Merci à Little Eve, Chanlight, IIRSI, saramiel et Deathscythe00 pour leurs reviews !


Chapitre 9

Ou

Sa Majesté endormie


Quand le chevalier Heero (enfin, apprentis chevalier) ouvrit les yeux, il sentit d'abord que quelque chose n'allait pas tout à fait.

Il avait mal partout, mais ça, c'était normal.

Entre les coups de couteau et la chute qu'il avait faite, il aurait été incroyable qu'il n'ait rien de cassé !

Il n'était pas une machine après tout.

Non, ce qui lui semblait déplacé, c'était le plafond au dessus de sa tête.

Il se souvenait d'une carriole tombant dans une rivière, pas d'une charmante cabane en bois et d'un lit confortable !

Prenant son courage à deux mains, et ignorant la douleur, il entreprit de se redresser doucement pour observer un peu plus ce qu'il y avait autours de lui.

La pièce dans laquelle il se trouvait était petite, peu meublée, mais restait charmante.

Il y avait une petite armoire, un broc d'eau, et le lit dans lequel il se trouvait.

Une fenêtre laissait entrer les chauds rayons du soleil dans la pièce.

Un court instant, il se demanda si ce n'était pas ça le paradis finalement, mais la douleur l'empêcher de croire réellement à cela.

Il se rappela alors qu'il n'était pas le seul à être tombé de cette falaise, Sa Majesté était avec lui, et peut-être qu'elle était blessée !

Heero l'avait, certes, protégé durant leur chute, mais Duo était déjà sans connaissance, et le jeune chevalier ne savait pas du tout ce que son prince avait pu devenir depuis.

Il tenta de se relever rapidement pour se mettre en quête de Sa Majesté.

Mais, il le tenta certainement trop rapidement, puisqu'il se retrouva directement allongé sur le plancher, la douleur le paralysant, et le paysage tournant dangereusement devant ses yeux.

Au vu du bruit qu'il avait fait en chutant, il ne fut pas surpris d'entendre la porte de la chambre s'ouvrir rapidement et de voir deux pieds, chaussés de petits chaussons blancs, apparaître devant ses yeux.

Il leva les yeux pour croiser un regard bleu à la fois amusé et inquiet d'une jeune femme qui se pencha immédiatement vers lui et ouvrit sa chemise.

Heero la regarda faire sans bouger, se demandant un peu pourquoi, alors qu'elle le trouvait au sol, elle prenait directement la peine de le déshabiller.

En fait, elle vérifiait tout simplement qu'aucune des blessures du jeune homme ne s'était rouverte à cause de sa maladresse, mais comme elle ne le lui avait pas vraiment précisé, elle resterait à ses yeux comme étant une femme qui déshabillait trop rapidement des hommes qu'elle ne connaissait pas.

Soulagée de voir qu'il n'y avait pas de sang sur les bandages, elle regarda le jeune chevalier avec un air accusateur.

– Vous n'avez rien de mieux à faire que de vous jeter au sol vous ?

Heero tenta, bien sûr, de lui expliquer que son intention première n'était pas de se jeter au sol, mais aucun son ne sortit de sa gorge, sa voix était bien trop rauque pour être compréhensible.

La jeune femme mit ses deux mains sous les aisselles du jeune homme et entreprit de l'aider à se relever pour le remettre au lit.

Ce faisant, elle serrait les dents, on sentait clairement l'effort qu'elle devait faire pour soulever quelqu'un de la corpulence d'Heero.

- Je suppose que les chutes sont une sorte de passion pour vous, mais il faudrait trouver une occupation moins dangereuse !

Heero n'eut rien le temps de dire, et elle le fit assoir sur le lit, relevant l'oreiller pour lui permettre de ne pas se faire mal au dos.

Elle lui rabattit la couverture sur les genoux et lui servit un verre d'eau en continuant à maudire ses passes temps suicidaires.

Il n'eut toujours rien le temps de tenter de dire qu'elle le fit boire doucement, par de toutes petites gorgées.

C'est en buvant qu'il se rendit compte qu'il avait réellement soif.

Il posa sa main sur celle de la jeune femme pour tenter de boire un peu plus, mais elle lui retira rapidement le verre.

– Si vous buvez trop d'un coup, vous allez vomir !

Il la regarda un instant avec toute la haine qu'il pouvait bien avoir, mais elle se contenta de poser les mains sur les hanches et de relever un sourcil en lui rendant un regard froid juste comme il fallait.

– Pas la peine de me menacer de mort ! Je vous ai sorti de la rivière, soigné et veillé, alors si je dis que vous ne devez pas boire plus, vous ne boirez pas plus ! Sauf si vous avez envie de changer les draps, parce que moi, je le ferais pas !

Heero se sentit soudainement un peu plus honteux.

Après tout, cette jeune fille avait certainement veillé sur eux pendant un certain temps, et au lieu de l'en remercier, il lui donnait des problèmes en plus.

Elle sembla se rendre compte de son changement d'attitude, et s'adoucit quelques peu.

– Ne faîtes pas cette tête de chien battu, ça me ferait presque regretter votre réveil !

Le jeune chevalier redressa la tête et s'éclaircit la gorge.

- Pardonnez mon attitude, mais…

- Mais vous êtes épuisé, vous avez mal, soif, faim et en plus, vous êtes inquiet pour votre ami, c'est ça ?

Heero se contenta d'acquiescer, reposant sa gorge douloureuse au maximum.

– Votre ami va bien, il n'est pas blessé. Cependant…

Soudainement, Heero s'inquiéta réellement.

Si elle disait que tout allait bien, elle semblait cependant ennuyée par quelque chose.

Sentant que le chevalier était à nouveau prêt à se jeter par terre, sa sauveuse préféra prévenir les dégâts.

– En fait, le seul problème vient du fait qu'il ne se réveil pas. Il dort depuis des jours, et rien ne semble vouloir le tirer de son sommeil…

Heero prit cette nouvelle calmement, après tout, il était normal après avoir repoussé un démon de son esprit que le prince continu à dormir pendant quelques temps.

Le fait qu'il ne soit pas blessé était tout ce qui comptait.

Soulagé, il se laissa aller un peu plus contre l'oreiller et respira un peu mieux.

Son attitude rassura la jeune fille et elle décida de ne plus trop s'en faire pour la belle au bois dormant de la pièce d'à côté.

Alors, comme elle n'avait plus à s'inquiéter pour le jeune homme endormis, elle décida de s'inquiéter un peu plus pour celui qu'elle avait sous les yeux et qui avait été plus que blessé avant qu'elle ne le trouve.

Elle lui fit un sourire rassurant et passa doucement sa main dans les cheveux trop longs du chevalier.

– Bien, si tout va bien, alors vous allez pouvoir vous reposer, vous n'avez plus rien à craindre ici, alors prenez votre temps.

Et, alors qu'Heero refermait doucement les yeux, elle le borda et quitta la pièce sans un mot, allant préparer une soupe pour qu'il puisse manger tranquillement.


Les jours étaient passés sereinement, et Heero s'était peu à peu remit de ses blessures et pouvait à présent quitter sa chambre très facilement pour, notamment, aider Réléna à les entretenir.

Il s'avérait que la maisonnée de la jeune fille se trouvait perdue dans une charmante petite clairière.

Elle vivait de son jardin et de l'eau de la rivière, et n'avait que rarement des invités.

Au moins, Heero était rassuré, jamais Oz ne viendrait les chercher dans un endroit aussi isolé, ils auraient le temps de totalement se remettre de leurs blessures.

Il pourrait attendre doucement que Duo rouvre les yeux.

Et, à force d'attendre, d'aider Réléna et de vivre, le jeune chevalier ne vit plus vraiment le temps passer.

Et, au bout de deux mois, alors qu'il se rasait, il s'arrêta un instant et regarda dans la glace ce qu'il y voyait.

Un jeune homme plus en forme, de bonnes couleurs aux joues, des cheveux plus courts et plus soignés, à défaut d'être réellement coiffés, des vêtements blancs et propres, les seuls que Réléna avait pu lui fournir.

C'était elle qui lui avait coupé les cheveux, elle en avait assez de le voir avec de trop longues mèches dans les yeux, résultat, il avait un nid d'oiseau maintenant, mais elle avait fait de son mieux.

Et, il devait se l'avouer, mener le genre de vie qu'il avait avec elle ne lui déplaisait pas, il y avait même quelque chose de normal à vivre comme ça.

Parfois même, il oubliait que Duo dormait dans l'une des pièces de la maison, mais ce genre d'oubli ne durait jamais longtemps, car il finissait toujours au chevet de Sa Majesté à prier pour son retour, mais également pour qu'il ne se réveil pas.

En fait, il ne savait tout simplement pas quoi penser.

Lorsque Duo se réveillerait, Heero et lui devraient reprendre la route, reprendre le cours de la vie dans ce royaume où le mal devait se déchaîner depuis un moment.

Si ici les démons n'étaient pas visibles, Heero savait que dans les grandes villes, cela ne devait pas du tout être comme ça.

Retourner au monde réel et voir la conséquence de l'ouverture de la porte, voilà quelque chose qui l'effrayait au plus haut point.

Et en même temps, chaque jour où le jeune prince restait endormi le séparait d'une occasion de sauver des gens, de réaliser son devoir de chevalier et de réussir à refermer la porte et à réparer ses erreurs.

Alors, il ne savait jamais ce qu'il devait prier.

Et, alors, qu'il se regardait dans la glace et qu'il s'était arrêté un instant pour se demander ce qu'il convenait réellement de faire, ou de tenter de faire, la porte de sa chambre s'ouvrit, et Réléna entra tranquillement en souriant.

Alors, Heero se dit tout simplement qu'il devait continuer à vivre ici tant qu'il le pouvait et qu'il serait toujours temps de s'en faire après.


Alors que le chevalier Heero vivait tranquillement une vie de simple paysan auprès d'une jeune fille qu'il commençait à très bien connaître, le monde changeait peu à peu.

Il ne s'était pas modifié de manière soudaine ou brutale, non, tout avait été bien plus doux, bien plus lent.

D'abord, il y avait eu quelques attaques de créatures que l'on pensait disparues à jamais, ce qui avait eu le mérite d'avertir les nobles et monarques de ce qui pouvait être en train de se passer.

Certains prirent ces avertissements au sérieux, et levèrent des armées, préparèrent le peuple à faire face à une vague encore plus importante de ces créatures.

D'autres firent comme si ces êtres n'étaient qu'un relent d'un passé à jamais révolu, des rejets auxquels il ne fallait pas prêter attention.

Le petit peuple, qui ne pouvait prendre de réelle autre décision que de s'armer un minimum et se cloîtrer chez soi, n'avait d'autre réel ressort que la prière.

Les cinq déesses avaient, une fois, enfermé le mal derrière de gigantesques portes, ne pouvaient-elles pas recommencer ?

Et, pour assister à ces changements au sein de la population, Hilde avait été aux premières loges.

Elle avait continué à voyager avec Raven, Monsieur Jenkels et Madame Meldens.

Le chevalier avait quitté son armure depuis longtemps, trop connu au sein des bourgades, et repentis de son rôle de chevalier noir du groupe de Oz.

Les premiers villageois qu'ils avaient pu rencontrer les avaient accueillis comme il se devait, leur ouvrant leurs granges et leurs garde-mangers.

Mais plus ils avançaient, plus les ténèbres s'étaient répandus et, peu à peu, les portes restaient closes pour les voyageurs et la nourriture se faisait rare.

Et même si Raven avait été leur ennemi quelques jours, Hilde se félicitait qu'il soit avec eux.

En plus de les protéger de son épée, il les nourrissait de ses chasses et les dorlotait de ses connaissances les plus basiques.

Parce qu'elle, allumer un feu sans allumettes, elle ne savait pas faire.

Les deux personnes âgées suivaient le rythme avec une facilité insoupçonnée, on sentait chez Monsieur Jenkels une certaine habitude de toutes ces routes, et il semblait y sautiller comme un jeune homme partant pour l'aventure.

Quand à Madame Meldens, elle ne se faisait jamais avoir par une quelconque racine, et ne se plaignait jamais du rythme de la marche.

On sentait en elle la volonté de faire au mieux, et de se rendre utile.

Et la nuit, lorsqu'allongée sur le sol Hilde cherchait à trouver le sommeil, elle se disait que leur situation n'était pas si mauvaise.

Elle écoutait les ronflements de Monsieur Jenkels, les mots que Madame Meldens baragouinait dans son sommeil, et la respiration calme et détendue de leur protecteur, enroulé dans sa cape un peu plus loin.

Ces soirs là, elle se disait même qu'elle était heureuse d'être là.

Certes, elle ne perdait pas l'espoir de rentrer chez elle un jour, mais vivre ce genre de choses était tout de même suffisamment exceptionnel pour mériter d'être apprécié.

Seul manquait à son bonheur la présence d'une seule personne.

Son meilleur ami.

Mais elle ne s'en faisait pas. Monsieur Jenkels semblait savoir où il allait, et il le lui avait assuré, ils partaient à la recherche de Sa Majesté.


Dormir.

Dormir était tellement facile.

Dans le sommeil, rien ne pouvait nous atteindre, rien ne pouvait nous être prit.

Et même, tout nous été acquis.

Il suffisait de garder les yeux fermés pour rêver de ce que l'on voulait.

Un monde sans chevalier et sans morts.

Ou, tout du moins, un déroulement différent.

En revenant très exactement au moment devant la porte, dans le bar.

Si Tristan l'avait passé avec eux….

Est-ce que cela aurait changé quelque chose ?

Serait-il mort tout de même ?

Pas dans le rêve de Duo en tout cas.

Non, dans ce songe qui le gardait dans ses filets depuis trois mois maintenant, Tristan n'était pas mort.

Il avait passé la porte avec eux, et avait su prévoir la trahison de Treize le Grand Conseiller.

Ils avaient fui tous les trois.

Est-ce qu'ils réalisaient ensemble des actes héroïques ?

Est-ce qu'ils résistaient au mal ?

Bien sûr.

Ils avaient sauvé Hilde, Monsieur Jenkels et Madame Meldens, les tirants des pattes du Oz.

Ils vivaient dans ce monde qui était celui de Duo, voyageant chaque jour du levé au couché du soleil, les jours passant à la fois rapidement et terriblement lentement.

Quelque part, Duo savait qu'il rêvait.

Il le savait, parce qu'il se rappelait de la vérité.

Mais, les jours passaient si bien dans son rêve, qu'il ne voyait pas quelle urgence il pouvait bien y avoir à se réveiller.

Après tout, s'il le fallait vraiment, on le secouerait, et il ouvrirait les yeux en grognant, se demandant pourquoi ces jours bienheureux ne pouvaient qu'être un rêve.

Mais un soir, ou un matin, après tout, ce n'était qu'un rêve, quelque chose changea.

Ses compagnons, autours du feu de camp qu'ils avaient pu faire pour passer la nuit, cessèrent soudainement de parler pour ne regarder que droit devant eux.

Duo se releva légèrement, se demandant ce qui pouvait bien causer ce comportement si soudain.

Une main se posant sur sa joue le fit sursauter, et en se retournant, il croisa les doux yeux bleus d'Ayane, dite la douce, reine du royaume de Lorna, héritière des déesses et, accessoirement, sa mère.

Face à sa surprise de la trouver ici, elle lui fit ce sourire si doux qu'elle lui réservait toujours.

Et il se rendit compte qu'elle lui avait manqué.

Sans même trop savoir comment, il eut à nouveau une dizaine d'années, et il se cramponnait à elle, comme si sa vie en dépendait.

Aucun mot ne sortit de leurs bouches, tout simplement parce qu'en rêve, on n'avait pas besoin de parler pour s'entendre.

Alors qu'elle lui caressait les cheveux, Duo sentit clairement une chose, si sa mère était intervenue dans son rêve, c'était parce qu'il était temps pour lui de se réveiller, de reprendre le cours de sa vie.

Et surtout, de prendre ses responsabilités.

Se reculant un peu, il regarda sa mère, faisant passer dans son regard toute la peur et toutes les craintes qu'il avait à l'idée de devoir ouvrir les yeux, de devoir se confronter à ce qu'il avait pu faire.

A ce qu'il s'était passé dehors.

Il avait aussi peur de ne pas réussir à réparer son erreur, et de condamner tout un monde aux ténèbres, uniquement parce qu'il avait été trop faible devant la menace.

Et d'un simple sourire, sa mère balaya tous ses doutes.

S'il avait peur, c'était parce qu'il s'en voulait, mais s'il restait là à ne rien faire, rien ne changerait dans le monde du dehors.

Il se devait d'essayer de réparer son erreur.

Il se le devait à lui, parce qu'il en était capable, parce qu'il avait plus d'honneur qu'un lâche préférant se cacher et faire comme si tout allait bien.

Et il le devait aux autres, à ses amis qui croyaient en lui, aux innocents qui souffraient injustement.

Alors, Duo comprit qu'il ne serait pas seul face à cette tâche, et qu'il se devait de tout faire pour la réaliser.

Et, après avoir dit à sa mère à quel point il l'aimait, il décida de se réveiller, et d'accepter son rôle.

Pour le bien de ce monde, il allait se réveiller, et être Sa Majesté.


A suivre…

N'hésitez pas à donner votre avis, vos conseils, ou quoi que ce soit ! Merci de me suivre !

Bises !