02/05/2013 - 29/05/2013

La suite est arrivée rapidement, comme promis :)


Elle feula pour toute réponse, et, se transformant en sautant, s'élança sur les épaules de Luthen, qui ne parut aucunement surpris. Malgré son caractère méprisant, il était celui de la portée avec lequel elle s'entendait le mieux. Se frottant le museau en signe d'excuse pour Zephyr, elle se laissa emporter vers sa demeure.

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Les cinq chats-garous entrèrent dans la maison par la porte, fait rare, et se dirigèrent vers le sous-sol presque immédiatement. Tout était d'une technologie extrêmement sophistiquée, démontrant que Teneös faisait partie des membres les plus influents de son espèce. Aussi loin que Lutha se souvienne, ils avaient toujours possédé les dernières nouveautés, même les prototypes qui n'étaient pas encore sur le marché. Mais pour l'instant, elle avait autre chose à faire que de songer à ça. Toujours perchée sur les épaules de son frère, elle regardait d'un air alerte le décor qui apparaissait en bas des escaliers. La salle d'entraînement était toujours fidèle à elle-même. Il y avait en revanche une petite différence avec les dernières fois où elle y était allée.

Toute la "famille" était présente, sous forme humaine. Teneös, Sylphas et Alexandre se tenaient dans un coin, discutant avec animation. Galina était assise près de sa deuxième portée, Lineth et Keön, qui examinait un dernier modèle de... de elle ne savait quoi, s'ailleurs. Elle était beaucoup moins calée sur les inventions récentes, du fait de ses longues absences lors de ses séjours à Poudlard, loin de toute technologie, avec la magie pour seule compagne.

Quoi qu'il en fût, ils se retournèrent tous vers les nouveaux arrivant à leur entrée, et Teneria comme Lutha reprirent leur forme humaine. Le père de la famille fixa d'un air hostile la longue chevelure blanche de sa fille cadette. Restant immobile, il laissa Alexandre, son très probable successeur, aller au devant de la petite dernière. Luthen posa une main protectrice sur l'épaule de sa sœur, mais Andras poussa un grondement et l'écarta, la poussant en avant.

- Où était-elle ?

- Chez lui, bien sûr...

- Peu surpren...

- Salut Alexandre, l'interrompit Lutha d'une voix joviale que démentait sa position plus que défensive.

Il tourna lentement ses yeux couleur ocre vers elle, pupilles étrécies. Puis il eut un sourire sans chaleur.

- Salut, Lutha, lança-t-il ensuite en retour.

Les autres se reculèrent contre le mur. La sorcière déglutit et garda un air assuré sur son visage.

- Tu as eu dix-sept ans, il y a peu, petite sœur, susurra-t-il. Tu sais ce que ça signifie ?

- J'ai soufflé une bougie de plus sur le gâteau que je n'ai pas eu à mon anniversaire ? Proposa-t-elle, faisant habilement deux pas de côté tout en s'éloignant.

Il sourit à la manœuvre et la suivit dans son mouvement.

- Tu as plus que largement l'âge d'être testée, Lutha. Il est maintenant temps de voir si tu as réussi à maintenir ta qualité de chat-garou en allant vivre parmi les sorciers.

Il cracha le mot comme une insulte, et elle sentit ses poils se hérisser. Mais elle était bien trop fine pour qu'un membre de sa famille pût seulement la faire sortir de ses gonds en utilisant ses pouvoirs comme injure.

- Des retrouvailles si émouvantes en famille sont-elles vraiment une bonne occasion pour me soumettre à ce genre de test ? Sourit-elle, remerciant en pensée Jonathan de l'avoir entraînée à répondre immédiatement dans n'importe qu'elle situation.

La voix de Teneös retentit, grave, du fond de la salle :

- Ça suffit, Lutha. Alexandre, donne-lui une leçon et qu'on en finisse.

Ses mots donnèrent la chair de poule à la jeune fille, qui recula encore malgré elle, plus qu'ostensiblement, cette fois. Le temps de cligner des yeux, et ce n'était plus l'homme bien bâti qu'elle avait devant les yeux, mais un énorme chat roux qui faisait deux fois le volume de sa propre forme féline. Consciente toutefois qu'elle n'aurait aucune chance d'égaler sa rapidité comme ça, elle se changea elle aussi. Il se jeta aussitôt sur elle. Il l'aurait écrasée sans peine, mais elle roula habilement sur le côté, habituée à se faufiler partout dans Poudlard. Elle n'évita en revanche pas le deuxième coup, et les griffes de son frère lui entamèrent le flanc. Pour toute réplique, elle eut l'audace de lui mordre la queue jusqu'au sang, et il miaula de façon pitoyable. Elle était consciente que cela l'aurait mis dans une colère noire, mais ça en valait la peine. Du moins, c'est ce qu'elle se répéta lorsqu'il mordit en retour son oreille gauche. Bougeant sans cesse, elle se jeta sous lui et lui griffa le ventre avant de tenter de bondir hors de portée. Autant dire que ce fut un échec.

L'affrontement ne dura guère longtemps avant qu'elle fût à bout de force. Mais elle avait bien trop d'orgueil pour demander grâce en se cachant derrière Luthen, qui la suivait des yeux d'un air inquiet. Miaulant faiblement, elle recula prudemment. Alexandre reprit forme humaine devant elle. Il avait un air froid et implacable qu'elle n'aimait pas du tout. Se ramassant, elle bondit sur lui, toutes griffes dehors. Vif comme elle aurait rêvé de l'être, il arrêta chacun de ses assauts aisément, sans même se laisser griffer ou mordre. Elle lui porta un seul coup en le surprenant avec une transformation en un bond. C'était bien l'une des rares choses qu'elle réussissait mieux que ses frères.

Une fois sous forme humaine, il la mit à genou en un rien de temps, maintenant une pression puissante sur son cou, sa propre jambe écrasant les siennes. Elle aurait voulu le fixer avec hargne, mais elle ne lui ferait pas ce plaisir. Avec un sourire, elle cracha un peu de sang et déclara :

- Incontestablement, tu as progressé.

Il soupira.

- Et toi, tu es toujours trop insolente par rapport à ce que te permet ton niveau.

Il tendit une main pour attraper l'arme que venait de lui lancer leur père. Un frisson de terreur parcourut le corps de la sorcière. La lame se rapprocha de sa nuque, et son frère empoigna ses longue boucles blanches, qu'il coupa sans le moindre soin avant de la relâcher.

Elle s'éloigna de lui en feulant. Ses cheveux, c'était son orgueil. Sa sorcellerie qu'elle affichait ostensiblement pour montrer qu'elle n'avait pas honte. Et même ça, ils le lui arrachaient.

- Tu as intérêt à faire mieux que ça. Tu es encore une morveuse insolente. Tu agis de manière enfantine comme un chaton à peine né. Si tu veux survivre la prochaine fois, il va falloir être bien plus performante. Dans une semaine, on verra si tu as la chance de repartir.

Sans un mot de plus, il sortit, suivi pas tous les autres. Excepté Luthen. Il la fixa d'un air sombre tandis qu'elle se roulait en boule dans un coin.

- Ça va ?

- A merveille, rétorqua-t-elle d'un ton sarcastique.

Il soupira.

- Tu ne devrais pas réagir comme ça. Teneös est sérieux. Si tu ne te montres pas coopérative, il n'hésitera pas à te tuer, tant qu'il en a les moyens. Il faut que tu sois prête dans une semaine. Je vais...

- Je n'ai pas besoin de ton aide.

Elle se redressa en retenant des plaintes.

- Lutha...

- Si la seule raison de ma présence ici est cette double mise à l'épreuve, rien ne m'empêche de m'entraîner comme je l'entends en-dehors de la villa.

Il leva les yeux au ciel, irrité. Après tout, elle n'en faisait toujours qu'à sa tête, et tant pis pour elle. Elle sortit de la pièce en clopinant. Elle allait avoir besoin de Zephyr si elle voulait s'en sortir. Lui se battait contre tout le village depuis toutes ces années, et il était encore en vie.

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- Sirius ? Commença Peter d'une voix timide.

- Alors ? Quelque chose d'intéressant ?

Le plus petit des quatre maraudeurs soupira. Il savait comment Sirius pouvait se montrer irascible quand ça ne se déroulait pas selon ses plans.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? S'impatienta-t-il.

- Il est difficile de suivre une personne qui a disparu. Layos n'est pas apparue en cours ce matin, de ce que je sais. Remus a dit qu'elle n'était pas à l'infirmerie, et apparemment, les filles de son dortoir semblent aussi surprises de ne pas la voir.

- Mais ce n'est pas possible ! On ne peut pas quitter Poudlard, elle est forcément là et elle sèche tous ses cours pour une raison inconnue, c'est tout !

James arriva à cet instant.

- Du calme Patmol. Peter a raison. Elle a disparu hier matin aux aurores, d'après ce que j'ai appris. Personne chez les Serdaigles n'a l'air au courant. Mais ils la connaissent au moins tous de vue pour s'accorder sur ce point. Elle a bel et bien quitté l'école.

- Mais... Et tous nos plans ?! S'indigna Sirius. Elle n'a pas le droit ! C'est injuste !

Il ressemblait à un enfant capricieux, il le savait, et il détestait ça. Mais c'était tellement vrai ! Il avait soigneusement organisé tout un plan, et tout partait en fumée ! A cause de quoi ? D'une histoire incompréhensible ! Et qui savait quand elle allait revenir, hein ? Il allait faire quoi, lui, en attendant ?

L'attrapeur sembla aisément deviner ce qui préoccupait son ami.

- Déjà, nous avons une pleine lune demain soir. Concentrons-nous là-dessus, on avisera après.

- Messieurs Potter et Pettigrow ! S'exclama la voix furieuse de McGonagall depuis le haut de l'escalier.

Ils se mirent quasiment au garde-à-vous en la voyant arriver vers eux à grands pas, et Sirius ouvrit des yeux ronds.

- Retenues tous les soirs de la semaine ! Dans mon bureau ce soir à dix-sept heures ! Vous avez été vus, pour une fois ! Je ne tolérerai pas des événements comme celui-ci plus longtemps ! Monsieur Black, enchaîna-t-elle, les narines frémissantes en le fixant. Je n'ai rien qui puisse vous relier à ce qui s'est passé, mais je sais parfaitement que vous y êtes mêlé. Vous avez intérêt à vous tenir à carreau !

Elle les planta là, horrifiés. Cette semaine s'annonçait être une semaine sans. Remus sortant de pleine lune, Peter et James en retenue, et Layos disparue... Le cauchemar de l'ennui arriverait très vite.

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ooo

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- Tu me présenteras ce Jonathan Float, un jour ?

Lutha se redressa sur un coude, s'arrachant à la contemplation des étoiles pour fixer Zephyr.

- Pourquoi ?

- Je sais pas... Pour savoir qui a été ton ami et ton compagnon pendant tout ce temps là-bas...

Elle se rallongea.

- Il faudra venir me voir pour ça.

- Comment ça ?

- Je vais revenir cet été. Mais ce sera sûrement l'une des dernières fois. Je fais partie de la communauté des sorciers, autant que celles des chats-garous. Et, honnêtement, vu les accueils respectifs, et mes chances d'avancer... je vais sûrement continuer ailleurs qu'ici.

Il se releva à son tour, alarmé.

- Tu ne peux pas faire ça ! Tes frères et ton père, ils vont...

- Il ne feront rien du tout. Je compte bien user de mes pouvoirs s'il le faut pour les maintenir à distance.

- User de la magie contre un chat-garou n'a souvent pas le moindre effet, tu le sais.

- Je me débrouillerai, Zeph. Je suis encore moins à ma place dans ce village que toi, c'est triste à dire. Alors je ne compte certainement pas passer le reste de ma vie à pourrir ici, et à me laisser dominer par le premier mâle qui voudra de moi.

- Je ne te dominerais pas, moi.

Elle éclata de rire.

- Zeph ! Tu sais très bien que non, jamais ça n'irait... Je n'ai jamais eu envie de cette vie, c'est tout. Comme tu sais que ça ne marcherait pas non plus pour toi.

- Mouais... Si tu le dis... Ce serait bien de rester un peu en vie, quand même. Penses-y.

- Ne t'inquiète pas pour ça, sourit-elle à la nuit. Et puis, il faut déjà que je survive demain, pour ça.

- Tu as ce qu'il faut pour ça. A toi de faire avec.

Elle ne répondit rien, et il sentit soudain les pattes douces d'un chat sur lui. Lutha se roula en boule sur son ventre, et s'endormit en ronronnant. Il soupira en regardant le ciel. Si elle quittait définitivement le village, il ne voyait pas non plus ce qu'il ferait à y rester. Elle était la seule personne qu'il appréciât ici.

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Teneös était assis dans l'un des confortables fauteuils du salon, parlant avec autorité dans le téléphone, lorsque Lutha poussa discrètement la porte de la villa. Il la suivit du regard tandis qu'elle passait devant lui, et lui fit signe de rester dans la pièce. Elle obéit. Teneös était bien la dernière personne à laquelle elle aurait eu envie de désobéir.

- Faites vite, je ne tolérerai aucun délai. Au revoir.

Il raccrocha et observa sa benjamine d'un œil critique.

- J'espère que la compagnie assidue de Zephyr t'aura apporté ce dont tu as besoin pour aujourd'hui. J'ai beaucoup d'espoir en ce qui te concerne.

Elle ne répondit rien.

- Tu sais très bien ce que j'attends de toi, et tu sais que je le sais. Mais tu trouves défier tes frères tellement plus amusant... La vie n'est pas un jeu, Lutha. Ou alors il faut y jouer avec sérieux, parce que sinon, ce que tu vas y récolter, c'est la mort. Que ce soit les sorciers ou les nôtres, personne n'apprécie les gens comme toi. Personne ne te fera de cadeau. Je t'offre la chance de trouver ta place parmi les chats-garous, avec un statut spécial. Ne trouve pas l'audace de refuser. Tu auras jusqu'à cet été pour y réfléchir. Quand tu reviendras... Luthen cherchera à te revendiquer. Mais si tu démontre de la puissance magique, c'est aux côtés d'Alexandre que tu serviras le mieux la famille. Une position inespérée pour une femelle comme toi.

Elle haussa un sourcil.

- Et si je refuse ?

Il sourit en retour, et elle reconnut avec effroi son propre sourire froid.

- Qui te dit que tu en auras seulement l'occasion ? Viens. Inutile que ça se passe devant tous tes frères, aujourd'hui.

Elle le suivit en silence. Avec hostilité, elle observa les murs de la salle qui avait vu sa dernière humiliation. Il n'y avait en effet que Sylphas et Alexandre, les deux aînés, qui s'entraînaient à tirer sur cible mouvante. Ils se retournèrent vers l'entrée à l'arrivée de leur père et la cadette.

- On dirait que tu as vite guéri, commenta Sylphas en observant la fluidité avec laquelle Lutha se déplaçait, malgré les coups reçus la dernière fois.

- Ma condition a certains avantages, répondit-elle d'une voix neutre en s'avançant vers l'estrade.

- Et savoir utiliser tes capacités à ton avantage est ce qu'on te demande, affirma Alexandre en s'avançant vers elle.

Il avait l'air bien moins effrayant que la dernière fois, mais elle n'était tout de même pas très à l'aise. L'air mortellement sérieux - elle le trouvait toujours aussi ennuyant - il s'immobilisa face à elle.

- Tu es prête ?

- Puis-je répondre non ?

- Non.

- Alors oui.

Le patriarche sourit et sortit, laissant à son héritier le contrôle de la situation. Préférant combattre sous cette forme, il devint l'énorme chat roux, et se jeta sur elle. Elle ne broncha pas, et il se heurta soudain à une barrière invisible à une dizaine de centimètres d'elle. Une barrière qu'une seule personne pouvait utiliser et lui apprendre. Il n'eut pas le temps de se poser la question davantage. Extrêmement rapidement, elle plongea et l'attrapa par la peau du cou. Elle s'attendait à sa nouvelle transformation, et elle se retrouva juchée sur ses épaules, féline. Durant cinq minutes, elle lui porta quelques griffures, se récoltant des mauvais coups au passage. Ils se re-transformèrent quasiment en même temps, et ce fut elle qui subit l'assaut de ses griffes sur ses bras dénudés. Elle se laissa carrément tomber sur lui, et il n'eut d'autre choix que redevenir humain. Se balançant, elle les fit tous deux basculer au sol, et au bout de quelques secondes, ce fut terminé. Il s'immobilisa, le canon de son revolver sur la tempe droite, la baguette magique sur la gauche.

- Quelque peu... peu orthodoxe, comme victoire, soupira-t-il en se relevant.

- Les conditions n'étaient pas précisées, rétorqua-t-elle.

- Je ne peux pas démentir. On dirait que tu disposes de quelques mois de sursis. Tu n'as pas touché à ta valise, elle est dans ta chambre. Demain à l'aube, je t'emmène à l'aéroport. Inutile de revenir à Noël, il n'y aura personne. Nous t'attendrons pour cet été.

Elle hocha la tête et quitta la pièce pour gagner ladite chambre. Elle la partageait avec Teneria. Ses plus que fréquentes absences avaient conduit sa sœur à envahir progressivement sa moitié de chambre, ne laissant plus que son lit et son bureau à la petite dernière. Le sac de voyage était posé sur celui-ci, à côté d'une liasse de documents qu'elle prit soin de laisser intacte. Elle se laissa tomber sur le lit de plumes, profitant de la chambre déserte. Soigner ses blessures avec sa résistance à la magie s'était avéré extrêmement difficile. Elle irait voir l'infirmière à Poudlard plutôt que de s'échiner à recommencer. Elle n'avait plus qu'une journée à passer ici. Elle aimait le pays, bien sûr, mais la maison était pleine de mauvais souvenirs qu'elle aurait préféré gommer de sa mémoire. Ses meilleurs moments ici étaient bien ceux qu'elle avait partagés avec Zephyr. Si elle ne revenait plus ici, il allait lui manquer. Echanger des lettres avec lui n'était jamais pareil que de discuter. Enfin... fermant les yeux, elle s'adonna à son activité favorite. Dormir paisiblement. Elle allait avoir beaucoup de travail scolaire à rattraper, et peu de temps pour paresser, à son retour. Enfin... Jonathan aurait sûrement fait un effort pour lui copier ses notes...

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Sirius griffonna d'un air morose sur son parchemin, faisant crisser sa plume en mauvais état. En face de lui, Remus se crispa, les nerfs à vif. La plume continua son chemin bruyant, et se cassa soudain, projetant de l'encre sur le devoir du loup-garou. Cette fois-ci, celui-ci vit rouge. Depuis une semaine, Sirius s'ennuyait, et il s'était montré insupportable, comme un gamin qui aurait perdu son jouet préféré - ce qui était en quelque sorte le cas. Il râlait contre toutes les propositions d'activités, faisait des petits bruits agaçants à longueur de journée, et grognait contre ses amis qui ne faisaient rien pour l'aider. Un vrai caractère de chien ! Et là, Remus avait sa dose. Il craquait définitivement. La pleine lune approchait, James et Peter avaient à faire les retenues que McGonagall leur avait données pour tous les soirs de la semaine, et il devait endurer la mauvaise humeur du dernier tout seul. Blanc de colère, il se leva et posa les poings sur la table.

- Ça suffit comme ça. J'en ai assez. Si tu veux tellement être de compagnie exécrable et te montrer irritant au possible, ce sera sans moi. Quand tu auras décidé que cette petite crise est terminée, tu me préviendras.

Il claqua férocement son livre sous l'œil médusé et outré de son ami, et se dirigea à grands pas vers la sortie. Il serait plus tranquille à la bibliothèque.

Sirius resta un moment les yeux fixés sur la porte de la salle commune, gardant son air vexé, avant de se lever à son tour. Sa compagnie était invivable ?! Fort bien ! Il allait sortir histoire de ne déranger vraiment personne ! Jetant un regard noir aux élèves assis à proximité, il monta emprunter la cape de James et fila vers le hall et le parc. Continuant d'alimenter sa colère avec la frustration laissée par son ennui des derniers jour, il commença à marcher à grandes foulées à travers la pelouse de Poudlard. Il n'était pas désagréable ! Il n'avait simplement rien à faire de son temps, les autres pouvaient bien le comprendre ?! James en retenue ! Rogue intouchable et Layos disparue ! Etait-ce sa faute si tout son programme de sorties et d'occupations avait été fichu en l'air ?! Il n'avait pas envie de faire autre chose ! Et si ça dérangeait Môssieur Remus, et bien tant pis pour lui !

Il shoota dans une pierre qui avait eu le malheur d'être sur son chemin, et celle-ci alla produire un son métallique en heurtant le portail de l'école. Il s'était tellement laissé emporté qu'il avait traversé tout le parc de ce côté. Un craquement sonore retentit, et il ajusta la cape sur lui par réflexe. Des voix approchaient sur la route menant à l'école. Ils avaient sûrement transplané. Il tendit l'oreille, curieux de savoir qui pouvait bien venir à Poudlard à cette heure tardive.

- Merci d'avoir fait le voyage pour moi, professeur, lança une voix féminine chaleureuse.

Il fronça les sourcils. Il avait l'impression de connaître cette voix. En tout cas, il reconnut sans difficulté la voix flûtée du professeur de sortilèges quand celui-ci répondit.

- Voyons, c'est tout à fait normal. Et puis Albus était inquiet à l'idée que vous puissiez ne pas rentrer. Vous n'avez pas eu de... difficultés avec votre famille ?

Il y eut un léger silence. Puis, d'un ton neutre :

- Non, aucun. Tout s'est bien passé, monsieur, merci.

La voix plus froide qu'auparavant permit enfin à Sirius de la reconnaitre, et Flitwick et Lutha Layos apparurent à ce moment-là au détour du dernier virage. Le maraudeur ouvrit une bouche bée. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ?! Ils n'échangèrent plus rien jusqu'au hall de l'école, où il les suivit le plus discrètement possible.

- Voilà, miss Layos. Je vais faire monter vos affaires, vous pouvez passer en cuisine pour manger - je crois que vous savez où trouver, sourit l'enseignant. Ne dépassez pas le couvre-feu.

- Oui, monsieur. Merci, monsieur.

Il se retourna vers la grande porte de chêne et la ferma d'un simple mouvement du poignet avant de s'éloigner d'un pas léger vers les escaliers. Restée seule, Lutha se mit en effet en route vers la cuisine d'un pas vif et silencieux, suivie à distance raisonnable par le Gryffondor. Perdue dans ses pensées, elle ne l'entendit pas plus qu'elle ne le sentit. Il réussit à rentrer derrière elle dans la gigantesque salle des cuisines avant que les elfes de maison de fermassent la porte. restant dans un coin pour ne pas risquer d'en heurter un, il s'appuya contre un mur pour observer la petite Serdaigle.

- Vous voulez quelque chose à manger, miss ? S'empressèrent-ils autour d'elle.

- Je prendrai volontiers du poisson grillé et du riz, merci.

Elle s'avança vers l'une des tables, que l'un des elfes se dépêcha de déblayer pour elle. Elle ôta son manteau et le posa sur le dossier de la chaise qu'ils lui aient sortie presque immédiatement, et retira son bonnet. Sirius ouvrit de grands yeux, la dévisageant à travers la cape. Les longues boucles blanches de la jeune fille avaient cédé la place à une coiffure chaotique de courts cheveux blancs, approximativement au carré. Ils avaient tout l'air d'avoir été coupés n'importe comment. Il nota qu'elle arborait une tenue étrange, composée de bottes de cuir, d'un pantalon et d'une tunique aux manches trois quarts resserrée par un corset. Elle tira la chaise et s'assit, avant d'ôter le corset en question, poussant un gémissement étouffé. Aussitôt, un elfe vint lui demander si elle désirait quelque chose d'autre.

- Non merci, sourit-elle aimablement. Je passerai à l'infirmerie tout à l'heure.

Trois elfes arrivèrent à ce moment, portant un grand plateau couvert de poissons grillés de tout genre, et le posèrent devant elle. Elle eut aussitôt un large sourire et tendit les bras pour s'y attaquer. Sirius porta la main à sa bouche pour étouffer une exclamation. Elle avait la peau couverte de griffures et d'hématomes. Elle suspendit son geste et tourna brusquement la tête vers le coin où il était. Il resta parfaitement immobile, et elle se détourna au bout de quelques secondes, se concentrant sur le plat qu'elle avait devant elle. Elle en engloutit presque une moitié, pour le plus grands plaisirs des petits cuisiniers.

Une demi-heure plus tard, elle sortait de la cuisine, tentant d'échapper aux elfes, qui essayaient de lui remettre encore de la nourriture.

Sirius reprit sa filature, ayant totalement oublié le coup d'éclat de Remus ayant eu lieu précédemment. Il s'attendait à ce que Lutha se rendît à l'infirmerie, comme elle l'avait prétendu, mais elle n'en fit rien, se dirigeant vers la tour des Serdaigles directement, sans se presser. Il jeta un coup d'œil à sa montre. Le couvre-feu était dépassé depuis vingt bonnes minutes.

Un miaulement bruyant le fit soudain sursauter, et il releva les yeux pour fixer d'un air hostile Mr Tique, le chat de Rusard. Il détestait vraiment ces bêtes-là. Celui-ci se rapprocha de l'élève fautive, et Sirius bénit le ciel d'avoir pensé à emmener la cape, bien qu'il ne fût pas sûr qu'elle soit efficace contre les chats. A sa grande surprise, la Serdaigle s'agenouilla et imita à la perfection un miaulement, tendant la main vers l'horrible chat du concierge. Celui-ci vint aussitôt frotter son museau contre, ronronnant fortement.

- Mmh, tu ne vas pas aller me dénoncer, hein, mon gros patapouf, susurra Lutha en retour sur le même timbre.

Elle le grattouilla derrière les oreilles, et il se roula sur le ventre. Le Gryffondor en était ébahi. Même avec Remus, que les chats adoraient, Mr Tique s'était toujours montré intraitable. Mais Peter n'avait-il pas dit que Layos avait un chat ? Ses affaires en étaient pleines, se rappela-t-il. Peut-être était-ce lié... En tout cas, lorsqu'elle se releva, l'animal de Rusard continua à se frotter dans ses pieds tandis qu'elle se remettait en marche. Il avait vraiment envie de lui donner un bon coup de pied. Sale bête !

Il la suivit à nouveau jusqu'à la salle commune de Serdaigle, ainsi que le chat au museau écrasé du concierge. Il fut presque déçu de la voir rentrer sans plus d'originalité dans sa tour, et il reprit lui aussi le chemin de sa propre salle commune. Cependant, son humeur s'effaça très vite. Il savait à quoi il allait s'occuper pour les jours suivants. Il n'aurait de cesse de découvrir où était Layos cette semaine, et ce qu'elle avait fait qui l'avait mise dans cet état, et ce, apparemment, sans que cela ne perturbât les enseignants. De plus, il avait toujours sa vengeance pour l'histoire du chocolat à accomplir. Et son cher ami lycanthrope lui avait fourni une excellente idée sans le savoir.

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Et voilà ! terminé pour celui-là :)

Pitiéééééé laissez moi des revieeeews ! *s'accroche à vos jambes avec un regard flippant* ^^

La suite pour je ne sais quand, mais moi et mes voix allons essayer de faire un effort pour vous :)

à bientôt ;D