Chapitre 8 – Déménagement
Quand je m'éveillai, je crus à un rêve. Et pourtant c'était bien lui qui me regardait tendrement, c'était bien ses doigts frais qui se promenaient dans mes cheveux, c'était bien sa voix qui me disait « bonjour ». Ce matin, j'étais plus qu'heureuse, j'étais comblée. Je lui souris et l'attiraן vers moi, je voulais être dans ses bras. Il se laissa tomber à mes côtés dans le lit et m'enlaça. Ses lèvres parcouraient mon visage et nous rîmes quand je dû m'arrêter à bout de souffle.
Renesmée se réveilla à son tour, et tendit immédiatement ses bras vers nous. Edward fut trop rapide pour moi et nous nous retrouvâmes tous les trois dans le grand lit. Il nous enlaçait et chatouillait notre fille qui riait aux éclats. Lorsqu'elle disait « papa » Edward était sous le charme. Puis elle posa sa main sur lui et il s'arrêta pour mieux se concentrer sur ce qu'elle lui montrait. Ses rêves probablement, elle nous les racontait chaque matin à Jacob et moi-même.
Notre matinée fut en majeure partie occupée par des séances de câlins à trois, Edward ne semblait pas pouvoir s'empêcher de nous étreindre et de nous embrasser. Sous un soleil timide, nous partîmes à la chasse. Renesmée vit pour la première fois la peau de son père et moi la sienne. Elle n'avait pas le même éclat mais à bien y regarder, sa peau, elle aussi rayonnait faiblement.
Les Cullen n'avaient toujours pas contacté Edward et il commençait à s'inquiéter. Mais il ne voulait pas nous quitter pour aller au devant de sa famille. Il mit cette absence sur le compte des portables, mais leur odorat était si développé qu'ils l'auraient repéré à 10 km de distance. Il ne voulait pas s'inquiéter, pas aujourd'hui, disait-il, quand chaque heure, je guettais leur arrivée.
Renesmée profita que je déjeunais pour « poser » plusieurs questions à son père. S'ensuivit un monologue de la part d'Edward, je n'arrivais pas toujours à suivre, et je perdis même le fil de leur conversation tant j'étais absorbée par mes pensées. Où étaient sa famille ? Peut-être qu'ils ne voulaient pas me revoir. Ils étaient sûrs que je n'avais pas été en danger, et pourtant, sans les Cullen, eux tous, j'avais frôlé la folie. Mais comment leur en vouloir, supporter une fille comme moi. Ils étaient des dieux, je n'étais qu'une poussière dans leur vie. La main d'Edward vint frôler la mienne sous la table et je laissais de côté mes questions pour « écouter » celles de Renesmée.
« En réalité, nos yeux sont dorés car nous nous nourrissons d'animaux uniquement. »
« … »
« Je vois que tu as compris, nous ne devons jamais nous en prendre à des humains, ou à des loups. »
« … »
« Oui surtout pas Jake, je sais que tu … l'aimes. Je ne me fâcherai plus contre lui. »
« … »
« Je ne veux pas l'éloigner, je veux vivre avec ta maman et toi maintenant. Je ne partirai plus. Et puis Jacob viendra te voir très souvent ! »
« … »
« J'ai l'impression que cette discussion est un peu trop précoce… Evidemment qu'il ne va pas t'oublier ! Et puis je vais te présenter le reste de ta famille ! Tu verras, tu n'auras pas le temps de t'ennuyer ! »
Jake était venu avec Sam l'après midi. Ils allèrent avec Edward discuter à l'extérieur, trop loin pour que je suive toute la conversation mais sur le chemin du retour, j'eus de nouveau accès à leurs voix.
« J'en ai conscience Sam, je vais tout faire pour l'apprendre et le plus tôt sera le mieux. C'est angoissant pour moi aussi de ne pas savoir » disait Edward.
« Non mais arrêtez de dramatiser ! s'exclamait Jake. Elle est toute petite, elle ne fera de mal à personne. Bella lui a déjà expliqué qu'il ne fallait pas communiquer avec tout le monde, et souviens-toi Sam qu'elle ne l'a fait que pendant une semaine, après, même avec Emily, elle n'a pas communiqué. »
« Il est évident qu'il est trop tôt pour se décider, répliquait Sam, et je sais que ton imprégnation nous interdit tout geste inamical envers elle. Mais Jacob, il faudra un jour choisir. »
« Je… Je n'ai pas envie d'y penser… »
« Moi non plus » grondait Edward.
« Ca va, lâche moi sangsue, je ne la vois pas comme ça tu le sais. Mais un jour, elle sera grande, et je serai là pour elle si elle le souhaite. »
« Nous verrons bien » terminait Edward.
« Maintenant que vous retournez sur votre territoire, nous ne viendrons plus la voir. Mais Jake… »
« Oui biensûr » disait Edward à Sam.
Jake surgit dans la cuisine et Renesmée poussa un cri strident que je ne lui connaissais pas encore.
« Je vais y aller Nessie, je viens te voir demain, tu veux bien ? »
Contact.
« Oui on ira chasser ensemble comme avant, n'est-ce pas Bella ? »
Ses yeux me suppliaient, mais c'était inutile, je n'étais pas capable de leur interdire quoique ce soit.
« Oui Jake, passe demain vers 8h. »
« A demain Nessie, ne m'oublie pas ! Aurevoir Bella. Merci… »
Merci de me donner ta fille, un jour, demain ? De me laisser la voir tous les jours ? Merci de quoi ? Jake était plus perdu que moi-même. Je le sentis très triste de partir et il préféra se transformer en loup pour nous quitter.
Edward vint se placer derrière moi, j'en soupirai de soulagement. Ses mains sur moi me faisaient encore plus d'effet maintenant, et pourtant j'étais déjà folle de lui avant ! De l'avoir perdu me donnait envie de profiter de chaque seconde. Je ne voulais pas l'affronter sur ma transformation, notre déménagement, sur quoique ce soit. Je voulais surtout le voir sourire.
Sur le chemin, nous n'avions trouvé personne, et l'inquiétude me gagnait malgré moi. Mon vampire transportait toutes nos affaires tandis que j'avais insisté pour porter Renesmée. Je ne voulais pas qu'elle s'enfuie à la moindre odeur. Je voulais arriver le plus tôt possible. Je me posais mille questions et Renesmée en eut assez de me voir si stressée qu'elle me le dit, enfin me le montra. Elle avait peur, mais mon sourire la rassura. Se comprendre entre nous deux ne signifiait pas toujours communiquer.
Puis en une fraction de seconde, Edward sourit et siffla. Je ne les voyais pas et pourtant ils ne devaient pas être très loin. Mes yeux scrutèrent en vain les arbres, et il me fallut attendre cinq bonnes minutes avant des les distinguer enfin. Ils ne faisaient aucun geste vers nous. Je serrai alors Renesmée contre moi, comme pour la protéger. Edward comprit mon geste et dans un petit rire, me dit :
« Nous sommes encore en territoire Quileute, ils ne peuvent pas traverser la frontière. »
« Mais toi ? »
« Moi je pensais ne rien avoir à perdre. »
Une minute plus tard, nous avions dû franchir la frontière car je fus écrasée par Alice, qui sautillait, et hurlait mon prénom.
Quand je rouvris les yeux, les Cullen nous entouraient, tous là. A part Alice, aucun n'osait faire un geste vers Renesmée et moi. La solennité de l'instant me parut incongrue, je ne voulais que rire et les embrasser tous, leur montrer que j'étais heureuse de les voir. Edward me dégagea doucement d'Alice et passa son bras derrière moi. Alors que nous faisions face à sa famille, Renesmée me demanda ce qui se passait.
« Je suis heureuse de vous revoir, tous. Vous m'avez beaucoup manquée, dis-je. Je vous présente Renesmée, notre fille » dis-je en ne quittant pas Edward du regard.
« Est-ce possible ? » murmura Esmée.
« Renesmée, tu es si jolie » s'écria Alice.
Je les observais tous, les sourires apparurent sur leurs visages et leurs yeux surpris ne quittaient ma fille. Edward rigola maintenant à gorge déployée.
« Tu nous fais partager ? » demandai-je.
« Ils sont si ... confus et heureux, leurs pensées sont plus folles les unes que les autres. »
Puis s'adressant à sa famille.
« C'est la vérité, voici notre fille. Avant mon départ, Bella et moi avons… été très proches. Et ce qui semblait impensable se produisit. Mais surtout Renesmée est très spéciale. »
« Tu nous diras tout ça plus tard, le coupa gentillement Carlisle. Nous devons faire connaissance avec notre petite fille » ajouta-t'il en avançant vers nous avec Esmée.
Renesmée alla dans leurs bras sans réticences, elle les avait bien entendu tous reconnu. Mais elle ne devait pas communiquer avec eux. Nous passâmes une heure ainsi, tout à nos retrouvailles, puis enfin, Carlisle nous invita à rentrer « à la maison ».
La soirée fut très longue pour moi, je me réjouissais tant d'être là, avec eux, dans cette villa. Ils ne me posèrent pas beaucoup de questions, respectaient ma réserve, mais je ne leur en laissais de toute façon pas l'occasion, car je voulais savoir ce qu'ils avaient fait pendant ces derniers mois. Mais je ne pus retenir très longtemps mes bâillements, Renesmée, Edward et moi rejoignîmes vers 23h notre chambre, celle qu'avait occupé mon amour avant son départ. Nous avions apporté le berceau, et lorsque je la vis, endormie dedans, mon cœur se gonfla et des larmes coulèrent en silence sur mes joues.
« Elle paraît si fragile » soupirai-je.
« C'est une merveille » ajouta Edward.
« J'en ai passé du temps à la regarder ainsi, mais je ne peux m'empêcher de penser que ce sera bientôt fini. Elle grandit si vite. Ce berceau, dans quelques jours, sera trop petit pour elle. »
« Alice n'attend qu'un mot de toi pour acheter tout ce que tu voudras. Le plus important pour moi c'est que notre fille se sente aussi bien ici qu'à la cabane. »
« Oui. Ici au sein de cette famille… »
« De notre famille. »
« Tu penses cela possible, qu'ils nous acceptent Renesmée et moi dans leur famille. »
« Bella, mon amour, à la seconde où j'ai décidé que je t'aimais trop pour te tuer, ils avaient tous compris que tu ferais très vite partie de notre famille. Ils s'y étaient préparés. »
« Tu veux dire en tant que vampire ? »
« Non, en tant que ma … compagne. Tu penses trop à ça, mon ange. »
« Désolée. Et puis de toute façon, je te l'ai dit, tant que je ne sais pas pour Renesmée, je ne désire pas changer. »
« Bien, va te coucher maintenant, tu as l'air… »
« D'un zombie ! » dis-je de la salle de bains attenante où je m'étais réfugiée.
Je déballai les quelques affaires de toilette que j'avais, me brossa les dents et retournai dans la chambre. Il était allongé sur un canapé large et blanc, le même qui était au salon, celui-là même qui n'était pas là d'ailleurs cinq minutes plus tôt.
« Viens, j'ai hâte que tu dormes ! »
« Tu t'ennuies déjà de moi ? »
« Je veux t'entendre parler dans ton sommeil » rigola-t'il.
Je protestai, pour la forme car j'allais passer une nouvelle nuit dans ses bras, je priai ardemment que ce ne soit que le début, que des milliards de nuits nous attendaient encore.
Le réveil fut brutal, Jake criait à pleins poumons, j'aurais juré qu'il se tenait à côté de moi, pourtant les bruits semblaient venir de l'extérieur. Je me relevai sous l'œil attendri d'Edward.
« Où vas-tu ? Rendors-toi, tu as besoin de repos. »
« Mais Jake attend après … »
Non, il ne l'attendait pas, Renesmée était avec lui, son rire lui répondait.
« Tu vois, elle est déjà avec lui, en fait ils sont rentrés depuis longtemps de leur chasse. »
J'entendais aussi d'autres rires, sans doute notre famille. Mais alors que je voulais les rejoindre, Edward parcoura mon visage de baisers légers. Impossible de bouger, ses lèvres me brûlaient et la tête me tournait. Mon ventre commençait à être envahi de papillons, je perdais totalement le contrôle de mes mains et de mes lèvres. Mais cette retenue qu'il mettait entre nous me laissa sur ma faim. Inutile d'insister…
« Il doit être très tard. »
« Oui, 14h. »
« J'ai honte ! »
« Non, tu es fatiguée, et puis je me suis occupé d'elle ce matin. C'était magnifique de la voir s'éveiller, regarder autour d'elle, un moment perdue. Quand elle m'a vue, elle m'a offert le plus beau des sourires. Je suis même étonné que tu ne te sois pas réveillé alors, car elle a crié « papa » une dizaine de fois. »
« J'en ai un très très très vague souvenir. »
Mais alors très vague, car je replongeais déjà dans les bras de Morphée. La lune était haute dans le ciel quand je rouvris les yeux. Il était toujours là.
« C'est pour de bon cette fois-ci ? »
« Je crois, dis-je en m'étirant. Où est-elle ? »
« Au salon avec les autres. »
« Elle a bien bu ? Qu'est ce qu'elle a chassé aujourd'hui ? »
C'était une conversation entre deux parents ça ? La maternité ne m'avait jamais effleurée l'esprit avant de prendre conscience de ma grossesse. Mais celle-ci avait était tellement particulière que mes doutes et mes peurs n'avaient pas résisté à l'amour que je lui avais aussitôt porté. Elle m'avait guérie, m'avait rendue si forte, pas seulement physiquement. J'étais plus sûre de moi et sûrement plus mature. Même si la vie ne m'y avait pas préparé, j'avais eu les gestes d'une mère envers elle dès sa naissance. Je n'en doutais pas, j'étais une bonne mère pour Renesmée. Je n'avais à l'esprit que son bonheur et sa sécurité. Comme Edward avant son départ. Je secouai la tête pour me concentrer sur ce que disait justement mon vampire.
« Elle a encore grandi. »
« Oh non, j'ai raté une journée ! »
« Nous l'avons photographiée ne t'inquiète pas. »
« Donne moi deux minutes et je descend » m'écriai-je depuis la salle de bains.
Mais quand je revins, il était toujours là, la bouche grande ouverte, les yeux perdus.
« Que se passe-t'il ? »
« Bella tu as fait très vite, un instant tu étais dans mes bras et l'instant d'après tu étais dans la salle de bains. »
« Oui, parfois j'arrive encore à être rapide. Quand je le veux vraiment, j'ai l'impression d'être plus rapide que d'habitude. Allons-y. »
Le salon était sans dessus dessous, Renesmée n'y était certainement pas étrangère. Des couverts tordus traînaient à terre, deux chaises brisées jonchaient un coin de la pièce, des fleurs gisaient au sol. Un vrai champ de bataille.
« Je suis désolée pour les dégâts. »
« Ne t'excuse pas, Bella, me répondit aussitôt Esmée. Ce n'est rien, c'est même la faute d'Emmett ! »
« N'importe quoi, ma nièce est une tornade ! »
« Tu as voulu jouer à chat avec elle ! » rigola Carlisle.
« Il n'empêche que Nessie a adoré » surenchérit Emmett.
« Je vois que ce surnom vous a été divulgué ! »
« Bella, ne prend pas la mouche, me dit Edward en m'enlaçant, Ness… Renesmée l'adore. »
J'avais perdu cette bataille ! Ils s'étaient tous ligués contre moi. Elle n'était pas un monstre, je ne comprenais pas cette envie de la comparer au Loch Ness ! Mais venant de ma famille, comme de Jacob, je me résignais à laisser faire. Je n'avais pas quitté les bras d'Edward et je me rendis compte que j'étais devenue le centre d'intérêt de tous les vampires de la pièce, c'est-à-dire, toute ma famille. Esmée, avec notre fille dans les bras, se mordait les lèvres tant elle souriait, Alice trépignait sur place, Rosalie me regardait avec gentillesse (depuis hier, elle ne cessait de me sourire d'ailleurs), Emmett semblait rire d'une bonne blague, Carlisle semblait pensif mais souriait également, seul Jasper restait concentré, ses yeux semblaient vouloir me dire quelque chose. La peur que j'avais commencé à ressentir s'évanouit comme par miracle (merci Jasper) et je me détendis avant de leur demander :
« J'ai un nez de clown ? »
« Bella, ma chérie, je suis si heureuse pour vous. »
« Esmée, merci mais … qu'est ce qui se passe ? »
« Merci maman, murmura Edward. Cela me touche beaucoup. Je me rends compte de la peine que je vous ai infligé à tous, et je promets de me racheter, dit-il avec sérieux. »
Je ne comprenais rien, comme d'habitude ! Ils avaient déjà exprimé leur joie hier de me revoir, de connaître Renesmée et nous voir réuni Edward et moi. J'avais passé la soirée à les remercier pour cela d'ailleurs. Qu'est ce qui avait changé ?
« Edward ? »
« Excuse nous Bella. Pendant ton sommeil, j'ai annoncé à tout le monde que je voulais nous trouver un petit chez nous pas très loin, si tu veux bien, et … »
« Euh, oui, c'est peut-être préférable car la villa sera détruite en moins d'une semaine à ce rythme là ! »
« Mais il faudra venir nous voir tous les jours » pépiait Alice.
« On verra si ce que l'on trouve ne sera pas trop loin, d'ailleurs nous n'avons pas le choix pour Jacob. »
Emmett riait maintenant franchement. J'en avais assez d'être le dindon de la farce !
« Mais quoi à la fin ? »
« Mon amour, nous avons déjà un chez nous, tout prêt d'ici, qui n'attend que nous. Si tu le veux bien naturellement. Ne te sens pas obligée d'accepter. »
« Oh ! »
« Mais vous n'y habiterez pas tant qu'avec Esmée et moi nous n'avons pas fini le réaménagement ! » ajouta Alice.
« OK… mais pourquoi vous faites ces têtes ? »
L'hilarité les gagna tous. Zut ! Je quittais les bras de mon vampire et allai m'asseoir sur un des canapés, non sans avoir au préalable enlevé un chandelier déformé.
« Puis-je te parler seule à seule ? demanda Esmée. Viens. »
Elle m'entraîna dans la cuisine et me fixa de longues secondes avant de reprendre la parole.
« Bella, je sais que tu es réticente aux cadeaux en tout genre. Aussi, j'espèrais qu'en te l'annonçant moi-même tu accepteras. Mais avant je voulais te raconter ce qui a précipité notre départ. »
« Edward me l'a déjà expliqué et… »
« Oui mais il t'a dit pourquoi IL était parti. Vois-tu, je l'aime comme si il était de ma propre chair, et je fus partagée entre la douleur de le voir se morfondre et la douleur de votre séparation. Mais plus encore, j'étais optimiste et pensais qu'il exagérait comme à son habitude. »
« Esmée, vous n'avez pas à me dire tout cela, je me suis toujours sentie comme chez moi auprès de vous tous. »
« Tu fais partie de notre famille. Je l'ai très vite compris. Mais après l'épisode de James, nous avons tous cru que ce n'était qu'une question de semaines avant qu'il n'accède à ton désir de devenir comme nous. Tout l'été, j'ai voulu préparer un foyer pour votre future vie. Vois-tu, Emmett et Rosalie ont été si infernaux après leur rencontre, nous leur avons vite ordonnés de se trouver un nid d'amour, nous ne supportions plus leurs… échanges. »
J'entendis Emmett rire depuis le salon puis une claque résonna, Rosalie n'aimait pas que l'on parle de sa vie privée.
« Vous voulez dire que depuis l'été dernier, il y a quelque part une maison pour Edward et moi ? »
« Oui ça devait être un cadeau pour ta transformation, mais surtout un lieu où tu aurais pu apprendre avec Edward à vivre comme nous. »
« C'est trop, merci ! »
« Ce n'est qu'une maison tu sais. »
« Je voulais dire, d'avoir pensé à ça, d'avoir préparé à l'avance ma nouvelle vie ! »
« De rien ma chérie. Et tutoie moi, ainsi que Carlisle s'il te plaît. Je voulais surtout te remercier à nous de me considérer comme la grand-mère de ta fille, et de lui avoir donné un si joli prénom. »
« C'est tout naturel. Merci pour la maison. J'ai hâte de la voir ! »
« Sois patiente, comme te l'a dit Alice, nous devons finir les nouveaux aménagements car nous n'avions pas prévus une deuxième chambre ! »
En revenant dans le salon, Esmée reprit Renesmée dans les bras, qui s'était endormie. Ma fille bougea et sa main se retrouva en contact peau à peau avec le bras d'Esmée. Celle-ci sursauta puis resta figée plusieurs secondes. Elle était sûrement en train de partager les rêves de ma fille. Nous n'en avions pas encore parlé. Edward comprit également et prit aussitôt la parole, après avoir ôté la main de Rensmée du bras de sa mère.
« Edward, qu'est ce que c'était ? » demanda Esmée.
« Quoi donc ? » coupa Carlisle.
« Dès qu'elle m'a touchée, ma vue s'est brouillée et j'ai vu Jacob ! »
« Maman, ne soit pas inquiète. C'est Renesmée qui t'a fait partager ses rêves. C'est ce dont nous allions vous annoncer avec Bella. Tu veux leur raconter mon amour ? »
« Oui, soufflai-je. Tout d'abord sachez que ce don est pour le moment le seul que j'ai constaté. Renesmée est capable de communiquer avec une personne en la touchant, elle lui fait voir ce qu'elle pense, ce qu'elle veut, ou ses rêves. »
« Mais elle n'a pas quitté nos bras et moi je n'ai rien vu » dit Rosalie.
« C'est moi qui lui ai demandé. Avant sa naissance, mes rêves se sont révélés être très intenses, je les croyais très réels. Au début c'étaient mes rêves et puis ce furent les siens. Renesmée partageait mes rêves, elle songeait à Edward et moi et aussi à Jacob. Elle vous connaît tous car j'ai souvent rêvé de vous. A sa naissance, elle communiqua ainsi avec moi mais aussi avec Sam et la meute, avec Emily et Billy. Mais leurs réactions étaient si réservées, ils avaient peur finalement alors j'ai dit à Renesmée de ne pas communiquer ainsi avec quelqu'un d'autre que Jake et moi, et puis ensuite Edward. Je tenais à vous prévenir avant, mais je n'ai pas eu l'occasion en fait. »
« Bella, c'est incroyable, murmura Carlisle. Elle est prodigieuse. Elle nous réserve encore bien des surprises. »
« D'ailleurs Carlisle, il nous faut absolument comprendre sa croissance et savoir ce qui va lui arriver, si elle sera plus vampire qu'humaine. »
« Oui, nous nous y mettrons dès demain. Je n'ai hélas aucune piste. »
« Les Quileutes ont des légendes où le cas d'enfants comme Renesmée est évoqué, dit Edward. Mais c'est très flou et surtout, Bella n'a pas suivi le schéma prévu, une fois de plus. »
Edward me sourit et me serra la main, il devina mon trouble à l'évocation de ces légendes sanglantes. Je décidai à nouveau de leur expliquer, et de leur parler aussi de ma grossesse.
« Les Quileutes ont beaucoup d'histoires sur les Sangs Froids, certaines concernent des femmes violées et laissées pour mortes par ces créatures. Elles ne survivaient que lors de la grossesse, et étaient tuées par les enfants qui naissaient en déchirant le ventre de leur mère avec leurs dents. »
Je les avaient choqués, j'avais utilisé le terme Sangs Froids et non vampires même si je ne les associais pas du tout aux monstres de ces légendes. Rosalie s'était approchée de moi et prit mon autre main, Edward étant toujours à mes côtés.
« Ma grossesse ne s'est pas du tout déroulée ainsi. Ce furent des semaines merveilleuses. Après votre départ, j'étais très … déprimée. Sans que je ne m'en aperçoive je changeais aussi physiquement, ma peau devint pâle, le sang m'attirait et je mangeais des kilos de viande crue. Mes yeux sont devenus presqu'aussi dorés que les vôtres. J'ai pris conscience de mon état au bout de deux mois environ, Sam et Jacob m'ouvrirent les yeux. Je n'étais plus maladroite, j'étais même très rapide. J'avais aussi développé, selon Jacob, moi aussi une aptitude, un don. Nous étions dans la forêt quand Victoria nous attaqua un jour et par ma seule volonté je l'ai projetée, ainsi que Jacob, à plusieurs mètres de moi. Quelques jours plus tard, j'ai fait de même contre Jacob, je m'étais sentie alors en danger et en colère. »
« Bella, ma pauvre, tu as été si courageuse, me dit Alice. Tu as affronté notre monde et ses dangers sans personne pour te protéger. »
« Tu oublies Jake ! »
« Oui je comprends mieux pourquoi je ne te voyais plus. J'ai pu constater que la présence des loups bloquait mes visions. »
« Oui ça expliquerait pourquoi nous avons cru durant 24h que tu étais morte » ajouta Carlisle.
« Je ne voulais pas vous peiner en évoquant cela. Dès que je me suis rendue compte que Renesmée était en moi, ma vie a totalement changé, en acceptant cet enfant, j'ai accepté de revivre et d'être heureuse. Mon attrait pour le sang s'accentua et un jour, je me suis attaquée à une biche. »
C'était risible de les voir aussi choqués ! Je devais pourtant continuer et je savais qu'ils ne me voyaient pas comme un monstre.
« J'ai dû quitter mon père, mes amis, le lycée bref ma vie car les changements devinrent de plus en plus spectaculaires et je ne pouvais pas vous exposer ainsi que la meute. J'ai vécu à la réserve puis dans une cabane en forêt avec Jake. Les Anciens m'ont gardée à l'œil et j'ai accouché chez Sam et Emily. Au bout d'une semaine nous sommes repartis tous les trois à la cabane. Renesmée a très vite appris à chasser. Elle n'a pas été facile à suivre, c'est pour cela que nous étions si loin de toute présence humaine, c'était trop dangereux. Puis Edward est venu nous chercher… »
« Je n'aime pas le regard que Jake porte sur toi et Renesmée » dit durement Rosalie.
Je la sentais inexplicablement très protectrice envers Renesmée et moi. Je ne comprenais pas pourquoi mais j'étais soulagée, elle ne semblait plus me haïr. Cette fois-ci, Edward prit la parole.
« Les loups ont, entre autre, la particularité de tomber amoureux inconditionnellement, rien ne peut alors séparer les de l'élue. Ils s'imprègnent. Je sais que cela va vous choquer mais sachez que je l'ai accepté ainsi que Bella. C'est difficile pourtant mais Jake fait preuve d'une grande maturité et surtout il n'y peut vraiment rien, je l'ai lu dans ses pensées. »
« Ne me dis pas qu'il en a après Bella ! » s'exclama Emmett.
« Non, il s'est imprégné de Renesmée, alors même que Bella était encore enceinte. »
Les cris réveillèrent Renesmée qui dormait si paisiblement. Paniquée elle me chercha et Esmée me la tendis.
« Désolée Nessie, dit aussitôt Rosalie. Rendors-toi nous serons silencieux maintenant. »
« Je vous demande à tous de ne rien tenter contre lui, ajouta Edward. Renesmée est elle aussi depuis le début très attachée à Jacob, et elle m'a même interdit de lui crier dessus. Vous n'avez pas le choix, il faut faire avec. »
Encore une soirée mouvementée. J'avais beaucoup dormi aujourd'hui mais je ne résistai pas longtemps et sombrai quelques minutes après avoir rejoint notre chambre. Je ne voulais pas penser à toutes les questions que ma famille avait voulu nous poser, je préférais rêver de notre future maison et de la chance que j'avais. Mon bonheur était inespéré, il y a encore quelques mois, je m'endormais trempée de larmes, aujourd'hui, un grand sourire ne quittait pas mes lèvres.
