Histoire de me prouver que je suis une déesse capable de travailler à toute vitesse, le voici, le voilà, l'avant-dernier chapitre.
Applaudissez bien fort.
Chapitre 9: Travail au corps
« Ciss... »
Narcissa repoussait la main qui la secouait sans douceur, grommela, et se laissa rouler sur le dos, jambes grandes ouvertes et yeux pas du tout en face des trous sous des paupières à moitié fermées. « Va t'en... » grogna t-elle de sa voix normale, qui jurait assez violemment avec son filet à cheveux et sa nuisette. « J'dors... »
« Tu peux pas dormir... pas maintenant... je suis en train d'avoir un bébé... »
« Gni ? »
« Tu veux la manière forte ? » dit la voix. « BOB ! JE SUIS EN TRAIN D'AVOIR UN BEBE ! »
Narcissa se redressa brusquement dans le lit. Sa tête se mit à tourner et elle vacilla dangereusement. Elle porta une main à son front et loucha dans la chambre plongée dans la pénombre pour trouver Harry en train de la fusiller du regard. « Muh ? »
Les nombreuses fêtes célébrant la fin de Voldemort s'étaient poursuivies loin dans la nuit et durant les trois jours et demi suivants, et il était peu surprenant que Narcissa ait quelques difficultés à se lever.
Ou même à reprendre conscience.
Après tout, il n'y avait pas tellement de manières différentes de mélanger le whisky et le panaché avant de devoir simplement boire la gnôle au goulot.
« T'es réveillée, Ciss ? » dit-il en agitant une main devant son visage. Elle gloussa. Elle n'avait jamais remarqué que Harry avait vingt doigts par main auparavant. « Ciss ? Youhou ? Tu m'entends ? »
Elle hocha vaguement la tête et lui fit un sourire un peu flou. « Cinq sur cinq, cap'taine ! » confirma t-elle avant d'essayer de le saluer, parvenant au cours de la manoeuvre à se gifler le front relativement fort.
« Je crois que le bébé veut sortir. » dit-il. « Maintenant. »
« Bébé ? » Les mots finirent leur voyage jusqu'au cerveau et les yeux de Narcissa se décollèrent brusquement. « Oh putain de merde avec une cerise au sommet ! »
« Je l'aurais pas formulé ça comme ça. » Harry s'assit au bord du lit avec une grimace, une main appuyant sur son ventre. « Ca fait mal, Ciss... et tu ne m'as jamais dit... comment je fais exactement pour faire sortir ce truc sans trou ? »
Narcissa farfouilla à la recherche de sa robe de chambre et lui lança un regard impuissant. « Tu restes en travail jusqu'à ce que ton corps estime que tu as autant souffert qu'une femme, et ensuite ton nombril s'ouvre pour laisser sortir le bébé. »
Harry ferma étroitement les yeux avec une nouvelle grimace.
« Et maintenant, » murmura t-il d'un ton sinistre. « Je sais pourquoi t'as pas pris la peine de me dire ça avant. Est-ce qu'il y a autre chose que je dois savoir avant d'aller me poser ma baguette contre la tempe ? »
« Hum... »
« Ciss ? »
« Les sortilèges anti-douleur ne fonctionnent pas. » grommela t-elle en enfilant ses chaussons.
« Comment ça, ils ne fonctionnent pas ? »
« Ils ne marchent pas. » répéta t-elle sur un ton d'excuse. « La théorie c'est que si tu avais suffisamment envie d'un bébé pour prendre la potion, tu dois pouvoir supporter la douleur qui viens avec, et maintenant... »
Harry s'allongea lentement sur le lit, les yeux toujours fermés, et son visage se tordit de nouveau sous l'effet de la douleur. « Rappele moi de tuer Lucius, » dit-il sèchement. « Ou de le castrer. Celui des deux qui est le plus faci... aïe... aïeaïeaïeaïeaïeaïe ! »
« Douloureux ? »
Des yeux verts s'ouvrirent pour lui lancer un regard meurtrier pendant que leur propriétaire se débattait pour se redresser. « Non, Ciss, pas du tout. » répondit Harry d'une voix dégoulinante de sarcasme. « J'avais envie de m'entraîner à chanter. Qu'est-ce que tu crois ? »
« C'est la forme la plus basse d'esprit, poussin. » le gronda gentiment Narcissa en l'aidant à se lever, un bras passé autour de sa taille. Il lui lança un regard mauvais alors qu'ils se dirigeaient vers sa chambre. « Quoi ? »
« Quand tu seras en train de sentir ça tu pourras me donner des leçons. »
« Je suis venue, j'ai vu, j'ai vaincu, et j'ai acheté le t-shirt commémoratif. » répondit Narcissa avec fierté.
« Le t-shirt... bien sûr... »
« Si, je te jure. » dit-elle avec un sourire amical. « Il y a une photo de Drago dessus avec son poids, heure de la naissance et tout le tralala... J'allais le porter pour ton accouchement comme ça tu ne pourrais pas râler et geindre que personne ne comprends ta douleur. »
« Salope... » gémit Harry. « T'es vraiment une salope... »
« C'est le truc le plus gentil que tu m'aies jamais dit ! »
Harry lui jeta un regard noir. « C'était pas intentionnel. » marmonna t-il en s'arrêtant alors qu'une nouvelle douleur très vive traversait le bas de son abdomen et le forçait à se plier en deux. « Oh merde ! Oh merde ! Oh MERDE ! »
« Doucement Harry; respire... » Narcissa le dirigea vers un mur et le laissa se pencher en avant. Elle lui massa le dos pendant qu'il prenait de grandes goulées d'air. « Gentil garçon, Harry, reste calme... »
« Comment Mrs Weasley a pû faire ça sept fois ? » grommela Harry en secouant la tête pendant qu'il s'accrochait aux lambris pour ne pas tomber à genoux. « Je comprends pas... c'est déjà assez dur pour moi... et elle a remis le couvert... elle est complètement folle... »
« Ce sera bientôt fini, Harry. »
« Tu me le jures ? » Un regard vert et suppliant se posa sur elle.
« Euh... »
« C'est pas juste... » gémit Harry.
OOo
« CA FAIT MAL ! »
« Essaye de rester calme, Harry ! »
« J'emmerde le calme ! » hurla Harry d'une voix rauque en lançant un coup de pied à un des elfes de maison par inadvertence qui l'envoya voler à l'autre extrémité de la pièce. « Je veux que ce truc sorte de moi ! Fais le sortir ! Tout de suite ! Arrête la douleur ! »
Harry était de retour dans son propre lit, le visage en sueur et les poings serrés sur le drap alors que Narcissa surveillait son nombril en attendant qu'il s'ouvre pour laisser sortir le bébé.
Elle essayait de le rassurer en lui épongeant le visage et recevait régulièrement de longues tirades de menaces qu'elle reconnaissait bien, pour avoir proféré la même chose pendant son propre accouchement, près de dix-huit ans auparavant.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Narcissa et Harry tournèrent tous deux un visage soulagé vers la porte.
« Luce ! Merci aux Fondateurs, tu es revenu ! » s'exclama Narcissa en se levant rapidement pour lui faire signe d'approcher. « Le travail a commencé hier soir ! Ca fait presque huit heures et Harry n'est pas... »
« BORDEL DE MERDE ! Lucius, quand tout ça sera fini je te l'arrache ! »
Lucius lança un regard amusé à Narcissa. « A ce point là, Ciss ? Je me rappele de toi me disant quelque chose du même genre. » remarqua t-il sèchement et retirant son manteau et en s'approchant du lit. « Tu veux que je prenne la place du 'papa', Harry ? »
Des yeux verts sauvages se posèrent sur lui. « T'as mis ce truc à l'intérieur de moi, t'as plutôt intérêt à être là quand il sort, espèce d'enfoiré ! »
« Si j'avais su j'aurais ignoré la lettre de Dumbledore... »
« Dumbledore ? » haleta Harry en se débattant pour se redresser un peu. La sueur se mit à couler le long de son visage. « Qu'est-ce qu'il voulait ? »
Lucius se glissa derrière Harry sur le lit, entre son dos et la tête du lit. Il le laissa appuyer son dos nu contre sa poitrine et agripper ses mains pour les serrer. « Il voulait juste savoir ce qui s'était passé exactement et comment tu allais. »
Haletant et tremblant, Harry s'accrocha fermement aux mains rassurantes, fermes et sèches de Lucius en s'appuyant contre lui alors qu'une nouvelle vague de douleur le submergeait. « Et qu'est-ce que tu lui as dit ? »
« Oh, la vérité. » répondit Lucius.
« La vérité ? »
« Hmm. Enfin, ma version de la vérité. »
Harry se détendit légèrement et pencha la tête de côté, sa respiration se faisant plus calme. « Qui est ? »
« Que notre Maître, » dit Lucius d'un ton très sévère avec une expression parfaitement sérieuse. « Le profondément regretté Voldemort, a trouvé le moyen de prendre feu spontanément sous le choc de la découverte en voyant en personne le mystérieux popole qu'on a aperçu en train de voler dans les environs d'Oxford ces derniers mois. »
Harry commença à rire, puis grogna. « Me fais pas rire andouille, ça fait mal ! »
« Pauvre petit, » ricana Lucius en appuyant son menton sur le sommet de la tête de Harry. « J'ai toujours su que les Gryffondors avait des seuils de tolérance à la douleur très bas. »
Narcissa et Harry échangèrent un regard qui passa inaperçu auprès de Lucius.
« C'est ça, Lucius. » marmonna Harry. « La prochaine fois c'est toi qui porte le bébé. »
« Je ne crois pas. »
« Et pourquoi, Lucius ? » demanda Narcissa. « Après tout, ce ne serait que justice qu'on en ait un chacun ! »
« C'est un non absolu et véhément. »
Les mains de Lucius se ressérèrent autour de celles de Lucius lorsque la douleur revint. Les muscles fins de ses bras et de son torse étaient bandés, son visage passa du blanc à l'écarlate en quelques secondes et ses yeux étaient étroitement fermés.
« Et si... » grogna t-il entre ses mâchoires serrées. « Je te donnais... un coup de pied... dans les noix... tous les jours... pendant six mois... ça pourrait peut-être... équivaloir... à ce genre de douleur... »
« Amateur, » dit Narcissa en riant. « Tu dois vraiment apprendre à menacer correctement les gens, Harry. »
« Ciss, dis-moi... est-ce qu'il commence à sortir... ? »
Narcissa se pencha en avant et leur adressa un grand sourire. « On dirait que tu vas devenir papa... ou que vous allez devenir papas, tous les deux... » Elle eut brièvement l'air très perplexe. « Vous savez, cet enfant va être très perturbé. »
« Et toi tu as une relation totalement normale avec ton fils, » grogna Harry en laissant retomber sa tête contre l'épaule de Lucius. Des halètements de douleur lui échappaient alors que son nombril commençait lentement à s'ouvrir vers l'extérieur. « J'AI MAL ! »
« J'ai jamais dit que ce ne serait pas le cas, chéri. » répondit Narcissa avec un air compassé. « Et n'insulte pas ma relation avec mon petit garçon ! »
« Je ne l'ai pas insultée... tu es un homme... et ton fils n'est pas au courant... je fais juste remarquer... »
« Vous avez fini de vous chamailler, vous deux ? » soupira Lucius. « Ciss, surveille le trou pour voir à quelle vitesse il s'ouvre. Harry, essaye de respirer régulièrement, d'accord ? Je sais que ça peut avoir l'air stupide mais ça aide. »
« Tu me laisseras te botter le cul quand ce sera fini ? » demanda plaintivement Harry en relevant la tête vers Lucius.
Ce dernier lui adressa un demi-sourire. « Je l'envisagerai. »
« D'accord, Harry, on y est... »
Harry pressa sa tête contre l'épaule de Lucius et ferma étroitement les yeux. Des larmes venaient se mélanger à la sueur sur son visage. « Oh mon Dieu... » murmura t-il dans un souffle, encore et encore. « Oh mon Dieu, oh mon Dieu, oh mon Dieu... »
Il avait l'impression d'être déchiré en deux, comme si quelqu'un avait fourré un immense poing en métal à l'intérieur de lui et était lentement en train de faire ressortir ses entrailles.
C'était insupportable.
Et les bruits.
Il entendait une espèce de bruit mouillé et pâteux qui semblait correspondre à la pression de ce qui ne pouvait être que la main de Narcissa en train d'essayer de libérer le bébé -oh mon Dieu, je suis vraiment en train d'avoir un bébé !- du corps de son père.
Son corps était secoué de tremblements et il sentit Lucius serrer ses doigts de manière rassurante pour lui témoigner son soutien silencieux.
« C'est bien, Harry... C'est très bien... »
Les murmures répétitifs parvenaient à le calmer un peu alors qu'il faisait de son mieux pour repousser la douleur.
Ce serait bientôt terminé.
Tout serait fini.
Plus besoin de faire pipi nuit et jour.
Plus d'envies ni de nausées.
Et le meilleur de tout, plus de ventre !
« Merlin... »
Il se força à rouvrir les yeux en entendant le murmure de Lucius. Sa gorge était serrée par la douleur. Il vit alors Narcissa extirper de ce qui avait autrefois été son nombril une petite créature hurlante et gigotante couverte d'une substance répugnante.
Bien entendu, il vit ensuite son gros côlon.
Ses yeux vert s'écarquillèrent alors qu'il contemplait ses propres entrailles, et le célèbre Harry Potter, vainqueur du Seigneur des Ténèbres et mec globalement héroïque et tout ce qu'on voudra, tomba promptement tout droit dans les pommes.
