NOTE DE LA TRADUCTRICE: Merci à tous pour vos nombreuses reviews, commentaires, et alertes. J'ai toujours beaucoup de plaisir à traduire cette fic. Sans plus tarder, voici le chapitre 9. Bonne lecture.
STEALING HARRY
Chapitre 9
- C'est ici que tu pars?
Harry était assis sur le lit de Remus, son globe terrestre serré sous le bras, pointant l'Inde. Remus déplaça son doigt un peu vers le nord-est.
- C'est là, dit-il en se retournant vers la valise sur le lit.
Il ramassa trois livres qu'il déposa sur la pile de vêtements à l'intérieur.
- Pendant combien de temps?
- Je ne sais pas encore. Pas plus d'une semaine.
- Tu vas encore être malade?
Remus lui sourit.
- C'est possible, mais je ne m'inquiète pas trop. Je finis toujours par aller mieux.
- Harry? Où es-tu passé? appela la voix de Sirius provenant de la pièce d'à côté.
Ils entendirent la porte d'entrée se refermer.
- Ici! répondit Harry. J'aide Lunard à faire ses bagages!
Sirius apparut sur le seuil, retirant son manteau de cuir et ses bottes.
- J'étais sorti avec Moira, dit-il en guise d'explication. On joue au voyageur, Harry?
Harry lui présenta le globe d'un air grave.
- Où est l'Iowa? demanda-t-il.
Sirius fronça les sourcils, perplexe. Remus allongea le bras, fit pivoter le globe et posa son doigt sur l'endroit approprié.
- Eh bien, voilà! dit Sirius, comme s'il avait lui-même trouvé la réponse.
- J'ai inventé un jeu, continua Harry. Ça s'appelle Où.
- Où quoi?
- Juste Où. Tu vois, je fais tourner le globe, je trouve un endroit…
Harry en fit la démonstration.
- Et ensuite, je vais dans l'encyclopédie que tu m'as achetée à la librairie pour le trouver.
Il examina le globe.
- Tché… Tchéco…
- Tchécoslovaquie, corrigea Sirius. Tu sais quoi, pourquoi tu ne chercherais pas Kyoto? C'est plus facile à prononcer.
Harry hocha la tête et quitta la pièce, son globe sous le bras. Sirius s'appuya sur le chambranle de la porte, observant Remus faire sa valise.
- Je croyais que tu avais oublié l'Inde, dit-il. Il y a des semaines que tu devais y aller.
C'était vrai. Remus avait prévu d'aller en Inde avant même qu'ils n'emmènent Harry à son appartement, des mois plus tôt. Depuis, Harry avait fait une autre sortie avec Severus et la punition de Ron était presque finie. La pleine lune était la semaine suivante, mais il avait prévu être rentré bien avant. Il secoua la tête.
- Je ne serai pas parti bien longtemps. Cela ne devrait pas être très difficile. J'ai un ami à Calcutta qui m'accompagnera. Il parle les dialectes locaux.
- Écoute, Lunard…
Sirius se frotta la nuque d'un air mal à l'aise.
- Ne crois-tu pas qu'Arthur pourrait avoir raison?
- À propos de?...
- À propos de Peter. Qu'il serait réellement mort.
Remus s'arrêta alors qu'il refermait sa valise.
- Je n'en sais rien, dit-il.
- Alors pourquoi tu continues à… Pourquoi tu le cherches toujours? demanda Sirius. Tu sais que je t'accompagnerais sans hésiter si tu me le demandais, mais je sais que tu aimes bien voyager tout seul et tu sais ce que je pense de toute cette affaire.
- J'aimerais bien mieux avoir tout oublié, murmura Remus.
- Je crois seulement qu'après sept ans, s'il ne s'est toujours pas montré, c'est qu'il est probablement mort. Le gouvernement britannique le pense aussi, tu sais. Quand quelqu'un disparaît, après sept ans, il est déclaré mort. Et ce n'est pas impossible que Malefoy l'ai tué aussi quand il a tué tous ces Moldus.
Remus s'assit sur le lit, jouant distraitement avec la poignée de sa valise.
- Et s'il n'est pas mort?
- Le Seigneur des Ténèbres est parti. Il a disparu. Même si Peter tentait de s'en prendre à Harry, ou même à l'un de nous, il n'a jamais été de taille pour nous affronter. Toi et moi, Lunard, nous protégerons le gamin. Nous nous sommes bien débrouillés jusqu'à maintenant.
Remus pencha la tête.
- Je sais, mais c'est ma façon à moi de le protéger.
- Poursuivre des fantômes?
- Des rêves, répondit soudainement Remus.
- Quoi?
- Je ne poursuis pas de fantômes, dit-il en se levant, se massant distraitement le cou. J'essaie de régler quelque chose, c'est tout.
- Régler quoi exactement? Tu as fait un pari avec Dumbledore que tu pourrais attraper Peter s'il rôdait toujours?
- Écoute, il y a trois ans, j'étais prêt à tout abandonner, répondit sèchement Remus. Tu crois vraiment que j'ai aimé resté coincé dans ce coin pourri au Chili? Tu crois que j'ai aimé ces hôtels miteux à Toronto?
Sirius l'observa fixement. Remus était… Remus était fâché, ce qui n'arrivait jamais sans que Sirius n'ait d'abord hurlé pendant une heure.
- Non, je n'aime pas ça. Je ne veux pas croire qu'il est vivant, même si ça voudrait dire que j'aurais l'occasion de l'étrangler de mes propres mains, mais je crois que j'ai assez de contrôle pour ne pas le faire, continua Remus. J'étais prêt à tout laisser tomber. Et si je ne m'étais pas mis à faire ces putains de rêves, je l'aurais fait. Mais les rêves ont commencé et ils ne s'arrêtent pas et ils ne changent jamais et je me retrouve obligé à parcourir le globe alors que, crois-moi, je préfèrerais rester ici à t'entendre chialer sur Rogue!
Sirius attendit que Remus ait terminé sa tirade.
- Je ne chiale pas, dit-il enfin d'un air boudeur.
- Je suis désolé, Pat. Je ne le pensais pas.
- Quels rêves? Jamais tu ne m'as parlé de rêves. Tu dors comme un putain de cadavre.
- Il ne s'agit pas du genre de cauchemars à en hurler, répondit Remus un peu plus calmement. Ce ne sont même pas des cauchemars, je suppose. Juste… des trucs.
- À propos de… cette nuit-là?
- En quelque sorte.
Remus s'assit à nouveau sur le lit.
- Tu sais que je suis toujours en train de me demander… Si je n'avais pas empêché de me rendre à Rome, ou si je ne t'avais pas fait faire ce détour quand nous cherchions Peter… c'est peut-être toi qui l'aurais trouvé avant.
- Je ne dirais pas que tu en parles tout le temps, mais disons que tu fais une certaine fixation.
- Écoute-moi. Je fais ce rêve, dit Remus en inspirant profondément. Et dans ce rêve, tout est foutu. Il ne prend pas place maintenant, mais plutôt dans quelques années, seulement, je ne suis pas moi. Je suis professeur à Poudlard. Je veux dire… je suis moi, mais je…
Remus secoua la tête avec frustration.
- Tu es complètement fou.
- Tu veux entendre ceci oui ou non?
- Continue.
- Je suis dans la Cabane. Tu es là toi aussi, dans la Cabane avec moi. Mais tu n'es pas toi. Tu as une mine terrible. Tu es maigre et sale. C'est horrible, Sirius. Et tu me dis que Peter a survécu, que tu as essayé de le tuer, mais qu'il t'a fait arrêter, qu'il a tout mis en scène pour qu'on croie que c'était toi l'espion et qu'il s'est sauvé, laissant ses doigts derrière. Tu me dis qu'il est dans la pièce avec nous, seulement, je n'arrive pas à le voir. Et je pense à tous ces trucs, mais mes pensées ne sont pas les miennes…
Sirius pencha la tête, écoutant les graves murmures de Remus. Il était un loup-garou, une créature sombre, certes, mais Sirius n'avait jamais entendu parler de loups-garous prophètes.
- Mes pensées… Je pense en moi-même, mon Dieu, Sirius a passé douze ans à Azkaban et j'ai passé toutes ces années à penser que c'était lui l'espion et… Sirius, si tu pouvais te voir dans ce rêve… Tu n'arrêtes pas de me dire qu'il est là, que Peter est là, qu'il faut le tuer, mais je n'arrive pas à le trouver.
Remus s'interrompit. Sirius se laissa glisser le long du mur jusqu'à s'accroupir par terre, les mains sur les genoux.
- Je dois le trouver, Sirius. Il est vivant et si je ne le retrouve pas, c'est lui qui nous trouvera.
Sirius hocha doucement la tête.
- Tu y crois vraiment à ce rêve.
- Je crois que quelque chose de terrible se serait produit si tu avais trouvé Peter avant Lucius Malefoy. Je crois que Peter est vivant. Et je crois aussi qu'il est dangereux.
- Tu ne voyages plus autant qu'avant.
- Disons que j'ai appris à distinguer une bonne piste d'un cul-de-sac, répondit Remus. Et je ne voyagerai plus autant maintenant qu'Harry est ici.
Sirius avait l'air songeur.
- Tu crois que tu pourrais mettre ce rêve dans une Pensine? demanda-t-il après quelques minutes.
Les Pensines étaient des objets coûteux sur lesquels il était difficile de mettre la main, mais Remus refusait de demander à Dumbledore s'ils pouvaient emprunter la sienne. Ce serait présomptueux considérant tous les ennuis qu'ils lui avaient causés récemment.
Alors c'est Sirius qui lui rendit visite.
Il ne lui fallut que quelques minutes pour se rendre à Poudlard, et à peine quelques instants plus tard, il se tenait devant la porte. Il frappa en utilisant l'ancien code de l'Ordre et bien sûr, Dumbledore n'avait pas retiré le sort. Il crut entendre une cloche sonner quelque part à l'intérieur. C'était auparavant leur code : si vous cogniez de la bonne façon, Dumbledore savait que vous étiez membre de l'Ordre et une cloche sonnait dans son bureau.
La porte s'ouvrit et, quelques minutes plus tard, à vingt-neuf ans, le commerçant respecté qu'était devenu Sirius se retrouva à nouveau dans le bureau de Dumbledore, comme s'il n'était encore qu'un vulgaire cinquième année.
- J'espère qu'Harry ne vous donne pas trop de fil à retordre, dit Dumbledore d'un ton agréable, bien qu'il y ait toujours une lueur de méfiance dans son regard.
- Non, Harry est…
Sirius réalisa qu'il n'arrivait pas à trouver les mots justes.
- Il va bien.
- Molly m'informe qu'il a beaucoup de succès dans ses études.
Sirius réprima un juron. Bien sûr que Dumbledore garderait un œil sur Harry par l'intermédiaire des Weasley.
- Il est futé. Il a inventé ce jeu où il faut…
Sirius réalisa que le moment n'était peut-être pas très bien choisi pour se prêter à la fierté paternelle.
- Il se débrouille bien.
- Je remarque que Remus a choisi de ne pas t'accompagner.
- Il ne sait pas que je suis ici.
Dumbledore arqua un sourcil.
- Écoutez, je m'inquiète pour lui et j'ai besoin de votre aide. Je sais que vous êtes toujours furieux contre nous parce que nous avons pris Harry, et je sais qu'il est plutôt audacieux de ma part de vous le demander, c'est d'ailleurs pour cette raison que Remus ne voulait pas venir vous faire la demande lui-même, mais j'aurais besoin d'emprunter votre Pensine.
L'autre sourcil de Dumbledore se releva. Sirius dut se retenir pour ne pas rigoler.
- Ma Pensine? demanda-t-il lentement. Et pourquoi en avez-vous besoin?
Sirius joua distraitement avec l'une des attaches de son manteau de cuir.
- Vous savez qu'il cherche toujours Peter.
- Il en est de même pour moi.
Sirius leva soudainement la tête. Dumbledore souriait.
- De façon plus subtile que ton ami.
- Eh bien, il dit qu'il continue à cause de ces… ces rêves qu'il fait à propos de Peter, dit Sirius. Et pour être honnête, j'ai fait suffisamment de cauchemars horrifiants moi-même, mais les siens semblent différents.
- Des rêves prémonitoires?
- Ou bien… je ne sais pas, des visions de ce qui aurait pu arriver? proposa Sirius avec un haussement d'épaules. Je voudrais les voir par moi-même.
- Il est plutôt dangereux de partager les rêves d'un autre, expliqua Dumbledore.
- Je voudrais aussi…
Sirius sentit une certaine honte l'envahir, mais il continua.
- Écoutez, Harry doit savoir ce qui est arrivé à ses parents. Il pense toujours qu'ils sont morts dans un accident de voiture. Je ne lui ai toujours rien dit et c'est un vrai miracle qu'aucun des Weasley n'ait encore vendu la mèche, mais le secret ne peut pas être gardé indéfiniment.
- Et tu voudrais être rationnel quand tu lui parleras de la mort de ton meilleur ami, termina Dumbledore.
Sirius hocha la tête.
- Je comprends. Tu sais comment t'en servir?
- Oui, plus ou moins. Remus en sait plus que moi.
- Vous ferez bien attention, n'est-ce pas, à ce que vous y déposerez?
Sirius hocha la tête. Dumbledore se leva, se dirigea vers un placard et en ressortit soigneusement la Pensine. Il la déposa dans un coffre de bois que Sirius referma.
- Je vous dois des excuses, dit Sirius. Je sais que c'était une mauvaise idée de prendre Harry comme ça.
- Le rôle de père te va plutôt bien, fut la seule réponse de Dumbledore. Ce qui est fait est fait. Peut-être que c'était pour le mieux, mais il faudra attendre encore pour le savoir. Severus Rogue reprendra la Pensine quand il viendra chercher Harry.
Sirius hocha la tête.
- Merci.
- Sois prudent, Sirius.
Quand Sirius quitta le bureau, transportant le coffre de bois, l'avertissement résonnait toujours à ses oreilles.
- Tu sais qui est vraiment doué avec ce truc?
- Ne dis pas Servilus.
- J'aimerais bien que tu cesses de l'appeler ainsi, Pat.
- Quand il cessera d'être un emmerdeur pleurnichard, je l'appellerai autrement.
- Il a sauvé Harry.
- Et il se fera une joie de nous le rappeler pour le reste de nos vies.
- Probablement pendant encore dix ans, c'est vrai.
- Alors, comment on fait?
- Eh bien, je commence par faire ceci, tout doucement…
- Oh mon Dieu! Qu'est-ce que c'est que ça?
- C'est un souvenir.
- J'aurais cru que ce serait moins…visqueux.
- Mes pensées sont visqueuses alors? Merci.
- Pourquoi tu en enlèves autant?
- J'ai fait ce rêve à plusieurs reprises, tu sais. Je crois que si j'en ajoutais davantage, il serait plus lucide.
- C'est vraiment dégoûtant.
- Je ne te demande pas de le boire, tu sais.
- D'accord. Alors…
- Vas-y.
- C'est vrai. Je me penche et c'est tout?
- Sirius, tu veux que je t'accompagne?
- Si tu crois que tu devrais.
- D'accord, à trois. Un, deux, trois…
Le souvenir débuta en plein milieu d'un mot prononcé par Remus Lupin, mais sa voix n'était pas celle que Sirius avait l'habitude d'entendre. Il s'agissait d'une voix rauque et fatiguée semblable à celle qu'il possédait pendant les jours de pleine lune.
« …rius? »
Sirius ouvrit les yeux et sentit Remus à ses côtés, s'agrippant à son bras. Puis il vit l'autre Remus se tenir devant lui, horriblement changé. Son visage était pâle et ridé, ses yeux fatigués, ses vêtements rapiécés. Il était encore plus maigre, très mal nourri.
- Tu vois ce que je veux dire, dit le vrai Remus et Sirius se retourna pour voir…
Il se vit lui-même. C'était horrifiant, mais c'était lui. Il avait changé encore plus que Remus. Sa peau était jaunâtre, s'étirant sur son crâne. Ses yeux étaient enfoncés et de longs cheveux sales pendaient sur ses épaules. Si Remus était miteux, Sirius était en loques, appuyé contre un mur. Il entendit un gémissement. Le rêve s'embrouilla pendant un instant, comme s'il faiblissait, puis il entendit l'autre Remus parler à nouveau.
« …sauf si c'était lui… sauf si vous avez changé… sans me le dire? »
La culpabilité envahit Sirius. Il avait déjà entendu ces mots, sept ans auparavant, lorsqu'il avait expliqué à Remus qu'il n'était pas le Gardien du Secret.
Il vit l'autre lui hocher la tête. À l'arrière-plan, d'autres voix, lointaines, comme des voix d'enfants, posaient des questions, mais seuls Sirius et Remus étaient présents, s'observant dans la pièce poussiéreuse.
Il entendit un bruit et vit l'autre Remus se précipiter vers lui. Il attrapa la main de l'autre Sirius pour l'aider à se relever et l'enlaça étroitement.
- Pleurnicheur, dit Sirius.
- Je ne t'ai pas vu depuis douze ans, répondit Remus en les regardant s'étreindre. C'est une étreinte fraternelle, rien de plus.
- Douze ans? demanda Sirius.
Alors même qu'il prononçait ces mots, il put entendre des échos du rêve, les pensées de Remus. Douze ans, douze ans, douze ans…
Les voix d'enfants leur parvenaient en échos embrouillés à l'arrière-plan, mais elles avaient peu d'importance. Il y eut une nouvelle secousse, un moment pendant lequel le rêve manqua de cohérence, puis tout fut à nouveau clair et ils se séparèrent.
« …arte du Maraudeur. Je l'observais dans mon bureau, » dit l'autre Remus.
Il y eut une nouvelle secousse, puis il continua :
« Et j'ai vu un autre point qui bougeait rapidement vers vous, indiquant Sirius Black. Je l'ai vu vous rencontrer et je l'ai vu attirer deux d'entre vous dans le Saule cogneur… »
- Qu'est-ce qui se passe? demanda Sirius.
- C'est une histoire que je raconte à quelqu'un que je ne peux pas voir, répondit Remus. Je lui explique comment je me suis retrouvé à la Cabane.
« Le petit Peter m'a bien eu… mais pas cette fois! »
Ils observèrent le monstrueux Sirius Black s'élancer vers quelque chose qu'ils ne pouvaient voir et Remus le regarda avec consternation.
« Ils doivent comprendre… nous devons leur expliquer… » continua l'autre Remus.
« Nous leur expliquerons par la suite, » gronda l'autre Sirius alors que Remus le retenait.
Il y eut une nouvelle secousse.
« …ce que tu veux, mais fais le vite, Remus. Je veux commettre le meurtre pour lequel on m'a emprisonné… »
Sirius laissa échapper une exclamation de surprise.
- Je te l'avais dit, dit Remus.
« Des témoins ont vu Peter mourir, » dit l'autre Remus. « Une rue pleine de… »
« Ils n'ont pas vu ce qu'ils croient avoir vu! La carte du Maraudeur ne ment jamais… Peter est vivant. »
« Où? » dit l'autre Remus. « Où, Sirius? Je ne le vois pas! »
« Peter est vivant… » insista l'autre Sirius. « Peter est vivant. »
Puis ils se sentirent entraînés au loin et lorsque Sirius Black revint à lui-même, il était assis dans l'arrière-boutique de Sandust Books. Face à lui, Remus respirait profondément. Ses yeux étaient anormalement brillants.
- Mon Dieu, soupira Sirius avec un tremblement. Si tu m'avais dit que c'était comme ça…
- Tu vois maintenant.
La voix de Remus était presque aussi rauque que celle de l'homme dans son rêve l'avait été. Il ramassa sa baguette pour reprendre ses souvenirs, mais sa main tremblait trop et il la redéposa après un instant.
- Tu vas bien? demanda Sirius.
- Ça va. C'était plus intense de me voir le vivre, c'est tout.
- Je vais faire du thé, dit Sirius en pensant que s'il lui tournait le dos, il arriverait à cacher le tremblement dans ses mains.
Il avait ressenti des émotions étranges, des sensations difficilement identifiables, mais il pouvait imaginer qu'un souvenir de Pensine régulier n'était pas comme ça. C'était le souvenir d'un rêve, alors tout y était intensifié. Lunard gardait tellement d'émotions refoulées qu'il était inévitable qu'il s'agisse d'une expérience saisissante.
Lorsqu'il avait vu ce Remus au visage gris et décrépit étreindre un autre lui, il avait ressenti autre chose que l'amour fraternel auquel Remus avait fait allusion. Enlacés dans le rêve se trouvaient des émotions crues de deuil, de frustration et de peur.
Il se demanda si son ami vivait toute sa vie ainsi, avec ces émotions cachées au fond de lui. Et cette caricature de Remus… Il ressentit l'immense gratitude que jamais il n'aurait à le voir dans cet état à nouveau.
- Et toi tu le vois tout le temps, murmura-t-il.
Remus, qui avait laissé sa tête s'appuyer sur ses bras, le regarda.
- Quoi?
- J'ai dit, le thé est prêt. Citron?
- Juste du lait.
Sirius apporta le thé sur la table. Remus serra ses mains autour de la tasse.
- Remus?
- Mmm?
- Tu étais… décharné.
- D'après ce que j'ai compris, le monde n'est pas très bienveillant envers les hommes qui n'ont pas leur meilleur ami pour leur fournir un emploi stable et les surpayer, répliqua Remus avec un sourire fatigué.
- Tu as augmenté les prix à nouveau à la librairie?
- Oui. Dès que j'atteins le million, je me sauve dans la nuit, répondit Remus.
Ses mains avaient cessé de trembler et il se mit à recueillir ses pensées argentées.
- Harry va rentrer bientôt.
- Tu pars pour l'Inde demain?
- Oui.
- Tu veux que je t'accompagne?
- Ne sois pas stupide, Harry a besoin de toi.
Sirius hocha la tête.
- Mais j'ai besoin de toi aussi.
Il aperçut une brève lueur dans les yeux de Remus, mais celle-ci disparut trop rapidement pour qu'il arrive à l'identifier.
- Tu devras apprendre à commander une pizza un jour ou l'autre, dit Remus avec un sourire. Je ne serai parti que quelques jours. Je prévois revenir deux jours avant la pleine lune.
- Que tu passeras encore dans la Cabane hurlante?
- Ce n'est pas si terrible.
- Menteur.
- Tu periurare timeto – commoat in lusus numina surda Venus (1), répliqua
Remus.
Sirius sourit.
- Je vais devoir traduire ça avant que tu reviennes.
- Tu dis toujours ça et tu ne le fais jamais.
(1) traduction approximative: Les mensonges que disent les amants ne provoquent pas la colère des dieux.
