Dire qu'expliquer la situation à to-san et to-chan a été une galère serait un euphémisme. To-chan a refusé d'un bloc de me laisser vivre seul en disant que j'étais bien trop jeune pour ça et to-san lui a répondu que j'étais adulte et qu'il était ridicule, ce qui a donné lieu à la plus grosse dispute qu'il y ait jamais eu entre eux et a fini par la fuite de to-chan chez Massu et Yuya. Du coup, là ça fait une semaine, il refuse de rentrer parce que je sais qu'il attend des excuses de to-san… qui les fera pas parce qu'il estime ne rien avoir fait de mal en allant dans mon sens (ce qui est vrai). Mais du coup, privé de son âme-sœur, il erre dans la maison comme une âme en peine, sans pouvoir se résoudre à aller le chercher. Et je me sens coupable de cette situation même si j'ai rien fais de mal non plus. Bref il y a une grosse ambiance chez les Koyama… Et pour couronner le tout, j'ai le plus grand mal à respecter la frontière entre vie privée et vie professionnelle quand je suis à l'agence, parce qu'Hitoshi l'oublie sans arrêt aussi en se jetant dans mes bras ou en m'embrassant et je me fais rappeler à l'ordre par Yamashita-san au moins quatre fois par jour. Il est patient, mais je sens bien que ça commence doucement à lui taper sur les nerfs.
Bref depuis mon retour, ma vie est devenue compliquée et je sais pas comment venir à bout des problèmes qui arrêtent pas de se dresser sur mon chemin.
Je suppose que je devrais commencer par tenter de réconcilier to-san et to-chan vu que demain je suis off. Mais comment c'est la bonne question. Pas la peine que je demande conseil à nii-chan, il a assez à faire à s'occuper de ma nièce et pareil pour nee-chan avec mon neveu.
Je soupire et descend pour mettre mes chaussures mais je me fais immédiatement repérer.
- Ataru ? Où est ce que tu vas ? me demande to-san en français.
- Voir Hitoshi, mens-je dans la même langue.
- A cette heure-ci ? Ca peut pas attendre demain ?
- Je suis off demain mais pas lui alors c'est compliqué.
- Je vois. Ne rentre pas trop tard alors.
- Promis, fais-je en attrapant ma veste pour sortir.
Une fois dehors, je prend la direction de la maison des Masuda (ils sont pas mariés, c'est moi qui les appelle comme ça) et vais frapper à la porte. C'est Yuya qui m'ouvre.
- Oh Ataru. Tu tombe à pic, on ne sait plus quoi faire pour faire sourire ton père, dit-il en me faisant entrer.
- Je sais. C'est ma faute.
- Mais non mon grand, c'est normal d'avoir envie d'indépendance à ton âge. C'est juste que Keii-chan est… bah c'est Keii-chan quoi, il reste une vraie mère-poule malgré tout le temps qui a passé et c'est encore plus vrai quand ça te concerne. Comment va Toma ?
- Pas bien. Il l'a pas vu depuis une semaine, c'est énorme pour lui.
- Alors pourquoi il vient pas le chercher ce baka ?
- Tu connais to-san, il a trop de fierté. Il estime qu'il a rien fais de mal alors…
- Et bah ils sont pas sortis de l'auberge…
- C'est pour ça que je suis venu.
- Alors que tu devrais en profiter pour te reposer. Tu es vraiment un bon garçon. Keii-chan est à l'étage, dans la première chambre.
- Merci Yuya, fais-je en posant une main sur son épaule, avant de monter et d'aller frapper. To-chan, j'entre.
J'ouvre donc la porte et découvre la chambre plongée dans la pénombre, to-chan allongé sur le lit, me faisant dos. Je retiens un soupir et viens m'assoir près de lui sur le lit.
- To-chan… commencé-je avant d'être immédiatement coupé dans mon élan.
- C'est lui qui t'envoie ?
- Non, je lui ai même fais croire que j'allais voir Hitoshi. To-chan, tu crois pas qu'une semaine hors de la maison c'est suffisant ? Je veux dire… to-san te manque, c'est évident et tu lui manque affreusement aussi. Alors pourquoi continuer à vous torturer comme ça ? Rentre à la maison.
- Si je lui manque tant que ça, il n'a qu'à venir s'excuser.
- Mais s'excuser de quoi ? To-chan, je sais que tu… comment dire… que tu n'as pas envie que je parte parce que j'ai passé beaucoup d'années loin de la maison et je respecte ton point de vue, mais… il faut que tu comprennes le mien comme to-san l'a fait. J'ai vingt-et-un ans et j'ai besoin d'espace, de liberté et de vie privée. Pour être honnête, je pense demander à Hitoshi d'habiter avec moi quand j'aurais trouvé un appartement.
- Quoi ?!
Ma déclaration a au moins eu le mérite qu'il se tourne vers moi et me regarde.
- Mais Ataru c'est de la folie. Hitoshi-kun est tout juste majeur, Ohno-sempai et Ninomiya-sempai ne seront jamais d'accord.
- Ils auront pas le choix si c'est sa volonté. Il est majeur, il peut techniquement partir en se passant de leur consentement. Il le fera pas parce qu'il les aime infiniment mais il pourrait s'ils l'y poussaient.
- Alors ta décision est prise ? Rien de ce que je pourrais te dire ne te dissuadera ?
- Non to-chan, rien, confirmé-je le plus doucement possible. Mais sois tranquille, je n'irais pas très loin et tu pourras venir nous voir quand tu voudras.
- Vraiment ?
- En me passant un petit coup de fil avant pour être sûr qu'on est pas occupés, mais oui. J'ai pas l'intention de disparaitre de votre vie à to-san et toi. Juste de vivre la mienne de la façon qui me convient.
Il y a un blanc, puis je l'entends soupirer et je sais alors que j'ai déjà gagné la partie.
- Et bien visiblement je n'ai plus mon mot à dire en la matière. Tu as une telle volonté…
- Je tiens ça de to-san et toi, dis-je dans un petit sourire.
- Disons plutôt que tu as pris beaucoup du caractère de Toma.
- Et c'est un mal ?
- Non, probablement pas.
- Alors tu vas rentrer à la maison pas vrai ?
- Oui…
- Alors rentre juste, embrasse-le et fais comme si de rien était. Il va probablement pas vouloir remettre votre dispute sur le tapis, donc il préférera l'oublier purement et simplement. Et t'en vas plus jamais, ça vous fait souffrir tous les deux pour rien.
Il se lève alors et me prend dans ses bras.
- Merci Ataru… Que ferions-nous sans toi…
- Allez file, fais-je sans répondre. Moi je vais vraiment aller voir Hitoshi, comme ça j'aurais pas mauvaise conscience d'avoir menti à to-san.
J'ai passé toute ma journée off d'hier à chercher un appartement qui serait à la fois dans mon budget, pas trop loin de la maison et pas trop de l'agence non plus, mais c'est difficile. Beaucoup de critères rentrent en ligne de compte en plus des miens et j'ai un peu eu l'impression de chercher une aiguille dans une botte de foin. Et j'ose pas proposer quoi que ce soit à Hitoshi tant que je serais pas sûr de pouvoir emménager avec lui
- Koyama-kun !
Je sursaute quand Yamashita-san claque des doigts près de mon visage.
- Pourrais-tu rester concentré pendant le travail ? Je ne voudrais pas avoir à dire à Sakurai-san que tu ne fais finalement pas l'affaire.
- Vous avez raison, excusez-moi.
- Je préfère ça. Je te disais donc que le groupe a un shoot cet après-midi et un live ce soir. Je dois me rendre à TV Asahi pour m'assurer que tout est prêt, donc je vais te laisser superviser la séance photo. Tu t'en sens capable ?
- Oui ! m'exclamé-je, honoré de sa confiance.
- Très bien. Tu sais ce que tu auras à faire ?
- D'abord aller m'assurer que le photographe est bien celui qui est prévu, puis checker les tenues pour vérifier qu'elles correspondent à l'image du groupe, aller chercher les garçons à l'hôtel où ils sont en interview, m'assurer qu'ils perdent pas de temps en se préparant et gérer leurs éventuels débordements; assister au shoot pour vérifier que tout se passe bien et rentrer à l'agence avec eux.
- Parfait. Je te les confie alors, me dit-il en me donnant les clés du van. Oh et Koyama-kun, n'oublie pas la frontière.
Je hoche la tête et on se sépare. C'est ma première mission totalement seul, alors j'ai un peu la pression. Je me mets au volant du minibus et roule jusqu'au studio. Les membres du staff sont forcément un peu surpris de voir arriver quelqu'un de si jeune, mais comme je suis mandaté à la fois par l'agence et par Yamashita-san, ils peuvent rien dire.
Je pose donc la question concernant le photographe, puis me fais conduire à leur future loge. Une fois là, je m'approche du portant sur lequel leurs costumes sont préparés et les vérifie avec attention un par un en évitant soigneusement de m'appesantir sur celui d'Hitoshi. Bon, ils sont conformes. Jusque là, le studio respecté ses engagements. Je note toutes mes observations dans le dossier que m'a remis Yamashita-san (il a du créer les documents exprès pour moi, vu que je suis le tout premier assistant manager qu'il y ait jamais eu à l'agence) et vais ensuite regarder la configuration du plateau. Ca aussi c'est bon. Je jette un œil à l'heure et constate alors que je suis très en avance sur mon planning. Si je vais à l'hôtel maintenant, ils auront certainement pas fini leur interview. Qu'est ce que je vais faire en attendant ?
- Excusez-moi, Koyama-san…
"Koyama-san"… j'ai du mal à m'y habituer. Pour moi cette appellation désigne forcément to-san ou to-chan. Je me retourne quand même et mon regard se pose sur un homme d'une quarantaine d'années.
- Oui ? fais-je, interrogateur.
- Je suis Saki Taro, le photographe.
- Ah enchanté.
- On me dit que vous êtes l'assistant manager des Nippon Connexion.
- Oui c'est ça.
- J'ai un service à vous demander si vous en avez le temps.
- Lequel ? fais-je, suspicieux.
- Est-ce que je peux vous prendre en photo ?
- Je vous demande pardon ? fais-je en écarquillant les yeux.
- Juste pour régler mon appareil, insiste-t-il. Ca me permettra de ne pas perdre de temps quand le groupe sera là, vous comprenez.
Je me retiens de lever les yeux au ciel.
- Je regrette, mais comme vous l'avez dis vous-même, je suis assistant manager, pas idole. Je dois refuser, désolé.
- Mais…
- N'insistez pas s'il vous plait, fais-je encore fermement. Je pense que n'importe qui dans le staff pourra servir à faire vos réglages. Maintenant si vous voulez bien m'excuser, il faut que j'aille chercher le groupe.
Je m'incline et pars sans lui laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit. J'ai tout juste le temps de l'entendre marmonner "quel gâchis…", ce qui me fait comprendre que les réglages étaient qu'un prétexte. Je me demande si ça s'arrêtera un jour, ce cirque à propos de mon visage.
Bref c'est un peu agacé que je reprend le volant du van pour me diriger vers l'hôtel où le groupe donne son interview. A mon arrivée, je note l'attroupement de fans et le cordon de sécurité fait par les vigiles de l'établissement pour éviter qu'elles les approchent. Un bon point pour eux.
Au moment où je me dirige vers eux, je sens le regard des groupies se poser sur moi… et entame mentalement un décompte avant qu'elles se mettent à piailler. J'ai même pas le temps d'arriver à quatre que c'est parti. Elles sont tellement prévisibles…
"Wow c'est qui ce super canon ?!"
"Sûrement un mannequin. Il est magnifique."
"Pourquoi il est là ?"
"Vous croyez que c'est un ami DNC ?"
DNC ? Qu'est ce que… Ah non j'y suis. C'est pas "DNC" mais "des NC". L'abréviation de Nippon Connexion.
Avec le bruit qu'elles font, le groupe qui terminait manifestement son interview, me repère sans tarder et un grand sourire heureux fleurit sur les lèvres d'Hitoshi qui arrive jamais à garder une expression neutre lui. Il y a écrit "je t'aime !" en tellement énorme sur son front quand il me regarde, que je doute que ses copains aient pas déjà tout compris à notre sujet. Heureusement un discret coup de coude de son leader l'empêche de courir vers moi en braillant "Ataruuuuuu !" comme il fait sans arrêt dans l'agence.
- Koyama-san, qu'est ce que vous faites là ? me demande Riki-kun qui lui, arrive plutôt bien à gérer la frontière professionnel/privé.
- C'est moi qui m'occupe de vous cet après-midi, réponds-je. Yamashita-san s'occupe du live de ce soir.
- On vous suit alors.
Ils m'emboitent donc tous le pas et en passant près des groupies qui se sont mises à crier leur "amour" à leur membre préféré, j'entends une phrase déçue "C'est juste un membre de leur staff… Dommage…". Je les ignore purement et simplement et rejoins le parking, le groupe en remorque. Je sens le regard d'Hitoshi sur ma nuque pendant tout le trajet et j'ai l'impression qu'il me brûle la peau. Je crois qu'on va devoir parler très bientôt.
On est à peine entrés dans le van, qu'ils abandonnent tous le "Koyama-san" et les "vous" pour me bombarder de questions sur ce que j'ai fais jusque là, comment ça se passe, comment je me sens et autres. Ils ont clairement pas la même relation avec moi qu'avec leur véritable manager. Du coup ça leur fera tout drôle quand je serais plus avec eux. Et à moi aussi en fait.
Je les conduis donc au studio photo tout en répondant à leurs questions, puis arrête le van et me tourne vers eux.
- On va sortir, alors attention à la frontière. Ne, Hito ?
- Oui oui… acquiesce-t-il d'un air malheureux.
- Bon, c'est bien. On y va alors.
Je sors donc et les précède dans le bâtiment, puis les emmène à leur loge.
- Bon, habillez-vous vite, dis-je. Et pas de débordements, sinon on sera en retard sur le planning.
Mais enfin j'ai beau avoir prévenu, ça a pas empêché Hirokazu-kun de soudain sauter sur le dos de Seishi-kun pour lui faire un câlin, ce qui a fait tomber le concerné qui s'y attendait pas sur le pauvre Takuto-kun qui avait rien demandé à personne et s'est défendu en jetant un coussin à la tête de son agresseur involontaire, qui a évité l'attaque, faisant atterrir l'objet sur Kenshiro-kun, qui s'est cogné à Hitoshi en tentant d'esquiver. Bref en quelques secondes la bataille devient générale, c'est l'apocalypse et ils se tapent tous dessus à coup de coussins, Riki-kun inclus. Heu… c'est mon bizutage ou quoi ? Qu'est ce que j'ai fais pour mériter ça ? La moyenne d'âge de ces garçons est quand même de vingt ans, mais là j'ai l'impression qu'ils en ont tous dix. Je suis obligé de porter mes doigts à ma bouche et de siffler fortement pour qu'ils s'arrêtent.
- Non mais vous avez quel âge ? fais-je, mécontent, en croisant les bras. Riki-kun, je pensais qu'en tant que leader tu étais plus raisonnable que les autres, mais tu l'es visiblement pas plus qu'Hirokazu-kun qui est le plus jeune. Regardez-moi ce chantier, c'est inqualifiable. Ramassez vos bêtises et habillez-vous maintenant, le staff va arriver et vous serez pas prêts.
Ils baissent tous la tête et j'entends Hirokazu-kun murmurer "il fait peur Ataru-kun quand il est fâché…". Je ferme les yeux et me pince l'arrête du nez. Zen Ataru, zen…
- En même temps, j'aurais pas à me fâcher si vous faisiez pas n'importe quoi. Et Hirokazu-kun, je te rappelle que c'est toi qui a commencé en sautant sur le dos de Seishi-kun. Vous avez l'intention de me faire ce genre de plan à chaque fois que je serais seul avec vous ? Parce que si c'est ça, c'est vraiment pas sympa.
- Ataru… excuse-nous… On recommencera pas… promis… Sois pas fâché, s'il te plait… me dit alors Hitoshi d'une petite voix contrite aussi irrésistible que sa moue.
Comment vous voulez que je résiste à ça ? Je suis qu'un homme moi…
- Bon… Ca va tant que vous avez compris, grogné-je. Remettez tout en ordre maintenant et préparez-vous, on a assez perdu de temps.
Ils acquiescent tous et récupèrent chacun leur tenue, puis commencent à se changer. Malgré moi, mon regard accroche la silhouette alléchante d'Hitoshi. Alléchante oui, tout à fait. Comment et quand il s'est fait ces muscles, lui qui était une crevette ? C'est quand même pas juste la danse depuis qu'il est Johnny's, si ?
En tout cas je ferais mieux de sortir de cette pièce avant d'avoir un… problème technique indépendant de ma volonté. Comment font to-san et to-chan ou Massu et Yuya qui se changent dans la même pièce depuis autant d'années ? Il va falloir que je mène une petite enquête à ce sujet, parce que la réponse risque de m'être assez utile dans les semaines à venir.
- Je vous attends sur le plateau. Soyez sages et ne trainez pas, fais-je avant de sortir, en espérant que mon départ précipité ressemble pas trop à ce qu'il est, à savoir une fuite pure et simple.
Bon il faut que je me calme. Pense à autre chose, Ataru, pense à autre chose…
Ils finissent par me rejoindre et j'évite soigneusement de regarder mon petit ami, parce qu'avec ce que je vois sur les autres, les vêtements du shoot sont très près du corps. Ils veulent ma mort ou quoi ?
Heureusement pour moi, ils sont tous très professionnels, donc la séance se passe bien et assez vite, ce qui abrège ma torture. Dès que je peux, il faut vraiment que j'aille parler à Massu et Yuya de ce problème, parce que ça va finir par devenir aussi handicapant que gênant.
J'attends donc qu'ils aient terminé de se changer pour battre le rappel des troupes. Je dois les ramener à l'agence pour qu'ils se changent et ensuite les accompagner sur le plateau du live de ce soir. Autant dire que ma journée est loin d'être terminée, surtout si les membres du groupe me réservent encore des surprises du genre de la bataille de coussins (Hitoshi m'a juré que ça se reproduirait plus mais je me méfie du coup). Mais c'est pas grave. Je suis conscient que là c'est pas grand-chose à côté de ce qui m'attend quand je serais seul aux commandes avec un groupe différent.
Après un bref passage à l'agence, je les emmène donc rejoindre Yamashita-san au studio télé vu qu'ils doivent répéter pour leur live. Mais au moment d'entrer dans le bâtiment à la suite de ses amis, Hirokazu-kun me retient.
- Je peux te… vous parler ?
- Heu oui bien sûr, réponds-je, surpris. Attends. Partez devant on vous rejoint, ajouté-je pour ses amis.
Une fois que ses cinq amis ont disparu, je me tourne vers lui… et me fige, stupéfait, en le sentant se serrer contre moi. Heu il me fait quoi là ?
- Hirokazu-kun ? Ca va pas ?
- Je suis désolé… Je sais que c'est mal mais je peux pas m'en empêcher…
- He ?
- Je devrais pas parce que tu es presque comme notre manager et que je sais qu'Hitoshi t'aime depuis longtemps… mais je suis tombé amoureux de toi…
He ? Minute, stop, temps mort… Il vient bien de dire… Oh putain ça continue… Qu'est ce que je suis censé faire ? Que ferait to-chan à ma place ?
- Qu'est ce qui se passe ici ? fait alors la voix d'Hitoshi derrière nous.
Son regard se pose sur son ami toujours serré contre moi parce que dans ma stupeur j'ai pas pensé à le détacher.
- Ataru… Je croyais que tu m'aimais… dit-il, manifestement au bord des larmes.
- Hito, va pas t'imaginer des trucs qui…
Mais j'ai même pas le temps de finir ma phrase qu'il s'enfuit en courant dans n'importe quelle direction. Et le pire c'est que je peux pas le suivre avant d'avoir éclairci la situation avec son camarade.
Je détache donc ma sangsue perso vu qu'il m'a pas lâché malgré la réaction de mon petit ami, puis pose les mains sur ses épaules et me penche assez pour le regarder dans les yeux, tout en essayant de museler ma panique concernant Hitoshi.
- Ecoute, Hirokazu-kun, tu es un gentil garçon, mais comme tu l'as dis toi-même, Hitoshi m'aime et tu viens de lui faire beaucoup de peine. T moi je l'aime depuis très longtemps tu sais alors… je suis désolé mais je ne peux pas répondre à tes sentiments j'espère que tu comprends.
Il hocha la tête en reniflant et je me fais l'effet d'un monstre sans cœur.
- Maintenant si tu veux bien m'excuser, je vais chercher Hitoshi.
Je retiens le "et tenter de rattraper ce que tu as provoqué" parce que ce serait pas sympa, le pauvre avait aucun moyen de savoir qu'Hitoshi ferait demi tour et me mets à courir comme un dératé dans la direction prise par mon petit ami. Où est ce qu'il a pu aller dans l'état émotionnel où il était ?
- HITO ! HIIIIIITOOOOOO ! crié-je, me souciant pour une fois assez peu qu'il soit reconnu.
Au contraire pour le coup ça m'arrangerait qu'il ait créé une émeute, ça m'aiderait à le repérer et en plus je le sauverais donc ça redorerait peut-être mon blason un peu mis à mal là.
Je cours en tournant la tête de tous les côtés; attentif au moindre mouvement, mais bien sûr, j'ai tellement de chance ces derniers temps, que ça arrivera pas. Où il a pu aller bon sang… Et en plus le temps passe, on va finir par avoir des problèmes tous les deux en prime…
Soudain une clameur indistincte attire mon attention. Est-ce que par hasard… ? Pourvu que oui… Je me précipite vers la source du bruit et soupire de soulagement en repérant la voix de mon copain au milieu de celles de filles. Quand j'arrive pas loin, je repère immédiatement les traces de larmes sur ses joues. Rah si seulement il m'avait laissé parler au lieu de sauter aux conclusions…
- Hito, l'interpellé-je en brisant sans mal le cercle formé par les filles pour le rejoindre.
Filles qui, forcément, me fixent avec des yeux ronds. Je décide de les ignorer et, des pouces, efface les traces sur les joues de mon petit ami.
- Viens, on y va.
- Pourquoi ?
- He ?
- Pourquoi tu m'as fais ça alors que je t'ai toujours…
D'une main, je le bâillonne pour l'empêcher de finir sa phrase. Bien trop dangereux avec ses groupies autour. Je le fixe pour lui faire comprendre qu'on peut pas parler là et qu'il doit me suivre Il parait soudain réaliser où il se trouve et en compagnie de qui , car il écarquille soudain les yeux, avant que son sourire commercial fleurisse sur ses lèvres à l'intention de ses fans.
- Hitoshi-san, tout va bien ?se décide à demander l'une d'elles. C'est qui ce type ? Tu veux qu'on appelle la police ?
- Ah désolé de vous avoir inquiétées, je suis juste fatigué alors j'ai les nerfs à fleur de peau et je pleure pour rien. C'est notre manager assistant, donc je suis en sécurité avec lui. Je dois aller répéter maintenant. Merci de votre soutien.
Sur un dernier geste de la main, il me rejoint et comme il leur tourne le dos, elles peuvent pas voir que son sourire a soudain disparu.
Le trajet retour se fait dans le silence le plus total et j'attends qu'on soit revenus au studio pour le prendre par les épaules et le forcer à me regarder.
- Hito, tu te fais des films. Il s'est rien passé entre Hirokazu-kun et moi. Il m'a dit avoir des sentiments pour moi mais je l'ai repoussé. C'est de toi dont je suis amoureux depuis l'enfance et de personne d'autre.
- Menteur… murmure-t-il.
- He ?
- Menteur ! Tu le repoussais pas du tout quand je suis arrivé ! s'exclame-t-il d'une voix si forte qu'une fois encore je pose une main sur sa bouche.
- Shhhhhht ! T'es pas dingue de crier comme ça ?! Si quelqu'un t'entendait ?!
- Je m'en fiche ! Je veux savoir pourquoi je te suffit pas !
- Mais tu me suffit, Hito, j'ai pas l'intention d'aller voir ailleurs et je t'ai pas mentit : Hirokazu-kun m'a simplement pris par surprise en se collant à moi. Mais dès que tu t'es sauvé, je l'ai repoussé et je lui ai expliqué qu'il avait aucune chance. Parce que mon cœur t'appartient comme il t'a toujours appartenu.
Je suis un peu comme to-san, je suis pas fan des trucs guimauves et de ce genre de grandes déclaration, mais Hitoshi est plutôt comme to-chan et il adore ça alors pour une fois…
- Vraiment ? Tu dis pas ça pour que je sois plus fâché ?
- Oui vraiment.
Je laisse passer quelques secondes puis reprend :
- Il va falloir y aller maintenant Hito, la répétition a pris beaucoup de retard avec tout ça.
- Hum.
- Et n'en veux pas à ton ami. Si les sentiments se commandaient ça se saurait
- C'est vrai.
Content de le voir si raisonnable, je lui caresse la joue du dos de la main (le seul geste affectueux que je puisse me permettre vu que je suis toujours en service) et on file tous les deux vers la loge où Yamashita-san est en train d'interroger les membres du groupe à propos de notre disparition.
- Ah quand même ! s'exclame-t-il, visiblement mécontent. Vous avez vu l'heure ?!
- Je suis désolé, Yamashita-san, c'est ma faute, explique alors mon petit ami. Je me suis sauvé et Atar… Koyama-san est allé à ma recherche. Je m'étais perdu.
- … Bon, cède mon responsable qui a l'air de croire qu'à moitié ce que vient de dire son poulain. Bon Ohno-kun, dépêche-toi de te changer maintenant. Il faut rattraper le temps perdu.
