Bonjour !

Merci encore pour vos retours, bonne lecture !


Je suis amoureux de Ladybug.

Pourtant, ma préoccupation première a changé depuis hier soir. Le soleil se levant à l'horizon, j'enfile mes vêtements avant même que Nathalie ne vienne me réveiller. Mon sac de cours est déjà prêt au pied de mon lit. J'entre une dernière fois dans la salle de bain et me place devant le grand miroir au dessus de l'évier.

Je ne suis pas beau à voir. Si mes cheveux sont parfaitement peignés, cela ne remplace pas l'attention prise par mon oeil droit. Le vert de mes yeux contraste avec mes paupières violettes voire presque noires. Rien que passer un doigt sur cette peau me fait souffrir, remplissant cet oeil de larmes de douleur.

- Pour un mannequin, ça fait peine à voir. Dit Plagg en sortant d'on-ne-sait-où. Tu penses qu'on va te laisser sortir comme ça?

Je soupire, ne trouvant pas les mots adéquats. Il a raison, si Nathalie ou le gorille découvrent mon visage abîmé, ils risquent de le dire à mon père qui ne voudra plus que j'aille à l'école. Si je vais à l'école, je suis persuadé qu'il en sera de même pour Madame Bustier. Je ne peux même pas me transformer et m'enfuir en tant que Chat Noir ! Cela ne guérira pas mon oeil.

Tout cela s'est produit hier soir. J'avais convenu de faire ma ronde à travers Paris, à la recherche d'un quelconque akuma. Sachant que le prochain serait probablement Nathaniel, je suis allé jusqu'à son immeuble pour m'assurer qu'il allait bien. J'ai été surpris de le voir seul sur le toit de son immeuble alors je suis allé à sa rencontre. Grosse erreur. Dès qu'il m'a vu, il s'est jeté sur moi et m'a donné un coup de poing dans l'oeil droit. Je ne m'y attendais pas du tout donc je n'ai pas pensé à me défendre.

Pourtant, il n'était pas akumatisé. Il s'agissait du vrai Nathaniel. J'ai essayé de lui parler mais il n'a rien voulu entendre. D'ailleurs moi non plus je ne l'ai pas écouté, j'ai aussitôt pris la suite quand il s'approchait de moi. J'avais peur de le blesser malgré moi.

Voilà donc comment je me retrouve dans cette situation, à hésiter entre dire la vérité d'emblée ou profiter des derniers moments que je vais vivre au lycée.

- Ne fais pas cette tête, imagine si Ladybug te voyait dans cet état.

Ah et il y a de ça aussi. Je ne peux décemment pas me montrer aussi faible devant Ladybug. Je suis sûr qu'elle aurait trouvé les mots justes pour le calmer, elle. Je n'ai pas osé la contacter hier soir et je ne sais pas si je serai apte à le faire aujourd'hui.

Toujours est-il que j'attrape mon sac et descends discrètement pour sortir du manoir. La voix de Nathalie s'élève dans la salle de séjour mais j'ai le temps de sortir avant qu'elle ne se rende compte de ma présence.

Une fois dehors, j'enfile une paire de lunette de soleil afin de passer inaperçu. Malchance du chat noir: il pleut. Les gens dans la rue me regardent, je dois avoir l'air d'un pauvre idiot mais au moins, ils me dévisagent pour une autre raison. Je parviens rapidement à l'école, beaucoup trop tôt à mon goût. Autant profiter pour continuer mes recherches pour le travail - que j'espère pouvoir présenter avant de mourir.

La bibliothèque est libre. J'en profite pour retirer mes lunettes et balayer des yeux les rayons de la section poésie. De ce que je sais, Marinette a choisi un poème mais hésite encore. Je me demande si je ne pourrais pas lui apporter mon aide mais je suis nul en poésie.

- Ah les humains et leurs situations beaucoup trop compliquées. Soupire Plagg en sortant de ma chemise.

- Cache-toi ! Imagine un peu si quelqu'un arrive et t'entend?

Cela ne semble pas l'importer.

- Tu auras qu'à lui dire que c'est un ami imaginaire, le même qui t'a frappé au visage.

- Très drôle, je grogne.

Plagg rit tandis que j'essaie vainement de l'ignorer. Je n'ai toujours aucune idée de l'explication que je vais donner aux autres. Une bagarre dans la rue? Je suis tout simplement tombé? Pourvu juste qu'ils ne se mettent pas à colporter des rumeurs selon quoi je suis un enfant battu. D'ailleurs, je me demande si Nathaniel fera un lien entre Chat Noir et moi. Mh...pas possible.

Au bout d'une demi-heure de recherche, je ressors de la bibliothèque. Les élèves les plus matinaux sont déjà arrivés et discutent dans un coin de la cours. Je profite qu'ils soient distraits pour monter les escaliers en métal jusqu'à ma classe sans devoir me couvrir. Plus le temps passe, moins je suis confiant. Au final, je me résigne à m'installer sur mon banc à attendre l'arrivée des autres, accompagnés de leur flot de questions.

La porte s'est ouverte à plusieurs reprises. J'ai cru reconnaître du coin de l'oeil la longue chevelure noire de Juleka mais elle n'a rien remarqué. S'en est suivi d'autres élèves qui se sont arrêtés devant moi avant de marmonner un "bonjour Adrien" avant de s'asseoir. Pour être honnête, je ne m'attendais pas à autant d'indifférence. Ce n'est que lorsque qu'une jeune fille aux cheveux noirs coiffés deux couettes basses qu'on m'adresse réellement la parole.

- Adrien? Dit-elle d'une voix à la fois inquiète et choquée.

Je relève le menton vers Marinette, esquissant un petit sourire gêné de me montrer ainsi.

- Bonjour Marinette. Je réponds gentiment.

- Que t'est-il arrivé?

"Je me suis fait frapper par Nathaniel".

- Rien de spécial, sûrement des gens jaloux de mon père.

Le seul geste de cligner des yeux est inconfortable, je ne peux m'empêcher de grimacer sous la douleur, accentuant l'état d'inquiétude de mon amie. Elle semble réprimer un geste vers mon visage, tout en fixant mon oeil meurtri.

- Quels lâches ! S'exclame-t-elle soudainement en colère. On va les retrouver et ils vont payer !

Sa réaction me soutire un sourire, c'est tellement adorable à côté de l'indifférence des autres. Je sais maintenant que si un jour on vient vraiment me chercher des ennuis, ils auront affaire à Marinette. Sur ce, elle prend place derrière moi mais je ne compte pas arrêter cette discussion d'aussitôt. C'est bien la première fois qu'elle s'exprime clairement sans bégayer, dommage qu'il faille attendre que je me retrouve avec un cocard.

- Hé, Marinette.

- Oui?

- J'ai parlé avec Chat Noir récemment. S'il y a le moindre soucis, n'hésite pas à me le dire. On est ami, pas vrai?

Soudain, Marinette reprend ses tics habituels, elle rit nerveusement derrière sa main et bredouille des mots que je ne comprends pas.

- Promets-le-moi

- Je...je promets te le ! Promets te je le ! Je veux dire, je te le promets !

Elle crie presque sa dernière tentative, attirant l'attention de tout le monde. Ses joues se teintent de rouge et elle se rassoit la tête baissée, honteuse. Je ne peux m'empêcher de rire devant tant d'émotions.

- Merci. Je dis finalement.

Après tout, Marinette est ma première amie dans ce lycée, je me dois de l'aider quand je le peux, super héros ou simplement Adrien. Ironiquement, Nathaniel arrive peu après notre échange. Il stoppe tout mouvement à la vue de mon visage. Mon sang ne fait qu'un tour. Aurait-il deviné en fin de compte? Toujours est-il qu'il me salue d'un simple "bonjour" puis s'installe à côté de Marinette. Un détail me saute aux yeux: je le trouve beaucoup trop près d'elle à mon goût.

- Vous pensez qu'on pourra se voir après les cours pour travailler tous les trois? Je propose, insinuant bien que la présence de la quatrième personne ne sera pas indispensable.

Mon amie aux couettes affiche un grand sourire et hoche la tête. Notre ami, lui, est plus réticent, il observe d'abord la réponse de Marinette avant de faire mine de réfléchir.

- C'est d'accord. Répond-t-il finalement sans la quitter des yeux.

Tout à coup, alors que la cloche est sur le point de sonner, de fortes vibrations surviennent au niveau de mon pantalon. J'attrape le téléphone et remarque l'appel de Nathalie. Je me contente de décrocher rapidement et de lui répondre:

- Bonjour Nathalie, je suis allé à l'école seul aujourd'hui, j'avais oublié de vous informer, désolé. Je ne serais pas de retour après les cours, je dois impérativement travailler avec mon groupe de français. Je me débrouillerai pour rentrer. Bonne journée !

- Monsieur Adrien ...!

Elle n'a pas le temps de dire quoi que ce soit que je raccroche avant d'éteindre mon téléphone pour les cours du matin.

Il semblerait que Chloé ne viendra pas aujourd'hui. C'est dommage, j'ai presque l'impression qu'elle me manque. Enfin, je veux dire que c'est beaucoup plus animé quand elle est dans les parages.

Les cours sont horriblement longs, j'ai l'impression d'être assis sur ce banc depuis plusieurs jours alors que cela fait moins de dix heures. Durant la pause de midi, je reçois un flot de questions venant d'Alya et de Nino tandis que Marinette reste en retrait pour écouter mes explications. Plus je leur donnais de futiles détails, plus j'avais l'impression de m'enfoncer dans un trou en dehors duquel je ne me sortirai jamais. Si seulement les choses étaient plus simples...

A la dernière sonnerie, je ne suis pas plus rassuré. Il va falloir que je garde un oeil - le gauche si possible - sur Marinette pour être sûr qu'il ne se passe bien.

Nous nous installons dans un coin dans la bibliothèque, à l'abris des regards indiscrets. Nous sommes donc assis autour d'une table rectangulaire. Nathaniel fait face à Marinette, je suis à sa droite pour observer tous leurs gestes.

- Où est-ce qu'on en est? Je demande en ouvrant une page vierge sur ma tablette.

Marinette dépose la sienne affichant un texte au centre de la table, à vue de tous.

- J'ai choisi un poème mais vu que c'est Chloé qui se charge de l'interprétation, je peux encore le changer.

Je leur montre ensuite les recherches que j'ai retranscrites sur l'auteur et sa carrière en tant que romancier. Au début, tous deux boivent mes paroles en m'indiquant ce que nous devrions garder. Peu à peu, leur concentration se dissipe pour laisser place à une ambiance plutôt...spéciale. Le jeune homme aux mèches rousses lance quelques coups d'oeil appuyés à Marinette, faisant mine de ne rien voir. Pourtant, ses joues ont l'air plus rouges que précédemment.

- Et toi Nathaniel, je poursuis comme si de rien était. Qu'est-ce que tu as trouvé?

Ce dernier prend un moment avant d'intégrer ma question. Qu'est-ce qui se passe? Il se met alors à nous expliquer tout ce qu'il prévoirait au niveau de la présentation. Etant le plus créatif, nous lui avons donné comme travail de s'occuper du visuel, afin de gratter plus de points. Les doigts de Marinette se resserrent sur la table. Je fixe son visage. Lorsque nos yeux se croisent, elle dévie aussi vite le regard pour se replacer sur sa chaise et se concentrer sur l'écran. Soudain, une idée germe dans mon esprit: et si ce qu'il se déroulait n'était pas visible ?

Je feins se m'écrouler sur la table pour faire tomber ma trousse par terre. Là, en me penchant vers mon sac par terre, mon attention est retenue vers les jambes de mes camarades: alors que celles de Marinette sont en retrait en dessous de son siège, celles de Nathaniel sont exagérément étendues, au point d'atteindre l'espace privé de mon amie.

Cette vue me donne une poussée d'adrénaline, Marinette est acculée dans sa position, je comprends mieux sa réaction. Elle ne doit pas savoir comment réagir.

- C'est bon Adrien? M'appelle le garçon.

- Oui oui, je dis calmement en me posant au fond de ma chaise.

Il reprend là où il s'est arrêté mais l'état de Marinette ne s'améliore pas même après une dizaine de minutes. Je réfléchis vite à une solution mais je ne vois qu'une possibilité. Faisant parler mes talents d'acteur, je m'étire, m'étendant tout du long et amenant mes pieds au niveau de la chaise de Marinette. J'en profite pour tirer les pieds et la faire pivoter vers moi et ainsi la libérer. Recevant le regard surpris de mon amie aux cheveux noirs, je lui fais un petit clin d'oeil en frôlant sa cheville avec mon pied, l'incitant à tendre ses jambes. Mon geste n'est pas si discret que ça car je sens le regard noir que m'envoie Nathaniel.

- Tout se passe bien? Je lui demande en me penchant vers la table.

- Tout va bien. Grogne-t-il en baissant les yeux sur sa tablette avant de reprendre son explication.

Décidément, éviter l'arrivée d'un akuma n'a jamais été aussi compliqué.