Charles reposa le casque qui le reliait à Cerebro, repensant à ce qu'il venait de vivre, puis il tourna son fauteuil et se dirigea vers la sortie. Quand les portes s'ouvrirent, il s'engagea dans le couloir et fut un peu surpris de voir Erik le rejoindre. Il l'avait apparemment attendu hors du Cerebro le temps de sa recherche.

- Je t'ai manqué ?

Erik leva les yeux au ciel et se mit à pousser son fauteuil.

- Je voulais savoir ce que tu étais allé faire. Qu'est-ce que tu as vu ?

Charles serra un peu les dents, frustré, tandis qu'ils arrivaient devant les portes de ascenseur.

- Je l'ai retrouvé. Il laisse une marque très forte où qu'il aille, mais je n'avais pas encore réussi à le localiser. Il parvient, je ne sais comment, à masquer son esprit au mien... Mais pas aujourd'hui. Je ne comprends pas...

Ils rentrèrent dans l'ascenseur et les portes se refermèrent derrière eux. Erik baissa les yeux et le regarda, les sourcils froncés.

- Comment pourrait-il cacher son esprit ? Il n'est pas télépathe.

Charles haussa un sourcil.

- Tu avais bien un casque il y a quelques années.

Erik croisa les bras et se tourna un peu plus vers lui.

- Oui, tiens, vu qu'on en parle. Qu'est-ce que tu en as fait ?

- Tu crois vraiment que je vais répondre à ça ? demanda Charles avec un petit rire.

Il se détourna, et Charles vit qu'il serrait la mâchoire, contrarié. Le casque d'Erik était en sûreté, et il n'avait pas du tout envie qu'il remette la main dessus. De toutes façons, Charles se doutait que s'il le voulait, Erik trouverait tôt ou tard un moyen de se protéger de ses pouvoirs à nouveau. En tout cas, il ne l'y aiderai pas.

L'ascenseur s'arrêta et les portes s'ouvrirent de nouveau. Charles avança et entra dans son bureau, suivit par Erik. Il se dirigea vers une armoire et farfouilla dans ses dossiers.

- Et cette femme... Clémence. Qu'est-ce que tu en penses ? Elle n'a pas l'air si puissante que ça.

- Les apparences sont trompeuses, Erik, répondit-il en plaçant un dossier bleu sur ses genoux. Elle a bien plus de pouvoirs qu'on ne le croit, elle pourrait être très dangereuse elle aussi. Tu as vu ce qu'elle a fait au ciel.

Il ferma le tiroir et se retourna avant de s'approcher d'Erik qui était debout au milieu du bureau. Il le jaugeait du regard, son visage sans expression. Charles savait qu'il réfléchissait intensément, comme à chaque fois qu'il faisait cette tête.

- Je t'ai fais confiance, Charles. Mais elle est peut-être sans aucune importance, et on aura perdu notre temps avec elle. Tu sais que je n'aime pas perdre mon temps...

- Nous n'avons pas perdu notre temps Erik, le coupa-t-il. Je suis convaincu qu'elle sera cruciale pour résoudre cette histoire...

- Elle n'a rien fait d'autre que se cacher dans sa chambre et éviter tout le monde depuis qu'elle est arrivée, rétorqua Erik.

Là, il marquait un point. Il était vrai que Clémence avait pris soin de les éviter constamment, Erik et lui, depuis qu'ils étaient rentrés au manoir. Charles lui avait parlé quelques fois mais elle coupait toujours court à la conversation et trouvait une excuse pour s'éclipser. Il pouvait comprendre qu'elle soit un peu perturbée par ce changement d'environnement mais elle ne faisait pas d'efforts pour s'intégrer. Il sentait que quelque chose de plus profond la dérangeait, et les sentiments qu'elle avait projetés dans son esprit la nuit précédant le ciel rouge restés ancrés dans sa mémoire. La peur, la rage, la tristesse... Et une panique intense à l'idée de perdre le contrôle. Elle était puissante, il le sentait. Elle était certainement plus puissante qu'aucun mutant qu'ils avaient jamais rencontrés, mais elle prenait soin de garder tout cela pour elle. Peut-être qu'elle en était elle-même inconsciente...

- Je suis persuadé qu'elle te fera bientôt mentir, déclara Charles avant de tendre le dossier bleu à son ami. Voici les documents que Raven a rapportés de Tunisie.

Il haussa un sourcil sceptique à sa première affirmation et prit le dossier en main. Il l'ouvrit et parcourut la première page du regard.

- Apocalypse ? Demanda-t-il en tournant les pages.

Charles acquiesça.

- Ce n'est qu'une légende, et il en existe plusieurs versions. Mais toutes indiquent qu'Apocalypse ne serait pas seul, et qu'un autre pouvoir s'opposerait au sien. Clémence est aujourd'hui la seule capable de lui faire face...

- Ce sont des légendes, Charles, le coupa Erik.

- J'en suis conscient. Mais je ne crois pas aux coïncidences, et il commence à y en avoir beaucoup trop à mon goût.


Comme Charles l'avait pressenti, Clémence n'avait pas tarder à faire mentir Erik en secourant Ororo lors d'une de ses crises. Jusqu'ici, la jeune adolescente n'avait eu que des pertes de contrôle mineures mais là elle avait fait pleuvoir dans un couloir, manquant même de lui faire tomber la foudre sur la tête. Avant que Charles n'aie pu commencer à rentrer dans son esprit, une femme rousse avait déboulé dans le couloir et avait stoppé l'orage d'un geste de la main. Elle avait ensuite parlé à Ororo et Charles l'avait laissée prendre la situation en main, curieux de voir comment elle agirait. Clémence ne l'avait pas déçu, et avait rassuré Ororo comme il s'y attendait, lui proposant même son aide. Lorsque Ororo s'était éloignée, Charles avait lancé à Erik un regard éloquent.

"Je te l'avais bien dit, lui avait-il déclaré mentalement.

Il avait levé les yeux au ciel avant de lui répondre.

Certes. Mais ce n'est pas comme ça qu'elle vaincra Apocalypse."

Il s'était alors adressé à Clémence d'un ton accusateur.

- Tu sers finalement à quelque chose.

Charles soupira, mais ne dit rien. Il savait très bien ce que Erik cherchait, et quelque chose lui disait qu'il l'obtiendrait assez facilement. En effet, Clémence lui lança un regard noir et Charles sentit sa colère se glisser en lui. De la glace se forma alors autour de son ami, et Erik fut projeté contre le mur derrière lui, prisonnier de la glace.

- Je vous prierais d'arrêter de me provoquer Erik. Vous ne savez pas de quoi je suis capable.

Il se jaugèrent quelques secondes du regard, puis Clémence le relâcha, faisant disparaître la glace aussi vite qu'elle était venue. Elle ne traîna pas et tourna les talons, les laissant seuls dans le couloir. Charles haussa les sourcils en regardant Erik se masser les bras et la nuque. Il lui sourit, satisfait.

- Maintenant, oui, dit Erik.


Scott leva la main. Charles lui sourit.

- Oui, Scott ?

- Je ne comprends pas bien le rôle du nucléotide dans la mutation... enfin, j'ai compris qu'il était modifié et que cela entraînait un changement dans l'acide aminé mais je... Professeur ?

"Colère. Peur. Colère. Une colère qui n'est pas la sienne, celle de cette jeune femme aux cheveux blancs... Elle est sienne désormais. Sa colère, sa peur. Siennes. Elle a peur. Elle tremble. Elle pleure."

Il cligna des yeux, surpris par ces émotions soudaines. Clémence.

- Professeur ? demanda Jean en le regardant d'un air inquiet.

Il sourit.

- Ce n'est rien. Je vous demande juste quelques secondes, et je répondrai à ta question Scott.

Il ferma les yeux et projeta son esprit à la recherche de Clémence. Elle était dans le parc, abattue, seule et désespérée. Il était fasciné par son cerveau et cette impression de puissance, mais aussi par la quantité d'informations qu'il pouvait ressentir, ainsi que toutes ces émotions, toutes ces douleurs qui ne semblaient pas être les siennes. Elle était capable d'absorber les sentiments des autres comme une éponge, les volant à leurs propriétaires pour en faire les siennes. Elle souffrait, et il cherchait à l'apaiser. Mais un mur de volonté se dressa soudain contre lui.

"Que faites-vous ? lui demanda-t-elle, sur la défensive.

Vous devez vous apaiser.

Quand comprendrez-vous que je n'ai pas besoin de votre aide ?

Quand comprendrez-vous que vous en avez besoin ?

Elle continua de se battre quelques secondes mais sa volonté fléchit. Elle était épuisée, et Charles en profita pour s'immiscer dans sa tête.

Dormez, Clémence."

L'effet fut immédiat, et Charles soupira. Il sortit de la tête de Clémence et chercha Hank, ayant vu dans l'esprit de la doctoresse que c'était la seule personne en qui elle avait confiance. Il le trouva vite, et le Fauve réagit immédiatement à l'intrusion de Charles, habitué à ce genre de contacts.

"Oui, Charles ?

Clémence s'est endormie dans le parc. Pourrais-tu aller la mettre au lit s'il te plaît ?"

Ce soir là, Clémence avait dîné avec eux pour la première fois, et tout se passa très bien.


Une ville. Des éclairs, de la pluie, du bruit. Des pleurs, des cris. Des morts, tellement de morts. Désespoir.

Charles se réveilla en sursaut, paniqué. Clémence. Elle avait encore projeté dans son esprit, cette fois un cauchemar. Il se traîna au bord du lit et se hissa dans son fauteuil à la force de ses bras. Il chercha Hank dans son esprit, et ne fut pas surpris de le trouver en train de se jeter sur la porte de la chambre de Clémence leurs chambres étaient assez proches, il avait dû entendre ses cris. Il sortit de sa propre chambre et se rendit sur place aussi vite qu'il le pouvait, ressentant le désespoir et la détresse de Clémence comme s'il avait lui-même eu cette vision apocalyptique. Car il le sentait maintenant : ce n'était pas un simple cauchemar, c'était bien plus intense, bien plus complexe...

Il entra dans la pièce, trouvant Hank debout à côté du lit, tenant fermement Clémence par les épaules. Elle pleurait et respirait de façon saccadée, les yeux vitreux, comme si elle ne voyait rien autour d'elle. Il s'approcha, et Hank lâcha Clémence. Charles posa ses mains sur le visage de la doctoresse.

- Calmez-vous Clémence, calmez-vous.

- NON ! NON ! Ne me touchez pas ! Ils sont tous morts. Je n'ai rien pu faire. Ils sont tous morts !

Il grinça des dents, sentant sa rage et sa tristesse traverser sa tête tels des couteaux. Elle n'avait pas rêvé ce moment, elle l'avait vécu, et son cœur était brisé par la force de sa culpabilité et de sa peine.

- Aidez-moi, supplia-t-elle, et Charles acquiesça, sentant une larme couler sur sa propre joue.

Il fit basculer son corps dans l'inconscience et l'allongea sur le lit, sans briser le contact avec son esprit. C'était la première fois qu'il avait un accès aussi facile dans sa tête, mais ce qu'il y trouvait n'était pas rassurant. C'était lui, Apocalypse. Toute cette violence, tous ces morts étaient bien réels. Il l'avait comme regardée, à des milliers de kilomètres de là, et sa voix avait résonné dans son esprit : « Je t'ai retrouvée. »

Charles retira les mains de son visage, comme brûlé. Il haletait, et son visage était trempé par les larmes. Il se recula du lit, ignorant l'inquiétude de Hank.

- Charles ? Que s'est-il passé ?

- Il faut que j'utilise Cerebro. Maintenant.


Il était allé dans son bureau en laissant Hank au chevet de Clémence, et Erik l'avait rejoint.

- J'ai entendu du bruit. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Charles ne répondit pas et se précipita dans l'ascenseur, suivi de près par Erik.

- C'est Clémence ? Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?

Il ferma les yeux, toujours agité par la vision qu'il venait d'avoir dans l'esprit de Clémence.

- C'est Apocalypse. Il a recommencé.

Erik ne répondit rien et le poussa jusqu'à Cerebro une fois que les portes de l'ascenseur furent ouvertes. Charles se coiffa du casque.

- Ne bouges pas, demanda-t-il machinalement alors qu'il sentait les esprits du monde entier entrer en contact avec le sien.

Il fut assailli par la douleur et la panique de milliers de personnes, et dût faire preuve d'une concentration extrême pour ne pas se laisser submerger. Il chercha l'esprit du mutant et ne mit que quelques secondes à le trouver. Il était heureux, oh tellement heureux. Il riait. Charles fronça les sourcils, ayant un mauvais pressentiment. Il eut le réflexe de s'éloigner, mais quelque chose le retint. Ou plutôt quelqu'un. « Apocalypse, oui, c'est mon nom. » Il sentit comme une pierre tomber dans son estomac : il était piégé. Coincé dans l'esprit de ce mutant. Il ne savait ni comment, ni pourquoi, mais il avait réussi à le retenir. Charles ne parvenait pas à se retirer de sa tête. « Enchanté, professeur... Xavier, c'est bien cela ? » Il eut un rire moqueur. Charles sentit sa présence dans son esprit et il lutta contre lui. « Oh, on ne se laisse pas faire, hum ? Mais je vois que vous possédez quelque chose qui m'intéresse. » Charles fut happé dans une vision, un souvenir que lui projetait Apocalypse. Une femme au visage fin et aux traits doux. Elle était blonde et avait des yeux couleur miel, mais elle lui semblait étrangement familière... Du sang, un cri de déchirement. « Tu n'y es pour rien, j'ai choisi mon destin. » Une colère si intense, et la destruction qui prenait possession totale de son être. Charles suffoquait, submergé par ces émotions et se sentant étouffé par l'esprit d'Apocalypse et son énergie destructrice. Il entendit son rire résonner dans sa tête et ne put s'empêcher de crier. « Merci pour votre coopération, Professeur Xavier. Grâce à vous, je vais la retrouver. » Apocalypse eut un nouvel éclat de rire et le jeta hors de son esprit. Charles arracha le casque de sa tête, le cerveau en feu.

- Charles ! Bordel, qu'est-ce que c'était ?

Il s'accroupit et le saisit par les épaules, scrutant son visage.

- Charles ?

- Apocalypse... Il veut... Clémence, il veut Clémence.

Erik jura et le poussa hors du Cerebro, jusqu'à l'ascenseur.

- Et toi, il te faut un petit remontant pour t'éclaircir les idées.