfait, est tout ecchymosé, et ma gorge se serre lorsque mes yeux se posent sur ses lèvres bleuies par les marques de coups qu'on lui a infligés. Luna se tient prête à décocher une ultime fois, transperçant la tête de cette femme, qui ose avoir le cran de menacer ce que j'ai de plus cher. Je sais qu'elle a compris qu'elle est condamnée quoi qu'il arrive. Si cela avait été n'importe qui d'autre face à elle, elle aurait eu une chance. Mais ce n'est pas n'importe qui, c'est moi, et dans son regard je peux voir autant de confusion que de détermination à aller au bout de ce qu'elle a entreprit, peu importe ce que cela lui coute. C'est d'ailleurs ce qui la rend plus menaçante que jamais, tel un animal prisonnier qui se sait condamné. Elle n'a plus rien à perdre. Moi si. Même si Luna décoche, je prends le risque qu'elle ne tranche sa gorge malgré tout, que ce soit juste avant, ou en tombant. Et si Echo n'a que sa propre vie à perdre, moi j'ai celle de Clarke. Les quelques secondes que je suis en train de vivre ne sont qu'une éternité de douleur et d'incertitude. Je sens le regard de Luna posé par alternance sur moi et sur Echo. Et même sans la regarder, je la sais les deux yeux grands ouverts et les épaules décontractées malgré toute la tension qui règne en ces lieux. Je la sais prête. Mais si jamais Clarke meure, elle ne tirera pas, et je me chargerai d'Echo moi-même. Elle ne tirera que si je lui en donne l'ordre, et pour l'instant elle ne l'a pas.
« Si tu veux le pouvoir de WanHeda, il te faudra d'abord rester en vie. Tu n'as aucune chance de t'en sortir, ton armée est tombée, et tu le sais. Rien n'a pu sauver Nia, rien ne te sauvera à toi non plus. »
« Rien ne la sauvera à elle non plus. Je ne veux pas le pouvoir de WanHeda. »
« Tu n'as aucune issue. Abandonne. » lui ordonné-je sèchement.
« Je n'abandonnerai pas. Jus drein jus daun. Ca a toujours été notre voie, tu es responsable de la mort de ma Reine. » me lance t'elle en serrant les dents, le regard plein de haine à mon égard. « Tu as finalement obtenu ta vengeance. »
« Il ne s'agit pas de vengeance, il s'agit de justice. Nia a assassiné bon nombre de personnes, elle a attaqué ouvertement mon treizième clan, a défié mon autorité, et la sentence pour cela est la mort. Elle m'a défiée en duel, et j'ai gagné. Mon peuple mérite la justice.» lui réponds-je, plus menaçante que jamais.
« Tu voulais avant toute chose venger une mort que tu n'as jamais dépassée. Tu voulais enfin obtenir vengeance pour celle que tu as perdue il y a des années. » me dit-elle, provocatrice, son regard plongé dans le mien.
Lorsqu'elle me dit cela, je sens mon cœur s'arrêter un instant. Mes yeux se posent furtivement sur sa lame qui n'a malheureusement pas bougée, et une panique s'empare de mon âme. La confusion qui règne dans mon esprit me paralyse l'espace d'un instant, juste avant que je ne regagne toute ma lucidité de la situation. Echo a osé évoquer Costia, et je peux sentir toute la haine qui vient de s'emparer subitement de Luna, toujours droite à mes côtés, en position d'attaque. Je peux presque entendre ses battements de cœur, sentir son souffle se couper, et voir ses doigts se crisper sur son arc. Je me tends et baisse légèrement la tête en inspirant profondément, tout en relevant mon regard haineux vers Echo. Puis je finis par rehausser aussi la tête en serrant plus que jamais les dents. Je comprends qu'Echo était belle et bien présente ce jour-là, elle a cette fierté qui subsiste dans son regard, manifestant malgré tout l'espoir de maitriser la situation. Mais il n'en est rien, je jette un regard furtif à Luna, qui se contente de retenir tant bien que mal la flèche qui lui démange la main. Evoquer Costia est un jeu dangereux, et Echo sait pertinemment que Clarke est le seul bouclier qui la maintient encore en vie.
« Laisse Costia en dehors de ça. » lui ordonné-je, d'une voix plus autoritaire et déterminée que jamais.
« Pourtant, beaucoup de choses sont similaires. » me répond t'elle, dans un regard provocateur. « Costia était là… » continue t'elle, en bougeant légèrement la tête de Clarke, toujours inconsciente.
C'en est trop, je ne laisserai pas Echo nous torturer une seconde de plus. Luna serre à son tour les dents et est en train de perdre contenance, à l'évocation de la torture et de la mort de sa sœur. Tout notre passé nous est renvoyé en pleine tête par une traître, qui ne mérite que de rejoindre sa Reine sous ma lame ou l'une de ses flèches. Je me retrouve comme prise au piège, entre cette décision de risquer la vie de Clarke pour mettre fin à cette souffrance, ou celle de laisser Echo continuer son petit jeu, tout en sachant que l'issue sera quoi qu'il en soit sa mort. Mais c'est une décision que je me refuse de prendre. Pas comme cela. Dans le regard d'Echo persiste autant détermination que de désespoir, parce que malgré tout, elle se sait condamnée. Qu'elle tue Clarke ou pas… Qu'elle soit tuée, ici et maintenant, d'une épée ou d'une flèche, ou à Polis... Qu'elle se batte ou pas, elle sera tuée.
« Ne sois pas aussi lâche que ta Reine. Meure en guerrière. Et bats-toi. » la provoqué-je, en empoignant mon arme et en faisant un pas en avant. « Fais ce que Nia n'a jamais eu le courage de faire en me combattant elle-même. »
Je peux alors subitement voir dans son regard que j'ai touché une corde sensible. Echo vouait une admiration sans faille à Nia, sa dévotion pour elle était sans limites, tout comme elle l'est actuellement pour Roan, mais son égo, et son âme de combattante refuse de mourir sans aucun honneur. Et assassiner WanHeda pour ensuite mourir d'une flèche entre les deux yeux, il n'y a aucun honneur à cela. Je le sais, et elle le sait. Son regard plongé dans le mien, je peux y lire l'envie de venir m'affronter. Je fais encore un pas de plus en avant, et peux ainsi voir Clarke se rapprocher petit à petit, en ayant malgré tout l'impression qu'elle reste toujours aussi inaccessible. J'aimerai tendre le bras et pouvoir enfin la toucher, la serrer contre moi et lui dire que c'est terminé. Que tout est terminé. Mais je ne peux pas. Cette pensée me coupe le souffle, mais je garde pourtant mon sang froid pour résister à ma furieuse envie d'en finir une bonne fois pour toutes. Défier Echo, et lui laisser une chance de mourir honorablement me paraît raisonnablement la seule issue possible. La seule façon de laisser à Luna l'ouverture nécessaire à son tir, quand Echo finira par décaler sa lame de seulement quelques millimètres de la gorge de sa prisonnière. Luna décochera, profitant de ces quelques millimètres salutaires à Clarke, frôlant ses cheveux tombant sur son visage et griffant sa gorge au passage, pour venir se heurter à la lame d'Echo, et à sa main, qui de suite après saisira son épée pour répondre à la mienne. Mais au moins la gorge de Clarke sera libérée. Voilà ce qu'il va se passer. Je m'en remets totalement à la précision de Luna. Il n'y a qu'à elle que j'accorde cette confiance, et le fait qu'elle n'ait pas abaissé son arc lorsque j'ai commencé à provoquer Echo me démontre qu'elle a parfaitement compris ce que j'attends d'elle. Une fenêtre de tir, un angle de seulement quelques millimètres. Quelques tous petits millimètres… Voilà ce que je vais lui fournir. Je sais qu'elle a déjà fait un léger mouvement sur sa gauche pour gagner ces deux précieux petits millimètres, qui permettront surement d'épargner la vie de Clarke.
« Nia était faible, et lâche. Laisse-moi au moins dire à Roan que tu es morte au combat en tentant d'exécuter ses ordres, et d'honorer ton allégeance envers lui. Fais au moins cet honneur à ton Roi. » continué-je de la provoquer, en appuyant mon regard déterminé dans le sien, que je peux à présent voir trembler de désir de répondre. « Ton père, lui, se serait battu. »
Sa rage lorsque je l'évoque la fait relâcher son emprise sur la gorge de Clarke, et Luna saisit cette opportunité et décoche immédiatement. Je peux regarder la flèche venir se heurter à la lame d'Echo, et lui faire lâcher, libérant aussi par la même occasion la tête de Clarke. Dans un cri, je me rue sans hésiter sur elle, pendant que Luna s'approche de Clarke en courant. Je frappe violemment Echo au visage en lui hurlant toute ma rage, mais son coude vient soudainement meurtrir ma mâchoire, lui laissant ainsi le temps de saisir son épée pour se défendre. Je recule, pour nous éloigner de Clarke, que je peux à présent voir quasiment inerte dans les bras de Luna.
Maintenant soulagée et satisfaite de la savoir saine et sauve, protégée par Luna pendant que je me charge d'Echo, je retrouve toute ma concentration. Je passe alors ma main gauche par dessus mon épaule, et dans un regard plus combattif que jamais, tire ma seconde épée avec force, pour me mettre en garde. Je peux sentir à nouveau mon cœur battre, mon corps se détendre, pour aller puiser toute la force nécessaire dans chacune de mes respirations et chacun de mes muscles. Je vais frapper vite, fort, et précisément. Je ne lui laisserai aucune chance… Je connais aussi sa dextérité au combat, mais cela n'entache en rien ma détermination, et bientôt Echo sera à terre. Je serre les dents et durcis encore davantage mon regard. Je vais lui faire mordre la poussière, et lui faire regretter de m'avoir défiée. Je vais lui faire regretter d'avoir osé la toucher. Elle se met en garde et manifeste d'autant de détermination que de rage de vaincre. Cela tombe très bien, sa détermination ne sera jamais aussi grande que cette flamme qui embrasse mon cœur depuis qu'elle a évoqué Costia, depuis que sa lame a menacé la gorge de Clarke, depuis que ses poings ont frappé son visage, depuis que son regard satisfait a défié celui de WanHeda. En l'attaquant, elle m'a attaqué moi.
Mes armes ne sont à présent plus que le prolongement de mes bras, et je fusionne totalement avec elles. Echo ne tarde pas à m'attaquer, et je réponds à ses coups, portés par ses cris de rage. Le sable du sol se soulève légèrement, tandis que nos pieds dérapent dessus, amorçant toute la violence de nos coups et témoignant de la hargne et du mouvement de nos deux corps. Je sais qu'au dehors nos guerriers peuvent entendre ce qu'il se passe à l'intérieur. Alors que je lève mon épée droite pour l'abaisser avec dextérité et force sur elle, l'obligeant ainsi à la parer de toutes ses forces, et à l'aide de ses deux bras, je hurle en lui entaillant la jambe laissée sans protection de ma lame gauche. Peu de personnes manient les deux épées comme je le fais, et nombreux sont ceux qui les craignent, en raison de la difficulté d'anticipation des attaques combinées. Je reconnais à Echo ce courage d'oser y faire face. Pendant qu'elle pose un genou presque à terre dans un gémissement de douleur dissimulé, abaissant ainsi sa garde, je la frappe d'une extrême violence dans la mâchoire à l'aide du pommeau de mon arme que je tiens de ma main droite. Son corps est propulsé en arrière, et elle manque de s'entraver. Mais elle n'abandonne pas, se relève, et je peux alors lire dans son regard plongé dans le mien l'espace d'une seconde, qu'elle considère malgré tout que je lui fais l'honneur de mourir dans ses conditions. Alors elle relève la tête, et m'adresse un sourire provocateur, en mettant à nouveau son épée en garde face à elle. Elle ne se soucie même pas de Luna, qui aurait pu lui tirer une flèche dans le dos, parce qu'elle sait que ce n'est pas ma manière d'agir. Il n'y a qu'elle et moi… Uniquement elle et moi. Dans mon regard, seule mon envie de la mettre à terre subsiste, et malgré son envie de vaincre, elle sait qu'elle n'en a pas la moindre chance. J'entends des pas s'avancer derrière moi, et le regard d'Echo me confirme bien que de nouvelles personnes sont maintenant présentes sous cette tente. Je ne prends cependant pas la peine de me retourner, elle seule m'intéresse. Mon corps se balance sur mes appuis, faisant une dernière fois corps avec le sol, alors que je fais tourner mes deux lames autour de moi, puis me remets en garde, une lame devant mon buste et l'autre au niveau de ma tête. Dans mon regard, elle comprend que ce sera ma dernière attaque, et se prépare donc à y répondre, tout en reprenant son souffle. Il y a bien longtemps que je n'avais pas senti mon corps à ce point-là prêt pour le combat, et la dernière fois, c'était lorsqu'il luttait contre la douleur que me procurait cette blessure dans mon abdomen, qu'aujourd'hui d'ailleurs il ne ressent même plus. Actuellement, je ne ressens rien, hormis le désir inconditionnel de la voir au sol, vaincue. Morte.
Je lui adresse un sourire provocateur, l'invitant ainsi à saluer Nia de ma part. Puis j'attaque, avec rapidité, force et détermination. Elle ne pare que deux coups, mais le troisième non. A présent blessée au bras droite, elle lâche finalement son arme qui vient tomber lourdement sur le sol, pendant que j'enchaine un coup de poing à gauche, puis un coup de genou sur son flan droit. Rageuse, je balance ma deuxième arme au sol, qui me sera à présent inutile, alors que je la regarde pliée en deux. Droite, fière et mon regard plus dur que jamais, je m'approche d'elle, et lui empoigne les cheveux pour lui redresser la tête en mettant ainsi sa gorge à ma merci. Violemment, je pousse un cri et la balance au sol de toutes mes forces. Debout à côté d'elle qui me regarde, le nez en sang, exactement de la même manière dont Roan m'a regardée quelques semaines plus tôt, je fais tourner mon épée et la saisis de mes deux mains en la positionnant au dessus de son torse, prête à l'abaisser. Son regard ne me supplie pas d'en finir, et démontre encore une envie de vivre, malgré le fait qu'elle reconnaisse sa défaite. Puis, dans un petit sourire ensanglanté, elle me murmure, à bout de souffle, juste avant de ne laisser sa tête complètement tomber au sol :
« Finis ce que tu as commencé. Ainsi, tu l'auras vengée. »
Lorsqu'elle me dit cela, je réalise. En croisant son regard traversé par une once de peur, je comprends… Plus rien ne saurait exister, et absolument tous mes muscles se crispent soudainement en sentant mon cœur s'arrêter. Je déglutis, essayant d'étouffer ma rage, qui tente de se déverser sauvagement dans ma lame, qui n'attend que de s'abattre dans sa poitrine, lui ôtant ainsi toute vie. Lui prenant ainsi son dernier souffle. Pourtant je suis figée l'espace d'un instant, pendant lequel je sens la chaleur de mes larmes venir embrumer mon regard, vengeur, toujours posé dans le sien. Ce moment d'éternité, durant lequel nous sommes connectées, seules au monde, avec pour unique compagnie ce passé de souffrance qui nous lie. Je la hais plus que tout au monde, et je maudis ce jour au cours duquel elle m'a tout pris. Je serre les dents, sans jamais fermer les yeux, afin que pour la première fois elle puisse y voir tout ce qui m'a rendue aussi forte, qu'elle puisse contempler que c'est elle qui a contribué à cette force qui, aujourd'hui, l'a mise à terre. Qu'elle puisse voir que non, elle ne m'a pas détruite, et qu'en tranchant cette gorge, qu'en tuant Costia, elle n'a fait que m'élever. Comme Nia a scellé le destin de son clan en donnant l'ordre de la tuer, Echo vient de le sceller à nouveau en m'avouant son crime. Elle était bien là. Elle… J'empoigne mon épée, et l'élève encore un peu plus haut, sans jamais quitter cette assassin du regard. Je peux sentir toute la rage de Luna, qui n'hésiterait pas une seule seconde à l'abaisser à ma place non plus. Dans un regard plus déterminé que jamais, et en silence, j'abaisse violemment mon épée, jusqu'à ce qu'elle heurte la masse qui se trouve sous elle. C'est terminé.
Puis je relève enfin mon regard vers l'entrée de la tente, pour y croiser celui d'Indra et de sa seconde, qui s'empresse après m'avoir rapidement saluée d'un hochement de tête des plus respectueux, de se ruer vers Luna et Clarke. Je retire enfin mon épée dans un cri, et, le regard toujours plongé dans celui d'Indra, je peux y voir une multitude de sentiments s'y affronter. De l'incompréhension, de la surprise, du respect, de l'honneur, de la joie. Je fais signe à deux hommes qui l'accompagnent de s'occuper de cela, en indiquant Echo de la tête sans même me retourner, et je m'avance d'un pas déterminé vers Indra, avant de remettre mon épée sur mon dos, silencieusement. Mon regard fier plongé dans le sien, je peux la voir s'avancer à son tour doucement vers moi. Ses yeux brillent, d'admiration, de soulagement, et une flamme s'y ravive soudain. La mâchoire serrée, elle relève la tête et inspire profondément, comme réalisant que rien n'est jamais fini. Que l'espoir est toujours là, et surtout qu'elle a pris la bonne décision en venant soutenir Luna pour défendre Arkadia. Elle a bien fait d'écouter Octavia. Alors, elle incline enfin la tête, respectueusement. Je n'ai jamais été aussi heureuse de la savoir à mes côtés, et lorsque je lui tends la main, elle la regarde, et je perçois comme une hésitation à la saisir. Je connais Indra, et son hésitation ne témoigne pas de son manque de dévotion envers moi. Sa honte d'avoir abandonné lui pèse, et la fait maintenant hésiter sur son droit à saisir cette main que Heda lui tend. Mais voyant que je ne l'abaisse pas, elle finit par plonger son regard dans le mien, et y trouve la réponse à sa question. Oui, elle en est digne, et j'ai besoin d'elle plus que jamais à mes côtés. Alors, elle finit par accepter ma compassion envers elle, même si cela lui coûte, je suis Heda. Je suis en vie. Son sens du devoir l'a peut-être faite hésiter suite à ses décisions passées, mais c'est aussi lui qui la fait se tenir face à moi à cet instant, et qui la pousse à saisir à présent mon bras. Je resserre la pression de ma main autour du sien, et finis par m'approcher d'elle pour lui poser mon autre main sur l'épaule, geste qu'elle n'attendait absolument pas. Puis je lui esquisse un sourire, la remerciant silencieusement d'être toujours présente à mes côtés. Je sais que le plus grand honneur lui revient d'être encore aux miens, mais malgré nos désaccords, elle a toujours été l'une de celles sur qui j'ai toujours pu compter.
« Osir gonplei nou ste odon. » lui dis-je, dans un regard déterminé auquel elle répond, cette fois, sans l'ombre d'une hésitation.
Elle s'en remet à moi, et sait que ce j'attends à présent d'elle.
Je lui adresse un signe de tête, et m'empresse d'enfin aller là où je veux être. Lorsque je m'approche de Clarke, dont la tête est posée sur les genoux de Luna, je peux la voir respirer, et je ne peux m'empêcher de laisser échapper un soupir de soulagement. Octavia appuie son regard dans le mien, en attendant que je prenne une décision. Bien-sûr que nous ne partons pas pour Polis de suite. Luna relève les cheveux de Clarke, dont le souffle reste quand même bien faible et irrégulier, pendant que je lui passe une main douce sur la joue. Je ne supporte pas de la voir dans cet état, et j'ordonne à Octavia de faire immédiatement bouger les armées en direction d'Arkadia.
« Que fait-on d'Azgeda ? » me demande t'elle.
« Gardez-les sous contrôle. Le premier qui tente quoi que ce soit, qu'il soit tué sur le champ. Jusqu'à nouvel ordre. » lui ordonné-je, sans détacher mon regard de Clarke.
« Bien, je le dis à Indra. » me répond t'elle, en acquiesçant d'un signe de tête.
Alors qu'elle sort rapidement de la tente, je plonge mon regard dans celui de Luna, pour n'y trouver que désolation et amertume. Elle ne comprend pas ma décision, et subit à nouveau le poids de la perte de Costia. Manifestant son objection, elle se contente de se terrer dans le silence en secouant la tête. Je ferme un instant les yeux, comprenant tout à fait sa réaction. Ses mains protectrices autour du visage de Clarke me rappellent que mon devoir est avant tout d'honorer tout ce pour quoi nous nous sommes tant battues pour en arriver là, ainsi que ce que nous avons aussi perdu. Je me penche et dépose tendrement un baiser sur son front, en lui murmurant « Je suis là. ». Puis je me relève et la prends en appui sur mon épaule, incitant Luna à la soutenir de l'autre côté, et ensemble, nous la hissons hors de cette tente, laissant ainsi derrière elle toute la souffrance qu'elle a pu y endurer.
Les cors de Trikru résonnent à l'approche des portes d'Arkadia. Indra et Octavia en tête, elles ne tardent pas à s'ouvrir, sachant que ce n'est plus l'ennemi. Les troupes armées d'Azgeda s'étaient repliées légèrement pour faire face à leurs deux fronts attaqués, laissant ainsi un peu de répit à la Skaikru, et levant ainsi pendant quelques heures la menace à leur encontre. Trop peu nombreux, ils n'ont pas pris le risque de sortir voir quelle était la réelle raison de ce repli, et c'est donc avec soulagement qu'ils voient Indra s'approcher. Du haut de la tour, je vois un homme ordonner de lever immédiatement toute menace à notre encontre et se ruer vers les portes, pour en sortir en courant.
Pendant que nous continuons d'avancer, je jette un regard à Clarke, allongée à mes côtés et portée par deux de mes hommes, à qui je fais signe de me suivre pendant que le reste de mon armée me créer un passage me permettant de rejoindre l'avant du cortège. Indra, Octavia et Bellamy s'écartent à leur tour, pendant que d'autres membres de la Skaikru arrivent en courant à l'extérieur de leurs murs. La mère de Clarke est là, et lorsqu'ils me voient m'avancer fièrement et déterminée au milieu de mes hommes, tous stoppent leurs pas un instant, stupéfaits. Abby, dont le regard reste figé dans le mien, comme paralysé, retient son souffle, ne prenant même pas garde à qui est à mes côtés, inconsciente. Lorsque je dévie mon regard, le sien le suit, et finit par se terrifier encore davantage en voyant Clarke. Prise de panique, elle s'approche, et caresse délicatement le visage de sa fille, juste avant de lui poser deux doigts dans le cou. Elle souffle en apposant sa main sur sa poitrine, soulagée, puis se retourne rapidement vers moi. Je m'attends à ce qu'elle me demande ce qu'il s'est passé, mais elle n'en fait rien. Au lieu de cela, elle m'adresse un signe de tête reconnaissant, et demande à ce qu'on amène rapidement Clarke à l'intérieur. Elle a urgemment besoin de soins, et c'est notre priorité à toutes les deux. Alors qu'elle s'éloigne, je m'avance vers Indra, Octavia et Bellamy, et ordonne sèchement à ce que chaque guerrier d'Azgeda soit surveillé à chaque instant, alors que ma main se lève et que mes doigts se replient vers l'avant pour leur demander de l'amener ici. Je lui accorde un dernier regard méprisant, et peux voir celui de Bellamy se lever au ciel. La menace est à présent levée, l'armée de Roan dissoute et tous sont nos captifs. Sans plus me retourner, je m'avance, majestueusement, et franchis enfin les portes d'Arkadia, suivie de toute mon armée et devant le regard médusé de l'ensemble de mon treizième clan. Là où l'animosité a autrefois régnée entre nous, aujourd'hui il ne reste que l'espoir d'une alliance qui représente la seule chance de nous assurer à tous, non plus une chance de survie, mais une chance de vivre. Il n'y a donc parmi nous plus aucune menace et chacun d'eux le sait. Bellamy et Octavia juste derrière Indra et Luna, c'est ainsi que nous nous avançons au milieu d'eux, et aucune arme ne nous menace. J'entends des « Le Commander est en vie. » « Comment est-ce possible ? » s'élever de la foule, alors que j'appose mon regard sur chacun d'eux. Ma prestance et ma présence chargent l'atmosphère d'Arkadia d'un espoir qu'ils n'attendaient plus. Je sais que certains restent réfractaires à la Coalition, et au fait d'en faire partie. Mais pourtant tous savent que c'est la seule chose qui assure leur sécurité ici-bas. Preuve en est, la Coalition faible, l'ennemi est à leurs portes. Je suis la seule personne qui peut à présent les protéger d'Azgeda, et de la menace que représente Polis tant que je ne l'ai pas reprise. Survivre à la menace nucléaire ne sert à rien s'ils doivent se faire tuer par la suite, et c'est le cas pour chacun d'entre nous. Raisonnablement, leurs chefs savent que la Coalition est notre seule chance à tous. Les regards sont tous tournés vers moi, au fur et à mesure que je m'avance au milieu d'eux, et je finis par lever la main pour signifier à mes hommes de s'arrêter. Une brune, portant un blouson rouge, s'avance à notre rencontre en boitant. Après une hésitation, elle nous dévisage, et arrête son regard sur moi, et Bellamy s'avance alors vers elle, pendant qu'elle nous regarde la bouche semi-ouverte. Je n'ai pas revue Raven depuis que je lui ai entaillé les bras, en cherchant à lui faire avouer un acte de trahison qu'elle n'avait pas commis. J'ai d'ailleurs dû tuer Gustus moi-même, à la suite de cela. Sa dévotion envers moi l'a poussé à commettre l'irréparable, voulant remettre en cause mon alliance naissante avec Clarke. J'aurai pu tuer Raven pour un crime qu'elle n'avait pas commis, et c'est une décision que je regrette amèrement. Je plonge mon regard dans le sien, et la salue solennellement.
« Lexa… » murmure t'elle, complètement choquée.
Puis elle plonge son regard dans celui de Bellamy, et comprend alors qu'il est au courant depuis bien longtemps déjà que je ne suis pas morte à Polis. Ses yeux cherchent Clarke, mais sans la trouver. Prise de panique, elle ne comprend pas.
« Clarke est avec Abby. » réponds-je à son interrogation, alors que Bellamy confirme d'un signe de tête. « Elle s'en sortira. »
« Que s'est-il passé ? Et… »
« Nous en parlerons plus tard, Raven. » lui dis-je, en m'avançant vers elle. « Où en es-tu ? »
Prise de cours, mais faisant rapidement le rapprochement, mais dans un premier temps méfiante, elle cherche une sorte d'approbation avant de me répondre dans le regard de ses amis, à savoir Bellamy et Octavia, et hésite un instant en fronçant les sourcils. Ses yeux se posent ensuite sur Luna, qu'elle ne connaît pas.
« Raven ! » reprends-je en cherchant son regard.
Dans une expression toujours sidérée, elle finit par souffler et lever les yeux au ciel, comme se résignant à perdre complètement le contrôle de la situation. Elle s'attendait peut-être à devoir parler de cela avec n'importe qui, sauf avec moi. Il faut dire que notre passé lui a aussi laissé des marques. Je rehausse la tête, et lui fais face, bien déterminée à obtenir malgré tout une réponse. Devant le regard suppliant de Bellamy, elle finit par m'en donner une en rehaussant la tête à son tour.
« J'y suis presque. »
« Bien. » me contenté-je de lui dire, m'en remettant à Clarke et à sa confiance en elle. « Luna… » l'appelé-je, en la cherchant du regard.
« Luna ? » me questionne Raven, qui souffle dans un petit rire nerveux.
« Veille sur Raven. Personnellement. » lui demandé-je, dans un signe de tête.
« Je n'ai pas besoin de baby-sitter ! » proteste Raven, pendant que Luna l'observe, en laissant apparaitre un petit sourire sur le coin de ses lèvres.
« Non, clairement pas. » lui murmure t'elle, avant de s'approcher d'elle, et de reprendre une fois à sa hauteur sur un ton provocateur « Mais je serai quand même avec toi. »
Puis elle vient chercher mon regard, pendant que Raven lève les bras au ciel et s'agrippe les cheveux avant de faire furieusement demi-tour. Je peux y lire toute la contrariété qu'elle ressent depuis que nous avons quitté cette tente, mais aussi sa détermination à protéger Raven, qu'elle sait être notre salut à tous. Elle emboite donc le pas de la brune, qui s'éloigne en maugréant. Je lève moi aussi les yeux au ciel, agacée d'un tel comportement, puis finis par demander à Bellamy de me conduire à l'infirmerie, après avoir demandé à Indra et Octavia de maintenir le calme dans le camp.
Lorsque je pousse la porte de l'infirmerie, telle qu'ils l'appellent, ce que j'y vois me rappelle pourquoi je dois impérativement reprendre Polis. Des hommes blessés sont allongés sur des lits métalliques, avec des tuyaux au dessus d'eux, qui relient des poches transparentes à leur corps. Surement des sortes de perfusions, mais ce sont des techniques que nous n'utilisons pas, et je me suis toujours dit que j'aimerai que Clarke m'explique les bases de leur médecine. Nous n'en n'avons simplement jamais eu le temps. Au milieu d'eux se trouve une femme, une seule, et la seule que j'aurai aimé ne jamais voir dans cet état. Couverte d'une couverture blanche à l'extrémité de la pièce, et un linge humide posé sur son front, je sens mon ventre se nouer en la regardant. Penchée au dessus d'elle, Abby la veille, et son regard vient se poser dans le mien lorsqu'elle m'entend m'avancer délicatement dans la pièce. Respectueuse de son état, j'attends comme une approbation de la part de sa mère pour m'en approcher. Il va falloir du temps et du repos à Clarke pour récupérer, et malheureusement je ne suis pas très sûre d'en avoir à lui offrir. Abby cligne longuement des yeux, avant de détourner à nouveau son regard maternel inquiet vers sa fille. Lorsque j'arrive près de son chevet, je lui saisis la main, pendant qu'Abby me regarde faire. Le visage de Clarke est si abimé que je serre les dents en le voyant ainsi, étouffant ma rage contre Echo. Puis je lui passe mon autre main doucement sur le visage, pendant que sa mère saisit une poche de glace qu'elle lui applique avec soin sur la lèvre, puis sur l'arcade du sourcil.
« La glace va diminuer les marques sur son visage. » m'explique t'elle, la voix tremblante.
Pendant que je serre davantage la main de Clarke, regrettant de ne pas avoir pu empêcher cela, je me jure à moi-même de ne pas laisser cela impuni, et de faire en sorte que sa torture ne soit pas vaine. De mon regard jaillit alors autant de détermination que de tendresse à son égard. Je déglutis difficilement, lorsque je sens soudain une légère pression s'appliquer sur mes doigts, ce qui me fait relever immédiatement mon regard empli d'espoir vers elle. Cherchant le moindre signe de vie sur son visage, je finis par y retrouver le bleu de ses yeux qui tentent de s'ouvrir dans un effort qui semble être surhumain. Sa mère affiche immédiatement un sourire sincère en me regardant, juste avant de se pencher sur sa fille, qui reprend petit à petit connaissance. J'affiche à mon tour un grand sourire, et plonge mon regard dans le sien, en serrant davantage sa main.
« Clarke… Clarke ma chérie… »
« Maman… » gémit-elle, permettant à sa mère de laisser échapper un petit rire de soulagement.
« Tout va bien, tu vas bien. » lui dit-elle pour la rassurer.
« Tu es là. » me dit-elle, en ouvrant un peu plus les yeux lorsqu'elle me voit, pour venir chercher le vert des miens.
Abby relève alors le regard vers moi, mais je n'ai d'yeux que pour Clarke, à qui je caresse délicatement du bout des doigts la joue la moins tuméfiée des deux. Mais au lieu de fuir mes doigts sous la douleur, elle appuie encore davantage sa tête contre ma main, et souffle de soulagement en esquissant un sourire, entravé par sa lèvre gonflée et douloureuse. Oubliant même que nous ne sommes pas seules, je lui réponds avec tendresse :
« Je serai toujours avec toi. »
Puis je saisis le linge posé sur son front, pour l'éponger délicatement. Grimaçant, et encore dans un état comateux, Clarke commence subitement à remuer le visage, manifestant ainsi les souvenirs que son corps garde toujours de sa torture. Abby se penche alors rapidement vers elle, en lui disant de se calmer, mais n'y parvenant pas et la voyant de plus en plus s'agiter, elle commence à attraper une fiole et une seringue. Mais avant cela, elle marque un temps d'arrêt et appuie son regard dans le mien, alors que je maintiens toujours la main de sa fille, seule partie de son corps qui semble encore apaisée. Clarke tente de se débattre contre un mal qui est inexistant dans la pièce, et n'entend même pas la voix de sa mère qui lui dit de se calmer. Devant la détresse d'Abby qui se refuse de piquer sa fille, sauf en dernier recours, je me penche alors sur Clarke et lui saisis violemment les épaules pour l'immobiliser sur le lit. Elle est là, son esprit est là je peux le voir dans ses yeux à moitié ouverts, mais son corps garde toutes les tensions et les blessures, et manifeste toute la souffrance qu'il a endurée il y a encore trop peu de temps. Indépendamment de sa volonté.
« Clarke. » lui dis-je, fermement. « Clarke, calme-toi. CLARKE ! » haussé-je la voix.
« Lâche-moi ! » s'agite t'elle encore davantage, confondant maintenant la réalité avec ses souvenirs.
Abby s'apprête à enfoncer la seringue dans la fiole de tranquillisant, lorsque je lève la main à son égard, lui demandant de patienter encore un peu. Je saisis à nouveau Clarke, et pendant qu'elle tente de me repousser de toutes ses forces, je lui attrape le visage et le lui maintiens pour plonger mes yeux dans les siens, l'obligeant ainsi à me regarder alors que je me tiens à seulement quelques centimètres d'elle. En se débattant, elle pose ses mains sur mon visage, essaie de l'agripper pour tenter encore et encore de me repousser, tout en étouffant même des larmes de rage. Mais je tiens bon. Je tiens bon et ne la lâcherai pas. Mon cœur résonne dans ma poitrine, je ne l'abandonnerai jamais à ce mal qui la dévorera si elle ne le combat pas maintenant. Elle doit avant tout accepter que son corps l'a subi, mais tout cela, elle ne le maitrise pas. Dans son état, elle n'a plus le contrôle de son corps. Elle est pourtant là, quelque part, perdue derrière la Clarke dont le corps a été façonné par la torture d'Echo. Je tiens bon son visage entre mes mains, et même si elle manque de me griffer au passage, je m'approche toujours un peu plus, jusqu'à venir toucher de manière salutaire ses lèvres… Dans un premier temps avec douceur, et une certaine pudeur, pour finalement y apposer davantage la force de mon amour. Ainsi, je l'appelle. Je la rappelle à moi. Je sens à présent la chaleur de sa bouche contre la mienne, et si dans un premier temps la tension de son corps est telle qu'elle tente vainement de me repousser, elle finit par céder, et revenir à moi. Petit à petit, je la sens rendre les armes, et s'agripper de toutes ses forces avec moi à notre réalité. Elle s'abandonne totalement et définitivement à la passion et à la tendresse de notre baiser. Je relâche donc un peu la pression, comme pour lui redonner la liberté de son corps qu'elle a perdue juste avant, mais elle vient rapidement la l'y remettre, et me fait ainsi sentir qu'elle est désormais là. Entièrement là, auprès de moi. Pendue et désespérément accrochée à ce lien unique que nous partageons toutes les deux. Au lieu de me griffer, sa main gauche vient se glisser derrière ma nuque, et m'attire toujours plus vers elle, pendant que sa main droite vient englober ma joue, et que le reste de son corps se détend enfin complètement. J'entends un bruit lointain de verre se poser sur la table juste à côté du lit, mais qu'importe... J'enivre Clarke de tout mon amour, et me délecte de la retrouver. Le contact de sa peau contre la mienne, c'est ce dont elle avait besoin pour revenir jusqu'à moi. Puis je brise lentement et doucement notre baiser, dans lequel pourtant j'aurai voulu me perdre indéfiniment. J'appose alors mon front contre le sien, et lui adresse un sourire.
« Tu es revenue. » me murmure t'elle, ayant enfin retrouvé toute sa lucidité.
« Je reviendrai toujours. »
« Mais… où est Echo ? » me demande t'elle, avec une pointe de panique dans la voix.
« Je m'en suis occupée. » la rassuré-je. « Maintenant, repose-toi, d'accord ? » lui dis-je, en lui repositionnant la tête correctement, sous le regard silencieux de sa mère.
Lorsque Clarke tourne la tête dans sa direction, ce qui me fait également lever les yeux vers Abby, elle adresse un sourire à sa mère, trop faible pour dire quoi que ce soit et essayer de débattre sur la situation actuelle. Abby lui rend, puis appose son regard soucieux dans le mien, et pendant que Clarke tombe de fatigue, elle la recouvre avant de me demander de l'accompagner dehors. Je jette un dernier regard au visage à présent apaisé de Clarke, et quitte l'infirmerie, accompagnée d'Abby sur mes talons. Maintenant, je la sais en sécurité.
« Que va t'il se passer maintenant, Lexa ? » m'interroge t'elle, alors que nous nous éloignons de l'infirmerie.
Dans les couloirs, l'agitation bat son plein. Abby y marche pourtant sereinement, et m'entraine dans un recoin, à l'abri des oreilles indiscrètes. Cependant, nous ne sommes quand même pas trop loin de l'infirmerie. J'observe ces murs faits d'acier, dans lesquels je ne me suis jamais sentie bien à l'aise.
« Clarke ne sera pas en état de t'accompagner, peu importe ce que tu prévois. » me dit-elle, réellement concernée et inquiète par l'état de santé de sa fille. « Que s'est-il passé là-bas ? Si j'avais su, je me serais opposée à sa sortie du camp… » se blâme t'elle, en adoptant une voix désemparée.
« Vous n'auriez jamais pu l'en empêcher Abby, on parle de Clarke. Elle est grande et responsable de ses actes, et de ses choix. Elle n'est plus l'enfant que vous cherchez toujours à voir en elle. Elle est Wanheda… » lui réponds-je d'une voix ferme, bien que compréhensive. « Cependant, je suis d'accord, elle ne sera pas en état de repartir d'ici deux jours et va devoir se rétablir… »
« Que va t'il se passer, Lexa ? Comment comptes-tu reprendre les rênes de la Coalition ? Parce que c'est ce que tu comptes faire n'est-ce pas ? »
J'acquiesce d'un signe de tête silencieux, tout en gardant mon regard dans un premier temps dans le vide, puis en venant l'appuyer dans le sien. Elle peut alors voir toute la détermination que j'ai. Oui, bien-sûr que je vais reprendre Polis, et lorsqu'elle lève les yeux au ciel, en faisant quelques pas nerveux face à moi, je comprends qu'elle reste réfractaire à ce plan. Mais de toute manière, elle n'aura pas le choix, parce que c'est raisonnablement le meilleur plan pour tout le monde. Et j'ai besoin de chaque personne disponible pour marcher sur Polis avec mon armée.
« Rien ne sert de survivre si nous devons retomber dans les tourments de la guerre. » me contenté-je de lui répondre, alors qu'elle marque un temps d'arrêt, visiblement surprise par mes mots.
« Mais reprendre Polis est un plan bien ambitieux… »
Lorsqu'elle me dit cela, je durcis mon regard.
« Je suis Heda. » lui dis-je, en me rapprochant d'elle, la tête haute.
« Oh, je le sais, il n'y a pas une seule seconde où je l'ai oublié. Et je ne voulais pas t'offenser. Nous ne pouvons juste pas aller au devant d'une guerre, au risque de perdre plus d'hommes que nous n'en récupèrerons. Nous n'avons plus beaucoup de ressources en nourriture, les hommes sont plus paniqués qu'autre chose… »
« Ils sont paniqués parce qu'ils sont menacés ! » la coupé-je sèchement. « Ils sont paniqués parce qu'Azgeda est à leurs portes, et que leur survie dépend de deux choses : la stabilité de la Coalition, et la réussite de Raven. Je vais ramener la paix au sein de la Coalition, la reformer et la stabiliser, et le climat dans lequel nous évoluerons ne sera plus propice à une simple survie, mais à une vie en communauté. Mais pour cela je dois reprendre Polis, et détrôner Roan. » continué-je, en serrant les dents.
« Mais que se passera t'il si tu échoues ? »
Si elle n'avait pas été la mère de Clarke, je n'aurais jamais toléré de tels propos. Mais je n'ai même pas besoin de répondre à cette question, qu'elle radoucit d'elle-même son attitude, et finit par soupirer, en sachant pertinemment que ce n'est pas envisageable. Se rendant à l'évidence, elle reprend :
« Que se passera t'il si Roan ne te laisse pas faire ? »
« Roan me doit tout. » lui répond-je, hargneuse. « Je l'ai mis sur le Trône, et lui ai redonné sa place auprès des siens. Je peux tout aussi bien la lui reprendre. Son clan est sanguinaire, mais leur Roi n'est pas fou, contrairement à sa mère qui l'était. Ce sera dans son intérêt de me rendre Polis, sinon le reste de son armée sera massacrée. Si je dois réduire la Coalition à Douze Clans pour lui donner à nouveau une chance de nous apporter à tous la paix, je le ferai sans aucune hésitation. Si Azgeda veut défier une nouvelle fois Heda, qu'ils le fassent. Mais ce sera la dernière fois. Si Roan veut la guerre, il l'aura, mais il finira comme sa mère. » terminé-je devant le regard indécis d'Abby. « Si nous survivons à cette menace nucléaire, Abby, que vaudra t'il mieux avoir : la guerre ou la paix ? »
« Quand comptes-tu partir pour Polis ? »
« Dans deux jours maximum. Et je prendrai avec moi tous les hommes disponibles de la Skaikru. »
Je peux voir sur son visage que cette idée lui déplait, mais ils sont le treizième clan de la Coalition, et c'est aussi dans leur intérêt que je reprenne Polis, cela, elle n'en doute pas. Envoyer ses hommes à la guerre lui pose un réel problème, mais elle n'a de toute manière ni les moyens, ni l'envie de s'opposer à moi. Elle se tend et relève la tête, belle et bien contrariée, pendant que j'appuie mon regard ferme et définitif dans le sien. Contrairement à Kane ou Clarke qui le font de leur plein gré, je sais qu'Abby s'en remet à moi uniquement parce qu'elle n'a pas d'autres choix.
« Je ne laisserai aucun clan derrière moi, Abby. Pas plus le treizième que les autres. Mais pour reprendre Polis, pour laisser une réelle chance à Raven de tous nous sauver, pour ne pas laisser la torture de Clarke impunie et vaine, je dois reprendre Polis. »
Lorsque je lui dis cela, son regard change. Je recommence à marcher, tout en l'invitant à me suivre.
« Nous n'avons pas eu un passé facile, je le sais. Notre façon de faire est différente de la vôtre, mais notre but est identique. Clarke sait cela. Aujourd'hui, nous formons un seul et même peuple, et c'est la Coalition qui assure cela. Azgeda essaie de tout briser. Ce n'est dans l'intérêt de personne que les laisser gérer la Capitale. Nous avons tous beaucoup perdu pour en arriver là, chacun d'entre nous. » continué-je en passant mes mains derrière mon dos, et en radoucissant mon regard sans pour autant laisser ma détermination de côté.
« La paix est vraiment ce que tu veux, Commander ? » me demande t'elle après quelques secondes de silence.
Je stoppe mes pas, et lui fais face.
« Bien-sûr. La paix est ce que j'ai toujours voulu, Abby. »
« Alors, prends tous les hommes qu'il te faut. Je sais que c'est ce que Marcus ferait. Il te suivrait, quoi qu'il en coute. Tout comme Clarke… Mais elle ne pourra pas venir… »
« Je sais… » lui dis-je en baissant les yeux. « Le principal, c'est qu'elle aille mieux. » lui dis-je, tout en commençant à partir.
« Lexa… » m'interpelle t'elle, en revenant à ma hauteur, « J'ai vu Clarke lorsqu'elle a cru te perdre. Sois prudente, parce qu'elle ne le supporterait pas une nouvelle fois. Elle est forte, mais elle n'en reste pas moins une jeune femme…»
« COMMANDER ! » m'interpelle une voix essoufflée à l'autre bout du couloir, me faisant instantanément me retourner.
J'appuie mon regard dans celui d'une jeune femme blonde, coiffée d'une tresse sur le côté, armée d'un fusil qu'elle porte en bandoulière.
« Qu'est-ce qui se passe Harper ? » lui demande Abby, concernée alors que cette requête ne lui est pas adressée.
« Il y a un problème en cellule… » commence t'elle à nous expliquer en tentant de reprendre son souffle.
Je durcis mon regard, et me précipite à sa suite, comprenant immédiatement de quoi il retourne. J'aurai dû mettre davantage de gardes aux portes, de manière à assurer malgré tout davantage sa sécurité. Abby sur nos talons, nous déambulons rapidement dans les méandres des couloirs d'Arkadia, tous plus sombres les uns que les autres, quand tout d'un coup j'entends des cris s'élever au bout de l'un d'eux, et comprends dès lors que nous sommes arrivées. Harper me lance un regard paniqué, et Abby stoppe ses pas, horrifiée par la masse humaine agglutinée contre les grilles, qui paraissent ouvertes. Je serre les dents, et m'avance rapidement, d'un pas déterminé, le regard droit et menaçant.
« ASSEZ ! » crié-je d'une voix forte et imposante, qui paralyse toutes les personnes présentes.
Je les regarde, et pourrai tuer n'importe lequel d'entre eux qui ose me défier ou ne pas se pousser sur mon passage. Qu'ils soient de Trikru ou de Skaikru, aucun n'ose cependant rester devant moi, pendant que je m'avance vers les grilles qui sont effectivement ouvertes, alors qu'elles ne le devraient pas.
A l'intérieur de la cellule, je peux voir Bellamy qui s'interpose, avec le nez en sang parce qu'il a surement pris un coup. A ses côtés, Octavia, le regard enragé, se tient en garde, épée brandie devant elle. Pendant que je regarde chacun des hommes qui s'oppose à eux, la seconde d'Indra prend la parole, haletante.
« Nos hommes ont forcé la cellule, pour s'en prendre à elle. Nous sommes arrivés juste à temps... » m'explique t'elle, en reprenant son souffle, tandis qu'elle pousse un homme, qui se relève juste devant elle, d'un coup de pied hors de la cellule.
A présent dos à la prisonnière et à ses protecteurs, je fais face à ces quelques dizaines d'hommes tous plus énervés les uns que les autres, bien déterminés à régler son compte à la personne enchainée derrière moi.
« Je tuerai de mes propres mains celui qui franchit encore ces grilles. » leur lancé-je, plus menaçante que jamais dans ma voix.
Des élans de protestation s'élèvent, pendant qu'Abby se créer à son tour un passage pour venir à ma hauteur, et en repousse par la même occasion quelques uns des siens pour leur indiquer de repartir à leur occupation.
« Heda, nous réclamons vengeance ! » proteste un homme d'Indra.
« Commander, cette traitre a pris bien des vies. Elle doit payer pour ses crimes ! »
« Elle sera jugée pour cela. » s'empresse de répondre Abby à son homme.
« DEHORS ! MAINTENANT ! » ordonné-je violemment.
« Il faut les maintenir… » intervient Bellamy, pendant que la foule assoiffée se disperse, aidée d'Octavia, et d'Indra qui l'a rejointe à l'entente des cris.
« Tout le monde dehors ! » lui ordonné-je à lui aussi, avec de la fureur dans le regard.
Il jette un regard malgré tout concerné par dessus son épaule, et s'exécute à contrecœur, en s'essuyant le nez. Pendant qu'il me lance un dernier regard avant de refermer la grille derrière lui, j'interpelle Indra et lui demande de les rassembler, tous. J'arrive dans peu de temps, mais avant cela, je déglutis, et une fois seule, me retourne enfin furieusement vers elle.
Le visage en sang, les cheveux défaits et les bras marqués de coups, je comprends que Bellamy et Octavia n'ont pas pu tout empêcher. Je relève mon port de tête, et m'approche d'elle, pour lui relever dédaigneusement la tête en la saisissant par les cheveux. Elle est à bout de souffle, et dissimule un petit sourire en coin, bien que dans son regard persiste un éclat de vie.
« Tu aurais dû me tuer. » me murmure t'elle à bout de force, pendant que je la relâche violemment. « Eux n'hésiteraient pas une seule seconde… »
Je plonge mon regard dans le sien, et crispe ma mâchoire. Je ne compte pas répondre à sa provocation, et me contente de serrer les dents, en saisissant mon poignard, et en le faisant à présent tourner à l'aide de mes pouces entre mes deux index. Le regard dur, et luttant intensément contre mon envie de vengeance pour ce qu'elle a fait endurer à Clarke, je m'approche majestueusement d'Echo, et lui caresse délicatement la gorge du bout de ma lame affutée… D'un coup vif, je lui entaille la peau, juste assez pour la faire étouffer un petit cri de douleur lorsqu'elle serre les dents, et pour voir quelques gouttes de son sang maintenant dévaler sa peau.
« N'oublie jamais que je peux te tuer quand je le veux. » lui affirmé-je avec force et fermeté dans la voix. « Personne ne me dicte ce que je dois faire. »
« Pourquoi ne m'as-tu toujours pas tuée alors ? Je t'ai déjà bien trop pris… » me répond t'elle sur un ton aussi provocateur que désespéré.
Je ne réponds pas, et me contente de la regarder dédaigneusement. L'unique raison pour laquelle j'ai épargné sa vie est que j'ai besoin d'elle. Il est primordial qu'elle reste en vie pour soumettre le reste de son armée à Polis, et elle l'a compris au moment où j'ai choisi de l'épargner. Son ton provocateur me démontre bien qu'elle cherche à se faire tuer. Elle ne peut désormais plus se présenter devant son Roi, qui ne lui pardonnera jamais son échec et la tuera pour cela. C'est comme cela que nous fonctionnons, c'est comme cela qu'Azgeda récompense ceux qui échouent. Chef des armées ou pas, peu importe sa place auprès de Nia ou auprès de lui, Echo est dès lors condamnée par Roan pour assurer sa propre place sur le Trône. Depuis toutes ses années, son armée est bien plus fidèle à son Commandant, donc à Echo, qu'à Roan. La laisser en vie signifie qu'il accepte sa supériorité à lui, et donc prend le risque de se faire renverser, en plus de paraître faible aux yeux des siens. Echo se sait donc en sursis. C'est d'ailleurs cette raison qui me donne le courage de la regarder et de lui laisser la vie sauve… Savoir que sa capture mettra à mal Roan qui n'aura d'autre choix que de se rendre, se soumettant à moi. Elle sera un pilier pour le faire céder. Mais la voir ainsi me tort les tripes, et je sens très vite toute ma rage resurgir du fin fond de mes entrailles. J'ai envie de lui faire subir ce qu'elle a fait subir à Clarke, et avant elle à…
« Tu n'as jamais su quels ont été ses derniers mots, n'est-ce pas ? » me dit-elle doucement, en relevant les yeux vers moi.
Je sens mon cœur se serrer, et ma gorge se nouer. Retenir cette haine qui ne demande qu'à s'exprimer, contenir ma rage pour éviter de la tuer en lui tranchant la gorge, me demande toute la force que je possède. Je sens mon corps entier se tendre, et ma poitrine se comprime subitement, pendant que je maintiens de plus en plus fort ma lame entre mes doigts.
« « Ici, maintenant et pour l'éternité ». »
Lorsqu'elle me dit cela, je me jette sur elle, et lui appuie sous la gorge jusqu'à marquer sa peau et sentir ses battements de cœur la soulever, luttant pour lui résister. J'ai envie de hurler de toutes mes forces, à en perdre le souffle, mais je ne peux pas me le permettre. Toute ma haine se déverse à présent dans mon regard et telle une horde en furie de chevaux au grand galop qui piétine tout sur son passage, rien ne saurait m'arrêter. Les dents serrées et le visage a seulement quelques millimètres du sien, je peux voir dans le fond de son regard la peur s'en emparer subitement. La peur et le soulagement d'enfin en finir avec cette souffrance qu'elle étouffe au fond d'elle-même. Son souffle se coupe l'espace d'un instant, elle se sait à ma merci, et pour la première fois, je la vois sur le seuil de la mort déposer les armes. Alors que ma lame s'appuie toujours un peu plus contre sa peau, je vois ses yeux trembler autant que les miens. Mais dedans il n'y a aucune fierté. J'y vois même une chose que je pensais inexistante chez elle, et pendant que sa poitrine se lève à nouveau difficilement contre la mienne, je ravale mes larmes et étouffe mes sanglots. Je repense au jour où Costia m'a dit cela, je repense à mon bonheur dans ses bras, à la sécurité et à l'avenir que je voulais tant lui donner sans y parvenir. Je repense à l'infini amour que je lui portais. Je n'ai qu'à tirer sur cette lame pour qu'elle se vide de son sang instantanément sous mes yeux, comme elle a surement tiré sur la sienne si facilement pour tuer Costia. Je lutte de toutes mes forces, et suis sur le point d'abandonner pour céder à ma tentation d'enfin la venger complètement, lorsque le visage de Clarke m'apparaît. Clarke qui a été torturée par cette même femme, que je hais plus que tout. J'ai promis de rendre justice, et tuer Echo serait abandonner Clarke. Je me ressaisis donc, et lui murmure doucement, avec toute la haine qu'il m'est possible de lui témoigner :
« Je veux que tu vives pour voir tout ce en quoi tu crois s'effondrer sous tes yeux. Je veux que tu vives pour voir ton peuple se soumettre encore une fois, pour voir ton Roi à genoux devant moi. Je veux que tu vives en l'honneur de Costia. »
Puis je relâche subitement mon emprise, et fais un pas en arrière, devant son regard complètement déstabilisé. Non, elle ne comprend vraiment pas comment je peux encore la laisser en vie. Puis, pour la première fois, je peux voir une pointe d'admiration pour mon geste, non pas parce que je lui laisse la vie sauve, mais parce que qu'elle-même n'aurait pas été capable de le faire. Elle pensait me pousser à commettre l'irréparable, et surement servir son Roi par la même occasion, mais je l'ai épargnée deux fois ces dernières heures. Le pire est à venir pour elle, mais pour une fois, je ne perçois pas de haine à mon égard pour cela. Je la hais bien plus à cet instant que l'inverse. Tout en maintenant mon regard appuyé dans le sien, je range mon arme, puis prends la direction de la sortie. Puis je pose ma main sur la grille, et m'apprête à la tirer, mais juste avant, je me retourne une dernière fois vers elle alors qu'elle me regarde toujours.
« Ils vont te tuer pour ça. Azgeda l'a toujours su, tu es faible… »
« L'Amour n'est pas une faiblesse. L'Amour que je portais à Costia n'a jamais été ma faiblesse, et Nia n'a jamais compris cela. Aujourd'hui, elle est morte. Je ne te tuerai pas comme tu as pu la tuer. Je ne tuerai pas pour démontrer ma force. Je n'en ai pas besoin. » lui expliqué-je avec dédain, pendant que je la vois déglutir en silence, emplie de remords inavoués.
Puis je commence à partir, avant de me retourner une dernière fois.
« Les derniers mots de ton père, avant que je ne lui enfonce ma lame dans le cœur, ont été de me supplier de ne pas te faire payer pour ses erreurs ou celles de Nia, le jour où Azgeda finirait par tomber à cause de son ambition. Il était un assassin et l'a payé de sa vie, mais contrairement à ta Reine, il avait de vraies valeurs. Nia avait fait de lui un assassin, et son dernier souhait était que tu ne fasses pas les mêmes erreurs que lui.»
Pendant les quelques secondes où je la regarde, et où je sais que c'est réellement comme cela que je la torture, je peux voir ses yeux s'emplir de larmes, complètement submergée par ses propres blessures. J'inspire et passe à présent la porte sans un mot de plus. Lorsque je la referme, et commence à m'éloigner, je lève les yeux au ciel et laisse enfin mes larmes dévaler mes joues en serrant mes lèvres l'une contre l'autre, aussi fort qu'il m'est possible de le faire. Puis je reprends vite contenance et déglutis, pour enfin m'avancer fièrement dans le couloir, en sachant pertinemment ce qu'il me reste désormais à faire.
