9- Explosion
L'explication que Rodney espérait n'eut pas lieu le jour même, ni le lendemain, ni les jours suivants. John l'évitait comme la peste. Il songea amèrement que le seul contact physique qu'il avait eu avec le militaire avait été une tape sur la tête lors de la mission où ils avaient découvert cette enfant Wraith, Ellia. John s'était retrouvé le bras en sang et quand il était arrivé à l'infirmerie, miracle, il n'y avait plus aucune trace de sa blessure. Encore un des grands mystères de la galaxie de Pégase. Quoiqu'il en soit Carson avait relâché Sheppard en attendant les résultats des examens et Rodney allait en profiter pour avoir avec le militaire cet entretien trop longtemps différé.
Il s'arrêta devant la porte du colonel Sheppard et respira un bon coup. Cela ne pouvait plus durer. Il hésita un instant et frappa. La porte coulissa immédiatement. Le militaire se tenait debout près de la fenêtre, les bras croisés sur la poitrine dans une attitude défensive. Rodney fronça les sourcils. Le visage de son ex? amant n'était pas très avenant et il n'avait pas l'air particulièrement heureux de le voir. Merde ! John avait la rancune tenace, pas de doute. Mais ils allaient s'expliquer. Pour cela il devait garder son calme. Il s'avança au centre de la pièce, embarrassé, ne sachant pas trop bien par où commencer. Evidemment John n'allait rien faire pour l'aider.
-Ecoute, commença Rodney, il faut qu'on parle...
-Je ne vois pas ce qu'on a encore à se dire, le coupa John froidement. Je t'ai déjà demandé de me laisser tranquille.
-Il fallait que je te voie.
-Et moi je n'ai pas envie de te voir, répliqua le militaire méchamment.
Rodney serra les dents. Une boule se forma dans sa gorge. Il déglutit et reprit.
-John, pardonne-moi. Ce que tu as dit l'autre jour au mess, ce n'est pas vrai. Je n'ai pas pris ta sécurité à la légère ni fait preuve de mépris pour ta vie. Tu es trop important pour moi.
-Ah bon? Le railla le militaire, il y a quelqu'un d'important pour le grand docteur McKay hormis lui-même ? C'est un sacré scoop, ça.
Rodney blêmit.
-John , tu sais très bien que tu comptes pour moi. Tu m'as dit que je pouvais retrouver ta confiance alors donne-moi une chance, je t'en prie.
-C'est pas pour aujourd'hui, répliqua vertement le militaire, il va me falloir du temps pour y arriver. Maintenant retourne à ton labo ou au diable mais fous-moi la paix.
Le sang de Rodney ne fit qu'un tour. Il rougit de colère. Il ne s'était pas attendu à se faire rabrouer ainsi. Le militaire le fixait avec...mépris ? Dédain? Il ne savait pas trop bien. Tout ce qu'il voyait était qu'il se heurtait à un mur. John se montrait intraitable.
-Mais tu commences à m'emmerder avec ta confiance ! hurla t-il. Je n'ai pas trahi ta foutue confiance! J'étais sûr de moi, il n'y avait rien de prémédité de ma part ! Mais pour qui tu te prends, espèce de crétin de militaire ! Tu m'as humilié devant tout le monde au mess.
-Tu m'as raconté des conneries pour me persuader d'y aller, ! Cria John à son tour. Je te revois à ma porte avec ton...comment tu l'appelles déjà ? Allez, fais-moi rire, Daghlian, c'est ça, le type qui a passé les trois dernières semaines de sa vie à essayer de comprendre son erreur. Tiens, à propos d'erreur, vous avez ça en commun tous les deux. Seulement la tienne elle peut se mesurer à l'échelle cosmique. Putain, les trois quart d'un système solaire, t'es fort McKay !
Rodney rougit violemment.
-OK, j'ai foiré. Mais bien sûr quand c'est moi, on ne laisse rien passer, hein? Quand Carson a aidé cette Perna pour mettre au point le sérum qui a tué les trois quart de la population sur Hoff, personne n'a tiqué, hein?
-T'es pas juste, là! rétorqua le militaire. Carson ne s'attendait pas à ce que cela se passe comme ça.
-Mais moi non plus, merde ! Hurla de plus belle le scientifique. Pourquoi tu ne veux pas me croire? J'ai fait une énorme erreur mais je ne suis pas le seul!
-Arrête de crier ! hurla le militaire à son tour.
-Et quand tu as réveillé les Wraith, hein ? Les conséquences se chiffrent à combien de morts à ton avis ? Combien de planètes dévastées, d'être humains tués ? Des milliers ? Des millions ?
La seconde d'après il était plaqué la face la première violemment contre le mur. Son front heurta une petite saillie et il sentit quelque chose d'humide couler de son front le long de sa tempe. II n'eut pas le temps de protester qu'il fut retourné avec brutalité. Cette fois-ci ce fut son dos qui frappa durement la paroi.
-Espèce de dingue ! Lâche-moi, cria t-il.
Il essaya de se dégager mais il était pressé contre le mur. Il sentit le genou du militaire s'insinuer avec rudesse entre ses jambes et remonter jusqu'à presser sans douceur son périnée. Dans la foulée le colonel attrapa ses poignets et les plaqua au-dessus de sa tête. Son cœur se mit à battre violemment. Il était terrifié. Il rencontra le regard de l'autre homme et sa peur redoubla. Il y avait quelque chose de pas normal dans la manière dont l'autre homme le regardait. Ses pupilles étaient étrangement dilatées. Son regard avait quelque chose de féroce, d'animal. Il pouvait y lire une espèce de rage qui lui fit froid dans le dos Merde ! Il y avait quelque chose qui clochait. Rodney était terrifié, sur le point de vomir son déjeuner. Il tremblait de peur mais n'osa pas crier. Il fallait qu'il retrouve se sang froid et se sorte de là. Il ferma les yeux trois secondes le temps de retrouver ses esprits. Quand il les rouvrit John avait les yeux rivés sur sa blessure. Il semblait fasciné.
-Sheppard, prononça t-il en essayant d'empêcher sa voix de trembler. Mais en entendant les trémolos qui sortaient de sa bouche il comprit que c'était peine perdue. Le militaire accentua la pression. Rodney se demanda s'il allait hurler ou supplier. Lâche-moi, je t'en prie, reprit-il d'une voix plus douce.
Rodney vit une lueur d'incertitude flotter dans le regard de son compagnon. Ce dernier sembla reprendre ses esprits et desserra son emprise des poignets du scientifique qui n'attendait que cette occasion. Il avait été à bonne école avec le militaire. Dès que ses mains furent libres il en profita pour repousser l'autre homme de toutes ses forces tout en lui envoyant un crochet de la main droite. L'effet de surprise joua pour lui. Le militaire perdit l'équilibre et se retrouva assis au sol les jambes écartées, hébété. Rodney ne demanda pas son reste et s'enfuit précipitamment.
Le scientifique se dirigea tout d'abord vers ses quartiers mais se ravisa. Il n'avait pas envie de se retrouver seul et puis, si John le suivait, c'est là qu'il irait tout d'abord le chercher. Il songea à aller trouver Elisabeth mais il ne savait pas si c'était une très bonne idée. Qu'allait-il lui dire ? Qu'il s'était disputé avec le colonel et que ce dernier s'était montré assez...brutal. Elle poserait inévitablement des questions et Rodney aurait été assez embarrassé pour lui fournir des réponses. Peut-être Carson? Il fallait voir. Il s'arrêta aux toilettes et examina sa blessure dans un miroir. Ça n'avait pas l'air trop mauvais. Il saisit une feuille de papier et la nettoya. C'était un peu enflé, il irait voir le médecin plus tard, on ne savait jamais. Il prit la direction de son laboratoire. Là il y avait du monde et il serait en sécurité. Il avait besoin de réfléchir. Il se sentait encore assez secoué et en entrant dans le labo il s'aperçut que ses mains tremblaient. Il ne devait pas avoir l'air bien car Zelenka s'avança vers lui l'air soucieux.
-Ça va Rodney ? Lui demanda le tchèque d'un ton plein de sollicitude. Vous avez quelque chose, là au front. Vous vous êtes fait mal?
Le scientifique eut tout d'abord envie de le rembarrer vertement, selon son habitude, mais il se retint. Radek s'était montré chic avec lui à son retour de Doranda et ne lui avait pas tenu rigueur pour l'avoir accusé de jalousie professionnelle.
-C'est rien, je me suis juste cogné contre un pilier, expliqua Rodney en se frottant le front. Ça ira mieux dans un moment.
Zelenka le regarda étonné mais n'ajouta pas de commentaire. Rodney se réfugia derrière l'écran de son ordinateur et fit semblant de se concentrer sur quelques équations tout en réfléchissant. Le moins qu'on pouvait dire c'était que ça s'était mal passé. Il eut un petit rire à cette pensée. C'était un euphémisme !
-Putain de merde ! Lâcha t-il à voix basse.
Ce n'était pas perdu pour tout le monde, Kavanagh qui passait juste à ce moment là devant le bureau émit un tss, tss scandalisé.
Rodney le foudroya du regard et retourna à ses pensées. Il y avait quelque chose qui clochait chez John. Tout d'abord cette violence dont il avait fait preuve et puis...ses yeux. Vraiment bizarre. Il frissonna en y repensant. John était-il malade ? Où bien n'était-ce pas lui, Rodney qui, effrayé par la brutalité de l'autre homme avait imaginé cette espèce de férocité dans son regard ? Plus il y pensait, plus cela lui semblait plausible. Mais, et cette violence ? John lui avait fait très peur. Rodney n'aurait jamais pensé que les choses tourneraient comme ça. Il avait espéré pouvoir convaincre l'autre homme de renouer avec lui, retrouver l'ancien John, celui qu'il aimait. Enfin, qu'il aimait en tant qu'amant, bien sûr, rectifia t-il mentalement. Ou bien...et merde, il ne savait plus ! Il tenait à lui. Très fort. Très très fort, il devait bien se l'avouer. Il soupira et porta la main à son front. John n'avait pas été lui-même tout à l'heure, c'était certain. Même s'il avait imaginé ses yeux bizarres, le comportement du militaire avait été absolument anormal, même dans le cas d'un dispute. En conclusion John n'allait peut-être pas bien. Il fallait qu'il s'en assure. Il songea tout d'abord à se faire accompagner d'un militaire mais encore une fois il faudrait répondre à des questions. Il ne pouvait tout de même pas avouer à qui que ce soit qu'il avait peur du Colonel Sheppard!
-Radek, j'ai oublié des papiers dans mes quartiers, je vais les chercher, annonça t-il.
Le tchèque lui lança de nouveau un regard curieux. Depuis quand le grand McKay se justifiait-il quand il quittait son propre laboratoire ?
-Euh oui, Rodney, répondit-il, à tout à l'heure.
Le scientifique se dirigea de nouveau vers le quartiers de John le cœur battant. Et si ce dernier se jetait sur lui à nouveau ? Rodney grimaça. Tout à l'heure il n'avait pas perdu de temps pour s'enfuir mais quand le colonel avait relâché la pression sur ses poignets on aurait dit qu'il était redevenu lui-même. Et s'il avait besoin d'aide ? Rodney tenait trop à lui pour l'abandonner comme ça.
Il s'arrêta devant la porte du militaire et tendit l'oreille. Il se morigéna aussitôt. Les quartiers d'Atlantis bénéficiaient d'une excellente isolation. Une fois à l'intérieur on était complètement au calme. La porte coulissa et Rodney resta sur le seuil.
-John ? S'enquit-il doucement.
Pas un bruit. Inquiet il fit un pas prudent à l'intérieur. Il n'avait personne. Il alla jeter un coup d'œil à la petite salle de bain, elle était également vide. Il remarqua que l'uniforme du Colonel gisait au sol et fronça les sourcils. Ce n'était pas habituel. Le militaire, comme tous ses semblables était assez soigneux et avait pour habitude de plier ses vêtements quand il les enlevait. Rodney en savait quelque chose!
Quand John n'était pas en uniforme il était généralement en tenue de sport. Etait-il allé se défouler, déverser son agressivité à la salle d'entrainement? C'était possible. Rodney fit demi-tour, plein d'espoir. Il hâta le pas, se sentant déjà disposé à presque pardonner à John pour son comportement de tout à l'heure. Il devait y avoir une explication. De toute façon il était prêt à aider son amant si ce dernier en avait besoin. Oui, il tenait à John et John tenait à lui. Tous les deux vivaient depuis des mois quelque chose de fort, d'intense et rien ni personne ne pourrait changer cela.
Fort de cette conviction il ouvrit doucement la porte de la salle d'entrainement pour trouver son amant en train d'embrasser passionnément Teyla épinglée contre le mur.
À suivre...
