- I Am Not a Robot — Marina and the Diamonds -

"You've been hanging with the unloved kids
Who you never really liked and you never trusted
But you are so magnetic, you pick up all the pins
Never committing to anything
You don't pick up the phone when it ring, ring, rings
Don't be so pathetic, just open up and sing"


Note de la traductrice : Ouf! Salut les gens! Je sais, ça fait un moment mais bon, j'imagine que vous avez l'habitude maintenant x) Voici le chapitre 9 de Comment caser son coeur dans une boîte de Petri! J'espère qu'il vous plaira! J'ai encore deux trois choses à vous dire, donc si vous pouviez lire les notes à la fin ce serait top.

Aller, bonne lecture!


Environ deux semaines plus tard, un Mardi après les cours, Péridot trottait dans le Couloir Vert avec son sac à dos sur l'épaule, son téléphone à la main.

La conversation de la nuit dernière flottait sous la forme de bulles de messages bleues et grises : Alors demain pour sûr, qu'il pleuve ou qu'il vente ? – ouais c'est ça – Ok, merci. Qu'il pleuve ou qu'il vente – est-ce que ça comprenait les absences ? Améthyste n'était pas venue à l'école ce jour-là et Steven n'avait pas pris le bus, mais le DS de biologie avait lieu la semaine prochaine avant les vacances de Thanksgiving. Améthyste avait besoin d'étudier. Elle n'avait raté que deux jours à cause d'un vilain rhume une semaine plus tôt, mais elle allait toujours mieux lorsqu'elles avaient rendez-vous. En désespoir de cause, au déjeuner, Péridot avait envoyé un texto frénétique qui ressemblait à « je viens toujours ou quoi où es-tu » et en-dessous, les mots Lu à 11:52 la narguaient. Elle n'avait même pas pensé à répondre ? Quelle insolence. Péridot sentait ses joues s'échauffer en pensant à la fille aux cheveux violets et secoua la tête pour s'y faire un peu de place.

Dans la salle de classe G10, Mademoiselle Diamant était assise à son bureau et Perle était debout à ses côtés, murmurant quelque chose qu'elle interrompit lorsque les deux femmes remarquèrent Péridot. Perle lui lança un regard agacé et ouvrit la bouche, probablement pour dire à la jeune fille de se barrer, mais sans se retourner, Mademoiselle Diamant demanda :

— Qu'est-ce qu'il y a, Péridot ?

Comment faisait-elle cela, comment savait-elle qui entrait avant même de se retourner ? Cela devenait de plus en plus bizarre à chaque fois que ça se produisait. Péridot se balança d'un pied sur l'autre, mal à l'aise.

— Je, euh, suis venue prendre les fiches de référence d'Améthyste pour le devoir de Vendredi. Nous étudions ensemble, ce soir.

— Bonne chance avec ça, » ricana Perle, mais Mademoiselle Diamant lui dit d'aller désinfecter les tubes à essai et fit signe à Péridot d'approcher.

— Je vois que tu as choisi une nouvelle coupe de cheveux, » remarqua froidement le professeur.

Même assise, sa stature écrasait Péridot et elle se sentait comme un animal de laboratoire sous ce regard pâle, à sa merci, prête à être examinée et disséquée. Inconsciemment, la main de la jeune fille s'éleva jusqu'à ses cheveux maintenant blonds. La veille, Vidalia avait emmené ses trois jeunes protégés chez le coiffeur-visagiste pour une coupe biannuelle, et sur un coup de tête, Péridot avait fait décolorer ses cheveux jusqu'à une teinte platine et les avait lissés à grands coups de Sapphos Permafuse. Les deux femmes un peu âgées qui tenaient le salon lui avaient fait de grands sourires et des pouces levés du début à la fin, et celle avec un bandeau rouge avait fièrement remarqué que Péridot avait le type de cheveu idéal pour ce genre de chose.

Elle ne pouvait pas dire qu'elle n'aimait pas ce nouveau look qu'elle s'était infligé, seulement que ça nuisait au masque d'intelligence et d'objectivité qu'elle avait maintenu si longtemps. Mais… un grand total de trois compliments en avait découlé – ce qui fait trois de plus que d'habitude – et elle avait remarqué un manque non-négligeable de pensées haineuses envers elle-même ce jour-là.

— C'est juste que ça me convenait, » répondit doucement Péridot.

Dès que le mot « convenir » s'éleva dans l'air saturé de clorox, les yeux du professeur se plissèrent légèrement, mais ce fut si subtil que Péridot ne sut pas s'il s'agissait seulement de son imagination. Mademoiselle Diamant plaqua un dossier sur le bureau entre elles, croisa le regard de Péridot pendant une seconde, puis se retourna vers son ordinateur.

— Assure-toi qu'Améthyste reçoive ça, » elle avait reprit son habituel ton sévère mais ennuyé, mais ensuite elle ajouta, « et sois prudente. »

Péridot n'était pas stupide. Elle savait pourquoi l'avertissement avait été rajouté. Après l'avoir quittée dans le Couloir Violet devant la porte de la librairie, Mademoiselle Allnatt Diamant s'attendait clairement à ce qu'elle suive son conseil, à ce qu'elle tourne le dos aux « choix de vie tumultueux » d'Améthyste ou quelque chose du genre et redevienne la parfaite petite élève qu'elle était censée être. Lorsqu'elle avait vu la nouvelle coiffure de Péridot, qui, il est vrai, lui donnait bel et bien l'air d'une punk, elle avait eu l'impression qu'un seul avertissement n'avait pas suffi.

Eh bien, Péridot savait deux choses sur les adultes : qu'ils étaient à craindre jusqu'à preuve du contraire et qu'ils étaient accros aux demi-vérités. Le premier point était encore à voir car Mademoiselle Diamant était sûrement le genre de professeur qui appelle les parents et n'explique qu'ensuite ce que vous avez fait de mal. Le second point était à débattre. Qu'y avait-il de mal à avoir une amie ? À s'amuser un peu ? Est-ce qu'il y avait du mal à ça ?

Tandis que Péridot fourrait le fichier dans son sac à dos et fuyait la salle de classe de Mademoiselle Diamant, son esprit se déchirait comme de la barbe à papa. D'après Améthyste et Steven, s'amuser était une partie importante de la vie et pouvait être bénéfique à d'autres de ses aspects grâce à ses propriétés relaxantes. Mais d'après Mademoiselle Diamant… eh bien, rien n'avait été dit explicitement, mais elle semblait croire que les activités comme le cosplay, les modifications corporelles, et… la pauvre Péridot grimaçait encore en y pensant… l'attraction homosexuelle, menaient à une vie de ruine et de misère.

Le souci, c'était que Péridot ne savait pas à qui faire confiance. Avec son tempérament, méfiante envers tous jusqu'à ce qu'elle soit convaincue, elle ne pouvait pas déterminer qui lui offrirait le meilleur résultat – le professeur amer surdiplômé et le potentiel d'un succès à long-terme, ou la fille canon avec la langue percée et des aventures de plaisir éphémère ? Techniquement, la bonne réponse était, bien sûr, Mademoiselle Diamant, mais elle avait fait confiance à cette vie auparavant et cela ne lui avait apporté aucun réconfort personnel. Tout ce que cela lui avait apporté, c'était une haine envers elle-même et du stress, un intense désire de perfection, une défaite cuisante si jamais elle n'atteignait pas complètement son but. Est-ce qu'Améthyste avait raison – était-il vraiment impossible de vivre de cette manière ? Y avait-il un équilibre quelque part ? Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement… modérer chaque aspect ?

L'esprit de Péridot marchait selon la logique du tout ou rien : soit elle se jetait à corps perdu dans les études, soit elle consacrait sa vie entière au plaisir. Et elle ne savait pas comment changer cela. Il devait y avoir un autre moyen.

J'en parlerai avec Améthyste, voilà tout, décida-t-elle. Si… Si elle va bien, en tout cas.

Tandis qu'elle sortait de l'école et marchait vers les bus, elle fut frappée par une incertitude soudaine – devait-elle aller directement chez Améthyste ? Et s'il n'y avait personne ? Elle serait enfermée dehors et… le froid mordant de la mi-Novembre giflait sa peau nue et s'infiltrait même à travers ses manches. Son joli petit caban devenait vraiment trop léger pour ce genre de températures. Si elle se retrouvait coincée dehors, elle pouvait soit rentrer à pieds soit appeler Vidalia et… non, ça n'allait pas non plus. Hypothétiquement, elle pourrait attendre que Crème Fraîche ait fini sa répétition avec son groupe et rentrer ensuite avec lui mais cela impliquait d'attendre jusqu'à cinq heures et demi… Argh, pourquoi est-ce que c'était aussi compliqué ?!

Il y a toujours un moment où tu as besoin de dire non, lui vint à l'esprit la voix d'une jeune fille qui lui était familière. J'appelle ça… le point non.

Peut-être que c'était le bon moment pour un point non. Pour tenter sa chance. On ne lui avait pas dit que la maison n'était jamais vide… ? Si Améthyste n'était pas là, ou si elle était malade, il y aurait forcément quelqu'un d'autre. Peut-être Grenat ou Perle ; pour autant qu'elle sache, il y avait vingt pourcents de chances que la grande femme soit là parce qu'elle travaillait bénévolement à la caserne de pompiers en plus de ses cours d'arts martiaux. Cela allait devoir suffire.

En plus de dire non dans sa tête tandis qu'elle s'asseyait à la place libre dans le bus (où était Steven ?), Péridot s'assura d'envoyer un texto à Vidalia pour lui demander s'il était possible de venir la récupérer au cas où.

Le trajet fut vraiment long sans quelqu'un à qui parler – long de cinq chansons, en fait. Trois parties d'agar. io (elle détestait la nouvelle mise à jour). Lorsqu'elle descendit seule Cour Rosewood et leva les yeux sur le portail de fer forgé, le ciel d'un blanc froid lui jeta un regard mauvais à travers la canopée emmêlée de branches nues. Il n'y avait personne, pas de lumière dans la maison ; elle n'entendait pas le murmure habituel du piano de Perle ou les coups sur la batterie d'Améthyste ou même les mixtapes de Grenat, qu'elle jouait dès qu'elle le pouvait, elle le savait. Les fontaines étaient arrêtées. La balançoire solitaire se balançait toute seule. Un corbeau croassa quelque part. Même les parties les plus intègres de ce manoir, toutes les parties qui bougeaient, tous les signes de vie, avaient soit disparu, soit s'étaient tus, soit se retrouvaient juste tout seuls.

Elle appuya sur l'intercom avec hésitation, dit :

— Ah… Bonjour ? C'est Péridot.

Et attendit en retenant son souffle.

Après ce qui lui parut des siècles, le bip de la réception lui parvint et la voix de Grenat répondit :

— Le portail est ouvert.

Ce fut un soulagement. Et il commençait à faire vraiment très froid en plus. Elle vérifia le portail avec hésitation et s'aperçut que oui, en effet, il était déverrouillé, et s'ouvrit facilement d'une petite poussée. La porte d'entrée s'ouvrit de la même façon et Péridot se retrouva dans une maison très froide et étrangement sombre. Le miroir d'argent parut retarder lorsqu'elle passa devant, comme si son reflet répondait une microseconde après qu'elle ait bougé, et quelque part, deux personnes parlaient trop doucement pour qu'elle puisse entendre. Elle n'avait jamais remarqué à quel point les grincements du plancher étaient bruyants sous ses chaussures jusqu'à ce qu'elle soit techniquement seule.

— Euh… Bonjour ?

Les voix se turent et puis Grenat l'appela.

— On est dans la cuisine.

Par habitude, elle laissa ses chaussures à la porte et courut à moitié jusqu'à la source de la voix de la femme, où elle se retrouva nez-à-nez avec une scène qu'il ne serait pas facile d'oublier. Un homme grassouillet d'âge moyen était courbé sur la table de la cuisine, serrant une tasse de café comme si sa vie en dépendait, et Grenat était assise à côté de lui, les mains posées et ses lunettes de soleil sur la table. Lorsque les deux adultes levèrent les yeux vers elle, elle vit les ombres sous leurs yeux, les commissures rouges, le vide. Un vide que Péridot ne connaissait que trop bien.

— Est-ce qu'ils vont bien ? demanda-t-elle, même si elle craignait de connaître la réponse.

Elle n'avait vu ni les bottes de combat d'Améthyste ni les tongs de Steven à la porte ; si ses textos avaient été lus mais demeuraient sans réponse… Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Son esprit la renvoya même à une voiture de police qui avait hurlé en passant près du bus, plus tôt. Et s'il leur était arrivé quelque chose ? Quelque chose… d'indicible ?

L'homme ne semblait pas savoir comment répondre, il se contentait d'ouvrir et de fermer la bouche en silence. Grenat baissa la tête.

— Améthyste a régressé, » ragea-t-elle avec une force inhabituelle. « Je pensais qu'elle valait mieux que ça ! »

Péridot s'était tendue en entendant la voix sèche mais se rouvrit avec curiosité.

— Mieux que quoi ?

Sans prévenir, Grenat abattit son poing sur la table, faisant sursauter de surprise les deux autres personnes. Par frayeur acquise, Péridot scruta son visage, mais la rage s'était calmée – ses dents serrées revinrent à leur habituelle expression neutre, ses yeux hétérochromes se fermèrent. La femme prit une profonde inspiration pour se calmer.

— L'année dernière, » recommença-t-elle, plus doucement, « dès qu'elle a gagné en indépendance, Améthyste s'est mise à sécher les cours. C'est pour ça qu'elle est un niveau plus bas. Cette année, nous lui avions demandé d'emmener Steven à l'école pour l'empêcher de recommencer, et nous pensions qu'elle avait changé… Mais elle vient de recommencer, et elle a embarqué Steven dans ses histoires. »

Elle avait… séché ? Mais où était-elle allée ? L'avait-elle fait seulement pour s'amuser – ne savait-elle pas à quel point ce jour était important ? Que ses notes pour lesquelles elle avait tant travaillé étaient en péril ?

Grenat leva la tête, croisa une seconde le regard de Péridot, puis remit ses lunettes de soleil.

— Tu n'as pas besoin de t'excuser, » dit-elle rapidement, une seconde avant que Péridot ne commence à préparer des excuses. « Tu n'aurais rien pu faire.

— Mais c'est mon amie.

Les mots lui échappèrent juste avant qu'elle ne réalise ce qu'ils impliquaient, mais ils avait déjà touché le sol et s'y étaient brisés.

— Je lui avais demandé si quelque chose n'allait pas. Elle aurait pu me le dire. Pourquoi est-ce qu'elle ne m'a rien dit ?

— Parce qu'Améthyste n'est pas comme ça, » parla l'homme pour la première fois. « Elle n'oublie rien et elle ne l'admettra jamais non plus. Même à ses amis. »

Péridot était incroyablement perplexe. Cela n'avait aucun sens… Elle n'était même pas sûre d'avoir tout entendu dans son état, parce que rien ne collait. Améthyste était toujours si ouverte à propos de tout, pourquoi… Non, ça n'avait aucune importance ! (Même si ça en avait.) Mais ça n'avait pas d'importance. Améthyste se comportait comme la punk qu'elle était au début de l'année, comme Péridot croyait qu'elle était, comme elle pensait avoir été détrompée. Si c'était ça qui sortait lorsqu'elle craquait et si cela semblait si étrange à son sujet que cela en devenait impossible à croire, est-ce que Péridot la connaissait vraiment ? Pire, est-ce que cela lui prouvait quelque chose ? Qu'Améthyste était l'exact opposé de ce que Mademoiselle Diamant voulait pour elle ?

De qui était-elle tombée amoureuse ?

Un bip résonna dans la cuisine, faisant sursauter deux de ses occupants à nouveau.

— Ils sont rentrés, » dit Grenat en se levant – les trois mots déclenchant une pulsion qui fit sprinter Péridot jusqu'à la porte.

Ils étaient rentrés. Ils allaient bien.

Ou du moins – elle allait le découvrir. Voulait-elle le découvrir ? Son action immédiate lui disait qu'elle le voulait. Un mauvais pressentiment, en revanche, lui disait que non.

Chaussures aux pieds, ses talons maladroitement sortis, et elle n'avait pas pris la peine de prendre son manteau, si bien que lorsqu'elle descendit les marches du perron quatre à quatre le vent glacial mordit sa peau nue à pleine puissance. La couverture blanche des nuages s'était mise à cracher de la neige fondue et elle sentit chaque cristal mordant lui gifler le visage. Quelque chose dans cette situation n'allait pas tout à fait – c'était comme un rêve où elle courait aussi vite qu'elle le pouvait sans arriver nulle part. C'était si étrange : si ces bavards de Steven et Améthyste étaient revenus, alors où étaient leurs voix ? À quel point une cour et un garage pouvaient-ils être silencieux ? Pourquoi, mis à part le temps, faisait-il si froid ?

Au moment où Péridot traversait l'allée derrière un vieux van qu'elle ne connaissait pas et se préparait à survivre au drame inconnu, une porte claqua. Surprise, elle se baissa – et rata sa chance de s'insérer dans la scène.

— Améthyste ! » claqua la voix de Perle.

Elle n'avait rien de l'excentricité maternelle que Péridot avait déjà entendu ; à la place, c'était une voix qui lui ferait se recroqueviller sur son siège et prier pour un miracle. Ce n'était pas qu'un simple agacement. C'était de la fureur.

Il y eut un tintement comme celui d'une canette dans laquelle on aurait shooté, puis Améthyste parla avec un sarcasme acide.

— Quoi ? J'ai claqué la porte trop fort ? Je l'ai vexée ?

Oh non. Oh non, non, non… Péridot avait entendu trop de familles se disputer pour ne pas comprendre ce qui allait se passer. La voix d'un garçon intervint.

— Améthyste, s'il-te-plaît ! » supplia Steven. Il avait l'air au bord des larmes. « Je sais que tu es fâchée, mais je ne supporte pas quand vous vous disputez !

— Ouais, ben, me battre, c'est tout ce que je sais faire, » gronda Améthyste. « Pas vrai, Perle ? T'as pas raison ?

— Tu – je – attention, Améthyste. » La voix douce de Perle avait tremblé. « Tu as bien assez d'ennuis comme ça, pour avoir répondu d'abord, et ensuite pour avoir emmené Steven dans un endroit aussi horrible –

— Quoi ? Tu veux dire là où il y a de vilains enfants qui font de vilaines chose et font d'autres vilains enfants ? C'est de ça que tu parles ?

Sa voix était plus rauque que d'habitude, mêlée d'une tension aigüe. Péridot se rongeait inconsciemment les ongles et sentit la douleur lui taillader les nerfs lorsqu'elle déchira accidentellement sa chair tendre, et elle lâcha un hoquet en même temps que Perle.

— Améthyste, ce n'est pas –

— Oh, mais si !

Une mélodie dangereuse s'était glissée dans la voix d'Améthyste – aigüe, fragile.

— Tu ne comprends vraiment pas, n'est-ce pas ? Tu ne sais pas ce que ça fait de ne pas avoir ce que littéralement tout le reste du putain de monde a, pas vrai ?

Améthyste.

— Tu te demandes pourquoi je suis aussi folle, pas vrai, Perle ? Tu crois que je ne t'entends pas ?! Je ne suis jamais assez bien pour toi et tu dis que c'est ma faute si je ne sais jamais comment faire, et ensuite tu retournes ta veste et tu dis à tout le monde à quel point – oh, toi, Rose et Grenat, c'était siiii héroïque de votre part de m'adopter. De me donner TOUT le soutien qu'une famille aimante ne m'a jamais donné AVANT !

— Arrête ça tout –

— Et je ne l'ai toujours pas reçu, putain, » gronda Améthyste. « Ni de ta part, ni de la leur – et j'ai fait de mon mieux pour tout et je me suis cassé le cul pendant seize ans à essayer de vous rendre heureuses – et ça n'est jamais assez ! Ce n'est jamais assez bien pour – pour quoi ? Payer mon loyer ? Compenser le temps que vous avez perdu à abriter une pauvre gamine des rues ? Peut-être que si j'ai un boulot c'est uniquement pour que vous n'ayez pas à voir ma putain de face dégueulasse !

Améthyste !

Elles criaient toutes les deux à présent, leurs voix cassées noyant presque le bruit des pas venant de la maison.

— Surveille ton langage, Steven est –

— Steven doit apprendre à quel point je suis tarée en réalité, » rit presque Améthyste en s'étranglant à moitié. « Pour que vous puissiez lui dire de rester à l'écart des parasites comme moi ! »

Un fracas terrible survint à cet instant, appuyé par le staccato des cris de douleur et de frayeur et Péridot se sentit malade. Malgré son bon sens elle s'autorisa à regarder dans le garage – et le regretta. Elle vit Perle au sol à côté d'une rangée de vélos renversés, son pantalon déchiré et taché de sang frais. Steven avait couru auprès de sa mère de substitution, mais fixait sa sœur, qui se tenait entre eux et la voiture, les poings et les dents serrées.

— Admet-le, » hurla Améthyste. « Je ne suis qu'un fardeau pour vous ! Tu crois que je ne suis rien qu'une – »

Elle cligna des yeux avec un frisson, mais ne termina jamais sa phrase, parce que c'est à ce moment qu'elle se retourna vers Péridot et fit un pas en arrière. Où plutôt, vers quelqu'un derrière Péridot – un quelqu'un qui dépassa le van à grandes enjambées jusqu'à l'adolescente sans la moindre hésitation, les poings serrés. Lorsque Grenat prononça son nom, c'était différent du désespoir de Steven ou Perle. Ferme, inflexible et enragée.

Améthyste !

L'homme qu'elle avait vu plus tôt avait suivi Grenat et accourut vers Steven, mais Péridot ne leur prêta aucune attention. Lorsque Grenat était apparue, l'expression d'Améthyste était passée de la fureur à une terreur glacée ; tandis que la femme plus âgée marchait vers elle, elle recula jusqu'à se coller contre le fond du garage. Et Péridot ne penserait jamais que Grenat ferait du mal à Améthyste, mais la peur était bien là et elle brûlait de familiarité. Elle ferma les yeux très fort – elle ne pouvait pas faire ça, ce n'était pas sa famille – mais elle le fit. Elle bondit sur ses pieds mal assurés.

— Attendez ! » glapit-elle.

Sa voix couina ; tous les yeux étaient tournés vers elle. Elle sentit un poids gelé comme une boule de plomb dans son estomac et déglutit. Que venait-elle de faire ? Elle ne savait rien de plus à propos de la situation que qui que ce soit dans cette situation.

— Péridot, retourne à l'intérieur, » dit Grenat. « Améthyste doit réparer ses propres erreurs.

— Je – mais –

Elle savait déjà que Grenat avait raison. Elle ne pouvait pas simplement mettre son nez dans un conflit qui n'était pas le sien. Il y avait beaucoup de règles chez les enfants en famille d'accueil, et l'une d'elles, peut-être la plus importante, était de ne jamais se mêler des conflits familiaux, et s'il arrive d'en être l'objet, de se retirer par tous les moyens possibles. Etait-il juste de défendre Améthyste et de demander à entendre sa version des faits avant que sa punition ne soit infligée ? Possiblement. Mais était-ce une solution sûre ? Absolument pas.

Désespérée, pétrifiée sur place, Péridot lança un regard à Améthyste, mais au moment où elle le fit, la plus âgée passa en bousculant Péridot et Grenat et partit en courant vers la maison, la tête rentrée sous sa veste en cuir abîmé.

— A – Améthyste !

Le nom s'arracha de lui-même aux lèvres de Péridot et avant même de s'en rendre compte, elle sortait en courant à nouveau, la peau piquée par la neige qui tourbillonnait, à la poursuite d'Améthyste. La jeune fille jeta un seul regard par-dessus son épaule avant de se mettre à courir encore plus vite, faisant mordre la poussière à sa famille et à sa seule amie.

La respiration horriblement sifflante et reniflant à travers son nez bouché, Péridot ne rattrapa Améthyste qu'après qu'elle ait claqué la porte de sa chambre.

— Améthyste… Améthyste, s'il-te-plaît, je suis désolée, je ne voulais pas m'en mêler, j'ai juste…

— Va-t'en, » renifla Améthyste d'une voix étouffée. « Tu ne comprends pas. Ne… me parle pas, c'est tout. »

Péridot était sans voix. Puis, en réaction au brasier dans sa poitrine, elle rétorqua :

— Tu crois que je ne comprendrais pas ?

À la seconde où les mots franchirent ses lèvres, elle essaya de les rattraper, tâchant de les retenir avant qu'ils ne soient emportés par le courant irréversible du son. Elle avait brisé tant de règles sous-entendues aujourd'hui et, pour une fois, elle n'arrivait pas à imaginer les représailles qui pourraient advenir. Surtout pas après celle-là. Ne jamais, jamais essayer d'apitoyer quelqu'un. Ne jamais se plaindre, ne jamais comparer sa situation avec les autres, ou même mentionner la Chose Qui A Fait De Toi Ce Que Tu Es. Péridot n'avait jamais brisé cette règle avant. Elle ne savait pas si elle aimait la façon dont elle avait glissé de sa poitrine, comme un poids tombé au sol.

Sans le vouloir, elle fit un pas en arrière et faillit trébucher. La seule exception à l'obscurité du couloir désert venait de la fenêtre tout au bout, qui plaçait un rayon de lumière grise entre elle et de meilleures excuses. Quelque chose retenait ses mots pour elle à présent. Peut-être que c'était les pas dans les escaliers tandis que Steven, Perle et Grenat rejoignaient cette scène morne, peut-être que c'était simplement le sentiment d'échec écrasant dans ses tripes. Mais de cette chose qui gardait sa bouche fermée survint une pensée : J'ai tout gâché.

Elle se retourna, hébétée, dépassa Steven, Grenat et Perle, et retourna dans la cuisine. Le dossier d'Améthyste de la part de Mademoiselle Diamant demeurait intact sur la table. À l'extérieur, la neige avait commencé à s'éloigner mais l'obscurité de la nuit s'installait, teintant les couleurs chaudes de la pièce d'un bleu-gris glacé. Il était déjà tard.

— Est-ce que vous avez raison ? » murmura Péridot, en ramassant la pochette jaune. Elle le répéta un peu plus fort : « Est-ce que vous avez raison ? »

Améthyste n'était pas qui elle semblait être. Améthyste était blessée. Améthyste était rancunière. Péridot suspectait qu'elle n'avait vu qu'une partie d'une histoire bien plus longue, mais c'était suffisant pour elle, suffisant pour appuyer sur le poids de plomb dans son estomac et l'attirer dans une chaise où elle se plia en deux et couvrit son visage de ses mains froides. Il y avait tant à dire et pourtant nulle part pour le dire, nulle part qui lui convienne en tout cas. Les autres n'étaient pas encore descendus et elle craignait qu'ils ne soient pas là avant un très long moment – la seule autre personne au rez-de-chaussée était cet homme qui était sûrement le père de Steven, et au moins il avait des liens familiaux avec certains d'entre eux. Péridot n'était que la petite gamine idiote qui avait fourré son nez partout et s'en était mordu les doigts. La gamine débile amoureuse de la fille qui se perçait pour s'amuser et fuguait pour aller… pour aller où ?

De qui suis-je tombée amoureuse ?


Note de la traductrice : Rebonjour! Eh oui, il fait mal ce chapitre, hein?

Pour la nouvelle, je voulais vous annoncer que je suis officiellement une traductrice professionnelle! \o/ Ce qui veut aussi dire que je débute et que c'est difficile de trouver du boulot T-T Mais bon, je ne vais pas me plaindre, il faut s'accrocher pour vivre de ce que l'on aime faire!

Ça ne veut pas dire que je vais arrêter la traduction de fanfiction, bien sûr ^^' Ça, je le fais pour le plaisir! Mais ça veut aussi dire que je ne crache pas sur un peu d'aide, contre compensation, bien entendu!

J'offre divers services en commission avec des prix très bas : traduction, correction, voire écriture ou recherche de texte s'il vous faut quelque chose de spécifique. Pour plus d'information, vous pouvez aller sur mon blog tumblr à torisfeather, dans l'onglet "commandes", ou bien m'envoyer directement un mp si vous êtes intéressé.

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Mais même si vous ne faites rien de tout ça, je vous suis quand même super reconnaissante de me lire et de me suivre, et j'espère que je pourrai continuer à écrire pour vous le plus longtemps possible!

À la prochaine!