Chapitre 9 :
C'est dingue, quand même… Je ne sais pas si c'est pareil pour tout le monde, mais quand je suis furax comme je le suis en ce moment, j'ai l'impression que les distances raccourcissent à vue d'œil, incapables de supporter mon pas censé me soulager de mon énervement.
Du coup, je suis arrivée au domaine Kuchiki en un rien de temps et miracle de chez miracle, ai retrouvé le chemin de ma chambre.
Mais avant même d'y arriver, je sens un reiatsu formidable avancer sur ma droite. Je me retourne et vois le capitaine Ukitake s'avancer, un air affable et avenant sur le visage, ses longs cheveux blancs balançant à chacun de ses pas.
Ma colère retombe un peu quand je vois ses yeux pétiller et qu'il se met à me sourire avec bonté.
- Ah, Kei-chan ! Vous êtes levée ? Parfait ! Je suis navré, nous n'avons pas eu le temps de discuter et vous devez avoir pleins de questions à poser. Cela vous dirait de venir prendre le thé à ma division ?
Aussi bizarre que cela puisse paraitre, je ne trouve qu'un seul moyen pour traduire le déluge d'émotions contradictoires qui s'entrechoquent dans ma tête : j'éclate de rire.
Et c'est devant une Miyabi médusée sortie d'on ne sait où, qu'il se met à pouffer lui aussi, contaminé par mon fou rire et c'est riant comme des gosses alors que rien n'est drôle que nous sortons de cet immense manoir aussi splendide, froid et compliqué que le Maitre de céant.
Bon sang qu'il m'énerve, alors qu'il m'a à peine adressé cinq mots ! Au moins, avec Ukitake, je vais pouvoir souffler un peu… Pouvoir oublier ce regard qui passe du mauve au gris en fonction des humeurs de son propriétaire.
Mais en a t-il, au moins ? Au vu de ce qui vient de se passer, j'en doute de plus en plus fortement.
Et quelle idée d'avoir des yeux pareils !
Je suis à présent assise sur le tatami de la salle de garde de la treizième division en train de siroter tranquillement un thé brûlant, laissant le séduisant capitaine babiller pour moi. J'en profite pour l'observer à la dérobée.
Autant j'avais trouvé Kyoraku super sexy, autant Ukitake, lui, ne joue pas dans la même catégorie : toute en finesse, il possède malgré tout un charisme phénoménal, mais tellement empli de douceur qu'on a envie de joindre les mains en soupirant quand il passe près de nous.
Sa délicatesse et sa bonté sincère donne à n'importe quelle femme normalement constituée l'envie de se blottir dans ses bras. Et de le savoir malade fait sauter les derniers bastions de la bienséance en donnant l'envie de le materner, même à la plus endurcie de toutes les reines de glaces. Un séducteur latent qui s'ignore ou fait semblant de s'ignorer, bref, il est redoutable. Je sens que je ne vais plus savoir où donner de la tête en me rinçant l'œil auprès de tous ces Capitaines super sexy. Ou alors me mettre à loucher effroyablement.
Quoiqu'il en soit, sa séduction empreinte de gentillesse fonctionne à plein régime sur moi car pour la première fois depuis mon arrivée à la Soul Society le poids qui pèse sur mes épaules s'est miraculeusement envolé. Je me surprends à minauder et battre des cils comme une groupie qui rencontrerait son idole. Ce type est un authentique amour rose bonbon, comment résister à la plus appétissante des barbes à papa humaines ? Surtout lorsqu'il se met à rire…
Puis il s'adresse à moi, soudainement un peu plus sérieux :
- La vie dans le Seireiteï n'a rien à voir avec le monde réel, comme vous avez pu vous en apercevoir. Votre installation au domaine Kuchiki se passe t-elle bien ?
Il prend un air rêveur et murmure plus pour lui même que pour finir sa phrase :
- Je sais que Byakuya peut être agaçant, parfois…
Avant même que j'aie pu vigoureusement confirmer ses dernières paroles, il change de sujet :
- Les explications que Noriaki-San vous a données sont un peu rudes, j'en ai peur je suppose que vous avez une foule de questions en suspends et jusqu'à présent, personne ne vous a répondu vraiment clairement…
Il sourit franchement et je sens mon cœur rater un battement devant tant de séduction ignorée :
- Demandez moi ce que vous voulez : je répondrai à toutes vos questions, même si elles vous semblent stupides ou anodines, n'hésitez pas, je vous prie.
Devant sa bonté et sa sensibilité engageante, son humanisme tourné vers moi et mes tracas, je fini par lui poser la question qui me brûle les lèvres depuis que je suis arrivée :
- N'y a-t-il pas un endroit qui possède une pièce à l'occidentale, avec de vrais murs et des volets, que je puisse dormir ?
Le soleil se couche et éclaire d'un rose doux la salle de réunion des capitaines. Comme à l'accoutumée lorsqu'ils sont dans cet endroit, ils sont alignés bien sagement comme des santons. Le Commandant est assis sur sa chaise et je suis face au vieil homme entre les deux lignes formées par les différents Capitaines de divisions.
Il prend la parole et s'adresse à moi autant qu'aux autres personnes présentes dans la pièce :
- Le capitaine Ukitake vous a-t-il suffisamment parlé de la situation, Ten No Shisha ?
-Il a été on ne peut plus clair, oui : et ce n'est pas fait pour m'apaiser, bien au contraire. Ce qu'il m'a appris m'a fait dresser les cheveux sur la tête.
Si je devais résumer ce qu'il m'a dit (et ce que les shinigamis attendent de moi) c'est qu'Aïzen se terre dans un coin afin de reprendre les forces qu'il a perdues dans la bataille contre la Soul Society l'importance majeure de mon implication dans le fait qu'il va repasser à l'attaque pour se venger et que se moi qui lui botte le train avec l'aide des personnes ici présentes et enfin le fait que les shinigamis se soient dépêchés de me récupérer dans le monde réel avant qu'il n'ai eu le temps de mener à bien son projet, afin de me préparer au combat.
Mais tout ce que j'en retiens, le principal, c'est que je suis une arme létale surpuissante qu'ils comptent bien utiliser afin de servir leurs desseins. Oui, je sais tout ça, maintenant. Et je sais que si je me laisse aller, les choses ne vont pas s'arranger, bien au contraire… Alors je me contente de hocher la tête. J'essaie surtout de ne pas laisser la terreur m'envahir afin de ne pas me mettre à vomir séance tenante. Ca fait un peu désordre, de la part d'une guerrière céleste au milieu de capitaines si sérieux.
- Il m'a tout expliqué, en effet.
- Parfait. Dans ce cas, avez-vous des questions ?
Puisqu'il me le demande si gentiment, je vais en profiter pour lui soumettre l'idée qui m'est venue plus tôt et que j'ai ressassée sans arrêts, avant de décider qu'elle était bonne :
- Oui une globale qui en génère plusieurs. J'ai cru comprendre que mon rôle et mon identité véritable doivent rester secrets au sein du Seireiteï, n'est-ce pas ?
- Effectivement nous avons des choses plus graves à gérer que des shinigamis venant vous voir comme une bête curieuse.
J'opine du bonnet pour marquer mon accord. Manquerait plus que je distribue des autographes, même si j'en ai l'habitude… Ouais, « Modeste » est mon deuxième prénom, je sais.
Mais c'est le génial gamin aux yeux pers qui interrompt ma logorrhée intérieure avant qu'elle ne m'emmène encore plus loin :
- Il vous faut donc trouver une couverture afin de passer pour une shinigami ordinaire ?
Je me tourne un peu vers le Capitaine Hitsugaya, parce qu'il pige plus vite que les autres et que c'est plus facile de parler à des gens comme lui, même s'il possède l'apparence d'un enfant :
- C'est bien cela.
- Vu vos aptitudes, une nomination au poste de Capitaine conviendrait on ne peu mieux, reprend le chef des divisions.
- Avec tout mon respect, Commandant Yamamoto, je suis contre.
De voir leur chef se faire rembarrer avec désinvolture étonne les Capitaines présents certains échangent des coups d'œil interloqués comme Ukitake et Kyoraku, d'autres me regardent franchement étonnés comme Soï Fon et Unohana, et enfin d'autres s'esclaffent comme… Ben comme Kenpachi tout seul, en fait.
C'est vers lui que j'adresse un micro sourire fugace, qu'il capte et me rend, puissance dix. Totalement cinglé. Je l'adore.
D'un coup de canne au sol, le vieil homme assis rétablit le silence puis articule lentement :
- Vous êtes contre ? Et pourquoi cela ?
- Parce que je ne suis pas assez aguerrie pour me retrouver à la tête d'une division. Puisque je dois paraitre vraiment « normale » aux yeux des autres habitants du Seireiteï, il me semblerait vraiment bizarre si j'étais à leur place, qu'une fille sortie de on ne sait où se retrouve tout à coup à diriger une division, même s'il manque des Capitaines.
- Vous en sentez vous incapable ? Je vous rappelle que le temps presse et…
Encore une fois, je montre mon désaccord en le coupant :
- Je n'ai pas dit cela. Mais je n'ai ni l'envie ni le temps de m'expliquer continuellement sur le moindre de mes faits et gestes. Et arriver à ce poste dès mon arrivée à la Soul Society ne manquera pas de soulever pas mal de questions sur moi.
Hitsugaya s'avance d'un demi-pas :
- Alors, que proposez-vous ? Vous devez impérativement vous entrainer afin de maitriser vos pouvoirs.
- Je n'ai pas oublié, rassurez-vous, Capitaine. Mais devenir élève au sein de l'académie des shinigamis et ainsi apprendre les techniques de combat me semble plus pratique. J'y apprendrai la journée les bases fondamentales et perfectionnerait mes connaissances acquises avec vous. Si de plus j'y entre en tant que membre de la famille d'un haut gradé, je pourrai bénéficier d'un emploi du temps plus souple sans que l'on me pose de questions.
Un léger brouhaha s'élève, vite interrompu par un nouveau coup de canne. Le Commandant intervient une nouvelle fois :
- Bien. Vu sous cet angle, il semblerait que ce soit la meilleure solution, Ten No Shisha. Dès demain, vous intègrerez la dernière année du cursus et serez présentée comme ma nièce. De ce fait, le directeur et les professeurs vous aideront à gérer votre emploi du temps. Le soir venu, vous mettrez en pratique vos leçons face à un Capitaine. Nous gagnerons du temps comme cela.
Même s'il vient de se faire moucher deux fois en moins de cinq minutes, il vient de retourner la situation à son avantage, ce vieux briscard. Hé, hé, hé. On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, chez les Capitaines, visiblement. Et on ne bouscule pas la hiérarchie non plus.
Mais pour l'heure, je me contrefous de la bienséance, j'aimerais juste reprendre possession de ma vie et non plus subir cette situation extravagante en tant que spectatrice impuissante. Alors je me fais docile comme si l'idée venait de lui et pas de moi :
- Merci de votre compréhension, Commandant Yamamoto. J'ajoute que je serai ravie d'être votre nièce.
Et sans plus attendre, je soigne ma sortie en tournant les talons et en me dirigeant vers la haute porte que je franchis, non sans entendre le rire sardonique et vaguement effrayant de Kenpachi résonner à mes oreilles.
