[Edition 19/05/2015]


Chapitre 7: A chaque saut, sa chute.

Ne t'inquiète pas, moi. Je serais toujours là pour nous.

Pique~

« La pendule indique le moment, mais qu'est-ce qui indique l'éternité ? »

Walt Whitman

P.O.W. – Bullet For My Valentine

-Off-

Le cliquetis des glaçons qui fondent dans le verre que ses longs doigts pâles tiennent d'une main tremblante. L'ambre du whisky qu'il amène à ses lèvres fines. La douleur bienfaitrice de l'alcool fort dans sa gorge. Assis au coin du feu dans un fauteuil du XVIIIème siècle, il pensait. Il se laissait envahir par des souvenirs d'enfance, des souvenirs joyeux et terribles. Il pensait, il avait hâte. Il fallait dire qu'ils lui manquaient. Mais bientôt, bientôt il les retrouverait. Il ne restait plus qu'une poignée de jours avant qu'il puisse de nouveau partager avec eux, partager l'ivresse de leurs pêchers. Il contempla sur son avant-bras le serpent, langue du crâne vicieux, s'entortillant avec souplesse sur lui-même. Le signe malsain de son appartenance. Bientôt, ils le rejoindraient, ses compagnons, ses camarades, ses complices. Il prenait son mal en patience mais il fallait bien dire qu'il commençait tout de même à en manquer. Cela faisait bien trop longtemps à son goût qu'il se tenait en retrait. Il claqua des doigts et un elfe de maison vint obligeamment remplir son verre pour la énième fois avant de disparaître en un crack sonore. Des coups hésitants furent frappés à sa porte.

« Entrez, tonna sa voix ferme. Mère. Que puis-je faire pour vous ?

- Draco, mon chéri, ta...ta tante, ma sœur est arrivée. Elle t'attend devant les cachots pour...

- Dites-lui que j'arrive, la coupa-t-il. Merci.

- Bien. Sois prudent... »

Puis elle s'effaça derrière la porte. Draco Malfoy eut un sourire d'une ironie douteuse en songeant que sa propre mère était effrayée par lui. Après tout, il ne connaissait aucune femme de la trempe de sa chère tante Bellatrix Lestrange, ou presque. Il termina cul sec son verre puis se leva avec prestance. Il trouvait son imagination plus fertile lorsqu'il buvait. C'était peut-être pour cela qu'il n'avait plus été totalement sobre depuis...longtemps. Il souffla puis céda à l'hilarité cruelle qui montait en lui. Rien de tel qu'une séance de torture pour tuer son ennui. Il riait encore lorsqu'il passa les grilles de la première cellule qu'il allait visiter.

Dans l'esprit de Bellatrix Lestrange, une seule chose brillait. Le plaisir. Le plaisir incommensurable qu'elle ressentait. Tout son corps subissait la pression de son excitation après ces longues heures de torture musclée. Les gémissements et autres cris d'agonie qui résonnaient étaient pour ses oreilles une symphonie de choix. « Plus aigü ! » dit-elle à son maestro dont elle était si fière. Et celui-ci s'exécuta d'un mouvement de sa baguette, pilotant son orchestre funeste avec le talent d'un prodige. Elle se laissa transporter par l'intensité de ce concerto en ah majeur jusqu'au dernier souffle poussé par la vermine exterminée. Émue, la Mangemort explosa de son rire hystérique caractéristique.

« Allez viens Draco. Tu fais du bon boulot, le Maître sera content. Allons fêter ses informations autour d'une bonne bouteille !

- Je n'aurais su dire plus sage parole, ma tante.

- Je crois savoir que tu apprécies le Bourbon.

- Il n'y a que peu de choses qui déplaisent à mon palais, le malt de nos chers cousins américains n'en saurait faire partie. »

Ainsi s'en allèrent-ils, partageant une plaisanterie audacieuse sur les supplications pitoyables d'un des rats qu'ils venaient d'abattre.

Ce jour-là lorsque Daphné Greengrass, paniquée, regagna la chambre, elle s'étouffa du spectacle qui l'attendait. Blanc. Tout était blanc et corrompu. Ses poumons ne supportèrent pas la charge et elle se mit à tousser, tousser, tousser à en vomir ses bronches. Et Malvina était là, dans son lit. Seuls son visage et sa main gauche dépassaient de ses couettes, l'une allait à l'autre sans arrêt, y portant la cigarette qu'elle consumait un peu plus à chaque inspiration. Puis elle relâchait la fumée envahissante. Elle était partout, partout. Blanche et statique. Et Malvina ne bougeait pas. Elle restait là, les yeux fixés sur le vide à inspirer son poison. Quand la cigarette glissa de ses doigts et roula sur les draps fins, elle ne bougea pas, ne réagit pas. Daphné cria et se rua sur elle, éteignant la flamme qui menaçait déjà de se propager. Elle saisit ses épaules nues et la secoua, la secoua pour la tirer de son absence. Mais rien n'y faisait.

-On-

Je n'étais pas prête.

Le sort semblait avoir pris une tournure édifiante. Même les clops que j'enchaînais me paraissaient manquer de goût. Leur odeur s'imprégnait sur moi. Dans ma bouche, le goût avarié de hurlements refoulés. Je restai figé dans l'image de la fumée mouvante, la capturai dans mon regard encore et encore tandis qu'elle s'y effaçait. Dans une ironie malsaine, seuls les notes et l'harmonie funeste de la Danse Macabre sonnaient à mes oreilles. Le temps semblait s'être figé à ces quelques instants.

Je n'étais tout simplement pas prête.

Chronos se jouait de moi, je n'étais pas encore prête à devoir subir plutôt que consommer. Je me refusais à cette réalité inévitable. Pourtant, l'échéance n'en semblait que plus proche. La missive témoin n'était qu'à portée de bras.

« Comment ça ? Quelle lettre ? » Ah. Daphné. Je lui avais parlé de la lettre ? Je ne me souvenais même pas avoir prononcé le moindre mot. Qu'importait. Il s'agissait bien d'une lettre. Les mots qui m'avaient cloué sur l'échafaud. L'ordre familial des retrouvailles en approche. Mais je n'étais pas prête. Pas prête à abandonner ma routine huilée d'ivresse pour la sanité et la morale dérangeantes qui m'avaient engendrée. Plus qu'une semaine, trois jours, une heure, une seconde. Qu'était la relativité du temps quand l'on ne pouvait échapper à ses responsabilités ? D'ores et déjà, mon abandon me manquait. Il n'était plus question d'eux, de lui, de nous, de moi. Plus de visions, de bouteilles et de drogues. Juste la résonance de ce à quoi je ne pouvais échapper.

« Malvina ! Réponds-moi! » Rapide, j'attrapai son poignet. Il y avait ce vide en moi. Ce vide détraqué engloutissant mes intestins. Le manque viscéral qui me poussait à toujours en vouloir plus. Toujours ce même creux dans ma conscience, mon corps et mon âme. L'abîme décevant de réactions diffamatoires et inattendues.

J'attrapai même ses deux poignets et la tirai à moi, jusqu'à ce qu'elle s'écrase sur mon corps. Ma voix m'apparut comme l'essoufflement de ma gorge sifflante quand je murmurai à son oreille, proche. J'avais des envies de destruction, de folie. Je la ferais me craindre pour passer ma douleur.

« Quel est ton vice ?

- Malvina, lâches-moi.

- Quel est ton pêcher dissimulé ? Ton aversion propre, ta pathologie cachée ? Je sais que toi aussi tu me caches tes passions. Je vois tes secrets danser dans tes yeux et je les percerais.

- Malvina mais qu'est-ce qu'il t'arrive ?!

- Elle arrive.

- Qui ça ?

- Shut... »

Je serrai ses poignets à l'en faire mal et la retournai pour m'appuyer de tout mon poids sur elle. J'écrasais ses bras, sentais mes ongles griffer sa chaire. Mais loin de la douleur, l'expression de Daphné ne recelait qu'un éclair de plaisir contenu. Sérieusement ? Je me déplaçai et tâchai de la dominer en lui imposant une posture sans défense possible. Elle se tortillait sous moi, essayant en vain de se dégager. Des petits gémissements passaient ses lèvres alors qu'elle luttait et je me demandai s'ils n'étaient pas plutôt liés à la douleur de ma prise resserrée. Je partis dans un grand rire, une exclamation ponctuée de ricanements.

« T'es une cochonne en fait !

- Mal...de quoi tu parles ?

- Je le sens... C'est ça que tu aimes, n'est-ce pas ? »

Sous moi, son visage s'empourpra alors qu'elle me sommait de la lâcher.

« Malvina, il n'y a rien de drôle ! Laisses moi me dégager !

- Je comprends, je comprends ! »

Je repartis dans ce grand rire qui occulta ses supplications.

« Vous vous foutiez de ma gueule hein ? Depuis le début, vous me cachez vos divergences. Vous êtes tous déviants, c'est ça ?! Mais ce n'est pas grave ! Ce n'est pas grave, je ne vous en veux pas, je vous pardonne même ! Vous ne pouviez pas savoir que je la cache aussi !

- Malvina, de quoi est-ce que tu parles ? Mais lâches moi putain ! Arrête ! Han ! »

Je rigolai de plus belle quand elle gémit alors que je griffais plus durement encore ses poignets.

« Une vrai putain de maso, j'y crois pas ! Dis-moi, Daphné ? Est-ce que tu mouilles ? »

Elle n'en criait que plus fort pour que je la libère, rouge de honte et de gêne. Quand finalement j'accédai à sa demande, elle était essoufflée et tremblante.

« T'es une grosse malade putain ! Mais qu'est-ce qu'il te prend bordel ?!

- Oh, ça va, calme toi. Tais-toi un peu. Je veux dormir. »

Sans ménagement, je la poussai de mon lit et elle manqua de s'écraser par terre. J'enlevai ma jupe qui rejoint ma chemise déjà au sol et me calai de nouveau sous mes draps.

« Mais Malvina ! On a cour ! Tu as déjà manqué une heure, MacGo est furax !

- Ta gueule je t'ai dit. Laisse-moi dormir, j'ai d'autres problèmes.

- Mais comment ça ? Mal ! Mais qu'est-ce qu'il t'arrive à la fin ?!

- Ce ne sont pas tes affaires.

- Mais... »

Je vis l'éclair de déception dans ses yeux et soufflai de dépit. Je n'avais pas envie de lui parler de mes histoires maintenant. Qu'elle me foute la paix.

« Malvina... souffla-t-elle.

- Laisse-moi Daphné, on parlera ce soir. Tu n'as qu'à dire que je suis malade. »

Elle hésita un instant avant d'acquiescer. « Bien. A plus. » Elle s'en alla en claquant la porte derrière elle et je fermai les yeux, fort, pour occulter les doutes qui dansaient dans mes pupilles. Je serrais dans le creux de ma main mon médaillon, sentant la chaleur du métal ouvragé entre mes doigts gelés.

Je n'étais pas prête. Et instable.

.

« Oh Salazard ! Malvina ? Malvina ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? » Je me retournai, Daphné. « Malvina ? Tu es là depuis combien de temps ? » Hein ? De quoi parlait-elle. J'étais dans mon lit. Était-ce un rêve ? « Mais putain qu'est-ce qu'il t'arrive à la fin ? Par Morgane, pourquoi tu t'es fait ça ? »

Je tournai de nouveau la tête pour rencontrer mon reflet dans la glace de la salle de bain. J'eus un choc. Oh putain. Je portai mes mains à ma tête, oh putain ! Je n'eus pas le temps de comprendre que je n'étais plus dans mon lit, que je ne dormais pas et que...La panique s'insinua en moi, couplée à mon incompréhension et fit trembler mes jambes. Tout mon corps se paralysa et je manquai de tomber, seulement rattrapée par une Daphné alerte. Elle me soutient et me tira hors de la pièce. Je ne pus détacher mes yeux de mon reflet défiguré et des tas inégaux de cheveux partout, partout, partout par terre. Que s'était-il passé ? Et puis je les vis. Les marques, les griffures. Sur mes joues, tout mon visage, tout mon corps. Et la chaire sous mes ongles. Quelque chose se brisa en moi, un cri m'échappa, un cri incontrôlable qui effaça tout, tout.

Hurlons, rit-Elle.

Je criai.

« Stupefix ! Vulnera Sanentur. Vulenera Sanentur... Vulne...»(1)

Je sombrai.

Mes paupières papillonnèrent lourdement, trop lourdement, comme si mes cils étaient en plomb. Mon corps me semblait mort, inactif. Je ne bougeai pas, laissant progressivement ma tête s'éveiller. Mes oreilles sifflaient, étourdis par les sons silencieux qui grésillaient dans mes tympans. Un bâillement força mes membres à déchirer leur sommeil passif et je finis par ouvrir les yeux définitivement. Il faisait noir, noir comme en pleine nuit. Je me redressai et récupérai sur ma table de nuit baguette et cigarette. Celle-ci allumée, j'observai l'incandescent point rougeoyant alors que je l'attisai de mon aspiration. J'expirai et restai un moment à contempler le plafond baigné d'obscurité. Comme absente.

Puis je me redressai, mut d'une impulsion. Je me levai, en sous vêtement mais décidée. Je sortis sans un bruit de mon dortoir pour prendre le chemin devenu familier de celui des garçons, lui aussi plongé dans la pénombre. Quelle heure était-il ? Je tirai sur ma chaîne pour me rassurer que la nuit était encore sombre. Et prometteuse. Bien. Je rentrai dans la chambre, toujours silencieuse et dévêtue, pour avancer jusqu'au lit de Théodore. Son souffle ainsi que celui de Blaise témoignaient du sommeil profond qui les tenait. Lentement, je montai sur son lit pour me placer sur son corps. Il eut un sursaut de surprise en étant réveillé si subitement par mon poids. Je plaquai ma bouche sur la sienne et mes mains sur ses avant-bras pour lui intimer le silence et me reculai, maintenant à califourchon sur lui. Ses yeux luisaient dans le noir, emplis d'une fatigue qui le quitta rapidement lorsqu'il réalisa pleinement la situation. Je sentis mes lèvres s'étirer malicieusement et vins lui murmurer un « shut » au creux de l'oreille. Des frissons coururent sur sa peau quand mes mains froides glissèrent dans son cou. Sa surprise à peine passée, il souleva sa couette pour que je me glisse dessous à ses côtés. Je me calai contre sa chaleur et il frissonna de nouveau, lâchant un juron étouffé. Je plaquai mes membres frigorifiés aux siens et il se crispa une nouvelle fois. Je rigolai doucement près de sa joue avant d'y laisser un baiser mouillé. J'avais l'impression d'être entrée dans une autre pièce. Son odeur était présente, chaude et tout autour de moi. J'aurais pu rester ainsi à m'imprégner de lui pendant des heures.

« T'es vraiment gonflée. Et putain de froide, grogna-t-il.

- Réchauffe-moi... »

Quel cliché risible...Mais ce fut amplement suffisant. L'instant d'après ses mains chaudes s'emparaient de mes hanches et je retrouvai ma place assise sur son bassin, sentant celui-ci s'éveiller.

« Pourquoi cette soudaine visite ? » Je roulai des hanches pour toute réponse et ses doigts se firent plus durs sur moi. Il grogna de nouveau et je me penchai jusque son visage. Je restai suspendue à quelques centimètres de sa bouche, provocation quant à savoir qui initierait le baiser. Je laissai mes mains vagabonder de ses oreilles à son bassin, mes doigts froids glissant dans son cou, sur ses épaules, ses bras, ses flans, son torse, autour de son nombril jusqu'à se perdre près de son caleçon. Doucement, je le tirai vers le bas en me soulevant légèrement. Son ventre se creusa sous le passage pour me permettre d'empoigner son érection naissante. Tout son corps se cambra vers moi, sa bouche capturant enfin la mienne. Et c'est avec empressement que ses lèvres puis sa langue s'imposèrent, me rendant avec férocité la langueur que je mettais dans mes doux mouvements de poignets. J'attrapai sa lèvre entre mes dents et ses mains remontèrent dans mon dos jusqu'à décrocher mon soutien-gorge. Son souffle me brûlait. Elles coururent sur ma peau, me caressant avec chaleur et suavité, éloignèrent les bretelles de mes épaules. Je levai les bras pour lui permettre de m'en débarrasser alors que notre baiser reprenait. Sa langue rencontra la mienne et envoya une décharge humide dans mon corps. Je la tournai doucement, cherchant à dominer cet échange alors que nos lèvres se séparaient. Je tins bon jusqu'à ce qu'une de ses mains se saisisse de mes cheveux pour me forcer à reculer mon visage. Je repris pleinement son membre en main et retins un gémissement en le sentant frémir au creux de ma paume, lançant un douloureux éclair de désir dans mon bas ventre. Je l'attrapai plus fort et accélérai légèrement et progressivement mon rythme avant de le ralentir, le ralentir... A son tour il me mordit durement la lèvre inférieure, m'arrachant un petit cri et je repris ma course sur sa virilité durcie. De ma bouche, je me détachai ensuite de ses lèvres dominatrice pour me glisser dans son cou. Sa respiration se coupa par saccade alors que je malmenai sa peau fine, amenant ma langue à glisser et le goûter jusqu'à sa gorge. Il grogna de nouveau et ses mains tirèrent mes bras de chaque côté de sa tête. Je ris de nouveau en silence et luttai pour appliquer encore et encore ma succion près de son cou, son torse. Sa prise se fit plus dure et il me maîtrisa sans mal, satisfait. J'eus une moue boudeuse et me reculai alors qu'il chercha mes lèvres des siennes. Je sentais contre mes fesses son membre chaud et tendu. Je me tortillai pour le provoquer davantage. Puis je sentis son souffle vengeur se diriger vers ma propre gorge et eus bien du mal à ne pas vocaliser alors que sa bouche, sa langue et ses dents allumaient littéralement ma peau. Je me débattais, frissonnais et gémissais sous son traitement qui s'allongea délicieusement jusqu'à ma poitrine. Une de ses grandes mains chaudes – quand avait-il lâché mes poignets ? - s'empara de mon sein, le soupesant et le malaxant avec savoir-faire, un doigt passant sur mon téton avant d'être remplacé par sa langue. Je me cambrai contre lui, cherchant à augmenter ce contact électrifiant à tout prix. Son rire soufflé me parvint alors qu'il évitait sciemment de répondre à ma demande muette mais explicite. Son autre main attrapa mon autre sein avant, qu'enfin, ses lèvres ne se referment autour de mon téton durci. La sensation chaude et mouillée me fit lever la tête et soupirer lourdement de bien être alors qu'il suçait tantôt avec douceur, tantôt à m'en faire mal. Je sentais mon bas ventre se liquéfier, fondre en accroissant la pression de mon désir en expansion et mon bassin rouler contre le sien. Sa bouche passa sur mon autre sein et la tiédeur nouvelle et humide me fit prendre conscience de ma propre humidité. Je mouillais, trempais même mon dernier sous vêtement et il finit par comprendre ma gêne par mes frottements indécents contre lui. Sans que sa bouche ne quitte les flatteries qu'elle offrait à ma poitrine, ses mains glissèrent sur mes flans, épousant mes courbes jusqu'à ce que ses doigts se glissent sous le tissu qui me recouvrait encore. Pour l'instant. Il claqua ma fesse et s'amusa de ma réaction vive, recommençant plus sèchement sous ma contraction.

« Encore de la dentelle... » Souffla-t-il alors que sa bouche remontait à mon oreille et que sa main choyait ma croupe. Je ne pus répondre et me contentai de gémir doucement en soulevant mon corps pour enfin me retrouver nue sur lui. Je m'éloignai de son torse, me redressant pour regagner mon souffle. Lui aussi haletait mais ses yeux brillaient d'une envie insatiable alors qu'il me détaillait intensément. Je me sentis rougir et replongeai sur ses lèvres, les dévorant sauvagement pour forcer son corps à réagir davantage. Je sentis son membre frémir de nouveau, près, si près de mon intimité et décidai d'accélérer la cadence. Avant même que cette pensée ne se changent en action, ses doigts se frottèrent contre mon humidité. Je le mordis encore. Férocement. Ses doigts s'enfoncèrent loin en moi en représailles. Je le lâchai et mordis ma propre lèvre, fort, pour retenir le gémissement aigu qui était coincé dans ma gorge. Ils se mirent à bouger, aller et venir en moi. Ils emmenaient une boule de plaisir croissante dans mon corps. Puis ils glissèrent jusqu'à caresser ma fente et mon clitoris, augmentant encore mon plaisir souffreteux. Je ne sus déterminer si cela causait plus de plaisir ou de frustration. Je voulais le sentir, le sentir profondément. Et comme depuis mon réveil embué plus tôt, je suivis la voix en moi, l'instinct, l'envie qui me poussa à empoigner son membre glorieusement dressé pour l'aligner avec mon bassin remonté.

« Pénètre-moi » lui dit-Elle. Et je m'appliquai à l'exécuter. Je m'empalai sur lui d'un mouvement fluide et rapide. Nos gémissements entremêlés brisèrent le silence déjà malmené de la pièce alors que je me sentais, enfin, le posséder. Son épaisseur dure et chaude, si chaude, serrée dans mon intérieur si mouillé et frémissant d'excitation. Je rejetai la tête en arrière et soupirai encore, lorsque je me levai pour revenir, lui permettant d'entrer plus profondément. Ses yeux papillonnèrent et ses mains voyagèrent de mes genoux écartés de chaque côté de ses cuisses à mes seins, flattant la moindre parcelle de ma peau atteignable. Je pris équilibre sur mes bras tendus autour de sa tête et me lançai dans un va et vient autour de sa bite. Je me relevais et revenais avec souplesse pour l'accueillir en moi, plus fort, plus profondément. Je la sentais et la guidais dans mon intérieur, jusqu'à atteindre ce point particulier qui envoya moult décharge de plus. Je m'épuisai, cherchant à accélérer encore alors que le souffle me manquait déjà. Mon dos souffrait de l'accent de ma cambrure. Mes bras commençaient à trembler, trop sollicités comme le reste de mes muscles pour maintenir ces intrusions fiévreuses. Ses reins venaient à la rencontre de mon bassin à chaque mouvement, augmentant encore notre friction humide de transpiration. Je respirais lourdement, soutenue par son souffle s'éreintant également. Ses mains se firent progressivement plus fermes sur mes hanches au fur et à mesure que mes membres se faisaient fiévreux. Puis d'un coup, sa force m'empêcha de redescendre m'empaler sur lui. Je grognai de l'arrêt de mon rythme et rouvris les yeux pour le voir soudain concentré sur le côté. Je laissai ma frustration et me tus alors que sa main se plaquait contre ma bouche pour m'intimer au silence.

Il me repoussa durement sur son flan. Je me sentis jeter, rejeter comme une moins que rien et m'apprêtai à protester. Mais j'entendis à mon tour ce qui l'avait arrêté. Les marmonnements pleins de sommeil de Blaise dans le lit à l'autre bout de la pièce. « Mec, ferme-la un peu ! » grommela-t-il. J'eus soudainement envie de rire alors que Théo lui répondait une vague insulte d'une voix se voulant empreint de la même fatigue feinte. Nous ne bougeâmes plus pendant quelques minutes. Je pus ainsi reprendre mon souffle et m'offusquer intérieurement de la pénétration si agréable interrompue. Je sentais encore mes muscles internes frémir, impatients du nouveau retour imposant et puissant entre mes chairs. Mon hilarité mentale me reprit en songeant à mon partenaire allongé à côté de moi et fièrement dressé, dont la respiration lourde sifflait de son plaisir coupé. Je décidai alors, comme une punition anticipé de...le planter.

Je me levai rapidement, attrapant au passage mon soutient gorge et une de ses chemises et rejoins silencieusement la porte. Une fois sortis, je me retournai dans l'embrasure pour lancer à son air neutre mais transpirant de colère un baiser de la main. Je m'enfuis, frustrée mais fière et franchement amusée. C'est en sentant un courant frais glisser sur mon intimité humide tiraillée pendant que je courrais jusqu'à ma chambre que je réalisai avoir laissé ma culotte sur place. Je balayai ce contre temps sans importance. Il n'avait qu'à la détruire s'il n'en voulait pas. Toujours sur la pointe des pieds je rentrai dans notre chambre. Daphné semblait toujours endormie. L'aube approchait et je me résignai à ne pas me coucher. J'abandonnai le vêtement me recouvrant pour gagner la salle de bain afin d'y prendre une douche.

Les souvenirs du cauchemar entrevu plutôt m'assaillirent à peine la porte refermée derrière moi. Mon rythme cardiaque s'accéléra et mes poumons se compressèrent. Je m'approchai de mon reflet, hésitante et déboussolée. Je portai mes mains à mon visage pour passer mes doigts sur les suçons ornant mon cou depuis ma poitrine, mes lèvres rougies et gonflées des baisers échangés, mes joues et mon nez dénués de cicatrices, pour enfin terminer par mes cheveux. Ma longue chevelure bouclée avait disparu, coupée anarchiquement au-dessus de mes épaules pour n'afficher qu'une touffe désordonnée. En songeant à toute l'esthétique à laquelle je devais renoncer, aux conséquences de la crise de folie apparente qui m'avait saisi dans mon sommeil. Je ne ressentis que de l'acceptation indifférente. C'était ainsi avec Elle. Je regardai mon médaillon, le pendule, horloge miniature et silencieuse pendant entre ma poitrine opulente. En creux de ma paume le métal semblait presque vivant, dégageant une tiédeur acquise au contact de mon corps. Il se l'appropriait comme pour créer sa propre entité. Je traçai du bout de l'index les arabesques gracieuses et sévères ornant le couvercle. Je l'ouvris, suivant des yeux l'aiguille finement ciselée des secondes observer un tour puis un second. L'aube devait être imminente. Recroisant mon reflet dans le miroir je souris, songeant que la folie inconsciente de la journée écoulée était de son fait sa réaction par la revendication puis la satisfaction à mon appréhension subite. J'entrai dans la cabine et allumai l'eau, songeant qu'il me faudrait répondre à la fameuse lettre aux quelques lignes aussi réjouissantes qu'incendiaires que mes parents m'avaient fait parvenir. Mes craintes avaient été effacées par son intervention, ne laissant qu'une émotion libératrice et apaisante flotter dans ma conscience : l'acceptation. Par ce qu'Elle le faisait pour nous.

Une fois prête et partiellement habillée, je me hissai sur mon lit avec mes parchemins de cours. Je profitai également du sommeil de Daphné pour fouiller dans son sac et dupliquer les cours que j'avais manqué. J'attachai sévèrement mes cheveux devenus indomptables pour masquer ma nouvelle coupe et me lançai dans la réalisation du devoir de Potions que j'aurais à rendre en fin de matinée.

J'entamai ma conclusion lorsque l'horloge enchanté de ma voisine sonna l'heure de se lever. Elle se retourna dans son lit, comme pour ignorer le bruit dérangeant avant de finalement repousser ses couettes pour l'éteindre. Elle se leva en baillant et tourna la tête vers moi. Ses yeux se durcirent et elle se rendit dans la salle de bain. En passant devant moi, elle m'adressa un regard rancunier se voulant méprisant. Je ne dis rien et achevai mon exercice pendant qu'elle se préparait. Lorsqu'elle sortit, je l'attendais prête à faire mes excuses. Mais avant que je ne puisse ouvrir la bouche, elle vint se planter devant mon lit les mains sur les hanches et la mine renfrognée.

« Qu'est-ce qu'il t'a pris hier ? » m'agressa-t-elle. Je soufflai lourdement et me lançai dans un discours remplit d'excuses pour lui expliquer la situation. La lettre de mes parents, au courant de mes sanctions et – plus ou moins - de leur cause, me menaçant implicitement de rester sage, d'arrêter les conneries qu'ils me soupçonnaient – à raison – de faire. Mon désarroi face à cette situation que je sentais comme une condamnation à la souffrance de la lucidité. Je lui expliquais à demi-mot mon instabilité et mes tendances à céder à la pression, lui faisant promettre de garder le silence et le secret de mes éclats inconsidérés. J'utilisais même la promesse de ma discrétion sur les ébauches de son propre secret, son masochisme sûrement pathologique. Son lien inhabituel à la douleur que j'avais su repérer. Nous remîmes les choses à plats, terminant même sur une étreinte complice.

Daphné me plaisait, je l'appréciais énormément et c'était grâce à elle que j'avais pu gagner la place sociale que j'occupais à présent. Je m'étais instantanément rapprochée d'elle, l'avais senti comme une fille avec laquelle je pourrais réellement échanger. Mais plus les jours passaient, moins je lui trouvais cet amusement un peu fou et manipulateur qui m'avait attiré à elle au début. Je la découvrais maintenant sensible et presque faible. Influençable. Alors que j'avais pensé me trouver une espèce d'égale, je l'ordonnais, l'humiliais et la manipulais sans effort jusqu'au pardon, comme en ce moment.

Elle me laissa et j'en profitai pour terminer de me préparer, me maquillant et prenant le temps de rattacher mes cheveux dorénavant chaotiques en un chignon haut mais stricte. A contrario, Pansy qui m'avait pourtant tellement horripilée en début d'année m'intéressait de plus en plus. De même que Blaise, qu'après avoir commencé à étudier, je découvrais maintenant plus fou que moi. Un schizophrène face à ma personnalité dissociative. Lui m'avait découvert, s'était rendu compte que je la cachais, ma Dame. Mais je comptais sur lui pour ne pas divulguer cette précision sur qui j'étais. Il me fallait à présent profiter de cette bonne journée en devenir et préparer mes plans de guerre, dresser ma main pour pouvoir un jour abattre mes cartes sur le plateau avec force. Encore une fois, l'essentiel n'était pas là. Je préférais plutôt penser aux interventions salvatrices de mon alter psychopathe. Ma Dame de Pique.

Bonne journée, me souhaita-t-Elle.

Je m'appliquai joyeusement à rouler mon join du matin avant de descendre en cours, toujours rassurée par ma seconde intérieure qui m'avait permis de m'évader. Je le calai entre mes seins, mon paquet de clops dans ma poche et ma baguette dans ma manche. Je n'oubliai pas mon écharpe et partie avec mon sac pour le début des cours. Comme souvent, j'avais sauté le petit déjeuner pour pouvoir traîner un peu plus et rejoignis donc directement les autres en rentrant dans la salle de sortilèges. J'ignorai les regards appuyés de mes "camarades" de dortoir et de compagnie et évitai ainsi toutes salutations hypocrites ou non, pour m'installer - m'affaler - sur une table du fond de la classe. Je fus surprise de voir Blaise se joindre à mes côtés. Il devait venir pour me parler, il s'inquiétait sûrement. J'eus un ricanement en pensant à ce qu'il était vraiment. Ce Joker fou et meurtrier. Puis je ris de nouveau en pensant à ce qu'il s'était passé quelques heures plus tôt dans sa propre chambre. Je me souvins ainsi de notre propre batifolage derrière un tapis mural. Sa lange courant sur mes lèvres humides de luxure alors que je découvrais son intimité psychologique. Je me sentais presque comme un Succube, volant et manipulant sa victime dans l'explosion d'un orgasme. Et Théo que j'apercevais quelques rangs devant. Lui que j'étais venu provoquer pendant son sommeil, que j'avais baisé puis laissé avec ses désirs durs et inassouvis. Je me léchai les lèvres et vis Blaise me regarder avec un ébahissement bien contenu. Je revins ainsi à la situation présente, dans une salle de cours de Sortilèges commun aux Serpentards et Serdaigles. Je m'étirai fièrement en lançant à mon voisin une œillade amusée auquel il finit par répondre l'ombre d'un rire fou. Lui qui m'avait provoqué pour me voir dans cet état, la Dame libérée de ma conscience dissociative, semblait surpris et démuni. Après tous ses efforts n'ayant délicieusement menés qu'à la perte de ses lourds secrets, il trouvait sans un avertissement ce qu'il avait demandé. J'étais d'une ironie agréable ce matin.

« La Dame est miséricordieuse aujourd'hui. Nous sommes de bonne humeur. » Soufflai-je vers lui. Il ne répondit pas et nous continuâmes à sortir nos affaires en silence. Mais je sentais son malaise et son excitation. Il était conscient de l'occasion qui se présentait pour comprendre ma personne autant que ma personnalité. Il n'en fit cependant rien, pour mon malheur et mon plus grand ennui et le cours s'étira désagréablement après que le prof est appelé nos parchemins à son bureau. Cela continua, parvenant même à percer ma bonne humeur insouciante, jusqu'à la fin de ses longues heures où je quittai la salle précipitamment.

Je me réfugiai dans une alcôve que j'avais repérée un peu plus loin sur le chemin de notre second cours de la matinée. J'allumai mon join d'un sort et m'adossai contre la paroi froide, me laissant envelopper dans l'abandon que me procuraient les bouffées que j'enchaînais. Il ne fallut pas longtemps pour qu'il se joigne à moi. Je savais qu'il ne pourrait résister à l'envie de me suivre. Je m'en étais assurée d'un regard en m'éclipsant de la salle. Et après le coup que nous lui avions fait pendant la nuit...je savais qu'il ne résisterait pas à l'envie d'échanger avec moi. J'allumai donc le pet et pour chaque bouffée inspirée, je lui donnai la fumer à même les lèvres. Une sorte de transfert pendant un baiser. Puis ce fut lui. J'inspirai l'air qu'il expirait. Je le respirai, sentant son souffle s'imprégner de moi. Puis je lui rendais le mien, plaquai mes lèvres sur les siennes pour souffler entre elles mon dioxygène chargé de fumée et de THC. Il me respirait tandis que son contact devenait mon oxygène. Ce fut une communion intense, au-delà de tout symbolisme. Il me semblait même entendre un quelconque carillon du destin sonner au loin. Mais ce n'était que le clocher. Ce fut donc une communion intense mais brève. Écourtée et même achevée par le rappel à l'ordre bruyant. Nous abandonnâmes ainsi nos corps l'un contre l'autre pour nous hâter au cours suivant. Je m'assis à côté de Daphné, bien décidée à ne pas me faire remarquer pendant les deux prochaines heures de DCFM avec les Gryffondors - et Rogue - et laisser libre cours en silence aux sensations que m'apportaient ces instants d'euphorie. Il ne fallait pas que je gâche mes derniers aperçus du paradis.

Cette journée se passait relativement bien. Malgré l'angoisse sous-jacente du retour le lendemain, j'avais décidée de profiter des derniers moments de liberté avant mes deux semaines de réclusion. Cela m'amusait énormément de prétendre être dans une cage dorée auprès de mes parents bien aimés et bien aimants. A midi, je sautai le déjeuner pour aller boire dans une salle de classe abandonnée du cinquième étage. Toujours de bonne humeur, je pris même la peine de porter à Slughorn les quarante centimètres qui étaient à faire pour l'avant-veille. Il l'accepta avec gentillesse et je le remerciai d'un sourire étincelant – éblouissant pour lui d'ailleurs – puis quittai la salle de Potions pour ainsi me détendre dans cette salle vide et étrangement drôle. Pansy et Daphné m'y retrouvèrent sacrément amochée en début d'après-midi et m'amenèrent des pommes et du pain. Je les considérai en sauveuses et toutes trois continuâmes à déguster verre sur verre, puis bouteille sur bouteille jusqu'en début de soirée. Après tout c'était les vacances, le moment de prendre une pause qui pour une fois était méritée.

Ce fut ainsi en partant pour rejoindre la grande salle que les choses se compliquèrent. Les filles babillaient quelque chose que je n'écoutais pas jusqu'à ce qu'une phrase saisisse mon attention. Mon cœur rata un battement et mon cerveau entra instantanément en mode bug.

« Pardon ?! Crachai-je

- Théo sort avec ma sœur depuis trois semaines, reprit Daphné.

- Tu sais Astoria, elle est en sixième année.

- Elle est folle de lui depuis qu'on est gosse et a passé tout son temps depuis la première à lui courir après.

- Je dois t'avouer qu'elle m'a toujours fait de la peine...

- Il s'est toujours tellement foutu d'elle surtout ! Et peu importe combien de fois j'ai pu lui dire que ce n'était pas un gars pour elle, elle ne veut pas m'écouter. Mais il semblerait que cette fois ci il soit sérieux...

- C'est de Théo dont on parle, n'oublies pas !

- Je doute quand même de lui, bien sûr, mais elle a l'air contente alors je me tais. Pas comme si elle m'écoutait d'ordinaire...Elle m'a bien fait comprendre que rien de ce que je pourrais lui dire ne pourra lui faire changer d'avis. En plus, si j'ai bien su lire entre les lignes, ils l'ont déjà...fait.

- Sérieux ?! Rigola Pansy avec une grimace.»

Mais moi, je ne trouvais pas ça drôle. Tout sauf drôle même. Le sang pulsait dans mon crâne jusqu'à assourdir toute pensée cohérente. Putain de merde, ce mec se foutait de ma gueule à ce point. Me relayant au rang d'un jouet qu'il maniait dans le dos de sa petite copine !

« Ah, en parlant du serpent, regardez la bas. » s'exclama Parkinson.

Non. Un haut le cœur me saisit avec violence quand je tournai la tête vers leur corps si proches, leur couple.

« Qu'est-ce que tu en penses Mal' ? »

Que c'était un parjure, une immondice, une trahison, un crime méritant la mort ! De la triche odieuse et sournoise.

« Je passe mon tour, prononça ma bouche, les histoires d'amour, je ne connais pas. »

En un instant, je les avais détaillés. Chaque point de contact entre leurs corps, des genoux, aux hanches, en passant par leurs mains jointes, le menton qu'il posait sur le sommet de sa tête, le doigt qu'elle faisait timidement courir sur son torse. Eux, puant le bonheur naïf et repoussant du parfait couple amoureux. Puis son regard passa près de moi et je vis sa satisfaction démentielle. La félicité du mégalomane en lui se prouvant une fois de plus qu'il était le vainqueur, le meilleur. Un air rieur et mauvais au-dessus du sourire niais de sa potiche. Une envie de vomir remonta brusquement de mes entrailles alors que de nouveau, il se baissait pour l'emmener dans un baiser que je savais ravageur. Et elle, éperdue, qui fermait les yeux, heureuse et fière de s'abandonner à lui. Il se foutait d'elle, il ne faisait ça que pour son propre égocentrisme royal. Elle n'était qu'un des pions de son plateau, peut être sa reine pour le moment, mais un personnage sacrifiable qu'il me jetait dessus pour me briser. Quand il se recula d'elle, le souffle me manquait. J'étais totalement déboussolée. Perdue, désemparée. Pire, déçue. Mon cœur, que je n'avais pas entendu battre depuis bien longtemps s'étouffa dans ma poitrine, se noya de la douleur qui m'envahit. Mon sein saignait intérieurement sans que je ne comprenne à quel moment je lui avais permis de me blesser. Je me sentais si faible, miséreuse, meurtrie... Ses yeux jouirent littéralement de me voir à ce point éventrée alors que sa bouche se concentrait toujours sur cette fille. Des larmes de détresse commencèrent à rouler sur mes joues sans mon accord et je baissai la tête. Mourir, je voulais mourir. J'allais m'effondrer de douleur sur place et pleurer jusqu'à ce que la mort m'emporte. Il avait gagné. Je perdais. Qu'on me laisse crever en paix. Il ne me restait plus qu'une chose à faire...

Reculer pour mieux sauter. Non. J'abandonnai. Purement et simplement, je quittai le navire. Je sortais du jeu. Je ne pris pas la peine de prévenir l'une des filles et fis volte-face en silence. Je disparu sans un bruit pour m'en retourner dans nos cachots. Lui devait avoir vu. Sa victoire. Il m'avait vu rendre les armes, me coucher. Il l'avait même prévu, prédit ! C'était le but de toutes ses machinations. Me séduire pour me trahir ensuite. Je me rendais compte à quel point j'avais été naïve. Je m'étais faite avoir depuis le début et en beauté. Il m'avait pourtant prévenu, le Roi, qu'il dominait les pions et me tiendrait au bord de l'échafaud. M'y pousserait même. Comme une moins que rien dont il avait droit de vie ou de mort. Mais je refusai de me laisser baiser de la sorte.

Reculons pour mieux sauter. Oui. Elle avait raison. Une haine incontrôlable s'éleva en moi et je sentis de nouveau ma main s'agiter d'elle seule en essuyant mes pleurs. Je tremblais de rage et de déception. Une fois dans ma chambre, j'allumai tant bien que mal une cigarette et réussis à lancer correctement le sort à la weed sur mon lit pour que celle-ci se roule toute seule. Je faisais les cents pas, totalement désorientée et incapable de me concentrer sur autre chose que l'humiliation et la douleur que je ressentais. J'avais besoin d'Elle. Pour m'aider à survivre à ce jour. J'arrivais de toute façon proche d'un gouffre, Elle était mon seul moyen d'y exister. Et ce jeu n'était qu'entre lui et moi, il était hors de question que je montre aux autres à quel point il avait réussis à me démolir. Non, il en était hors de question, peu importait à quel point cela faisait mal.

Trois cigarettes, deux Locomotor Barda et six coups de pieds plus tard, j'achevai mes bagages pour le voyage du lendemain en préparant même les habits que je mettrais au matin. Je me changeai du même temps pour un pantalon de toile et un débardeur plus confortable. Je m'assurai que le feu soit bien vif dans la cheminée pour que la température me permette de rester habillée ainsi. Nous étions le 26 octobre, 19heures étaient à peine avancées et je fumais un join près de la fenêtre ouverte à proximité de la chaleur des flammes. Ailleurs, je me laissais tantôt perdre dans le paysage sombre et froid, gris et noir que je voyais au dehors, tantôt dans l'ardeur écarlate du feu rongeant quelques bûches d'un bois de pin sec. La douce odeur envahissante de la fumée de bois se liait délicieusement avec la senteur savamment épicée du cannabis. Des heures passèrent sûrement au rythme des joins que je roulais puis fumais.

A un moment, des gens arrivèrent pour percer le calme silencieusement harmonique de mon exil mental. Ils brisèrent mon espace sourd pour des éclats de voix outrageux, ostentatoire, indécents, insupportables, bruyants mais pire, emballés, joyeux, braillards! Une bande de macaques qui portaient le rôle de mes "amis". Mais ni lui ni sa poupée n'étaient présents. Tous les autres avaient préférés s'attrouper dans notre dortoir pour une dernière soirée avant de se quitter pour les vacances. Je n'avais pas le cœur à ça. Mais il le fallait. Je n'avais pas le choix, je ne me le laissais pas. Je ferais tout pour ne pas m'avouer vaincu. Tout pour rester forte. Je concentrai alors tout mon être sur Elle, lui donnant le pilotage total pour activer cette soirée à ma place. Je n'en avais plus la force, Elle s'assurait de me sortir de là. Je me refusais à abandonner la guerre malgré cette bataille honteusement perdue. Ma Dame me permettrait de vaincre. Je perdis conscience de la réalité et la laissai s'amuser avec l'ivresse qui s'agrippait à notre entité.

« Moi, dit-Elle.

- Nous » lui répondis-je.

Je l'observais parfois. En recul, comme spectatrice du jeu que je jouais. Mon corps se mouvait par ci, ma bouche s'agitait par là. Je déambulais avec talent, une marionnette tenant ses propres fils. Une enveloppe que je manipulais. Le tout se déroulait comme un film. Un disque glissant sur un vieil accord musical perdu. Une sorte de refrain qui lui permettait de continuer à endurer ma souffrance, au point de l'ignorer. Une diversion parfaite soutenue par mes consommations. Et alors qu'une énième cigarette se consumait entre mes doigts, je la regardai avec mes yeux assouplis de fatigue et de défonce. Je me laissai bercer par la musique de l'abandon que j'entendais sonner à mes oreilles. Une piste ininterrompue qui traversait cycles et phases. Je la sentais à présent s'énerver. S'agiter au point d'en exiger plus de moi. Toujours plus d'ivresse pour alimenter ma force, mon Autre.

Mais ma main tremblait. Je la plaquai contre ma cuisse pour endiguer les secousses. Rien n'y fit. Et je les sentais, les ressentais comme une gangrène infernale remontant d'un abyme quelconque et torturé. Une douleur, vive comme une trahison viscérale et impardonnable. Un besoin ardent, incontrôlable. Un mouvement indépendant du corps se refusant à se prêter à la raison. Comme s'il ne lui appartenait plus. Comme si une autre conscience se revendiquait être son maître. Le sentiment d'être habitée. Habitée par un manque profond, l'expression d'une pensée uniquement guidée par l'envie insatiable. Une autre, qui murmurait à son cerveau leurs désirs inavoués. Se présenterait même pour les assouvir sans considération autre que son égocentrisme souverain. Car Elle régnait, d'une main de Pique et en toute puissance. Celle qui dans l'ombre se veut dominer toutes les cartes. La Reine sans merci, la Dame déchaînée.

Encore, disait-Elle sans relâche. Elle alimentait son propre vide intérieur, le nôtre, vorace et infini. Un tourbillon n'aspirant qu'à consommer encore et encore. La perpétuité de nos besoins, jusqu'à nos vices. Peu lui importait l'avenir qui me torturait. Ce don malédiction du savoir qui s'imposait à moi. La vision. Cette vision dirigée vers un avenir certain qui me poursuivait à vouloir l'éviter. Non, elle n'avait cure du cours des choses, seul son divertissement l'atteignait. Elle voulait, elle exigeait, elle revendiquait et obtenait ce qu'elle désirait. C'était l'anté de mes résolutions, l'échappatoire délicieuse à mes préoccupations. Ma double crainte et adorée. La Dame de Pique. Celle avec qui j'avais fait un pacte sur notre âme. Celle qui me condamnait en me permettant la liberté. Qui me sauvait de la douleur en me sacrifiant. Qui m'enfonçait dans les interdits en me permettant d'entrevoir le paradis. Qui me pourchassait avec plaisir et m'abandonnait dans son jardin luxuriant. Un Eden de pêchés ancré à mes addictions. Le retord rayonnant de la réalité. Et la jouissance édifiante de cette inconscience promise s'opposait avec ma volonté qui l'adorait autant qu'elle la haïssait. Notre lute unifiée dans notre complémentarité. Je lui donnais la vie en échange de sa force. L'habilité à survivre et jouer avec la vérité.

Elle était devenue mon absolu.

Alors que tous riaient de la situation, Blaise soutenant l'avoir entendu la nuit dernière avec sa pouffiasse, je les ignorai. J'ignorai la plaie encore à vif dans mon cœur et attrapai finalement de la main gauche la bouteille de rhum qui passait. J'avalai de longues rasades brûlantes. Quelques minutes suffirent pour que l'alcool se diffuse dans mon corps pleins de substances et vide de nourriture. Une faim douloureuse me tordait les entrailles. Mais celles-ci ne criaient que pour plus d'ivresse. Je m'isolai encore et terminai de boire au coin du feu sans parvenir à réchauffer mon corps en manque. Ma main droite n'était toujours qu'un membre défaillant qui ne répondait plus à mes pensées. Je préférais ignorer cela aussi pour plutôt chercher à boucher encore et encore l'abysse monstrueux de ma déchéance. Un trou sans fin aspirant mon désespoir contre quelques addictions immuables.

Je ne savais à quel moment je m'étais endormie mais je me réveillai à même le sol, près du feu et le corps lourd. Un coup d'œil circulaire me permit d'observer les tronches endormis de mes "amis". Millicent, Pansy et Daphné se partageaient le lit de cette dernière, Blaise et Matthew le mien, Vincent et Alexy le canapé et Gregory dormait au pied de celui-ci. Mais bien sûr, lui n'était pas là. Il devait être avec sa chose. Je portai difficilement ma main à mon crâne douloureux et me relevai en position assise. Aussitôt, mes doigts se serrèrent autour de mon pendentif. Quelle heure était-il ? Ce bijou, cette montre était mon point d'ancrage à la réalité. Le seul repère réel dans mon univers blasé. Quatre heures. Combien de temps avais-je dormi ? Pas assez. Je matérialisai une bouteille vide.

« Aguamenti. »

Il me fallut sept tentatives pour réussir à changer les molécules d'eau en fonctions alcooliques jusqu'à reproduire la formule chimique exacte de ce vin rouge que j'aimais particulièrement(2). C'était des sorts de métamorphoses avancés mais je n'avais pas appris des meilleurs pour rien. Mes potes de France, ceux avec qui j'avais sérieusement déconné - et plus particulièrement un mec - étaient de vrais génies. Celui-là était un homme intelligent comme il s'en voyait rarement. Il était cependant tombé dans les drogues, l'alcool et les abus de toutes sortes. C'était le premier homme qui m'avait détruit, qui m'avait permis d'achever la construction ma Dame. Celui qui avait changé ma vie. Mais même s'il avait été l'unique - jusqu'à présent - à jamais m'avoir atteint de le sorte, il n'était pas l'heure de penser à lui par ce qu'un autre réussissait à m'avoir. Je me dressai sur des jambes flageolantes et allai récupérer un pull dans mon placard. Je sortis de la chambre sans oublier ma bouteille et déambulai dans les couloirs en buvant de grosse gorgées. Sans m'en rendre compte je me dirigeai vers la chambre de Blaise et Théo. Le premier dormant dans mon lit, l'autre devait en toute logique s'y trouver. J'entrouvris la porte pour coller mon oreille dans l'espace. J'entendis distinctement le son de deux respirations endormies et m'en allait aussi rapidement que mon corps trop faible me le permettait. Sa pouffe était resté dormir avec lui, cela me dégoûtait. Je descendis donc me foutre dans un canapé de la salle commune en continuant à boire. Chaque gorgée était douloureuse et me faisait lutter contre mon corps trop saturé. Pourtant, chaque gorgée me promettait de m'éloigner de la douleur que je ressentais, encore une fois. J'attendis patiemment cinq heures. Depuis l'escapade nocturne m'ayant conduite à l'infirmerie, les portes du dortoir étaient scellées jusqu'à cette heure. Rogue s'en était assuré. Je dupliquai difficilement ma bouteille quand le niveau de celle-ci descendit un peu trop et manquai même de m'endormir. Serrant de nouveau mon pendule, je surveillais cependant l'heure et fus, à l'instant précis, en train de traverser le tableau pour rejoindre le balcon isolé sur une tour que j'avais décidé de faire mien. Je pus ainsi crier, boire, chanter, fumer, pleurer, danser, comater comme il me plaisait et loin du regard de quiconque jusqu'au lever du soleil.


(1) Vulnera Sanentur "est un sort utilisé pour soigner les blessures allant des coupures mineures aux profondes entailles. [Blablabla] les plaies se referment et [blabla] elle fait quasiment disparaître la plupart des cicatrices visibles. [Blablabla]" Source : Wiki Harry Potter. Ce sort apparaît dans le tome 6 et Vulnera Sanentur est la formule qui lui est donné dans le film (quand Rogue soigne Draco après le SectumSempra de Harry).

(2) En fait, j'ai imaginé ce sort sur l'hypothèse qu'il permettrait de changer les molécules d'eau (à savoir H2O) en fonctions alcooliques (soit -OH). C'est de la chimie associée à de la fantaisie, ou quelque chose du genre.

Nda : A partir de là - comme vous vous en rendez certainement compte - plus aucun des personnages que je décris ne peut plus vraiment être considéré comme totalement sain d'esprit. J'attends toujours désespérément quelques retours, commentez s'il vous plait ! Merci de lire.