Chapitre IX : Voyage à Paris.

Cette fois-ci je n'ai pas pu empêcher Jenny de m'accompagner. Un chauffeur de taxi m'attend à l'aéroport, avec pour mission de m'amener à mon hôtel.- Mon hôtel demande-je surpris au zêlé chauffeur à casquette.
- Oui, monsieur. Votre épouse a prévenu l'hôtel de venir vous cherchez à l'aéroport.
- Mon épouse??!!! Je suis à demi-suffoqué de me savoir marié!!!!
Si j'oserais, je demanderais au type avec qui je suis censé être marié!!!!! Mais, bon ça ne peut être qu'un coup de Jenny, ça!!!!!
J'en ai la confirmation une fois arrivé à l'hôtel où elle m'attend de pied ferme. Ma ravissante secrétaire est une jeune femme vive et intelligente, mais elle a point faible : les magasins!!!! Et visiter sans elle la capitale mondiale du shopping aurait été un affront impardonnable. En fait, elle allait me rejoindre en Europe au moment où je l'ai prévenue. Et par le biais du décalage horaire et des heures d'attente, elle est arrivée avant moi à Paris. Et maintenant qu'elle y est elle a bien l'intention de rester.
Je la laisse à son péché mignon pendant que moi, et bien, je me repose.
Après deux bonnes journées de farniente, j'ai repris mon occupation favorite la chasse au bébé-chevalier!!! Je fais la tournée des orphelinats, pendant que Jenny écume les boutiques. J'espère que Shion n'est pas à 500 $ près !!!!
Cela fait 5 orphelinats que je visite et je n'ai pas encore trouvé le Verseau correspondant, car finalement je n'ai plus que lui à trouver. C'est étrange, j'aurais juré que j'allais le trouver dans cette ville. Il faut que je le trouve avant la fin de la semaine ou que je change de ville. Après tout Paris n'est pas la France!

Mais où ai-je bien pu mettre ma carte de Paris? J'espère que je ne l'ai pas perdue, sinon... De toute façon, il doit y avoir un arrêt de métro tout proche. Je verrais bien lorsque j'y serais. Tout en me dirigeant vers le "M" majuscule symbolisant la station, je passe devant un cloître...un couvent...enfin...des bâtiments avec une église. Je regarde par-dessus le muret de pierre, un homme en tenue monacale, jardine paisiblement. Ce sont les cris d'enfant qui m'ont fait tourner la tête. J'interpelle poliment le moine dans un français...disons "exotique".
- Hello, mon père. Est-ce un orphelinat?
Le moine lève la tête et me sourit. Avant de me répondre, il éponge son front, déjà passablement dégarni et me répond avec une voix douce.
- Oui, mon fils. C'est l'orphelinat Saint Roch. Je suis le père Vincent, l'un des prêtres-enseignants.
Je lui demande alors, si je peux entrer. Et s'il était là?
Le père Vincent m'ouvre la porte et me fait l'honneur de son jardin. Il m'explique les plantes et le fleurs dont il s'occupe. Tout en marchant, nous entrons dans une cour de fin gravier où de jeunes garçons jouent brutalement.
- Pourquoi êtes-vous ici me demande-til de sa voix douce?
J'hésite. Et puis, à quoi bon lui raconter des histoires? Je n'ai jamais aimé mentir et puis la "noblesse" de ma quête ne s'accomode pas avec le mensonge. Alors je lui raconte tout. En résumé et en gros, Athéna, Shion, les chevaliers d'or et ma quête. Il m'écoute attentivement et me fait répéter 2 ou 3 mots que je n'ai pas pu prononcer correctement en français. J'ai de la chance, car il a passé de longues années en Grèce. Et ses confrères orthodoxes lui ont parlé de la légende des chevaliers sacrés.
- Ainsi vous êtes un Prospecteur. Donc vous êtes ici pour recruter un futur chevalier d'or. Bien. J'espère que vous trouverez celui que vous chercher.
Il me guide jusqu'aux enfants et sans autre forme de procès il me laisse là. Décidemment, c'est une maladie de ma planter seul, au milieu d'enfants surexcités!!!
Ceux d'aujourd'hui sont terriblement bruyants et ils s'affrontent dans des jeux brutaux et sans fin. Je les regarde attentivement, ils sont très nombreux, peut-être une trentaine. J'essaye de tous les dévisager. Non... ceux-là sont trop âgés...
J'ai froid... Je frissone tout en regardant machinalement le soleil. Non... Il est encore haut dans le ciel, je n'ai aucune raison d'être ainsi frigorifié. Quand enfin, mes frissons s'estompent et je souris. Je sais maintenant que je vais trouver.
Je me dirige alors vers le préau, où une petit groupe s'est individualisé. Ils sont en grande discussion à propos d'un sujet qui fâche, visiblement... Mon attention est attirée par l'un des garçonnets. Il doit avoir au moins 6-7 ans. Bras croisés, lèvres pincées et sourcils froncés, il toise ses compagnons d'un regard presque hautain. Je le dévisage attentivement : ses mèches rebelles comme ses cheveux sont bleus nuit. Il ne cède pas. Je ne sais pas ce que les autres lui disent , mais il n'est pas d'accord. Je l'entends clairement répondre : non. Ce qui a le don de mettre ses interlocuteurs hors d'eux. C'est marrant le contraste entre ce petit garçon gardant son sang-froid et ses adversaires, pour la plupart plus âgés, ivres de colères. Et je ne sais ce qui serait arrivé sans l'intervention du père Vincent.
- Rodrigue viens ici! Ce monsieur désirerait te parler!
L'enfant se retourne en me dévisage d'un air buté. Il s'exécute à contrecoeur et nous rejoins en traînant les pieds. Je le salue joyeusement :
- Salut Rodrigue. Je suis Sam, Sam Hardy. Et j'aimerais te parler.
L'enfant se contente de froncer les sourcils et de me répondre :
- Pourquoi? Vous voulez m'adopter?
Là, je dois reconnaître qu'il m'a pris de court.
- Heu... non... Mais j'aimerais savoir si tu aimerez partir d'ici??
- Et pour aller où?
- En Grèce, enfin pas tout de suite... si tout va bien...
En fait je m'embrouille lamentablement dans mes explications. Je sais pertinement où se trouve le centre d'entraînement pour un futur chevalier du Verseau. Mais je n'ai pas envie d'effrayer l'enfant, même si il va bien falloir que je lui revêle tôt ou tard, que je dois l'emmener en Sibérie!
L'enfant n'a toujours pas répondu. Après un court moment de réflexion, il hausse les épaules :
- Pourquoi pas? Après tout, ça ne changera rien...
Je me demande ce qu'il entend par là. J'essaye bien de lier conversation avec lui, mais sans succès. Il ne me repond généralement que par des monosyllabes : oui, non, guère plus. Je décide alors de changer de sujet :
- Dis-moi, Rodrigue. Tu es né quel jour?
Je croise les doigts, dès fois que je me sois lamentablement planté!!
- Le 7 février me répond l'enfant interloqué.
Bingo! J'ai gagné! Je vais enfin pouvoir rentre chez moi!!! Je souris largement.
- Le 7 février ? Mais alors tu es un Verseau!
Pour le première fois l'enfant me regarde avec intérêt et l'ombre d'un sourire effleure ses lèvres.
- Pourquoi? Vous aussi?
Devant l'espoir qu'il y a dans ses yeux bleus indigos, j'hésite à avouer que non...
- Heu, ben...non... enfin, moi je suis plutôt Sagittaire...
- Ah... c'est pas mal aussi me répond très diplomatiquement l'enfant
J'éclate alors de rire, devant tant de candeur. Et miracle, il rit aussi.
Mais passons aux choses sérieuses.
- Dis-moi aimerais-tu devenir chevalier d'or du Verseau?
- C'est quoi ce truc?
- Et bien, c'est l'un des 12 chevaliers d'or, défenseur d'Athéna.
- Athéna? Mais elle est morte depuis longtemps!!
- Euh...oui... euh...non. Enfin bon, 'paraît qu'elle va bientôt revenir...
L'enfant me regarde comme si j'avais dit une énormité. Ce qui d'ailleurs, tout bien considéré, n'est pas loin d'en être une... Mais encore une fois, l'arrivé du Père Vincent sauve les meubles.
- Et bien, Rodrigue, tu veux partir avec Mr Hardy?
- Oui, pourquoi pas...
- Alors, va préparer tes affaires.
L'enfant s'éloigne en courant. Le Père Vincent le regarde s'éloingner avec un regard où se mêle l'inquiétude et la résignation. Il me parle alors de Rodrigue, de son enfance. Il n'a jamais connu son père et a perdu récemment sa mère dans un accident. Initialement placé dans sa région natale, il a été transféré sur Paris, quand une violente tempête a ravagé son orphelinat. C'est un enfant étrange, me dit-il, très calme, trop calme. Mais aussi, terriblement têtu, voire obstiné.
Finalement, Rodrigue revient et nous partons après de courts mais sincères adieux.

De retour à l'hôtel, je présente Jenny et Rodrigue l'un à l'autre. L'enfant plaît immédiatement à Jenny qui se met à le couvrir de baisers, mais ce n'est visiblement pas réciproque... Mais ma sécrétaire a ramené un argument imparable pour acheter l'affection d'un petit garçon de 7 ans : du chocolat!! Il semblerait que cela soit le réel point faible de Rodrigue qui fond devant l'assortiment que Jenny lui offre. Il disparaît alors avec son ballotin pour l'engloutir en paix. Je lui lance alors, en riant : - Eh!! Pas de chocolats avant le dîner!
Rodrigue ne me répond pas, mais il me sourit, la bouche pleine de ganache à la pistache! Par contre, Jenny ne loupe pas l'occasion.
- On dirait un père qui parle à son fils me dit-elle en battant des cils.
Mais où va-t-elle chercher des idées pareilles!!!! Déjà, qu'elle a voulu nous marier...
- Oh Sam, pourquoi ne l'adopterions-nous pas? Il est si mignon!!!! me lance-telle en s'accrochant amoureusement à mon bras!!!!
La surprise me coupe les jambes et tout d'un coup Athéna et ses valeureux chevaliers me semblent très loin. Mais je reprend le contrôle de mes émotions.
- Non. repondis-je fermement. Cet enfant est destiné à être un chevaleir d'Athéna.
- Très bien, répond Jenny avec une note de désappointement dans la voix, pas lui. Mais je vois que tu n'écartes pas cette possibilité... Et elle s'éloingne un sourire mutin aux lèvres.
La vache!!!! Elle m'a eu !!!!! Il faudra vraiment que je discute sérieusement avec elle, un de ces jours...
Jenny réapparait alors tenant par la main un Rodrigue au chocolat, qui semble s'étre noyé dans un tablette de Milka!! Je leur sourit. Puis je demande à Jenny de me laisser avec le jeune garçon.
Voyant mon air grave, il prend les devants :
- Vous allez enfin me dire où allez m'emmener?
- Tout à fait. Je te préviens cet endroit est loin d'être touristique.
Une pause. Rodrique me regarde attentivement.
- Tu vas aller en Sibérie orinetale.
- Chouette. J'aime bien la neige.
- Sûr. Mais il risque d'en avoir bien plus que tu le souhaites dis-je d'un air las.
- Ne vous inquiétez-pas pour moi. Je survivrais.
Là, il fait un peu le bravache. Comme un petit garçon de 7 ans qui veut se montrer plus fort qu'il n'est.
Mon Dieu! Pourquoi dois-je faire cela? Pourquoi moi? Pourquoi devoir condamner ces enfants à souffrir? Rodrigue hésite et me laisse à mes sombres pensées et s'éloigne sur la pointe des pieds.
Peut-être que mes doutes sont ma propre épreuve, comme l'entraînement des chevaliers. Un mal nécessaire. Oui. C'est comme cela que je dois le prendre.

J'ai laissé Jenny partir de son côté. Rodrigue et moi nous nous sommes envolés pour les immenses plaines de Sibérie. Je l'ai laissé à un homme à l'armure inconnue qui l'a accueilli relativement bien. Au moment de partir, il s'est tourné vers moi. Puis il a baissé la tête en suivant son maître. Je les ai longuement regardé s'éloigner jusqu'à ce que le reflet du soleil sur la glace immaculée me force à fermer les yeux. Ce n'est pas le froid qui me fait alors frissoner, mais le vide. J'aurais cru être plus heureux d'avoir fini ma mission. Mais je sais que le pire est à venir. Même si je n'ai plus aucun rôle à jouer.