Chapitre 9. Absence


Je ne sentis réellement la fatigue que lorsque je fus dans ma chambre, à 23h30 exactement, alors que mon regard avait chaviré au hasard sur l'horloge, pensif. Toute cette soirée, aussi courte eut-elle été, me retombait toute entière dessus. Plusieurs fois je repensais à ce qui m'avait marqué, aux mystères des paroles et sous entendus et pour finir, à la dernière apparition agaçante - que je ne pouvais croire hasardeuse - d'Alice.

Je me tournais, me retournais dans la nuit, incapable de trouver le sommeil, cependant qu'à de rares moments où je m'endormais, des rêves désagréables me ramener à la réalité. Lorsque, pour la énième fois, j'ouvris les paupières, une faible lumière pénétrait déjà dans la pièce.

Je me levai en titubant avant de retomber lourdement sur mon lit. Je dus faire un effort surhumain pour me rendre jusqu'à la salle de bain et même l'eau glacée de la douche ne parvint pas à m'arracher le mal de tête que j'avais depuis mon réveil. J'enfilai un jean et une chemise noire puis descendis. Je fus heureuse d'entendre Charlie ronfler dans sa chambre, cela prouvait qu'il avait enfin décidé de s'accorder un peu de repos, il en avait amplement besoin. Je déjeunai, à moitié dans mon bol, sur le point de m'y noyer tant j'étais recroquevillée sur ma chaise. Edward ne serait pas là aujourd'hui. Je n'avais aucune envie de bouger de cette chaise, retrouver ce monde glacé dont le seul qui parvenait à le réchauffer manquerait à l'appel.

En débarquant sur le parking du lycée avec ma Chevrolet, j'avais repéré Alice et Jasper, main dans la main marchant jusqu'à l'entrée suivie de près par Rosalie et Emmet. Les deux couples sculpturaux étaient parfaitement impassibles, éteints, à peine présents, ils auraient pu se fondre dans la masse s 'ils n'avaient été si unique. Nouveau pincement au cœur. La brunette pivota la tête vers ma camionnette et m'observa un moment alors que je m'apprêtai à sortir puis me lança un sourire éclatant. Je lui répondis brièvement, surprise pour le coup, en lui fis un signe de la main. S'il y avait bien une chose à laquelle je ne m'étais pas attendue, c'était bien de côtoyer les Cullen. En vérité, le regard froid de Rosalie et de son frère la veille m'avaient laissés de marbre, seul l'attitude d'Alice, légère, étrangement amicale, me rassurait un temps soit peu. De tous, c'est celle que je préférais. Esmée m'avait paru aimante et incroyablement douce, quant à Carlisle, je le savais généreux. Du reste, je ne savais que penser de cette famille, à part qu'ils comptaient adopter celui que j'aimais.

Je rejoins mollement ma classe, prenant soin de rester sur mes deux jambes tandis que le sol me semblait beaucoup plus près qu'il n'aurait dû paraître. La tête me tournait terriblement à présent. Je m'assis lourdement sur une chaise au hasard dans la classe. J'avais, sans le vouloir, pris place près de Jessica. Je poussai une légère plainte en prenant ma tête entre mes mains.

- Salut Bella, lança ma voisine

- Salut, maugréai je

- Ce n'est pas la grande forme apparemment, s'esclaffa t-elle doucement alors que je prof commençait à faire son cours.

- Mal dormi, me contentai je de baragouiner.

- Je vois. Tu as commencé ta dissertation?

Je secouai la tête. Elle n'avait vraiment aucune pitié.

- Tu veux que je t'accompagne à l'infirmerie? me proposa t-elle.

- Non, je suppose que ça va passer...

Son attention se reporta au cours mais je vis du coin de l'œil qu'elle ne cessait de m'épier. Visiblement, elle avait l'air de vouloir me demander quelque chose. J'attendis donc. Elle se décida enfin au bout de longues minutes.

- Tu as invité Edward à venir ce week end? Chuchota-t-elle avec un regard inquisiteur.

C'était bien le moment de me parler de lui à un moment pareil. Comme si ma déprime n'avait pas atteint des sommets.

- Ca pose un problème? M'enquis je gentiment d'une voix faible.

- Non! Pas du tout!

Son air enjoué fit presque plaisir à voir tant j'aurais voulu qu'il en eut été de même pour moi mais ce matin, mais j'étais tout sauf enjouée.

- J'ai appris pour sa tante, rajouta-t-elle, contrite.

Elle venait de marteler ma tête à coups de marteau rien qu'en prononçant ses mots car ils me forçaient à me souvenir du visage d'Edward au moment où je l'avais découvert chez les Cullen.

- Il n'a vraiment pas de chance, renchérit-elle. Où est-ce qu'il va vivre maintenant? Me demanda-t-elle ensuite.

Lui dire que ça ne la regardait absolument pas aurait été déplacé car, après tout, c'est bien elle qui m'avait dévoilé, quelques jours plus tôt, l'état d'Edward, même si cela n'avait été dans le seul but de commérer un peu plus.

- Je ne sais pas, mentis je, pensant que le fait que tout le monde sache qu'il vivrait désormais chez les Cullen, attiserait les commérages.

De plus, je n'étais moi-même pas sûre de cette affirmation, bien qu'elle me sembla être la meilleure solution pour lui.

- Peut être que le docteur Cullen n'en a pas assez d'adopter, fit Jessica en haussant les épaules.

Je restai figée sur ma chaise un bon moment avant de réaliser qu'elle avait supposé cela au hasard. Elle était très forte.

- Ce ne serait pas une mauvaise chose, supposai je innocemment.

- Il a toutes les qualités pour faire partie de la famille, opina-t-elle simplement. Beau, discret, intelligent. Que demander de plus?

Je grimaçai devant son manque de réflexion et doutant de ces capacités émotionnelles. Elle parlait d'adoption comme d'une robe qu'elle remarquerait sur un cintre et à laquelle elle ferait une liste des qualités et défauts. J'en fus choquée, et cela dû se lire sur mon visage car elle se reprit.

- Le docteur et sa femme ont l'air d'être de bonnes personnes et de bons parents. Bien sûr que ca ne peut lui être que bénéfique. En tout cas, c'est préférable pour lui.

Bien sûr, étant donné que c'était l'adoption ou la rue.

- Est-ce que… il s'est passé quelque chose entre vous? S'enquit 'elle ensuite toujours avec cet air inquisiteur qui lui collait parfaitement à la peau.

Je soupirai. Avais-je vraiment l'envie de lui faire part de ma relation ambiguë avec Edward? Elle se douterait de quelque chose si ce n'était pas déjà le cas.

- Disons que je l'apprécie beaucoup.

Mensonge. J'étais folle de lui.

- C'est réciproque? Murmura-t-elle avidement.

Je haussai les épaules.

- Je ne suis pas dans sa tête.

Lui en revanche…. Depuis la veille déjà j'y pensais. Je n'avais jamais rien réussi à lui cacher et il semblait prévoir autant mes réactions que mes paroles. Mais je ne trouvais pas d'explication logique à cela. Peut être était il seulement perspicace, auquel cas, lui mentir était impossible. Savait-il à quel point je l'aimais? Pourquoi m'aurait il embrassé dans ce cas?

Le mal de tête qui avait progressivement disparu, revînt en même temps qu'une foule de questions se précipitait à l'intérieur de celle-ci.

- T'a-t-il parlé de sa maladie?

Je lui lançai un regard peu amène.

- Je ne te demande pas de me dire ce qu'il t'a appris, seulement s'il t'en à fait part, se défendit-elle.

- Oui, il m'en a parlé, finis je par admettre.

- Et tu doutes encore de ses sentiments?

- Qu'il m'en parle ne signifie pas qu'il…

- Qu'il t'aime? Bella. Il n'a jamais adressé la parole à personne et refuse de parler à quiconque de ce qui le touche. Il te fait confiance, je ne vois pas ce qu'il te faut de plus.

Était-elle en train d'insinuer que je devais m'estimer heureuse d'avoir sa confiance ou même son amour? malgré que je doutais encore de ce dernier point. Devais-je me sentir égoïste de désirer les deux à la fois pour toujours et sans limite?

Je ne répondis pas. Même Jessica réussissait à me faire réfléchir jusqu'à m'en donner mal au crâne. Nous allions tout deux vivre au jour le jour, redoutant à chaque instant la fin mais allions faire de ces instants les plus beaux et inoubliables de son existence. Je m'en faisais la promesse. A lui comme à moi-même.

- Tu ne manges pas avec nous aujourd'hui, voulu confirmer ma voisine en écrivant quelques notes sur son cahier d'anglais.

- Si.

- Edward n'est pas là?

- Non, il doit débarrasser les affaires de sa tante, lui appris je tristement.

- Il n'avait vraiment pas besoin de ca, soupira-t-elle.

Sur ce point, j'étais entièrement d'accord avec elle. Nous restâmes silencieuses jusqu'à la fin de l'heure. Peut être avait-elle eu pitié pour moi et ma migraine, en tout cas, elle ne m'adressa plus la parole.

Je passai en vitesse à l'infirmerie, histoire de prendre un cachet d'aspirine, seul remède aux martelages incessants tambourinant mon cerveau.

- Tu es toute pâle, s'inquiéta Angela alors que nous venions de rejoindre la cafétéria, à midi.

- C'est naturel, je t'assure, fis je en étouffant un rire.

- Tu es malade? Continua-t-elle.

- Non, tout va bien, j'ai juste eu une nuit agitée, la rassurai je en m'asseyant à la table ronde, entre Mike et Jessica, Angela face à moi. Erik et Tyler, que je ne voyais que très rarement ses derniers temps, m'observaient ainsi que les trois autres.

- Quoi? M'exclamais je, surprise d'être autant épiée.

Ils échangèrent un regard et Angela soupira, visiblement mécontente.

- Ignore les, cracha-t-elle en jetant un regard noir à ses voisins.

J'obéis, toujours aussi perplexe et commença à manger mon assiette de pâtes. Je ne pouvais ignorer le silence pesant - mais étonnement reposant malgré le brouhaha du réfectoire - qui régnait autour de la table.

Je posais brusquement mes couverts.

- Qu'est ce qu'il y a? les interrogeai-je, lasse d'être ainsi dévisagée.

Ils secouèrent tous la tête - sauf Angela - en haussant les épaules d'un air innocent.

J'étais dans un tel état de nervosité que je m'étouffais avec une pâte et toussa. Leurs réactions m'échappèrent. Ils eurent un léger mouvement de recul et attendirent que je finisse de tousser.

- Ca va? S'enquis Angela

- J'en étais sur, murmura Mike.

- N'importe quoi, contra mon amie.

- C'est possible, renchérit Tyler.

- Quoi! M'écriai je

Ils sursautèrent.

- Tu…tu tousses beaucoup? Me demanda Jessica d'une petite voix.

- Bien sûr que non! Je viens juste de m'étouffer, ripostai je sans comprendre ce qu'elle insinuait par cette question.

- Mais tu as mal à la tête, continua-t-elle.

- J'ai mal dormi!

- Tu devrais quand même aller voir un médecin, fit Eric.

Je les regardai tous un à un, passant sur l'éloignement soudain de leurs chaises et sur leurs regards inquiets.

C'était tellement évident. J'aurais dû mis attendre. Un rire sans joie m'échappa tandis que je me levai brusquement en faisant grincer ma chaise.

- Il n'est pas contagieux, me contentai je de leur balancer en pleine figure, plus choquée qu'énervée par leurs réactions.

Je compris alors à cet instant précis ce qu'il devait endurer. Le regard fuyant des autres, ce sentiment d'exclusion qu'il subissait injustement. Il avait simplement eu peur que je m'éloigne comme ils venaient tous de le faire quand ils m'avaient cru malade, contagieuse. Chez chacun, cette répulsion devait être bien trop visible et je venais d'en avoir la preuve. Malgré tout cela, je trouvai aucune raison de leurs en vouloir. Peut être simplement par le fait qu'ils représentaient tout ce qu'Edward avait eu peur que je sois ou que je devienne avec le temps. Mais après tout, n'avaient ils pas le droit d'avoir peur pour leur propre vie et ne pas subir ce qu'Edward subissait aujourd'hui?

Je sortis, laissant la pluie glisser sur mon visage. Cette fraicheur m'apaisa sans me détendre totalement mais elle eut le mérite de me faire passer mon mal de crâne. Au bout d'une dizaine de minutes, je me décidai à rentrer dans le bâtiment et aperçu Rosalie, Emmet, Alice et Jasper que je m'apprêtais à croiser. Ce fut la brune qui se hâta de venir à ma rencontre.

J'eus envi de fuir, même si ce visage m'inspirait la plus grande sympathie.

- Bonjour Bella, me hâla-t-elle avec enthousiasme.

Les trois autres restèrent à bonne distance de nous mais me scrutaient dédaigneusement, en particulier Rosalie et son frère jumeau, Jasper.

- Salut, répondis je.

- Tu es trempée!

Elle sembla scandalisé de me voir dans cette état.

- Oui j'ai… je n'ai pas pensé à prendre de parapluie ce matin, me justifiai je en regardant les nuages menaçants au dessus de ma tête.

- Il en reste un dans la voiture de Rose, si ca peut te dépanner, proposa-t-elle en désignant la décapotable flamboyante.

Je remarquai que la capote avait été déplié. Un coup d'œil vers sa propriétaire aux prunelles incendiaires m'incita à décliner son offre.

- Pas la peine, j'allai rentrer de toute façon, mais merci.

Elle pivota la tête derrière elle et resta un moment à dévisager ses frères et sœurs. Je sursautai lorsqu'elle se retourna brusquement, un sourire radieux sur ses fines lèvres, passant une main dans ses cheveux courts.

- Comptes tu revenir chez nous? M'interrogea-t-elle d'une voix mélodieuse.

- Euh… Je ne sais pas….

- Edward ne t'a pas annoncé la nouvelle? Ca ne m'étonne pas de lui, poursuivit-elle avant même de me laisser répondre. Il est si… formel! Plastronna-t-elle en riant.

Sa bonne humeur me laissa de marbre.

- Qu'aurait-il dû m'apprendre? La questionnais je, curieuse.

Le grand costaud vint soudainement ce joindre à nous, avec ce même sourire radieux qu'affichait sa jeune sœur.

- Carlisle et Esmée vont l'adopter, me dit il d'un air ravi.

- Edward a donné son accord? M'enquis je, septique.

- Figure toi que oui! Étonnant n'est-ce pas?

Le ton enjoué d'Alice contrastait tellement avec son comportement de la veille que je ne sus quoi pensé. Soit elle était excessivement heureuse de la venu d'un nouveau membre dans sa famille - référence à son ton formel lorsqu'elle avait affirmé avec volonté qu'il devait vivre chez eux - soit j'étais, une fois de plus, totalement perdue. Ca n'avait aucun sens! Les autres avaient l'air si déçu et méfiant en comparaison des deux jeunes devant moi dont le sourire Béa me laissait perplexe.

Je ne pus ,toutes fois, réprimer mon soulagement à l'entente de cette nouvelle.

- C'est super! M'emportais je. Qu'est-ce qui l'a convaincu?

- Disons que nous savons nous montrer très convaincant, c'est un don inné, plaisanta Emmet avec un regard mystérieux.

- Il a été d'une aide précieuse dans ce cas. Merci.

- Alice! Hâla Jasper

- Attendez nous à la voiture, lança-t-elle derrière son épaule.

Les deux obéirent et partirent non sans un dernier coup d'œil à notre adresse.

- Et vous? Que pensez vous de tout ca? Demandais je quand ils furent assez loin.

- Nous sommes ravis! Annonça-t-elle avec gaité. Je suis certaine que tout va bien se passer entre nous. Il pourrait même devenir mon frère préféré.

Emmet eut un rictus et sa réflexion me fit arquer un sourcil.

- Tu as l'air de beaucoup l'apprécier…

Elle haussa les épaules.

- Assez.

- Il n'est pas difficile à vivre, avoua son frère

Alice fixa ce dernier et fit la moue.

- Ils vont s'impatienter, lui dit elle.

Il hocha la tête et me salua de la main avant de partir rejoindre la décapotable.

- A bientôt j'espère!

- Oui, je l'espère aussi, répondis je en feignant un sourire.

- Au revoir Bella! S'exclama-t-elle en s'éloignant avec grâce tel des pas de danse appris par cœur.

Je n'avais pas menti, cette nouvelle m'avait réellement détendu et je n'avais qu'une hâte, le retrouver. Son absence me pesait énormément.

Comme je m'y étais attendue, ils furent tous gênés des événements du midi et n'osèrent m'adresser la parole pendant les intercours si bien que je me sentis très vite seule. Ce n'était pas tant la solitude qui me dérangeait, plutôt le manque de distraction qu'apportait la parole pour m'éloigner de mes rêveries. En faite, les bavardages de Jess me manquaient à présent. Comble de l'inattendu.

Lorsque la dernière heure sonna, j'aperçu Angela qui s'apprêtait à grimper dans sa voiture. Prise d'une soudaine envie de parler, je parti à sa rencontre et je devinai à son regard surpris qu'elle aussi était gênée.

- Tu viens toujours demain? Lui demandais je pour entamer la discussion.

- Oui, normalement et toi?

- Pareil.

Le silence que j'avais redouté s'installa mais elle le rompit.

- Ecoute Bella, je suis désolée pour tout à l'heure. Je leurs ai dit que c'était stupide mais… je dois t'avouer que j'étais inquiète aussi.

- Je suppose que je ne peux pas vous en vouloir. Je suis à cran en ce moment mais ce n'était pas une raison pour réagir comme je l'ai fait, avouais je penaude.

- Ca va aller?

Je secouai la tête, retenant mes sanglots. Ce sujet m'était particulièrement sensible, surtout lorsqu'il s'agissait de décrire mon état.

- Avec le temps…Non, enfaite le temps est devenu mon pire ennemi, fis je d'un rire sans joie.

- Inutile de te dire que tu en perdras en luttant. Ne pense plus au lendemain d'accord?

Je hochai la tête. Un conseil précieux mais impossible à suivre.

Angla serait désormais la seule à qui j'aurais plaisir et envie de me confier pour la simple raison qu'elle n'avait pas l'air centré sur les ragots et les faux semblants.

Tout en retournant à ma camionnette, je me rappelai la coup de téléphone de Jacob. Il m'avait proposé de passer ce soir pour contrôler ma Chevrolet et, au passage, m'offrir une source de distraction autre que mon baladeur CD. Mais ca, il l'ignorait. Je n'avais pas prévenu Charlie mais me doutais que Billy Black s'en chargerait en me voyant débarquer chez lui.

Je démarrai puis pris la direction de la réserve. Pendant le trajet, mon esprit ne cessa de vagabonder vers mes derniers instants en compagnie d'Edward, s'acharnant sur le baiser qu'il m'avait donné -ou plutôt que je lui avais volé -, vers les sous entendus qui me donnaient encore et toujours le tournis et au lendemain.

Surtout au lendemain.

J'étais désormais persuadée que vivre dans l'instant présent me serrait impossible tant que je redouterais les jours à venir jusqu'au dernier auquel je ne désirais même pas songer. Quelle folie d'avoir cru que ma souffrance ne compterait pas car je n'étais pas assez forte pour la vaincre ni assez courageuse pour l'affronter.

Je vis de moins en moins route, prise dans mes pensées, victime de la fatigue du manque de sommeil de la nuit précédente. La monotonie du trajet, les gouttes d'eau s'accompagnant en symphonie tel une berceuse sur mon pare-brise n'empêchèrent en rien mes paupières de se fermer progressivement.

La suite des événements échappèrent à mon esprit assoupi.

J'entendis le bruit assourdissant d'un klaxon suivi de crissement de pneu sur la bitume et un choc violent me projeta de mon siège. Une vive douleur se manifesta dans mon crâne et la dernière image que je vis fut si flou que je ne perçus qu'un infime détail.

Je n'étais pas passée par le pare-brise et mes mains, qui avaient instinctivement lâché le volant, pendaient le long de corps cependant qu'un liquide rouge venait s'infiltrer sur mon champ de vision.

J'avais eu assez de temps pour apercevoir un visage familier.

Mon cerveau refusa de croire ce que mes yeux trempés de sang venaient de voir.

La si gracieuse et mutine brunette à la démarche flottante se tenait entre ma camionnette et un autre véhicule.

Alice.


Je posterai le reste demain