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And my old friends, I can remember when (Et mes vieux amis, je peux me souvenir de quand)
You cut your hair (Vous avez coupé vos cheveux)
We never saw you again (On ne vous a plus jamais revus)
Now the cities we live in (Maintenant les villes dans lesquelles nous vivons)
Could be distant stars (Pourraient être des étoiles distantes)
And I search for you (Et je vous cherche)
In every passing car (Dans chaque voiture qui passe)
~Arcade Fire, "Suburban War"
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Dean est surpris de voir combien il est simple d'emballer ses affaires et s'enfuir sous des couches d'obscurité. Facile dans le sens logistique, puisque ses parents et Sammy ont fermés leurs portes après être allé au lit, et qu'ils semblent morts pour tout le monde et facile dans le sens de laisser tout ce qu'il a jamais aimé derrière lui.
C'est plus facile de partir lorsque vous vous rappelez à vous-même que tout le monde ira mieux sans vous.
Il trouve les clés de sa moto facilement, et marche à côté d'elle le long de la rue et loin de la maison avant de la démarrer. Une fois qu'il a atteint le bord de la ville il s'arrête, fixant les panneaux de circulation qui lui disent où il va. Il est content que quelqu'un le sache, parce qu'il n'en a vraiment aucune idée.
Il roule vers le sud et l'est pendant deux jours, s'arrêtant assez longtemps pour louer une chambre dans l'hôtel le moins cher qu'il trouve, parce que même s'il a du liquide, il n'en a pas assez pour le dépenser n'importe comment. Il ne prend pas son portable avec lui, parce qu'il ne veut pas qu'on puisse tracer où il va, alors la seule fois où il appel chez lui, c'est avec une cabine téléphonique. Dean n'est pas sûr de ce qui le surprend le plus – le fait que les cabines téléphoniques existent encore, ou le fait que c'est lorsqu'il passe le coup de téléphone qu'il obtient enfin un peu de bonnes nouvelles.
« Rufus ? Hey, c'est Dean, » dit-il, faisant de son mieux pour bloquer les tremblements du vent entre les portes de la cabine. Il s'est arrêté à une station essence juste en dehors de Memphis, et il ne sait pas vraiment pourquoi il appelle Rufus, en dehors du fait qu'il ait besoin d'entendre une voix familière.
« Mon garçon, t'es où ? Tu as toute ta famille paniquée ici ! » hurle Rufus à l'autre bout du fil. « Il faut que tu ramènes tes fesses maigrichonnes ici avant qu'ils alertent tout l'état du Kansas. »
Dean ne peut s'empêcher de sourire lorsqu'il entend la grosse voix énervée de Rufus. « Je peux pas faire ça, mec.
- Ne me sors pas du mec, fiston, » le réprimande Rufus. « Qu'est-ce que tu penses être en train de faire à t'enfuir comme ça ? »
Dean soupire, regardant dehors les branches nues des arbres en face de la station essence. Il voudrait que le temps se réchauffe, mais il suppose qu'il devrait déjà être content qu'il ne neige pas. « Je me suis fichus dans de sale drap, et j'ai l'impression que c'est juste mieux pour tout le monde si je m'en vais un petit moment.
- Fiston, c'est l'une des choses les plus stupides que j'ai jamais entendues, et je suis vieux et j'ai trainé assez pour entendre des tonnes de choses stupides, » grommèle Rufus. « Maintenant, puisque tu es un imbécile pourri et avarié, peut-être que tu es trop pourri et avarié pour réaliser quand est-ce que tu as de bonnes choses. Mais Dean, tu as de bonnes choses avec la famille qui est la tienne, et tu n'as pas besoin de vous faire traverser ce genre de peine.
- Rufus, je ne peux pas rentrer, » dit Dean. « Pas maintenant. »
Il entend Rufus soupirer de l'autre côté, la voix de l'homme se craquant avec les parasites sur la ligne avant qu'il jure dans sa barbe. « Alors d'accord. De quoi tu as besoin venant de moi ? »
Dean retient un sanglot, n'ayant pas réalisé à quel point il avait eu besoin d'entendre quelqu'un dire qu'il voulait l'aider. « Est-ce que tu connais un endroit dans le coin du Tennessee où ils embauchent ? Ou est-ce que t'as des suggestions sur l'endroit où je peux aller ? Je vais bientôt tomber à court d'argent. »
Il écoute le bruit blanc sur la ligne, essayant de ne pas penser à ce qui avait pu causer la croute sur combiné. Rufus jure pendant quelques secondes avant de répondre. « Bordel, fiston. Je connais peut-être quelqu'un dans le coin de Chattanooga, s'il est toujours là et n'a pas encore cassé sa pipe. Je ne lui ai pas parlé depuis la dernière fois que je l'ai vu il y a environ quinze ans. » Il soupire avant de continuer. « Tu peux y aller, ou tu as besoin que je t'envois de l'argent ? »
Dean suppose qu'il peut arriver à aller jusqu'à Chattanooga, et il le fera. Même s'il doit trouver un moyen pas-très-savoureux pour trouver plus d'argent. Il accepte de donner à Rufus un nouveau coup de fils dans un jour ou deux, pour voir s'il sera capable de rentrer en contact avec son ami, et supplie Rufus de ne dire à personne où il est. Le vieil homme n'en est pas heureux, mais quand Dean est d'accord pour le laisser les informer qu'il a appelé et qu'il va bien, il cède. Quand Dean raccroche, il appuie son front contre le téléphone et ferme les yeux.
Non pour la première fois, il est tenté de faire demi-tour et de rentrer à Lawrence. Autant voulait-il prendre la route et s'échapper, autant son rêve n'était pas de le faire ainsi. S'enfuir seul, se coupant de tous ceux qu'il avait jamais aimés ... l'incorrection de tout ça le faisait se sentir nauséeux.
Alors qu'il sort de la cabine, il se souvient que c'est le mieux pour tout le monde. Sa présence ne faisait qu'entrainer les disputes de ses parents, et il retenait Castiel en arrière. Il se demanda si Castiel était resté avec lui pendant aussi longtemps à cause d'un sentiment d'obligation envers lui, ou s'il ne pouvait juste pas se pousser à le laisser tomber si tôt. Dans tous les cas, cela n'avait plus d'importance. Maintenant qu'il avait coupé les chaines, ils pouvaient tous deux avancer avec leurs vies.
Il pense à trouver un motel pour se planquer jusqu'à demain à la place de rouler vers l'est, mais il trouve finalement qu'il vaut mieux qu'il retourne sur la route plus tôt que plus tard. Il ira vers l'est que le contact de Rufus tourne bien ou non, et il ne sent pas vraiment de rester en place pour le moment.
Après avoir consulté sa carte, Dean remonte sur sa moto et avance. Bien qu'il préférerait prendre les interstates (1) pour économiser de l'argent et de l'essence, avec les températures basses, il est forcé de rester sur les routes moins rapides. Même en portant plusieurs couches de vêtements et des gants, l'air est trop frigorifiant pour aller à la vitesse de la plupart des autoroutes. Il aime la vue de l'Amérique que lui offre les petites routes, cependant c'est l'un des points positifs de toute cette expérience jusque maintenant.
Il va jusqu'à Lawrenceburg avant de trouver un endroit où se retrancher pour la nuit. Il aimerait avoir une voiture plutôt que sa moto. Il aurait pu sauver un tas d'argent en dormant sur la banquette arrière au lieu de louer une chambre. Si le temps n'était pas si humide et froid il essayerait de passer la nuit dans les bois, mais il n'est pas encore si désespéré.
La chambre qu'il loue est aussi déprimante que toutes les chambres dans lesquelles il a dormi jusque maintenant. Il sait qu'il devrait être content que la moquette et les draps soient d'une couleur marron-merde, parce qu'il est certain de ne pas vouloir voir le nombre de saletés et de taches qui sont sur l'un et l'autre, mais il déteste quand même monotonie de l'ensemble. Le décor ne fait rien pour aider à lutter contre son sentiment d'isolation, alors il essaie d'ignorer la solitude en sautant directement dans la douche, tournant la température aussi haute qu'il peut le supporter, choisissant de ne pas remarquer la moisissure et la crasse sur les carreaux de la salle de bain.
Il dort mal cette nuit, des images de Castiel tendant la main vers lui en hurlant alors qu'il s'en va sur sa moto hantent ses rêves. Il se réveille un peu après quatre heure, baignant dans une sueur froide, mais il reste au lit jusqu'à ce que le jour se lève, faisant de son mieux pour se débarrasser du sentiment qu'il a abandonné son meilleur ami.
Dans la lueur du matin, il est plus facile de se souvenir des mots du Dr. Novak, et de se souvenir de toutes les fois où il avait douté de la profondeur des sentiments de Castiel pour lui.
Et alors Dean avance.
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Dans les deux heures qui suivent son départ de Lawrenceburg, Dean arrive à Winchester, Tennessee, et il considère presque l'idée d'essayer de rester ici, sans autre raison que le fait que c'est vraiment cool de partager son nom avec celui de la ville dans laquelle on vit. Et il roule dans le coin, en pensant qu'il aime aussi l'endroit. Ça a beaucoup d'une petite ville, le charme du sud, et les lacs et les ruisseaux aux alentours sont magnifiques et remplis à ras bord de bar, ou du moins c'est ce que le vieil homme du café-restaurant dans lequel il s'est arrêté pour manger lui a dit.
Mais une petite ville comme celle-ci est comme une communauté très soudée, et la dernière chose dont Dean a besoin en ce moment est de se sentir encore plus comme un étranger. Et un regard sur les petites annonces l'informe que ses chances de trouver un job rapidement sont proches de zéro.
Il s'arrête à un parc près du lac Tims Ford, s'assoit sur le bord de la jetée en mangeant une part de tarte molle de la station essence, et fixe l'eau calme. Ce lac est magnifique, mais les couleurs sont fausses à la place d'une lumière dorée et d'eau d'un vert profond, elles sont grises et moroses et sombres. Il ne peut pas empêcher ses yeux de jeter des coups d'œil à l'espace vide à côté de lui sur la jetée, et il se demande ce que Castiel est en train de faire.
Il remonte sur sa moto et continue vers l'est.
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La route entre Winchester et Chattanooga devient plus vallonnée et traitresse, mais Dean ne peut pas s'en plaindre parce que le terrain est magnifique. C'est un changement agréable de la platitude du Kansas, et il se demande à quel point cette région doit être belle durant d'autres saisons.
Il trouve un motel juste avant que le soleil ne se couche, s'arrêtant au McDonald's à côté pour essayer de trouver quelques conneries à manger. Autant aime-t-il la malbouffe, autant est-il fatigué de devoir acheter des trucs pas chers, la cuisine de sa mère lui manque violemment. Il appelle Rufus en PCV après qu'il ait mangé et se soit douché, ses yeux pleurant lorsqu'il entend le soulagement dans la voix de l'homme.
« Dean, je commençais à m'inquiéter, » lui dit Rufus.
Dean s'installe contre la tête du lit grumeleux. « Désolé, m'sieur. Je voulais attendre d'être à Chattanooga pour appeler.
- Alors tu es bien arrivé ?
- Oui, m'sieur, » dit Dean. « C'est joli ici, mais il fait froid. » Il se tait sur combien il se sent seul, aussi, parce qu'il sait ce que serait la réponse de Rufus.
Rufus s'éclaircit la gorge. « Bon, je suis entré en contact avec mon ami. Il dit qu'il est retraité maintenant, mais sa fille a repris l'affaire, et il placera un mot à propos de toi, si tu veux y passer lundi. »
Dean repose sa tête contre le bois du lit et ferme les yeux. « Ouais, ça marchera. Quel genre d'affaire c'est ?
- Elle est charpentière, juste comme moi. Les affaires sont plutôt bonnes pour elle, d'ailleurs. Dieu sait qu'elle a plus de boulot que je n'en ai jamais eu. »
Et ça … ça c'est une des meilleures nouvelles que Dean ait eu depuis un long moment. Il n'avait pas osé espérer avoir un job dans quelque chose qu'il connait et aime vraiment. « Wow, Rufus. C'est génial. Est-ce qu'ils … est-ce qu'ils ont même besoin de quelqu'un en ce moment ? »
Rufus a un petit rire. « Ouais, Art dit que sa fille retient depuis des mois un apprenti qu'elle a, qu'elle veut s'en débarrasser mais qu'elle peut pas se permettre d'être toute seule. Je lui ai dit que tu apprenais vite, et que t'étais pas un pur gâchis d'espace. »
Dean lutte et n'arrive pas à cacher l'émotion dans sa voix. « Merci, Rufus. Ça compte … ça compte beaucoup pour moi, m'sieur. »
Il y a un long silence à l'autre bout de la ligne, et Rufus ne dit rien pendant quelques instants. « J'ai parlé à tes parents. »
Dean inspire soudainement. « Vous ne leur avez pas dit où j'étais, n'est-ce pas ?
- Je t'ai promis de ne pas le faire, alors je l'ai pas fait, » grommèle le vieil homme. « Mais fiston, il y a un monde complet de peine qui s'abat sur ta famille en ce moment-même. Je sais pas tout ce qui se passe avec toi, et je veux pas le savoir. Mais tu devrais les appeler. »
Dean se mord la lèvre, réfléchissant bien à ses mots. « J'ai juste besoin de plus de temps. Je pense que c'est mieux pour tout le monde si je ne suis pas dans le coin pour un moment.
- Merde, gamin. Si tu penses vraiment ça tu es plus stupide que ce que je pensais.
- Je suis désolé, je peux juste pas le faire maintenant, » soupire Dean. « Si tu leur parles encore, est-ce que tu pourras juste … leur dire que je suis désolé, et que je vais bien ?
- Je pense que tu es celui qui devrait le leur dire, mais oui, je le ferai. »
C'est vraiment très tentant de demandé à Rufus de donner aussi un message à Castiel pour lui. Ce ne serait pas une tâche difficile pour l'homme. Il pourrait juste le dire à Missouri, et elle le dirait à Castiel.
Mais il ne demande pas.
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Dean reste dans sa chambre de motel et regarde beaucoup de conneries basiques qui passent sur le câble sur la vieille télévision pendant deux jours, occupant son temps jusqu'à lundi. Il veut sortir et rouler dans le coin pour voir comment est la ville, mais il ne peut pas se permettre de gâcher de l'essence, alors il reste là.
Il se réveille tôt lundi, tellement nerveux à propos de ce boulot qu'il vole trois cartes différentes à la réception de l'hôtel juste pour être sûr de se diriger correctement. L'atelier est situé dans le quartier des arts dans le centre-ville, et d'après ce que peut en dire Dean, cela ressemble à un voisinage décent. C'est probablement à moins d'une demi-heure du motel, selon la circulation, alors il décide de partir une heure avant celle à laquelle Rufus lui a dit de se montrer.
Il est fichu en ce qui concerne les vêtements corrects à porter lors d'un entretien d'embauche, étant donné qu'il n'avait pas la place dans son sac en toile pour emballer quelque chose d'approprié même si ça avait été le cas, ils seraient certainement complètement froissés à l'heure qu'il est. Il choisit son plus beau jean, boutonne et lisse sa chemise en flanelle en espérant que ce sera assez convenable.
Il arrive environ vingt minutes plus tôt, alors il utilise ce temps pour rouler dans le coin. C'est une partie vraiment sympa de la ville, d'après ce à quoi ça ressemble, même si c'est un peu trop hippy à son goût. Les maisons et appartements qu'il voit sont bien trop chers pour lui, alors s'il a le boulot il imagine qu'il n'y ira pas à pied prochainement.
Quand il entre dans Riverbend Carpentry and Studios, il est un peu surpris par ce qu'il trouve. Ce n'est pas un atelier exigu et plein de poussière comme celui de Rufus, même s'il ne ressemblait à rien de plus qu'un entrepôt vu de l'extérieur. Au lieu de ça, il ressemble à une galerie sur la gauche, avec des étagères en acajou profond et orné et des meubles d'arrangements contenant toutes sortes de pièces et de collectors sculptés en bois, avec des structures en métal aux designs étranges. A la droite de l'entrée se trouve une sorte de bureau de réception ou de comptoir de vente, avec une femme très attirante assise derrière lui, cependant elle semble plus du genre à être confortablement assise sur une Harley et habillée avec des jambières en cuire.
« Eh bien, salut, mon chou, » dit la femme d'une voix trainante, lui donnant un regard de haut en bas. Et puis un deuxième. « Est-ce que tu es mon cadeau de noël en avance ? J'espère pas trop en avance. »
Dean déglutis. Ce n'est pas vraiment ce à quoi il s'attendait. Des hommes grisonnants avec des pantalons laissant dépasser la raie de leurs fesses, voilà ce à quoi il s'attendait. « Euh, je suis là pour un entretien d'embauche ? » Sa voix est rendue si aigüe par sa nervosité qu'il ne serait pas surpris s'ils pensaient qu'il était eunuque.
« Si j'ai la chance de te voir tous les jours, alors ce doit être noël et mon anniversaire en même temps ! » La femme s'avance de derrière le comptoir, tendant un bras couvert de tatouage vers Dean. « Je suis Pamela, » ronronne-t-elle.
Dean se souvient à peine de ne pas essuyer sa main sur son jean avant de la tendre. « Dean Winchester, » il sourit, quoique toujours totalement effrayé par la façon dont Pamela le regarde tel un renard regardant une souris des champs. « Est-ce que, euh, Mrs. Mills est dans le coin ? »
La femme attrape sa main et commence à l'entrainer derrière le comptoir et à travers la porte arrière. « Jody ! On en a un vivant ici ! »
L'arrière de l'entrepôt est bien plus que ce que Dean attendait d'un atelier de charpenterie. Le sol est en béton poli, comme l'avant de la réception et la galerie, mais il y a de la sciure et des copeaux partout. L'atelier est immense, comparé à ce à quoi Dean est habitué il doit y avoir près de dix bancs de travail, sans inclure les larges tables de projet s'étendant entre eux. Il y a tellement de meubles de rangement et d'étagères avec de l'équipement et des outils que Dean ne peut pas en garder le compte, et quand il obtient une vue du bois qui est gardé dans le fond, il commence presque à baver.
Une femme avec de courts cheveux bruns s'approche de lui, portant un jean et un t-shirt des Ramones. « T'es le gars de Rufus ? » demande-t-elle, la main tendue pour serrer le sienne.
Il attrape fermement sa main, remarquant qu'elle est calleuse. Il peut apprécier un patron qui est droit au but. « Oui, madame. Dean Winchester. »
Elle a un rire nasal. « J'apprécie tes manières, mais entendre madame me donne l'impression d'être institutrice. » Elle lui sourit alors, ses yeux s'allumant d'une chaleur qui rappelle péniblement à Dean sa mère. « Tu peux m'appeler Jody. »
Elle marche avec lui jusqu'à l'atelier, pointant du doigt les outils ici et là pour voir s'il y est familier. Elle semble contente des connaissances que possède Dean, et une fois de plus, il remercie Rufus pour tout ce qu'il lui a montré l'été dernier, aussi vieux schnoque qu'il peut l'être. Jody explique la présence de la galerie en devanture du bâtiment elle et quelques autres charpentiers aiment jouer et faire des sculptures et d'étranges babioles, et un jour ils ont réalisé qu'il y avait un marché pour ce genre de choses, surtout dans cette partie de la ville, elle a décidé d'ouvrir un espace pour commencer à les vendre. Pamela travaille à temps partiel à la réception pour gérer les clients en échange de quoi Jody la laisse vendre ses designs en métal qu'elle soude dans l'atelier.
« Vous faite beaucoup de soudage ici aussi ? » interroge Dean, se demandant s'il pourrait s'y entrainer lui aussi.
Jody hausse les épaules. « Certain de nos designs ont besoin de métal, alors ouais, c'est bien moins de bazar pour nous de le faire ici plutôt que d'attendre et de payer un soudeur pour ça. »
Ils finissent le tour dans une salle de repos, et Jody demande à deux gars qui sont assis à boire du café de les laisser seul pour qu'ils puissent finir l'entretien.
« Alors, Dean, est-ce que je peux te demander quelle est ton histoire ? Je ne veux pas m'en mêler mais tu sembles terriblement jeune, et le fait que tu te montres soudainement devant ma porte … eh bien, tu ne peux pas en vouloir à un employeur d'être méfiant. »
Dean essaie de ne pas gigoter sous son regard, et décide de lui faire assez confiance pour lui dire au moins une partie de la vérité. « Euh, j'ai eu quelques problèmes. Avec la loi. » Les yeux de Jody se plissent suspicieusement, alors il se précipite de poursuivre pour s'expliquer. « Ce n'était pas une grosse histoire, juste une erreur stupide. On m'a pris à fumer un joint. Ils ont abandonné les charges puisque c'était ma première fois, mais je euh, les choses ne se sont pas très bien passées à la maison après ça, alors j'ai pensé que ce serait mieux si je partais. »
Il rencontre son regard, et elle l'observe pendant plusieurs instants avant de prendre une grande inspiration. « Quel âge tu as ? Tu es légal ? »
Il s'éclaircit la gorge. « Je vais avoir dix-huit ans dans environ un mois. »
Elle se penche contre la table de travail derrière elle, fixant le sol, perdue dans ses pensées. Dean rentre les mains dans ses poches et attend, priant Dieu ou peu importe qui écoute que pitié elle dise oui. Si elle dit non, il ne pense pas qu'il pourra continuer comme ça, ne pense pas qu'il pourra continuer de tourner dans le coin et rentrera jusqu'à Lawrence. Il est seul, et il a peur, et il a besoin d'une pause, juste une putain de pause, s'il vous plait.
Jody lève la tête et le regarde. « Okay. T'es engagé. »
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Quand Jody découvre que Dean n'a nulle part où aller pour noël, elle lui demande plus ou moins de venir chez elle pour les vacances, et plaisante en menaçant de le faire récurer les sanitaires et les toilettes à genoux avec une brosse à dent s'il décline. Puisque les sanitaires des hommes n'ont pas l'air d'avoir été nettoyés depuis que Whitesnake était en top des ventes, Dean se dépêche d'accepter l'invitation.
Dean n'avait pas vraiment envie d'y aller. Il avait précautionneusement ignoré les vacances imminentes, et prévus de camper dans sa chambre de motel la veille et le jour de noël, à regarder des films de noël et à manger du bœuf séché et rassis et une tarte achetée au supermarché. Mais il s'était senti obligé d'y aller, ne voulant pas faire de vague aussi tôt à son nouveau travail, alors il prit sur lui et accepta. La veille de noël, il s'est emmitouflé dans les draps usés et sentant le moisi en regardant La Vie Est Belle, il commence à regretter de ne pas avoir cédé et accepté de passer aussi le réveillon avec sa famille. Il n'avait pas réalisé à quel point il pouvait être seul jusqu'à ce que ça le frappe d'un coup dans la poitrine, lui coupant son souffle, et le faisant se rouler en boule sous les couvertures.
Cette nuit est la première depuis qu'il est enfant où il pleure en s'endormant.
Le matin suivant il essaie de dormir tard, mais les lumineux rayons du soleil perçant à travers les fins rideaux le réveillent tôt. Jody lui avait dit de simplement venir vers midi, et quand il avait demandé s'il devait amener quelque chose elle avait ri et dit « Amènes juste ton appétit et lasse-moi m'occuper du reste. »
Elle vivait à environ dix minutes de l'atelier, et avec le manque de circulation le matin de noël, cela ne prend pas longtemps à Dean pour y arriver. Lorsqu'il se range sur le côté, il reconnait quelques-unes des voitures garées dans la rue et se demande si ce n'est pas plus une fête entre collègue que familiale. Une fois à l'intérieur, il ne voit qu'une poignée de personnes qu'il n'a pas rencontrées avant, et il se demande si c'est toute la famille que Jody a dans le coin. On dirait que beaucoup de chats errants comme Dean ont finis chez Jody pour les vacances.
Il peut sentir son visage rougir lorsque tout le monde l'accueille simultanément alors qu'il entre, et Jody se hâte hors de la cuisine assez longtemps pour faire les présentations. « Dean, tu connais tous ceux qui travaillent à l'atelier, mais laisse-moi te présenter mon père, Art. »
Un vieil homme avec un front dégarni s'avance en tendant la main. « J'ai entendu beaucoup de bonnes choses sur toi, Dean. Assez étonnement, Rufus en a dit quelques-unes. »
Dean rit de façon gênée à sa blague, sachant que c'est ce à quoi il s'attend. « Ravi de vous rencontrer, monsieur. Et merci d'avoir fait passer le mot à ma patronne. » Il donne un sourire hésitant à Jody.
Ils échangent encore quelques plaisanteries avant que Jody ne retourne en cuisine, et que son père s'assoie avec les autres gars dans le salon pour regarder le football. Dean se tient dans le couloir entre la salle à manger et le salon, ne sachant pas où aller et voulant plus que tout courir vers la porte et partir. Il n'a jamais passé noël loin de sa famille, et ne s'est jamais aussi peu sentit à sa place avant. Juste au moment où il était sur le point de dire à Jody qu'il ne se sentait pas bien et essayer de partir d'ici, il sent qu'on lui tire la manche. Quand il baisse le regard, il trouve de grands yeux marron levés vers lui.
« Ma maman m'a dit d'aller te demander si tu voulais boire quelque chose, » chuchote le petit garçon.
Dean doit réfléchir une seconde à qui est la mère du garçon, jusqu'à ce qu'il réalise que ce doit être Jody. Il est surpris parce que c'est la première fois qu'il entend dire qu'elle a un fils. « Euh, oui. Qu'est-ce que vous avez ?
- Il y a des cannettes de soda et d'orange, et du lait et du chocolat chaud, et du jus de pommes et du thé glacé, » liste l'enfant. « Et des boissons pour adultes aussi, mais maman a dit que tu n'étais pas assez grand pour ça. »
Oh, ce que Dean aurait donné pour prendre une bière et se calmer tout de suite. Mais il sourit à l'enfant et dit, « Je vais prendre du thé glacé merci, si c'est d'accord. »
Le garçon se détourne et disparait dans la cuisine, revenant une minute plus tard avec dans la main un verre en plastique Bugs Bunny, qu'il tend précautionneusement à Dean. « Est-ce que tu veux jouer à Mario Kart ? » demande solennellement le garçon.
« Bien sûr. Quel mec qui se respecte ne veut pas jouer à Mario Kart ? »
Et c'est ainsi que Dean finit par passer la plus grande partie de son noël à trainer avec le fils de Jody, Owen. Il apprend qu'Owen a six ans, et qu'il déteste les radis plus que n'importe quoi au monde, à l'exception des zombies. Dean ne sait pas si le fait que l'enfant lui rappelle autant Sammy le fait se sentir mieux ou non. C'est réconfortant d'avoir quelqu'un à côté de qui s'assoir qui lui rappelle la maison, quelqu'un qui ne le fixe pas en se demandant ce qui ne va pas avec lui. Mais les moments où il se tourne vers Owen et s'attend à voir son frère à sa place sont comme des coups de couteau glacé dans son cœur.
Ils font une pause pour manger le repas de noël avec tout le monde, mais dès que Dean a mangé la dernière bouchée de sa tarte aux patates douces, Owen attrape sa main et l'entraine dans la salle de jeux. Après une autre heure environ, un ventre plein et l'excitation de sa nouvelle Nintendo commencent à avoir raison de l'enfant, et il finit vautré sur le sol et s'endort. Dean joue seul pendant un moment, puis commence à regarder le sol à côté de lui quand il commence à bailler. Il se demande si peut-être il devrait dire au revoir et retourner dans sa chambre de motel. Il n'a pas entendu de discussions ou de rires venant du reste de la maison depuis un moment, et lorsqu'il va aux toilettes, il réalise que tout le monde est parti, et que Jody est occupée à nettoyer la cuisine.
« Euh, wow, je n'avais pas remarqué que tout le monde était parti, » dit Dean alors qu'il entre dans la cuisine. « Est-ce que tu as besoin d'aide pour nettoyer ? »
Jody se penche en arrière contre le comptoir, essuyant la vaisselle. « Non, Pamela et Marcie ont aidé pour la plus grande partie. Je termine juste. » Elle observe Dean gigoter pendant une seconde, et sourit. « J'espère que Owen ne t'a pas trop ennuyé ? »
Dean secoue la tête. « Nan, on s'est amusé. C'est un bon garçon. »
Elle pouffe de rire, se tournant pour ranger l'assiette dans le placard ouvert. « Il peut être un vrai sale gosse parfois, mais je ne l'échangerai pour rien au monde. » Elle passe un coup de chiffon mouillé sur le comptoir alors qu'elle continue. « Son père nous a laissé il y a environ un an, sans un regard en arrière. Alors, ça a été dur pour lui, tu sais ? »
Dean acquiesce, fixant ses chaussures. « Je suppose que ça a été plutôt dur pour vous aussi. » Il essaie de ne pas penser à ceux qu'il a laissé derrière lui il y a juste quelques semaines, essaie de ne pas se demander quel noël ils ont passé, mais c'est impossible de ne pas se sentir coupable. Une chose de plus qui a certainement été ruinée pour sa famille à cause de lui.
« Oui, ça n'était pas une promenade de santé au début, mais je m'en suis sortie, » dit Jody en haussant les épaules. « Il ne s'intéressait pas assez à nous pour rester quand les choses sont devenus dures, alors c'est mieux pour nous sur le long terme qu'il ne soit plus là.
- Peut-être qu'il savait que vous seriez mieux sans lui, » dit Dean, incapable de retenir ses mots. Une chose qu'elle a dite l'a mis sur la défensive, même s'il sait au fond qu'elle ne parle pas de lui ou de sa situation. « Peut-être qu'il ne voulait pas partir, mais savait qu'il n'était pas bon pour vous. »
Les yeux de Jody se plissent alors qu'elle le regarde. « Crois-moi, Dean, tu ne connais pas mon mari. Tout ce qu'il a fait était égoïste. »
Dean aurait pu se botter le cul pour ce qu'il venait dit. Il n'a pas le droit de mettre son nez dans les affaires de Jody. « Je suis désolé, je n'aurais pas dû … j'ai juste, je suis vraiment désolé, d'accord ? » Il rencontre son regard mais détourne les yeux rapidement, et commence à sortir de la cuisine à reculons. « Vous avez raison, je ne sais pas de quoi je parle. Je ferais mieux d'y aller. Il se fait tard de toute façon, et –
- Dean, non, attend une seconde, d'accord ? » Jody se penche pour attraper son bras, l'ancrant sur place. « Je suis désolée si j'ai semblé vouloir te casser. Ce n'était pas du tout mon intention. » Elle attend jusqu'à ce qu'il rencontre à nouveau son regard pour continuer. « Je peux encore être légèrement brusque lorsqu'il s'agit de ce connard, et parfois je m'en prends aux mauvaises personnes. »
Dean acquiesce et prend une profonde inspiration. « C'est bon. Je comprends. » Il regarde par la fenêtre et remarque que le soleil se couche. Il est encore plus tard que ce qu'il pensait. « Je devrais vraiment y aller cependant. »
Il gigote alors qu'il sent Jody l'observer de près. « Est-ce que je peux te demander quelque chose de personnel ?
- Euh, vous pouvez demander, mais je ne sais pas si je répondrai, » marmonne-t-il, inquiet. Il n'est pas confortable avec le fait de parler de lui dans ses bons jours, et ce n'est définitivement pas l'un d'entre eux.
« Où est-ce que tu vis en ce moment ? »
Ce n'est pas du tout ce à quoi il s'attendait, et Dean répond avant de pouvoir s'en empêcher. « Un motel. » Il évite son regard qui fixe, regarde ses doigts alors qu'il joue avec fils errant sur sa chemise. Il va devoir aller de nouveau à la laverie ce week-end, s'il peut trouver assez de monnaie.
Elle soupire. « Ouais, j'avais deviné. Surtout après ce que Rufus a dit à mon père. »
La tête de Dean sursaute à ses mots. « Il n'aurait pas dû parler de mes affaires à tout le monde. C'est personnel.
- Mon père voulait savoir qu'elle était ton histoire. Voulait être sûr qu'il n'exposait pas sa fille et son affaire à une sorte de cinglé violent et déséquilibré, » répond Jody en levant les yeux au ciel. « Il m'énerve lorsqu'il devient tout ma fille ceci et ma fille cela, mais il avait raison, et je ne voulais pas prendre ce risque non plus. » Elle mâchonne sa lèvre avant de continuer. « Tu devrais appeler ta famille, tu sais. »
Dean a une exclamation moqueuse. « Vous ne savez pas ce qu'il se passe entre moi et ma famille.
- Je sais qu'elle te manque, ce serait aussi clair que le jour même si j'étais aveugle, » rétorque-t-elle, croisant les bras sur sa poitrine. « Et je sais que tu leur manque. Rufus a dit que c'était des gens bien, mais je le savais sans qu'on me le dise. J'aurais pu le dire rien qu'en parlant avec toi. »
Dean serre les dents, priant pour que ses yeux ne se remplissent pas de larmes. « Je sais que c'est surement dur pour eux en ce moment, mais c'est pour le mieux. Pour nous tous. »
Jody renifle, se tourne pour ouvrir le siphon de l'évier. « Ouais, si tu crois ça, j'ai du terrain à te vendre dans les Everglades. » Elle lui refait de nouveau face, s'éclairant la gorge comme si elle allait faire une annonce. « Bien, si tu ne vas pas appeler ta famille, alors je vais devoir laisser mes instincts de maman ours prendre le dessus, et insister pour que tu restes ici ce soir. »
Dean inspire soudainement à cause de la surprise. « Quoi ? Non, je ne peux pas, je –
- Tu peux, et tu vas le faire. Je ne vais pas te permettre de repartir vers un motel pas cher et déprimant tout seul le jour de noël. J'ai deux chambres en plus, tu n'as qu'à choisir, et tu auras même ta propre salle de bain. » Elle marque une pause assez longtemps pour lui sourire et poser une main sur son épaule. « En plus, quelqu'un va devoir manger certains des restes pour le dîner de ce soir, et si je dois le faire seule, on va devoir trouver des Oompa-Loompas pour me rouler hors de la maison.
- Mais je n'ai rien pour dormir, ou une brosse à dent ou des vêtements pour le boulot demain …. » Dean laisse ses mots dériver, parce qu'autant il ne veut pas servir de charité pour quelqu'un, autant l'idée de rester dans une maison ce soir, avec de gentilles personnes et de la nourriture faite maison est tentant.
Jody va dans le couloir, faisant signe à Dean de suivre. « J'ai des pyjamas qui appartenaient à mon mari, on a toujours quelques brosses à dents en plus dans la maison parce que les amis d'Owen viennent dormir, et la boutique n'ouvre pas avant midi, alors tu auras largement le temps de retourner au motel pour te changer. » Elle ouvre un placard du couloir, sortant des serviettes et une brosse à dent toujours dans l'emballage. « Tu n'as aucune excuse pour ne pas rester, en dehors d'être effrayé par ta nouvelle patronne te faisant passer la nuit avec elle, et même ça ne va pas t'aider à t'en sortir.
- Je ne sais pas quoi dire, » marmonne Dean, se sentant embarrasser lorsqu'il se rend compte que son visage rougi.
« Tu dis, 'Merci, Jody,' et 'Bien sûr, je vais manger le reste de ragoût et de tarte pour que tu n'es pas à faire du jogging jusqu'en Sibérie pour l'éliminer, Jody.' Ça te semble comment ? »
Dean prend une grande inspiration, se laissant se détendre assez pour sourire. C'est un sourire de soulagement et de gratitude, et le premier véritable sourire qu'il fait depuis ce qui semble être des mois. « Merci, Jody. Et où est toute cette nourriture que tu m'as promise ?
- Voilà, c'est de ça dont je parlais ! » Elle le frappe affectueusement dans le dos avant de se pencher pour ajouter, « Reste juste loin du mac and cheese parce que Owen va piquer une colère de la taille du Texas s'il se fait manger. »
Jody montre à Dean les deux chambres vides, et il choisit celle qui lui rappelle le plus celle qu'il avait à Lawrence. Après les deux dernières semaines de chambres de motel minables, cela ressemble à un morceau de paradis. Avant qu'il ne puisse s'assoir sur le lit, Jody revient avec un pyjama en flanelle, l'encourageant à se changer pour se mettre à l'aise pour la soirée. « On aime être des limaces le soir de noël, alors on va probablement t'ennuyer à mort en regardant la télévision et Owen en jouant à ses jeux vidéo une fois qu'il se sera réveillé. »
Dean secoue la tête, souriant tristement en se souvenant faire plus ou moins la même chose avec sa famille en grandissant. « Nan, c'est ce qu'on fait – faisait – tout le temps aussi.
- Okay, je te laisse dans ce cas, » continue-t-elle. « Tu es plus que le bien venir à venir trainer avec nous, je suis sûre qu'Owen adorera ça. Ou tu peux faire une sieste et te reposer ici tout seul. Fais-moi juste signe si tu as besoin de quoique ce soit. »
Dean l'assure qu'il le fera, et il dit qu'il viendra surement passer un peu de temps avec eux. Il veut juste s'allonger et prendre ses repères pendant quelques minutes, même s'il ne lui en dit pas autant. Quand elle part, il ferme la porte et rampe sous les couvertures du lit, respirant la fraiche odeur du coton propre. C'est incroyable le nombre de choses qu'il avait pris pour acquises il n'avait jamais su à quel point les draps propres et frais étaient géniaux jusqu'à ce qu'il soit resté dans des motels pendant des semaines, se demandant quand était la dernière fois que quelque chose y avait été vraiment nettoyé, si c'était un jour arrivé.
Il se terre dans l'oreiller et ferme les yeux. S'il était chez lui tout de suite, il serait probablement en boule devant la télévision, trainant avec Sammy et Castiel, en train de parler de combien leur noël avait été génial. Depuis qu'il avait commencé le lycée, Castiel n'avait plus passé la nuit de noël avec eux, mais quand ils étaient plus jeunes ça avait été une tradition. Ils avaient prévu de recommencer cette tradition cette année, et Dean lui avait même acheté un nouveau carnet à dessin et des charbons de bois en cadeau.
Cas. Pour la première fois depuis des jours, Dean s'autorisait à vraiment penser à son ami, et cela lui donne l'impression de mettre un coup sur une cicatrice qui couvre le trou où son cœur devrait être. Il ne sait pas comment mener sa vie sans Castiel. Avec les années, Cas s'est tressé si profondément au monde de Dean, dans le tissu-même de son être, que Dean a l'impression qu'il lui manque un rein. C'est la seule façon dont il peut décrire un sentiment si profond de perte.
La présence déterminée, constance, et stable de Castiel agissait comme une fondation pour Dean, de façon juste aussi certaine que l'avait toujours été le support de sa famille. Il calmait Dean, l'enjouait, l'enrageait et l'extasiait, pouvait le faire se sentir précieux et important et invincible avec un simple regard. Mais même après des années à être son meilleur ami, il y avait toujours eu cette petite voix dans le fond de l'esprit de Dean qui l'avertissait, le faisant se demander si Castiel l'abandonnerait une fois qu'il aurait réalisé qu'il était destiné à de plus grandes choses.
Quand ils étaient plus jeunes, il n'avait pas fait très attention à cette petite voix il avait simplement espéré que Castiel le choisirait à la place de la vie que son père voulait pour lui. Mais une fois que leur relation était devenue physique, ces doutes étaient parfois devenus trop forts, surtout puisque Castiel n'était pas du genre à partager ses sentiments. Dean essayait de se souvenir qu'il n'était pas vraiment du genre partage-et-affection non plus, mais ça n'avait pas effacé son besoin d'entendre Castiel révéler la vraie profondeur de ses sentiments pour Dean. Et entendre Dr. Novak donner voix à sa peur de l'abandon de Castiel avait fait réaliser à Dean que ce n'était qu'une question de temps avant que Castiel décide de passer à autre chose.
Il prend une profonde inspiration, et repousse les couvertures. Clairement, son esprit ne va pas le laisser se reposer, alors il décide d'accepter l'offre de Jody d'une compagnie, de restes et de mauvaises émissions télé de vacances.
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Au réveillon du nouvel an, Dean obtient une nouvelle surprise alors que Jody l'approche au déjeuner.
« Est-ce que tu cherches un endroit où vivre ? » demande-t-elle, s'asseyant en face de lui à la table.
« Eh bien, étant donné que mon rêve n'est pas de vivre au Motel 6 pour le reste de ma vie, ouais, je suppose, » répond-il. Plus il travaille ici, plus il est confortable avec le fait de lancer des sarcasmes aux autres. C'est une bonne chose pour lui que Jody et les autres soient totalement capables d'y répondre sur le même ton.
Elle renifle, se penchant par-dessus la table pour voler deux de ses frites. « D'accord, j'ai une proposition pour toi. » Elle prend une gorgée de son café et grimace. Pamela prépare du café assez fort pour faire pousser des cheveux sur le dos d'un camionneur. « J'ai un endroit au-dessus de mon garage et j'ai payé un couple d'amis pour le transformer en appartement il y a quelques années. Ma mère est morte, et je voulais que mon père y emménage, mais il c'est un enfoiré tellement têtu qu'il a refusé de quitter la maison qu'il a déjà. » Elle fait une pause pendant un moment et le fixe. « Ça te dirait d'y emménager ? »
Dean s'assoit immédiatement plus droit. « Hum, je ne sais pas. Tu es sérieuse ?
- Je n'en aurais pas parlé si je n'étais pas sérieuse, » se moque-t-elle. « Ecoute, ce n'est pas comme si j'avais besoin de revenu supplémentaire. Mais, ce serait sympa d'avoir quelqu'un que je connais et en qui j'ai confiance pas loin, au cas où quelque chose arriverait à Owen, ou un truc du genre. Tous mes voisins sont des abrutis, alors je ne leur parle pas plus que nécessaire.
- Alors, est-ce qu'il y a une salle de bain et tout ? Ou est-ce que je devrais venir à l'intérieur de la maison pour ça ? » Dean sent l'espoir naitre dans sa poitrine, et il essaie sans y parvenir de le faire taire.
« Ouaip, sa propre salle de bain, et une petite cuisine aussi. C'est un petit endroit, plus un studio qu'un appartement, mais il a tout ce dont tu as besoin. J'ai même le câble et un téléphone de connecté.
- Je devrai payer un loyer, par contre, n'est-ce pas ? Et aider avec les factures, » ajoute-t-il. « Je ne veux pas être un cas de charité.
- Oh, eh bien, oui, bien sûr que tu paieras un loyer, » en convient Jody. « Et ce serait sympa si tu pouvais aussi m'aider avec certaines des autres corvées que je déteste faire. Comme nettoyer les gouttières, ugh je hais faire ça. »
Dean l'observe de près. « Alors de l'argent en plus et de l'aide sont les seules raisons de ton offre ? »
Jody prend une serviette sur la table, la déchirant en petits morceaux. « Oui. Enfin, non, pas vraiment. » Elle soupire et lève les yeux vers lui. « Je n'aime pas l'idée que tu vives dans un motel. Tu es un bon gamin, et c'est juste que … je sais que si tu étais mon fils, si tu étais Owen, j'aimerais que quelqu'un prenne soin de toi. »
La fierté de Dean lui dit de répondre non. Il est allé aussi loin jusque maintenant en ne demandant qu'un peu d'aide de la part de Rufus. Il peut trouver un endroit seul. Mais toutes les autres parties de son être lui disent d'accepter l'aide qu'on lui offre si gracieusement et de manière désintéressée, même si cela semble trop beau pour être vrai.
« Tu me connais à peine, » dit-il avec incertitude.
Jody le fixe, stoïque. « Je sais que tu travailles dur. Je sais que tu es un gamin honnête qui a besoin d'une pause. Et je sais que tu es seul, et que tu as besoin de quelque chose qui ressemble à un foyer. »
Dean baisse les yeux sur ses mains. Elles commencent à devenir calleuses à cause du travail, et il en est fier. Il a déjà tellement appris des deux derniers mois de travail ici, et il a Jody et les autres employés lui promettant de lui apprendre comment sculpter le bois bordel, même Pamela lui a offert de lui montrer comment elle soude le métal pour ses sculptures, même s'il n'est toujours pas sûr qu'elle n'essaie pas juste de trouver son chemin jusqu'à l'intérieur de son pantalon. Il ne comprend pas vraiment comment il a fini ici, quand juste quelques petites semaines plus tôt, il roulait hors de Lawrence sans aucune idée d'où il allait ou de ce qu'il allait faire.
« Quand est-ce que j'emménage ? » demande-t-il.
Jody sourit largement. « Pourquoi pas demain ? Démarre l'année avec un nouvel appart'. »
Dean acquiesce et sourit, essayant de cacher à quel point il est soulagé.
Peut-être qu'il peut y arriver après tout.
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L'appartement au-dessus du garage de Jody est plus que ce que Dean avait espéré. Elle l'avait déjà rempli de meubles qu'ils avaient construit dans l'atelier et qui avaient été refusés par des clients capricieux ou n'avait simplement jamais été vendus, et la décoration éclectique de l'appartement lui donnait encore plus l'apparence d'un foyer. C'est en fait juste un grand espace, avec une cuisine ouverte sur le reste de l'appartement, la seule pièce séparée étant évidemment la salle de bain. Son agencement rappel presque à Dean la maison abandonnée du vieux Joshua près du lac, et Dean essaie de chasser toute ressemblance autant qu'il en ait capable en décorant encore plus l'appartement, le souvenir d'au combien la maison de Joshua semblait seule lui faisant du mal.
Dean aime l'appartement. Il lui procure juste assez d'intimité pour qu'il se sente chez lui, mais pas assez pour qu'il soit une victime fréquente de la solitude et de la mélancolie qui menacent sans arrêt de le consumer. Jody a donné l'ordre strict à Owen de ne pas entrer chez Dean sans y être autorisé, et le gentil enfant suit ses instructions à la lettre Dean découvre que le plus souvent, c'est lui qui part à la recherche de la compagnie d'Owen, plutôt que l'inverse.
Le matin de son anniversaire, Dean se réveille en s'attendant à entendre sa mère chuchoter Réveilles-toi, c'est ton anniversaire à son oreille comme elle l'a fait d'aussi loin qu'il s'en souvienne. Il lui faut un moment pour se souvenir d'où il est, et il passe le reste de la journée étouffé par l'espoir que quelqu'un de chez lui va l'appeler et lui souhaiter un joyeux anniversaire. Il a fait en sorte que personne ne puisse le trouver, alors c'est stupide de souhaiter ça maintenant.
Au déjeuner, Jody et les autres gars apportent un gâteau d'anniversaire, et Pamela leur fait tous chanter Joyeux Anniversaire pour lui, les hommes, il est vrai, plus à contre cœur que Jody et Pamela. Quand chaque personne tend un cadeau à Dean, il ravala la boule qui s'est coincée dans sa gorge et cache les larmes qui apparaissent dans ses yeux parce que s'ils le voient pleurer ils ne le laisseront jamais en paix avec ça.
Quand Pamela lui donne son cadeau, il le fixe curieusement. C'est une sorte de chose bizarre et qui a l'air cool, fabriquée en fer qu'elle dit qu'il est supposé accrocher près de sa porte. « C'est un piège à démon, » explique-t-elle, après qu'il l'ait regardé pendant quelques secondes. « Ça protégera ta maison du mal. »
Aussi bizarre que ça semble l'être, Dean est plutôt réellement touché par ce cadeau, autant que par les autres. Jody lui a acheté des casseroles et des poêles pour sa cuisine, et même les autres gars lui ont offert des trucs dont il a besoin, comme de l'huile pour sa moto, et des magazines de charpenterie. Tout ça est bien plus que ce à quoi il s'attendait, et cela lui donne l'impression d'être accepté dans cette famille improvisée. Il remercie tout le monde, donnant un baiser sur la joue et une embrassade à Jody et Pamela, avant de s'excuser et d'aller aux toilettes pour se recomposer.
Ce n'est pas sa famille de Lawrence, mais c'est un bon début, ce dit-il.
Il tombe dans la routine facile du travail et de la maison, et il passe beaucoup de temps à regarder la télévision et à lire ces quelques premiers mois. Il s'achète même un calepin et un stylo, et commence à noter les quelques histoires qu'il avait l'habitude de raconter à Sam et Castiel quand ils étaient enfants. Cela semble étranger d'apposer ces histoires sur le papier, et c'est lent au départ. Mais cela devient plus facile, et alors qu'il retire les souvenirs, cela devient un peu moins pénible de penser à Castiel, surtout lorsqu'il se souvient comme ils étaient en étant enfants.
A l'occasion, Dean est tenté de sortir et de trouver quelque chose d'autre à faire, de socialiser et peut-être de se faire des amis. Mais avant qu'il puisse le faire, il voit ou entend quelque chose qui lui rappelle la maison, Sam, ou ses parents, ou Castiel. Il imagine combien ils doivent le détester à cet instant, et au lieu de s'aventurer dehors il rampe dans son lit, et serre fortement les couvertures sur ses oreilles.
Alors que les températures remontent dehors et que les jours deviennent plus longs, Dean commence à s'aventurer dans le monde autour de lui. Il rencontre un gars nommé Ash un après-midi à la station essence dans la rue où il travaille, quand le gars l'approche et lui dit qu'il aime sa moto. Ash finit par l'inviter à faire un bowling le soir même quand il entend que Dean est nouveau en ville, et il se force à venir, sans autre raison qu'il en a marre de rester dans son appartement et de s'apitoyer sur son sort.
Ash est autant le type de gars à faire la fête, se saouler et se droguer qu'il est le type à avoir une profonde conversation philosophique ou à être incapable de s'arrêter de parler sur l'une de ses théories. Dean décide vite qu'il ne trainera pas avec ce type lorsqu'il sera dans son humeur à faire la fête, en ayant eu assez la dernière fois qu'il avait essayé pour lui passer l'envie pendant un moment. C'est encore tentant de tout envoyé en l'air pour tout oublier pendant quelques heures, mais il s'est assez brulé et il ne veut pas revenir sur cette route d'ici tôt.
Le matin du deux mai, Dean ne peut pas résister à l'envie d'appeler chez lui plus longtemps. C'est l'anniversaire de Sam, et cette petite pourriture lui manque tellement qu'il s'est arrêté à une cabine téléphonique pour taper le numéro de Sam avant même de réaliser ce qu'il faisait.
« Allo ? » La voix de Sam est méfiante, probablement parce qu'il ne reconnait pas le numéro.
Dean ouvre la bouche pour parler, mais rien n'en sort. Il écarte le téléphone de sa bouche et s'éclaircit la gorge avant d'essayer à nouveau. « Hey, Sammy. »
Il y a un silence de l'autre côté de la ligne pendant quelques instants. « Dean ? » La voix de l'enfant se fissure, et avec elle une partie du cœur de Dean se brise. « Dean, est-ce que c'est toi ?
- Ouais, Sammy. C'est moi, » répond-il d'une voix rauque.
C'est tellement silencieux que Dean commence à se demander si la ligne n'est pas morte, ou si Sam n'a pas raccroché. Mais alors Sam recommence à parler, les mots se pressant pour sortir. « Dean, où tu es ? Tu vas bien ? Pourquoi tu ne rentres pas ? Mec, où tu es ? »
Dean sourit, se souvenant comme les mots de Sam avaient toujours été désordonnés lorsqu'il était enthousiaste. « Hey, Sammy, respire, d'accord ? Je vais bien. Je suis … je suis en sécurité. » Il prend une profonde inspiration. « Je voulais juste te souhaiter un joyeux anniversaire. Et que tu saches que je pensais à toi.
- Dean, pourquoi tu es parti ? » demande Sam, la voix confuse.
Dean soupire, regardant à travers la fenêtre de la cabine. « Tu sais pourquoi je suis parti, je t'ai laissé un mot.
- Mec, tout ce que ce mot disait c'était, 'Je ne peux plus rester, c'est mieux que je parte, je suis vraiment désolé.' Ce n'est pas une explication, Dean, » l'accuse Sam. Sa voix était passée de l'excitation et du choc à l'énervement en deux secondes, mais Dean ne pouvait pas lui en vouloir.
Dean expire lentement, en accord avec son envie d'en parler avec Sam au téléphone. « Je ne voulais pas aller à l'école dont papa parlait, et je n'aimais pas que maman et papa se disputent à cause de moi. C'est juste … c'est mieux comme ça, Sammy. »
Sam a une exclamation moqueuse. « Ce n'est pas mieux, Dean ! C'est genre la chose la plus stupide que t'ais jamais dit. Maman et papa sont encore totalement flippés. Il faut que tu rentres.
- Est-ce qu'ils se disputent encore ?
- Non, mais –
- Tu vois ? Le fait que je sois parti a aidé. » Dean est soulagé d'au moins découvrir que les disputes ont cessé.
« Dean, ils ne se seraient pas disputés éternellement. Ils étaient juste en colères, et ne savaient pas quoi faire. J'ai même entendu papa être d'accord avec maman pour dire que l'école militaire avait été une mauvaise idée. » Sam devient silencieux un moment avant de continuer. « Il se sent responsable du fait que tu sois parti, Dean. Il est … Papa est vraiment déchirer à cause de ça. Maman aussi. »
Dean ferme fort les yeux, faisant de son mieux pour les empêcher de pleurer, et échouant misérablement. « J'ai juste besoin d'être loin un moment. J'avais l'impression de ne plus pouvoir respirer, et j'avais besoin d'espace.
- Mais maintenant ça va mieux, non ? Maintenant tu peux revenir ? »
Dean serre le téléphone si fort qu'il peut entendre le plastique craquer. « Non, Sam. Pas encore. »
Il entend Sam soupirer avant qu'il ne crache, « T'es tellement un connard d'égoïste, Dean ! Tu n'es pas le seul à être blessé par cette histoire. T'as au moins pensé à ce que ça pouvait me faire que tu partes ? Ou Cas ? Tu nous as putain de laisser sans même un regard en arrière. Tu t'es barré pour avoir ta petite vie parfaite peu importe là où tu es, et n'en a rien à foutre de combien tu nous manques. »
Dean inspire soudainement à la mention de Castiel. « Sammy, c'est pas du tout comme ça. Ça m'a tué de vous laisser.
- T'aurais presque pu m'avoir.
- Comment va Cas ? » Il se hait de demander et se hait encore plus pour le tremblement de sa voix lorsqu'il a posé la question.
Sam ne dit rien pendant quelques instants. « Pas que t'es le droit de savoir, parce que tu ne l'as pas, mais il est … je crois qu'il va bien. J'sais pas. Tu sais comment il est, il ne montre pas vraiment ce qu'il ressent. »
Dean acquiesce pour lui-même. Il ne voulait pas entendre que Cas était vraiment blessé, mais cela faisait quand même un peu mal de penser que peut-être Castiel n'était même pas assez touché pour montrer légèrement ses émotions. « Ouais, ça semble juste.
- Il a demandé si tu avais laissé un mot ou quelque chose, mais ce n'est pas cas, si ? » dit Sam. « Il a appelé ça d'une certaine façon, je m'en souviens pas … une lettre à donne ? Ça veut au moins dire quelque chose ?
- Une Lettre à John ? » réussit à dire Dean.
« Ouais, je crois que c'était ça. Mais quand je lui ai dit que je ne voyais rien pour lui, il a juste acquiescé. Est-ce que vous vous êtes disputé aussi ? »
Dean soupire. « Non. Enfin, oui, plus ou moins. Je veux pas en parler, Sam.
- Tu sais, il vient trainer dans la cabane parfois. Tout seul. Maman l'a vu un jour, et elle est allée lui parler. »
Il sentait son estomac se retourner. « De quoi ils ont parlé ?
- J'sais pas. J'ai demandé à maman, et elle a juste dit qu'elle avait dit à Cas qu'il était le bienvenu dès qu'il le voulait, et que la cabane lui appartenait autant à lui qu'à toi ou chacun de nous. »
La pression derrière les yeux de Dean devenait presque insupportable. Il avait besoin de raccrocher avant de perdre complètement pied. « Hey, euh, je dois y aller, Sammy. Je vais être en retard au boulot.
- Attends, Dean ! Tu ne m'as pas dit où tu étais. Et est-ce que c'est ton numéro ?
- Non, j'appelle d'une cabine téléphonique. J'ai pas de téléphone, » ment-il. Il a un téléphone fixe, mais il ne veut pas que qui que ce soit puisse le tracer aussi facilement. Il avait donné son numéro à Rufus après avoir fait promettre au vieil homme de ne le donner à personne. « Je te rappelle bientôt, Sam. Je te le promets.
- Dean, s'il te plait, ne pars pas déjà ! Tu devrais parler à maman.
- Non, je peux pas, pas maintenant. Juste… juste dit leur que je m'en sors, okay ? Je suis en sécurité, et j'ai un endroit ou vivre, et un boulot. Je suis désolé, Sammy.
- Dean, allez ! » La voix de Sam était passée de suppliante à énervée à nouveau.
« Je te parlerais bientôt. » Dean raccroche avant de changer d'avis.
Il se demande si Sam ou n'importe qui d'autre le pardonnera un jour pour tout ce qu'il a fait.
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Dean se garde occupé pendant l'été. Après quelques encouragements de la part de Jody, il cherche à obtenir son GED (2), et finit par prendre quelques cours à un centre local près de l'atelier. Il rencontre son groupe de travail deux soirs par semaines, et s'oblige à étudier quelques heures chaque week-end.
Quand il n'étudie pas pour son GED, il passe la plupart de son temps à lire à propos de menuiserie. Jody est de plus en plus à l'aise avec le fait de le laisser travailler seul sur des petits projets, et elle lui a même donné la permission d'utiliser le surplus de bois pour créer ses propres trucs. Ce qu'il a été surpris d'apprendre est qu'il est plus amusant de créer des sculptures ou ses propres meubles que de travailler sur commande. Une fois qu'il a compris les points basiques qui lui permettent de construire une chaise ou une table qui puisse répondre au critère de base, il commence à s'amuser avec le style et le design, et Jody lui fait remarquer son ingéniosité.
« Dean, continue comme ça et on vendra tes designs plus rapidement que les miens, » plaisante-t-elle, lui donnant une embrassade lorsqu'elle voit comme Dean s'illumine à ses mots.
Il commence à tailler et polir des figurines des restes de bois qui trainent dans le coin, faisant de son mieux pour représenter certaines des créatures que lui et Castiel inventaient pour leurs histoires lorsqu'ils étaient enfants. Au départ, ce n'est rien de plus qu'un entrainement pour lui, essayer de familiariser ses mains avec l'équipement et histoire de les garder occupées, mais Jody se retourne lorsqu'elle observe ses créations. « Dean, est-ce que tu me laisserais les vendre à la galerie ? »
Il peut se sentir rougir à ses mots. « Tu penses vraiment que des gens voudront les acheter ?
- Tu plaisantes ? » se réjouit-elle. « Les gens vont péter les plombs en les voyant. Elles sont flippantes, et bizarres, et fantaisies. Je pense que je n'ai jamais vu des figurines en bois comme ça avant. Elle me rappelle un peu Tim Burton mais, je sais pas, il y a une sorte de chaleur chez elle aussi. Peut-être que ça vient du bois ? Peu importe ce que c'est, tu dois continuer à en faire. »
Et Jody a raison. Ça ne prend pas longtemps avant que ses figurines deviennent la chose la plus tendance de la galerie, et il est difficile pour Dean de trouver le temps d'en faire assez pour qu'elles ne s'épuisent pas. Ils prennent des photos de chacune pour que Dean puisse garder une trace de ce qu'il fait, mais aussi pour savoir de quoi parlent les clients quand ils disent vouloir un autre « monstre comme celui que vous aviez il y a quelques semaines. »
Dean s'amuse à faire ces figurines, et alors que le temps passe il devient de plus en plus à l'aise avec ça, et il est capable de faire des designs de plus en plus compliqués. Pamela vient un jour lui donner des leçons de soudure, et avant la fin de l'été, il soude des designs en fer à côté de ceux en bois.
Il devient si occupé par son travail et le fait d'étudier pour son GED qu'il n'a pratiquement pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre. Il est content de ça. Travailler et étudier l'empêche de trop penser, de se demander comment va tout le monde à Lawrence ou de se demander s'ils le détestent. Le peu de temps libre qu'il a, il le passe soit à trainer avec Jody et Owen, ou à faire du bowling avec Ash. Parfois, il sort seul il ira voir un match de baseball d'une équipe local de ligue mineure ou entrera dans une cage à batteur pour se défouler. Une fois, il empreinte une canne à pêche à Gus au travail, et roule vers l'ouest de retour à Winchester et au lac Tims Ford, mais en faisant ça Castiel lui manque tellement qu'il décide de ne plus retourner pêcher.
Un vendredi vers la fin de l'été, Jody donne à Dean un jour de repos pour qu'il puisse passer son examen de GED. Il est nerveux jusqu'à ce qu'il se souvienne qu'après toute la merde par laquelle il est passé dernièrement, un test stupide est un jeu d'enfant, et il a raison. Il obtient ses résultats quelques semaines plus tard, et découvre qu'il l'a réussi avec de bonnes notes. Jody et Owen l'entrainent dans une fête impromptue faite de pizza pour célébrer ça, et ils passent des heures à jouer à Mario Kart en écoutant une radio passant du vieux rock.
Il prend une douche avant d'aller se coucher, et pense à Castiel alors qu'il se masturbe, la respiration tremblant alors qu'il gémit le nom de son ami. C'est la première fois qu'il s'autorise à fantasmer sur Castiel depuis qu'il est parti, et il vient si dur et si rapidement quand il imagine les lèvres de Castiel autour de la tête de son pénis qu'il est surpris de ne pas ébrécher les carreaux de la douche.
Un moment après deux heures du matin, il se réveille dans une sueur froide en hurlant le nom de Castiel. Il a rêvé que lui et Castiel étaient allongés au bord du lac, lorsque Castiel commence soudainement à tousser et à vomir quelques choses de noir. Quand Dean essaie de l'aider, l'attrapant et le suppliant d'arrêter, Castiel s'écarte et trébuche dans le lac, et la dernière chose dont Dean se souvient, est de sortir de l'eau le corps sans vie de Castiel.
Dean écarte vivement les couvertures et avance en trébuchant dans la cuisine, buvant avidement un verre d'eau avant de lancer le verre dans l'évier. Il se brise, et Dean s'insulte, avant de partir dans un rire hystérique et de frotter des larmes hors de ses yeux avec le dos de sa main. Il retourne dans son lit et se roule en boule, tremble alors qu'il se souvient de la sensation d'avoir Castiel lui échappant des mains.
Tu me manques tellement, est son mantra alors qu'il essaie de s'empêcher de se rendormir.
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Les vacances viennent et partent, Dean fait de son mieux pour ne pas se rappeler de ce qu'était sa vie il y a seulement un an. Jody l'inclut une fois de plus avec le reste de ses plans pour les vacances, et cette fois il prend même part à l'échange de cadeau. C'est amusant pour lui d'être vraiment capable d'acheter de bons cadeaux pour les autres, et il est reconnaissant de pouvoir montrer au moins un peu à Jody et aux autres, combien il apprécie tout ce qu'ils ont fait pour lui.
Dean attend tard le soir de noël pour appeler Sam et lui souhaiter un joyeux noël. Il sait que s'il appelle à un autre moment, il y a de grandes chances que ses parents soient assez près pour entendre. Même si ils lui manquent et qu'il veut leur parler, après tout ce temps il ne sait pas comment faire le premier pas.
« Allo ? » répond Sam, et Dean ravale son sourire lorsqu'il entend sa voix. Sa voix très grave, comme si la puberté avait finalement décidé de rendre visite à ses cordes vocales.
« Joyeux Noël, l'avorton.
- Dean ! Je me demandais si tu allais appeler, » répond Sam. Il y une sorte de mouvement en arrière fond, et il réalise que Sam avançait vers sa porte lorsqu'il l'entend se fermer.
« Ouais, tu me manquais vraiment, alors j'ai pris la chance de le faire dès que j'ai pu, » dit Dean. « Comment tu vas ? T'as eu un bon butin pour noël ?
- Je vais bien. Tu rentres quand ? »
Dean soupire. « Sam, je –
- Non, ne dit rien. Je ne veux pas entendre tes excuses. Reviens juste.
- Sam, écoute… je vais rentrer. Je vais le faire. C'est juste que … j'attends le bon moment.
- Le bon moment était il y a six mois. Non, en fait, le bon moment était il y a un an. T'aurais jamais dû partir, Dean, » dit Sam avec colère.
« Je sais que tu m'en veux. Mais bordel, Sam, c'était quoi le putain d'intérêt à ce que je reste dans le coin pour que tout le monde puisse me laisser sur le bord de la route dans quelques mois ou quelques années ? Pourquoi est-ce que j'aurai dû être celui qu'on abandonne ?
- Mais de quoi tu parles ? »
Dean est surpris d'être soudainement énervé. Il avait pensé avoir dépassé ça. « Papa nous quittait quand on était gamin. Tu ne t'en rappelles pas parce que t'étais juste un bébé, mais il l'a fait, plus d'une fois, pour partir faire ses putains de missions. Cas prévoyait de m'abandonner pour aller dans une fac chic et totalement m'oublier. Charlie prévoyait de partir à l'université, tu prévois de le faire, Jo prévoit de le faire … » il prend une grande inspiration. « Tout le monde part, Sam. Tout le monde. Alors pourquoi, bordel, est-ce que je pourrais pas être le premier à partir ? »
Dean ne dit rien pendant une minute entière après qu'il l'ait fermée. Il commence à penser que Sam a raccroché, mais avant de pouvoir demandé s'il est encore là, celui-ci s'éclaircit la gorge. « Je n'arrive pas à croire que tu penses que le fait que je parte à la fac, ou que n'importe lequel d'entre nous parte à la fac, soit t'abandonner. C'est débile, Dean. »
Dean rit, le goût amer dans sa bouche. « Ouais, eh bien, j'ai jamais dit être l'image même du bon sens.
- Est-ce que tu parlerais au moins à maman si je te la passais ? »
L'idée d'entendre la voix de sa mère après tout ce temps resserre la poitrine de Dean si rapidement qu'il peut à peine laisser passer une exclamation surprise. « Non, je peux pas. Pas maintenant. »
Sam souffle. « Quand alors ?
- Bientôt. Je ne sais pas quand, mais bientôt.
- C'est ce que t'as dit la dernière fois. »
Dean peut entendre comme Sam en a assez de le voir tourner autour du pot, mais il ne sait vraiment pas quand il sera assez bien pour parler aux gens de chez lui en dehors de Sam et de Rufus. Tout semble encore trop à vif, et il ne sait pas ce qu'il veut dire ou entendre. Il ne sait pas ce qu'il doit faire pour améliorer les choses. « Je sais. J'y travaille, Sammy. »
Après qu'ils se soient dit au revoir, Dean grimpe dans son lit, mais cela lui prend un moment pour arriver à s'endormir. Il avait eu trop peur pour demander des nouvelles de Castiel, et puisque Sam ne lui avait offert aucune information de lui-même, Dean n'avait aucune idée de comment allait Castiel ou comment il avait été. Il se demande dans quel université Castiel a décidé d'aller, et s'il s'est fait des amis là où il est. Castiel n'avait jamais eu de facilité à se faire des amis, mais cela lui était devenu plus simple lorsqu'ils avaient grandi. Il se demande si Castiel à embrasser quelqu'un depuis Dean. S'il l'a fait, c'est la faute de Dean pour d'être enfuit et l'avoir laissé derrière.
Il se tourne sur le côté, frappant son oreiller avec frustration. Peut-être qu'il devrait commencer à penser à rentrer, même si c'est seulement pour une visite. Il s'endort avant de commencer à le considérer sérieusement, et le lendemain matin, lorsqu'il se réveille, il a totalement oublié cette idée.
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Seulement quelques semaines plus tard, juste avant l'anniversaire de Dean, la décision de rentrer lui ait arrachée des mains lorsqu'il reçoit un appel de Rufus au milieu de la nuit.
Il répond au téléphone, encore à moitié endormi et jurant contre la forte sonnerie. « Allo ?
- Dean, c'est Rufus, » dit le vieil homme d'une voix grave. « Tu dois rentrer, fiston. Ton père a eu une crise cardiaque. »
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Notes :
(1) interstates : ce sont les autoroutes inter-états aux Etats-Unis. Contrairement à nos autoroutes elles passent souvent dans les centres-villes même. Elles sont limitées entre 80km/h – 100km/h en ville et 100km/h – 130km/h en campagne.
(2) GED : (General Educational Development) c'est le diplôme du secondaire aux Etats-Unis.
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