Je reprends mes esprits avec un lancinement au niveau de ma tempe. Je regarde autour de moi, légèrement déboussolé, puis je me souviens. Daemon, le jardin, les lianes... J'ai dû me cogner la tête en tombant dans ce trou camouflé par l'herbe... J'ai envie d'une cigarette. De plus, je suis toujours trempé et je commence à grelotter. Je ne dois pas rester immobile. Je me lève avec quelque difficulté, et je grimace en sentant une douleur à ma cuisse. Peut-être que cette blessure est plus grave que je le pensais, mais avec cette noirceur, je ne peux pas vérifier. Je remarque une lueur au sol, comme une faible lumière qui filtrerait sous une porte. Je m'en approche en boitant un peu, tendant les bras devant moi. Mes doigts rencontrent ce qui semble être le bois d'une porte. Je tâtonne, et je trouve une poignée... qui me reste dans les mains quand j'essaie de la tourner. Je grogne un juron en agrippant ma jambe. J'espère qu'elle ne commence pas à s'infecter ou quelque chose comme ça... comme si j'en avais besoin, en ce moment... En serrant les poings, je reculee d'un pas et je donne un puissant coup de pied dans la porte, qui cède et s'ouvre d'elle-même avec un bruit de bois qui craque. De l'autre côté, une simple bougie allumée dont la faible lumière vascillante se perd dans un couloir en pierre. J'ignore à quelle distance je me trouve de la surface, ou encore si cette bougie est un piège, mais je suis rassuré d'enfin avoir un peu de lumière. Sans perdre une seconde, je prends la bougie et je m'assois par terre malgré le froid pour regarder ma blessure. C'est une coupure de la longueur de mon pouce et qui semble peu profonde, mais sa couleur noire ne me dit rien qui vaille. Si j'avais les bons outils, ou au moins un couteau, je pourrais m'en occuper, peu importe de quoi il s'agit, mais malheureusement je n'ai rien de tout ça. Je devrai garder l'oeil ouvert pour trouver quelque chose qui pourrait m'aider. Ce détail vérifié, je dois maintenant m'attaquer à mon deuxième problème: mes vêtements mouillés et le froid. Je me lève en grimaçant légèrement et je jette un coup d'oeil à la porte derrière moi. Je pourrais la détruire pour en faire un feu, mais je doute que ce soit une bonne solution à long terme. Je dois trouver un moyen de faire sécher mes vêtements avant tout, ou alors en trouver de rechange. Je me demande brièvement si après cette bougie, ma chance va me quitter, mais je tâche de rapidement oublier cette pensée... Je dois retrouver Giotto à tout pris, ou au moins sortir de ce piège à rat conçu par Daemon Spade. Je laisse donc la porte derrière moi et avec ma bougie, je commence à ouvrir chaque porte que je vois et à examiner leur contenu. Apparemment je me trouve à un étage d'entreposage. Dans une pièce je trouvedes caisses de bougies et des sacs de toile. J'en mets quelques-unes dans un sac et je change de pièce. Dans la suivante, je trouve des provisions, toutes périmées et à différents stades de putréfaction. Les pièces s'enchaînent et se ressemble, jusqu'à ce que, finalement, j'arrive à une sorte de bureau. Je troque ma bougie pour la lampe à l'huile sur la table encombrée ede paperasse. Mais alors que je règle la flamme, un frisson me parcourt le dos, les poils de ma nuque s'hérissent... Derrière moi, j'entends comme un souffle, léger, mais immanquable dans le silence de mort qui règne tout autour de moi. Je me tends, mon rythme cardiaque s'accélère en entendant un second souffle... une légère brise glaciale sur ma nuque... D'un mouvement brusque, je me retourne en m'appuyant sur la table, la lampe à la main... mais je ne vois rien dans l'obscurité. Rien du tout, plus un son... Je déglutis avec un peu de difficulté alors que j'examine la pièce du regard. Il y a un vieux lit crasseux dans un coin et une grande malle à son pied. Grelottant toujours de froid, je m'approche et j'ouvre la malle... pour m'en éloigner précipitament avec une exclamation de surprise, mon coeur battant la chamade. Je garde un oeil sur la malle, prêt à me défendre avec mon sac de bougies... Après un moment d'immobilité et de silence, je me risque à aller jeter un coup d'oeil... Je soulève à nouveau le couvercle et je regarde à l'intérieur avec appréhension alors que j'ai la chair de poule. Il y a une femme dans la malle. Ou plutôt, le cadavre d'une femme, au vu de son état et de son immobilité parfaite. Mais elle me regarde avec ses grands yeux noirs, morts, et c'est vraiment flippant. Je tends le bras pour au moins lui fermer les yeux, mais un rat sort de la malle avec un cri strident et, avec une nouvelle exclamation de surprise, je trébuche en essayant de reculer trop rapidemment. Je tombe à la renverse et je me cogne la tête sur une étagère. Elle chambranle un moment alors que je gémis de douleur et une boîte de carton me tombe dessus en vomissant son contenu... Des vêtements. Des vêtements d'homme qui semblent être à ma taille. J'examine une chemise et un pantalon, pour éviter de mauvaises surprises comme le rat de tout à l'heure, et après une courte délibération je prends aussi un gilet de laine. Un veston aurait été plus à mon goût, mais je ne peux pas me permettre d'être difficile. Sans plus attendre, je retire mes vêtements toujours plus qu'humides et j'enfile les vêtements secs, me sentant déjà plus au chaud. Si seulement mes cigarettes avaient survécu à la baignade dans cet étang... Mes yeux repassent distraitement sur la table alors que je prends la lampe et je fige. Il y a un paquet de cigarettes sur la pile de papiers. Il n'y était pas tout à l'heure. Je regarde furtivement en direction de la malle toujours ouverte, mais la femme ne semble pas avoir bougé. Avec hésitation, je m'approche de la table, en alerte. Alors que je pose une main sur le paquet, j'entends comme un gémissement lointain. Je me retourne, mais encore une fois il n'y a rien. Je n'aime vraiment pas cet endroit, et l'atmosphère semble devenir de plus en plus lugubre. Je prends les cigarettes et après une brève inspection du paquet, j'en allume une pour tenter de me calmer les nerfs. Elle n'est pas aussi bonne que celle que je fume habituellement, mais l'effet est instantané et je sens déjà une partie du stress me quitter. Et dire que Asari voulait que j'arrête... Il est complètement timbré. Sur cette pensée, j'empoche le paquet, je prends la lampe et je vais chercher le sac de bougies que j'ai laissé tombé quand ce rat m'a surpris. Mes yeux se posent à nouveau sur la malle... et je fige. Avait-elle les bras dans cette position un peu plus tôt? N'avait-elle pas les yeux plus vers le haut? Je m'empresse de prendre le sac et de quitter cette pièce. Ce cadavre de femme fiche vraiment la trouille! J'en ai vu pas mal, des macabés, dans ma vie, mais... Je sais pas si c'est l'atmosphère ou la fatigue ou quoi, mais cette femme... C'était comme si elle m'avait suivi des yeux ou quelque chose comme ça. Mais c'est impossible! Elle ne respirait pas et les rats avaient déjà bouffé une bonne partie de son corps... je dois arrêter d'y penser. De retour dans le couloir sombre, je me tourne vers la dernière porte, au bout. Elle est entrebaîllée. En l'ouvrant, je vois qu'elle mène à un escalier. Apparemment, je ne suis pas à l'étage le plus bas, si l'escalier disparaissant dans les abysses en contrebas est une indication. Je décide de plutôt me concentrer sur la partie qui monte. Je peux monter d'environ deux étages, puis il semble que le temps aie eu raison de l'escalier pour l'étage restant. Alors que je m'apprête à monter, un faible gémissement résonne à nouveau, semblant provenir d'en haut. Prenant mon courage à deux mains, refermant mes lèvres un peu plus solidement sur ma cigarette, j'entame tout de même l'ascension...
